• Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

    Avant la date fatidique
    Mère remplace son mari et opère en son nom quand il doit s'abstenir. (Biographie, p.2, in Debouxhtay, p.293)

     

    Lundi 24 juin 1912
    Lundi dernier, me dit une des premières sœurs antoinistes, Mme Desart, à qui le frère directeur Delaunoy avait donné mission de me guider, le Père sentit que le moment suprême était venu. Il nous réunit autour de lui et nous annonça qu’avant le lendemain un grand événement se produirait. (Excelsior, 2 juillet 1912)

    Après l'opération, il demande à voir les adeptes. (Unitif I, 12, p.7, in Debouxhtay, p.196)

    Puis il demandait à revoir Jeanfils (Unitif février 1914, p.3, in Debouxhtay, p.197)

    Et, à minuit, il expirait ! (Excelsior, 2 juillet 1912)

    Ceux qui L'entouraient rendirent pieusement les derniers devoirs au corps privé de vie, le revêtirent de la robe révélée et le couchèrent dans le Temple sur un lit enveloppé de drap vert, le buste bien relevé pour qu'il fût permis de voir facilement sa tête vénérable. Des lauriers disposés tout autour par ordre de grandeur, laissaient le corps bien en vue et formaient un fond de verdure d'où l'emblème du Culte, l'Arbre de la science de la vue du mal, se détachait nettement ; cette disposition avait été prise pour empêcher les visiteurs de toucher le corps par superstition. Le livre de l'Enseignement que le Père a pratiqué si religieusement pendant sa vie, reposait sur ses mains unies. (J. H. dans l'Unitif, août 1912, p. 9 in Debouxhtay, p.197)

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

    Souvenir Père Antoine le Généreux (FaceBook de Christian Sorte)

    Mardi 25 juin 1912
    Acte de décès (Excelsior, 1er juillet 1912)
    Cause du décès : attaque d’apoplexie (Revue internationale des sociétés secrètes, v1, n8 Août 1912)
    Antoine, qui avait été frappé lundi d'une attaque d'apoplexie, est mort le soir-même. (L'Express, 26 juin 1912). Quelques lignes plus bas L'Express cite les paroles d'un adepte : « Ce fut non d'apoplexie, mais d'un épuisement progressif et continu... » Le Jour (Verviers) du 25 juin 1912, dit aussi qu'Antoine « s'affaissa frappé par une attaque d'apoplexie ». (in Debouxhtay, note 10 p.197).

    Depuis le mardi jusqu'au jour de l'enterrement le temple fut rempli de visiteurs qui se succédaient devant le corps du thaumaturge (Unitif, janvier 1913, p.14).
    Pendant toute cette semaine sainte des groupes recueillis ne cessèrent de contempler le visage sacré dont le regard si bon les pénétrait d'une joie incompréhensible et on sentait que le souvenir de cette scène serait en eux inoubliable comme celui des grands bienfaits que tous avaient reçus dans ce temple, de leur Sauveur. Ainsi le fluide opérait et il n'y avait rien de changé. Le jour même de la désincarnation du Père, Mère vint opérer en son nom à dix heures et loin d'être impressionnée comme beaucoup de personnes l'étaient par la présence du défunt, elle anéantit ces pensées de doute, réconfortant l'assistance du même fluide éthéré qu'auparavant. Les dernières paroles du Père lues à la fin de l'opération, raffermirent encore les cœurs et les rassurèrent sur l'avenir. Les jours suivants, les malades arrivèrent tout aussi nombreux et obtinrent la même satisfaction. Pour la remplacer dans le Temple (à la petite tribune, mère occupera désormais la grande tribune), Mère a désigné le frère Deregnaucourt dont le dévoûment ne s'est pas un instant démenti depuis le jour où il a commencé à pratiquer les Enseignements du Père. (Unitif, août 1912, p.10) (in Debouxhtay, p.200)


    Le corps du défunt, qui avait été exposé plusieurs jours dans le temple (La Liberté, 2 juillet 1912)
    Jusqu’à vendredi soir, continue Mme Desart, nous avons veillé sa dépouille mortelle, qui fut alors mise dans sa bière de sapin. (Excelsior, 2 juillet 1912)

