• Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

    Avant la date fatidique
    Mère remplace son mari et opère en son nom quand il doit s'abstenir. (Biographie, p.2, in Debouxhtay, p.293)

     

    Lundi 24 juin 1912
    Lundi dernier, me dit une des premières sœurs antoinistes, Mme Desart, à qui le frère directeur Delaunoy avait donné mission de me guider, le Père sentit que le moment suprême était venu. Il nous réunit autour de lui et nous annonça qu’avant le lendemain un grand événement se produirait et qu'à sa mort prochaine, sa femme lui succède dans son enseignement religieux. (La Meuse, 24 juin & Excelsior, 2 juillet 1912)

    Après l'opération, il demande à voir les adeptes. (Unitif I, 12, p.7, in Debouxhtay, p.196)

    Puis il demandait à revoir Jeanfils (Unitif février 1914, p.3, in Debouxhtay, p.197)

    Et, à minuit, il expirait ! (Excelsior, 2 juillet 1912)

    Ceux qui L'entouraient rendirent pieusement les derniers devoirs au corps privé de vie, le revêtirent de la robe révélée et le couchèrent dans le Temple sur un lit enveloppé de drap vert, le buste bien relevé pour qu'il fût permis de voir facilement sa tête vénérable. Des lauriers disposés tout autour par ordre de grandeur, laissaient le corps bien en vue et formaient un fond de verdure d'où l'emblème du Culte, l'Arbre de la science de la vue du mal, se détachait nettement ; cette disposition avait été prise pour empêcher les visiteurs de toucher le corps par superstition. Le livre de l'Enseignement que le Père a pratiqué si religieusement pendant sa vie, reposait sur ses mains unies. (J. H. dans l'Unitif, août 1912, p. 9 in Debouxhtay, p.197)

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)
    Souvenir Père Antoine le Généreux (FaceBook de Christian Sorte)

    Mardi 25 juin 1912
    Acte de décès (Excelsior, 1er juillet 1912)
    Cause du décès : attaque d’apoplexie (Revue internationale des sociétés secrètes, v1, n8 Août 1912)
    Antoine, qui avait été frappé lundi d'une attaque d'apoplexie, est mort le soir-même. (L'Express, 26 juin 1912). Quelques lignes plus bas L'Express cite les paroles d'un adepte : « Ce fut non d'apoplexie, mais d'un épuisement progressif et continu... » Le Jour (Verviers) du 25 juin 1912, dit aussi qu'Antoine « s'affaissa frappé par une attaque d'apoplexie ». (in Debouxhtay, note 10 p.197).

    Depuis le mardi jusqu'au jour de l'enterrement le temple fut rempli de visiteurs qui se succédaient devant le corps du thaumaturge (Unitif, janvier 1913, p.14).
    Pendant toute cette semaine sainte des groupes recueillis ne cessèrent de contempler le visage sacré dont le regard si bon les pénétrait d'une joie incompréhensible et on sentait que le souvenir de cette scène serait en eux inoubliable comme celui des grands bienfaits que tous avaient reçus dans ce temple, de leur Sauveur. Ainsi le fluide opérait et il n'y avait rien de changé. Le jour même de la désincarnation du Père, Mère vint opérer en son nom à dix heures et loin d'être impressionnée comme beaucoup de personnes l'étaient par la présence du défunt, elle anéantit ces pensées de doute, réconfortant l'assistance du même fluide éthéré qu'auparavant. Les dernières paroles du Père lues à la fin de l'opération, raffermirent encore les cœurs et les rassurèrent sur l'avenir. Les jours suivants, les malades arrivèrent tout aussi nombreux et obtinrent la même satisfaction. Pour la remplacer dans le Temple (à la petite tribune, mère occupera désormais la grande tribune), Mère a désigné le frère Deregnaucourt dont le dévoûment ne s'est pas un instant démenti depuis le jour où il a commencé à pratiquer les Enseignements du Père. (Unitif, août 1912, p.10) (in Debouxhtay, p.200)


    Le corps du défunt, qui avait été exposé plusieurs jours dans le temple (La Liberté, 2 juillet 1912)
    Jusqu’à vendredi soir, continue Mme Desart, nous avons veillé sa dépouille mortelle, qui fut alors mise dans sa bière de sapin. (Excelsior, 2 juillet 1912)

    Il n'est pas indifférent de lire la lettre de faire-part de sa mort :
        Culte Antoiniste,
        Frère.
        « Le Conseil d'administration du culte Antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui, mardi matin, 25 juin.
        « Avant de quitter son corps, il a tenu à recevoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère Le remplacera dans sa mission. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous.
        « Mère montera à la tribune pour les opérations générales, les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures.
        « L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain, 30 juin, à 3 heures. » (Le Nouvel éducateur rationnel, année 1, n°7, 1912)(La Liberté, Jeudi 27 juin 1912)

     

    Vendredi 28 juin 1912
    Mise en bière (Excelsior, 1 juillet 1912)

     

    Dimanche 30 juin 1912
    Inhumation dans la fosse commune (La Liberté, 2 juillet 1912)
    Accompagné de :
    - 12 000 à 15 000 fidèles (Excelsior, 1er juillet 1912)
    - 25 000 personnes (Delftsche courant, 12 août 1912)
    - 15 à 20 000 personnes étaient massées dans les rues (Express, 2 juillet)(in Debouxhtay, p. 201)
    - plus de trente mille personnes étaient venues ce jour-là à Jemeppe (Unitif, août 1912, p.12)(in Debouxhtay, p. 201)

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

    Un peu avant 3 heures 30, on ferma les portes du temple, et les Frères Antoinistes transportèrent le catafalque sous le porche. (Excelsior, 1er juillet 1912)

    Le cercueil, porté par douze hommes de la communauté, était précédé d’un tronc d’arbre figurant l’arbre de la science du bien et du mal, que portait l’un des plus qualifiés adeptes de l’antoinisme, M. Delcroix, professeur à l’athénée de Liège. (Le Messin, 2 juillet 1912)

    A 3 heures précises, le Frère directeur Delaunay fit un signe. Précédé du Frère porte-arbre, le lecteur du dimanche, M. Delcroix s’avança au milieu de la foule et se mit à lire tout haut les préceptes de la Révélation. (Excelsior, 1er juillet 1912)

    Le cortège suit la rue des Tomballes pour aboutir à la rue de Hollogne qu'il descend jusqu'au viaduc où il prend la route qui conduit au cimetière. (in Debouxhtay, p.203)

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

     

     

     

     

     

    M. le Dr A. Delville, qui était bourgmestre en 1912, m’a dit qu’il n’avait pas dû intervenir pour faire enterrer Antoine, il a seulement dû refuser aux antoinistes la permission d’organiser un cortège à travers toute la commune. (in Debouxhtay, p.199).

    A quatre heures, on arrive au cimetière [...] on lit l'Avant-propos de l'Enseignement (in Debouxhtay, p.203)

    Les adeptes s'en viennent tour à tour jeter une pelletée de terre (Unitif août 1912, p.12-13, in Debouxhtay, p.204)

     

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)
    (Archives de Roland AE Collignon)

    Lundi 1er juillet 1912
    Ce matin, avant de partir, j’ai assisté à l’« opération » du lundi. Tandis qu’au-dessous d’elle le frère Dérégnaucourt, qui lui a succédé dans l’opération du vendredi, et qui, dans l’avenir, est appelé à devenir le grand prêtre, le pape de l’antoinisme, ouvrait le Grand Livre de la Révélation, la « Bonne Mère » s’installa à la tribune et imposa les mains. (Excelsior, 2 juillet 1912)

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

    L’œuvre d’Antoine ne sera pas arrêtée par sa mort. Au temple, son corps a été exposé, l’affiche suivante a été apposée disant que « le conseil d’administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd’hui mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu’elle suivra toujours son exemple. Il n’y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous, Mère montera la tribune pour les opérations générales les quatre premiers 1 jours de la semaine à dix heures. » (L'impartial, vendredi 28 juin 1912)

  • Antoine le guérisseur (L'Indépendance luxembourgeoise, 27 juin 1912)(eluxemburgensia.lu)

                                               «Antoine le guérisseur»
        Louis Antoine, dit «Antoine le guérisseur», vient de mourir à Jemeppe, près de Namur.
        Après un long séjour en Russie, il était, en 1903, revenu à Jemeppe et y avait fait construire un temple, qui devint par la suite un lieu de pèlerinage, car, à en croire les habitants de l'endroit, Antoine y accomplissait de nombreuses guérisons.
        L'an dernier, une pétition couverte de milliers de signatures fut remise au Parlement belge, demandant la reconnaissance officielle du «culte antoiniste», qui compte des adeptes en Belgique, en Allemagne et en France.

    L'Indépendance luxembourgeoise, 27 juin 1912 (source : eluxemburgensia.lu)


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  • Antoine le Guérisseur serait mourant (Le Peuple, 25 juin 1912)(Belgicapress)Antoine le Guérisseur
                            serait mourant

        Lundi matin, les allées et venues des antoinistes, à Jemeppe, avaient excité l'attention et le bruit courut aussitôt que Louis Antoine, dit le Guérisseur, se trouvait à l'article de la mort.
        Depuis quelques jours, la santé d'Antoine est devenue précaire et lundi matin un incident inattendu a encore accru les craintes de son entourage.
        Vers 10 h. 30, comme il se trouvait dans son temple, il s'affaissa subitement, frappé d'apoplexie.
        On dut le transporter chez lui où il reprit peu à peu ses sens.
        Sur ces entrefaites, un grand nombre de ses disciples, vêtus de soutanelles d'une coupe spéciale et coiffés d'immenses chapeaux dont la caractéristique est la laideur, parmi lesquels un professeur d'athénée, étaient accourus.
        Antoine alors proféra : « Demain quelque chose de sérieux se produira ». Puis il ajouta une voix sourde : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux ».
        Tous les antoinistes sont consternés.
        Une fois le saint homme disparu, que deviendra la communauté ?
        Antoine on le sait, a tardé beaucoup avant de faire « sa » révélation.
        Cet étonnant fondateur de culte fut pendant nombre d'années occupé à la division des forges et martelage de la société Cockerill. Il fut ensuite encaisseur à la Société anonyme des tôleries liégeoises. Puis il s'occupa d'assurances. On le dit propriétaire des maisons ouvrières qui entourent son temple. D'aucuns estiment sa fortune à 80,000 francs.
        Quoi qu'il en soit, Antoine le Guérisseur a toujours vécu modestement.

    Le Peuple, 25 juin 1912 (source : Belgicapress)


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  • ''Anton der Heiler'' gestorben (Luxemburger Bürger=Zeitung, 2. Juli 1912)(eluxemburgensia.lu)

        „Anton der Heiler“ gestorben. Brüssel, 27. Juni. In Jemappe, unweit Lüttich, ist im Alter von 66 Jahren ein Wunderdoktor u. Prophet, „Anton der Heiler“, gestorben. Dieser Mann war ehemals in Rußland als Arbeiter beschäftigt; er kam im Jahre 1895 nach Belgien zurück und gründete eine Kolonie von Schwärmern, denen er einen vereinfachten Katholizismus predigte. Offenbar stand er unter dem Einfluß der Tolstoischen Theorien. Er nannte seine Religion Antoinismus. Seine Anhängerzahl soll sich auf 100 000 belaufen haben, die im vorigen Jahre an die belgische Kammer eine Petition richteten und um staatliche Anerkennung ihrer Religion ersuchten. „Anton der Heiler“ hatte sich einen Tempel errichtet und dort führte er Wunderkuren aus. Er kam verschiedene Male mit dem Strafrecht in Konflikt, wurde aber nur einmal zu einer geringen Geldstrafe verurteilt. Sein Einfluß war ein großer. Er hat jetzt bestimmt, daß seine Frau sein Werk weiterführen soll.

