• Propos du jour - Le problème des Guérisseurs (Le Concours médical, 1932)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    PROPOS DU JOUR

    La répression de l'exercice illégal de la médecine : Le problème des « Guérisseurs » –
    Que devient le respect absolu et intangible du secret médical ?

        Nous avons le plus grand respect pour la Justice de notre pays. Les uns prétendent qu'elle est aveugle, les autres qu'elle est boiteuse. Nous nous bornerons à affirmer qu'elle est humaine, c'est-à-dire qu'elle n'est pas exempte des infirmités qui affligent notre pauvre humanité. Quoiqu'il en soit, la mentalité des juges évolue et les malheureux confrères qui ont négligé d'adhérer au « Sou Médical », savent ce qui leur en coûte de soucis et de frais si, par hasard, il arrive un accident insolite à un de leurs malades, ce malade fût-il un de leurs amis et de ce fait traité par eux gracieusement. Les magistrats, sans doute influencé par les procès constants résultant des accidents d'automobile, tendent de plus en plus à étendre la responsabilité et assimilent volontiers le chirurgien à son chauffeur. Nous sommes loin de l'époque où régnait la thèse de la faute lourde donnant seule lieu à la responsabilité du praticien, thèse du Procureur général Dupin, que défendait si éloquemment Brouardel. Actuellement, le médecin est responsable de toute faute, même légère. Il lui arrive parfois d'être condamné, même quand les experts affirment qu'il n'y a pas faute du tout. Il est de rares magistrats qui font preuve dans leur jugement d'une ironie que nous trouverions plaisante si le sujet était moins grave. Nous pourrions citer ce juge de paix qui qualifiait un revolver d'objet de toilette, ayant sa place toute naturelle dans le sac à main d'une jolie femme à côté de la boîte à poudre et du bâton de rouge, la vente et l'usage du revolver ne sont-ils pas l'objet d'une étrange tolérance ?
        Les armuriers sont loin d'être soumis aux mêmes obligations draconiennes que les médecins, et les pharmaciens pour la prescription et la délivrance de stupéfiants. Le revolver cependant paraît faire en France plus de victimes que la morphine et la cocaïne réunies.
        Mais la boutade de ce juge de paix humoriste cède le pas au jugement d'un tribunal qui n'admet pas de responsabilité pour les fautes, lourdes, d'un rebouteux. Déboutant de sa plainte un père de famille dont l'enfant avait été estropié par l'empirique, il condamnait le premier à un franc de dommage-intérêt pour le préjudice moral causé à l'auteur responsable de l'infirmité ; bien plus il donnait acte à ce rebouteux de la présence de l'avocat du Syndicat médical de la région, dans le cas où le dit guérisseur désirerait intenter aux médecins une action en dommages-intérêts. Ce jugement qui, dans un de ses attendus, reproche au père d'être reste quinze jours sans avoir conduit de nouveau son enfant au rebouteux, ne s'explique que par la notoriété étrange dont jouissait ce dernier dans la région, et qui impressionnait les magistrats eux-mêmes et le leur rendait sympathique. Ce singulier procès pose nettement une fois de plus le problème de guérisseurs tel que notre distingue confrère, le Dr Maurice Igert, l'a instruit, il y a quelques mois dans un livre fort intéressant (1).
        Le Dr M. Igert sépare les guérisseurs des exploiteurs vulgaires et des charlatans. Pour lui, est guérisseur « tout individu qui s'inspire d'un sentiment mystique quel qu'il soit, religieux ou non, pour exercer des pratiques curatives. »
        Les guérisseurs ont une signification sociale répondant au mysticisme collectif qui est la persistance de la mentalité des primitifs, mentalité combattue par les conquêtes du rationalisme. Le « don de guérir » est envers et contre tout une fonction sociale particulière, c'est un pouvoir occulte qui repose sur l'insurrection du mysticisme latent de la foule contre le rationalisme scientifique.
