• Pierre Simon - De la vie avant toute chose, autobriographie (1979)

    Auteur : Pierre Simon (cf. sa fiche wikipedia)
    Titre : De la vie avant toute chose (autobiographie)
    Éditions : Paris, Mazarine, 1979

    4e de couverture :
    Gynécologue-accoucheur, chirurgien, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, Pierre Simon est avant tout un militant de la vie. Depuis vingt-cinq ans, il lutte pour transformer non seulement la médecine, mais aussi la loi et les mœurs. De la vie avant toute chose, c'est une vision globale de notre société, à travers les combats et les expériences quotidiennes d'un homme qui a été le pionnier de l'accouchement sans douleur et le co-fondateur du Mouvement français pour le Planning familial. Conseiller du ministre de la Santé lors des grands débats législatifs sur la contraception, il a été l'un de ceux qui contribuèrent à faire passer la contraception dans la vie quotidienne.
    La vie, Pierre Simon l'a placée au cœur de son action politique, médicale, philosophique. Vingt-cinq ans de luttes, De la vie avant toute chose est aussi le portrait de cette France qui s'est mise à l'heure de l'histoire par la grâce de quelques grands horlogers. Pierre Simon est de ceux-là.

    Recension :
                Pierre SIMON
    De la vie avant toute chose
                Mazarine, 1979, 264 pages.

        Un plaidoyer pour une prise en responsabilité de la Vie. Ou mieux, la relation d'une recherche, d'une lutte. D'une foi aussi, qui est respectable, même si l'on ne partage pas toutes les opinions qui sont ici émises et si l'on pense que le seul progrès scientifique ne suffit pas à assurer le bonheur. Ce qui fait impression chez le Dr Simon, gynécologue-accoucheur et chirurgien, ce sont la sincérité et la pureté qui ont conduit sa réflexion et son action. D'origine israélite, ayant eu des contacts avec le catholicisme et le protestantisme, les philosophies de l'Inde, le spiritisme, les Antoinistes, il a opté pour le rationalisme et la franc-maçonnerie, dont il a été grand-maître à la Grande Loge de France. Son combat pour l'accouchement sans douleur, la contraception, la fondation et le développement du Planning familial est connu. Il le situe dans un courant de la tradition médicale qui se veut libre de tout dogmatisme, pour servir l'homme. Un témoignage qu'on aurait intérêt à écouter... et dont on aimerait discuter avec l'auteur.
                                                                   • Pierre Frison

    Études des Pères de la Compagnie de Jésus, mars 1980

     

    On y lit, dans le chapitre Premiers choix, pp.36-37 :

        J'achevais alors mon périple dans les religions de notre temps. Ni l'exotisme ni les sectes ne me rebutèrent. Je fis un tour chez les spirites. La très haute fantaisie des tourneurs de table offensa bientôt ma rigueur scientifique. Je n'y restai pas quinze jours. Puis j'allai voir les Antoinistes. Leur temple se trouve encore rue Vergniaud. Je possède toujours chez moi, le Livre du Père Antoine, un illuminé belge de la fin du siècle dernier. D'autres « Père Antoine », d'autres « Mère Antoine » lui avaient succédé. Ceux du moment m'informèrent que les réunions étaient gratuites. L'enterrement, en revanche, un écriteau l'annonçait, nous était compté quarante francs. Ainsi s'équilibraient les choses de ce monde. C'est ici qu'on m'appela, pour la première fois, « Frère Simon ».
        On pratiquait, chez les Antoinistes, une forme singulière de thérapie de groupe ; au cœur de leur foi se trouvait l'Opération. Elle consistait pour les « pères » investis par l'Antoine originel, à vous brancher en direct sur Dieu : grâce à l'Opération, l'humanité souffrante côtoyait tout de go l'Éternel, qui soulageait alors ses souffrances. Le temple du Père Antoine fut ma dernière escale dans les croyances du siècle. Il me fallait d’autres guides. »


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  •  La Revue mondiale (ancienne Revue des revues), 1 mai 1928