    Luxemburger Bürger=Zeitung, 2. Juli 1912 (source : eluxemburgensia.lu)

     

    Traduction :

        Mort d'« Antoine le guérisseur ». Bruxelles, le 27 juin. Un thaumaturge et prophète, « Antoine le guérisseur », est mort à Jemappe, non loin de Liège, à l'âge de 66 ans. Cet homme avait été employé comme ouvrier en Russie ; il revint en Belgique en 1895 et fonda une colonie d'enthousiastes auxquels il prêchait un catholicisme simplifié. Il était apparemment influencé par les théories de Tolstoï. Il a appelé sa religion l'antoinisme. Ses adeptes seraient au nombre de 100 000 et auraient adressé l'année précédente une pétition à la Chambre belge pour demander la reconnaissance de leur religion par l'Etat. « Antoine le guérisseur » s'était construit un temple où il pratiquait des cures miraculeuses. Il eut plusieurs fois des démêlés avec la justice pénale, mais ne fut condamné qu'une seule fois à une légère amende. Son influence était grande. Il a maintenant décidé que sa femme poursuivrait son œuvre.

    Luxemburger Bürger=Zeitung, 2 juillet 1912


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  • Antoine le Guérisseur est mort (Courrier de l'Escaut, 27 juin 1912)(Belgicapress)

                                                                            Antoine le Guérisseur
    est mort. Né à Flémalle-Grande en juin 1846, il avait donc 66 ans et s'était établi, voilà une vingtaine d'années en cette localité de Jemeppe où il avait fait élever ce temple où il officiait gravement. On sait qu'il avait changé son ancien métier d'armurier contre celui de grand prêtre de la « religion antoiniste » et qu'il est parvenu à se faire nombre d'adeptes dans le peuple qui le qualifiait de guérisseur parce qu'il lui attribuait des cures, résultat de prières et d'imposition de mains sur le malade. Poursuivi deux fois pour exercice illégal de la médecine, il fut acquitté une fois, condamné à l'amende une autre fois.

    Courrier de l'Escaut, 27 juin 1912 (source : Belgicapress)


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  • Mort d'Antoine le Guérisseur (Journal de Genève, 28 juin 1912)

    Mort d'Antoine le Guérisseur

        Un homme de Wallonie, un petit bourgeois, presque du peuple, est mort mardi, qui avait acquis non seulement en Belgique même mais un peu partout où il y avait des malades et des désespérés, une célébrité et un crédit exceptionnels ; c'est, dit le Temps, celui qu'on appelait Antoine le Guérisseur. Il n'avait fait rien de moins que de fonder une religion, une espèce de variété de christianisme mélangé de théosophie. Il guérissait par la prière et l'imposition des mains, à la manière des christian scientists d'Angleterre et d'Amérique.
        Peu à peu les malades de l'âme comme du corps, les incurables, les déséquilibrés, les névropathes, tous ceux que les médecins avaient abandonnés, avaient appris le chemin du petit pays de Jemmappes où Antoine avait son temple et tenait ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmappes comme les foules de Lourdes et les « antoinistes » recrutés parmi les inquiets d'un culte nouveau et augmentés des guéris reconnaissants, formaient une communauté éparse en divers lieux, mais fort nombreuse.
        Depuis mardi le prophète et guérisseur belge n'est plus.
        Il y a quelque jours, la santé d'Antoine était devenue précaire et lundi matin un incident inattendu a encore accru les craintes de son entourage. Vers, dix heures trente, comme il se trouvait dans son temple, il s'affaissa subitement, frappé d'apoplexie. On dut le transporter chez lui, où il reprit peu à peu ses sens. Sur ces entrefaites, un grand nombre de ses disciples, vêtus de soutanelles d'une coupe spéciale et coiffés d'immenses chapeaux, étaient accourus auprès du lit de leur maître. Antoine alors proféra : « Demain quelque chose de sérieux se produira. » Puis il ajouta d'une voix sourde : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux. »
        Antoine avait tardé beaucoup avant de faire sa révélation et de se déclarer l'homme de Dieu. Pendant nombre d'années, il était un homme comme un autre, un simple employé à la division des forges et martelage de la société Cockerill. Il fut ensuite encaisseur à la Société anonyme des tôleries liégeoises. Puis il s'occupa d'assurances. Enfin vinrent la grâce, l'action publique, les prédications publiques. Antoine était alors déjà dans l'âge mûr.
        Au temple où il prêchait, Antoine avait adjoint une imprimerie et publiait chaque semaine un journal populaire qui tirait à plus de 20.000 exemplaires et répandait les doctrines de l'apôtre.
        Il y a quelques mois, les antoinistes de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition demandant que la religion nouvelle fut reconnue par l'Etat. La pétition des fidèles du culte antoiniste portait cent mille signatures.
        L'œuvre d'Antoine ne sera pas arrêtée par sa mort. Au temple, où son corps est exposé, l'affiche suivante a été apposée :

    CULTE ANTOINISTE

               Frère,
        Le conseil d'administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui mardi 25 juin. Avant de quitter son corps, il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous, Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine, à dix heures.
        L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain 30 juin, à trois heures.
                                             Le conseil d'administration.

    Journal de Genève, 28 juin 1912


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  • Antoine le Guérisseur serait à la mort (La Meuse, 24 juin 1912)(Belgicapress)

        ANTOINE LE GUERISSEUR SERAIT A LA MORT. – Il y a eu, ce matin, à Jemeppe, un moment de gros émoi. Des quatre coins du village, on affirmait la mort de M. Louis Antoine, surnommé Antoine le guérisseur. D'autres, plus prudents, disaient que son état de santé venait de devenir subitement très inquiétant pour ceux de son entourage. Renseignements pris, voici ce qui en est : Effectivement l'état de M. Antoine est considéré comme désespéré ce matin, vers 10 heures, il avait encore pris possession de sa tribune, mais là il se borna à faire quelques gestes sans pouvoir prononcer une parole. Une demi-heure après, il s'affaissa, frappé par une attaque d'apoplexie. Alors, ce fut un va-et-vient continuel d'Antoinistes, venant de toutes les directions et se rendant au temple. Là reposait dans un fauteuil l'homme dont la réputation est devenue universelle.
        Il fit cette déclaration : « Il va se produire un grand événement » et, faisant allusion À sa mort prochaine, il manifesta le désir que sa femme lui succédât dans son enseignement religieux.

    La Meuse, 24 juin 1912 (source : Belgicapress)


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  • Un guérisseur (Le progrès médical, 1912, p.349)

    BULLETIN DU PROGRÈS MÉDICAL

    Un guérisseur.

        Un singulier personnage vient de mourir. On l'appelait Antoine le guérisseur ou encore Antoine le généreux. Ancien ouvrier lamineur, dénué de culture, mais doué d'une extraordinaire puissance psychique, il prétendait posséder le pouvoir de soulager ses semblables ; il les délivrait de leurs maux physiques et leur restituait le bien-être. D'innombrables témoignages attestent les cures qu'il opérait ainsi, sans remède, par la seule vertu de sa présence et de sa volonté. Chaque jour des centaines de malades accouraient vers lui : les aveugles voyaient, les paralytiques marchaient. « C'est la foi qui opère », disait-il, sérieusement ou ironiquement, je ne sais ; se souvenant de son métier d'autrefois il ajoutait : « Le feu de la forge rend le fer malléable, et alors l'homme en fait ce qu'il désire. Notre âme est un peu ainsi ». Les syndicats médicaux lui intentèrent un procès pour exercice illégal de la médecine. Bien entendu, les tribunaux l'acquittèrent sous prétexte qu'il ne tirait aucun salaire de ses soins. Alors il fonda une sorte de religion « l'Antoinisme » dont les adeptes se répandirent dans toutes les parties de l'univers.
        Un admirateur passionné consacra 100.000 francs à lui bâtir un temple à Jemmapes. Une pétition couverte de 130.000 signatures et adressée au gouvernement belge demanda que « l'Antoinisme » fût officiellement reconnu. Le nouveau culte recruta un peu partout ses fidèles ; des groupes se formèrent à Paris, à Tours, à Vichy, à Lyon, à Nice, à Grenoble.
        Antoine avait fondé des organes qui propageaient sa doctrine. L'Unitif portait partout la bonne parole. « Vous ne pouvez faire de la morale à personne, y disait-il ; ce serait prouver que nous ne faites pas bien, car elle ne s'enseigne pas par la parole, mais par l'exemple... Tachez de vous persuader que la moindre souffrance est due à votre intelligence qui veut toujours plus posséder : elle se fait un piédestal de la clémence, en prétendant que tout lui soit subordonné ». Ce langage, de par son obscurité même, séduisait et attirait les cœurs simples.
        Le cas n'est pas nouveau. De tout temps il a existé des guérisseurs de l'espèce d'Antoine. Il y en avait aux Indes, en Grèce, à Rome, chez les Gaulois, plus tard au moyen-âge, dans les villes et dans les campagnes où ils se livraient à leurs pratiques suspectes. Parfois on les tolérait ; souvent convaincus de sorcellerie, condamnés par l'Eglise, ils périssaient de la main du bourreau. Mais ces persécutions ne les décourageaient pas. Ils renaissaient de leurs cendres. Leur race est indestructible. Elle résiste aux progrès de la science, à l'évolution des meurs, au développement de l'esprit d'analyse et d'examen. Hier, Antoine avait des émules en la personne du célèbre zouave Jacob, qui jouit, pendant un demi-siècle, d'une réputation mondiale ; en la personne du non moins fameux Philippe, que le tsar manda à St-Pétersbourg afin de le consulter sur la santé de l'impératrice et qui revint chargé de présents et d'honneurs. La liste pourrait s'allonger indéfiniment. Plus que jamais aujourd'hui, les voyants, les apôtres de l'occultisme, pullulent. Balzac annonce quelque part que le début du vingtième siècle doit être marqué par une recrudescence de la magie. Sa prédiction s'accomplit. La France compte aujourd'hui plus de dix mille devins et devineresses répartis dans les différents quartiers les plus aristocratiques, les plus populeux, tout le monde veut faire lire son avenir dans le blanc d'œuf ou dans le marc de café. Tout le monde croit au don spécial qui, déjà du temps de Tiresias, se nommait la double vue. Faut-il en conclure avec Renan que seule la bêtise humaine peut nous donner une idée de l'infini ? Ce serait peut-être la réflexion de circonstance, mais elle serait pour le moins parfaitement inutile.             Paul MAURY.

