• L.A. : L'Antoinisme (1910-1912)

    L.A. : Nouveau Spiritualisme (1906-1910)

    15 août 1910 : Sanctification du Culte et Consécration du Temple (Colorisée par MyHeritage)

     

        De 1906 à 1909, le Père révèle son Enseignement dans le cadre de son Nouveau Spiritualisme, des brochures sont éditées.
        Le 15 août 1910, le Temple de Jemeppe est consacré et le Culte est sanctifié par le Père. Voilà le déroulement de la cérémonie :

        Afin de ne rien perdre de l'exemple du Père, nous nous permettons de remémorer comment se passa la journée du 15 Août 1910.
        Pour cette circonstance exceptionnelle, le Père avait fait aménager au pied de la tribune une estrade sur laquelle siégèrent les membres du Conseil pendant toute la cérémonie ; tous étaient revêtus de la robe antoiniste.
        Le Père avait porté à notre connaissance son intention de consacrer à cette date le Temple de Jemeppe-sur-Meuse et de sanctifier le Culte Antoiniste.
        L'annonce de cet événement amena une foule considérable au Temple. Car, depuis le 9 mai 1909, nous n'avons plus entendu la voix du Père à la tribune et voilà que nous apprenions : le Père va nous parler de nouveau. En effet, ce jour le Père prit la parole devant la foule massée dans le Temple mais ce fut court, beaucoup trop court, car nous aurions voulu longtemps encore entendre sa voix douce, pleine de réconfort et d'amour vrai.
    Revenons à notre cérémonie. Il est dix heures. Un frère vient annoncer : "Le Père va venir à la tribune, avant d'opérer, Il se recueille. Respecter ce moment solennel. Ranimer votre foi car toux ceux qui auront foi au Père seront guéris ou soulagés.
        Après avoir sonné, l'huissier ouvre la porte du cabinet du Père, Celui-ci entre Au Temple, monte à la tribune et s'exprime comme suit : " Mes enfants, je regrette de vous voir aujourd'hui si nombreux et que je n'ai plus rien à vous dire. Cependant, je tiens à remercier les personnes qui se sont dévouées pour récolter les signatures en vue d'obtenir la personnification civile de notre Culte. Nous aurions pu en récolter davantage, mais le nombre est déjà plus que suffisant. Maintenant, nous avons formé un Conseil, vous avez un Enseignement et vous avez un Temple, il vous appartient, vous pouvez y faire tout ce que vous voulez.
        L'émotion fut tellement grande parmi les assistants que la plupart ne purent s'empêcher de verser des larmes de bonheur. Le Père venait de confirmer une fois de plus, son complet désintéressement puisque après tant d'années de labeur, le Père nous abandonnait tout.
        Après un moment de calme pour laisser par notre émotion, le Père reprend : " Maintenant par une pensée, nous allons consacrer ce Temple ". Le recueillement est très profond pendant un instant puis le Père dit : " C'est fait ". Nous allons par une pensée également sanctifier le Culte ". Le même déroulement se produit et le Père répète : " C'est fait ".
        Pour terminer la cérémonie qui fut d'une extrême sobriété le Père nous remercie pour le bon travail que venons d'effectuer.
        L'après-midi, nous nous assemblions en la salle des Comtes de Méan à Liège pour élaborer les statuts de la fondation de notre Culte.
        Cette journée reste inoubliable pour nous.

    Unitif - Numéro spécial - Juillet 1941 - Version du Père

  • Les Antoinistes (Journal de Bruxelles, 12 janvier 1911)(Belgicapress)Les Antoinistes

        Antoine-le-Guérisseur a fondé une religion nouvelle dans notre pays wallon. Ses adeptes sont nombreux. Ils ont envoyé aux Chambres belges une pétition recouverte de cent soixante mille signatures ; c'est un beau chiffre. Antoine est un ancien mineur. J'ignore dans quelles conditions il a quitté la pioche du houilleur pour se livrer à la propagande de sa religion. Tout ce que je sais, c'est qu'il impose les mains aux malades qui viennent le trouver et qu'il a, paraît-il, opéré un certain nombre de guérisons. Cela ne doit étonner personne. On sait que certaines maladies nerveuses peuvent être guéries par la suggestion et qu'il y a d'autant plus de chances de guérison que la « foi » du malade est plus vive. Mais Antoine ne se contente pas de guérir. Il prêche une religion, qui, à la vérité, est assez obscure ; elle n'est point l'œuvre méthodique d'un théologien. Quant à la partie morale, elle s'inspire du Sermon sur la Montagne, dont elle délaie assez piteusement les divines maximes. Il n'importe ! Ce n'est point l'essence de cette religion que j'ai le dessein d'examiner ici ; il me suffit de constater sa fondation et son développement rapide. Voilà le phénomène intéressant, digne de suggérer mainte réflexion.
        N'est-il pas singulier, en effet, de voir se propager avec rapidité une religion nouvelle dans nos régions minières où le socialisme et le rationalisme se vantaient d'avoir étouffé la foi chrétienne ! Nos populations wallonnes ne passent point pour mystiques. La tournure un peu railleuse de leur esprit a favorisé la propagation des sarcasmes voltairiens et des blasphèmes matérialistes. On s'accorde généralement à reconnaître que leur scepticisme est à peu près le même que celui des Français et personne ne se fut avisé d'y découvrir un terrain favorable à la germination d'une conviction religieuse. Au contraire, l'anticléricalisme a fait chez eux d'innombrables recrues, tandis qu'il entamait bien plus difficilement nos populations flamandes. Aussi M. le comte Goblet d'Alviella, interviewé dernièrement touchant le culte Antoiniste, s'étonnait-il de le voir se répandre ailleurs que dans un milieu germanique, tant est commun ce préjugé que seules, en Occident, les populations de race germanique ont gardé une âme religieuse.
        C'est une grande erreur. Les populations celtiques ne sont pas moins religieuses : songez aux Bretons de la France ; songez aux Irlandais ; songez aux habitants du pays de Galles, en Angleterre, où dernièrement, chez les mineurs, se développait une agitation religieuse dont, un instant, toute l'Europe s'est occupée. Il est vrai qu'aujourd'hui l'on n'en parle plus ; mais il y a cinq ou six ans, on était si frappé de l'intensité de ce mouvement que l'on voyait déjà ce « revival » s'étendre à l'Angleterre entière, à peu près comme le puritanisme des compagnons de Cromwell.
        Ne nous étonnons donc pas de voir un renouveau religieux se produire chez nos Wallons.

    *
    *     *

        Ce qui est piquant, c'est de constater que les efforts de nos anticléricaux et de nos athées, qui ont si déplorablement travaillé à déchristianiser les ouvriers wallons, n'ont abouti qu'à leur faire adopter, dans le pays de Seraing, une religion singulièrement plate et grossière en regard de la foi catholique qu'on leur a ravie. Messieurs les partisans des lumières et du progrès ont fait là, vraiment, un bel ouvrage ! En ruinant la religion traditionnelle dans l'âme de tant de pauvres gens, ils n'ont fait que les livrer à une croyance d'une nature inférieure. Ils ont remplacé la plus grande religion civilisatrice que la terre ait connue par une superstition rurale, où certes se rencontrent encore de bons éléments, mais dont les ressorts supérieurs ont été enlevés ou faussés. Ils ont ôté aux humbles une religion qui a suffi aux plus grands génies de notre civilisation pour les voir se ruer vers une croyance que seuls peuvent accepter les cerveaux incultes.
        Quelle leçon pour les spectateurs attentifs ! La propagation de ce culte nouveau montre à quel point les hommes, au milieu de leurs durs travaux, de leurs douleurs, de leurs peines, ont besoin d'une croyance sur laquelle ils puissent appuyer leur cœur. Ils se soucient bien des doctrines des savants sur la formation de l'univers et des grandes phrases des philosophes qui leur proposent chaque jour un nouveau système de morale ! Ce qu'il leur faut, c'est une croyance fondée sur leurs sentiments ; et ces sentiments, rien ne les touche aussi profondément que la vieille morale de l'Evangile. Cela est si vrai que seuls les ressasseurs des maximes évangéliques parviennent à fonder des sectes nouvelles. En Russie, c'est Tolstoï ; en Angleterre, c'est le mineur Ewans ; en Belgique, c'est Antoine le Guérisseur. Je défie bien M. Fouillée et M. Bourgeois de fonder une religion !
        Et croyez bien que les guérisons d'Antoine-le-Guérisseur ne sont que le vestibule qui mène au sanctuaire de sa foi. Certes, elles lui ont donné du prestige. Mais s'il s'était contenté de guérir quelques malades, il ne serait qu'un rebouteux comme il y en a tant. Ce qui lui a valu l'engouement de tous ces milliers d'hommes, c'est qu'il prêche une foi avec tant de persuasion qu'il la fait pénétrer dans le cœur simple des bonnes gens qui l'écoutent. Et ce faisant, il n'est peut-être pas sans procurer quelque bien à de pauvres âmes désemparées qui ne connaissent que l'indifférence et ses incertitudes.

    *
    *     *

        Mais si tel est l'effet que produit une « religion » quelconque, fût-elle bonne seulement pour les esprits incultes, quelle n'est point la bienfaisance de la religion qui a enfanté la civilisation dans laquelle nous vivons ! La richesse de ses ressources est infinie. Elle peut satisfaire les esprits les plus profonds aussi bien que les plus simples ; plus que toute autre elle parle au cœur ; enfin, elle peut montrer la longue suite de ses saints et les innombrables asiles de ses cloîtres en témoignage des satisfactions qu'elle offre aux âmes altérées de sentiments mystiques.
        A ces sentiments mystiques, parfois si impérieux et si violents, elle ouvre des canaux réguliers où ils s'épancheront sans rien détruire, tout au contraire, en développant leur puissance pour le bien général de la société, comme le prouvent tant d'œuvres charitables et tant de mouvements intellectuels et sentimentaux qui tirent de là leur origine. Quand on obstrue ces issues, les sentiments mystiques en cherchent d'autres : le socialisme et l'anarchie les leur fournissent. Beaucoup d'apôtres des sectes destructives ne sont que des mystiques dévoyés. On en peut dire autant de la plupart de leurs disciples. Mieux vaut encore peut-être pour leur propre bonheur et pour la paix de la société qu'ils suivent les enseignements Antoine-le-Guérisseur !

                                                                              ZADIG.

    Journal de Bruxelles, 12 janvier 1911 (source : Belgicapress)


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  • Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)(Belgicapress)CHEZ
    ANTOINE LE GUERISSEUR

        On lit cet intéressant article dans la belle revue belge illustrée : le « MOIS CHEZ NOUS » :

        Nos lecteurs auront certes entendu parles d'Antoine, ce doux philosophe qui, à Jemeppe-sur-Meuse, fit tout d'abord métier de « Guérisseur », attirant à lui les malades, les névrosés surtout et les faibles et les guérissant par la force de sa suggestion. Peu à peu, cependant, Antoine a élevé ses aspirations ; ses malades ont voulu voir dans sa philosophie une religion nouvelle et il compte, tant en France qu'en Belgique, des milliers d'adeptes. Nous avons donc jugé curieux d'exposer à nos lecteurs l'origine, la nature et le caractère de ce mouvement.

    LA NAISSANCE DE
                           L'« ANTOINISME ».
                 Antoine le Guérisseur
        « Louis Antoine est né en 1846 à Mons-Crotteux (province de Liége), de parents pauvres et très simples. Il est le cadet de sa famille qui comptait onze enfants. Il débute, à 12 ans, dans la mine, accompagnant son père et un frère qui étaient également mineurs. Ne voulant plus descendre dans la fosse, il devint ouvrier métallurgiste. A 24 ans, il quitte la Belgique pour aller travailler en Allemagne où il séjourne pendant cinq ans.
        Deux ans plus tard, il va à Prague, près de Varsovie (Pologne russe) et y accomplit un nouveau terme de cinq ans, puis il s'installe définitivement en Belgique, à Jemeppe-sur-Meuse. Avant de partir pour la Pologne, il était revenu au pays épouser une femme qu'il connaissait de longue date. De leur union naquit un garçon, que la mort leur ravit à l'âge de vingt ans. Mais grâce à leur grande foi, aucun des deux époux n'en fut découragé ; au contraire, ils se dévouèrent davantage. Leur séjour à l'étranger leur avait permis d'amasser une petite fortune, ils la sacrifièrent pour venir en aide aux malheureux, éprouvant plus de bonheur à la dispenser à tous, qu'ils en avaient trouvé en l'acquérant par leur labeur. Car ils avaient déjà compris le but de la vie et leur conscience les sollicitait, sans trêve ni merci, d'aller de l'avant dans cette voie ».

                 A Jemeppe-sur-Meuse
        J'extrais cette biographie d'une petite brochure qui, tout récemment m'était tombée sous les yeux. Déjà à diverses reprises, J'avais entendu parler de cet homme qui s'entourait d'une auréole de mysticisme. Des gens s'en moquaient ouvertement, d'autres semblaient y croire, mais les explications que je recueillais à distance étaient par trop vagues.
        Je décidai donc, la semaine dernière, de me rendre à Jemeppe-sur-Meuse et, en cours de route, j'achevai mon éducation, en parcourant la petite brochure que j'avais sur moi. J'ai appris ainsi qu'Antoine est un végétarien endurci : non seulement il ne mange pas de viande, mais il s'abstient également de beurre, d'œufs et de lait. Cela ne l'empêche pas d'ailleurs de se porter à merveille dans sa solitude. Car cet homme, qui a déjà tant fait parler de lui, vit dans un isolement absolu. Quant à sa femme, elle habite avec deux orphelines qu'ils ont élevées et elle partage en tout les idées de son mari. Les antoinistes l'appellent « notre mère »...
        J'appris encore que ce philosophe sorti du peuple fut de tout temps d'une sensibilité aiguë et qu'il prit tout jeune l'habitude de se recueillir profondément. Catholique jusqu'à quarante-deux ans, il se livra ensuite au spiritisme ; mais les expériences, qu'il fit ne parvinrent pas à le convaincre et il en vint à se forger une morale dont la conception absorba dès lors toutes ses facultés. A partir de 1906, il entreprit de prêcher ce qu'il appelait le « nouveau spiritualisme » et il changea de nom, pour prendre celui d'Antoine-le-Généreux.
        Mais nulle part il n'était dit que l'apôtre du nouveau spiritualisme avait eu recours à des livres : c'est donc à peine si Antoine sait lire et écrire et il dut s'assimiler avec beaucoup de difficultés les vagues notions de morale évangélique et de philosophie qu'il possède.
        Mais me voici en gare de Jemeppe, petite commune industrielle très populeuse et où, à première vue, le mysticisme semble avoir quelque peine à prendre racine. Je descends et le premier passant que j'interroge m'indique la route à suivre pour me rendre au Temple.

                 Le Temple d'Antoine
        Car, depuis 1905, Jemeppe s'honore de posséder un temple consacré au culte de l'antoinisme. C'est la curiosité de l'endroit, les guides de renseignent aux étrangers et les Jemeppois en conçoivent une certaine fierté.
        Ce temple s'élève à front de la rue du Bois-de-Mont. Il est construit dans un style plutôt négatif, mais la disposition intérieure, tout en étant fort simple, ne manque ni de confort, ni de dignité.
        C'est une grande salle rectangulaire dont les murs sont peints à huile. Toutes les portes sont capitonnées. Le plafond repose sur une double rangée de poutrelles en fer. Sur le sol s'étend un parquet, et des radiateurs, qui courent le long des murs, entretiennent une douce chaleur dans la salle.
        Dès l'entrée, les regards s'arrêtent sur une inscription en lettres d'un pied, qui couvre tout le mur du fond. C'est la « révélation de l'auréole de la conscience » et j'ai eu soin d'en prendre copie : « Un seul remède », y est-il dit, « peut guérir l'humanité : la foi ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de Le servir : c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité ». C'est un peu long peut-être, mais cela vous donne déjà une idée de la philosophie lénitive à laquelle s'est arrêté cet ancien ouvrier mineur.
        Contre ce même mur s'élève une sorte de perron orné au centre d'une draperie noire qui porte, en blanc, le symbole de la antoinisme : l'« arbre de la science de la vue du mal ».
        Au pied du perron, que seul Antoine a le droit de gravir, une modeste chaire et, face à cette chaire, une trentaine de rangées de bancs et de chaises.
        C'est tout.

                 Comment Antoine opère
        Le temps n'est plus où Antoine recevait ses malades « en consultation », les soignant un à un par la seule force de sa persuasion. Depuis bientôt deux ans, sa retraite est fermée à tous, même à ses plus fervents adeptes. Tous les jours, à dix heures, fidèles et malades se groupent dans le temple et le guérisseur n'opère plus qu'en masse.
        Bien entendu, j'avais pris mes dispositions pour me trouver vers dix heures à la rue Bois-de-Mont. J'arrive donc à temps pour voir la foule s'engouffrer dans le temple et pour y pénétrer à mon tour... alors que toutes les places sont déjà prises.
        Et force m'est de le reconnaître, puisqu'après tout, ma mission est de rapporter ici ce que j'ai vu et rien de plus : il plane sur cette assemblée une atmosphère de parfaite sérénité, qui, lorsqu'Antoine paraît pour gravir lentement les marchez du perron, se transforme en un profond recueillement.
        Quel homme extraordinaire que cet Antoine ! Ses traits, adoucis par la retraite et l'absolue sobriété, semblent s'être épurés encore dans le recueillement et sa chevelure soyeuse se confond avec une barbe d'apôtre qui lui couvre tout le bas du visage.
        L'œil est plutôt petit, mais le regard est d'une rare limpidité. L'austère vêtement – une sorte de redingote noire à double collet et boutonnée à la façon d'une soutane – qu'Antoine ne quitte plus depuis dix ans contribue encore à donner du relief à cette tête plus étrange, peut-être, que vraiment belle. Tel qu'il est cependant, on conçoit aisément que des malheureux affaiblis par la maladie ou la misère se laissent vivement impressionner au seul aspect de cet homme, qui paraît d'ailleurs très pénétré de son pouvoir spirituel.
        Le voici donc au haut du perron. Un de ses adeptes, revêtu de la même robe, a pris place à la chaire et tous deux se recueillent longuement au milieu d'un silence religieux. Enfin, Antoine se redresse et, d'un geste auguste, il étend les mains sur la foule. La minute est impressionnante. Puis le guérisseur se retire, avec la même lenteur et sans avoir un seul instant desserré les lèvres. Car, s'il ne reçoit plus personne, il ne parle pas davantage et c'est désormais dans ce seul geste de bénédiction que les malades qui viennent à lui doivent trouver leur guérison.
        C'est un spectacle bien pénible, hélas ! que de voir dans cette foule quantité de pauvres gens au teint pâle, au visage émacié, au dos voûté par de longues souffrances, qui viennent là, poussés par un ultime espoir et qui mettent ce qui leur reste de confiance dans cette dernière tentative.
        Mais le « service » est fini et silencieusement, le temple se vide. Dans certains regards, une flamme s'est allumée. C'est que, chez ces malheureux, la suggestion a opéré : ils iront désormais, se persuadant que leurs douleurs physiques ne sont plus et ils se proclameront guéris.