    Il n'est pas indifférent de lire la lettre de faire-part de sa mort :
        Culte Antoiniste,
        Frère.
        « Le Conseil d'administration du culte Antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui, mardi matin, 25 juin.
        « Avant de quitter son corps, il a tenu à recevoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère Le remplacera dans sa mission. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous.
        « Mère montera à la tribune pour les opérations générales, les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures.
        « L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain, 30 juin, à 3 heures. » (Le Nouvel éducateur rationnel, année 1, n°7, 1912)(La Liberté, Jeudi 27 juin 1912)

     

    Vendredi 28 juin 1912
    Mise en bière (Excelsior, 1 juillet 1912)

     

    Dimanche 30 juin 1912
    Inhumation dans la fosse commune (La Liberté, 2 juillet 1912)
    Accompagné de :
    - 12 000 à 15 000 fidèles (Excelsior, 1er juillet 1912)
    - 25 000 personnes (Delftsche courant, 12 août 1912)
    - 15 à 20 000 personnes étaient massées dans les rues (Express, 2 juillet)(in Debouxhtay, p. 201)
    - plus de trente mille personnes étaient venues ce jour-là à Jemeppe (Unitif, août 1912, p.12)(in Debouxhtay, p. 201)

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

    Un peu avant 3 heures 30, on ferma les portes du temple, et les Frères Antoinistes transportèrent le catafalque sous le porche. (Excelsior, 1er juillet 1912)

    Le cercueil, porté par douze hommes de la communauté, était précédé d’un tronc d’arbre figurant l’arbre de la science du bien et du mal, que portait l’un des plus qualifiés adeptes de l’antoinisme, M. Delcroix, professeur à l’athénée de Liège. (Le Messin, 2 juillet 1912)

    A 3 heures précises, le Frère directeur Delaunay fit un signe. Précédé du Frère porte-arbre, le lecteur du dimanche, M. Delcroix s’avança au milieu de la foule et se mit à lire tout haut les préceptes de la Révélation. (Excelsior, 1er juillet 1912)

    Le cortège suit la rue des Tomballes pour aboutir à la rue de Hollogne qu'il descend jusqu'au viaduc où il prend la route qui conduit au cimetière. (in Debouxhtay, p.203)

    Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)Désincarnation (mar.25) & Funérailles (dim.30 juin 1912)

     

     

     

     

     

    M. le Dr A. Delville, qui était bourgmestre en 1912, m’a dit qu’il n’avait pas dû intervenir pour faire enterrer Antoine, il a seulement dû refuser aux antoinistes la permission d’organiser un cortège à travers toute la commune. (in Debouxhtay, p.199).

    A quatre heures, on arrive au cimetière [...] on lit l'Avant-propos de l'Enseignement (in Debouxhtay, p.203)

    Les adeptes s'en viennent tour à tour jeter une pelletée de terre (Unitif août 1912, p.12-13, in Debouxhtay, p.204)

     

    Lundi 1er juillet 1912
    Ce matin, avant de partir, j’ai assisté à l’« opération » du lundi. Tandis qu’au-dessous d’elle le frère Dérégnaucourt, qui lui a succédé dans l’opération du vendredi, et qui, dans l’avenir, est appelé à devenir le grand prêtre, le pape de l’antoinisme, ouvrait le Grand Livre de la Révélation, la « Bonne Mère » s’installa à la tribune et imposa les mains. (Excelsior, 2 juillet 1912)

    L’œuvre d’Antoine ne sera pas arrêtée par sa mort. Au temple, son corps a été exposé, l’affiche suivante a été apposée disant que « le conseil d’administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd’hui mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu’elle suivra toujours son exemple. Il n’y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous, Mère montera la tribune pour les opérations générales les quatre premiers 1 jours de la semaine à dix heures. » (L'impartial, vendredi 28 juin 1912)