    Le progrès médical, 1912, p.349


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  • Le Père est mort (Gazette de Charleroi, 27 juin 1912)(Belgicapress)Le Père est mort

        « Le Père est mort ! » C'est ainsi que les proches d'Antoine le Guérisseur ont annoncé, mardi matin, au monde, la fin de l'étrange et doux vieillard de Jemeppe.
        La mort d'Antoine était prévue, depuis quelques jours. L'apôtre avait, au moment d'un prêche, dans son temple, été pris d'une syncope et avait dû s'aliter. On annonça qu'il avait été frappé d'apoplexie : mais les collaborateurs d'Antoine assurent que celui-ci succomba au surmenage.
        Antoine Louis était un petit homme, d'allure paysanne, aux bons yeux vifs et intelligents. Il avait gardé jusqu'en ces dernières années, des allures simples, distribuant ses conseils sans aucune des manies chères aux inspirés. C'était un sage qui vivait sagement, dédaigneux de sa gloire.
        Cependant celle-ci le troubla quelque peu, récemment. Le développement subit de l'Antoinisme, en France, en Angleterre, dans les pays du Nord, eut alors sur le guérisseur une influence qui se manifesta par une certaine recherche dans le costume d'Antoine qui se vêtit d'une lévite noire et se laissa croître une chevelure et une barbe de mage. Il vivait en reclus, se promenant dans le jardin de sa maison, dictant ses réflexions à un secrétaire. Longtemps il s'était refusé aux interviews, recevant les savants, les écrivains, les journalistes attirés par sa renommée, tout comme les autres personnes qui avaient recours à son pouvoir. Mais depuis qu'à Paris et en Angleterre, ses adeptes avaient créé, eux-mêmes, des groupements, il avait, peut-être, compris la nécessité de rester le chef ; il permit ainsi à d'indiscrets photographes et à des reporters de l'approcher.
        Quoi qu'il en soit. Antoine n'eut jamais, dans une vie qui fut celle d'un brave homme généreux et désintéressé, des manies de charlatan ou de rebouteux campagnard. C'était un apôtre, il avait combiné une doctrine et passa toute son existence à la divulguer.
        Antoine Louis était né à Mons-Crotteux en juin 1846. Ses parents étaient de petits cultivateurs très estimés. Il avait fréquenté la petite école du village, mais savait à peine lire quand il dut aller travailler aux machines du charbonnage. Soldat en 1869, il dut se rendre, l'année suivante, à la frontière. Là, un pénible accident auquel le mêla le hasard, devait influer considérablement sur son caractère. Au cours d'une manœuvre, un coup de feu frappa un soldat qui fut tué. On chercha qui avait tiré, Antoine Louis se présenta, son fusil était parti seul. Il n'y eut aucune suite judiciaire, Antoine étant un excellent soldat connu pour sa douceur et pour son intelligence. Cependant le souvenir de cet accident le poursuivit longtemps.
        Antoine revint à Mons-Crotteux, puis fut machiniste au puits d'extraction d'un charbonnage de Flémalle. Il épousa Jeanne Collon, de Bois-de-Mont-Jemeppe, et partit pour l'Allemagne aux usines belges Pastor à Stolberg. Quatre ans plus tard, rentré à Jemeppe, il acheta un cheval et se fit marchand de légumes. Son commerce ne marchait guère ; Antoine signa un nouvel engagement avec les mines Pastor et fut chef marteleur à Praga, près de Varsovie.
        Là, sa femme tint une pension qui fit fortune.
        A Varsovie, Antoine rencontra quelques illuminés, ouvriers comme lui, qui discutaient de lourdes idées religieuses et économiques.
        Avant de partir, il avait pris le goût de la lecture d'ouvrages scientifiques ; c'était un admirateur des méthodes de Raspail et de la médecine par le camphre ; ce qui lui donnait déjà une réputation de guérisseur habile.
        A Varsovie, Antoine assista à une émeute dont la répression fut terrible ; on accrochait des icônes aux fenêtres pour se sauver de la fureur des soldats ; on pendit des hommes sur les places publiques.
        Ces événements dont il fut témoin, épouvantèrent Antoine et l'amenèrent à de nouvelles idées de réformation de la société par la bonté ; l'influence des idéalistes slaves se manifestait ainsi chez le calme paysan wallon.
        Puis ce fut le retour au pays. Antoine fut agent d'assurance et représenta l'« Union de Paris ». Il se lia, à Seraing, avec Gustave Gony qui était alors menuisier et tous deux se rendirent à Tilleur dans un petit café très honorablement estimé dont le patron, M. Ghaye, était spirite. Là on interrogeait les esprits et on avait pour guide d'au-delà tantôt le cure d'Ars, tantôt Victor Hugo lui-même.
        Antoine était le richard de ce petit cercle, il acheta des livres, forma une petite bibliothèque spirite, réunit les adeptes dans une de ses maisons de Jemeppe – car Antoine était propriétaire de trois immeubles – et de là sortit le groupe des Vignerons du Seigneur.
        M. Gony fonda un petit journal, « Le Tombeau », qui vécut un an, et soutint une polémique ardente avec le pasteur évangéliste de Lize-Seraing, polémique qui se termina par une conférence contradictoire au local de la Fanfare de Jemeppe. L'ami d'Antoine était un spirite militant ; il ne parvint cependant pas à convertir M. Smeets, qui était magasinier à la Coopérative de Jemeppe. Gustave Gony se jeta alors dans la bataille politique et oublia les esprits.
        Pendant ce temps, Antoine après avoir été concierge aux Forges et Tôleries liégeoises à présent transportées à Jupille, après avoir été encaisseur, abandonna ces occupations pour se consacrer entièrement à sa destinée qui lui apparut bien déterminée. Antoine qui avait toujours été porté à la compassion et s'était toujours dépensé à la guérison des malheureux, considéra cette forme du caractère comme une obligation venue de Dieu. Dès lors, il crut que tous les intermédiaires, remèdes, gestes rituéliques, massages, dont il s'était servi jusqu'ici pour guérir, étaient inutiles. Il se souvint d'un homme qui, lui avait-on dit en Russie, soulageait les malades par la seule force de la volonté. Antoine essaya et réussit ; il avait enfin trouvé sa voie.
        Un fils unique, âgé de 20 ans, lui fut enlevé par la phlébite, Antoine ne pleura pas et son attitude émut le peuple de Jemeppe qui déjà le vénérait comme un médecin des pauvres et un cœur charitable.
        Antoine fut, en effet, un homme de bien qui ne tira jamais de son pouvoir et de sa renommée un profit matériel. En cachette, sa femme alla souvent porter des aliments à des miséreux, et Antoine voulut, à la mort de son fils, avoir, en dépit du sort, une famille ; il adopta deux petites orphelines.
        On sait la gloire du guérisseur de Jemeppe. Une Parisienne qu'il guérit, donna 20 000 francs pour la construction d'un temple. D'autres dons venus de tous les coins de l'Europe soutinrent la revue L'Auréole de la Conscience.
        Partout les admirateurs du Père formèrent des milieux d'où la religion d'Antoine se répandit. La grande presse aida à cette renommée et, il y a deux ans, cent mille fidèles belges demandaient, par une pétition au Roi et aux Chambres, la reconnaissance par une loi du culte antoiniste.
        Ce culte a ses cérémonies, ou tout au moins ses séances publiques, il a ses publications sous forme de circulaires et de brochures et une imprimerie est jointe au temple. Antoine était entouré d'actifs collaborateurs ; on cite parmi ceux-ci un professeur d'Athénée, une dame française venue lu Midi, après guérison d'un mal grave.
        La Révélation d'Antoine-le-Guérisseur s'exprime par un mot : l'amour du prochain, mais il ne s'explique que par de longues analyses d'une lecture assez pénible. En voici cependant un résumé fait par les Antoinistes eux-mêmes :
        « L'enseignement d'Antoine le guérisseur a pour base l'amour ; il démontre la loi morale, la conscience de l'humanité ; il rappelle à l'homme les devoirs qu'il a à remplir envers ses semblables ; fût-il arriéré même jusqu'à ne pouvoir le comprendre, il pourra, au contact de ceux qui le répandent, se pénétrer de l'amour qui en découle ; celui-ci lui inspirera de meilleures intentions, et fera germer en lui des sentiments plus nobles.
        « La vraie religion, dit le guérisseur, est l'expression de l'amour pur puisé au sein de Dieu, qui nous fait aimer tout le monde indistinctement. Ne perdons jamais de vue la loi morale car c'est par elle que nous pressentons la nécessité de nous améliorer. Nous ne sommes pas arrivés tous au même degré de développement intellectuel et moral et Dieu place toujours les faibles sur notre chemin pour nous donner l'occasion de nous rapprocher de Lui. Il se trouve parmi nous des êtres qui sont dépourvus de toute faculté et qui ont besoin de notre appui ; le devoir nous impose de leur venir en aide dans la mesure où nous croyons en un Dieu bon et miséricordieux. Leur développement ne leur permet pas de pratiquer une religion dont les enseignements sont au-dessus de la portée de leur compréhension, mais notre manière d'agir à leur égard les rappellera au respect qui lui est dû et les amènera à chercher le milieu le plus avantageux à leur progrès. Si nous voulons les attirer à nous, par une morale qui repose sur des lois inaccessibles à leur entendement, nous les troublerons, nous les démoraliserons et la moindre morale leur deviendra insupportable : ils finiront par ne plus rien comprendre ; doutant de la religion, alors ils recourront au matérialisme.
        « Voilà la raison pour laquelle notre humanité perd tous les jours de sa croyance en Dieu en faveur de la matière. Antoine le guérisseur a révélé qu'il était autrefois aussi rare de rencontrer un matérialiste qu'aujourd'hui, un vrai croyant.
        « Aussi longtemps que nous ignorerons la loi morale, par laquelle nous devons nous diriger, nous la transgresserons.
        « L'enseignement d'Antoine le Guérisseur raisonne cette loi morale, inspiratrice de tous les cœurs dévoués à régénérer l'humanité ; il n'intéresse pas seulement ceux qui ont foi en Dieu, mais tous les hommes indistinctement, croyants et non-croyants, à quelque échelon que l'on appartienne. Ne croyez pas qu'Antoine le Guérisseur demande l'établissement d'une religion qui restreigne ses adeptes dans un cercle, les obligeant à pratiquer sa doctrine, à observer certain rite, à suivre une opinion quelconque, à quitter leur religion pour venir à lui. Non, il n'en est pas ainsi : nous instruisons ceux qui s'adressent à nous de ce que nous avons compris de l'enseignement du Guérisseur et les exhortons à la pratique sincère de leur religion, afin qu'ils puissent acquérir les éléments moraux en rapport avec leur compréhension. Nous savons que la croyance ne peut être basée que sur l'amour ; mais nous devons toujours nous efforcer d'aimer et non de nous faire aimer, car ceci est le plus grand des fléaux. Quand on sera pénétré de l'enseignement d'Antoine le Guérisseur, il n'y aura plus de dissension entre les religions parce qu'il n'y aura plus d'indifférence, nous nous aimerons tous parce que nous aurons enfin compris la loi du progrès, nous aurons les mêmes égards pour toutes les religions et même pour l'incroyance, persuadés que nul ne peut nous faire aucun mal et que, si nous voulons convertir nos semblables, nous devons leur démontrer que nous sommes dans la vraie religion en respectant la leur et en leur voulant du bien. Nous serons alors convaincus que l'amour nait de la vraie foi qui est la vérité ; mais nous ne la posséderons que lorsque nous ne prétendrons pas l'avoir. »
        Chaque jour des centaines de croyants venaient consulter le Père. Chaque matin, aussi, des paquets de lettres et de télégrammes parvenaient au temple, car Antoine guérissait à distance.
        Mais Antoine continuera son œuvre. Au temple, où son corps est exposé, une affiche dont le texte a été reproduit dans une circulaire publiée hier soir, annonce ainsi la mort du guérisseur :
                              CULTE ANTOINISTE
                    Frère,
        Le Conseil d'administration du Culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui, mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps, il a tenu revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère Le remplacera dans sa mission, qu'Elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous, Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures.
        L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain 30 juin, à 3 heures.
                            Le Conseil d'administration.

    Gazette de Charleroi, 27 juin 1912 (source : Belgicapress)


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  • La mort de M. Antoine, dit le Guérisseur (Le Patriote, 30 juin 1912)(Belgicapress)

    La mort de M. Antoine,
                                 dit le Guérisseur.