        Le guérisseur subit l'influence et répond aux tendances mythomanes des foules qui sont en quelque sorte la persistance d'une mentalité ancestrale lointaine. L'homme primitif, le sauvage, l'enfant des civilisations modernes sont en proie aux croyances mystiques que parvient à atténuer, sinon faire disparaître, l'éducation rationaliste et scientifique. Le guérisseur est doué d'une prédisposition favorable pour répondre à ces croyances mystiques qui sommeillent et parfois se réveillent dans le milieu social.
        Le Dr Igert distingue les guérisseurs mystiques en débiles intellectuels et sentimentaux et en intelligents.
        Tous sont indiscutablement sincères et crédules, mais parmi les intelligents ; les uns sont désintéressés, les autres plus nombreux ne de dédaignent pas les avantages matériels qui, la sotise humaine aidant, peuvent devenir considérables.
        Le guérisseur mystique intelligent répond d'emblée à toutes les sollicitations effectives. Il ne soumet pas les faits à la critique de sa raison et si son intelligence intervient, c'est pour servir à légitimer sa croyance.
        Le guérisseur mystique débile est un minus habens qui n'a pas d'organisation systématique de ses actes, mais qui se livre à des superstition incohérentes ; s'il a recours des rites religieux ou occulte, il le fait d'une façon désordonnée et un vrai religieux taxerait sa pratique de sorcellerie.
        M. lgert cite un grand nombre d'exemples très intéressants de guérisseur de ces divers ordres. Certains sont des psychopathes, des hystériques, des persécutés, des paranoïaques, comme par exemple le fameux Zouave Jacob. Il en est qui se découvrent tout à coup le pouvoir de guérir, finissent par se persuader qu'ils possèdent ce don. Désintéressés d'abord, ils finissent par se laisser gagner par l'auri sacra fames et alors, montrent une grande ingéniosité commerciale dans l'exploitation de la crédulité publique.
        « On dit que ce n'est pas celui qui coupe de foin qui le mange, disait une fameuse guérisseuse dont les procès occupèrent la presse pendant des mois ces dernières années. Eh bien ! Moi je veux manger le foin que je coupe. » Et Béziat, le guérisseur d'Avignonnet qui fit courir à sa ferme tous les malades incurables du midi de la France et même des pays avoisinants, homme de bonne foi et évidemment sincère, autodidacte primaire, se disant plus ou moins ingénieur agronome et diplômé herboriste, qui était le premier surpris de ses succès qu'il ne cherchait pas expliquer, mais qu'il constatait avec un orgueil sans affectation, après avoir longtemps guéri pour rien, délivre des tickets payants et lança avec une habileté toute commerciale des prospectus vantant son « Vitalogène », qu'il fit suivre ensuite de toute une gamme de spécialités de grand rapport.
        Atteint d'hématurie avec lymphogranulomatose, il eut recours aux médecins dont il suivit scrupuleusement les conseils ; puis, se voyant perdu et désespéré, il se livra aux pratiques de la plus étrange sorcellerie.
        Le guérisseur mystique est éminemment suggestible. Il est convaincu qu'il joue un rôle social. Il vit par et pour le milieu où il se trouve. La suggestibilité domine sa vie mentale.
        Selon le Dr Igert, il n'y a pas de vrais ni de faux mystiques ; tous sont plus ou moins sincères, mais leur mysticisme affecte aussi des formes plus ou moins parfaites.
        Le Dr Igert, abordant le problème médico-légal des guérisseurs, fait l'histoire de la répression de l'exercice illégal de la médecine et rappelle la lutte épique des médecins et des magnétiseurs, lutte à laquelle nos Syndicats médicaux paraissent avoir mis un terme.
        M. Igert conclut que si « les charlatans ordinaires sont justiciables de poursuites efficaces, les guérisseurs puisent un nouveau prestige dans une condamnation ou trouvent une référence officielle dans un acquittement. »