  • Notes d'actualité (La Gazette de France 28 juin 1912)Notes d'Actualité

     THAUMATURGE

         Qu’est devenue cette petite modiste de la rue Milton qui prétendait guérir tous les maux au nom de Thaumaturge de Jemeppe ? Il y eu tout de suite
    Tant l’espérance est douce au pauvre cœur humain
    des attroupements de malades et d'infirmes devant sa porte. Des sergents de ville maintenaient l'ordre et des messieurs graves, en longue redingote noire, face rasée et lunettes, prêchaient à mi-voix ces malheureux impatients. Sans doute les malades et les infirmes se lassèrent d'attendre une guérison chimérique : on ne parle plus de la modiste guérisseuse.
        Elle doit être bien triste : Antoine de Jemeppe est mort.
        C'était une curieuse figure (dans les deux se du mot, car avec ses cheveux séparés sur le milieu du front et sa longue barbe inculte il avait l'air d'un mougick mystique) que cet ancien employé des forges de Cockerill, et de la Société des tôleries liégeoises, puis agent d'assurance qui s'improvisa prophète sur le tard. Il prétendait guérir par la prière et l'imposition des mains à la manière de Christian scientist. En réalité, c'était un spirite qui avait voulu fonder sa petite chapelle à côté de la grande Babel du spiritisme.
       Petit à petit, il attira des foules à Jemeppe. Il ne demandait rien mais recevait force offrandes volontaires. On lui construisit un temple où il prêchait (très médiocrement) et officiait. Ses adeptes adressèrent à la Chambre belge une pétition, appuyée de 60.000 signatures pour que l'Antoinisme fût reconnu comme religion par l'Etat.
        Les Antoinistes ont pullulé en ce dernières années. Ils avaient une imprimerie qui répandais dans toute l'Europe un Journal en plusieurs langues et tiré à 200.000 exemplaires. La lecture en est bien propre à guérir les malades par insomnie. Paris, en dehors de la modiste de la rue Milton, avait son cercle antoiniste, rue du Faubourg Saint-Denis, qui comptait cinq ou six cents adeptes.
        Antoine et mort d'une attaque d'apoplexie. Sa veuve éplorée va essayer de continuer son commerce. Au temple antoiniste, où le corps du Thaumaturge est exposé, l'avis suivant a été affiché :
                        « Frères,
        « Le Conseil d'administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner… Avant de quitter son corps, il a tenu à voir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que la Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous ; Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine, à dix heures... »
        « Il n'y a rien de changé » est un peu sévère pour le bon Antoine. Puisqu’il prétendait quérir par une grâce particulière, les Antoinistes supposent donc que sa veuve héritera cette grâce, et après elle le président du Conseil d'administration et ainsi de suite, tant qu'il y aura des… actionnaires.
        – Attention, disent deux banquiers de Balzac qui se promènent, nous marchons au milieu de flots d'actionnaire.
        Ce siècle qui se croit septiques a des crédulités de Mozambiques au service de tous les illuminés ou de tous les simples farceurs. On le voit bien en politique ! C'est même sur cela que repose le régime parlementaire.
                                          GEORGE DE CÉLI

     La Gazette de France, 28 juin 1912


    votre commentaire
  • Een sektehoofd gestorven (Limburger koerier, 26 juin 1912)    Een sektehoofd gestorven - Antoine, de gebedsgenezer in het Walenland, die zich „le père Antoine” liet noemen en een soort van eigen godsdienstje gesticht had, is overleden. De 62-jarige „mère Antoine” zal de zaak op denzelfden voet voortzetten in den „tempel” der Antoinister bij het station van Jemeppe.
        Louis Antoine was uit arme ouders te Mons Crotteux (prov. Luik) in 1846 geboren. Hij was de jongste van elf kinderen en ging op 12-jariger leeftijd met zijn vader in de mijnen werken. Later werd hij metaalbewerker, arbeidde eenige jaren in Duitschland en Russisch Polen en vestig de zich later, gehuwd en vrij gefortuneerd, te Jemeppe. Zijn eenig kind stierf op 20-jarigen leeftijd. Op 42-jarigen leeftijd liet hij het Katholicisme los om zich aan het spiritisme te wijden. Nauwelijk kunnende lezen of schrijven, stichtte hij zes jaren geleden het „Nieuw Spiritisme”, beweerde zieken te kunnen genezen en werd twemaal vervolgd wegens onbevoegd uitoefenen der geneeskunst. Uit België, Frankrijk, Duitschland en Ned.-Limburg stroomden de goedgeloovigen naar hem toe. Hunne offers en de opbrengst der tijdschriften, die hij op een zelfgestichte drukkerij uitgaf, brachten hem heelwat op.