        On nous écrit, jeudi soir :
        Nous nous sommes rendus à Jemeppe, la grande localité industrielle qui s'étend le long de la Meuse entre le fleuve et la montagne vis-à-vis de Seraing. Une grande animation y régnait. Tous les trams venant de Liége arrivaient bondés et la circulation augmentait sans cesse dès qu'on approchait de la station qui se trouve sur la ligne de Liége à Huy. C'est au delà de la gare et du passage à niveau que se trouve le temple antoiniste, ou le Père, pour employer l'expression courante là-bas, est exposé. Tout le long du chemin, des camelots vendent des cartes postales illustrées représentant M. Antoine en buste.
        Il a absolument la tête d'un pope et c'est évidemment son séjour en Russie – nous le signalerons tantôt – qui lui aura donné l'idée de se ménager cet extérieur. Les cheveux longs, un peu ondulés, blanchissent assez fortement, séparés au milieu de la tête par une raie et tombant sur les épaules. La barbe, les moustaches cachent complètement le bas du visage. La barbe est taillée en gros favoris que relient les poils du menton. Elle ne pend pas sur la poitrine et est coupée en carré à la ligne des épaules. Il porte une soutanelle étroitement fermée jusqu'au cou par une rangée de petits boutons.
        Mais la foule au milieu de laquelle circulent une nuée d'estropiés et de mendiants, hommes et femmes se pressent autour du temple englobé au milieu de petites habitations proprettes qui sont la propriété du défunt. Le temple a l'architecture d'une chapelle, avec un clocheton terminé par un paratonnerre. On entre par une porte donnant sur une ruelle montante. Très haut, encastrée dans la muraille de briques, une pierre bleue portant ces mots : « 1905. Les Vignerons du Seigneur ». Les Vignerons du Seigneur était le titre que portait la société spirite, fondée par M. Antoine à ses débuts.
        Il faut attendre son tour, on ne laisse pénétrer que par groupes. Le public est surtout composé de curieux. Un assez grand nombre de femmes sont vêtues de deuil ; il faut noter qu'il est de tradition dans le pays que lorsque l'on va voir un mort, on s'habille autant que possible en noir.
        Nous pénétrons enfin. L'intérieur ressemble à une sorte de grand hall. Il est éclaire au fond et vers la façade par des fenêtres en ogive et sur les côtés par des panneaux de verre mat au milieu desquels se détache une espèce de roue aux rayons de couleurs différentes. De trois côtés à hauteur d'un premier étage, courent des galeries où des chaises sont empilées. Tout le long des murs : des porte-manteaux. Au fond de l'édifice, la tribune constituée par une galerie aussi, a mais plus basse et à claire voie qui communique avec les appartements de M. Antoine d'où il sortait car il ne mettait pas le pied sur le pavé du temple. Au milieu de cette galerie pend un écusson noir où brille un arbre en métal argenté portant au milieu des branches les mots : « culte antoiniste » et en-dessous cette inscription : « L'arbre de la science de la vue du mal ». (sic)
        Derrière la galerie-tribune, un immense tableau noir, annonçant qu'il y a séance tous Les dimanches à 10 heures et relatant quelques considérations d'ordre moral. De la voûte tombent des lampes électriques.
        C'est au milieu de ce froid décor que repose le corps. Il est étendu sur une chaise longue drapée de noir et un léger voile le recouvre. Il est revêtu de sa soutanelle. La figure est cireuse, les joues un peu creusées et c'est le dernier jour où l'on pourra le voir paraît-il, car la décomposition se fait sentir. Les bras sont placés le long du corps et les mains longues, presque bleues déjà, reposent ouvertes sur les genoux. Les pieds sont chaussés et montrent la semelle des souliers.
        Autour et par gradation, quelques lauriers en boule. Pas un cierge, pas une fleur. Devant le corps, un guéridon avec un plateau où de rares personnes déposent leur carte. Des adeptes – des étrangers – dans le costume spécial des Antoinistes, la longue redingote noire fermée jusqu'au menton par la rangée des petits boutons, veillent debout le cadavre, avec quelques dames portant le grand deuil, moins le voile.
        La foule stationne quelques instants. Il y a des femmes d'ouvriers portant des jeunes enfants qui se mettent à pleurer. C'est alors un moment de désarroi et un subalterne vêtu comme un domestique de grande maison, cravate blanche, frac de drap bleu avec grands boutons de métal, intervient.
        Nous sortons par la porte de la façade principale s'ouvrant sur une autre rue. Dans le temple même, une fontaine avec trois gobelets d'étain retenus par une chaînette appelle encore notre attention. Plusieurs visiteurs y sont occupés. Nous lisons sur une plaque d'émail cet avis : « Cette fontaine n'a d'autre destination que de désaltérer ceux qui viennent dans ce temple. En faire un autre usage est un manque de foi qui porterait plutôt obstacle à la guérison. Votre foi en l'opération du Père, seule, vous guérira ».
        M. Antoine, en tant que « guérisseur », avait eu quelques mésaventures au tribunal de Liége, à propos de l'exercice illégal de l'art de la médecine, il était devenu prudent.
        Enfin nous sommes dehors. La façade du temple est quelconque de ce côté. Un grand pignon de pierres sur lequel s'ouvrent à droite et à gauche de la porte et au-dessus trois étroites fenêtres ogivales et deux lucarnes. En-dessous de la corniche les mots : « Culte Antoiniste ».
        Nous nous rendons alors, au coin des deux rues, au bureau du culte où nous sommes reçus par des dames adeptes. C'est un bureau ordinaire, meublé de chêne et qui semble bien organisé. Il y a machine à écrire, étalage de brochures. On nous présente l'enseignement révélé par « Antoine le généreux », car c'est ce nom que les adeptes du défunt lui donnèrent à dater du jour où il leur dit qu'il leur transmettrait son pouvoir. Il a jugé mieux de leurs préférer sa femme. Le volume coûte 2 fr. 50.
        On nous dit les derniers moments. Lundi matin, M. Antoine se sentait très faible. Il voulut néanmoins paraître, mais il ne sut pas étendre les bras et c'est Mme Antoine qui dut le remplacer. Il s'est « désincarné », dans la nuit. Ce mot dans la langue antoiniste veut dire mourir.
        Il avait 66 ans. Antoine était son nom et Louis son prénom. C'était un ouvrier, né à Mons-Crotteux, un village des environs, de parents pauvres. Il était le cadet de sa famille qui comptait 11 enfants. II débuta à 12 ans dans la mine, accompagnant son père et un frère qui étaient également mineurs. Ne voulant plus descendre dans la fosse, il devint ouvrier métallurgiste.
        A 24 ans, il quitta la Belgique pour aller travailler en Allemagne où il séjourna pendant 5 ans. Deux ans plus tard, il va en Russie, non loin de Varsovie et y accomplit un nouveau terme de 5 années, puis il s'installa définitivement en Belgique, à Jemeppe. Dans l'intervalle de son séjour en Allemagne, il était revenu au pays pour se marier. Il eut un fils qui mourut à l'âge de 20 ans. Pendant leur séjour à l'étranger les époux Antoine avaient amassé une petite fortune qu'ils convertirent en partie en immeubles.
        M. Antoine a toujours vécu très simplement et très sobrement. Il était végétarien et ne prenait ni viande, ni œufs, ni beurre, ni lait, rien qui provint de l'animal.
        Il professa la religion catholique jusqu'à l'âge de 42 ans, puis il s'appliqua à la pratique du spiritisme et continua jusqu'en 1906, date à laquelle il créa « le nouveau spiritualisme ».
        M. Antoine savait à peine lire et écrire. Nous eussions voulu rencontrer Mme Antoine, mais notre demande souleva des hésitations et nous n'insistâmes pas.
       – Ce n'est pas qu'elle soit si affectée, nous dit-on, elle comprend sa mission, mais...
        Mme Antoine a six ans de moins que son mari. Elle a les cheveux blancs. Sa figure, autant que nous ayons pu en juger par un portrait, est intelligente. Elle porte naturellement l'uniforme antoiniste : une sorte de long peignoir avec manches largement évasées et sur les cheveux un bonnet en crêpe tuyauté.
        Nous avons dit que M. Antoine débuta dans sa carrière de « guérisseur » par le spiritisme. Il fonda à Jemeppe le cercle des « Vignerons du Seigneur » dont l'inscription reste encastrée dans le mur extérieur de son temple. Mais il se fatigua bientôt de causer avec les morts et annonça par prospectus qu'on trouverait chez lui, le soulagement de toutes les afflictions morales et physiques. Il renonça aux évocations et se fit excommunier par les véritables spirites.
        Les clients ne manquèrent pas, mais s'étant aperçu que pour attirer la confiance il fallait droguer, il porta son dévolu sur une spécialité pharmaceutique qui si elle ne faisait pas de bien ne pouvait faire de mal et délivra des prescriptions fixant la dose à prendre suivant les individus. La justice intervint et le « guérisseur » fut condamné à deux fois 26 francs d'amende.
        Il abandonna la spécialité en question et fit annoncer qu'il avait le pouvoir de magnétiser l'eau qu'on lui apportait. De tous côtés, on accourut chez lui avec flacons et bouteilles, dans lesquelles il envoyait avec force gesticulations une soi-disant charge de fluide qui devait amener la guérison de toutes les maladies.
        Mais à tous ces exercices, M. Antoine se fatiguait. Il distribua alors des petits papiers qui avaient prétendument la propriété de magnétiser un verre d'eau. On les emportait et l'opération se faisait à domicile.
        Entretemps, le « guérisseur », avait élaboré une théorie vague de la Foi et des fluides. Le nouveau culte cherchait à se lancer. M. Antoine distinguait les bons et les mauvais fluides et maniait les bons pour guérir les personnes qui avaient la foi, foi en ses théories nouvelles bien entendu. Il fit alors l'imposition des mains, ce qu'on a appelé des passes individuelles. Les séances dominicales sont fondées et des disciples s'amènent.
        Cela devient encore une fois, trop fatiguant. M. Antoine avait construit son temple et il trouva les passes collectives, C'était la dernière manière et voici comment un assistant raconte la scène.
        C'est dimanche. Il est 10 heures. Les fidèles et les curieux occupent les bancs du temple, face à la tribune. Au pied de celle-ci assis à une table, se trouve un adepte. Il se lève :
        – Notre bon Père va venir. Avant d'opérer, il se recueille dans la prière. Respectez ce moment solennel. Ranimez votre foi, car tous ceux qui ont de la foi seront guéris ou soulagés. »
        Une porte s'ouvre sur le palier où se trouve la tribune. M. Antoine sort de ses appartements, l'air inspiré ; son regard est perdu dans l'au-delà. Il élève majestueusement les mains, étend les bras, remue les doigts pour laisser écouler sur l'assistance, tout le fluide qu'il a emmagasiné. Il ferme les yeux et rentre lentement sans avoir prononcé une parole.
        L'adepte se lève de nouveau :
        – L'opération est terminée. Les personnes qui ont la foi sont guéries ou soulagées. »
        La séance est finie et l'on fait entrer d'autres spectateurs pour la réédition de la même cérémonie (à la ligne). Comment expliquer l'affluence !
        Des malades qui se sont adressés inutilement aux médecins et auxquels le moindre espoir fait tenter l'expérience !
        Une réclame intensive qui s'étend aux villes d'eaux étrangères où l'on va chercher à recouvrer la santé !
        La presse antireligieuse raillant Lourdes mais vantant les prétendues guérisons du spirite jemeppois.
        Les médecins sont écartés du lit des Antoinistes. Consulter un médecin est pour eux, un manque de foi. Combien de fois cette crédulité a-t-elle entrainé la mort.
        La doctrine antoiniste est un tissu d'incohérences, de contradictions, de divagations, etc. Il n'y a pour lui aucune différence entre le bien et le mal. « Ne croyons pas en Dieu, dit-il, dans un chapitre de sa révélation, dictée à un sténographe, n'espérons jamais rien de lui, sachons que nous sommes Dieu nous-mêmes ».
        Nous avons quitté cet endroit pris d'une immense pitié pour de telles aberrations. Répétons que la saine population des bords de la Meuse, ne s'est pas laissée prendre dans les filets de l'antoinisme. On nous l'a répété encore tout le long du chemin :
        – Ici, Antoine n'est pas connu. Tous ceux qui vont chez lui ne sont pas du pays. Il aura beaucoup de monde à son enterrement. On annonce des milliers de personnes. Tant mieux, cela fait aller le commerce.
        La semaine prochaine Antoine sera déjà entré dans l'oubli et d'ici à peu de temps, il est probable que l'antoinisme l'y suivra.
        M. Antoine avait fait quelquefois annoncer sa fin prochaine.
        Les malades s'empressaient d'accourir, mais M. Antoine ne mourait pas. Cette fois, il n'a pas informé qu'il allait quitter sérieusement cette terre.
        Un jour un de ses adeptes lui avait demandé :
        – Maître, que deviendront vos disciples quand l'humanité vous aura perdu ?
        M. Antoine répliqua :
        – La mort, c'est la vie, elle ne peut m'éloigner de vous, elle ne m'empêchera pas d'approcher tous ceux qui ont confiance en moi, au contraire.
        Avant de mourir, M. Antoine avait pris ses mesures comme nous l'apprend l'avis de faire part de son décès :
                             Frère,
        Le conseil d'administration du Culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui, mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps Il tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère Le remplacera dans sa mission, qu'Elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé. Le Père sera toujours avec nous. Mère montera à la tribune pour les opérations générales, les quatre premiers jours de la semaine à dix heures.
        L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain 30 juin à 3 heures.