    DEUS HOMO

         Pavillon Osiris, au bout de la Salpêtrière. Tandis qu'avec, pour guide, le professeur Gosset, seigneur du lieu, je vais de laboratoire en laboratoire, parfois, dans un couloir, nous croisons quelque malade visiteur et, sitôt qu'il a reconnu mon compagnon, ce passant change de visage, une espèce de dévotion colore sa face, le regard luit tendrement. Dans les sous-sol, comme nous nous dirigeons vers les salles de radiologie, une cinquantaine de consultants attendent leur tour, assis sur des banquettes, dans la pénombre ; le professeur, continuant une explication qu'il me donnait, les enveloppe brièvement d'un regard familier, le voici déjà la main sur la poignée d'une des portes ; mais j'ai eu le temps de voir, de ressentir plutôt, l'efflux de toutes ces attentes, de ces espoirs, vers lui, géant souriant. Où donc ai-je été frappé de cette même onde, de cette sorte de moiteur de ferveur ? Ma mémoire d'elle-même insère à ce que je rencontre ici, le souvenir d'une matinée d'il y a quinze ans... On inaugurait un temple antoiniste, à Paris, rue Vergniaud. Une grande foule emplissait la nef, encore nue. Une très vieille femme parut, vêtue de noir, qui monta dans une chaire, appuya ses mains sur le rebord, ferma les yeux et se recueillit. D'entre la foule, des bras entourés de bandelettes se tendirent vers elle, des béquilles furent brandies. Cette prêtresse était la Mère Antoine, la veuve du dieu qu'on adorait en ce temple ; Antoine, mort quelques années auparavant, « monté au ciel, disent ses exégètes, après sa désincarnation » et continuant, auprès d'un Dieu plus ancien que lui, sa tâche de guérisseur miraculeux. Antoine l’Intercesseur, Antoine le Généreux, l'ancien ouvrier mineur de Jemmeppe-sur-Meuse. Ce temple était le seizième (1) qu'on lui élevait ; les adorateurs présents n'étaient qu'une poignée des sept cent mille Antoinistes répandus dans le monde.
        Cette image m'obsédera et me proposera d'étranges réflexions lorsque, témoin émerveillé de la plus étonnante organisation scientifique, j'aurai quitté le pavillon Osiris et j'écouterai le créateur de cette organisation me préciser les travaux, les expériences des savants qu'il a réunis là. Mais si ces réflexions doivent avoir quelque intérêt, ne faut-il pas premièrement partager au lecteur les circonstances qui leur donneront cet intérêt ? – Un malade, me dit tout d'abord le professeur Gosset, et plus particulièrement du point de vue de la chirurgie (mais, s'interrompt-il, où situer, si l'on sort des vieilles classifications, la démarcation de la maladie tout court et de la maladie « chirurgicale » ?), un malade relève toujours de différents ordres de recherches, médecine, radiologie, chimie, bactériologie, etc. Généralement le malade est obligé à de nombreuses allées et venues entre les divers services auxquels ressortit chacune des catégories qui détermineront son cas, et le voici courant de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud de la ville, perdant un temps considérable... Mon idée première fut de joindre en un centre unique tous ces services, et de prendre le malade depuis le moment où il se présente jusqu'au moment où il s'étendra — s'il y a lieu — sur la table d'opération. Entre temps, tous les documents qui peuvent étayer le diagnostic et éclairer l'intervention auront été assemblés, et les divers auteurs de ces documents demeureront en perpétuel contact.
        « Cette idée fut vivement approuvée et soutenue par mon vieil ami Clemenceau, avant la guerre, mais celle-ci advint, qui retarda toute réalisation. Après la guerre l'argent manquait. Je consacrai personnellement une certaine somme à commencer l'entreprise. Ensuite des dons importants du Pari mutuel et de l’Assistance publique me permirent d'aller de l'avant.
        « Donc, un service chirurgical, pour fonctionner convenablement, doit avoir, outre de nombreux assistants, des attachés médicaux. Et qui dit médecine dit nécessairement : radiologie, chimie, bactériologie, hématologie, laboratoires d'anatomie pathologique, laboratoires expérimentaux...
        « Venez. »

     *
    *   *

         La première pièce où m'entraîna le Professeur était une vaste bibliothèque.
        — Elle me fut donnée par mon maître Terrier, à sa mort. Elle était alors composée de tous les périodiques chirurgicaux du monde entier, de 1885 à 1908. Je l'ai continuée, dans ce local que j'ai voulu digne d'elle. Tous les élèves du service peuvent en profiter. Ici, également, sont conservés les registres d'observation : tous les malades opérés ont leur observation reproduite en face du compte rendu opératoire, dans des registres à onglets.
        Le professeur s'émeut et parle de Terrier qui fut, en ce service chirurgical de la Salpêtrière, son prédécesseur, de 1879 à 1882. A Terrier succéda Terrillon (1882-1894), Segond (1894-1912), puis Gosset (1913).
        — L'on ne saura jamais assez vénérer la mémoire du grand Terrier. C'est lui qui créa l'asepsie. Celle-ci a ouvert aux chirurgiens toutes les possibilités. Nous sortons de la bibliothèque. Un clair couloir.
        — Le but de chaque laboratoire, dit le professeur, est double : d'abord, et avant tout, les analyses pré et post-opératoires, indispensables pour une saine chirurgie, et ensuite les recherches de science pure.
        Une porte. Une grande pièce inondée de lumière par quatre grandes baies vitrées.
        — Le laboratoire d'anatomie pathologique. — Docteur Ivan Bertrand, chef de ce laboratoire.
        Présentations.
        Des tables de lave devant les baies. Quatre panneaux de la salle occupés par de hautes vitrines. Plusieurs centaines de pièces anatomiques baignant dans l'alcool emplissent ces vitrines.
        — Notre musée, dit fièrement le professeur.
        Nous quittons le laboratoire.
        — Les problèmes, dit le professeur, qui se posent aux pathologistes apparaissent de plus en plus comme des cas particuliers de questions biologiques d'ordre général. Tel est, au premier rang, le problème du cancer, qui ne semble devoir être résolu que par la connaissance des lois biologiques de la division cellulaire.
        J'ai été très vivement frappé par des travaux de biologie végétale d'où ressort l'appui mutuel que pourraient se prêter la pathologie animale et la physiopathologie, si ces deux sciences cessaient de s'ignorer l'une l'autre, comme elles l'ont trop souvent fait jusqu'ici. Je me bornerai à vous citer, entre autres recherches de cet ordre, celles de Noël Bernard, qui retrouve chez les orchidées envahies par des champignons symbiotiques les lois générales de l'infection et de l'immunité ; celles d'Erwin F. Smith, qui découvre et étudie, chez diverses espèces végétales, des tumeurs semblables aux cancers du règne animal. Aussi, j'ai tenu à organiser le laboratoire de biologie expérimentale en vue de l'étude des maladies des plantes, et en particulier du cancer végétal... »
        Il pousse une porte. Un laboratoire, et, contiguë, une petite pièce largement éclairée par une baie et un plafond vitré. C'est une serre. Les plantes y sont disposées dans des coffres remplis de terre et sur des gradins.
        — Ce laboratoire est une création originale et unique en son genre. Il diffère complètement des laboratoires de pathologie végétale déjà existants, où les maladies des plantes sont étudiées, soit au point de vue botanique pur, soit au point en vue des applications agricoles. Ici, comme je vous disais, c'est un laboratoire de biologie et de pathologie générales, en liaison étroite avec le service hospitalier et les laboratoires cliniques, et où les plantes ne sont considérées que comme des matériaux commodes pour les recherches expérimentales.
        « Le chef de ce laboratoire, docteur Magrou. »
        Je salue un homme, de taille moyenne, vêtu d'une blouse blanche. Je regarde avec émotion ce savant dont les travaux sont déjà célèbres. Des fleurs étranges me sont montrées, boursouflées, ici et là, d'énormes tumeurs, œuvre du Bacterium tumefaciens...
        « Sans doute, objectera-t-on, a écrit le Dr Magrou, qu'un rapprochement entre des organismes aussi distants que les plantes et les animaux, risque d'être artificiel; mais en fait, l'élément dont la réaction donne naissance à une tumeur, la cellule non différenciée, voisine du type embryonnaire, diffère peu d'un règne à l'autre ; il est parfaitement légitime de comparer son évolution chez l'animal et la plante... »
        Il a écrit encore (1927) : « MM. Blumenthal et Auler et Mlle Meyer ont, au cours de recherches récentes, isolé de tumeurs humaines ouvertes une bactérie ayant les caractères morphologiques et culturaux du Bacterium tumefaciens... »