     Limburger koerier, 26 juin 1912

     

    Traduction :

        Un chef de secte est mort - Antoine, le guérisseur de la région wallonne, qui s'était laissé appeler "le père Antoine" et avait fondé sa propre petite religion, est mort. La "mère Antoine", âgée de 62 ans, poursuivra l'activité en même temps dans le "temple" des Antoinistes près de la gare de Jemeppe.
        Louis Antoine est né de parents pauvres à Mons Crotteux (prov. Liège) en 1846. Il était le plus jeune de onze enfants et est allé travailler avec son père dans la mine à l'âge de 12 ans. Plus tard, il devient métallurgiste, travaille pendant quelques années en Allemagne et en Pologne russe, puis, marié et assez riche, s'installe à Jemeppe. Son unique enfant est mort à l'âge de 20 ans. A 42 ans, il abandonne le catholicisme pour se consacrer au spiritisme. À peine capable de lire ou d'écrire, il a fondé il y a six ans le "Nouveau Spiritisme", prétendait pouvoir guérir les malades et a été poursuivi deux fois pour exercice illégal de la médecine. Des gens crédules affluent vers lui en provenance de Belgique, de France, d'Allemagne et du Limbourg néerlandais. Des dons et les recettes des revues, qu'il publiait dans une imprimerie de sa propre initiative, lui apportaient beaucoup.

    Courrier du Limbourg, 26 juin 1912


    votre commentaire
  • Le Mystère (Les Annales politiques et littéraires - 7 juilllet 1912)