        L'impuissance de la répression à leur égard tient à la nature mystique de leur fonction qui répond à un besoin de merveilleux qui domine les foules. Souvent aussi, le guérisseur ne prescrit pas de traitement et ne réclame pas d'honoraires, ce qui désarme les juges et les faits acquitter ou condamner à des peines infimes, Souvent, le guérisseur mystique est un inconscient et de ce fait irresponsable, au sens pénal du mot, de son influence sociale nocive. Il n'en est que plus dangereux. Mais tous les arguments que donnent les médecins reposent sur des raisons et sont sans effet au regard des sentiments collectifs dont bénéficient les guérisseurs, sentiments qui sont autrement puissants.
        Me M. Garçon d'accord avec un Congrès spirite, émettait un avis tendant à faire utiliser par les médecins l'influence indiscutable de certains guérisseurs sur certains malades. Le guérisseur d'Avignonnet Béziat a répondu très logiquement à cela en disant un jour : « Ne vous y trompez pas ; le public aime le merveilleux, l'inattendu, et du jour où on me sentirait couvert par un docteur, je n'aurais plus le même prestige et mes clients diminueraient. »
        Cette réponse, parfaitement sensé, de guérisseur intelligent nous rappelle l'histoire de la fontaine Saint-Hilaire près de Matagne-la-Petite, histoire que nous avons jadis rapportée (2). A cette fontaine, voisine de Givet en Ardennes, couraient se baigner les malades atteints de plaies suppurantes, d'eczémas rebelles, d'ulcères variqueux. Certains, atteints de maladies internes buvaient sans dégoût cette eau infecte. Les miracles étaient nombreux. Un nouveau curé vint à Matagne : écœuré par ce spectacle, il fit réparer la source, séparant la piscine de la buvette. Hélas ! les fidèles abandonnèrent la source qu'ils jugèrent désormais inefficace. « Il a gâté notre source », disaient les paysans en regardant leur curé de travers. Là, comme pour les guérisseurs, la mystique n'a rien de commun avec la raison.
        Le Dr Igert propose une conduite médico-légale aux syndicats médicaux dans la répression de l'exercice illégal de la médecine ;
        Cet exercice illégal peut être le fait de charlatans ou de mystiques débiles et de guérisseurs intelligents. « Vis-à-vis des premiers, la répression garde toute sa valeur »,
        Vis-à-vis des débiles, le Dr Igert conseille une expertise médico-légale le jour de l'audience, permettant d'établir en public leur ineptie et de montrer tout le ridicule de leurs conceptions et de leurs pratiques.
        Pour les guérisseurs intelligents, il faut agir avec prudence, s'assurer, comme le conseille le Prof. Balthazard, de leur esprit commercial, des revenus importants qu'ils retirent de leur exercice et muni de documents nombreux et sûrs, demander une répression énergique et des dommages-intérêts élevés. Il y aurait encore la pression telle que la comprend la loi italienne du 22 juin 1927 sur la discipline des auxiliaires des professions médicales : lors de la première poursuite, une amende relativement légère et, en cas de récidive, une condamnation sévère à 15 ou 30 jours de prison et une amende de 500 à 1.000 lires.
        Nous avons personnellement une opinion qui n'est pas celle de tout le monde sur l'exercice il légal de la médecine. A notre avis, ce ne sont pas les syndicats médicaux qui devrait poursuivre, car il ne faudrait pas rabaisser la répression d’un danger social à un dommage, toujours plus moins discutable, causé à une profession.
        Le parquet devrait systématiquement poursuivre charlatans et guérisseurs, les uns coupables d'escroquerie, les autres comme contrevenant à la protection de la santé publique.
        Mais il faudra encore que la mentalité des magistrats évolue et qu'ils ne se bornent pas considérer les médecins instruits comme responsables des fautes même légères qu'ils peuvent commettre et les rebouteurs ignorants comme irresponsables à cause même de leur ignorance, qu'ils ne poussent pas encore la bienveillance jusqu'à allouer au rebouteux, objet d'une plainte, des dommages-intérêts pour le préjudice moral qui lui est porté par les poursuites.