     *
    *   *

         Nous voici au laboratoire de chimie, dirigé par le professeur agrégé W. Mestrezat, chef de laboratoire à l'Institut Pasteur, chargé de Conférences au Collège de France. M. Mestrezat est secondé ici par M. Loiseleur, chimiste à l'Institut Pasteur.
        — A la suite des travaux de Claude Bernard, me dit le professeur Gosset, nous apprécions la valeur des données que la chimie et la chimie physique sont susceptibles de fournir à maints problèmes pathologiques, que ce soit dans leur étiologie ou leur thérapeutique. Ce laboratoire est consacré aux recherches corrélatives de ces données et à la préparation de certaines substances thérapeutiques, les colloïdes entre autres. L'installation est des plus modernes, jugez : appareil pour la mesure des conductivités, potentiomètre, installation pour spectroscopie et polarimétrie, centrifugeuse à grande vitesse. Nous sommes, de plus, outillés pour la microanalyse, d'après les techniques de Pregl. Placé au centre des autres laboratoires, celui-ci leur permet éventuellement le bénéfice de ses installations et favorise, par la réunion des chefs de service, la réalisation du « travail d'équipe ».
        — Travail d'équipe, dis-je, voici un grand mot... un mot franchement moderne. Il serait mieux de l'appeler un grand mot de demain. Car il est encore rare de le voir employé dans la plupart des milieux scientifiques...
        Le professeur hoche la tête. Nous gagnons le laboratoire de bactériologie et d'hématologie.
        — Docteur Rouché, directeur.
        Le laboratoire a pour objet de pratiquer tous les examens bactériologiques et hématologiques utiles au diagnostic et au pronostic des malades consultants et hospitalisés. Nous ne séjournons point. Le Dr Rouché travaille en ce moment à rechercher l'influence du radium sur le sang des cancéreux.
        Nous pénétrons dans une vaste pièce rectangulaire éclairée par six fenêtres et deux baies vitrées à pans coupés analogues à celles des salles d'opération.
        Le laboratoire de chirurgie expérimentale.
        — La reconnaissance de la nécessité et des besoins de l'expérimentation, me dit le professeur, m'a conduit à organiser ce laboratoire comme un service de chirurgie, avec une salle d'opérations aseptiques, une clinique pour animaux et un personnel au courant des méthodes chirurgicales et des soins post-opératoires. Ce service est sous la direction du Dr Georges Loewy.
        La salle est carrelée et tapissée de carreaux de faïence et contient, largement espacées, six tables d'opérations couplées avec des tables annexes.
        — La pensée dominante de ce laboratoire, continue mon guide, est de concilier l'humanité et ces nécessités de la recherche. Aucun animal n'est opéré ici sans être endormi d'une façon complète. L'anesthésie est commencée à l'éther dans une caisse hermétique où les animaux respirent les vapeurs et s'endorment. L'animal est apporté endormi sur la table d'opérations. L'« intubation » de la trachée est faite rapidement et la canule reliée à l'appareil à éther. A partir de ce moment, l'anesthésie est automatique et durera pendant tout le temps de l'opération.
        « Nos recherches ont porté sur les voies biliaires, sur les fonctions de la vésicule biliaire, sur les réparations de la muqueuse gastrique après perte de substance étendue, sur la cholestérine, sur la cholecystographie... (conséquence de découvertes récentes, ce procédé consiste à rendre la vésicule biliaire radiographiquement visible au moyen d'une substance opaque aux rayons X. Cette méthode a été appliquée à tous les malades de la clinique chirurgicale de la Salpêtrière, suspects de lésion des voies biliaires. Le diagnostic fait par la cholecystographie a été contrôlé à l'intervention)... sur l'emploi du catgut dans les sutures gastro-intestinales, sur un procédé de prévention des adhérences post-opératoires, sur les hormones ovariennes. Des expériences de toxicité du plomb colloïdal et de l'argent colloïdal ont été entreprises également...
        Je transcris littéralement cette énumération dont on peut imaginer les conséquences pour l'homme. Je songe aux innombrables controverses sur la vivisection...