                             LE MOUVEMENT
                 Rue du Bois-de-Mont, No 2
        Quant à moi, ce que j'avais vu m'avait trop intrigué pour ne pas me confirmer encore dans mon désir de poursuivre mon enquête. Au sortir du temple, je me rends donc tout à côté, à la rue du Bois-de-Mont, No 2, où se trouve installé le bureau central de l'Antoinisme.
        J'y suis fort aimablement reçu par M. Delcroix, un des plus fervents adeptes du « culte » qui, tout comme Antoine, porte la « robe ».
        – Nous recevons ici, dit M. Delcroix, des centaines et des centaines de lettres par jour et ceci vous donne une première idée de l'importance du mouvement.
        – Et vous y répondez ?
        – Il nous est impossible, évidemment, de répondre à chacun. D'autant plus que les nombreuses visites que nous recevons absorbent encore une grande partie de notre temps.
        – Vous disposez, sans doute, pour votre propagande ?...
        – Nous ne faisons pas de propagande. Ceux qui viennent à nous sont les bienvenus, mais nous n'avons pas le droit d'aller à eux.
        – Soit, mais il vous a fallu cependant élever ce petit temple, organiser ce bureau et tout cela exige des ressources. Comment vous les procurez-vous ?
        – Nous ne vous procurons pas de ressources.
        – Ah...
        – L'argent vient à nous dès que nous en avons besoin, mais nous n'avons pas de caisse... Nous sommes tous frères et les frais qu'il nous faut faire pour le culte sont couverts sans que jamais nous n'ayons éprouvé de difficulté.
        – Vous venez, je crois, de décider la publication mensuelle d'une brochure ?
        – En effet. Le premier numéro de l'« Unitif » a paru en septembre et nous tirons en ce moment le second numéro. Ceci va me permettre de vous montrer notre imprimerie.

                 Une Imprimerie sans ouvriers
        Nous sortons du bureau et de l'autre côté du temple, nous pénétrons dans un étroit couloir qui aboutit à un atelier d'imprimerie proprement installé et où deux jeunes filles s'occupent à rogner des brochures.
        – C'est l'heure où vos ouvriers se reposent ?
        – Nous n'avons pas ouvriers.
        – ... ?
          Des fidèles de bonne volonté nous prêtent fraternellement leur concours et, comme vous le voyez par la brochure que voici, la besogne n'en est pas plus mal faite. Le premier numéro de l'« Unitif » a cependant été imprimé ailleurs, parce qu'il nous en fallait trois cent mille exemplaires... Mais voici déjà les paquets du second numéro qui sont prêts à être expédiés.
        – Et combien vendez-vous cette brochure ?
        – Je ne vends rien.
        – ... ?? 
        Et comme, machinalement, j'examine un de ces bulletins, je lis, en tête de la première page : « Le numéro : 15 cent. ».
        M. Delcroix a suivi mon regard.
        – Oui, fait-il, le prix s'y trouve renseigné ; mais c'est au bureau que l'on s'occupe de ces choses-là. Je n'y prends aucune part.

                 Le mouvement Antoiniste
        – Mais, pour avoir tiré à trois cent mille exemplaires, combien d'adeptes comptez-vous donc ?
        – Nous en ignorons nous-mêmes le nombre. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, dans toute la province, vous trouverez, dans le plus petit village, des malheureux que notre père a guéris. Ce sont d'autant d'adeptes et ainsi le culte se répand de lui-même.
        – Avez-vous des temples ailleurs encore qu'à Jemeppe ?
        – Sans doute. Nous en devons partout où le besoin s'en fait sentir. Il y en a déjà à Liége, à Ougrée, à Kinkempois, à Bruxelles, à Verviers, à Jumet, à Farcienne...
        – Vous n'êtes guère sorti encore des frontières belges ?
        – Au contraire. Nous comptons de très nombreux fidèles en France et il ne se passe pas de jour sans que des Français viennent nous rendre visite.
        D'ailleurs, nous y avons également plusieurs temples à Paris, notamment à Monaco, à Nice, à Grenoble, à Vichy, à Aix, à Maubeuge, à Douzies...
        – Et Antoine se rend-il dans chacun de ces temples ?...
        – Il se borne à les consacrer.
        – Il vous a donc fallu créer un « ordre » pour les desservir ?
        – Nullement. L'Antoinisme est basé sur la plus absolue liberté. La « robe » que je porte nous a été révélée par notre père, mais elle n'est imposée à personne. Chacun, dès l'instant où il en reçoit l'inspiration et s'il se sent digne de la porter, est libre de la prendre.
        Je l'ai dit, cette robe est en somme une étroite redingote à double collet. L'uniforme se complète d'un chapeau-tromblon fort disgracieux et il rappelle de singulière façon l'accoutrement des « demi-solde » vers 1818...

      QUELQUES MOTS SUR L'ANTOINISME
                 Le principe fondamental
        J'étais au terme de ma visite. Mais il me restait à user de l'extrême bonne grâce de mon guide, pour obtenir de lui quelques renseignements sur la philosophie d'Antoine.
        – L'Antoinisme, fit M. Delcroix, est entièrement basé sur l'amour fraternel. L'« auréole de la conscience » que vous avez lue dans le temple vous en donne la preuve. « Il nous faut aimer nos ennemis » : tel est notre grand principe. Et pour y parvenir, nous devons perdre la notion fausse que nous avons du bien et du mal. Dans ses révélations, Antoine dit : « Dieu est tout amour. Il ne peut avoir créé le mal. Si le mal existait, il serait l'œuvre de Dieu, puisque tout est créé par Lui ; or, dès l'instant qu'Il crée le mal, Il cesse d'être Dieu, parce qu'Il cesse d'être bon ; Lui seul est alors la cause de nos souffrances ». Ou encore : « Quand nous ne verrons plus le mal, nous serons avec Dieu : mais si peu que nous le voyions, nous devenons incompatibles avec Lui ». Ainsi la cause de toutes nos souffrances est en nous ; les épreuves que nous imposent nos ennemis contribuent à notre progrès moral et c'est pourquoi nous devons les aimer.

                 Une étrange théorie
        – Comment Antoine explique-t-il ses guérisons ?
        – Par les fluides. Toute pensée a son fluide et, suivant la nature de nos pensées, ce fluide sera plus ou moins ténébreux ou plus ou moins éthéré. Par les pensées impures, notre atmosphère s'alourdit et nous perdons le fruit de longues méditations.
        Notre devoir est de nous élever sans cesse vers des fluides plus limpides. Ainsi, en cas de désaccord, c'est grâce au fluide dégagé par nous que l'adversaire se rend à la raison. S'il constate qu'un de nos actes lui a porté préjudice, il est de son devoir de nous le faire remarquer, « mais le nôtre n'est pas de nous disculper, car ce serait nous servir du même fluide et puiser dans les ténèbres. »
        – Usez-vous de prières ?
        – La meilleure prière, a dit Antoine, est dans le travail. D'ailleurs, encore une fois, la base de notre culte est l'absolue liberté. N'allez donc pas croire surtout que je cherche à vous prêcher. Nous respectons toutes les croyances et aussi les incrédules. Notre père l'a dit : « Il me suffit de vous éclairer sans chercher à vous convaincre, car il est plus grand et plus méritoire de vouloir être honnête. »

        Ni Sacrements, ni Rites, ni Cérémonies
        – Vous parlez de liberté ; mais votre culte ne va pas cependant sans vous imposer des devoirs ?
        – Au delà de notre conscience il n'en existe pas.
        – Quels sont vos rites, vos cérémonies ?
        – Nous n'en avons pas. Tous les jours à dix heures, l'enseignement est lu ici par l'un de nous à ceux qui veulent bien se rendre au temple.
        – Quels sont vos sacrements ?
        – Nous n'en avons pas.
        – Mais le mariage ?
        – Ceux qui veulent se marier ont pour eux le mariage civil. Ils ont en se mariant à faire œuvre d'absolu désintéressement et c'est tout !
        – Vous approuveriez donc au besoin l'union libre ?
        – jamais !... Mais aussi vous me posez là des questions ! L'idée de mariage suppose toujours un amour charnel dont nous voulons nous affranchir. Bien entendu, aussi longtemps que cet amour existe encore en nous, nous devons nous marier en nous basant sur la morale et sur la pureté. Mais nous parviendrons à nous épurer suffisamment pour « ne plus passer par le mariage ». Je vous l'ai dit : notre culte est bâti sur l'amour « fraternel », et nous trouvons cruel d'aimer une femme et des enfants plus que tous nos semblables...

                  CONCLUSION
       
    Me voici loin de Jemeppe, loin du temple et loin de M. Delcroix. Et, après avoir cherché à concentrer mes impressions sur tout cela, voici à peu près à quoi je me suis arrêté.
        Cet Antoine est indubitablement sincère. Pendant plus de vingt ans, il s'est absorbé dans de profondes pensées et sa morale, émanant d'un homme sans instruction aucune, représente une prodigieuse somme d'effort et de volonté.
        Mais en agissant ainsi, il n'a fait en somme – et cela, chose curieuse, en plein vingtième siècle – que ce que faisaient jadis les premiers philosophes de l'antiquité.
        Comme eux, il a puisé en lui tous les éléments de sa morale ; comme eux, il a longuement concentré ses pensées sur des problèmes dont il s'est refusé à chercher la solution ailleurs que dans ses propres raisonnements. Comme eux encore, il s'est borné pendant des années à « causer » avec ses disciples, car jamais il n'a écrit une ligne et pour posséder son enseignement, il a fallu sténographier, tandis qu'il parlait.
        C'est donc un philosophe des temps anciens, mais un philosophe très candide et très naïf. Il a peur de l'intelligence dont il fait la source de nos erreurs, car l'intelligence a une tendance à s'appuyer sur ce qui est matériel et la vérité est « de l'autre côté ».
        Bref, quelle qu'en soit la valeur, sa philosophie a l'avantage d'être très douce, très apaisante et elle prête à ceux qui s'en sont pénétrés, un calme et une onction tels, qu'ils semblent s'être détachés de tout souci matériel et vivre dans une atmosphère de rêve...
        Souhaitons-leur, puisqu'ils se disent heureux, de ne pas se réveiller...
                                                                               Georges Dolnay.

    La Meuse, 28 octobre 1911 (source : Belgicapress)

     

        Une illustration de la revue Le Mois chez nous a été reproduite sous forme de carte postale.


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  •  Ces bons français... (Le Vingtième Siècle, 20 décembre 1910)(Belgicapress)                                             CES BONS FRANÇAIS...
        Un quotidien français illustré, qui a vu le jour il y a quelques semaines, a consacré deux colonnes, abondamment illustrées, à Antoine le Guérisseur. Notre confrère a situé en Angleterre le bonhomme et le théâtre de ses exploits.
        C'est déjà très bien. Mais voici mieux. « Paris-Journal » termine un article sur Antoine par les lignes suivantes :

        « Deux détails savoureux pour en finir avec Antoine et sa secte. Il parait que le temple de Jemeppe-sur-Meuse est bâti, comme beaucoup de maisons en Hollande, sur l'emplacement d'une exploitation charbonnière abandonnée, et que le grisou s'échappe, s'allume facilement à un petit trou que l'on a foré dans le plancher. »
        Voilà Jemeppe-sur-Meuse et son Antoine exilés en Hollande. C'est en effet, fort savoureux. Et qu'est-ce que vous dites de ces charbonnages hollandais qui chauffent encore, même inexploités, les maisons bâties sur leur emplacement ?
        Nos confrères français ne sont pas ferrés sur la géographie. En les pressant un peu, on leur ferait dire que Paris est en Gascogne.

    Le Vingtième Siècle, 20 décembre 1910 (source : Belgicapress)


        On connaissait l'erreur fréquente entre Jemmapes et Jemeppe (André Thérive se défendait d'avoir fait l'erreur).


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  • Antoine the Healer dans On the Watch-Tower (The Theosophist, v32, n2, nov.1910)

    1910                   ON THE WATCH-TOWER                              165

        A very powerful religious movement has sprung up in Belgium, round the person of a young workman, Antoine the Healer, as he is called; his father was a miner, and he himself worked in the mines for two years, and then at other industries, in which he realised a small livelihood; his only son died in 1893, and he then resolved to give up the world and devote himself to the helping of the sick and poor, physically and morally. He became an ascetic, began healing diseases, never accepting any payment for his cures, and preaching a holy life. Now from 500 to 1000 sick people come to him daily, and he cures cancer, lupus, eczema, consumption, blindness, paralysis and epilepsy. On Ascension Day this year some 15,000 people crowded into and round his church, and four times he cured the sick en bloc. Such is the remarkable story, as told in a Belgian materialistic newspaper, La Meuse.

    The Theosophist, v32, n°2, November 1910

     

    Traduction :

        Un mouvement religieux très intense est né en Belgique, autour de la personne d'un jeune ouvrier, Antoine le Guérisseur, comme on l'appelle ; son père était mineur, et lui-même a travaillé dans les mines pendant deux ans, puis à d'autres industries, dans lesquelles il a obtenu une petite subsistance ; son fils unique est mort en 1893, et il a alors résolu de renoncer au monde et de se consacrer à l'aide aux malades et aux pauvres, physiquement et moralement. Il devint un ascète, commença à guérir des maladies, sans jamais accepter de paiement pour ses cures, et prêcha une vie sainte. Aujourd'hui, 500 à 1000 malades viennent le voir chaque jour et il guérit le cancer, le lupus, l'eczéma, la tuberculose, la cécité, la paralysie et l'épilepsie. Le jour de l'Ascension, cette année, quelque 15 000 personnes se sont pressées dans son église et autour d'elle, et à quatre reprises, il a guéri les malades en bloc. Telle est la remarquable histoire, telle qu'elle est racontée dans un journal matérialiste belge, La Meuse.

    The Theosophist, v32, n°2, Novembre 1910


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  • Quelques notes sur Antoine et l'Antoinisme (Journal de Bruxelles, 25 juin 1911)(Belgicapress)QUELQUES NOTES
    sur
    Antoine et l’“Antoinisme„

        Les journaux ont beaucoup parlé depuis quelque temps de l'« Antoinisme ».
        La « Tribune apologétique » publie en ce moment à ce sujet des notes qu'il nous paraît intéressant et utile de reproduire.

        Louis Antoine, dit le Guérisseur, est célèbre ; il n'est pas assez connu. Il prétend avoir découvert le remède à tous les maux du corps et de l'âme. Cette invention, qui fait l'étonnement des médecins et des prêtres, suffirait à illustrer un homme. Elle a porté le nom d'Antoine au delà des frontières de notre petit pays. L'antoinisme, grâce au zèle des adeptes, est aussi vanté que la verte curative des pastilles Poncelet.
        Néanmoins l'auteur de la panacée reste obscur. Comme tous les personnages considérables, il est discuté. Les uns le prennent pour un pieux ermite à l'ancienne manière, les autres pour un mystificateur ingénieux, certains pour un innocent illuminé.
        Nous avons étudié sur place l'homme et son œuvre ; avant que cette gloire n'entre dans la légende ou ne s'efface dans l'oubli, il était nécessaire de la voir de près. Nous sommes allés Jemeppe, nous avons interrogé les témoins, nous avons lu les enseignements qu'on attribue au fameux guérisseur : nous donnons impartialement le résultat de notre enquête, avec le sincère désir que l'homme et sa doctrine soient mieux connus.

    L'HOMME
    Premières années

        Plus tard peut-être les villages liégeois se disputeront le berceau d'Antoine. Cela s'est vu pour Homère, qui 'était qu'un poète. Prévenons ces conflits. Louis Antoine et né non pas à Jemeppe-sur-Meuse, mais à Mons-Crotteux, en 1846. (Voir les registres de l'état civil de cette commune.) Son père était mineur. Lui-même descendit dans la fosse à l'âge de 12 ans. Il devint ensuite ouvrier métallurgiste et voyages en Allemagne. Rien de particulier ne signala sa jeunesse. Il maria, eut un enfant et souffrit de l'estomac. Il était catholique, même pieux, et le resta jusqu'à l'âge de 42 ans : « Il aimait à se recueillir profondément, écrit un de ses disciples, et à élever son cœur vers Dieu. »

    Le spiritisme le séduit

        Les séances spirites eurent alors quelque vogue. Un cercle s'établit à Jemeppe. Un triste événement poussa Antoine dans l'occultisme. Son fils unique mourut à 20 ans. Ses parents désolés apprirent que le spiritisme fournissait aux vivants le moyen de converser avec les morts. Ils fréquentèrent les séances ; ils entendirent la voix de leur enfant disparu, lequel leur apprit qu'il était devenu pharmacien à Paris. Les braves gens avaient peut-être rêvé d'élever un jour leur rejeton à la dignité d'apothicaire, leur souhait se trouvait accompli.
        Malgré des recherches minutieuses, nous n'avons pu apprendre si ces bons parents, qui n'étaient pas sans une petite fortune, ont jamais entrepris le voyage de Paris, pour aller embrasser de fils adore. D'autre part, les journaux français n'ont pas mentionné, que nous sachions, cette subite apparition d'un pharmacien qui n'aurait point passé les écoles. Ce point est nébuleux.
        Quoi qu'il en soit, nous découvrons bientôt M. Antoine à la tête des Vignerons du Seigneur. Il édite un catéchisme spirite et publie des extraits d'Allan Kardec. Si vous passez sur le pont de Seraing, il vous invite chez lui, « aux quatre ruelles, à Jemeppe, ou chez M. Pierre Debroux, menuisier-entrepreneur à Crotteux-Mons ; vous pourrez, assure-t-il, vous entretenir avec vos chers disparus de ce monde ». Cette perspective d'une causerie avec les défunts était certes agréable, bien qu'un peu singulière. Pourquoi les morts donnaient-ils rendez-vous à leurs amis chez Antoine ou chez le menuisier-entrepreneur, « à 10 heures du matin ou à 5 heures de après-midi » ! Ou eût préféré les revoir sans témoins, chez soi.
        Du reste, les « Vignerons » recevaient des visiteurs d'importance. Les médiums n'évoquaient pas seulement la vieille mère Toinette ou le petit de chez Jules ; un de mes amis a pu converser avec Mgr Doutreloux, évêque de Liége, et avec le pape Léon XIII. Il a même remarqué que Léon XIII parlait un français négligé, avec un fort accent wallon. Je note ce fait précis, pour l'édification des flamingants ; c'est le wallon qui est parlé dans le monde des esprits : à preuve, les conversations des hôtes de M. Antoine. Il est sérieusement probable, d'après les Liégeois, que le wallon était le langage du paradis terrestre. M. Antoine serait seul capable de trancher cette question de linguistique ; car il a écrit quelque part :
        « Je ne puis dire, avec les Ecritures, qu'Adam a été le premier homme ; il en existait déjà d'autres à cette époque qui occupaient diverses contrées de ce globe et y formaient différents milieux de la même élévation. »
        Un homme si bien renseigné sur les habitants primitifs de la terre doit assurément savoir de quelle langue ils se servaient.