                                                                                                J. NOIR

    (1) Dr Maurice Igert. – Le problème des guérisseurs. Dessins de P. Igert. Vigot, frères édit. Paris, 1931.
    (2) J. Noir. – La ville de Givet en Ardennes. De quelques préjugés, superstitions, sanctuaires et pèlerinages à attributions curatives dans la région des Ardennes, Progrès Médical, 1905.

     

    Le Concours médical, 1932.


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  • Maurice Igert - Les guérisseurs mystiques (1928)Auteur : Maurice Igert
    Titre : Les Guérisseurs Mystiques, Étude psycho-pathologique et médico-légale
    Thèse pour le doctorat en médecine, présentée et soutenue publiquement en Décembre 1928
    Éditions : Imprimerie J. Fournier, Toulouse, 1928



    Recension :
        Maurice Igert. — Le problème des guérisseurs, I vol. in-8°, J. Fournier, Toulouse, 1928.
        Notre civilisation est le résultat d’une série de luttes entre la mentalité primitive faite de foi dans le merveilleux et la tendance à interpréter rationnellement les phénomènes. Le plus positif restant toujours par quelque côté un peu mystique, c’est l’éternel conflit du sentiment et de la raison. Le médecin est représentatif de celle-ci, le guérisseur de celle-là ; aussi, la foule va-t-elle d’instinct au guérisseur, d’instinct au médecin est hostile.
        Le guérisseur mystique réalise donc les aspirations profondes de la foule ; bien loin de la dominer, il n’est que son écho. De là, sa sincérité, même lorsqu’il en vient à tirer profit de la crédulité publique ; de là, ses succès thérapeutiques parfois ; de là, la difficulté de la répression légale. Ces données générales s’éclairent de l’étude particulière de quelques guérisseurs mystiques, les uns débiles mentaux, les autres intelligents. Ceci et cela constituent une étude consciencieuse, originale et clairement exposée qui mérite d’être lue.
    Chronique bibliographique, p.137
    in La Chronique médicale : revue mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique, 36e année, 1929

        Maurice Igert. — Le problème des guérisseurs, un vol. in-8°,
    Vigot, Paris, 1931. (Prix : 15 francs.)
        "Isoler de la troupe des contrebandiers de la médecine un type psychologique et social : le guérisseur mystique, définir sa nature, décrire ses caractères particuliers, puis déduire de cette étude une conduite médico-légale à son égard, telle a été l'idée directrice de ce travail" (p. 202). Ce programme, que M. Igert s’était tracé, a été rempli de façon si parfaite qu’il sera désormais impossible de reprendre l’étude
    des guérisseurs mystiques sans lire cette œuvre consciencieuse, impartiale et fouillée, et sans en tenir le plus grand compte. Un résumé ne peut montrer le jour qu’elle jette sur le mysticisme contemporain autant que sur les troubles psychosiques de nos thaumaturges ; et le compte rendu le mieux fait ne saurait suppléer à ces pages qui sont à lire et qui expliquent, en particulier, la sympathie des juges pour les guérisseurs.
        A cet égard, une leçon vient de la lecture de ce volume, une leçon dont les syndicats médicaux peuvent faire leur profit, en attendant que quelques-uns dans le public même, de bon sens robuste ou simplement habiles et forts du droit commun, devancent les poursuites syndicales. Ce serait, en vérité, un intéressant procès que celui qu’un père intenterait à un guérisseur parce que celui-ci aurait, par exemple, méconnu une appendicite et que les vains espoirs qu’il donna laissèrent passer l’heure utile de l’intervention salvatrice. Ici, les dons merveilleux que la foule affirme plus encore que celui même qui les reçut, l’exercice illégal de la médecine lui aussi sur quoi la partialité peut disputer toujours, sont hors de cause. Le débat est particulier et précis. Sans doute, les premiers procès de ce genre seraient perdus ; mais, même perdus, ils seraient, contre ceux que M. Igert appelle les contrebandiers de la médecine, plus efficaces sans nul doute que nos plaintes corporatives qui aboutissent à un franc de dommages et à une auréole.
    Chronique bibliographique, p.137
    in La Chronique médicale : revue mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique, 36e année, 1932


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  • Dr Maurice Igert - Le Problème des guérisseurs (1931)Auteur : Docteur Maurice Igert
    Titre : Le Problème des guérisseurs
    Éditions : Vigot Frères, Éditeurs, Paris, 1931

     

    Extrait qui évoque Louis Antoine :