     *
    *   *

         Visite du laboratoire de photographie, des services de radiologie — radioscopie et radiothérapie profonde — de curiethérapie (le service possède environ 600 milligrammes de radium-élément). Nous gagnons le pavillon des malades et des opérés. Deux cent cinquante lits. Plusieurs salles communes. Une salle divisée en boxes de bois verni, spacieux, clairs, les uns à lit unique, les autres à deux ou trois lits. Nous entrons dans les salles d'opération.

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    *   *

         L'homme qui a mis debout ce service scientifique unique en sa cohésion, qui en a su rassembler les hommes, les appareils, les innombrables matériaux, dont l'esprit a dû être sensible à chacune des découvertes accomplies dans tant d'ordres différents de recherches, de la photographie à la radiologie, de la biologie végétale à la physico-chimie, de la mécanique qui perfectionne les appareils à la pure spéculation qui éveille les possibilités nouvelles, est ce même homme que j'ai vu, botté, vêtu, voilé, casqué de blanc, tailler la chair, atteindre en un instant le mal, si insidieusement qu'il se cachât aux

     *
    *   *

         Mon guide me reconduit, achève ses explications. Nous faisons quelques pas sous les arbres centenaires d'une large allée de l'hôpital. Le regard des consultants et des malades de tout à l'heure, ce regard de ferveur qui recréa en moi l'atmosphère d'une foule extatique d'il y a quinze ans, me hante tandis que parle le Professeur. C'est bien le même sentiment qui alluma les yeux de cette foule et faisait luire les yeux d'aujourd'hui. Mais que veulent donc dire les mots ? Cette même flamme du regard, cette même vague profonde de l'âme, là allaient à un dieu, ici elles allaient à un homme. Là, avant qu'il mourût, et qu'on se tournât vers le Ciel pour l'implorer, le Guérisseur aux dix-neuf temples et aux sept cent mille adorateurs, était un simple ; j'ai sous les yeux ses Évangiles. J'extrais ceci de l'Unitif, bulletin mensuel de l'Antoinisme :

     DIX PRINCIPES RÉVÉLÉS
    en prose
    par Antoine le
    GÉNÉREUX

     DIEU PARLE :

     Premier principe
    Si vous m'aimez
    Vous ne l'enseignerez à personne
    Puisque vous savez que je ne réside
    Qu'au sein de l'homme

     Vous ne pouvez témoigner qu'il n'existe
    Une suprême bonté
    Alors que du prochain vous m'isolez.

     ........................................................

     SIXIÈME PRINCIPE
    Quand vous voudrez connaitre la cause
    De vos souffrances
    Que vous endurez toujours avec raison
    Vous la trouverez en l'incompatibilité de
    L'intelligence avec la conscience.

     .......................................................

     DIXIÈME PRINCIPE
    Ne pensez pas faire toujours un bien
    Lorsqu'à un frère vous portez assistance :
    Vous pourriez faire le contraire,
    Entraver son progrès.
    Sachez qu'une grande épreuve
    Sera votre récompense,
    Si vous l'humiliez, en lui imposant le respect
    Quand vous voudrez agir,
    Ne vous appuyez jamais sur la croyance
    Car elle pourrait vous égarer ;
    Reportez-vous seulement à votre conscience
    Qui doit vous diriger et ne peut se tromper.

         Et voici un fragment d'une profession de foi rédigée par Antoine :

         « Etant allé à l'étranger, en Allemagne et en Russie, comme ouvrier métallurgiste, j'avais pu, malgré la maladie d'estomac dont j'étais affligé, économiser un petit pécule qui me permettait de vivre sans travailler. Je compris que je me devais à mes semblables, c'est alors que je ressentis la foi qui m'affranchit de toute crainte au sujet de l'âme, j'étais convaincu que la mort est la vie ; le bonheur que j'en éprouvais ne me laissait plus dormir, je m'inspirais ainsi le devoir de me dévouer toujours davantage envers ceux qui souffrent moralement et physiquement et je continue la tâche car leur nombre augmente sans cesse. Je leur raisonnais l'épreuve, sa cause et son efficacité. Sans la foi qui me soutenait, j'aurais été bien souvent embarrassé et tracassé devant la foule de malades qui, nuit et jour, pendant plus de vingt-deux ans, sont venus me demander assistance. Mais une longue expérience me fit reconnaître que les plaies du corps ne sont que la conséquence des plaies de l'âme. C'est à celle-ci que j'ai donc appliqué le remède, je n'ai jamais cessé de la raisonner aux malheureux qui se trouvent dans la même situation que celle que j'ai pu traverser et qui se désespèrent... » Ici, c'est un cerveau riche des plus rares trésors de l'intelligence et de la volonté... Mais, à poursuivre, quelle commune mesure est-il possible de tenter ? L'un agissait par les vertus secrètes de l'âme, l'efficience d'une effusion qui vient d'au delà de l'intelligence, et de la réalité corrélative de cette intelligence. Et ses miracles s'accomplissaient là où lui répondaient une même effusion et ces mêmes vertus, dont l'essence passe toute science humaine. L'autre agit par des gestes, des instruments et des substances dont rien n'est secret, qui se mesurent, se nombrent, se pèsent. Qu'importe, si cette dernière action exige les plus beaux fruits de la plus subtile et de la plus difficile culture ! Qu'est-ce, auprès de l'autre, qui n'est point de même espèce ? Cependant, pour beaucoup, aujourd'hui, ces grandes merveilles de l'effusion, celle qui guérit et celle qui permet qu'on guérisse, ces merveilles ressortissent à l'un des districts de notre réalité corporelle ; beaucoup pensent, disent, témoignent qu'elles relèvent de la psychopathologie. Délivrés de toute prévention philosophique, explorateurs des faits enfin saufs de tout parasitisme, ils les pénètrent avec le même soin lucide et méthodique qu’un Magrou apporte à l'évolution du Bacterium tumefaciens, un Gosset au muscle qu'il va reséquer. Déjà mille et mille documents donnent aux phénomènes de la foi une place aux laboratoires. De ce dernier point de vue, réduits à leur réalité psycho-physiologique, malgré les millénaires d'histoire mystique, la ruée de l'espèce vers les Antoine, au cours des siècles, le transfert au Surnaturel de réponses morales et de directions que l'on ne pouvait attendre d'une nature trop complexe, tels, décantés des lyrismes, des morales et des métaphysiques, et relevant, en vérité, d'un des districts de l'organisme, les voici du même coup devenus l'une des catégories d'entre toutes celles sur quoi se penchent des hommes comme le Professeur et sa phalange... Et si cela était ainsi, et s'il ne s'agissait, quant au creuset humain d'où s'épanouissent les dieux que l'un de ces labyrinthes du réel où de tels hommes avancent, pas à pas et coup de pioche à coup de pioche, éclaireurs d'une terre et d'une humanité tout entières à redécouvrir, que voudraient alors dire les mots ?... Dieu... Homme... Qu'est-ce que cet homme qui marche à côté de moi sous ces arbres centenaires ?