    Notes de la Semaine

    Le Mystère

        Un singulier personnage vient de mourir. On l'appelait Antoine-le-Guérisseur ou, encore, Antoine-le-Généreux. Ancien ouvrier lamineur, dénué de culture, mais doué d'une mystérieuse puissance psychique, il croyait posséder le pouvoir de soulager ses semblables ; il les délivrait de leurs maux physiques, et leur restituait le bien-être. D'innombrables témoignages attestent les cures qu'il opérait ainsi, sans remède, par la seule vertu de sa présence et de sa volonté. Chaque jour, des centaines de malades accouraient vers lui; les aveugles voyaient, les paralytiques marchaient. « C'est la foi qui opère ce miracle », disait Antoine. Se souvenant de son métier d'autrefois, il ajoutait : « Le feu de la forge rend le fer malléable, et alors l'homme en fait ce qu'il désire. Notre âme est un feu aussi. » Les médecins lui intentèrent un procès pour exercice illégal de leur art. Les tribunaux l'acquittèrent, ayant eu la preuve qu'il ne tirait aucun salaire de ses soins. Alors, il fonda, une sorte de religion, l' « Antoinisme », dont les adeptes se répandirent dans toutes les parties de l'univers. Un admirateur passionné consacra 100,000 francs à lui bâtir un temple à Jemmêpas. Une pétition, recouverte de 130,000 signatures et adressée au gouvernement belge, demanda que l' « Antomisme » fût officiellement reconnu.
    Le nouveau culte recruta un peu partout ses fidèles ; des groupes se formèrent à Paris, à Tours, à Vichy, à Lyon, à Nice, à Aix-les-Bains, à Grenoble. Une prêtresse « antoiniste », Mlle Camus, se confessait, dernièrement, au rédacteur d'un journal :
        « Comment je procède ? Rien de plus simple. Un malheureux, atteint de quelque infirmité, se présente-t-il, je lui ordonne de penser au Père (le « Père », c'est Antoine). De mon côté, je Lui communique ma pensée. Je pense en Lui, comme il pense en Dieu. Puis, je m'endors, et je lis a livre ouvert dans les parties souffrantes du malade. Je souffre moi-même de sa douleur, je l'accapare, je l'extirpe peu à peu de son corps pour la pulvériser, l'égrener, la disperser au dehors. »
        Antoine avait fondé des organes qui propageaient sa parole. J'ai sous les jeux un exemplaire de L'Unitif, imprimé à Jemmêpes-sur-Meuse. J'y lis ceci : « Vous ne pouvez faire de la morale à personne ; ce serait prouver que vous ne faites pas bien, car elle ne s'enseigne pas par la parole, mais par l'exemple... Tâchez de vous persuader que la moindre souffrance est due à votre intelligence qui veut toujours plus posséder ; elle se fait un piédestal de la clémence, en prétendant que tout lui soit subordonné... » Ce langage sibyllin, à cause de son obscurité même, attirait et séduisait les coeurs simples..
        De tout temps, il exista des. « guérisseurs » de l'espèce d'Antoine. Il y en avait aux Indes, en Grèce, à Rome, chez les Gaulois, plus tard, au moyen âge, dans les faubourgs des villes et dans les campagnes, où ils se livraient à leurs pratiqués suspectes. Parfois, on les tolérait... Souvent convaincus de sorcellerie, condamnés par l'Eglise, ils périssaient de la main du bourreau. Mais ces persécutions ne les décourageaient pas. Ils renaissaient de leurs cendres. Leur race est indestructible. Elle résiste aux progrès de la science,à l'évolution des moeurs, au développement de l'esprit d'analyse et d'examen. Hier Antoine avait des émules en la personne du célèbre zouave Jacob, qui jouit, pendant un demi-siècle, d'une réputation mondiale ; en la