    Thérapeutique des Esprits

        On n'allait pas chez M. Antoine dans l'unique dessein de causer avec les morts. On y trouvait, déclarait le prospectus, « le soulagement de toutes les maladies, afflictions morales ou physiques. » Des Esprits bienveillants, informes de tous les secrets de la médecine, donnaient des consultations. Un certain Dr Carita qui, lui aussi, faisait ses ordonnances en wallon, eut alors énormément de vogue. Les bonnes femmes étaient émerveillées de sa science.
        Nous ne savons si M. Antoine devint le jouet des séances spirites qu'il organisait. En tout cas, il convainquit son public crédule qu'il était en rapports continuels avec les esprits désincarnés.
        De temps en temps, il lançait des messages de l'autre monde, des façons d'encycliques dont la forme et le fond étaient également bizarres.
        Il se persuada, un jour, qu'il pouvait se substituer au Dr Carita, émettre des prescriptions, formuler des conseils d'hygiène combinés avec des recommandations morales.
        Les femmes du peuple, impressionnées par les scènes d'évocation, les crises des médiums, l'air extatique du président, acceptèrent les avis de M. Antoine. Elles expérimentèrent sur leurs enfants malades les remèdes familiers préconisés par le chef spirite. Elles virent bientôt en lui un personnage extraordinaire.
        Comme de coutume, les premières clientes firent à l'empirique une réputation de guérisseur habile, et même de saint. Sa vie retirée, presque mystérieuse, ses discours charitables, ses habitudes de végétarien (régime nécessité par sa maladie d'estomac), éveillèrent la curiosité publique dans la région de Jemeppe. La renommée de M. Antoine s'affermit. De toutes parts, les infirme affluèrent. On cita des guérisons merveilleuses, qu'il n'était d'ailleurs pas facile de vérifier.
        Enfin, l'autorité personnelle de M. Antoine devint assez considérable pour que le guérisseur crût pouvoir dorénavant se passer de l'aide des Esprits. Peut-être connaissaît-il mieux que ses « frères et sœurs en humanité » la valeur du Dr Carita et des autres messieurs qui, à son appel, surgissaient de dessous les guéridons et rendaient des oracles.
        M. Antoine de sépara donc du spiritisme classique. Il renonça aux évocations bruyantes, aux tables tournantes, à l'écriture directe. Il établit un schisme (1), fonda une école, se proposa de guérir les corps et d'endoctriner les intelligences par ses propres moyens.
        L'Antoinisme se dessinait. Avant de se formuler définitivement, il allait passer par plusieurs phases.
        Antoine avait été spirite durant huit ans. Vers 1906, il ébaucha « le Nouveau spiritualisme », qui remplace les Esprits par le Fluides. Suivons-le dans ses évolutions. Il ne trouva sa voie qu'après différents essais.

    PREMIÈRE PHASE
    La liqueur Coune

        M. Antoine n'était pourvu que d'une instruction rudimentaire : mais il était assez avisé pour s'apercevoir que le peuple veut être drogué. Un médecin est un homme qui ordonne des bouteilles : c'est le sentiment populaire sur les bords de la Meuse.
        M. Antoine découvrit un jour chez un pharmacien la liqueur Coune (2 fr. 50 la petite fiole), laquelle se prévalait d'une recommandation du Pape. Cette spécialité, à base de perchlorure de fer, jouit un moment de quelque vogue. On l'employait comme préservatif contre le choléra. Antoine y vit son avenir assuré. Il se mit à en prescrire l'usage : le nombre des gouttes variait d'après la maladie ; la liqueur guérissait une entorse aussi bien que la phtisie. Les pharmaciens du pays étaient dans la jubilation car cette panacée était assez coûteuse... pour les acquéreurs.
        Malheureusement, la justice vint mettre son nez dans l'affaire. Antoine fut poursuivi pour exercice illégal de la médecine Les prescriptions furent lues au tribunal. Il fut condamné à 52 francs d'amende. Ses amis lui firent une ovation : malgré la justice humaine, ils croyaient encore à la vertu du guérisseur et de sa recette.
        Antoine, édifié sur les mérites très fructueux de son remède, voulut continuer légalement son exploitation. Il demanda à des médecins de contresigner ses ordonnances, leur offrit de partager les bénéfices. Les docteurs refusèrent ce marchandage. Il fallut sacrifier la liqueur Coune et trouver un supplétif qui échappât au Code.

    DEUXIEME PHASE
    L'eau magnétisée

        La condamnation de M. Antoine, publié dans les journaux, augmenta naturellement la réputation de l'empirique. On imputa le coup à la mesquine jalousie des docteurs diplômés qui voyaient baisser leur clientèle. Antoine résolut d'en profiter. Il se dit très justement : « S'ils ont gobé la ligueur Coune, ils avaleront de l'eau claire. Les deux remèdes se valent. J'ai mis dans des bouteilles d'eau une substance matérielle, qui tombe sous le sens... et sous le domaine de la justice ; j'y mettrai désormais une qualité impondérable, imperceptible, qui déroutera les juges les plus fins ; j'y mettrai simplement du magnétisme animal. »
        Et c'est ce qu'il fit. Il persuada aux naïfs qu'il avait le pouvoir de magnétiser l'eau, qu'il envoyait dans les bouteilles une charge de fluide, qui, comme la liqueur Coune, devait supprimer les maladies les plus disparates. Il dosait la charge, d'après les dispositions du patient.
        Jemeppe offrait, en ce temps-là, un spectacle étrange. Comme les malades étaient nombreux, Antoine dut recruter un personnel pour puiser de l'eau aux fontaines publiques. On voyait des gens se relayer aux bornes, aller et venir avec des seaux et de bouteilles prêtes à recevoir la charge requis de magnétisme.
        La population ayant résisté à cette épreuve, M. Antoine pouvait tout entreprendre. Son crédit n'avait pas été atteint par ces puérilités. Il allait renchérir.

    TROISIÈME PHASE
    Le papier magnétisé

        Estimant sans doute qu'il se donnait trop de peine à magnétiser une bouteille d'eau pour chaque visiteur, Antoine recourut à un procédé plus expéditif et plus économique. Il prit de petits morceaux de papier et les dota de la force magnétique. Les malades n'étaient plus obligés d'apporter des bidons et de les remporter remplis d'eau d'effluves : ils recevaient des bouts de papier préalablement magnétisés, et dont chacun pouvait, à domicile, magnétiser un verre d'eau. Antoine put ainsi congédier son personnel des pompes. Il disait aux malades : Quand vous avez mal, pensez à moi. Revenez, quand vous en aurez l'inspiration.
        Ce changement de thérapeutique dut être favorable à la santé de M. Antoine, laquelle a toujours été fort délicate. Il magnétisait en public les bouteilles d'eau : cette opération, qui consiste dans l'extraction des fluides éthérés et bienfaisants, demandait au guérisseur quantité de pénibles contorsions et de passes fatigantes. C'était pitié de le voir se ployer et se redresser, à mesure que les effluves sortaient de son être et se transmettaient à la bouteille. Il se sacrifiait littéralement pour ses malades, qui lui étaient d'ailleurs fort reconnaissants.
        Avec le système des papiers, ce travail de gymnastique disparaissait. On suppose que M. Antoine ne ménageait point ses forces mais il ne donnait plus le spectacle attristant de ses effarantes gesticulations.
        Un de nos amis se souvient de cette troisième phase ; il a le plaisir de posséder quelques échantillons du fameux papier magnétisé. Il nous a raconté un trait, qui montre qu'Antoine ne se défendait pas de donner avec son papier, des conseils d'hygiène d'ailleurs inoffensifs.
        « Une dame, nous dit-il, vint un jour m'annoncer qu'elle se proposait de consulte Antoine. La clientèle du guérisseur était surtout féminine, à cette époque.
        Je demandai à cette personne :
        – Aimez-vous la pâtisserie ?
        – Je n'en prends jamais.
        – Mangez-vous beaucoup de pommes de terre !
        – Beaucoup ! Non Mais pourquoi ces questions ?
        – C'est que M. Antoine vous révélera que vous abusez de la pâtisserie et des pommes de terre. Il vous interdira cette alimentation jusqu'à votre prochaine visite.
        – Je verrai bien.
        Cette dame, conclut notre ami, alla chez Antoine ; elle revint guérie... de l'Antoinisme. Le coup de la pâtisserie avait tué sa confiance dans le voyant.
        Mais dans le monde ouvrier, combien de femmes ne mangent-elles pas avec plaisir les « frites » succulentes ? Combien n'ont pas un faible pour les tartes, les petits pâtés et les friandises de toute espèce ?
        En dénonçant ces inclinations gourmandes, M. Antoine était presque sûr de deviner juste.

    QUATRIÈME PHASE
    Les passes Individuelles

        La médication de M. Antoine de spiritualise de plus en plus. Elle n'a plus besoin de intermédiaires matériels : le guérisseur se contente d'imposer les mains à ses clients. Il élabore une vague théorie de la Foi et des fluides. Il manie lui-même les bons fluides et s'en sert pour guérir les personnes qui ont assez de foi. Les fluides font office de microbes : ils se tuent les uns les autres. Il s'agit d'assurer la victoire des bons fluides.
        « Tout guérisseur quelque peu expérimenté sent la foi du malade et peut lui dire : « Vous êtes guéri. » Il coupe littéralement de fluide qui le terrassait, c'est-à-dire son imagination ; il ne va pas directement au mal, mais à la cause. »
        On dit que M. Antoine était obligé, durant cette quatrième phase de son évolution médicale, d'imposer les mains à plus de cinquante personnes par heure. Il a dû faire une énorme dépense de fluides, pendant cette période, car les malades étaient nombreux. Il en arrivait de partout, même de l'étranger. Une savante réclame venait d'être organisée dans tout le pays. Des émissaires colportaient la réputation du Maître. Les visiteurs recevaient une petite brochure, contenant l'ébauche de la nouvelle doctrine et la rapportaient dans leur village.
        A Jemeppe, des séances dominicales sont fondées. M. Antoine s'entoure de disciples. Il leur explique son système. Les disciples recueillent pieusement la doctrine du prophète et la font imprimer. Ni le professeur ni les élèves ne se comprennent. Ces recueils sont de plaisants coq-à-l'âne, où il est malaisé de découvrir une théorie quelconque ; nous les examinerons plus loin. Notons seulement que M. Antoine ne s'occupe plus exclusivement des maladies et des infirmités corporelles. Il a trouvé le joint entre la médecine et la morale : il affirme que les maux physiques sont un produit de l'imagination. La thérapeutique va céder la place insensiblement à l'instruction religieuse.
        La clientèle s'élargit, et sa générosité permet d'ériger un vrai temple. Il ne s'agit plus de guérir les corps souffrants ; il faut éclairer les âmes. Antoine n'est plus un bienfaiteur de l'humanité ; il est prophète, il reçoit des révélations. Et comme le nombre des sots dépasse celui des malades, les fidèles de l'Antoinisme, définitivement fondé, se multiplient.
        Antoine alors inaugure sa cinquième phase, la phase actuelle, celle des passes collectives.

    CINQUIEME ET DERNIÈRE PHASE

        Voici le spectacle auquel on peut assister gratuitement à Jemeppe, tous les dimanches depuis deux ou trois ans.
        Une tribune se dresse au fond du temple. Elle communique avec les appartements privés du voyant. Les fidèles et les curieux se placent dans des bancs, en face de cette tribune. Un monsieur se lève :
        « Notre bon père va venir. Avant d'opérer, il se recueille dans la prière. Respectez ce moment solennel. Ranimez votre Foi, car tous ceux qui ont la Foi seront guéris ou soulagés. »
        La porte s'ouvre. M. Antoine s'avance. Il est bien vieux. Il a laissé pousser ses cheveux et s'est composé une tête hiératique. La scène est admirablement machinée. Alors le prophète, que transfigure un air inspiré, se place au milieu de la tribune. Son regard est perdu dans l'au-delà. Il élève majestueusement les mains, étend les bras, remue les doigts pour laisser écouler sur son peuple tout le fluide qu'il a emmagasiné par sa prière ; il répand ce fluide à l'orient et à l'occident. I ferme les yeux, se retourne et rentre chez lui, sans avoir proféré une parole.
        L'autre monsieur se lève de nouveau :
        « L'opération est terminée. Les personnes qui ont la Foi sont guéries ou soulagées. »
        On renvoie toutes les personnes et l'on introduit d'autres spectateurs qui verront la même comédie. Généralement ce sont les mêmes gens qui sont guéris et soulagés chaque dimanche. (2)

    (1) Les Antoinistes sont excommuniés par les véritables spirites.
    (2) « Les jours fériés, sauf les dimanches, le Guérisseur a un plus grand pouvoir que dans ses opérations habituelles » (Préface de l’Auréole de la Conscience, p.16)

    Journal de Bruxelles, 25 juin 1911 (source : Belgicapress)

    La suite au numéro de juillet 1911.


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  • Quelques notes sur Antoine et l'Antoinisme (Journal de Bruxelles, 2 juillet 1911)(Belgicapress)QUELQUES NOTES
    sur
    Antoine et l’“Antoinisme„ (1)

        Continuons à reproduire l'intéressante étude publiée par la « Tribune apologétique » (126, rue de Tirlemont, Louvain) :

        La délégation. – M. Antoine a maintes fois annoncé le jour de sa mort. Du moins ses chers disciples lui ont attribué cette prédiction, qui a eu, à chaque occasion, le don d'attirer un nouveau concours de visiteurs. Heureusement, ces prophéties ont été prématurées. Le lendemain du jour où le prophète devait disparaitre, le prophète était encore vivant. Mais il décline visiblement. A force de se priver de fluides pour guérir l'humanité, il dépérit lui-même. Il ne parle presque plus en public, et l'on prétend que ses amis l'observent : son extase est continuelle, mais nullement dangereuse. Quand ça va trop loin, sa femme le remplace.
        Il était donc urgent de constituer des délégués pour continuer les opérations. Les confidents les plus intimes ont déjà publié que le Guérisseur va transmettre son pouvoir à des hommes ou à des femmes qui ont les aptitudes nécessaires pour manier les fluides. Antoine n'est plus le Guérisseur. Il va s'appeler « Antoine le Généreux ». Le titre est bien trouvé : les légataires de son secret bénéficieront d'une excellente aubaine.
        Mais le prophète peut-il transmettre son secret ?
        Question !

        Le secret d'Antoine. – Les successeurs d'Antoine manqueront toujours, croyons-nous, de son expérience des hommes et des choses. D'abord, ils n'auront point passé par l'école du spiritisme. C'est une préparation indispensable. Aujourd'hui, pour être apte à recevoir de nouvelles révélations, il faut avoir causé avec les fantômes. Quand M. Antoine put évoquer les morts, chez lui, il mesura les abîmes de la crédulité humaine. Il estima qu'un peuple déchristianisé peut tout admettre, si l'on y met des ménagements. Les continuateurs de l'Antoinisme éprouveront-ils ce profond mépris de l'intelligence, lequel constitue principalement l'assurance du Voyant ? Nous ne le pensons pas. Ils ignorent, sans doute, les tâtonnements successifs de leur Maître : la liqueur Coune, l'eau et le papier magnétisés, les autres remèdes inoffensifs qu'il servit aux naïves populations, jusqu'au jour où il revendique le pouvoir personnelle de guérir les malades et de fonder un nouveau culte.
        Il est manifeste que, dans le principe, Antoine voulait seulement s'établir comme empirique. Les guérisseurs populaires ont toujours existé ; ils fleuriront toujours. La plupart sont des charlatans, qui accompagnent leurs consultations des rites les plus baroques. Quelques-uns possèdent, dit-on, de véritables secrets, résultats de vieilles expériences conservées dans les familles : ce sont des spécialistes de la grangrène, des rhumatismes, de la rose, etc. Antoine jeta son dévolu sur la liqueur Coune, pour commencer. Il choisit au hasard puisqu'il y renonça dans la suite. Il estima qu'une spécialité limiterait nécessairement le nombre de ses clients. Aussi prétendit-il guérir tous les maux sans distinction. La trouvaille du fluide magnétique – exploitée d'ailleurs au XVIIIe siècle – fut géniale. Une réclame habile fut organisée autour du guérisseur universel. Les différentes régions de la Belgique furent visitées par les commis-voyageurs de l'Antoinisme. La réputation du guérisseur était établie. Les foules accouraient à Jemeppe.
        A ses consultations et à ses remèdes, Antoine, comme tous les rebouteurs, ajoutait des recommandations pieuses : prier, faire des neuvaines, accomplir des pèlerinages, s'imposer certaines abstinences, etc. C'est l'enfance de l'art. La suggestion la plus puissante est celle qui s'appuie sur le sentiment religieux. Antoine joua admirablement son personnage. Il prit un air d'ermite et se composa une figure qui devait frapper les visiteurs naturellement impressionnables. Ce saint homme ne devait pas seulement posséder le pouvoir de remettre les corps. Tous les secrets lui étaient ouverts. On le consulta dans les affaires embarrassantes. On lui soumit les cas de conscience. Il devint directeur d'âmes. Il fonda une religion de sa fabrique, bâtie sur de prétendues révélations.
        On nous demandera si le perspicace exploiteur de la liqueur Coune n'a pas fini par se prendre à ses propres inventions ? Est-ce un mystificateur, qui continue son rôle jusqu'au bout ? Est-ce un illuminé qui croit que c'est arrivé ? Certains traits de roublardise semblent compromettre l'hypothèse de la sincérité. L'absurdité même de sa religion et la confiance de ses disciples font supposer que le prophète est de bonne foi. Peut-être y a-t-il en lui deux personnages, dont l'un trompe l'autre.

        Histoire de la noyée. – Le tribunal de Liége conserve les traces d'un des mécomptes d'Antoine.
        En 1907, un nommé Dangis jeta sa femme à la Meuse. Poussé par je ne sais quelle suggestion, il se présenta le lendemain, chez Antoine. Il raconta la disparition de sa femme et désira savoir ce qu'elle était devenue. Le voyant ne fut pas déconcerté un instant. Avec son assurance habituelle, il répondit au mari : Dans deux jours, votre femme vous écrira.
        Voilà ce que Dangis rapporta aux juges.
        Les Antoinistes furent très ennuyés de l'aventure, qui était répétée par les journaux.
        En effet, ou Antoine connaissait le sort de la noyée et il ne devait pas tromper Dangis ; ou, ce qui est plus vraisemblable, il ne savait rien et aurait dû ne rien dire. Non seulement sa perspicacité de clairvoyant se trouvait en défaut, mais sa bonne foi devenait discutable. L'habile homme ne put deviner que Dangis avait tué sa femme. Il crut au récit de la disparition et jugea que la disparue donnerait bientôt de ses nouvelles. Des conjectures du même genre lui avaient souvent réussi.