     André ARNYVELDE.

     

     (1) Dix ans après, en 1921, il y avait dix-neuf temples antoinistes : seize en Belgique (Bruxelles, Verviers, Liège, Herstal, Seraing, etc.), un à Monaco, deux en France : Paris, Vichy. Un vingtième était en construction à Tours.

     

    La Revue mondiale (ancienne Revue des revues), 1 mai 1928 (p.77-85)


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  • Lesage, Simon, Crépin - Peintres, spirites & guérisseurs (2019)

    Auteur : Collectif, dont Jean Vilbas
    Titre : Des Douaisien.nes en quête d'absolu (1880-1970) (p.92-98)
    in Lesage, Simon, Crépin - Peintres, spirites & guérisseurs
    Éditeur : LaM (Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut), Villeneuve-d'Ascq, 2019, 264 pages (19,2 cm × 26,0 cm × 2,1 cm)

        Le catalogue est publié à l'occasion de l'exposition Simon, Lesage, Crépin : un jour tu seras peintre présentée au LaM du 5 octobre 2019 au 5 janvier 2020. Il propose au lecteur de partir à la découverte des oeuvres de trois peintres spirites originaires des Hauts-de-France : Augustin Lesage (1876-1954), Victor Simon (1903-1976) et Fleury Joseph Crépin (1875-1948). Mineur de fond, plombier-zingueur ou cafetier au moment où les voix leur commandent de peindre, ils vont sous la conduite de l'au-delà changer le cours de leur vie.
        Ils ont en commun d'être tous les trois guérisseurs. Conçues comme des édifications spirituelles leurs peintures concentrent (associent) des influences et motifs d'origines chrétiennes, hindoues, islamiques ou bien encore inspirées par l'Egypte antique. A partir de ces oeuvres étranges et d'une grande qualité plastique le catalogue chemine à travers les sociétés spiritualistes, le bassin minier, les guerres mondiales, les expositions universelles avant de parcourir le Maroc, l'Algérie et L'Egypte où ces créations spirites ont rencontré un succès étonnant.
    Leurs peintures seront collectionnées par André Breton, Jean Dubuffet qui les classa dans l'art brut ou Nicolas Schöffer, elles connaissent maintenant un rayonnement international.

    cf. https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/villeneuve-ascq/villeneuve-ascq-lam-expose-oeuvres-adeptes-du-spiritisme-appeles-voix-peinture-1740351.html
    cf. https://www.musee-lam.fr/fr/lesage-simon-crepin
    et la vidéo https://www.youtube.com/watch?v=fhDn36azo64&feature=youtu.be


        Un chapitre notamment nous donne des indications intéressantes sur le foyer qu'à été la région pour la pratique et la philosophie du spiritisme (avec Théophile Bra, auteur de la statue de la grand'place de Lille) et du Fraternisme de Jean Béziat et Paul Pillault de Sin-le-Noble (à côté de Douai). Les dernières lignes sont consacrées à l'Antoinisme à Douai :
        "Un dernier avatar du spiritisme, le culte antoiniste ne s'est implanté que tardivement à Douai, malgrès un indéniable succès dans le bassin minier wallon (1). Le mineur Louis Antoine (1846-1912) a fondé à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liège, un groupe spirite dénommé Les Vignerons du Seigneur ; en 1906, il se proclame le Père, détenteur d'une nouvelle révélation qui complète celle du Christ (2). Une partie de son succès est due aux pouvoirs de thaumaturge que lui reconnaissent ses disciples. Secondé par son épouse Catherine Collon, dite la Mère, il ouvre en Belgique et en France de nombreux temples, où les souffrants sont reçus gratuitement par des adeptes costumés, et des salles de lecture où l'on étudie son enseignement. Le groupe douaisien se réunit dans l'arrière-salle d'un estaminet de la rue des Ferronniers, dans l'immédiat après-guerre. Il ne rassemblera qu'un nombre réduit d'adeptes et sera incapable d'ouvrir un temple dans la cité douaisienne.