        Comme il est dit, il n'y aura donc rien de changé. M. Antoine mort est remplacé par Mme Antoine.
        M. Antoine était donc peu connu à Jemeppe et dans les environs. Il ne sortait plus depuis plusieurs années et ses adeptes ne se recrutaient pas dans la contrée, mais dans le Centre et le Borinage notamment, à Bruxelles même, où existe dans une rue du quartier Louise, in temple antoiniste, présidé par un officier retraité, en France, en Allemagne et jusqu'en Autriche.

    Le Patriote, 30 juin 1912 (source : Belgicapress)


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  • Funérailles du Père - vers le cimetière (photo FaceBook Pierre Dock, archive Soeur Jeanne, Waremme)

     (photo FaceBook scannée par Pierre Dock, archive de Soeur Jeanne, Temple de Waremme)

    Funérailles du Père - vers le cimetière (photo FaceBook Pierre Dock, archive Soeur Jeanne, Waremme)

    version restaurée

    Funérailles du Père - vers le cimetière (photo FaceBook Pierre Dock, archive Soeur Jeanne, Waremme)

    version restaurée et colorisée par frère Philippe Delorme


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  • Funérailles du Père - les enfants costumés (photo FaceBook Pierre Dock, archive Soeur Jeanne, Waremme)

    (photo FaceBook scannée par Pierre Dock, archive de Soeur Jeanne, Temple de Waremme)


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  • Dans le mystère (La Meuse, 27 juin 1912)(Belgicapress)

    DANS LE MYSTERE

        En des pages merveilleuses, M. Maurice Maeterlinck a étudié l'influence qu'exercent impérieusement sur le moindre de nos actes les forces du mystère. Notre vie est à la merci de puissances ténébreuses que nous devinons ou que nous pressentons, mais qui restent absolument impénétrables. Dans un de ses drames les plus sobrement émouvants, Intérieur, M. Maeterlinck montre d'une façon saisissante comme nous sommes enveloppés par les arrêts impitoyables de volontés occultes. Ainsi toute notre existence est dominée par le mystère et c'est ainsi qu'Antoine le Guérisseur, qui possédait sans doute la clef du Trésor des Humbles, a pu, à notre époque résolument scientifique, jouit d'un prestige incontestable. Il apportait aux esprits que troublent les forces inconnues des consolations, il leur donnait du courage ; il calmait les consciences affolées, il trouvait les paroles simples et touchantes qui s'adressent directement à l'âme.
        Il put passer ainsi une vie exemplaire, toute de droiture, de bonté et de charité, et il fut entouré de la vénération de ses adeptes, qui venaient à lui de toutes les classes de la société.
        Il possédait le don de l'apostolat ; il avait un pouvoir troublant et dans notre temps de scepticisme ce thaumaturge vénéré avait des allures anachroniques qui l'auréolaient d'une atmosphère de légende.
        Antoine le Guérisseur fonda alors une religion et ses adeptes adressèrent aux Chambres une pétition couverte de 160,000 signatures, dont 22,000 étrangères, pour que le culte Antoiniste fut officiellement reconnu.
        Nous avouons que nous préférons le thaumaturge au législateur rituélique.
        Son geste guérisseur avait je ne sais quelle onction souveraine ; il s'accompagnait de bonté et de beauté, et le spectacle de toute une humanité qui accourait auprès de lui chercher du soulagement à ses maux ne manquait ni d'émotion ni de grandeur et indiquait l'éternelle faiblesse de l'homme devant le jeu indifférent des éléments.
        Antoine le Thaumaturge a droit à la reconnaissance de ses semblables, parce qu'il fut bon et qu'autour de lui il répandit de la bonté.

                                                                              Mestré.

    La Meuse, 27 juin 1912 (source : Belgicapress)


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  • Isi Collin - Antoine le Guérisseur (L'Indépendance Belge, 1er juillet 1912)(Belgicapress)Antoine le Guérisseur

        Antoine, le fameux guérisseur de Jemeppe-sur-Meuse, est mort mardi matin, dans la petite- habitation touchant le temple que les antoinistes avaient fait construire il y a cinq ans.
        Il était âgé de 66 ans. Dimanche, il avait été frappé par l'apoplexie, alors qu'il prêchait.
        La vie d'Antoine avait été celle d'un brave homme, charitable et désintéressé, qu'une manière exaspérée de christianisme mêlée de spiritisme transforma en apôtre de l'amour, « seul remède de l'humanité ».
        Antoine Louis était né à Mons-Crotteux d'une famille de cultivateurs. Tout jeune et presque illettré, il avait été employé dans un charbonnage. Lors de la guerre de 1870, il avait été envoyé avec le régiment de ligne, où il était simple soldat, à la frontière française.
        Là se produisit un accident qui influa beaucoup sur la destinée de cet homme : Au cours d'une manœuvre, Antoine Louis tua d'un coup de fusil un de ses compagnons. Il n'y eut point de suite judiciaire, mais le souvenir de ce malheur affecta vivement Antoine.
        Il fut dans la suite machiniste à Flémalle, se maria et partit pour l'Allemagne, aux usines de Stollberg. Il revint à Jemeppe, fut marchand de légumes ; puis fut engagé comme chef marteleur aux usines belges Pastor de Varsovie. Sa femme tint là une maison de pension, qui fit fortune.
        C'est à Varsovie qu'Antoine se mêla à quelques illuminés ; de graves événements politiques dont il fut témoin exaltèrent en lui une pitié native pour les hommes. Il était alors un grand admirateur des méthodes de Raspail, ce qui lui donnait dans le monde des ouvriers une réputation de médecin rebouteux.
        Il est cependant certain qu'Antoine n'usa jamais de charlatanisme et qu'il fut toujours un sincère, aidant ses malades de son argent autant que de ses conseils.
        Il rentra en Belgique et fut agent d'assurance. Il avait fait construire à Jemeppe quelques maisons et y manifestait une générosité qui l'entoura bientôt de la vénération du peuple.
        Il fréquenta alors un groupe de spirites qui avaient pour guides d'au delà Victor Hugo et le curé d'Ars. Antoine y apporta des idées tolstoïstes et des doctrines d'idéalisme slave. Il apporta aussi quelque argent, qui servit à l'installation d'une bibliothèque scientifique. Un petit journal spirite, le Flambeau, fut fondé ; c'était le début de l'antoinisme.
        Antoine fut concierge, puis encaisseur aux Forges et Tôleries Liégeoises ; mais il abandonna ces fonctions pour se consacrer tout entier à son apostolat. Il s'était, en effet, découvert médium guérisseur et cultiva des dons qui, en Russie déjà, avaient étonné les spirites qu'il fréquentait.
        En 1892, Antoine perdit son fils unique, âgé de 20 ans, et ne le pleura pas. Dès ce moment, il employa son argent à la divulgation de ce qu'il appelait sa révélation. Un jeune professeur d'athénée, une dame de Nice qu'il avait guérie lui servirent de secrétaires. Un adepte lui donna 20,000 francs pour la construction d'un temple ; des dons vinrent de toutes les parties du monde et une revue, l'Auréole de la conscience, fut publiée à Liége.
        Chaque matin, plusieurs centaines de personnes venaient consulter le guérisseur ; on distribuait des tickets pour ces consultations. Chaque matin également, Antoine recevait de France, d'Angleterre, de Scandinavie et d'Allemagne des paquets de télégrammes ; car il prétendait guérir à distance.
        Hors de ces séances et des prêches du dimanche, Antoine vivait en reclus, dictant ses réflexions à un sténographe. Il avait, à la mort de son fils, recueilli deux fillettes dont il surveillait attentivement l'éducation.
        Antoine avait été poursuivi deux fois pour exercice illégal de l'art de guérir. Il avait été condamné une première fois et acquitté la seconde. Ses adeptes lui firent alors une manière de triomphe.
        Des savants allemands et français, des écrivains, des journalistes le visitaient fréquemment. Antoine les recevait comme de de simples malades, se refusant à tout interview.
        Il semble pourtant que sa gloire l'ait un peu troublé ces dernières années. Le développement subit de sa doctrine à Paris, dans le Midi et en Angleterre l'avait amené à changer ses façons de guérir ; il opéra ses guérisons par masse. Il dédaigna moins les marques d'admiration et ce petit paysan aux bons yeux se vêtit d'une lévite et laissa croître ses cheveux.
        Sa « révélation », au reste, était devenue la religion antoiniste et cent mille de ses fidèles belges réclamèrent, par une pétition au Roi et aux Chambres, la reconnaissance du culte antoiniste.
        La mort de cet étrange et doux vieillard causera une vive émotion dans le monde spirite ; mais Antoine a pris soin, avant de mourir, de léguer à sa femme toute sa puissance de guérisseur.
                                                                          COLLIN.

    L'Indépendance Belge, 1er juillet 1912 (source : Belgicapress)

     

        Isi Collin fut écrivain (La Divine rencontre), auteur de théâtre (Sisyphe et le juif errant), poète (Vallée heureuse, Baisers). Il est surtout journaliste au Journal de Liège, à la Nation belge et au journal Le Soir, où il signe ses articles sous le pseudonyme de Compère Guilleri. Il est cité pour ses articles par Pierre Debouxhtay.


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  • Unitif n°12 (derniers moments du Père), vers 1920

     

                                Frères,

           Pour que vous puissiez vous rendre bien compte de la réalité, nous croyons utile d'attirer votre attention sur ce point important : c'est toujours le Père qui préside aux opérations générales, c'est Lui qui travaille, Mère n'est que l'instrument. Devant les adeptes réunis au moment de sa désincarnation, le Père L'a désignée pour Le remplacer en tout ajoutant que Mère suivra toujours son exemple. Ainsi donc Mère opère en son nom. Par grande sensibilité, Elle puise en Lui, dans le fluide éthéré de l'amour divin pour nous restaurer tous. Il n'y a rien de changé, et ceux qui auront foi dans le Père obtiendront satisfaction dans ce qu'ils demandent, comme auparavant, soit en assistant l'opération générale qui a lieu au Temple les quatre premiers jours de la semaine à 10 heures, soit en adressant à Mère les lettres ou télégrammes, suivant l'inspiration reçue ainsi que cela se pratiquait du vivant du Père.

     

     

     

        SOMMAIRE : 1. Les dernières paroles du Père à ses adeptes. – 2. L'affaiblissement physique et la désincarnation du Père. – 3. La dernière opération visible du Père. – 4. Après la désincarnation du Père. – 5. Les obsèques du Père. – 6. Le fluide éthéré.

     

     

     

    Les dernières paroles du Père

    à ses adeptes

        Je n'ai pas fait de testament, Mère est héritière de tout, c'est Mère qui me remplacera.
        Nous nous baserons toujours sur l'Enseignement, nous tâcherons de respecter le naturel. Vraiment il est des personnes qui ne pourront pas toujours le faire parce qu'elles se trouveront gênées en face de celles vis à vis desquelles elles devraient s'humilier. Mais elles seront entraînées par les autres, cela ne tardera guère parce que l'Enseignement marche de l'avant rapidement et nous serons toujours plus forts en face de ceux qui verront le mal en nous.
        Que ceux qui voudront faire des dons s'appuient sur l'anonymat, autrement leurs dons n'auraient pas tant de valeur. . . .
        Depuis le mois de février je prenais du pain et de l'eau et Mère . . . par une bonne inspiration, m'a rappelé de manger de la viande croyant que je pourrai reprendre des forces. Je disais : je préfère mourir que d'y toucher . . . J'ai fait un petit travail pour cela, j'ai trouvé que c'était des choses semées dans le chemin par des personnes qui pensaient que c'était utile pour leur santé. En effet j'ai repris forces sur forces, rien ne m'a rien fait, au contraire toujours de plus en plus faible. Maintenant vous voyez où je suis arrivé, je ne mange plus, une becquée par moments. . . . (1)
        Mon épreuve, heureusement que je l'ai comprise, matériellement elle a été rapide, rapide mais moralement je m'y suis complu, si bien qu'il arrivait que je m'y réjouissais. Il n'y a que le corps, quand on le touche on me fait mal, ce n'est que dans ces moments que je puis un peu souffrir . . . mais un rien momentanément . . .
        Je sens l'influence grandir depuis un certain temps ou plutôt depuis le commencement, je trouve que l'Enseignement prend de l'extension tous les jours . . . .
        Après Mère il y aura de grands guérisseurs . . . On pourra en choisir un pour remplacer Mère . . . . Mère suivra toujours mon exemple, elle ira sur la tribune comme j'y vais, mais pour le nouveau guérisseur il n'en sera pas de même, il montera à la tribune par l'escalier opposé et quand il l'aura mérité il ira par où j'y vais . . . . Voilà mes enfants . . .