        Une tentative de résurrection. – Un malade du Condroz s'en retournait, comme tous les autres malades, avec la promesse d'une prompte guérison. Malheureusement, il mourut soudain à quelques pas du temple d'Antoine. En hâte, on porte le cadavre au prophète. Celui-ci s'efforce inutilement de le ranimer. Le mort reste mort. Le thaumaturge ne savait donc pas que sa tentative de résurrection serait vaine.

        Les foules à Jemeppe. – Il est incontestable que depuis dix ans un nombre considérable de personnes de toutes conditions sont allées rendre visite à M. Antoine. Comment expliquer cette affluence !
        Il faut l'attribuer à diverses causes. Les malades eux-mêmes qui se sont adressés inutilement aux médecins, se rattachent au moindre espoir de retrouver la santé : sans croire à Antoine, ils tentent l'expérience. Beaucoup sont venus à Jemeppe, qui prenaient Antoine pour un ermite parfaitement orthodoxe. (2)
        Il est d'ailleurs probable que ces voyages répétés ont fait du bien à quelques neurasthéniques et à d'autres malades imaginaires.
        Ensuite, une réclame intense, méthodiquement conduite, a trompeté le pouvoir de guérisseur dans toutes les régions de la Belgique. On racolait les malades de tels et de tels villages : les parents les accompagnaient. Puis, les commis-voyageurs passaient à un autre district. Le Centre et le Borinage ont fourni la plus forte clientèle ; les villages flamands se sont montrés réfractaires à la nouvelle doctrine. Ajoutons que presque partout la renommée du guérisseur a été éphémère.
        Enfin, la presse antireligieuse, voulant discréditer les miracles de Lourdes, a parlé des guérisons attribuées au spirite de Jemeppe et a rendu quelque service au Guérisseur en augmentant sa notoriété.

        Les guérisons. – Les bulletins de l'Antoinisme rapportent longuement, même fastidieusement, les paroles de M. Antoine. Chose étrange ! Ils ne racontent aucun cas de guérison. Ce silence obstiné est significatif. Alors que les adeptes répandent partout le bruit de nombreux prodiges, les brochures Antoinistes se taisent sur ce délicat sujet : non seulement elles ne signalent pas les noms des personnes guéries ; elles ne mentionnent aucun fait extraordinaire. Il n'est donc pas étonnant que des journalistes, en quête de miracles antoinistes, n'aient jamais pu contrôler un des cas vaguement racontés par les disciples de M. Antoine. Il semble que si ces gens étaient convaincus des œuvres merveilleuses de leur maître, ils s'empresseraient de les écrire, en relatant toutes les circonstances de temps, de lieu et en notant la nature des infirmités vaincues par le pouvoir du thaumaturge. Il serait alors possible de procéder à un examen sérieux de ces phénomènes.
        Mais peut-être redoute-t-on précisément ce contrôle ! A Lourdes, on a établi un bureau de constatations. Les docteurs qui le composent exigent des malades un certificat médical, décrivant minutieusement la nature de l'affection morbide. Avant de proclamer qu'une guérison est miraculeuse, c'est-à-dire inexplicable naturellement, ils se convainquent que la maladie était incurable ou que, par les moyens naturels, elle ne pouvait disparaître subitement. Ils éliminent les cas d'origine nerveuse, qui peuvent être guéris parfois par la suggestion. Ils retiennent seulement le cas de guérison subite d'une maladie organique ou de guérison d'une affection reconnue incurable.
        Il eût été désirable que pareil bureau fonctionnât à Jemeppe. On saurait mieux à quoi se réduisent les guérisons incontrôlables attribuées à Antoine.

        Les victimes de l'Antoinisme. – S'il est fort probable que M. Antoine n'a jamais rendu d'autre service aux malades que de relever leur courage par la promesse d'une guérison, il est certain que les enseignements de l'Antoinisme ont pu avoir les plus fâcheuses conséquences au point de vue de la santé publique. Pour quelques fanatiques de cette secte, la foi remplace tous les remèdes. Plus on a de foi, plus la guérison est prompte. Or, consulter un médecin, c'est manquer de foi. Les médecins étaient donc écartés du lit de certains Antoinistes. Leur science, qui pouvait sauver les malades, n'était pas requise. On se contentait de passes, de l'imposition des mains. Cette folie a peut-être entrainé la mort de bien des gens.
        Semblable épidémie mentale a sévi en Angleterre. Les adeptes d'une secte qui s'intitule « Science chrétienne » et qui paraît avoir inspiré à M. Antoine certaines de ses théories, laissaient mourir leurs enfants et leurs proches, faute des soins les plus élémentaires. Ils mandaient un des chefs du culte, lequel essayait de persuader au malade que la douleur est une illusion. Les tribunaux se sont occupés de ces cas d'homicide par omission, et ont flétri les agissements les personnes plus ou moins illuminés qui, sous prétexte de guérir les gens, éloignaient les médecins.
        On nous affirme qu'à Jemeppe, des permis d'inhumation ont dû être refusés en présence de pratiques similaires.

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        Pour déférer au désir d'un honorable pharmacien bruxellois, nous ne voyons nul inconvénient à déclarer qu'il n'y a eu, dans le premier article que nous avons consacré à Antoine, aucune appréciation désobligeante pour la liqueur « Koene ».
        Nous n'avons d'ailleurs entendu émettre aucun avis sur aucune liqueur et avons simplement parlé de l'usage fait jadis par Antoine d'une « spécialité » que nous n'avions pas à juger.

     

    (1)    Suite, voir Supplément du 25 juin.

    (2)    C'est ainsi que les Antoinistes, désireux de faire reconnaître officiellement leur culte, ont surpris la signature de beaucoup de braves gens, en prétendant que leur temple était un lieu de pèlerinage catholique. A l'étranger la réclame antoiniste se fait spécialement dans les villes d'eau, comme Vichy, Nice, Monaco, où les malades vont essayer de rétablir leur santé.

    Journal de Bruxelles, 2 juillet 1911 (source : Belgicapress)


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  • Belgian Miner Founds a New Religion (Daily Mirror, Wednesday 14 December 1910)(britishnewspaperarchive.co.uk)

    Curious religious cult has been “discovered” in Belgium. It is called Antoinism and was founded by a coal miner named Louis Antoine, whose [seat?] at Jemeppe-lez-Liege. He is now known as “Antoine the Healer,” and his followers claim that they number 160,000. There are 300 “adepts,” including Mme. Antoine, who claim that they have the power to heal by faith. – (Daily Mirror photographs.)

    Un curieux culte religieux a été "découvert" en Belgique. Il s'appelle l'Antoinisme et a été fondé par un mineur de charbon nommé Louis Antoine, dont le siège se trouve à Jemeppe-lez-Liège. Il est maintenant connu sous le nom d'"Antoine le guérisseur", et ses adeptes affirment qu'ils sont 160 000. Il y a 300 "adeptes", dont Mme Antoine, qui prétendent avoir le pouvoir de guérir par la foi. – (Photographes du Daily Mirror.)

    Belgian Miner Founds a New Religion (Daily Mirror, Wednesday 14 December 1910)(britishnewspaperarchive.co.uk)

    CURED BY DEPUTY.

        The Good Mother, as Antoine's wife is called, or the housekeeper, or some other adept, stands in front of the applicant and, turning her eyes upwards, slowly waves her hand in the air, which means that she is invoking Antoine the Healer.
        The patient then goes off smiling, cured by deputy. There is nothing to pay.
        It is three years since Antoine walked in the street. His little house is hidden away in the midst of a block of similar houses, and the spire of his church, which adjoins his home, rises high above the roofs.
        Antoine lives on vegetables only, and prepares them himself. He is a veritable hermit. When it is necessary to speak to him a telephone is used. Subscriptions are made for the maintenance of the church, but it was built partly with £800 he had himself saved.
        The badge of the sect is “the tree of the knowledge of the sight of evil,” represented by a white tree on a black ground. (Photographs on page 8.)

    Daily Mirror, Wednesday 14 December 1910

     

    Traduction :

    GUÉRIR PAR TIERCE PERSONNE.

        La Bonne Mère, comme on appelle la femme d'Antoine, ou la gouvernante, ou quelque autre adepte, se place devant le demandeur et, tournant les yeux vers le haut, agite lentement la main en l'air, ce qui signifie qu'elle invoque Antoine le Guérisseur.
        Le patient s'en va alors en souriant, guéri par un tiers. Il n'y a rien à payer.
        Cela fait trois ans qu'Antoine n'a pas marché dans la rue. Sa petite maison est cachée au milieu d'un pâté de maisons semblables, et la flèche de son église, qui jouxte sa maison, s'élève au-dessus des toits.
        Antoine ne vit que de légumes, qu'il prépare lui-même. C'est un véritable ermite. Lorsqu'il est nécessaire de lui parler, on utilise un téléphone. Des souscriptions sont faites pour l'entretien de l'église, mais celle-ci a été construite en partie avec 800 £ qu'il avait lui-même économisées.
        L'insigne de la secte est "l'arbre de la science de la vue du mal", représenté par un arbre blanc sur un fond noir. (Photographies à la page 8.)


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  • A New Religious Sect in Belgium (Leeds Mercury, Wednesday 14 December 1910)(britishnewspaperarchive.co.uk)

        A new religious sect in Belgium
    A new religious sect has arisen around an ex-miner named Antoine the Healer, At Jemappes, near Liege.    Antoinism is apparently a blend of faith healing and spirititualism.    Some wonderful cures are reported to have been accomplished through its means.    Our first picture shows a member of the sect praying for an ailing child; the second depicts Antoine, the founder of the sect, in the pulpit; and the third a crowd of Antoinists outside the Temple.    (Central News.)

    A group of Antoinists, members of the new religious sect in Belgium.    In the chair is a cripple, who has come to seek healing.    The man in the centre is said to have been cured by Antoine of a disease of the bones.    The woman is explaining the cripple's case.    (C.N.)
    Leeds Mercury, Wednesday 14 December 1910


    Traduction :
       Une nouvelle secte religieuse en Belgique
    Une nouvelle secte religieuse est née autour d'un ancien mineur nommé Antoine le guérisseur, à Jemappes, près de Liège.    L'Antoinisme est apparemment un mélange de guérison par la foi et de spiritisme.    On rapporte que de merveilleuses guérisons ont été accomplies par son biais.    Notre première image montre un membre de la secte priant pour un enfant malade ; la seconde représente Antoine, le fondateur de la secte, en chaire ; et la troisième une foule d'Antoinistes à l'extérieur du Temple.

    Un groupe d'Antoinistes, membres de la nouvelle secte religieuse en Belgique.    Sur la chaise se trouve un infirme, venu chercher la guérison.    L'homme au centre raconte avoir été guéri par Antoine d'une maladie des os.    La femme explique le cas de l'infirme.


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  • Le Pélerin, nouvelle de Mme Breusing de Liège (Le Fraterniste, 6 mars 1914)

    Le Pèlerin

        Madame Breusing, de Liège, grande amie du « Fraterniste », nous a fait le plaisir de nous adresser la nouvelle suivante que nos lecteurs liront très certainement avec grand plaisir.
        Nous l'en remercions vivement.

    \-/

        Un homme avait à faire un voyage vers un but, dont il ignorait s'il était proche ou éloigné : c'était au pays promis de félicité qu'il voulait aller. Il n'en connaissait rien de précis ; il savait seulement qu'au terme du voyage, il aurait à rendre compte de tout ce qu'il aurait fait en cours de route.
        Dans l'incertitude, le chemin direct était difficile à trouver ; il en fut bientôt convaincu. Il rencontra beaucoup d'hommes qui tendaient au même but, mais chacun prenait une route différente.
        Après avoir causé à plusieurs d'entre eux, il entendit une si grande quantité d'opinions différentes, qu'il résolut de poursuivre la route qu'il s'était tracée. Mais bientôt voici de nouvelles bifurcations. A chaque chemin se trouve bien un poteau indicateur, mais ils portaient tous : « Au Pays de Félicité » et encore d'autres indications, mais rendues illisibles, ayant subi quantité de remaniements.
        Une route plus large, noire de monde, attire ses regards. Il s'avance et il lit « AU PAYS DE FELICITE PAR ROME. » Tiens, se dit-il, ne serait-ce pas le chemin sans détours que je cherche ? Et au même instant un vieillard majestueux, recouvert d'un long manteau brodé d'or, portant sur la tête une mitre à trois couronnes, surmontée d'une croix étincelante de diamants s'approcha de lui et lui dit : « Tu veux aller au pays de félicité ? » – « Оui », répondit le pèlerin. Et le vieillard, élevant sa crosse ornée de pierreries, lui indiqua le chemin de Rome en lui disant avec autorité : « Voilà le seul et vrai chemin qui conduit au pays de félicité. »
        Rendu méfiant par cette si grande assurance, ajoutée à toutes les divergences d'opinions entendues jusque-là, le pèlerin lui demanda : « Es-tu certain de ce que tu avances ? »
        – « Tu ne sais donc pas qui je suis », répliqua son interlocuteur irrité. « Je suis le délégué du Maître, du pays de félicité ; il m'a donné procuration et plein pouvoir sur tous les hommes de la terre. Moi seul peux en indiquer la voie. »
        – « Veux-tu me laisser voir ta procuration ? » lui dit le pèlerin.
        – « Tu ne peux pas la voir, répondit le vieillard, elle se trouve dans un livre qui a été écrit il y a 1900 ans et qui est tellement sacré, que seuls, moi et mes délégués ordonnés, peuvent en prendre connaissance, et peu sont aptes à l'interpréter. Il leva de nouveau sa crosse et lui indiquant les autres pèlerins sur la route, il lui dit sèchement : « Va les rejoindre et poursuis ta route avec eux. »
        Le pèlerin, un peu interdit, vit en effet une multitude d'hommes et beaucoup d'enfants qui tenaient en mains, les uns des bâtons à crois dorées, d'autres, des étendards aux couleurs vives et où on y distinguait des figures et des cœurs ; il les entendit psalmodier « Ave Maria ! Ave Maria !... »
        Au moment de les rejoindre, il fit cette réflexion : « Mais pourquoi s'adressent-ils à une femme et non directement au Maître du pays de félicité ? » et cela lui déplut. Il revint auprès du vieillard et lui dit encore : « Mais as-tu toi-même parcouru le chemin que tu indiques ? » — « Non, fut la réponse, je ne l'ai pas parcouru, mais bien mon prédécesseur, « Saint Pierre. » Il est depuis assis à la porte du pays de félicité, et il ne laisse entrer que ceux qui ont pris ce chemin. Comme symbole de ce que je suis bien son successeur, je porte cette clef, qui est celle du pays de félicité. Le pèlerin remarqua seulement alors qu'il tenait dans l'autre main une énorme clef, artificiellement forgée (ce qui lui sembla étrange) et il lui dit : « Puisque tu n'as pas fais toi-même ce trajet, je ne vois pas bien que tu puisses me certifier, sans autres preuves, que c'est le seul et vrai chemin et je préfère encore continuer ma route, qui me conduit sans doute au but poursuivi. »
        A cette réplique, l'homme à la triple couronne, s'emporta en s'écriant : « Puisque tu doutes de mes paroles tu n'es qu'un mécréant, tu n'es qu'un hérétique !!! » Et la foule, se retournant vers lui, ils s'écrièrent tous : « Anathema sit ! Anathema sit !! »
        A cette rumeur de haine, le pèlerin, saisi d'effroi, s'enfuit à grands pas, mais au premier chemin qu'il rencontra, un homme vêtu de noir, portant une barette noire sur la tête, le menton appuyé sur un petit collet blanc, vint à lui et il lut sur le poteau indicateur : « AU PAYS DE FELICITE PAR VITENBERG ». Cet homme austère lui dit : « Si tu cherches la voie qui conduit à ce pays, c'est celle-ci que tu dois prendre. »
        – Es-tu bien sûr de ce que tu avances ? » répliqua le pèlerin étonné.
        – Certainement, reprit l'homme noir, le Maître de ce pays m'a mis ici pour détourner et ramener les hommes qui s'égarent sur de faux chemins », — « Le Maître te l'a-t-il dit, lui-même ? » questionna le pèlerin. – Non, répondit l'homme grave, mais cela est écrit depuis 1900 ans dans la Biblia sacra, et nous seuls l'interprétons, comme le Maître l'a voulu ». Et disant cela il ouvrit un gros livre noir, à la première page, et il y lut, imprimé : « Das neue Testament… Unseres Herra und Heilands Jesu Christi. Durch Doctor Martin Luther verteuschet. Druckte und verlegte Johann Delleffsen. Minden 1719. » Le pèlerin, perplexe, se souvenant des paroles de l'homme au manteau brodé d'or, jeta un regard sur la route qu'il lui indiquait ; il y vit moins de monde que sur celle de Rome, la route était aussi moins belle et moins large, les pèlerins y étaient sombres et silencieux. Il dit alors à son interlocuteur : « Un homme richement vêtu, posté au bord du chemin précédent, m'a aussi dit que la voie qu'il indiquait était consignée dans un livre sacré, écrit il y a 1900 ans, ne serait-ce pas le même ? »
        – « Oui, c'est le même, mais nous seuls avons compris ce qu'y a enseigné le Maître, et si tu ne nous crois pas, tu n'es qu'un impie, tu n'es qu'un hérétique ! »
        Le pèlerin, interdit par ces imprécations déjà entendues, lui dit doucement : « Je ne veux pas douter des vérités que contiennent ce livre sacré, mais, pendant 1900 ans, que de fois n'a-t-il pas été traduits, interprété, copié et recopié, et la tradition est sujette à des erreurs qu'on reconnaît avec les années. Je sais très bien, par expérience, que de simples contes, qui ont passé de bouches en bouches depuis quelques années seulement, finissent par s'altérer et ne plus contenir l'enseignement pur qu'on y trouvait dans le principe. Il s'agit ici de 1900 ans, alors... »
        – « Je vous assure, reprit l'homme à la mine rébarbative, que notre interprétation est la bonne et la vraie ». Il s'animait en disant cela.
        – « Eh bien, reprit le pèlerin, l'homme à la crosse disait exactement la même chose. Je ne tiens nullement à me mêler à vos dissentions, et je vais encore poursuivre ma propre route. » A ces mots, son interlocuteur, se fâchant, lui jeta à la face :
        – « Si tu ne crois pas ce que je te dis, et qui est écrit dans le livre sacré, tu es damné et tu ne pourras jamais entrer dans le pays de félicité. Tu n'es qu'un impie, tu es un hérétique... et tous ceux qui passaient à l'instant sur cette route, s'écrièrent à l'unisson. « Voilà un impie ! voilà un impie ! »
        Le pauvre pèlerin, tout marri d'avoir indisposé et mis en colère deux hommes qui avaient voulu chacun le mettre sur le bon chemin, tomba dans de profondes et graves réflexions. Tout attristé, marchant la tête basse, ses pensées se portèrent vers DIEU, et il l'implorait dans son for intérieur. Il sortit de sa profonde méditation au son d'une voix douce et compatissante, qui lui disait : « Tu es affligé, mon frère. Pourquoi doutes-tu ? »
        Levant les yeux vers l'inconnu, à cette interpellation amicale, il se sentit attiré vers lui, et il remarqua alors qu'il venait de la direction du pays de félicité. Il était vêtu d'une longue draperie blanche, rejetée en plis souples sur l'épaule gauche ; il marchait tête nue, laissant voir de longs cheveux partagés sur le front, un sourire ineffable se jouait sur ses lèvres, entourées d'une belle barbe soyeuse. Il attirait par la bonté, rayonnant de tout son être. Il se sentit conquis, enveloppé de fluides bienfaisants, et plein de confiance, il se jeta à ses pieds en disant : « Qui que tu sois, tu as gagné mon cœur, je veux déverser mes peines dans le tien si compatissant. Oui, je suis triste et fatigué... les hommes qui m'arrêtent en chemin me remplissent de doutes et de tristesse ; je viens encore d'en indisposer deux, qui, pleins d'aigreur, me traitent d'impie, parce que je trouve raisonnable de ne pas suivre leurs conseils ni leur route. Le cher compagnon répondit : « Ta sensibilité, ton affliction, prouvent que tu es sur la voie qui conduit au pays de félicité. Ce n'est qu'un sentier étroit, plein d'écueils et de précipices où il est difficile de marcher. »
        Le pèlerin, rempli du plus ardent désir, plein de nouvelles forces et de courage, envahi d'un bien-être indicible, les yeux perdus dans le vague, comme transformé, illuminé, s'écria : « Je supporterai tout, je braverai tout, et j'arriverai au port avec toi. » Ensemble, ils poursuivirent la route. Ils étaient l'un et l'autre muets devant les spectacles grandioses, mais souvent effrayants, qu'offrait la nature à leurs yeux éblouis et terrifiés.
        Le jour baissait, point de lune au firmament, bientôt l'obscurité complète les enveloppa. Quel ne fut pas l'étonnement du pèlerin en voyant son compagnon la tête auréolée et le corps entouré d'une lueur suffisante pour éclairer leurs pas. Ils côtoyaient des précipices où s'abimaient avec fracas les morceaux de roches qui se détachaient sous leurs pieds.
        Des mugissements terrifiants sortaient de ces abîmes. Le frôlement d'ailes immenses le faisait chanceler au bord de trous béants ; il trébuchait sur des corps visqueux et de sourds gémissements s'élevaient vers lui qui le remplissaient d'effroi. L'air se raréfia, il devint étouffant, un sourd grondement, suivi d'éclairs éblouissants, lui découvrent toute l'horreur des lieux les environnant. Bientôt une pluie douce et bienfaisante tombe et il aperçoit au loin, bien loin, un point lumineux, brillant, et son regard ne sait plus s'en détacher ; il pressent que c'est le présage du terme de son voyage, et poussant un soupir de soulagement, il veut exprimer toute sa reconnaissance à son compagnon, mais il s'aperçoit qu'il n'est plus à ses côtés. En revanche, il voit un homme, tout semblable à lui, qui le dévisage, et il reconnaît bientôt, non un inconnu mais un homme de son pays. Comment le trouve-t-il ici, complètement transfiguré, lui qui était si misérable, si bafoué ? Il paraît tranquille et heureux, comment est-il arrivé en ces lieux, qui a guidé ses pas ? Il va vers lui et en même temps, spontanément, ils se tendent les mains, ils se donnent le doux nom de frère, ils vont se conter les péripéties de la route. Tous deux reconnaissent qu'ils ont eu le même guide. Ils ont été conquis par les effluves d'amour que dégageait cet Etre surnaturel. Pleins de confiance, ils l'ont suivi et suivent encore ses traces. Ils en parlent avec amour et reconnaissance.
        Le chemin s'élargit, ils parcourent de vastes plaines et des champs promettant une récolte abondante. De gais ruisseaux serpentent, en répandant autour d'eux la fraicheur et la fertilité ; ils peuvent sans crainte se désaltérer à ces eaux pures et limpides.
        A force de fouler une herbe douce et tiède, la rosée s'évaporant lentement sous les pâles rayons du matin, leurs pieds perdent toute trace de meurtrissures. Ils se sentent frais et dispos, animés d'un courage grandissant. Ils n'ont pas assez de toutes leurs facultés présentes pour admirer la nature dans son complet épanouissement. Ils sont muets, ne trouvant pas les mots nécessaires pour dépeindre leurs sensations multiples, leur ivresse débordante ; ils se serrent la main, ils se comprennent, ils partagent les mêmes sentiments, ils sont unis par l'esprit et par le cœur. Ils sentent et ils comprennent qu'ils doivent être dans le pays de félicité ; ils n'ont cependant pas franchi de frontières, on ne leur a ouvert aucune portes, on ne leur a rien demandé.
        Pas un nuage au firmament, le ciel paraît de cristal parsemé d'étoiles étincelantes, leurs regards se perdent dans l'Infini. Une sensation étrange les étreint et les ravit. Ils ont conscience qu'ils sont près du Père Eternel, ils le sentent mais ils ne le voyent pas. Ils n'ont plus conscience de leur corps charnel, et cependant ils ont conservé leur personnalité. Ils se souviennent de toutes leurs vies passées et elles ont été nombreuses. Ils sentent que la plus sainte des missions leur est désormais dévolue : ils ont la connaissance et ils vont rebrousser chemin, afin de guider et d'aider, comme ils l'ont été, ceux qui cherchent et qui sont de bonne volonté.
        Quand le dernier des mortels aura la connaissance, il règnera une félicité universelle.
        L'enfant prodigue sera rentré au bercail, ce sera l'ère du Père, son règne sera rétabli sur la terre comme au Ciel.
        Un règne de Beauté, de Paix et d'Amour universel !