personne du non moins fameux Philippe, que le tsar manda à Saint-Pétersbourg afin de le consulter sur la santé de l'impératrice et qui revint, chargé de présents et d'honneurs, je pourrais allonger indéfiniment cette liste. Plus que jamais, aujourd'hui, les voyants, les apôtres de l'occultisme pullulent. Balzac — qui fut, lui aussi, un prophète — annonce quelque part que le début du vingtième siècle doit être marqué par une recrudescence de la magie. Sa prédiction s'accomplit. Si vous avez un ami à la préfecture de police, renseignez-vous. Il vous dira que la capitale de la France compte plus de dix mille devins et devineresses répartis dans ses différents quartiers, les plus aristocratiques, les plus populeux. Il vous en donnera la liste. Et vous pourrez, s'il vous en prend envie, mettre à l'épreuve leur lucidité. J'ai fait cette promenade. J'ai vu des sibylles, entre un chat noir et un perroquet, lire l'avenir dans le blanc d'oeuf et le marc de café. Certaine visite aux environs du. Moulin de la Galette m'a laissé un impérissable souvenir.
        Nous arrivons devant une maison basse et décrépite dont la porte est hermétiquement close. Trois coups, frappés à intervalles égaux, constituent le signal convenu. L'habitante du lieu en déduit que les étrangers qui la demandent ne sont pas des « mouchards », mais des gens de bonne foi. L'huis s'entre-bâille, et un horrible relent de soupe à l'oignon nous serre la gorge. Nous pénétrons dans une chambre obscure et sordide, et nous distinguons, au coin de l'âtre, où graillonne un feu de mottes, une forme accroupie. C'est la maîtresse de céans, qui ressemble aux bohémiennes de Ponson du Terrail. Cheveux gris embroussaillés, yeux clignotants, joues parcheminées, mains crochues.
        — Qu'y a-t-il pour votre service ? demande-t-elle avec un accent qui trahit son origine tudesque.
        Elle sourit, et ce sourire découvre une mâchoire édentée. Notre guide lui demande de tirer les cartes. Elle nous fait asseoir autour d'une table, sous laquelle deux poules sont en train de picorer. Elle prend sur sa cheminée des cartons crasseux, et la consultation commence. Je me dévoue au rôle de patient. La vieille m'annonce des choses plutôt agréables, que je serai « distingué » d'une femme riche (honni soit qui mal y pense !), que je réussirai dans mes entreprises, que je triompherai de mes ennemis.
        — Méfiez-vous seulement des accidents de voiture, ajouta-t-elle.
        Deux jours plus tard, j'avais le doigt pincé dans la portière d'un taxi et l'ongle emporté, et j'étais obligé de subir une douloureuse opération. Ah! si j'avais été superstitieux!
        Ne supposez pas que je raille, et que je veuille blesser, par une ironie facile, des convictions respectables... Elles se peuvent allier — je ne l'ignore pas — aux délicatesses de la sensibilité, aux raffinements de l'intelligence. D'éminentes femmes d'illustres artistes que je sais, consultent la somnambule. Ils ne nient pas la réalité de ce don spécial qui déjà, du temps de Tirésias, se nommait la « double-vue »...     Quelle conclusion tirer de tout ceci ? C'est que l'humanité, faible, inquiète, environnée de mystères, avide d'échapper aux platitudes terrestres, se sent invinciblement attirée par l'idéal et le merveilleux...
                            LE BONHOMME CHRYSALE

    Les Annales politiques et littéraires, 7 juillet 1912


    votre commentaire
  • Antoine de Genezer (Zierikzeesche Nieuwsbode, 16 februari 1912)

    Antoine de Genezer.