    Lesage, Simon, Crépin - Peintres, spirites & guérisseurs (2019)

    Douai - La rue Bellain (au coin un estaminet)


    (1) On y trouve encore une vingtaine de temples en activité.
    (2) Le roman Délivrez-nous du mal : Antoine le guérisseur de Robert Vivier, publié pour la première fois en 1936, évoque la figure du père Antoine. Le sociologie lillois Régis Dericquebourg a consacré de nombreuses études à l'antoinisme, dont : Les Antoinistes, Maredsous, Brepols, 1993, et Religions de guérison, Paris, Cerf, 1998.


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  • Propos du jour - Le problème des Guérisseurs (Le Concours médical, 1932)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    PROPOS DU JOUR

    La répression de l'exercice illégal de la médecine : Le problème des « Guérisseurs » –
    Que devient le respect absolu et intangible du secret médical ?

        Nous avons le plus grand respect pour la Justice de notre pays. Les uns prétendent qu'elle est aveugle, les autres qu'elle est boiteuse. Nous nous bornerons à affirmer qu'elle est humaine, c'est-à-dire qu'elle n'est pas exempte des infirmités qui affligent notre pauvre humanité. Quoiqu'il en soit, la mentalité des juges évolue et les malheureux confrères qui ont négligé d'adhérer au « Sou Médical », savent ce qui leur en coûte de soucis et de frais si, par hasard, il arrive un accident insolite à un de leurs malades, ce malade fût-il un de leurs amis et de ce fait traité par eux gracieusement. Les magistrats, sans doute influencé par les procès constants résultant des accidents d'automobile, tendent de plus en plus à étendre la responsabilité et assimilent volontiers le chirurgien à son chauffeur. Nous sommes loin de l'époque où régnait la thèse de la faute lourde donnant seule lieu à la responsabilité du praticien, thèse du Procureur général Dupin, que défendait si éloquemment Brouardel. Actuellement, le médecin est responsable de toute faute, même légère. Il lui arrive parfois d'être condamné, même quand les experts affirment qu'il n'y a pas faute du tout. Il est de rares magistrats qui font preuve dans leur jugement d'une ironie que nous trouverions plaisante si le sujet était moins grave. Nous pourrions citer ce juge de paix qui qualifiait un revolver d'objet de toilette, ayant sa place toute naturelle dans le sac à main d'une jolie femme à côté de la boîte à poudre et du bâton de rouge, la vente et l'usage du revolver ne sont-ils pas l'objet d'une étrange tolérance ?
        Les armuriers sont loin d'être soumis aux mêmes obligations draconiennes que les médecins, et les pharmaciens pour la prescription et la délivrance de stupéfiants. Le revolver cependant paraît faire en France plus de victimes que la morphine et la cocaïne réunies.
        Mais la boutade de ce juge de paix humoriste cède le pas au jugement d'un tribunal qui n'admet pas de responsabilité pour les fautes, lourdes, d'un rebouteux. Déboutant de sa plainte un père de famille dont l'enfant avait été estropié par l'empirique, il condamnait le premier à un franc de dommage-intérêt pour le préjudice moral causé à l'auteur responsable de l'infirmité ; bien plus il donnait acte à ce rebouteux de la présence de l'avocat du Syndicat médical de la région, dans le cas où le dit guérisseur désirerait intenter aux médecins une action en dommages-intérêts. Ce jugement qui, dans un de ses attendus, reproche au père d'être reste quinze jours sans avoir conduit de nouveau son enfant au rebouteux, ne s'explique que par la notoriété étrange dont jouissait ce dernier dans la région, et qui impressionnait les magistrats eux-mêmes et le leur rendait sympathique. Ce singulier procès pose nettement une fois de plus le problème de guérisseurs tel que notre distingue confrère, le Dr Maurice Igert, l'a instruit, il y a quelques mois dans un livre fort intéressant (1).
        Le Dr M. Igert sépare les guérisseurs des exploiteurs vulgaires et des charlatans. Pour lui, est guérisseur « tout individu qui s'inspire d'un sentiment mystique quel qu'il soit, religieux ou non, pour exercer des pratiques curatives. »
        Les guérisseurs ont une signification sociale répondant au mysticisme collectif qui est la persistance de la mentalité des primitifs, mentalité combattue par les conquêtes du rationalisme. Le « don de guérir » est envers et contre tout une fonction sociale particulière, c'est un pouvoir occulte qui repose sur l'insurrection du mysticisme latent de la foule contre le rationalisme scientifique.
        Le guérisseur subit l'influence et répond aux tendances mythomanes des foules qui sont en quelque sorte la persistance d'une mentalité ancestrale lointaine. L'homme primitif, le sauvage, l'enfant des civilisations modernes sont en proie aux croyances mystiques que parvient à atténuer, sinon faire disparaître, l'éducation rationaliste et scientifique. Le guérisseur est doué d'une prédisposition favorable pour répondre à ces croyances mystiques qui sommeillent et parfois se réveillent dans le milieu social.
        Le Dr Igert distingue les guérisseurs mystiques en débiles intellectuels et sentimentaux et en intelligents.
        Tous sont indiscutablement sincères et crédules, mais parmi les intelligents ; les uns sont désintéressés, les autres plus nombreux ne de dédaignent pas les avantages matériels qui, la sotise humaine aidant, peuvent devenir considérables.
        Le guérisseur mystique intelligent répond d'emblée à toutes les sollicitations effectives. Il ne soumet pas les faits à la critique de sa raison et si son intelligence intervient, c'est pour servir à légitimer sa croyance.
        Le guérisseur mystique débile est un minus habens qui n'a pas d'organisation systématique de ses actes, mais qui se livre à des superstition incohérentes ; s'il a recours des rites religieux ou occulte, il le fait d'une façon désordonnée et un vrai religieux taxerait sa pratique de sorcellerie.
        M. lgert cite un grand nombre d'exemples très intéressants de guérisseur de ces divers ordres. Certains sont des psychopathes, des hystériques, des persécutés, des paranoïaques, comme par exemple le fameux Zouave Jacob. Il en est qui se découvrent tout à coup le pouvoir de guérir, finissent par se persuader qu'ils possèdent ce don. Désintéressés d'abord, ils finissent par se laisser gagner par l'auri sacra fames et alors, montrent une grande ingéniosité commerciale dans l'exploitation de la crédulité publique.