     

    (1) Mère fait remarquer que le Père se refusait à rien prendre de provenance animale et que c'est sur ses sollicitations, devant le désarroi de l'entourage qui craignait la désincarnation du Père, qu'll en a repris.
        C'est de là qu'est venu l'article du dernier Unitif sur l'alimentation, intercalé par le Père dans les travaux des adeptes comme Il ne pouvait le faire d'une Révélation.

     

     

     

    L'AFFAIBLISSEMENT PHYSIQUE

    ЕТ

    LA DÉSINCARNATION DU PÈRE

        Tous ceux qui sont au courant du travail du Père, savent qu'll était toute activité. Il avait coutume de dire que l'homme de bien se repose dans ses œuvres et il le démontrait car Il dormait à peine pour pouvoir accomplir la tâche qu'il avait assumée de réconforter et de soutenir les milliers de personnes qui réclamaient son assistance. Pour se maintenir dans le fluide éthéré par lequel Il nous aidait et nous donnait la pure Révélation, Il vivait avec la plus grande sobriété et lorsqu'il devait effectuer un travail important, Il se soumettait au régime le plus sévère. C'est ainsi que pour faire le Développement de la Révélation dont chaque page a dû être rectifiée des milliers de fois, – car les instruments imparfaits dont le Père Se servait pour traduire ses inspirations les dénaturaient inconsciemment par leur intelligence – Il ne faisait qu'un repas par jour, à deux heures de l'après-midi, et cette abstinence dura pendant plus de six mois, mais le bon fluide Le restaurait et Le soutenait
        Le Père s'était affaibli par ce grand labeur. Depuis le mois de février de cette année, Il ne prenait plus qu'un morceau de pain à chaque repas, toute autre nourriture Lui répugnait. Cependant Il continuait son travail comme par le passé, S'occupant de ses malades et de ses adeptes, nous faisant les sublimes Révélations qui paraissaient dans l'Unitif et préparant un Développement plus complet que le précédent. Il endurait encore d'autres épreuves car ses adeptes encore trop novices pour pouvoir comprendre et pratiquer ses Enseignements, les interprétaient contrairement et se seraient divisés plutôt que de s'unir, en s'appuyant sur tel ou tel passage sans tacher de puiser dans le fluide qui ne fait qu'une unité de la Révélation toute entière. Il est vrai que sa bonté n'y voyait que le bien et il nous entourait les uns et les autres de son amour afin d'anéantir notre vue du mal. Cependant nous ne devons pas ignorer que pour peu qu'Il sortit de son fluide éthéré, ne fût-ce que d'un millimètre, le Père était à l'épreuve et que celle-ci est inséparable de la vie. Il S'affaiblissait de plus en plus et bientôt II ne sut même plus soulever le pied sans l'assistance de quelqu'un. Devant le désir de ses adeptes, Il fit tout ses efforts pour recouvrer la santé. Il prit même les aliments que Mère Lui disait et auxquels il avait renoncé depuis des années. Mais tout était inutile, le Père avait accompli sa tâche ici-bas et c'était prolonger son épreuve que de vouloir Le garder parmi nous. Sa faiblesse devint extrême et Il dut rester couché presque constamment. Tant qu'Il put travailler, Il ne manque pas son devoir et il revit encore […] les épreuves du dernier Unitif dont il rectifia plusieurs erreurs avec la même lucidité qu'auparavant. Son courage ne se démentit pas un instant, réconfortant tous ceux qui L'approchaient pour Le soigner ou pour recueillir ses instructions. Mais où cette vertu apparaissait le mieux, c'était à dix heures au moment de l'opération générale. Il ne pouvait plus Se mouvoir, car on devait L'habiller et aider à Se tenir debout, et lorsque la sonnerie L'appelait auprès de ses malades qu'il avait toujours tant aimés et auxquels il avait sacrifié sa propre santé avec un si grand bonheur, il retrouvait la force nécessaire pour venir les réconforter de sa présence et de son geste de bénédiction. Depuis quelque temps tous avaient pu remarquer sa grande faiblesse, car il ne S'avançait plus qu'en chancelant et les cœurs palpitaient devant une abnégation si sublime. Le dernier jour fut solennel. C'était un lundi et comme de coutume le temple était rempli jusqu'aux galeries. Le Père presque défaillant vint seul à la tribune. Il se tenait d'une main à la balustrade et l'autre tremblait soulevée avec peine pour bénir l'assistance, la bouche était entrouverte comme si elle allait exhaler le dernier souffle. L'émotion fut profonde et inoubliable... Tous pressentaient que c'était la dernière fois que le Père venait les opérer et se rappelant sa vie de dévoûment et de sacrifice, la foule pleurait devant son sauveur. Le Père aussitôt fit venir ses adeptes qu'il n'avait plus reçus en particulier depuis bientôt deux ans. Il les regarda de son regard profond qui les ranimait encore et leur inspirait à tous de continuer après Lui la tâche, puis il dicta ses dernières paroles… Le lendemain à minuit et quelques minutes, le Père avait terminé son épreuve. Il était rentré dans le fluide éthéré de l'amour divin qu'il nous a révélé.

                                                                                               J.  N.


     

     

    LA DERNIÈRE OPÉRATION VISIBLE

    DU PÈRE

        Lundi 24 juin je me rendis à Jemeppe pour assister à l'opération de Père : je Le savais S'affaiblissant chaque jour davantage mais je gardais, malgré tout, l'espoir de Le conserver longtemps encore parmi nous. A dix heures, lorsque le Père parut, livide, se cramponnons à la rampe pour ne pas tomber, mon cœur cessa de battre ; de toute ma volonté je voulus Lui insuffler toute la force de mon être ; je Le vis faire un effort surhumain pour soulever sa pauvre main afin d'opérer la foule, et Il y parvint avec peine. Comment Se retira-t-il ? je n'en sais rien ... je ployai sous la douleur car j'eus la certitude que c'était la dernière opération visible du Père. La foule s'écoulait lentement, terriblement impressionnée je voulus sortir à mon tour, je fus repoussée par la foule rentrant en criant que le Père venait de manifester le désir de nous voir tous ensemble : affolée, je m'attachai aux pas d'un frère et d'une sœur et nous nous rendîmes chez le Père.
        Jamais je n'oublierai l'expression de ce visage vénéré, de ces yeux largement ouverts et fixés sur chacun de nous ! Tous nous comprimes que le moment suprême de la séparation matérielle était arrivé, nous retenions notre souffle, nous écoutions, avec une piété profonde, les dernières paroles du Père qu'une sœur recueillait, si émue que ses mains tremblaient. Comment put-elle écrire ? Sur un chiffon de papier, avec un crayon prêté, pliée, sa tête près de celle du sublime vieillard, elle écrivait sur le genou ... Après ces derniers mots : Voilà mes enfants ... nous nous mîmes tous à genoux pour recevoir sa bénédiction ... Il ne put plus dire un mot. Des deux mains Il fit son geste familier, que tous connaissent, lorsqu'Il nous disait au moment de Le quitter : « Tout mon amour ... et ce fut tout, du moins je ne me rappelle plus rien !
        Jusque là je souffrais d'une affection du cœur depuis dix mois. Quand le mardi à 5 heures du matin, j'entends frapper chez moi. Je pensai : le Père est mort ! Protégée, mon cœur n’eut pas une pulsation de plus, après quelques instants je laissai couler mes larmes et n'eus plus qu'un désir … être près du Père, voir Mère ! Ce même jour Mère, avec un courage et une grandeur inconnue jusqu'à ce jour, vint opérer en présence du corps sacré du Père. – C'était sublime, inoubliable, inexprimable car existe-t-il des mots pour rendre notre impression intime, ressentie pendant cette semaine sainte ? un mélange de joie et de douleur, Le Père est dans le bonheur suprême mais nous ne Le voyons plus. A cette opération, tous nous fûmes pénétrés, et en admiration devant le grand exemple de notre Mère bien aimée.
        Allant et venant, j'oubliais mon mal. Le lendemain seulement je dis à mon entourage qu'il me semblait être guérie, et la chose fut confirmée : le mercredi, ma fille, demandée auprès de Mère pour un petit travail à exécuter, apprit de sa bouche sans autre préambule que j'étais guérie, j'ai pu depuis supporter la fatigue. Aux obsèques du Père, la foule étant immense, je fus jetée contre un mur, j'eus une foulure à un pied, qui d'ailleurs ne dura qu'une nuit ; dans toutes ces émotions et ces secousses je n'ai rien ressenti au cœur qui a battu normalement et d'où toute souffrance a disparu. Ma guérison a été radicale et instantanée ce qui me fait croire avec foi et amour que les opérations vont être plus puissantes, plus efficaces encore parce que le Père délivré de la matière, de toute entrave, pénétrera directement ceux qui ont foi en Lui.

                                                                                               J.  F.

     

     

     