    \-/

           Faites bien et vous trouverez bien.
        La morale tout entière repose sur la Charité, l'amour du prochain et le respect de soi-même, le reste n'est dû qu'à des différences d'usages et de dogmes.

                                                                                Le 7 Juillet 1911.

    Le Fraterniste, 6 mars 1914


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  • Le Nouveau Messie, Antoine-le-Guérisseur (Le Monde illustré, 7 janvier 1911)

    PAGES D’AUJOURD’HUI
    LE NOUVEAU MESSIE
    Antoine-le-Guérisseur
    Par R. CANUDO

        Pendant que les quelques centaines de millions de Chrétiens fêtaient le souvenir de la naissance du Rédempteur, trois cent mille âmes ont fêté l'avènement réel du nouveau Messie. Et ceci n'est pas un conte de Noël. Car le Messie existe, il vit au milieu de ses disciples, dans la campagne liégeoise, à Jemeppe.
        Il n'est pas, toutefois, le premier Messie des temps modernes.
        Il y a quelques années, un des plus remarquables penseurs italiens contemporains, M. Giacomo Barzellotti, de la Faculté de Rome, consacrait un important ouvrage au dernier prophète paru en Italie : David Lazzaretti. Celui-ci est mort dans la campagne siennoise, non loin de cette incomparable Ombrie, où dans la pâleur des couleurs, dans la plus exquise nuance des teintes et des lignes, au milieu des rosiers en fleurs, le divin saint François prêcha au moyen âge l'amour et la pauvreté, au nom du Christ et non plus au nom des Papes.
        On connaît l'histoire merveilleuse des disciples de saint François. On sait comment le « Poverello », le saint Très-Pauvre, put exercer autour de lui, et après lui, une si grande influence, que ses suivants devinrent bientôt phalange, et que cette phalange, d'où sortit même un Pape, poussa son évangélisation jusqu'à Paris, en Ecosse, en Orient, en Afrique. David Lazzaretti, revenant de France, prêchait aussi à ses compatriotes l'amour de la simplicité et la noblesse de la pauvreté, au nom du Christ. Des foules nombreuses venaient le voir, le consulter et l'adorer, de tous les pays voisins.
        Et ces foules étaient aussi les mêmes qui entouraient jadis le Poverello, qui remuaient, candides et menaçantes, évangéliques et farouches, tout L'Occident. Ce sont les foules des mécontents, des pauvres, des exclus, de tous ceux auxquels la société puissante refuse, sans le savoir, toutes les joies de la vie, pour ne leur laisser que le bonheur de mal vivre, d'aimer et de haïr. Elles furent si nombreuses, autour de David Lazzaretti, que le gouvernement italien y vit une menace sérieuse et immédiate de l'ordre établi.
        Hélas, l'histoire de David Lazzaretti est d'hier ! La société humaine a changé. L'esprit religieux a été miné. Et tandis que saint François eut affaire au Souverain Pontife, auquel il put répondre crânement : « Vous avez tort de me chasser, c'est le Christ qui parle par ma bouche et que vous chassez ainsi », le prophète moderne, le malheureux David Lazzaretti, n'eut affaire qu'à des savants, se heurtant à un pouvoir inébranlable d'aliénistes et de geôliers... C'est de l'histoire d'hier, de la pure et simple histoire contemporaine.
        L'histoire du Belge Antoine-le-Guérisseur est d'aujourd'hui. Elle n'est pas achevée. Mais la page la plus étonnante sans doute vient d'être écrite ! Car 160.000 Belges viennent de présenter à la Chambre des Représentants et au roi Albert, une pétition dont nous eussions cru incapable notre époque âpre, calculatrice et égoïste. Cent soixante mille « âmes » demandent à leur roi et à ses représentants de reconnaître comme officiel le culte nouveau institué par leur prophète et leur Messie, par leur idole nouvelle : Antoine-le-Guérisseur.
        Le jour où cette pétition a été déposée sur le bureau de la Chambre belge, dans ce pluvieux et triste mois de décembre, une date a été marquée tout de même dans les annales religieuses du monde.

    *
    *      *

        On a comparé la nature et la mission d'Antoine-le-Guérisseur à celle de Tolstoï. L'analogie est frappante, avec, toutefois, des différences essentielles. Tous les deux se sont éloignés des tentations, des bonheurs et des malheurs « du siècle », en jetant aux autres leurs biens, pour se consacrer à l'apostolat moral qui les attirait. Tous les deux, poussés par l'instinct évangélique chrétien, qui animait saintement le Poverello d'Assise, ont voulu opposer à l'énorme complexité de la vie sociale, trop souvent cruelle et implacable, la divine simplicité de l'humilité, en prêchant l'amour des hommes et de Dieu. Mais ce procédé d'extrême, d'intégrale simplification, est malgré tout loin de résoudre les grands problèmes créés par les souffrances du monde. C'est, à tout prendre, un calmant, et le bien qu'il peut faire n'est que très limité et assez éphémère.
        Tolstoï, qui était arrivé à « l'état de moujik » en venant des splendeurs de la vie militaire et de la richesse, s'est enfui, en se sentant mourir, hors du cercle de douloureuse hostilité dans lequel, au sein de sa famille, il se sentait enfermé. Et Antoine-le-Guérisseur, qui vient de la mine et des dures difficultés de la vie d'un ouvrier mineur authentique, ne sort pas du cercle de ses fervents disciples, où l'adoration le retient et l'exalte. Le bien qu'il fait est là, autour de lui, tassé autour de sa maigre et haute personne, comme l'ombre réfrigérante est tassée autour du palmier dans le désert.
        Le bonheur répandu par ces prophètes ne s'étend pas très loin, hélas ! Il les entoure, et c'est tout. Car leur prédication est surtout morale, immédiate, et ni dans la pensée de Tolstoï, ni dans la volonté de David Lazzaretti, ni dans l'action d'Antoine-le-Guérisseur, les esprits qui traînent leur inquiétude mystique par le monde ne retrouvent la vision vaste et harmonieuse de l'univers, qui serait à la base d'une véritable religion nouvelle.
        Au surplus, on peut objecter que toutes les religions sont nées après, longtemps après ceux qui en répandirent les germes. Et c'est vrai. Le Messie apporte son enseignement, simplement et humainement, et ce sont les disciples et les descendants des disciples qui élèvent sur ces enseignements les grands échafaudages d'où sortent les temples et les cathédrales.
        Ne parle-t-on pas, en effet, déjà, d'une religion nietzschéenne ? Ne prétend-on pas que Nietzsche simula la folie pour voir l'effet de ses idées dans le monde avant sa mort, et que c'est lui le Messie des temps nouveaux ? C'est ainsi que des admirateurs et des détracteurs, aussi fervents les uns que les autres, en arrivent à méconnaître et à rendre cahotique la superbe pensée du grand philosophe-poète mort il y a dix ans...

        Antoine-le-Guérisseur vit à Jemeppe-sur-Meuse.
        Sa popularité dans tous les environs est déjà si grande, que si l'on songeait à ennuyer de quelque manière que ce fut le Guérisseur, la guerre civile éclaterait dans ce département bienheureux de la laborieuse Belgique.
        Après être descendu, enfant, dans la mine, après avoir vécu une dizaine d'années entre l'Allemagne et la Pologne, cet ouvrier prédestiné a changé totalement l'ordre de sa vie, touché par sa vocation.
        Des savants l'étudieront, le discuteront. Il n'en est pas moins certain qu'Antoine opère de véritables miracles, et l'on sait que c'est par le miracle – où s'exaltent à la fois l'instinct humain du merveilleux et le sentiment non moins humain de l'utilité pratique – que les prophètes attirent à eux les foules. Antoine dispose de très grandes forces subtiles – occultes – qu'il serait vain de nier. On doit les constater. Elles ont jusqu'ici une puissance qui emprunte ses caractères au spiritisme et au magnétisme. Et Antoine est arrivé au miracle en développant admirablement ses forces psychiques réelles, pendant les séances de spiritisme où il fut le médium de plus en plus merveilleux.
        C'est en effet par l'imposition des mains sur le patient – et par la concentration et la soumission absolue de la volonté d'autrui, qu'il obtient par ces mots imposés au fidèle : « Pensez à Antoine ! » – qu'Antoine réalise ses guérisons.
        Le procédé est magnétique – ce qui ne dit rien ; et il témoigne d'une puissance intérieure, d'une maîtrise de soi-même et d'une énergie de volonté extraordinaires, ce qui dit beaucoup. L'ensemble des forces d'Antoine-le-Guérisseur est donc la manifestation d'un esprit si puissamment doué, qu'il peut rayonner de la force, et en faire bénéficier tous ceux qui l'entourent. C'est la force subtile, indéfinissable et immense, en un mot : divine, de tous les grands prophètes.
        Et ses disciples sont fort nombreux. Dans la pétition présentée à la Chambre belge, ils ne demandent rien, hors la reconnaissance légale de leur culte, du culte « antoiniste ». Ils s'expriment ainsi :
        « Si Antoine-le-Guérisseur et ses adeptes demandent la reconnaissance légale de leur culte, ce n'est pas pour obtenir des subsides, ou la rémunération des ministres de leur culte. La religion antoiniste est fondée sur le désintéressement le plus complet, et Antoine-le-Guérisseur et les membres de son culte ne peuvent recevoir ni subside ni rémunération, mais ils veulent assurer l'existence de leurs temples.
        « Le temple de Jemeppe-sur-Meuse a coûté 100.000 francs ; d'autres temples vont être érigés aux frais des adeptes.
        « La reconnaissance du culte aurait pour effet de transférer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires, qui en auraient la gestion matérielle. Leur existence légale serait ainsi assurée. »
        Dans le village minier de Jemeppe-sur-Meuse, où vivent dix mille habitants au milieu d'un des plus actifs départements industriels, Louis Antoine, âgé maintenant de soixante-quatre ans, opère ses guérisons qu'aident sa force et la foi des adeptes. Mais à part cette action directe, physique et morale, ses enseignements ne présentent pas vraiment l'intérêt que les « assoifés de religion » en pouvaient attendre. Son langage est naïf et plein de confiance en Dieu, qui crée d'ailleurs la confiance en l'aide extérieure, prédispose les âmes et assouplit les corps.
        « L'enseignement d'Antoine-le-Guérisseur – écrivent dans une brochure ses disciples – a pour base l'amour, il révèle la loi morale, la conscience de l'humanité ; il rappelle à l'homme les devoirs qu'il a à remplir envers ses semblables ; fût-il arriéré même jusqu'à ne pouvoir le comprendre, il pourra, au contact de ceux qui le répandent, se pénétrer de l'amour qui en découle ; celui-ci lui inspirera de meilleures intentions et fera germer en lui des sentiments plus nobles.
        « La vraie religion, dit le Guérisseur, est l'expression de l'amour pur puisé au sein de Dieu, qui nous fait aimer tout le monde indistinctement.
        « Il est plutôt médecin de l'âme que du corps. Non, non, nous ne voulons pas faire d'Antoine-le-Guérisseur un grand seigneur, nous faisons de Lui notre Sauveur. Il est plutôt notre Dieu, parce qu'Il ne veut être que notre serviteur. »
        Le lyrisme d'Antoine est inspiré à ces principes. Voici de ses vers, publiés par un écrivain belge qui a vu le prophète, M. Louis Piérard.
        C'est Dieu qui parle :

    Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi,
    Dont l'intention serait de nous convertir.
    Si vous respectez toute croyance
    Et celui qui n'en a pas,
    Vous savez, malgré votre ignorance,
     Plus qu'il ne pourrait vous dire.

        Et ceci :

    Vous ne pouvez faire de la morale à personne,
    Ce serait prouver
    Que vous ne faites pas bien
    Parce qu'elle ne s'enseigne pas par la parole
    Mais par l'exemple,
    Et à ne voir le mal en rien.

        La force de ce nouveau Messie, que certains de ses fidèles ne craignent donc pas de considérer comme Dieu lui-même, est dans la profonde pureté de son apostolat.
        Et sans doute Antoine-le-Guérisseur fait du bien, donne à des êtres chancelants, désorientés et malheureux, cette consistance de la volonté qui est la santé de l'esprit.
        Mais sa puissance n'est qu'avec lui et en lui. Le culte « antoiniste », comme tous les autres similaires, n'a pas malheureusement une doctrine, à répandre comme un grand baume spirituel sur les souffrances du monde.

                                                                                                           R. CANUDO.

    Le Monde illustré, 7 janvier 1911


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  • La Wallonie, le Pays et les Hommes - Tome 4 - Culture (2ème partie - La place du spirituel) - ill.(issuu.com)

    La Wallonie, le Pays et les Hommes - Tome 4 - Culture (2ème partie - La place du spirituel)
    - illustration J. Mordant - Jemeppe (issuu.com)


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  • Antoine de Genezer II. (Limburger koerier, 24 juillet 1912)

    ANTOINE DE GENEZER.