        « On dit que ce n'est pas celui qui coupe de foin qui le mange, disait une fameuse guérisseuse dont les procès occupèrent la presse pendant des mois ces dernières années. Eh bien ! Moi je veux manger le foin que je coupe. » Et Béziat, le guérisseur d'Avignonnet qui fit courir à sa ferme tous les malades incurables du midi de la France et même des pays avoisinants, homme de bonne foi et évidemment sincère, autodidacte primaire, se disant plus ou moins ingénieur agronome et diplômé herboriste, qui était le premier surpris de ses succès qu'il ne cherchait pas expliquer, mais qu'il constatait avec un orgueil sans affectation, après avoir longtemps guéri pour rien, délivre des tickets payants et lança avec une habileté toute commerciale des prospectus vantant son « Vitalogène », qu'il fit suivre ensuite de toute une gamme de spécialités de grand rapport.
        Atteint d'hématurie avec lymphogranulomatose, il eut recours aux médecins dont il suivit scrupuleusement les conseils ; puis, se voyant perdu et désespéré, il se livra aux pratiques de la plus étrange sorcellerie.
        Le guérisseur mystique est éminemment suggestible. Il est convaincu qu'il joue un rôle social. Il vit par et pour le milieu où il se trouve. La suggestibilité domine sa vie mentale.
        Selon le Dr Igert, il n'y a pas de vrais ni de faux mystiques ; tous sont plus ou moins sincères, mais leur mysticisme affecte aussi des formes plus ou moins parfaites.
        Le Dr Igert, abordant le problème médico-légal des guérisseurs, fait l'histoire de la répression de l'exercice illégal de la médecine et rappelle la lutte épique des médecins et des magnétiseurs, lutte à laquelle nos Syndicats médicaux paraissent avoir mis un terme.
        M. Igert conclut que si « les charlatans ordinaires sont justiciables de poursuites efficaces, les guérisseurs puisent un nouveau prestige dans une condamnation ou trouvent une référence officielle dans un acquittement. »
        L'impuissance de la répression à leur égard tient à la nature mystique de leur fonction qui répond à un besoin de merveilleux qui domine les foules. Souvent aussi, le guérisseur ne prescrit pas de traitement et ne réclame pas d'honoraires, ce qui désarme les juges et les faits acquitter ou condamner à des peines infimes, Souvent, le guérisseur mystique est un inconscient et de ce fait irresponsable, au sens pénal du mot, de son influence sociale nocive. Il n'en est que plus dangereux. Mais tous les arguments que donnent les médecins reposent sur des raisons et sont sans effet au regard des sentiments collectifs dont bénéficient les guérisseurs, sentiments qui sont autrement puissants.
        Me M. Garçon d'accord avec un Congrès spirite, émettait un avis tendant à faire utiliser par les médecins l'influence indiscutable de certains guérisseurs sur certains malades. Le guérisseur d'Avignonnet Béziat a répondu très logiquement à cela en disant un jour : « Ne vous y trompez pas ; le public aime le merveilleux, l'inattendu, et du jour où on me sentirait couvert par un docteur, je n'aurais plus le même prestige et mes clients diminueraient. »
        Cette réponse, parfaitement sensé, de guérisseur intelligent nous rappelle l'histoire de la fontaine Saint-Hilaire près de Matagne-la-Petite, histoire que nous avons jadis rapportée (2). A cette fontaine, voisine de Givet en Ardennes, couraient se baigner les malades atteints de plaies suppurantes, d'eczémas rebelles, d'ulcères variqueux. Certains, atteints de maladies internes buvaient sans dégoût cette eau infecte. Les miracles étaient nombreux. Un nouveau curé vint à Matagne : écœuré par ce spectacle, il fit réparer la source, séparant la piscine de la buvette. Hélas ! les fidèles abandonnèrent la source qu'ils jugèrent désormais inefficace. « Il a gâté notre source », disaient les paysans en regardant leur curé de travers. Là, comme pour les guérisseurs, la mystique n'a rien de commun avec la raison.
        Le Dr Igert propose une conduite médico-légale aux syndicats médicaux dans la répression de l'exercice illégal de la médecine ;
        Cet exercice illégal peut être le fait de charlatans ou de mystiques débiles et de guérisseurs intelligents. « Vis-à-vis des premiers, la répression garde toute sa valeur »,
        Vis-à-vis des débiles, le Dr Igert conseille une expertise médico-légale le jour de l'audience, permettant d'établir en public leur ineptie et de montrer tout le ridicule de leurs conceptions et de leurs pratiques.
        Pour les guérisseurs intelligents, il faut agir avec prudence, s'assurer, comme le conseille le Prof. Balthazard, de leur esprit commercial, des revenus importants qu'ils retirent de leur exercice et muni de documents nombreux et sûrs, demander une répression énergique et des dommages-intérêts élevés. Il y aurait encore la pression telle que la comprend la loi italienne du 22 juin 1927 sur la discipline des auxiliaires des professions médicales : lors de la première poursuite, une amende relativement légère et, en cas de récidive, une condamnation sévère à 15 ou 30 jours de prison et une amende de 500 à 1.000 lires.
        Nous avons personnellement une opinion qui n'est pas celle de tout le monde sur l'exercice il légal de la médecine. A notre avis, ce ne sont pas les syndicats médicaux qui devrait poursuivre, car il ne faudrait pas rabaisser la répression d’un danger social à un dommage, toujours plus moins discutable, causé à une profession.
        Le parquet devrait systématiquement poursuivre charlatans et guérisseurs, les uns coupables d'escroquerie, les autres comme contrevenant à la protection de la santé publique.
        Mais il faudra encore que la mentalité des magistrats évolue et qu'ils ne se bornent pas considérer les médecins instruits comme responsables des fautes même légères qu'ils peuvent commettre et les rebouteurs ignorants comme irresponsables à cause même de leur ignorance, qu'ils ne poussent pas encore la bienveillance jusqu'à allouer au rebouteux, objet d'une plainte, des dommages-intérêts pour le préjudice moral qui lui est porté par les poursuites.