     

        'k Schreef onlangs in de Bode een artikeltje over de zoogenaamde wonderdokters. 'k Had toen niet gedacht, dat is heel kort daarop met een dergelijk man in aanraking zou komen en mij opnieuw zou kunnen overtuigen van den verbazenden invloed, dien zulk een persoon op de menigte kan uitoefenen.
        Op een uitstapje in het Walenland namelijk, ontmoetten wij – eenige vrienden en ik – in een dorp van he kolenbekken, een reeds bejaard man die door iedereen met eerbled werd gegroet. Ofschoon door de jaren gebogen, getuigde ziin blik nog van groote wilskracht. Gekleed in een lange zwarte jas had hij geheel het uitzicht van een rustend ambtenaar. Daar iedereen hem scheen te kennen en te achtten, wekte de man onze nieuwsgierigheid op; we vroegen, en wat men ons over hem mededeelde, ga ik nu ook eens aan de getrouwe lezers van de Bode vertellen.
        Antoine – dit is de naam van den persoon in kwestie – was vroeger een eenvoudig koolmijnwerker, die zich door niets van zijn kameraden onderscheidde. Doch het toeval wilde, dat hem op zekeren dag een erfdeel toeviel. Alsdan zeide een inwendige stem hem: „Ge zijt nu rijk, verlaat de mijn, en doe de tafels omdraaien”. Hij luisterde naar die stem, legde de handen op een tafeltje, en deed het draaien. Antoine begreep alsdan zijn bestemming en werd dus spiritist. Hij vestigde zich als medium, richtte vergaderingen in, en schreef voor de oogen zijner onnoozele vrienden de mededeelingen uit de andere wereld op papier.
        Ja, na twintig eeuwen wetenschap en beschaving laten velen zich nog op zulke wijze beetnemen! Trouwens, zóó is het altijd geweest en zóó zal het ook wel altijd blijven.
        Antoine deed dus de dooden spreken en schrijven; en na korten tijd had hij een groot getal volgelingen, die hem eerbiedigden, maar nog meer vreesden. Dan ontdekte hij in zich een nieuwe gave, n.l. de kunst om te genezen, hem door de geesten geschonken. De stemmen zeiden hem: „Ga en genees!” En Antoine ging. Hij begaf zich tot de zieken, legde de handen op hen, zooals hij dit op de tafels deed; het hoofd der kranken draaide, en – zij genazen. Twee, drie genezingen waren voldoende om hem een ontelbaar getal nieuwe aanhangers te bezorgen. Weldra kon hij zijn kleine woning niet meer verlaten; men verdrong zich aan zijn deur. Een nieuwe godsdienst ontstond en dit zooveel te eerder, omdat in tegenstelling met de gewoonte, de uitoefening er van niets kostte. Want Antoine heeft nooit willen betaald worden; hij verzorgt en geneest, omdat hij het als zijne roeping beschouwt. De vereering zijner aanhangers is hem voldoende.
        Op welke manier hij geneest? Wanneer ge bij hem komt, zal hij u langen tijd bezien; met zijn buitengewoon scherpen blik als het ware in u dringen en u daarna meestal naar waarheid zeggen, waaraan ge 19dt; want Antoine is een zeer behendig gelaatkenner. Ook verstaat hij het u te doen spreken; en uit uwe oogenschijnlijk onbeduidende woorden ontdekt hij uwe kwaal. ‘t Gebeurt ook wel, dat hij een niet bestaande kwaal ontdekt, maar zooiets overkomt aan alle dergelijke genezers.
        Behalve de macht om te genezen hebben de geesten hem ook nog de gave van onderrichten geschonken en 't is inderdaad wonderbaar: deze weinig geleerde miniwerker houdt redevoeringen, predikt en schrijft vlugschriften. Daardoor is het te begrijpen, dat het getal zijner vereerders en volgelingen op korten tijd in buitengewone mate is toegenomen en zonder moeite het noodige geld – 100,000 franken – was bijeengebracht voor het oprichten van een tempel te Jemeppe-sur-Meuse, naast de woning van Antoine; een tempel in modernen stijl, waar de menigte zich in massa heen begeeft, om den meester te zien en te hooren. Daar spreekt en geneest Antoine. Hij legt de handen op en zegt: „Denk aan mij!” Want daarin ligt geheel zijn macht; om te genezen en gered te worden, moet men met hem in geestesgemeenschap blijven.
        Wat zijn zedeleer aangaat, deze komt vrijwel overeen met die van generaal Booth: „Hebt uwen naaste lief”, „de liefde is het goede”, „het bezit van God beloont de braven”, enz. Antoine ontwikkelt deze thema's op gepaste wijze in zijnen tempel; wel is de redenaar soms ietwat duister maar dat kan men van een wonderdoener niet kwalijk nemen.
        In den beginne lachte het publiek met Antoine, zijn leer en zijn macht; thans lachen velen niet meer. Het bewijs er van is, dat onlangs een verzoekschrift naar de Belgische Kamer verzonden werd, waarin 160.000 personen de wettige erkenning van den nieuwen godsdienst vroegen. Of echter aan dit verzoek gevolg zal gegeven worden, is hoogst twijfelachtig en dit zooveel te meer, wijl Antoine reeds een mededinger heeft gevonden, die hem overtreft. Immers, te La Bascule-Ayeneux, een Waalsch dorpje, is een nieuwe wonderdoener opgetreden. 't Is een eenvoudige boer, die – zoo zegt men – zonder eenig geneesmiddel, de hardnekkigste ziekten geneest. Een echte toovenaar dus! En voor die genezing heeft hij niets noodig dan – het gebed! Niet dat de zieke moet bidden, och neen! de wonderdokter doet dit zelf. De zieke heeft niets te doen dan te gelooven. In dit opzicht verschilt de nieuwe wonderdokter dus niet van Antoine van Jemeppes. Doch de eerste toont zijn meerderheid door het genezen niet alleen van menschen, maar ook van vee; zoodat nu ook de veeartsen met zijn concurrentie hebben te rekenen. En bemerk wel, dat hij niet eens noodig heeft de dieren te zien, hij geneest ze op afstand. Het zonderlingste van de zaak is, dat de genezende macht van den man zich niet uitstrekt tot zijn eigen persoon. Is hij zelf ziek, dan kan hij zich niet genezen, en is zijn vee in dat geval, dan sterft het.
        Ziedaar, wat ik vernam over deze twee wonderdokters. En de slotsom? zal men vragen. Wel, volgens mij zijn Antoine en zijn mededinger uitstekende physionomisten en genezen zij eenvoudig door het uitoefenen van invloed op den geest der zieken (suggestie). En dan, het zal ook hier wel zijn als overal: enkele toevallige genezingen worden met trommel en fluit publiek gemaakt; het veel grooter aantal mislukte genezingen wordt verzwegen.