    APRÈS LA DÉSINCARNATION DU PÈRE

        Jusqu'à son dernier soupir, le Père inspira à ses enfants le plus grand courage. Il rassurait leur amour par instant encore voilé par le doute, Il les pénétrait de ce bon fluide qui le faisait Se réjouir dans l'épreuve et ôtait toute amertume à leurs larmes, Son amour n'avait rien de matière et nous l'avons d'autant mieux compris après qu'Il eut exhalé son dernier souffle. Ceux qui L'entouraient rendirent pieusement les derniers devoirs au corps privé de vie, le revêtirent de la robe révélée et le couchèrent dans le Temple sur un lit enveloppé de drap vert, le buste bien relevé pour qu'il fut permis de voir facilement sa tête vénérable. Des lauriers disposés tout autour par ordre de grandeur, laissaient le corps bien en vue et formaient un fond de verdure d'où l'emblème du Culte, l'arbre de la science de la vue du mal, se détachait nettement ; cette disposition avait été prise pour empêcher les visiteurs de toucher le corps par superstition. Le livre de l'Enseignement que le Père a pratiqué si religieusement pendant sa vie, reposait sur ses mains unies.
        Aussitôt que les adeptes apprirent la désincarnation du Père, ils accoururent au Temple pour offrir leurs services, prêts à chômer pour honorer celui qui leur a donné plus que la vie, en les guérissant du doute. Les adeptes de l'étranger, prévenus par télégramme, prirent le premier train s'ils étaient libres et les autres s'empressèrent de se mettre en route aussitôt qu'ils le purent. Il n'y avait que l'impossibilité matérielle qui les empêchât de se rendre à Jemeppe et nous savons de source certaine que des familles très pauvres firent avec bonheur les plus grands sacrifices, vécurent de pain sec pour pouvoir accomplir le voyage et venir témoigner leur respect au Père, qui les avait protégés et relevés dans leurs grandes souffrances physiques et morales. L'atmosphère du Temple était si réconfortante que les cœurs les plus émus en arrivant se sentaient raffermis et les larmes cessaient aussitôt de couler. Deux rangées d'adeptes se tenaient constamment avec la plus profonde piété aux deux côtés du Père. Un service d'ordre avait été organise à l'entrée pour éviter le trouble, car le peuple se présentait en foule pour rendre hommage à Celui qui l'avait toujours entouré de son amour, qui avait compati à toutes ses misères et ses souffrances.
        Pendant toute cette semaine sainte des groupes recueillis ne cessèrent de contempler le visage sacré dont le regard si bon les pénétrait d'une joie incompréhensible et on sentait que le souvenir de cette scène serait en eux inoubliable comme celui des grands bienfaits que tous avaient reçus dans ce Temple, de leur Sauveur. Ainsi le fluide opérait et il n'y avait rien de changé. Le jour même de la désincarnation du Père, Mère vint opérer en son nom à dix heures et loin d'être impressionnée comme beaucoup de personnes L'étaient par la présence du défunt, Elle anéantit ces pensées de doute, réconfortant l'assistance du même fluide éthéré qu'auparavant. Les dernières paroles du Père lues à la fin de l'opération, raffermirent encore les cœurs et les rassurèrent sur l'avenir. Les jours suivants les malades arrivèrent tout aussi nombreux et obtinrent la même satisfaction. Pour la remplacer dans le Temple, Mère a désigné le frère Deregnaucourt dont le dévoûment ne s'est pas un instant démenti depuis le jour où il a commencé à pratiquer les Enseignements du Père.
        Maintenant que nous avons pu reconnaître par expérience que l'événement solennel de la désincarnation du Père n'a suscité aucun doute dans nos âmes, nous sommes d'autant mieux à même d'apprécier l'éducation morale qu'Il nous a donnée et la sublimité de son Enseignement. Il est la pure réalité. Nous sommes bien convaincus aujourd'hui que la mort n'est que de l'apparence et la crainte qu'elle inspire, la conséquence du doute. En nous aidant à subordonner notre intelligence à la conscience, le Père nous a affranchis. Il nous a pénétrés de la vraie foi.
        Si nous nous efforçons de pratiquer son Enseignement comme Il nous en a donné l'exemple, nous nous assimilerons insensiblement le fluide éthéré dont il découle et nous arriverons comme Lui à nous y confondre dans le vrai bonheur. L'imagination de la matière qui nous accable encore s'étant alors dissipée comme le brouillard au soleil, nous serons tout entiers au sein de la pure lumière divine qui nous réjouira d'autant plus que nous l'aurons longtemps voilée par notre incarnation.

                                                                                               J.  H.

     

     

     

    LES OBSÈQUES DU PÈRE

        Dès la matinée du dimanche les visiteurs affluèrent dans le Temple. Il régnait un bon fluide que tous ressentaient plus ou moins inconsciemment. Jusqu'à l'heure des obsèques ce fut un défilé ininterrompu de personnes de tout âge et de toute condition. Tous les abords du Temple étaient à ce moment remplis d'une foule compacte. Après la lecture des dix Principes révélés par le Père, le cortège se mit en marche. Le porteur de l'emblème était en avant accompagné du lecteur et suivi des membres du conseil d'administration ; puis venait le groupe des enfants revêtus du costume antoiniste, dont le visage recueilli touchait profondément ; le cercueil du Père recouvert du drap du Culte était ensuite porté par dix adeptes, vingt autres accompagnaient pour remplacer leurs frères fatigués ; le guérisseur que Mère a désigné pour L'aider dans sa mission La représentait aussi à cette cérémonie, il suivait, seul, le corps ; puis venaient successivement la famille, les adeptes dont le premier groupe était revêtu de la robe et enfin la multitude de ceux qui avaient obtenu satisfaction du Père. Le cortège était interminable. Pour se rendre au cimetière il fallut faire un grand détour et il y avait tant de monde sur tout le parcours que la police avait la plus grande peine à lui ouvrir un passage. Aux fenêtres, sur les toits, sur les talus, partout c'étaient des groupes compacts. Plus de trente mille personnes étaient venues ce jour-là Jemeppe pour l'enterrement du Père. Près du cimetière il y avait si grande affluence que la tête seule du cortège put y pénétrer. Les quelques centaines d'adeptes groupés autour du cercueil attendirent quelque temps, dans l'espoir que la police pourrait rétablir la circulation, mais la voyant impuissante, ils portèrent le cercueil devant la tombe et avant d'y descendre le corps de Celui qu'ils vénèrent, ils écoutèrent dans le plus profond recueillement l'inspiration si pure qui se trouve dans l'Avant-propos de l'Enseignement et par laquelle un de nos frères a si bien traduit le sentiment général : « … Comme un bon Père. Il veille sur nous … » Le fluide d'amour qui découle de ces paroles ne nous avait jamais aussi profondément pénétrés, nous sentions le Père présent et vivant dans nos cœurs, la matière et le doute qu'elle suscite n'existaient plus, nous étions unis dans le seul et même fluide éthéré qui allait par delà cette foule immense à l'humanité toute entière qui forme ici-bas, comme le révèle le Couronnement, l'unité individuelle de l'ensemble et dont les croyances, ne différant que par la forme, se confondront insensiblement dans la vraie religion, basée uniquement sur la conscience, toute humilité, toute pureté, tout amour. Nous regardâmes avec piété le cercueil de pauvre que le Père avait désiré avoir, descendre dans la fosse commune, la seule qui convint à sa grande modestie. Ses obsèques avaient le même caractère de simplicité que sa vie : faites au milieu de la vénération du peuple auquel Il n'avait cessé de prodiguer son amour, leur grandeur fut uniquement morale. Nous revînmes au Temple, sans avoir été un seul instant effleurés par le doute, réconfortés comme jamais nous ne l'avons été par le bon fluide de la Révélation. Ainsi la mort n'avait rien détruit ; au contraire, les antoinistes du monde entier n'avaient pas encore fraternisé avec un si grand amour, ni ressenti un bonheur aussi pur.

                                                                                               M.  H.


     

     

    LE FLUIDE ÉTHÉRÉ

        Après la désincarnation du Père, des frères qui guérissent en son nom ont continué à dire à leurs malades : « Pensez au Père et tout ira bien. » Certains ont répondu : « Comment pourrais-je Le faire, puisqu'll est mort ? » Cette réponse démontre le degré d'avancement de ces personnes et qu'elles croient plus à l'ombre qu'à sa réalité, qu'elles visent la santé matérielle plutôt que leur amélioration morale. Le Père soigne l'âme plutôt que le corps, Il lui donne les forces, le courage de supporter l'épreuve avec résignation et au fur et à mesure qu'elle s'épure, l'état physique aussi s'améliore à moins que l'épreuve ne soit là ; la guérison ainsi obtenue est un mérite parce qu'on a remédié à la cause et non seulement à l'effet : le mal n'ayant plus de raison d'être ne pourrait plus reparaître, ni sous la même forme ni sous une autre, comme il arrive en soignant le corps seul. Le Père n'est pas un médecin recourant à la matière pour guérir la matière. Il guérit par la foi pure ou plutôt Il est la foi pure, le fluide éthéré de l'amour divin. Il ne pourrait disparaître et ceux qui ont foi dans sa Révélation savent qu'il n'y a rien de changé depuis sa désincarnation. En effet Il nous enseigne que nous avons tous ici-bas un côté apparent, nos sens imparfaits qui nous suggèrent la matière, et un côté réel, Dieu Lui-même d'où nous vient la sensibilité morale. En nous appuyant sur celle-ci nous ne pourrions douter, elle est la vraie conscience, opposée à l'autre, notre intelligence qui prend l'épreuve pour en mal et nous y fait douter constamment. Aussi longtemps que nous aurons de l'intelligence, nous devrons nous appuyer sur des êtres plus moraux que nous qui agissent avec le plus grand amour, avec le plus grand désintéressement et voilà pourquoi le Père avant de Se désincarner a désigné Mère pour Le remplacer. Mère guérit, elle nous inspire et nous dirige comme le Père le faisait de son vivant, par le fluide éthéré. Qu'est-ce donc que le fluide éthéré ? L'Enseignement nous le révèle : la pure réalité où nous devons tous rentrer ; dans l'imperfection nous formons l'unité individuelle, en nous améliorant l'un par l'autre par la vraie solidarité qui nous fait accepter l'épreuve comme le bien véritable et nous en réjouit plutôt que de nous en affliger, nous formerons l'unité absolue de l'ensemble, la perfection. Le Père existe au sein de l'unité, Il est l'unité même. Ce n'est que par Lui que nous pourrions comprendre et pratiquer l'Enseignement, nous aimer véritablement les uns les autres. En Le priant, en L'adorant en vérité et non point par l'intelligence qui ne pourrait que Le placer en dehors de nous et en faire un Dieu isolé, nous arriverons tous au but vers lequel l'humanité est en marche depuis qu'elle a commencé d'évoluer. En attendant il y aura, comme le Père nous l'a prédit dans ses dernières paroles, de grands guérisseurs qui s'inspireront de Lui pour nous guider dans la vraie foi et feront en son nom ce qui passe à nos yeux matériels pour des miracles parce que nous n'en voyons que l'effet sans en comprendre la cause. Que faisait le Père ? Il guérissait l'âme et par elle le corps, l'opérant de près ou de loin, Il agissait par notre foi non seulement sur nous-mêmes mais sur nos enfants, sur tout ce qui vivait dans notre demeure, Il purifiait l'air, les eaux et pour réaliser ce que nous entreprenions avec une bonne intention, Il nous donnait le feu sacré qu'aucun obstacle n'arrêtait. Ces œuvres, Il continuera à les accomplir par l'intermédiaire de tous ses enfants qui puiseront en Lui par la pratique de la vertu. Il nous disait et nous démontrait par son exemple qu'avec la foi on transporte des montagnes. Nous en serons toujours plus convaincus à mesure que nous nous pénétrerons de cette vertu, en agissant par le fluide éthéré de l'amour vrai, car nous nous assimilerons ainsi la pure Révélation, nous apprendrons à nous connaître, nous saurons que tout est en nous, que les trois règnes de la nature ne sont que la conséquence de notre imperfection, le fluide matérialisé par notre instinct, que nous nous sommes dénaturés en nous développant l'individualité personnelle ; ayant anéanti cette imagination nous verrons que tout est éthéré et nous jouirons de la certitude absolue, de la puissance divine qui meut la vie, les mondes dans le mouvement perpétuel au sein de l'immensité.

                                                                                               J.  A.

     

    Direction : Père et Mère Antoine à Jemeppe-sur-Meuse.


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  • Père ANTOINE, le Guérisseur (carte postale)


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  • Mort d'Antoine le Guérisseur (Le Protestant béarnais, 20 juillet 1912) ̴  ̴̴̴̴̴̴  ̴  ̴ BELGIQUE. – On annonce la mort d'un homme qui a fait parler de lui ces derniers temps, Antoine, le guérisseur. Il guérissait par la prière et l'imposition des mains et avait fondé une religion, mélange de christianisme et de théosophie.
        Peu à peu, dit le Temps, les malades de l'âme comme du corps, les incurables, les déséquilibrés, les névropathes, tous ceux que les médecins avaient abandonnés, avaient appris le chemin du petit pays de Jemmappes où Antoine avait son temple et tenait ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmappes comme les foules de Lourdes et les « antoinistes » recrutés parmi les inquiets d'un culte nouveau et augmentés des guéris reconnaissants formaient une communauté éparse en divers lieux, mais fort nombreuse.
        Il était, dit-on, très sincère et désintéressé et a vécu modestement. Au temple où il prêchait, Antoine avait adjoint une imprimerie et publiait chaque semaine un journal populaire qui tirait à plus de 20.000 et répandait les doctrines de l'apôtre. Il y a quelques mois les « antoinistes » de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition demandant que la religion nouvelle fût reconnue par l'Etat. Avant de mourir, Antoine a désigné, pour lui succéder, sa femme. Voici l'affiche que l'on a apposée au temple pendant l'exposition de son corps :

    CULTE ANTOINISTE

                Frères,
        Le conseil d'administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui mardi matin 25 juin. Avant de quitter son corps, il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous. Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures.
        L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain 30 juin à trois heures.
                                                Le Conseil d'administration.