    II. (Slot).

        Onze Belgisch-Limburgsche briefschrijver meldt ons:

    In Jemeppe had M. Antoine eenen tempel gebouwd. Van uit zijn vertrekken kon hij op de tribuun komen, soort galerij waar hij zich aan zijn volgelingen vertoonde. In het midden hangt een zwart schild met zilveren boom. Tusschen de takken de woorden: „ Antoinistische godsdienst” en onder het schild de leuze : “De boom van de wetenschap van het zien van het kwaad”.

        Wij hebben reeds gezegd dat M. Antoine zijn loopbaan van genezer begon als spiriet. Met de dooden praten viel hem gauw te lastig, en in vlugschriften kondigde hij aan dat bij hem te vinden was genezing van alle ziekten, van het lichaam en van de ziel, en.... het volk kwam toegestroomd.
        Daar hij zag dat er wat meer noodig was om vertrouwen te winnen, begon hij een onschadelijk geneesmiddel voor de schrijven. Dit bracht hem in kennis met het gerecht: hij kreeg tweemaal 26 frs. boete.
        Hij liet zijn geneesmiddel varen en kondigde aan dat hij de macht bezat water, dat men hem bracht te magnetiseeren. Van alle kanten kwam men aandragen met flesschen en potten. M. Antoine met veel gebaren bracht er zijn magnetisme in, dat alle ziekten genezen moest.
        “Gij meent misschien dat de grenzen der lichtgeloovigheid bereikt waren? Bijlange niet! M. Antoine vond weldra dat gebaren maken te vermoeiend: hij deelde papiertjes uit. Die zoo'n papiertje kreeg, hoefde het slechts in een glas water te legger om dit te magnetiseeren en van alle mogelijke geneeskrachten te voorzien.
        Intusschen had de genezer een soort theorie uitgevonden van het geloof en de stroomingen. Er zijn slechte en goede stroomingen; M. Antoine kon die uiteen schakelen en gebruikte de goede om die personen te genezen die het geloof hadden in zijne leer. Hij gaf geen papiertjes meer hij legde de handen op aan de zieken.
        En ook dat vond de genezer weldra te afmattend. De tempel was opgebouwd en ziehier hoe een getuige de laatste werkmethode van M. Antoine afschildert.
        “Het is Zondag, 10 uren. De nieuwsgierigen en de vreemden zitten op de banken tegenover de tribuun. Voor de tribuun, zit aan een tafel, een volgeling van den meester. Hij staat op:
        – Onze goede Vader zal aanstonds komen. Alvorens te werken, begeeft hij zich in gebed. Eerbiedigt dit plechtig oogenblik. Sterk uw geloof, want allen die het geloof hebben zullen genezen of verlicht worden”.
        Een deur gaat open op de tribuun. M. Antoine komt uit zijn vertrekken: hij schijnt bezield; zijn oog staart in een onbekende wereld. Plechtig heft hij de handen op, steekt de armen uit, beweegt de vingers om over de aanwezigen al het magnetisme uit te storten dat hij verzameld heeft. Hij sluit de oogen en keert langzaam naar zijn vertrekken weer, zonder een woord gesproken te hebben. De volgeling staat weer recht:
        – De verrichting is afgeloopen. De personen die het geloof hebben, zijn genezen of verlicht”.
        De zitting is afgeloopen, andere toeschouwers worden binnengelaten en het spelletje begint weer van voren af.
        Hoe is het mogelijk zult gij weer vragen, dat daar duizenden om genezing kwamen? Och, de groote oorzaak is en blijft overal dezelfde. Is Parijs, de stad van het licht, niet de stad waar het stieltje van waarzegster het meest winstgevend is? Waar het geloof verzwakt, komt het bijgeloof in de plaats.
        Dan vindt men overal zieken die door de geneesheeren opgegeven zijn en die eene laatste poging willen doen.
        Van Jemeppe uit werd er drukke reklaam gemaakt heel de wereld door. De antigodsdienstige pers hielp mee naar best vermogen. Lourdes wordt dagelijks afgebroken, Lourdes waar iedereen vrijen toegang heeft en vrij de genezingen kan controleeren, Jemeppe wordt opgehemeld.
        Een Antoinist mag geen dokter aan zijn ziekbed dulden. Wie zal zeggen voor hoevelen dat voor schrift oorzaak was van den dood?
        Nu is de genezer dood, maar zijn vrouw volgt hem op. Hij heeft volgelingen in Brussel, Frankrijk, Duitschland, ja tot in Oostenrijk toe. Laat de tijd geworden: welhaast zal men van Antoine en zijn genezingen niet meer spreken. Alleen de waarheid tart den tijd.
                                                                        P. L.

    Limburger koerier, 24 juillet 1912

     

    Traduction :

    ANTOINE LE GUÉRISSEUR.

    II. (Conclusion).

        Notre correspondant du Limbourg belge nous rapporte :

    A Jemeppe, M. Antoine avait construit un temple. De ses appartements, il pouvait venir à la tribune, sorte de galerie où il se montrait à ses disciples. Au milieu se trouve un panneau noir avec un arbre argenté. Entre les branches, les mots : "Culte Antoiniste" et sous le panneau, la devise : "L'arbre de la science de la vue du mal".

        Nous avons déjà dit que M. Antoine a commencé sa carrière de guérisseur en tant que spirite. Parler aux morts le dérangeait bientôt trop, et dans des pamphlets il annonçait qu'il y avait un remède pour toutes les maladies, pour le corps et l'âme, et.... les gens sont venus.
        Voyant que quelque chose en plus était nécessaire pour gagner la confiance, il a commencé une médecine inoffensive avant de l'écrire. Cela l'a fait remarquer auprès du tribunal : il a été condamné à deux amendes de 26 Frs.
        Il renonce à ses médicaments et annonce qu'il a le pouvoir de magnétiser l'eau, qui lui est apportée. Les gens venaient de tous les côtés avec des bouteilles et des bocaux. M. Antoine, par de nombreux gestes, a apporté son magnétisme, qui devait guérir toutes les maladies.
        "Vous pensez peut-être que les limites de la crédulité ont été atteintes ? En aucun cas ! M. Antoine s'est vite rendu compte que faire des gestes était trop épuisant : il distribuait des morceaux de papier. Ceux qui recevaient un tel morceau de papier n'avaient qu'à le mettre dans un verre d'eau pour le magnétiser et lui donner tous les pouvoirs de guérison possibles.
        Entre-temps, le guérisseur avait inventé une sorte de théorie de la foi et des fluides. Il y a des bons et des mauvais fluides ; M. Antoine pouvait les déconnecter et utiliser les bons pour guérir ceux qui avaient foi en sa doctrine. Il n'a plus donné de papiers, il n'a mis la main sur les malades.
        Et bientôt, le guérisseur a trouvé cela trop épuisant. Le temple a été construit et voici comment un témoin décrit la dernière méthode de travail de M. Antoine.
        "Nous sommes dimanche, à 10 heures. Les curieux et les étrangers sont assis sur les bancs en face de la tribune. Devant la tribune, assis à une table, un disciple du maître. Il se lève :
        – Notre bon Père viendra bientôt. Avant de travailler, il se rend à la prière. Respectez ce moment solennel. Renforcez votre foi, car tous ceux qui ont la foi seront guéris ou éclairés."
        Une porte s'est ouverte sur la tribune. M. Antoine sortit de sa chambre : il brillait d'un air animé, son regard se portait sur un monde inconnu. Il a solennellement levé les mains, levé les bras et bougé les doigts pour déverser sur les personnes présentes tout le magnétisme qu'il avait recueilli. Il ferme les yeux et retourne lentement dans ses quartiers, sans avoir dit un mot. L'adepte se lève à nouveau :
        – L'opération est terminée. Ceux qui ont la foi sont guéris ou éclairés."
        La séance est terminée, d'autres spectateurs sont admis et le jeu reprend de plus belle.
        Comment est-il possible que vous demandiez à nouveau que des milliers de personnes soient venues pour être soignées ? Oh, la grande cause est et reste la même partout. Paris, la ville lumière, n'est-elle pas la ville où le voyant est le plus rentable ? Là où la foi s'affaiblit, la superstition prend sa place.
        Ensuite, il y a partout des malades qui ont été abandonnés par les médecins et qui veulent faire un dernier effort.
        De Jemeppe, il y a eu beaucoup d'acclamations dans le monde entier. La presse anti-religieuse a contribué au mieux de ses capacités. Lourdes est démolie quotidiennement, Lourdes où tout le monde peut avoir accès et contrôler librement les guérisons, Jemeppe est loué.
        Un Antoiniste n'est pas autorisé à avoir un médecin à son chevet. Qui peut dire par écrit pour combien de personnes cela a été la cause du décès ?
        Le guérisseur est maintenant mort, mais sa femme lui succède. Il a des adeptes à Bruxelles, en France, en Allemagne, oui, jusqu'en Autriche. Que le temps passe : on ne parlera presque plus d'Antoine et de ses guérisons. Seule la vérité défie le temps.

                                                                        P. L.


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  • Antoine de Genezer I. (Limburger koerier, 23 juillet 1912)

    ANTOINE DE GENEZER

    1.

        Onze Belgisch-Limburgsche briefschrijver meldt ons:

     De beheerraad van den Antoinistischen eeredienst brengt hiermede ter kennis dat de Vader zich vandaag, 25e Juni, gedesincarneerd heeft. Alvorens zijn lichaam te verlaten, heeft hij eraan gehouden eenen laatsten keer zijne volgelingen te zien om hen te zeggen dat Moeder hem in zijn zending zal vervangen. Er is dus niets veranderd, de Vader zal altijd met ons zijn, en Moeder zal de tribuun bestijgen voor de algemeene verrichtingen de vier eerste dagen der week om 10 uren.
        De begrafenis van den Vader zal plaats hebben Zondag aanst. 30e Juni om 3 uren.”

        Met die woorden werd de wereld kond gedaan dat de genezer Antoine gedesincarneerd” was, woord dat in de Antoinistische taal wil zeggen gestorven. Hij was 66 jaar oud.
        Louis Antoine was de jongste van 11 kinderen. Zijne ouders waren arme werklie van Mons-Crotteux. Toen Louis 12 jaren oud was, moest hij met zijn vader en een broeder in de mijn afdalen om zijn brood te verdienen. Het werk stond hem niet aan, en hij werd metaalbewerker.
        Op 24 jarigen ouderdom trok hij naar Duitschland, verbleef er 5 jaren, kwam intusschen terug om te trouwen, ging voor 5 jaren naar Rusland in de omstreken van Warschau en kwam zich eindelijk voor goed in Jemeppe vestigen. Het geld dat hij verdiend had, legde hij gedeeltelijk vast in onroerende goederen.
        Hij leefde eenvoudig, at vleesch noch eieren, noch boter, noch melk, noch wat ook van dieren komt. Zijn uiterlijke verschijning geleek die van eenen Russischen pope: lange haren, vollen baard en als kleeding een eng sluitende soutanelle.
        Tot 42 jaren was hij katholiek. Toen ging hij zich toeleggen op spiritisme tot in 1906. In dat Jaar begon hij zijne nieuwe leer te verkondigen: het nieuwe spiritualisme.
        M. Antoine kon nauwelijks schrijven en lezen. Geen wonder dus dat er in zijn leer geen enkel klaar begrip te vinden is. Zijn geschriften, Het Onderwijs”, De Aureool van ’t geweten”, De bekroning der openbaring” zijn duister en onverstaanbaar. De meest gewone woorden krijgen hun bijzondere beteekenis, die in geen woordenboeken te vinden is. Tegenspraak is gewone regel.
        Over de godheid worden onsamenhangende begrippen vooruitgezet, soms is God „een goede huisvader” elders zijn wij allen God of God aan 't worden. De God van Antoine heeft geen eeredienst: hij houdt er zooveel minder aan geloofd te worden, dat hij zoo groot is”.
        De duivel is het slecht genie, de oorzaak van ziekten, ongevallen, groote plagen die het menschdom teisteren” of ook onze moeder die ons voedsel verstrekt. Wij zijn eerder kinderen des duivels, dan kinderen Gods”!
        M. Antoine stelt zelfs voor den duivel, zoo gedienstig jegens ons, te aanbidden.... Wij vinden in hem den waren God weer, en in het verstand de scherpzinnigheid van het geweten”. Lezer, gij verstaat misschien niet meer al te goed? Dat is niet erg, wij ook niet. Houd moed. Het zien van het kwaad berooft ons van de liefde, die ons tot Ware goden zou maken, terwijl dat zien ons dwingt duivel te zijn”. Rijm dat eens samen met het vorige! Maar, alla, maar verder anders geraken wij nooit op het einde.
        Volgens onzen dokter bestaat het kwaad niet: het kwaad is een produkt onzer inbeelding. Al wat onder de zinnen valt is zinsbedrog. De mensch is vrij te handelen naar eigen goeddunken, als hij maar handelt volgens zijn instinkt.
        Het geloof is het universeel geneesmiddel. Eenen geneesheer raadplegen, is gebrek aan geloof toonen, en bij gevolg zich blootstellen aan ziek te blijven voor immer.
        In wijsbegeerte, houdt M. Antoine het er voor dat de stof eeuwig is en dat Adam de wereld geschapen heeft. Hij houdt niet van de dieren: Wij moeten weten dat het dier alleen in schijn bestaat. Het dier is slechts het uitwerpsel (excrément) van onze onvolmaaktheid.”
        Zoo luidt de godsdienst die tegenwoordig duizenden discipelen telt. 't Is ongeloofelijk. Men weet niet of men lachen of weenen moet om die verblindheid van 't menschelijk verstand. Hier kan men tastbaar voelen hoe diep de zielen vallen, die niet meer verlicht worden door de onsterfelijke leer van het christendom.
        Later nog een woord over de manier van werken van den genezer.
                                                                        P. L.

        (Bovenstaande bijzonderheden ontleenden wij aan artikels verschenen in Patriote”, XXe Siècle” en Gazette de Liége”.                            P. L.

                                                                (Slot volgt.)

    Limburger koerier, 23 juillet 1912

     

    Traduction :

    ANTOINE LE GUÉRISSEUR

    1.

        Notre correspondant du Limbourg belge nous rapporte :

        "Le Conseil directeur de l'Office antoiniste annonce par la présente que le Père s'est désincarné aujourd'hui, le 25 juin. Avant de quitter son corps, il s'est engagé à voir ses disciples la dernière fois pour leur dire que Mère le remplacerait dans sa mission. Rien n'a donc changé, le Père sera toujours avec nous, et la Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à 10 heures.
        Les funérailles du Père auront lieu dimanche, le 30 juin à 15 heures".

        Avec ces mots, le monde a été annoncé que le guérisseur Antoine était "désincarné", un mot qui signifie "mort" en langue antoiniste. Il avait 66 ans.
        Louis Antoine était le plus jeune de 11 enfants. Ses parents étaient de pauvres ouvriers de Mons-Crotteux. A l'âge de 12 ans, Louis a dû descendre dans la mine avec son père et un frère pour gagner sa vie. Il n'aimait pas ce travail et il est devenu métallurgiste.
        À l'âge de 24 ans, il est parti en Allemagne, y est resté 5 ans, est revenu entretemps pour se marier, alla en Russie pendant 5 ans et s'est finalement installé définitivement à Jemeppe. L'argent qu'il avait gagné était en partie investi dans l'immobilier.
        Il menait une vie simple, ne mangeant ni œufs, ni beurre, ni lait, ni rien provenant de l'animal. Son apparence extérieure ressemblait à celle d'un pope russe : cheveux longs, barbe fournie, et comme vêtement une soutanelle fermée de près.
        Jusqu'à 42 ans, il était catholique. Puis il se consacre au spiritisme jusqu'en 1906. Cette année-là, il commence à proclamer sa nouvelle doctrine : le nouveau spiritualisme.
        M. Antoine savait à peine lire et écrire. Il n'est donc pas étonnant que sa doctrine n'ait pas été bien comprise. Ses écrits, "L'Enseignement", "L'Auréole de la conscience", "Le Couronnement de la révélation" sont sombres et inintelligibles. Les mots les plus ordinaires se voient attribuer une signification particulière, que l'on ne trouve pas dans les dictionnaires. La contradiction est une règle courante.
        Des notions incohérentes sont mises en avant à propos de la divinité, parfois Dieu est "un bon père de famille" ; ailleurs, nous sommes tous Dieu ou devenons Dieu. Le Dieu d'Antoine n'est pas adoré : "Il veut moins qu'on croie en lui, tellement il est grand."
        Le diable est "le génie maléfique, la cause des maladies, des accidents, des grands fléaux qui affligent la race humaine", ou encore "notre mère qui nous nourrit". Nous sommes plus des enfants du diable que des enfants de Dieu" !
        M. Antoine suggère même "d'adorer le diable, si obligeant envers nous.... C'est en lui que nous retrouvons Dieu, et dans l'esprit l'acuité de la conscience." Lecteur, tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? Ce n'est pas grave, nous non plus. Soyez courageux. "Voir le mal nous prive de l'amour qui ferait de nous de vrais dieux, alors que le voir nous oblige à être des diables." Faites rimer cela avec le précédent ! Mais, allons de l’avant, sinon nous n'arriverons jamais au bout.
        Selon notre médecin, le mal n'existe pas : le mal est un produit de notre imagination. Tout ce qui tombe sous les sens est illusion. L'homme est libre d'agir comme il l'entend, pour autant qu'il agisse selon ses instincts.
        La foi est le remède universel. Consulter un médecin, c'est faire preuve d'un manque de foi, et par conséquent s'exposer à rester malade à jamais.
        En philosophie, M. Antoine soutient que la substance est éternelle et qu'Adam a créé le monde. Il n'aime pas les animaux : "Nous devons savoir que l'animal n'existe qu'en apparence. L'animal n'est que l'excrément de notre imperfection".
        Voilà la religion qui compte aujourd'hui des milliers de disciples. C'est incroyable. Nous ne savons pas s'il faut rire ou pleurer face à l'aveuglement de l'esprit humain. C'est ici que l'on peut sentir de façon palpable la chute des âmes qui ne sont plus éclairées par la doctrine immortelle du christianisme.
        Plus tard, un mot sur le mode de fonctionnement du guérisseur.
                                                                        P. L.
        (Les détails ci-dessus sont tirés d'articles publiés dans "Patriote", "XXe Siècle" et "Gazette de Liége".                            P. L.
                                                                (Conclusion à suivre.)


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  • Etwas vom Antoinismus (Psychische Studien-Heft 7-Juli 1912)

    Etwas vom Antoinismus.

    Mitteilung von Dr. med. Franz Freudenberg, z. Z. in Brüssel.