    LES GUÉRISSEURS INTELLIGENTS

        Nous avons cité le « cas-limite » de Germaine de Rouen. Nous n'ajouterons rien au chapitre qui la concerne. Germaine, par sa constitution mentale, par la variabilité des signes psychosiques qu'elle a présentés, par ses convictions, est certainement beaucoup plus voisine des guérisseurs précédents, que d'un thaumaturge comme J. Béziat. Seule une renommée à peu près semblable les a confondus.
        L'étude de la mentalité et de la vocation de Béziat révèle quelques particularités qui méritent de retenir notre attention. Le guérisseur a présenté toute sa vie une orientation mystique de la pensée et de l'activité. Imposée par les circonstances, l'interruption de l'activité mystique (il disait « métapsychiste ») entraîne une crise de dépression, suivie bientôt de la révélation d'un don curatif.
        La sincérité de Béziat n'étant pas douteuse, la conviction présente par elle-même un caractère anormal et elle s'est imposée à lui suivant un mécanisme psychologique très spécial.
        Peut-on attribuer sa vocation à la suggestion ?
        Certes, son caractère est très influençable, son imagination exagérée, son émotivité en surface. Mais, sa tendance mystique a imprimé à toute sa vie une direction à peu près constante. Son évolution mentale est faite de stabilité et d'instabilité.
        Suivant le facteur auquel on accorde une prédominance, il est possible de le classer parmi les passionnés ou parmi les suggestibles.
        En réalité, il serait artificiel de le ranger dans l'un ou l'autre groupe ; il représente un cas mixte.
        Du mystique passionné il a la foi et l'orientation expansive. Et cependant il subordonne son don de guérir à des fins égoïstes et il reste tolérant.
        Le mystique est surtout un créateur de système et un apôtre, il est le prosélyte de sa doctrine et lui soumet toutes choses. Ses actions, parfois dangereuses, n'ont de valeur, à ses yeux, que dans la mesure où elles augmentent le prestige des conceptions.
        Béziat est surtout un praticien. Il ne fait pas la propagande de ses croyances, auxquelles il n'est peut-être pas très profondément attaché. « Je n'ai jamais cherché à imposer mes convictions, l'avons-nous entendu dire. L'essentiel, n'est-ce pas, c'est que je guéris. »
        Il guérit et s'efforce passionnément de faire accepter « ce fait ».
        Au lieu d'une conception métapsychique, c'est un pouvoir personnel qu'il affirme.
        Il y a dans sa mentalité, un curieux mélange de disposition expansive et de tendance égocentrique.
        Tantôt il est sollicité dans un sens, tantôt dans l'autre. Ces oscillations perpétuelles entravent aussi bien les réalisations complètes de son altruisme, que de son égoïsme.
        Idéaliste passionné, il aurait pu édifier une religion nouvelle, comme un Swedenborg ou un Antoine, et conquérir la croyance populaire par des cures miraculeuses.
        Pragmatique, l'exploitation de son pouvoir lui aurait assuré d'importants bénéfices, s'il avait eu le génie de « monter une affaire ».
        Il ne s'est libéré, ni de l'intérêt, ni du mysticisme.

    Dr Maurice Igert, Le Problème des guérisseurs, 1931 (p.153-154)


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  • Alain Rollat - Guide des médecines parallèles (1973)

    Auteur : Alain Rollat
    Titre : Guide des médecines parallèles
    Éditions : Calmann-Lévy - Collection : Vivre aujourd'hui - Paris, 1973

        Évoque l'antoinisme par le biais du temple de la rue Vergniaud de la page 159 à 162, dans le chapitre consacré aux Églises de la guérison à côté du Pentecôtisme, la Science chrétienne et l’Église du Christ de Montfavet.

        Voici ce qu’écrit l’auteur :