     

          Antwerpen.                   J. HOGERHEIJDE

     

    Zierikzeesche Nieuwsbode, 16 februari 1912

     

     

     

    Traduction :

     

        J'ai récemment écrit un article dans le Bode sur les soi-disant médecins miracles. Je ne pensais pas alors que, très peu de temps après, j'allais entrer en contact avec un tel homme et me convaincre à nouveau de l'incroyable influence qu'une telle personne peut exercer sur la foule.
        Lors d'un voyage en région wallonne, nous avons rencontré dans un village du bassin houiller, quelques amis et moi, un homme déjà âgé qui a été accueilli avec honneur par tous. Bien que courbé au fil des ans, son regard a toujours fait preuve d'une grande volonté. Vêtu d'un long manteau noir, il avait toute l'apparence d'un fonctionnaire au repos. Comme tout le monde semblait le connaître et le prendre en considération, l'homme a éveillé notre curiosité ; nous avons demandé, et ce qu'ils nous ont dit sur lui, je vais maintenant le dire aux fidèles lecteurs du Bode.
        Antoine – c'est le nom de la personne en question – était un simple mineur de charbon, qui ne se distinguait en rien de ses camarades. Mais c'est une coïncidence qu'un jour il ait eu un héritage. Puis une voix intérieure lui dit : "Maintenant que tu es riche, quitte la mine et fais tourner les tables". Il a écouté cette voix, a posé ses mains sur une table et les a fait tourner. Antoine a alors compris son destin et est devenu un spirite. Il s'est imposé comme un médium, a organisé des réunions et a écrit les communications de l'autre monde pour ses amis invisibles.
        Oui, après vingt siècles de science et de civilisation, beaucoup se laissent encore berner de la sorte ! D'ailleurs, il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi.
        Ainsi, Antoine a fait parler et écrire les morts ; et peu de temps après, il a eu un grand nombre de disciples, qui le respectaient, mais craignaient encore plus. Puis il a découvert en lui un nouveau don, à savoir l'art de guérir, qui lui a été conféré par les esprits. Les voix lui ont dit : "Va et guéris !" Et Antoine y est allé. Il est allé voir les malades, leur a imposé les mains, comme il le faisait sur les tables ; la tête des malades s'est retournée, et – ils ont été guéri. Deux ou trois guérisons ont suffi pour lui donner un nombre incalculable de nouveaux adeptes. Bientôt, il ne pouvait plus quitter sa petite maison ; ils se sont entassés à sa porte. Une nouvelle religion est apparue, et d'autant plus vite, car contrairement à la coutume, sa pratique ne coûte rien. Car Antoine n'a jamais voulu être payé, il a soigné et a guéri, car il considérait que c'était sa vocation. Le culte de ses adeptes lui suffit.
        De quelle façon guérit-il ? Quand vous viendrez à lui, il vous verra pendant longtemps ; avec son regard extraordinairement aiguisé, il vous pénétrera, pour ainsi dire, et ensuite il vous dira généralement la vérité sur ce que vous faites ; car Antoine est un personnage très habile. Il comprend aussi comment vous faire parler ; et à partir de vos mots apparemment insignifiants, il découvre votre maladie. Il arrive aussi qu'il découvre une maladie inexistante, mais quelque chose comme cela arrive à tous ces guérisseurs.
        Outre le pouvoir de guérir, les esprits lui ont aussi donné le don d'enseigner, et c'est effectivement miraculeux : ce mini-ouvrier peu instruit fait des discours, prêche et écrit des pamphlets. On comprend donc que le nombre de ses adorateurs et de ses disciples ait augmenté de façon extraordinaire en peu de temps, et que sans difficulté l'argent nécessaire – 100 000 francs – ait été réuni pour l'érection d'un temple à Jemeppe-sur-Meuse, à côté de la résidence d'Antoine ; un temple de style moderne, où la foule se rend en masse, pour voir et entendre le maître. Là, Antoine parle et guérit. Il lève les mains et dit : "Pensez à moi !" Car c'est là que réside toute sa puissance ; pour être guéri et sauvé, il faut rester en communion avec lui en esprit.
        Quant à sa doctrine morale, elle est presque la même que celle du général Booth : " Aime ton prochain", "l'amour est le bien", "la possession de Dieu récompense les braves ", etc. Antoine a développé ces thèmes de manière appropriée dans son temple ; l'orateur est parfois un peu sombre, mais on ne peut pas en vouloir à un faiseur de miracles pour cela.
        Au début, le public riait avec Antoine, sa doctrine et son pouvoir ; maintenant, beaucoup ne rient plus. La preuve en est qu'une pétition a récemment été envoyée à la Chambre belge, dans laquelle 160 000 personnes ont demandé la reconnaissance légale de la nouvelle religion. Cependant, il est assez douteux que cette demande soit acceptée ou non, d'autant plus qu'Antoine a déjà trouvé un concurrent qui le surpasse. En effet, à La Bascule-Ayeneux, village wallon, un nouveau faiseur de miracles s'est produit. Il s'agit d'un simple agriculteur, qui – comme on dit – sans aucun médicament, guérit les maladies les plus tenaces. Un vrai magicien ! Et pour cette guérison, il n'a besoin de rien d'autre que de la prière ! Non pas que le malade doive prier, oh non ! Le docteur miracle le fait lui-même. L'homme malade n'a rien d'autre à faire que de croire. À cet égard, le nouveau docteur miracle n'est pas différent d'Antoine de Jemeppes. Mais le premier montre sa majorité en guérissant non seulement des personnes, mais aussi du bétail ; si bien que maintenant, les vétérinaires doivent eux aussi faire face à sa concurrence. Et remarquez qu'il n'a même pas besoin de voir les animaux, il les soigne à distance. Ce qui est étrange, c'est que le pouvoir de guérison de l'homme ne s'étend pas à sa propre personne. S'il est lui-même malade, alors il ne peut pas se soigner, et si son bétail est dans ce cas, alors il meurt.
        Voyez ce que j'ai entendu à propos de ces deux médecins miracles. Et la conclusion ? On se posera la question. Eh bien, à mon avis, Antoine et son concurrent sont d'excellents physionomistes et ils guérissent simplement en exerçant une influence sur l'esprit des malades (suggestion). Et puis, ce sera comme partout ailleurs : certaines guérisons accidentelles sont rendues publiques avec tambour et trompette ; le nombre beaucoup plus important de guérisons manquées est étouffé.

     

            Anvers.                   J. HOGERHEIJDE

     

    Zierikzeesche Newsbode (Nouveau messager de Zierikzee), 16 février 1912

     


    votre commentaire