                                                                                                J. NOIR

    (1) Dr Maurice Igert. – Le problème des guérisseurs. Dessins de P. Igert. Vigot, frères édit. Paris, 1931.
    (2) J. Noir. – La ville de Givet en Ardennes. De quelques préjugés, superstitions, sanctuaires et pèlerinages à attributions curatives dans la région des Ardennes, Progrès Médical, 1905.

     

    Le Concours médical, 1932.


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  • Maurice Igert - Les guérisseurs mystiques (1928)Auteur : Maurice Igert
    Titre : Les Guérisseurs Mystiques, Étude psycho-pathologique et médico-légale
    Thèse pour le doctorat en médecine, présentée et soutenue publiquement en Décembre 1928
    Éditions : Imprimerie J. Fournier, Toulouse, 1928



    Recension :
        Maurice Igert. — Le problème des guérisseurs, I vol. in-8°, J. Fournier, Toulouse, 1928.
        Notre civilisation est le résultat d’une série de luttes entre la mentalité primitive faite de foi dans le merveilleux et la tendance à interpréter rationnellement les phénomènes. Le plus positif restant toujours par quelque côté un peu mystique, c’est l’éternel conflit du sentiment et de la raison. Le médecin est représentatif de celle-ci, le guérisseur de celle-là ; aussi, la foule va-t-elle d’instinct au guérisseur, d’instinct au médecin est hostile.
        Le guérisseur mystique réalise donc les aspirations profondes de la foule ; bien loin de la dominer, il n’est que son écho. De là, sa sincérité, même lorsqu’il en vient à tirer profit de la crédulité publique ; de là, ses succès thérapeutiques parfois ; de là, la difficulté de la répression légale. Ces données générales s’éclairent de l’étude particulière de quelques guérisseurs mystiques, les uns débiles mentaux, les autres intelligents. Ceci et cela constituent une étude consciencieuse, originale et clairement exposée qui mérite d’être lue.
    Chronique bibliographique, p.137
    in La Chronique médicale : revue mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique, 36e année, 1929

        Maurice Igert. — Le problème des guérisseurs, un vol. in-8°,
    Vigot, Paris, 1931. (Prix : 15 francs.)
        "Isoler de la troupe des contrebandiers de la médecine un type psychologique et social : le guérisseur mystique, définir sa nature, décrire ses caractères particuliers, puis déduire de cette étude une conduite médico-légale à son égard, telle a été l'idée directrice de ce travail" (p. 202). Ce programme, que M. Igert s’était tracé, a été rempli de façon si parfaite qu’il sera désormais impossible de reprendre l’étude
    des guérisseurs mystiques sans lire cette œuvre consciencieuse, impartiale et fouillée, et sans en tenir le plus grand compte. Un résumé ne peut montrer le jour qu’elle jette sur le mysticisme contemporain autant que sur les troubles psychosiques de nos thaumaturges ; et le compte rendu le mieux fait ne saurait suppléer à ces pages qui sont à lire et qui expliquent, en particulier, la sympathie des juges pour les guérisseurs.
        A cet égard, une leçon vient de la lecture de ce volume, une leçon dont les syndicats médicaux peuvent faire leur profit, en attendant que quelques-uns dans le public même, de bon sens robuste ou simplement habiles et forts du droit commun, devancent les poursuites syndicales. Ce serait, en vérité, un intéressant procès que celui qu’un père intenterait à un guérisseur parce que celui-ci aurait, par exemple, méconnu une appendicite et que les vains espoirs qu’il donna laissèrent passer l’heure utile de l’intervention salvatrice. Ici, les dons merveilleux que la foule affirme plus encore que celui même qui les reçut, l’exercice illégal de la médecine lui aussi sur quoi la partialité peut disputer toujours, sont hors de cause. Le débat est particulier et précis. Sans doute, les premiers procès de ce genre seraient perdus ; mais, même perdus, ils seraient, contre ceux que M. Igert appelle les contrebandiers de la médecine, plus efficaces sans nul doute que nos plaintes corporatives qui aboutissent à un franc de dommages et à une auréole.
    Chronique bibliographique, p.137
    in La Chronique médicale : revue mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique, 36e année, 1932


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