• Une cérémonie Antoiniste à Paris (La Liberté, 4 nov 1924)

    Une cérémonie Antoiniste à Paris

        Les rares passants qui courbés sous la pluie battante, se hâtaient hier, vers midi, de regagner leur domicile sur le boulevard Edgard-Quinet, remarquèrent, à la hauteur du numéro 64, le convoi funèbre que représente notre photographie. Il s'agissait de l'inhumation d'une vénérable dame appartenant au culte Antoiniste, et tous les frères et sœurs antoinistes de Paris étaient présents dans leur costume rituel : la robe noire et le voile pour les femmes, la longue redingote noire et le chapeau noir aux larges bords pour les hommes.
        La cérémonie fut fort simple. Elle se fit selon le rite, dehors dans la cour de l'immeuble : le cercueil était placé sur deux chaises et recouvert du velum portant simplement l'inscription : Culte Antoiniste. Un adepte tenant l'emblème de la secte : l'Arbre de la science de la vue du mal.
        L'officiant ne fit aucun discours, ne récita nulle prière, il se contenta de lire à voix très lente et martelée les dix principes qui composent l'essentiel de la révélation du père Antoine le Généreux.
         Cette révélation, si je l'ai bien comprise, tient en une unique pensée : l'amour (l'amour de Dieu et l'amour des créatures en Dieu et pour Dieu) peut seul sauver les hommes ; l'ennemi de l'homme, c'est l'intelligence, c'est-à-dire la raison raisonnante voulant toujours discuter et contrôler la croyance. Autrement dit, c'est l'orgueil qui perd l'homme, alors que l'humble foi le sauverait aisément.
        Le beau côté de cette secte, c'est la très douce tolérance. J'ai retenu au passage ce fragment de l'un des principes : « Si vous respectez toute croyance et celui qui n'en a pas, vous savez, malgré votre ignorance, plus qu'on ne pourrait vous apprendre… »
        Respecter toute croyance et même l'absence de croyance... Ce n'est pas, hélas ! dans notre contemporaine qu'une pareille secte pourra jamais trouver beaucoup d'adeptes...

    La Liberté, 4 novembre 1924


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  • Un antoiniste en promenade (Excelsior, 29 août 1912)

        Un antoiniste en promenade. Le fondateur du culte antoiniste est mort, mais sa religion subsiste et ses adeptes sont encore nombreux.
        Il existe un club antoiniste en Savoie, et, à Paris, plusieurs fidèles du « guérisseur » belge pratiquent la religion qu'il leur enseigna.
        L'un de ces derniers, M. Noël, est venu nous rendre visite hier. Son maintien est grave, sa longue lévite noire lui donne un aspect solennel, mais il est, au demeurant un très aimable Parisien de la rive droite.
        Un uniforme aussi austère ne pouvait passer inaperçu. En sortant d'Excelsior, M. Noël croisa un groupe de jeunes gens qui s'arrêtèrent pour le mieux regarder. Et nous saisîmes ce dialogue :
        – C'est un globe-trotter.
        – Mais non, c'est Ben-Ghabrit.
        – Qui ça, Ben-Ghabrit ?
        – Le barnum de Moulay-Hafid, voyons !...

    Excelsior, 29 août 1912


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  • Don d'antoinistes (Le Matin, 28 nov 1929)


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  • Costumés - Les fervents adeptes (Le Grand écho du Nord de la France 10 déc 1931)


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  • Un enterrement antoiniste à Tourcoing (Le Grand écho du Nord de la France 24 sept 1933)

    Un enterrement « antoiniste » à Tourcoing

        La religion que pratiquent les « Antoinistes » et qui naquit voici quelques dizaines d'années à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liége, se distingue par la simplicité du culte et par la sobriété de ses cérémonies religieuses.
        Nous avons assisté samedi après-midi, rue des Piats, à Tourcoing, à un enterrement antoiniste.
        La défunte, une « sœur » de modeste condition – chaque « antoiniste » est le « frère » ou la « sœur » des autres fidèles – Marguerite Dupont-Bertea, habitait au fond d'une cour bordée de maisons ouvrières.
        Dès 14 heures, les adeptes silencieux et recueillis emplissent l'étroit couloir et débordent dans la rue où s'amassent les curieux.
        Les « frères », sanglés dans de longues redingotes noires boutonnées jusqu'au cou, assez semblables à celles des « Clergymen », tiennent en mains un étrange gibus aux bords extraordinairement larges, aux flancs évasés vers le sommet.
        Les « sœurs », drapées dans des robes de deuil en gros drap, un voile de soie noire maintenu sur la tête par une bande de crêpe gauffrée nouée sous le cou, forment un cercle silencieux et grave autour du réduit où repose le cerceuil de la morte.
        Les parents, les amis, défilent dans la chambre mortuaire, où ne brille aucun cierge, l'espace d'une courte prière. Au milieu du cercueil un cœur gravé dans la planche remplace la croix. Du côté des pieds, le « livre des révélations d'Antoine » qui renferme en sa brièveté tout le dogme de la « religion » est ouvert au chapitre de la « réincarnation ».
        Mais voici qu'un remous se produit dans l'assistance. Les officiants « frère Jean » et « sœur Jeanne », sa femme, du temple antoiniste d'Hellemmes, arrivent pour la levée du corps. On place le cercueil sur deux chaises et « frère Jean » donne lecture des « dix principes révélés par le père ».
        Puis, sans qu'aucune autre parole soit prononcée, le corps, placé sur une civière, gagne sous le ciel gris qui ajoute à la tristesse de cette minute, le modeste corbillard qui doit le conduire à sa dernière demeure.
        Pas de fleurs. Une simple draperie verte avec ces mots brodés en lettres d'or : « Culte antoiniste ».
        En tête, en lieu et place de la croix, l' « Arbre de la science de la vue du mal » est porté solennellement par un adepte qu'encadrent deux « frères » en « robe ».
        Le mari, la famille et la foule, suivent en un long et triste ruban noir qui fait se découvrir les passants à la fois émus et intrigués.
        Au cimetière, le « frère Jean » d'une voix monotone lit le « Chapitre de la réincarnation ».
        Il pleut et les paroles tombent une à une, froides, lentes, pénétrantes, comme les gouttes qui, peu à peu, nous glacent les épaules.
        Le grincement des cordes sur le bois qui glisse dans la fosse...
        – Au nom du père, merci...
        ...C'est fini.

                                                                          Jean PILET

    Le Grand écho du Nord de la France, 24 septembre 1933


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