        Unter dem Titel: „Belgien besitzt eine neue Religion“ bringt die Nummer vom 1. Januar 1911 des „Echo du merveilleux" einige Mitteilungen über die „Antoinismus“ genannte Bewegung in Belgien, über welche unsere Leser wohl schon Einiges aus der Tagespresse, z. T. auch vielleicht durch meinen Artikel im Februarheft der „Ubersinnlichen Welt“ etwas erfahren haben.
        Das „Echo“ bringt den Wortlaut der bei der belgischen Repräsentantenkammer eingereichten, mit der für dieses Land unerhörten Zahl von 160,000 Unterschriften bedeckten Adresse, worin die Anhänger des großen „Heilers“ um staatliche Anerkennung ihres besonderen Kultus und um das Recht, weitere Kirchen zu erbauen, nachsuchen. Eine Kirche in Jemappes-sur-Meuse, dem Wohnort des großen Heilers, besitzt der Antoinismus bereits. Fast alle Unterzeichner der Adresse und Anhänger des Kultus sind geachtete Leute; auch höher Gebildete in größerer Zahl befinden sich unter ihnen: Lehrer, Ärzte, Offiziere etc. Tausende von Heilungsattesten sind der Petition beigefügt, unterzeichnet von angesehenen Ärzten. Auch ein oder sogar zwei Abgeordnete sind Antoinisten. Da Belgien nur 20000 Israeliten und 15000 Protestanten zählt, so stellt der Antoinismus die zweitgrößte Kirchengemeinschaft des Staates vor. *)
        Die Erscheinung Antoine’s, des großen Heilers, nicht minder aber die Entwickelung des „Antoinismus“, ist in psychologischer Beziehung eine hochinteressante. Deshalb hat das „Echo“ denn auch kein Bedenken getragen, seinen Mitarbeiter, Herrn Jules Bois von Paris, nach Jemappes zu schicken, um den ehemaligen Bergmann und jetzigen Religionsstifter in aller Form zu interviewen. Die gleiche Nummer bringt nun unter dem Titel: „ Ein Besuch. Ein großer Heiler in Belgien“ den Bericht des genannten Gelehrten. Der Name  J u l e s  B o i s  ist allen Lesern, wenn nicht anderweitig, so doch durch jene Wette betreffend kontrollierte Bewegung von Gegenständen ohne Berührung bekannt. Ohne jede Frage ist Jules Bois ein feiner Kopf, ein scharfsichtiger Beobachter, ein logischer Denker. Er ist nebenbei auch noch ein gewandter Schriftsteller und anregender Erzähler. Ich würde daher die Leser dieser Zeitschrift tatsächlich um einen Hauptreiz des ganzen Berichtes bringen, wenn ich ihn nachstehend nicht in seinem vollen Wortlaute wiedergeben würde. Auch der Passus, in welchem er à la Molière die Ärzte aufs Korn nimmt, mag ruhig mit unterlaufen. Ja, noch mehr als das, er sei ihm verziehen. Ist es doch ein erhebendes Gefühl, sich großmütig zu zeigen, zumal es so wenig kostet, als ein klein bischen Selbstüberwindung. Nur wollen wir hoffen, daß Freund Bois nicht eines Tages durch ein gelegentliches Zusammentreffen mit einem Auto oder durch einen kleinen innerlichen Verdruß, wie sich solche bisweilen mit den Jahren einzustellen pflegen, veranlasst werden möchte, seine Ansicht einigermaßen zu revidieren. Man munkelt allerhand aus den letzten Tagen der verflossenen Miß  E d d y. Doch genug der Präambeln, zur Sache!
        »Im ganzen Condroz sagte man mir:    „Besuchen Sie Louis  A n t o i n e, er ist der größte Heiler Belgiens.     Er verrichtet Wunder wie die berühmtesten Thaumaturgen. Er besitzt kein Wissen, außer dem, welches seinem Instinkt entstammt, oder wie die Spiritisten sagen, von seinem Führer ausgeht.“    Ich persönlich habe eine gewisse Schwäche für die Heiler. Sie werden allgemein von den Ärzten, ihren Konkurrenten, verfolgt und tuen oft ebensoviel Gutes wie diese.    Wer hätte nicht den Zuaven  J a k o b  gekannt, der Zeiten epochaler Berühmtheit erlebte? In Lyon behandelte vor einiger Zeit  B o u v i e r  täglich mehrere Hunderte von Kranken, und vor einigen Jahren behauptete zu Paris ein bizarrer Amerikaner, der unter dem Pseudonym  S a n k t  P a u l  auftrat, daß aus seiner Hand, die nur aus 3 Fingern bestand, heilkräftige fluidische Ströme ausflössen.

    *                             *
    *

        Als ich, von Lüttich herkommend, auf der kleinen Station Jemappes-sur-Meuse ausstieg, fragte ich den Stationsvorsteher:    „Kennen Sie Louis  A n t o i n e?“    „Ob ich den kenne",    antwortete dieser, „man spricht von ihm in ganz Belgien.    Er wohnt 200 Meter von hier und heute Nachmittag treffen Sie ihn inmitten seiner Patienten.“ Hinter der Bahnsteigsperre sah ich Léon  F o c c r o u l e, den Vorsitzenden des Spiritisten vereins zu Poulseur. Ich brauchte mich also nicht weiter nach einem Cicerone umzuschauen. Seine rundlichen Augen unter den gefalteten Augdeckeln strahlten von Klugkeit und Wohlwollen. Für ihn ist Louis  A n t o i n e  eine Art Heiliger, ein Priester der Laienkunst, der mit vollkommener Uneigennützigkeit für das Wohl der Menschheit tätig ist.
        Wir schritten durch den Rauch der Fabriken über die Eisenbahngeleise, über geschwärzte Erde, bevölkerte Straßen entlang. Bisweilen zogen sich langsam bewegende Frauen an uns vorüber, mit einem Stecken auf der Schulter, von den bis zu den Hüften mächtige Eimer herabhingen. Die Sonne schien nur trübe; die Fabrikschlote erhöhten die traurige Stimmung und erfüllten alles mit Dunst. Mir kam das geistreiche Wort des belgischen Sozialisten  D e m b l o n  in den Sinn: „Der Mystizismus entwickelt sich meist in den Städten, wo es allzuviel Rauch gibt.“    Das wäre also der Grund, warum dieses so praktische, ziemlich sinnliche und feinschmeckerische Belgien seine Kohlenreviere von Phantomen befallen sieht. –
        An einer Kreuzwegecke zeigte sich ein Haus von offiziellem Anstrich, das etwa wie eine Klinik oder ein kleines Gemeindehaus ausschaute.    Die Türe steht offen.  F o c c r o u l e  spricht auf Wallonisch mit einigen Leuten, die vor einem benachbarten Wirtshaus an Tischen sitzen. Die Geuze-lambic **) gestattet den zahlreichen Pilgern behaglich den Augenblick abzuwarten, in welchem ein jeder der Reihe nach empfangen wird.    Im Warteraum eine Unmasse von Frauen. Die Klientinnen stellen die verschiedenartigsten Typen dar: von der Frau des Werkmeisters, schon gut bürgerlich ausschauend, im Hut und mit einem Korsett, das sich unter dem Kleid wie ein Panzer abhebt, bis zu den niedrigsten Arbeiterfrauen, mit ihren grobgewebten Shawltüchern, ihren Holzschuhen und den zerzausten Haaren, deren fehlender Glanz die seit lange versäumte Pflege beweist. Sie haben ihren durch Stillen erschlafften Brüsten Lumpen untergelegt, die sich bei den Erschütterungen durch die Atmung und den Herzschlag auf und nieder bewegen. Die Stille wird nicht einmal durch Kindergeschrei gestört. Einige Greisinnen sind auf ihren Regenschirm gelehnt eingenickt und schrecken jählings auf, wenn sich im Hintergrund die Türe öffnet, um einen Wundergeheilten heraus und einen andern Leidenden eintreten zu lassen.
        Ich erlangte Zutritt durch die Kulissen der magnetischen Offizin, nämlich einen engen Hausflur, in welchem als einziger Schmuck ein offenes Faß mit Kehricht steht. Dieser Gang führt nach dem Häuschen, welches Louis  A n t o i n e  bewohnt. Nur eine Stube, ärmlich und nackt, worin seine Frau selbst kocht.

    *                             *
    *

        Ich habe erraten, daß mich  F o c c r o u l e  als einen Quasi-Adepten vorgestellt hatte. Louis Antoine empfing mich mit Sympathie. Er ist mikrozephal, die Haare kurz geschoren, der Bart meliert, und etwas Gräuliches, wie soll ich sagen, umfließt seine ganze Person. Ohne Zweifel rührt es von Alter her, welches seinem Haare die Farbe und seinen Blick den Glanz genommen hat, vom Rauch, der ganz Jemappes erfüllt und Menschen und Gegenstände einhüllt. Er spricht mit einer gewissen Schwierigkeit, sei es, daß er mit dem Französischen nicht recht vertraut ist, sei es, daß seine Nervosität, die immer hervorzutreten droht, seinen Worten den zittrigen Charakter verleiht.
        „Entschuldigen Sie“, sagte er zu mir, „ich kann Ihnen nichts antworten, ehe ich ,Ihn‘ konsultiert habe. Ich tue nichts ohne ,Ihn‘.“     Louis  A n t o i n e  sprach solcher Gestalt geheimnisvoll von seinem geistigen „Führer“, den er nicht recht zu benennen weiß; bald ist es für ihn die Seele des Pastors von Ars, bald die des Dr.  D e m e u r e, deren Kreidebilder im Wartezimmer an der Wand hangen, neben Plakaten gegen den Alkoholismus.    Dieser „Geist“ war mir offenbar nicht feindlich gesinnt, denn der Heiler, welcher wußte, daß ich mit dem nächsten Zuge wieder zurückfahren mußte, empfing mich fast sofort im Wunderzimmer.
        „ ,Er‘ erscheint mir“, sagte er, „wie eine leuchtende Wolke, wenn meine Kur gelingen soll; aber wenn diejenigen, welche zu mir kommen, keinen Glauben haben, so verläßt nich mein Führer. Ich stehe dann allein da, und aus mir vermag ich wenig.“    Sie sind also kein Magnetiseur?“ „Oh doch, aber zum wahren Louis  A n t o i n e  bin ich erst geworden, seit ich den Glauben habe. Der Glaube ist es, der uns heilt.    Wenn wir glauben, daß wir nicht mehr krank sind, so verschwindet die Krankheit. Wir sind geheilt kraft unseres Glaubens. Je mehr Erfolg ich hatte, desto größer wurde mein Vertrauen und mithin um so stärker nein Erfolg.“
        Louis  A n t o i n e  erklärt mir, daß er Arbeiter in einem Walzwerk war. Das Feuer, worin die heidnischen Salamander tanzen, der Rauch, welcher Phantomen Körperanschein gibt, haben allmählich diese Seele beeindruckt, die unwissend war, aber im Zusammenhang mit der allgemeinen Natur stand. Und die Natur des Alls liebt es, den geistig Einfältigen ihre Geheimnisse ins Ohr zu raunen.
        Dies erzählte er mir mit seiner gleichfalls rauhen, verschleierten Stimme, unter plötzlichen Stockungen und Unterbrechungen.    Wenn man nach Hause kam und von dem Walzwerk träumte, dann hatte man manchmal das Erinnerungsbild aller dieser Funken in den Augen. Während der Nacht, beim Schlaf, schienen sie Sternen zu gleichen. Diese Sterne sagten mir: „Merke wohl auf, Louis Antoine, und fasse es. Das Hüttenfeuer macht das Eisen schmiedbar und der Mensch macht alsdann aus ihm, was er will. Deine Seele ist auch ein Feuer.    Wir verleihen dir die Macht, den Stoff geschmeidig zu machen, das Fleisch der Andern; und die Tauben werden hören und die Lahmen wandeln!“ –
        Eine Mutter tritt mit ihrem Kinde ein.    Der Kleine hat verbogene Beine und sein Leib ist mit roten Flecken überdeckt, das erbärmliche Produkt eines Daseins ohne Hygiene und entarteter Vorfahren.    Louis  A n t o i n e  legt auf diese entstellten Glieder seine erlösende Hand. Der Kleine zuckt von Zeit zu Zeit wie unter einer Versengung zusammen. Alsdann befiehlt ihm der Wundertäter zu gehen, ja selbst zu laufen. Er geht, er läuft in der Tat mit seinen elenden krummen Beinen. Es geht wahrhaftig besser, er lacht, er springt in die Arme Antoine’s mit jener Art instinktiver Erkenntlichkeit, welche die Kinder [wie schon die Tiere – Red.] dem bezeigen, der ihnen Gutes tut. Er ist freilich nicht geheilt, aber elektrisiert. Die Mutter weint vor Freude. Die Luft ist günstig für das Wunder rund um diesen Thaumaturgen herum, der da erklärt: „Er wird gesund, wissen Sie wohl; er wird laufen wie ein Häschen.“ Die Frau in Tränen und das Kind galvanisiert durch den Willen des Operateurs und den unklaren Glauben der ganz Kleinen, welche die Schwere ihres Leidens nicht kennen. Es schließt sich eine Befragung über die Ernährungsweise an.  A n t o i n e  verbietet Schweinefleisch und gestattet nur eine Kartoffel mit Butter, aber ohne Schmalz. Diese kulinarischen Details werden mit einer Andacht angehört, als ob sie aus dem Munde eines Gottes kämen.
        Jetzt ist die Reihe an einer Alten. Louis  A n t o i n e  berührt sie an der Stirne.    Eine der Gaben, deren sich der Wundertäter rühmt, ist, durch Intuition die Krankheiten im Körper abzulesen. Diese Patientin ist ganz und gar gläubig.    Unter ihrer schwarzen Haube belebt sich ihr Gesicht, starr und gelehrig, voll Vertrauen.    Nach Verlauf einer Minute trägt  A n t o i n e  seine Diagnose vor.    Er hat mit hinlänglicher Genauigkeit die Leiden dieser wackeren Frau und den Sitz des Übels entdeckt. Sie ist ganz aufgelöst. Jedesmal, wenn der Heiler ein Krankheitssymptom aufzählt, vergrößert sich ihre Begeisterung und schließlich ruft sie mit ihrer rauhen Bauernstimme:    „Ja, so ist es! Ja, so ist es!“    Aber Louis  A n t o i n e  dringt in sie: „Man muß die Wahrheit sagen! Ist es wirklich das, was Sie fühlen? Wir dürfen die Unwahrheit nicht verbreiten. Die Wahrheit hält uns oben.“ –
        Der Sekundärzug, der mich von Jemappes-sur-Meuse nach Lüttich zurückführen soll, pfeift schon in der Ferne; drum heißt es: Schluß machen! Ich frage  A n t o i n e, was er von den Ärzten hält, seinen großen Kollegen und Feinden. Er sagt nichts Übles. Dieser Magnetiseur hat ein christliches Herz.    „Jene behandeln bei den Krankheiten die Resultate, ich befasse mich mit ihren Ursachen“, sagt er mit einem gewissen Stolz.    Louis  A n t o i n e  ist ein Philosoph.    „Ihrer hundertundfünfzig haben eine Petition gegen mich unterzeichnet; meine Sendung stört sie. Ich bin nur zu einer Geldbuße von wenigen Francs verurteilt worden und noch dazu nur bedingungsweise. Man weiß, daß ich kein Geld verlange, und da ich keine Heilmittel verabreiche, was könnte man mir vorwerfen?“    Die Alte hat einige Sous in die Sparbüchse geworfen, die auf dem Kamin steht. Das ist alles, was dieser mystische Philanthrop annimmt. „Bevor Sie gehen, nehmen Sie noch mein Blatt.“
        Louis  A n t o i n e  hat sich in das niedrige und dunkle Zimmer begeben, worin seine Frau das Abendessen kocht. Ich stehe aufs neue in dem schmalen Gange, den das Kehrichtfaß verengt.    Der Wundertäter kommt mit einer Druckschrift zurück, welche den Titel trägt: Erkenne dich selbst! Ich werfe einen Blick auf dieses Blatt, angefüllt mit jenen weitschweifigen Phrasen, zu denen die spiritualistischen Doktrinäre das Rezept besitzen.    Es dürfte das keine Ausarbeitung von Louis  A n t o i n e  sein. Ich vermute, daß er schreibt, wie er spricht, d. h. schwerfällig. Sein Benehmen, seine Umgebung, seine Haltung, seine Worte, das ist's, was mir an ihm gefallen hat.    Eine große Einfalt, selbst Naivität und Illuminismus, aber ein braver Mann, ein wahrhaft braver Mann, der den doppelten Vorzug besitzt, zugleich unwissend und gläubig zu sein.    Und hierauf beruht vielleicht seine Wunderwirkung. – Ich mußte in weltferne belgische Dörfer gehen, um diesen Glauben zu finden. Ich sage mir, daß Louis  A n t o i n e  über eine unberechenbare Kraft verfügt.   C h a r c o t  begriff am Ende seines Lebens die weiten Grenzen dieses Hypnotismus, den er gewißermaßen zu seinem Eigentum gemacht hatte und der lediglich der vorläufige Ritus des metapsychischen Geheimnisses ist. Jenseits aber liegen Königreiche.
        C h a r c o t  verfaßte in einer englischen Zeitschrift eine berühmt gewordene Abhandlung, betitelt: „Die Glaubensheilung.“ Dieser geistvolle Beobachter schickte verzweifelte Krankheitsfälle nach Lourdes, wenn er bemerkte, daß die Betreffenden die Fähigkeit besaßen, zu „glauben“, worin wahrhaftig eine wirksame Gabe liegt, welche durch die religiösen Übungen, durch die Pilgerfahrt, die Berührung mit so vielen andern überzeugten Personen genährt und gesteigert wird. Sie hat ihren Sitz in unserem Unterbewußtsein. Der Glaube versetzt Berge, so sagt man. Er kann vor allem zur Gesundheit verhelfen, welche selbst eine geheime Quelle des Lebens ist.«

     

    *) Vergl. Febr.-Heft cr., K. Not. g), S. 127. - Red.

    **) Geuze-lambic ist ein kräftiges, sehr erfrischendes Bier, welches nur in Belgien, besonders gut nur in Brüssel hergestellt werden kann. Mit der Leipziger Gose hat es nur eine entfernte Aehnlichkeit. Es ist sehr reich an Milchsäure und wird gleich dem Burgunder aus in Körbchen liegenden Flaschen serviert. – Fr.

     

    Psychische Studien, Heft 7, Juli 1912

     

    Traduction :

    À propos de l'Antoinisme

    Message du Docteur en médecine Franz Freudenberg, actuellement à Bruxelles.