        L'Antoinisme

        – Bonjour, petit frère. Sois le bienvenu. 
         Je viens d'entrer dans le vestibule de l'un des vingt-huit temples français du Culte antoiniste. La vieille dame qui m'y accueille si aimablement porte une soutanelle noire. Nous engageons la conversation. Je lui pose quelques questions ; elle y répond d'une voix douce.
        – Pardonnez mon ignorance. Pourriez-vous me parler du Culte antoiniste ?
        – Il s'agit d'une œuvre morale basée sur la foi et le désintéressement, petit frère... Il y a partout des peines, des maladies, et chacun peut venir demander chez nous sa guérison ou une aide spirituelle. Tout se fait par la prière, gratuitement, en toute liberté, comme le veut le Père...
       – Quel « Père » ? Dieu ?... 
        Notre bon Père, le Père Antoine. Il nous a appris à connaître Dieu, sa bonté, son amour infini. L'enseignement du Père est l'enseignement du Christ révélé à notre époque par la foi. Nous n'essayons pas de convertir, petit frère. simplement de consoler et de guérir par la foi... » Et cette charmante personne au visage serein et à la parole facile continue à m'initier ; elle évoque confusément Adam et Eve, le sens de la vie, le Père Antoine, la réincarnation ; l'existence de bons fluides et de fluides mauvais... Je ne parviens plus à suivre sa pensée. Comprenant mon désarroi, elle m'invite à me recueillir dans la grande salle du temple. Je me retrouve seul, devant plusieurs rangées de bancs vides et une chaire à deux étages entourée de murs tristes. Tracée sur le mur, une inscription en grosses lettres noires domine le chœur : « Un seul remède peut guérir l'humanité : LA FOI ; c'est de la foi que naît l'amour, l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu Lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de LE servir, c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer parce qu'il est pur et de vérité. »
        Dans le vestibule, la dame à la soutane prie pour moi. Je demeure perplexe... 
        Ainsi se déroula ma première rencontre avec l'Antoinisme. 
        L'histoire de ce culte bizarre s'identifie totalement à celle de son fondateur, le « Père » Antoine, Louis de son prénom. L'appellation « Père » n'ayant d'ailleurs aucune origine religieuse. Cadet d'une famille pauvre comptant onze enfants, Louis Antoine voit le jour en 1846 en Belgique, à Mons-Crotteux, province de Liège. A douze ans, la misère l'oblige descendre à la mine avec son père et son frère aîné. Catholique fervent, il démontre dès cet âge, selon ses adeptes, « une sensibilité et une piété peu communes ». Sa foi religieuse ne l'empêche pas, cependant, d'être écœuré par le dur travail de mineur ; il devient ouvrier métallurgiste et, à vingt-quatre ans, quitte la Belgique pour l'Allemagne, puis la Pologne. Une dizaine d'années plus tard, il revient en Belgique où il épouse une jeune fille simple et modeste. De leur union naît un fils. Louis Antoine exerce les fonctions de concierge dans une usine. Végétarien, il vit très sobrement. 
        La grande aventure spirituelle de cet ouvrier, que rien ne prédisposait à fonder une religion, commence à quarante-deux ans, lorsqu'il découvre le spiritisme. Coup de foudre. Sachant à peine lire et écrire, Louis Antoine va dévorer de nombreux ouvrages d'occultisme. Il fait tourner les tables, se révèle médium, entre en communication avec les « âmes » des morts et s'enhardit, déjà, à prêcher à son entourage certaines « vérités » découvertes dans le monde des « esprits ». Soudain, le drame entre dans sa vie, en 1893 : son fils unique meurt à l'âge de vingt ans. Pour Louis Antoine, le problème de la guérison devient une obsession. L'humble concierge wallon rencontre alors, opportunément, autour des tables spirites, deux « fantômes » charitables d'anciens médecins qui lui enseignent, depuis l'au-delà, le secret de la guérison par la prière et l'art de maîtriser les « fluides guérisseurs ». Fort de leurs conseils, Louis Antoine se débarrasse personnellement de vieux maux d'estomac et devient guérisseur. Il impose les mains, distribue des morceaux de tissu « magnétisé », connaît quelques ennuis avec le syndicat des médecins belges et abandonne rapidement les thérapeutiques magnétiques pour se consacrer à la guérison par la foi. Les malades font la queue devant son domicile l'appellent « Père » et sa femme « Mère » ; la religion antoiniste apparaît. 
        Reconnu d'utilité publique par le gouvernement belge en 1922, le Culte antoiniste compte aujourd'hui cinquante-huit temples en Europe et cent cinquante salles de lecture dont plusieurs aux Etats-Unis et au Brésil. 
        Officiellement, Louis Antoine a cessé de vivre le 15 juin 1912. Je dis « officiellement » car les Antoinistes affirment que leur « Père » est seulement désincarné et continue à diriger son Eglise depuis le royaume des « esprits », où il réside en compagnie de la Mère et des anges. 
        Mélange obscur de christianisme, de spiritisme, de théosophie et d'hindouisme, le Culte antoiniste reflète parfaitement la personnalité de son fondateur. Comme la Science chrétienne, l'antoinisme nie l'existence réelle de la matière et du mal, pures « illusions mentales » prenant racine dans le péché. Sa conception des relations de l'âme et du corps, par contre, ne manque pas d'originalité. 
        Suivant les Antoinistes, en effet, « toute pensée est un fluide et tout fluide une pensée. Nous baignons dans la vie et dans les fluides comme le poisson dans l'eau. Notre atmosphère est composée de milliers de pensées, acquises dans les multiples entreprises que nous effectuons dans le courant de notre existence. Ce sont autant de fluides que notre esprit manie à son insu, bons ou mauvais suivant notre nature. Ces fluides que nous saisissons à travers la matière sont des lois qui nous dirigeront, à notre insu, dans le milieu même où nous les avons puisés ; si nos pensées ont été pour notre semblable bonnes et agréables nous en serons réconfortés ; si elles ont été mauvaises et amères nous serons martyrisés. Nous sommes les seuls auteurs de nos souffrances ». Le Père Antoine apporte la « précision » suivante : « Il m'est arrivé de soigner des malades dont le mal était à une distance de deux mètres du corps, dans l'atmosphère. Il faut savoir que l'âme rayonne autour du corps, à une étendue dont on ne se fait peut-être pas une raison. Il importe, donc, assez peu de guérir l'organe, si on laisse subsister le mauvais fluide qui l'entoure et qui va être la cause d'une nouvelle indisposition. Cette observation montre à quel point un guérisseur pourrait s'égarer en se bornant à remédier au corps. » 
        Vous reconnaîtrez à cette description la notion spirite de « corps astral ». 
        En conclusion, les Antoinistes soulignent que toute guérison totale suppose une conversion spirituelle profonde. Dans chaque temple le culte principal, ou Opération générale, consiste ainsi à prier pour les malades en luttant mentalement contre les fluides mauvais qui les accablent et à les aider à cultiver la foi en Dieu. Les fidèles ont rendez-vous avec « l'esprit » de Louis Antoine les cinq premiers jours de la semaine à 10 heures précises. En sa présence paternelle bien qu'invisible, ils méditent les « Dix Principes de Dieu » révélés par le Père. Lorsque l'officiant les récite, Dieu s'adresse directement à l'assistance par l'intermédiaire du Père Antoine. 