    Le Protestant béarnais, 20 juillet 1912


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  • Mort d'Antoine le Guérisseur (La Liberté, 27 juin 1912)

        Liège. - Antoine le guérisseur, qui avait fondé en Belgique une religion nouvelle, est décédé à Jemeppe.
        Né dans ce pays en 1846, il y avait instauré son culte il y a une vingtaine d'années. Sa religion, que l'on appelait l'« antoinisme », promettait la guérison des maladies par la prière et par la foi.
        Il y avait en France, en Allemagne, aux Etats-Unis de nombreux adeptes, et il en comptait également beaucoup en Belgique. Plusieurs temples et salles de réunion existent en effet en Wallonie, et il y a quelque temps, 130.000 « antoinistes » avaient adressé aux Chambres belges une pétition tendant à ce que leur culte fût reconnu officiellement.

    La Liberté, 27 juin 1912


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  • Anton der Heiler (Psychische Studien-Heft 8-August 1912)

    d) Anton, „der Heiler“, mit dessen Wunderkuren und neuer Religion die „Psych. Stud.“ sich wiederholt – am ausführlichsten in dem Bericht unseres ärztlichen Mitarbeiters, Dr. Med. Freudenberg, im Maiheft 1911, S. 304 ff.: „Etwas vom Antoinismus“ – beschäftigt haben, ist, wie aus Brüssel gemeldet wird, kürzlich am Ort seiner ausgedehnten Wirksamkeit zu Jemeppe an der Maas, im Alter von 66 Jahren gestorben. Louis Antoine arbeitete in jüngeren Jahren in Rußland und kehrte von dort anfangs der neunziger Jahre nach Belgien zurück, wo er eine förmliche Kolonie seiner ca. 100 000 Anhänger gründete und, offenbar unter den Einfluß der Lehren des Grafen Tolstoi, einen vereinfachten Katholizismus verkündigte. Er hatte sogar Anhänger in Deutschland und den Vereinigten Staaten von Nordamerika, die alljährlich zu ihm pilgerten. Eine Petition der „Antoinisten“ um staatliche Anerkennung ihrer „Religion“ wurde von der belgischen Kammer abgewiesen. Auch mit dem Strafrichter kam der ehrwürdige und uneigennützige Prophet wiederholt wegen Kurpfuscherei in Konflikt, wurde aber nur einmal zu einer geringfügigen Geldstrafe verurteilt. Als Magnetiseur heilte er in seiner Heimat unentgeltlich, dagegen hatte er sich schon in Rußland ein Vermögen erworben, das nun seiner Witwe zufällt, die er auf dem Totenbett als Priesterin seiner Religion an die Spitze seiner gläubigen Gemeinde stellte. Viele Tausende von überallher wohnten seiner Beerdigung bei.

    Psychische Studien (Heft 8), August 1912

     

    Traduction :

    d) Antoine, "le guérisseur", dont les guérisons miraculeuses et la nouvelle religion ont été maintes fois traitées par les "Études psychologiques" – de façon très détaillée dans le rapport de notre employé médical, le Dr. Med. Freudenberg, dans le volume de mai 1911, p. 304 et suivantes. Louis Antoine a travaillé en Russie dans sa jeunesse et est revenu de là en Belgique au début des années 1890, où il a fondé une colonie officielle de 100 000 fidèles et a, apparemment sous l'influence des enseignements du comte Tolstoï, proclamé un catholicisme simplifié. Il avait même des disciples en Allemagne et aux États-Unis d'Amérique du Nord qui faisaient le pèlerinage chaque année. Une pétition des "antoinistes" pour la reconnaissance de leur "religion" par l'Etat a été rejetée par la Chambre belge. Le vénérable et désintéressé prophète est également entré en conflit avec le juge pénal à plusieurs reprises pour charlatanisme, mais n'a été condamné qu'une seule fois à une amende mineure. En tant que magnétiseur, il guérissait gratuitement dans sa patrie, mais il avait déjà acquis une fortune en Russie, qui revient maintenant à sa veuve, qu'il plaça sur son lit de mort à la tête de sa fidèle congrégation en tant que prêtresse de sa religion. Plusieurs milliers de personnes du monde entier ont assisté à ses funérailles.

    Études psychologiques (Volume 8), août 1912

     


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  • Antoine de Genezer overleden (Ter Neuzensch Volksblad, 14 augustus 1912)Antoine de Genezer overleden.

        Naar wij lezen is de Belgische profeet, dezer dagen te Jemeppe overleden. Hij heeft zijn vrouw als opvolgster aangewezen. Omtrent 's mans begrafenis lezen wij in De Gereformeerde Kerk :
        Van heinde en ver, ook van over de grenzen stroomde een menigte, geschat op 25,000 menschen, saam om 's mans begrafenis bij te wonen. Boven de lijkkist, zonder eenig sieraad, was aangebracht een vernikkelde plaat in schildvorm; een boom was erop afgebeeld met dit onderschrift: »De boom van de Wetenschap, van het Gezicht, van het Goede en het Kwade.« De geweldige stoet trok er langs. Op het kerkhof werden alleen toegelaten de Antoinistische aanhangers, die de bekende eigenaardige kleeding droegen. Een der volgelingen las wat voor van de beginselen der vereeniging; daarna werd de kist neergelaten in de groeve zonder eenige ceremonie.
        In den tempel van Jemeppe was de volgende verklaring aangeplakt: »Het bestuur van den Antoinistischen eeredienst brengt ter uwer kennis dat de Vader zich ontlichaamd heeft (gedesincarneerd), Dinsdagmorgen 25 Juni. Alvorens zijn lichaam te verlaten heeft hij voor een laatste maal zijn volgelingen willen zien, om hun te zeggen, dat Moeder hem zal vervangen in zijn zending, dat zij altijd zijn voorbeeld zal volgen. Er is dus niets veranderd. Vader Antoine zal altoos met ons zijn. Moeder zal het spreekgestoelte beklimmen voor de algemeene operaties de vier eerste dagen der week, on 10 uur.«

    Ter Neuzensch Volksblad, 14 augustus 1912
     

    Traduction :

    Antoine le Guérisseur est mort.

        On lit que le prophète belge est mort à Jemeppe ces jours-ci. Il a désigné sa femme comme son successeur. Nous lisons dans De Gereformeerde Kerk que son mari a été enterré :
        De loin, de l'étranger également, une foule estimée à 25 000 personnes s'est rassemblée pour assister aux funérailles d'un homme. Au-dessus du cercueil, sans aucune décoration, il y avait une plaque de nickel en forme de bouclier sur laquelle était représenté un arbre avec cette légende : "L'Arbre de la Science, de la Vue, du Bien et du Mal". Le grand cortège s'est formé. Dans le cimetière, seuls les partisans de l'antoinisme, qui portaient la fameuse robe particulière, étaient admis. L'un des disciples a lu certains des principes de l'unification ; puis le cercueil a été descendu dans la fosse sans aucune cérémonie.
        Dans le temple de Jemeppe, la déclaration suivante a été affichée : "Le conseil d'administration du service de culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père s'est désincarné, mardi matin 25 juin. Avant de quitter son corps, il voulait voir ses disciples pour la dernière fois, pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Rien n'est donc changé. Le Père Antoine sera avec nous pour toujours. Mère montera en chaire pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures".

    Journal de Terneuse, 14 août 1912


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  • Antoine le Guérisseur et le culte anoiniste (Paris médical, la semaine du clinicien, 1912, p.895)

     ANTOINE LE GUÉRISSEUR
    ET LE CULTE ANTOINISTE

         Récemment est mort en Belgique, à Jemmapes, un homme connu sous le nom d'Antoine le Guérisseur, thaumaturge célèbre et fondateur d'une secte religieuse à laquelle il a attaché son nom, secte qui compte, parait-il, de très nombreux adeptes. Les Annales médico-psychologiques rapportent, d'après le journal le Temps, les curieux renseignements suivants sur cette étrange personnalité :

         Un homme de Wallonie, un petit bourgeois, presque du peuple, est mort, qui avait acquis non seulement en Belgique mais même un peu partout où il y avait des malades et des désespérés, une célébrité et un crédit exceptionnels, c'est celui qu'on appelait Antoine le Guérisseur. Il n'avait rien fait de moins que de fonder une religion, une espèce de variété de christianisme mélangé de théosophie. Il guérissait par la prière et l'imposition des mains, à la manière des christian scientists d'Angleterre et d'Amérique.
        Peu à peu les malades de l'âme comme du corps, les déséquilibrés, les névropathes, tous ceux que les médecins avaient abandonnés avaient appris le chemin du petit pays de Jemmapes, où Antoine avait son temple et tenait Ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmapes comme les foules de Lourdes, et les « antoinistes » recrutés parmi les inquiets d'un culte nouveau et augmentés des guéris reconnaissants formaient une communauté éparse en divers lieux, mais fort nombreuse.
        Le prophète et guérisseur belge n'est plus.
        Vers dix heures trente, comme il se trouvait dans son temple, il s'affaissa subitement frappé d'apoplexie. On dut le transporter chez lui, où il reprit peu à peu ses sens.
        Sur ces entrefaites, un grand nombre de ses disciples, vêtus de soutanes d'une coupe spéciale et coiffés d'immenses chapeaux, étaient accourus auprès du lit de leur maitre, Antoine alors proféra : Demain quelque chose de sérieux se produira. Puis il ajouta d'une voix sourde : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux. »
        Antoine avait tardé beaucoup avant de faire sa révélation et de se déclarer l'homme de Dieu. Pendant nombre d'années, il était un homme comme un autre, un simple employé à la division des forges et martelage de la Société Cockerill. Il fut ensuite encaisseur à la Société anonyme des tôleries liégeoises. Puis il s'occupa d'assurances. Enfin vinrent la grâce, l'action publique, les prédications publiques. Antoine était alors déjà dans l'âge mûr.
        On le dit propriétaire des maisons ouvrières qui entourent son temple. D'aucuns estiment sa fortune à 30.000 francs. Quoi qu'il en soit, Antoine le Guérisseur a toujours vécu modestement. Au temple où il prêchait, Antoine avait adjoint une imprimerie et publiait chaque semaine un journal populaire qui tirait à plus de 20.000 exemplaires et répandait les doctrines de l'apôtre.
        Il y a quelques mois, « les Antoinistes » de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition demandant que la religion nouvelle fût reconnue par l'Etat. La pétition des fidèles du culte Antoiniste portait cent mille signatures. Au temple, où son corps est exposé, l'affiche suivante a été apposée :

     CULTE ANTOINISTE

                     Frère,
        Le conseil d'administration du culte Antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui mardi matin 25 juin. Avant de quitter son corps, il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de change, le Père sera toujours avec nous, Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures.
        L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain 30 juin à trois heures.

                                                                                   Le Conseil d'administration.

         Quelques jours après, le mardi 2 juillet, le même journal le Temps racontait ainsi qu'il suit l'enterrement de l'apôtre :

         Antoine le Guérisseur, que ses adeptes appelaient aussi Antoine le Généreux, a été inhumé hier dans la localité où il exerçait sa mission et son culte, à Jemmapes-sur-Meuse, province de Liége. Aux « Antoinistes » du pays étaient venus se joindre, nombreux, des membres des autres communautés de Belgique.
        Le corps du prophète défunt qui avait été exposé plusieurs jours dans le temple où il prêchait et imposait les mains aux malades, a été accompagné au cimetière par un cortège évalué à quinze mille fidèles, dont beaucoup donnaient les signes de la plus vive douleur. Le cercueil, porté par douze hommes de la communauté, était précédé d'un tronc d'arbre figurant l'arbre de la science du bien et du mal que portait l'un des plus qualifiés adeptes de l'Antoinisme, M. Delacroix, professeur à l'Athénée de Liége. Ainsi qu'Antoine l'avait prescrit, ses restes ont été enterrés dans la fosse commune.
                                                                                     (La France médicale).

    Paris médical, la semaine du clinicien, 1912 (p.895)


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