        Sous le titre : "La Belgique possède une nouvelle religion", le numéro du 1er janvier 1911 de l'"Echo du merveilleux" apporte quelques nouvelles sur le mouvement en Belgique appelé "Antoinisme", dont nos lecteurs ont probablement déjà appris quelque chose dans la presse quotidienne, en partie peut-être aussi par mon article dans le numéro de février du "Ubersinnliche Welt".
        L'"Echo" reprend le texte de l'allocution présentée à la Chambre des représentants de Belgique, couvert par 160 000 signatures, nombre sans précédent pour ce pays, dans laquelle les adeptes du grand "guérisseur" demandent la reconnaissance par l'Etat de leur culte particulier et le droit de construire davantage d'églises. L'antoinisme a déjà une église à Jemappes-sur-Meuse, la résidence du grand guérisseur. Presque tous les signataires de l'adresse et les adeptes de la secte sont des personnes respectées ; on trouve également parmi eux un grand nombre de personnes ayant fait des études supérieures : des enseignants, des médecins, des officiers, etc. Des milliers de certificats de guérison sont joints à la pétition, signés par des médecins respectés. Un, voire deux députés sont également antoinistes. Comme la Belgique ne compte que 20 000 Israélites et 15 000 Protestants, l'antoinisme représente la deuxième plus grande communauté religieuse de l'État. *)
        L'apparition d'Antoine, le grand guérisseur, mais non moins le développement de l'"antoinisme", est très intéressant sur le plan psychologique. C'est pourquoi l'"Echo" n'a pas hésité à envoyer son collaborateur, M. Jules Bois de Paris, à Jemappes pour interviewer de manière formelle l'ancien mineur et actuel fondateur de la religion. Le même numéro porte désormais le titre : "Une visite. Un grand guérisseur en Belgique" apporte le rapport de l'érudit susmentionné. Le nom de J u l e s  B o i s est connu de tous les lecteurs, sinon autrement, du moins grâce à ce pari concernant le mouvement contrôlé d'objets sans contact. Sans aucun doute, Jules Bois est un esprit fin, un observateur attentif, un penseur logique. Il est également un écrivain habile et un conteur stimulant. Par conséquent, je priverais effectivement les lecteurs de ce magazine de l'un des principaux attraits de l'ensemble du rapport si je ne le reproduisais pas dans son intégralité ci-dessous. Même le passage dans lequel, à la Molière, il vise les médecins, pourrait bien être attaqué. Oui, plus que cela, il lui est pardonné. C'est un sentiment d'élévation que de faire preuve de magnanimité, d'autant plus qu'il coûte si peu de se dépasser. Mais espérons que l'ami Bois ne voudra pas un jour être amené à revoir son opinion dans une certaine mesure par une rencontre occasionnelle avec une voiture ou par un petit mécontentement intérieur, comme ce mécontentement se développe parfois au fil des ans. Il y a des rumeurs de toutes sortes sur les derniers jours de la prédécesseur Miss E d d y. Mais assez de préambules, allons droit au but !

    [pour l’article en question, cf. Jules Bois - Le Guérisseur Louis Antoine (1901)  http://antoinisme.blogg.org/jules-bois-le-guerisseur-louis-antoine-1901-a148867618 ]

    *) Cf. Cahier de Février, Note g), p. 127. - Rédaction.


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  • Lettre de Belgique (L'Essor, Lausanne, 11 février 1911)

    Lettre de Belgique.

    ANTOINE LE GUÉRISSEUR

    DIEU PARLE

    Premier principe.
    Si vous m'aimez,
    Vous ne l'enseignerez à personne.
    Puisque vous savez que je ne réside
    Q'au sein de l'homme,
    Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
    Une suprême bonté,
    Alors que du prochain vous m'isolez.

    Deuxième principe.
    Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi
    Dans l'intention de vous convertir.
    Si vous respectez toute croyance et celui qui
                                                           [n'en a pas,
    Vous savez, malgré votre ignorance,
    Plus qu'il ne pourrait vous dire.

    ... et ainsi de suite ; il y a, pour le moment, dix principes, qui sont la dernière expression de la doctrine d'Antoine le Généreux (ou le Guérisseur). Et tout ce qu'on recueille pieusement de sa bouche est écrit de la même manière. On comprend bien les mots ; on saisit même parfois des phrases, mais impossible de savoir en somme ce qu'il veut dire. En lisant sa revue, l'Auréole de la conscience, on croit errer dans certains pâturages de nos Alpes, où il y a mille chemins qui ne conduisent nulle part. On les suit un instant ; et puis, ils se perdent, et vous perdent. C'est une espèce de bavardage, où les mots de foi, d'amour, reviennent à chaque instant, sans qu'on puisse toujours dire ce qu'ils signifient. De telle sorte qu'il est impossible de résumer cette doctrine du « Nouveau spiritualisme » : mixture à base de christianisme, où entrent du spiritisme, du scientisme, de la théosophie et du panthéisme. Tenez, voici encore, comme échantillon, les deux propositions qui sont en tête de sa dernière circulaire : « La croyance en Dieu est opposée à la foi. » « L'intelligence est seule l'imperfection de l'être. » ! !
        Il faut dire à la décharge de l'auteur qu'il est à peu près illettré. Né en 1846 dans la province de Liège, onzième et dernier venu d'une famille pauvre, il descendait à douze ans dans la mine. Puis il travailla comme ouvrier métallurgiste en Allemagne et en Pologne russe, d'où il rapporta une petite fortune, bientôt dépensée à faire du bien. Il se fixa alors à Jemeppe sur Meuse, près de Liège, avec sa femme et un fils qui leur fut enlevé à vingt ans. Catholique jusqu'à quarante-deux ans, puis spirite, il découvre enfin en 1906 le « Nouveau spiritualisme » et devient un Révélateur.
        Et voilà l'homme qui attire des foules. Certains jours, les trains qui arrivent à Jemeppe, de Liège et de Namur, sont bondés. On a compté jusqu'à un millier de visiteurs, et, le jour de l'Ascension, il y en avait 25 000. Des gens de toutes conditions viennent le consulter. Je me suis faufilé un jour dans le joli temple qui sert de salle d'attente pendant les consultations. Il était neuf heures et quart, et c'était la cent-quarantième personne qui passait. — Tous les dimanches, il y a un culte. Dans mainte localité belge, comme à Jemeppe, on lit des passages de la « Révélation d'Antoine » avant et après, on pense à Lui pendant un moment de silence ; et l'on s'en va. A Jemeppe, il apparaît lui-même un instant, monte en chaire, bénit l'assemblée, et se retire. Cela suffit à ses adeptes, qui lui prodiguent les épithètes que nous ne donnons qu'à Jésus-Christ. « Nous faisons de Lui notre Sauveur ; disons qu'il est notre Dieu ». C'est un disciple autorisé.
        Antoine le Guérisseur, très connu en Belgique, est devenu célèbre depuis la pétition de 160 000 signatures qui parvint peu avant le Nouvel An à la Chambre belge 1. Dès lors, tous les journaux ont parlé de lui. Le Matin, de Paris, a dépêché un envoyé spécial à Bruxelles. L'Excelsior, le nouveau quotidien français, a reproduit les traits d'Antoine (il ressemble à Tolstoï, en moins bien), et des reporters connus ont pris le train pour Jemeppe. Il ne faut pas se tromper à propos de 160 000 signataires. Un très grand nombre d'entre eux ne savent pas ce qu'ils ont signé. On a fait passer des listes partout dans les usines et les ateliers, et l'on a été de porte en porte. Mais il reste que ses adeptes se comptent par centaines.
        On peut expliquer dans une certaine mesure l'influence du dieu de Jemeppe. D'abord, il se pose en guérisseur ; et, en faisant le décompte des exagérations, il semble bien qu'il ait accompli quelques cures remarquables, par des procédés analogues à ceux des scientistes. Les 8/10 des gens qui vont le voir sont entourés par des maladies physiques ou morales. Dans ce pays, les « meiges » de plus ou moins grande envergure sont très estimés. On les préfère souvent aux médecins. La crédulité, en maint endroit, est sans bornes.
        Et puis Antoine doit avoir une puissance personnelle assez grande et dégager ce qu'il appelle des fluides bienfaisants. Il y a chez lui une spiritualité incontestable, par laquelle il s'impose. C'est d'ailleurs un très honnête homme, qui paraît vraiment pénétré du désir de faire du bien.
        Enfin, il ne demande rien à ceux qui viennent le voir. Ses guérisons sont gratuites. Si elles ne l'étaient pas, il serait poursuivi. Mais naturellement, il n'est pas défendu de mettre quelque chose dans le tronc du temple. Comment aurait-on pu bâtir cette maison, qui a coûté 100 000 fr. ? De plus, les « Antoinistes » ne sont soumis, que je sache, à aucun renoncement spécial dans leur vie de tous les jours.
        La grande vogue du Guérisseur n'en est pas moins extraordinaire ; elle déconcerte ceux qui prêchent l'Evangile en Belgique depuis tant d'années, non certes sans succès, mais au milieu de tant d'obstacles qui ralentissent la marche en avant. Car franchement, quand on compare l'Evangile, si simple, aux élucubrations mystiques de « l'Auréole de la conscience », quand on mesure la distance qui sépare Jemeppes de Golgotha, on sent monter de l'amertume, et presque de l'indignation.    E. F.

     1 On voudrait obtenir la personnalité civile pour assurer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires de la nouvelle secte.

    L'Essor, Lausanne, 11 février 1911

     


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  • Kurze Notizen - Eine neue Religion (Psychische Studien, v38, Februar 1911)

    Kurze Notizen

        Eine neue Religion ist nach einer Mitteilung im „Schwäb. Merkur“ in Belgien gegründet worden: ein gewisser „Heilkünstler“, Antoine-le-Guerisseur sich nennend, soll, wie wir schon wiederholt berichteten, „Wunderkuren“ vollziehen. „Der Heilkünstler wird, so unglaublich dies klingt, von der Menge nicht als gewöhnlicher Sterblicher angesehen, sondern als neuer Heiland verehrt. Die Gläubigen errichteten ihm in Jemappes (seinem Wohnort) einen eigenen Tempel, dessen Bau 100 000 Franken gekostet hat, und seine Anhänger, etwa 200 000 an der Zahl, haben sich kürzlich in aller Form vom Katholizismus losgesagt und die neue „antoinische Religionsgenossenschaft“ gegründet. In einer mit nicht weniger als 160 000 Unterschriften versehenen Eingabe an das Brüsseler Parlament haben die „Antoinisten“ soeben die förmliche staatliche Anerkennung ihrer Religionsgenossenschaft verlangt, womit der Staat nach der belgischen Verfassung verpflichtet wäre, die Priester der neuen Religion zu besolden und zum Bau ihrer Gebethäuser beizutragen. Die Petition trägt nicht bloß die Unterschrift von Bauern, sondern auch von Vertretern gebildeter Stände, und diese Tatsache erhöht noch die Seltsamkeit dieser sonderbaren religiösen Bewegung.“ Näheres darüber, wie er heilen soll und was seine religiöse Stellungnahme betrifft, wird dabei nicht mitgeteilt.

    Psychische Studien, XXXVIII. Jahrg. 2. Heft (Februar 1911)

     

    Traduction :

        Une nouvelle religion a été fondée en Belgique, selon une annonce dans le "Mercure Souabe" : un certain "guérisseur", se faisant appeler Antoine-le-Guérisseur, aurait effectuer des "guérisons miraculeuses", comme nous l'avons signalé à plusieurs reprises. "Le guérisseur, aussi incroyable que cela puisse paraître, n'est pas considéré par la foule comme un mortel ordinaire, mais il est vénéré comme un nouveau sauveur. Les fidèles lui ont construit un propre temple à Jemappes (son lieu de résidence), dont la construction a coûté 100 000 francs, et ses adeptes, au nombre d'environ 200 000, ont récemment renoncé formellement au catholicisme et fondé la nouvelle "Communauté religieuse antoiniste". Dans une pétition adressée au Parlement bruxellois et signée par pas moins de 160 000 personnes, les "Antoinistes" viennent de demander la reconnaissance formelle de leur association religieuse par l'Etat, ce qui obligerait l'Etat, selon la constitution belge, à payer des salaires aux prêtres de la nouvelle religion et à contribuer à la construction de leurs lieux de prière. La pétition porte la signature non seulement de paysans, mais aussi de représentants des classes instruites, et ce fait ajoute à la particularité de cet étrange mouvement religieux". Aucun autre détail n'est donné sur la manière dont il devrait guérir ou sur ses opinions religieuses.

    Études psychologiques, 38e année. Volume 2 (février 1911)


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  • Unitif du Culte Antoiniste (Excelsior, 8 juillet 1911)

        Une lettre originale. - Nous recevons le curieux et inquiétant communiqué suivant :

                                  Cher confrère,
        Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir annoncer dans votre journal la prochaine publication de l'Unitif, bulletin mensuel du culte antoiniste. Comme son nom l'indique, il a pour but de réunir les hommes en l'amour pur. Antoine le Généreux, par son abnégation et sa foi, a rassuré nos âmes torturées par le doute. Il nous a révélé dans son temple le mystère de la conscience universelle dont chacun de nous possède une parcelle voilée par la matière.
        En nous efforçant de nous améliorer et de nous aimer les uns les autres, nous surmonterons l'imagination qui nous divise et nous nous sentirons bercés dans l'harmonie divine. Heureux les cœurs qui ont pu approcher celui qu'un pieux entourage a honoré du nom de Père et qui se sont unis sous sa douce influence ! Touchés de l'amour qu'ils ont ressenti, ils voudraient faire connaître à tous les hommes, leurs frères, les sublimes révélations où ils ont puisé du réconfort et les appeler sans distinction de partis ni de cultes au travail moral qui peut nous régénérer. L'enseignement d'Antoine le Généreux qui est basé, nous ne dirons pas sur la croyance, mais bien sur la conscience, est une science fondée sur son expérience des êtres et intéressant le matérialiste comme le croyant. Il parle à la raison et au cœur. Aussi, nous ne doutons pas qu'il ne rencontre bon accueil et nous le souhaitons ardemment pour la paix sociale.
        Veuillez agréer, cher confrère, l'expression de nos bons sentiments.

                                                    LES ADEPTES D'ANTOINE LE GÉNÉREUX.

    Excelsior, 8 juillet 1911


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  • Homiletic review, an international magazine of... v.61 1911

                         A New Cult in Belgium

        ANTOINISM is the appellation bestowed on a new religion which has been officially "discovered" in Belgium, one of the busiest industrial countries in Europe, but one abounding in superstition. The discovery has been made by the presentation of a petition to Parliament for the granting of a legal status for the so-called new religion. A few years ago a coal-miner, Louis Antoine, inaugurated the system which has brought him a host of disciples, who style him Antoine the Healer. His followers are said to number not fewer than 150,000, of whom 300 are adepts. They adulate their leader and ascribe to him the faculty of boundless knowledge and the power to work miraculous cures. He has built a church in which the daily services are among the simplest ever heard of. At nine in the morning one of the adepts takes his place on the platform and sits perfectly still for an hour, staring silently before him, the congregation waiting passively. At the stroke of ten he rises and remarks that every one whose faith is sufficiently strong must be cured, and the people silently depart. Antoine is a kind of hermit, for he speaks to no one, and there is nothing to pay for cures. Some Americans are among those who declare that they have been cured.

    Homiletic review; an international magazine of religion, theology and philosophy, v.61 (1911)

     

    Traduction :

                         Un nouveau culte en Belgique

        ANTOINISME est l'appellation d'une nouvelle religion qui a été officiellement "découverte" en Belgique, l'un des pays industriels les plus industrieux d'Europe, mais qui regorge de superstitions. On l'a découvert par la présentation d'une pétition au Parlement pour l'octroi d'un statut légal pour la soi-disant nouvelle religion. Il y a quelques années, un mineur de charbon, Louis Antoine, a inauguré le système qui lui a apporté une foule de disciples, qui l'appellent Antoine le Guérisseur. On dit que ses disciples ne sont pas moins de 150 000, dont 300 sont des adeptes. Ils adorent leur chef et lui attribuent la faculté d'une connaissance illimitée et le pouvoir de faire des guérisons miraculeuses. Il a construit une église dans laquelle les services quotidiens sont parmi les plus simples jamais entendus. A neuf heures du matin, l'un des adeptes prend place sur la plate-forme et reste parfaitement immobile pendant une heure, le regard silencieux devant lui, l'assemblée attendant passivement. A dix heures tapantes, il se lève et fait remarquer que tous ceux dont la foi est suffisamment forte doivent être guéris, et la foule s'en va en silence. Antoine est une sorte d'ermite, car il ne parle à personne, et il n'y a rien à payer pour guérir. Certains Américains font partie de ceux qui déclarent avoir été guéris.


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  • L'Unitif (La Liberté, 8 juillet 1911)

        Antoine surnommé « le Généreux », fondateur de l'église antoniste dont les fidèles se comptent en Belgique et dans le nord de la France par dizaine de milliers, Antoine crée un journal qui s'intitulera l'Unitif.
        Voici ce que dit de ce nouveau confrère le communiqué des adeptes d'Antoine :
        « En nous efforçant de nous améliorer et de nous aimer les uns les autres, nous surmonterons l'imagination qui nous divise et nous nous sentirons bercés dans l'harmonie divine. Heureux les cœurs qui ont pu approcher Celui qu'un pieux entourage a honoré du nom de Père et qui se sont unis sous sa douce influence ! Touchés de l'amour qu'ils ont ressenti, ils voudraient faire connaître à tous les hommes, leurs frères, les sublimes révélations où ils ont puisé du réconfort et les appeler sans distinction de partis ni de cultes au travail moral qui peut nous régénérer. L'enseignement d'Antoine le Généreux qui est basé, nous ne dirons pas sur la croyance, mais bien sur la conscience est une science fondée sur son expérience des êtres et intéressant le matérialiste comme le croyant. Il parle à la raison et au cœur. »
        Ce brave Antoine doit être un naïf... – ou un malin !

    La Liberté, 8 juillet 1911


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  • Le guérisseur (L'Univers, 10 juillet 1912)

                                                           Le « guérisseur »

        C'était une sorte d'illuminé ; il vient de mourir à Jemmapes, près de Liége ; on l'appelait Antoine le guérisseur.
        Sa réputation s'était répandue, dans le monde entier, et nombreux étaient les malades qui venaient le consulter dans sa petite maison wallonne... On assure qu'il obtint quelques résultats dans certaines maladies du système nerveux.
        Antoine, comme le fameux zouave Jacob, ne rédigeait jamais d'ordonnances. Il n'ordonnait ni potions ni remèdes pharmaceutiques. Il se contentait de recourir à l'imposition des mains sur ses clients. A sa profession de guérisseur, Antoine avait joint celle de... prophète. Très sérieusement, il croyait être inspiré, et cette croyance était partagée par une foule de gens qui se déclaraient ses adeptes et qui l'aidèrent à fonder un « temple » où le bonhomme enseignait une doctrine qu'il dénommait pompeusement l'antoinisme.
       
    Que vont devenir les antoinistes ?

                                                              MONVILLE.

    L'Univers, 10 juillet 1912


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