    Premier principe : 
        « Si vous m'aimez
    Vous ne l'enseignerez à personne
    Puisque vous savez que je ne réside
    Qu'au sein de l'homme.
    Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
    Une suprême bonté
    Alors que du prochain vous m'isolez. » 

    Deuxième principe : 
        « Ne croyez pas celui qui vous parle de moi
    Dont l'intention serait de vous convertir,
    Si vous respectez toute croyance
    Et celui qui n'en a pas,
    Vous savez, malgré votre ignorance,
    Plus qu'il ne pourrait vous dire. » 

         Tous ces principes, dont je ne puis vous infliger la lecture, prônent hermétiquement l'amour du prochain, la charité, la tolérance, l'humilité.
        En marge des leçons sur l'enseignement du Père, le Culte antoiniste assure également, chaque jour, des « opérations » de guérison individuelles. Un frère guérisseur se tient en permanence à la disposition des personnes souffrantes. Quand un malade vient le consulter, il lève les bras vers « l'esprit » du Père Antoine, le prie d'intervenir au nom de Dieu et agit personnellement en expulsant, par la force de sa prière, les fluides noirs du péché encombrant le corps « astral » de son patient. Les « opérations » sont gratuites et les guérisons certifiées nombreuses. Les guérisseurs antoinistes ne demandent rien en échange de leurs services : « Le culte laisse toute liberté à chacun ; on y vient pour autant qu'on en a besoin, soit pour obtenir une grâce, soit pour s'instruire de la Morale révélée. Chacun en comprend ce qu'il veut et en pratique ce qu'il veut. Celui qui vient au Culte vient seulement pour trouver le chemin qui l'aidera à sortir de ses épreuves tout en gardant sa religion, son milieu, ses habitudes, selon sa conscience. »
        Intentions assurément fort louables. 
        En outre, le Père Antoine a toujours eu le bon sens de ne pas vouloir concurrencer la médecine officielle. Les brochures de ses services d'information n'oublient jamais de mentionner prudemment : « Le culte ne va pas sur le terrain de la Science, notamment n'établit aucun diagnostic, ne conseille ni ne déconseille un médicament, ni une opération chirurgicale, ne fait ni passe ni imposition des mains, ni prédiction d'avenir. » Au contraire, les Antoinistes prient pour les médecins. Louis Antoine a écrit lui-même : « Dirions-nous qu'un chirurgien qui nous fait souffrir pour nous opérer un organe détérioré commet un mal ? Nous dirons plutôt qu'il nous fait un grand bien. » 
        En définitive, retenez ceci, le Culte antoiniste pratique un mysticisme guérisseur inoffensif.


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  • Les thaumaturges (Le Matin, 2 février 1925)

    LES THAUMATURGES

       La volonté da malade
             peut devenir
    l'ouvrière de la guérison

        Je continuerai mon apostolat malgré ma condamnation, a dit Jean Béziat, le guérisseur d'Avignonet, car ma tâche est de guérir et de sauver.
        Tel est le cas de beaucoup de ces thaumaturges qui vivent en marge de la médecine et prennent figure de martyrs persécutés par la science-officielle. Recueillant des malades désespérés ou naïfs, ils bénéficient de la crédulité de ces malheureux qui implorent le miracle.
        L'homme, « animal mystique », comme l'appelait Emile Faguet, a toujours eu soif de merveilleux ; l'attraction vers le mystère n'a été l'apanage d'aucune époque et les siècles les plus sceptiques furent souvent les plus crédules. Malgré les progrès de la science, l'être humain, esclave de son imagination, restera éternellement amoureux du miracle et du surnaturel.
        C'est pourquoi les guérisseurs et les la thaumaturges ont toujours eu une très grande vogue, car, prétendant commander aux forces inconnues, ils manient les prétendues puissances occultes pour les résoudre en bienfaits étonnants, sous forme de miracles.
        Les cérémonies des thaumaturges se déroulent avec apparat et certains traitements collectifs sont demeurés célèbres dans le monde entier. Qui ne se souvient du père Antoine, créateur d'un culte, « l'antoinisme », dont les fidèles sont encore très nombreux, et enfin du zouave Jacob, qui fit courir tout Paris et dont le succès fut formidable.
        La plupart des thaumaturges sont généralement mystiques dans leur méthode et dans leurs doctrines, justement parce qu'ils sont ignorants et convaincus, ayant une foi aveugle en leur pouvoir.
        Le guérisseur d'Avignonet mêle à la fois la prière, l'exhortation religieuse, l'imposition des mains et le souffle chaud, et parfois le miracle éclate aux yeux émerveillés d'une foule dans laquelle passe un de ces grands courants de sympathie dont nous soupçonnons à peine la nature. L'émotion fait vibrer tous les organismes, accorde tous les esprits, au point que le moindre fait, la moindre manifestation d'une volonté énergique suscitent au même moment, chez tous les assistants, les mêmes sensations et les mêmes illusions, transformant pour un instant le rythme de la vie.
        Le guérisseur guérit parfois là où ont échoué des médecins, parce qu'il exalte les forces merveilleuses contenues dans le subconscient des malades eux-mêmes, intensifiées encore par l'émotion et la foi.
        Dans ces conditions des cicatrisations rapides peuvent se faire. Les collections de microbes peuvent être en peu de temps détruites, car, sous l'influence de ce choc psychique, les conditions physiques de l'individu sont transformées. En plus des affections dites nerveuses, un grand nombre de maladies restent soumises aux influences psychiques.
        Emotion, autosuggestion, ébranlement psychique, telles sont les forces qui produisent la guérison miraculeuse.
        Le médecin, au lieu de dédaigner les rebouteux, les thaumaturges et les guérisseurs devrait s'intéresser à leurs procédés, car il comprendrait mieux le rôle joué par le moral comme facteur de guérison, et il utiliserait les éléments psychiques pour agir sur le physique. Il apprendrait aux malades à utiliser les forces merveilleuses de la pensée en leur disant :
        « Oui, vous avez parfois raison de compter sur la guérison miraculeuses de votre mal, mais le sanctuaire ou le miracle s'élabore est en vous-même. Sachez que pour se guérir, il suffit parfois simplement d'un sursaut de la volonté, qui peut devenir l'ouvrière de la santé. »

                                                Docteur Pierre Vachet,
                                                     professeur à l'Ecole de psychologie.

    Le Matin, 2 février 1925


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