• Magnette et Goblet d'Alviella, l'Antoinisme et la politique

     Charles Magnette (1863-1937)  (illustration : photo pour un banquet franc-maçon et son ruban moiré - Musée Grand Curtius, Liège)
        Avocat et homme politique (président du Sénat de 1928 à 1932 et Ministre d'État). Trois fois Grand Maître du Grand Orient de Belgique. Fondateur de l'Association maçonnique internationale en 1921. L'Encyclopédie du Mouvement wallon lui consacre une importante notice en son Tome III.
        En 1914 et en 1916, il a adressé des appels aux Grandes Loges allemandes, s'élevant notamment contre les atrocités commises et les déportations de travailleurs. Cela lui valut une peine de prison.
    source : wikipedia
        L'Avenir du Luxembourg (Samedi 16 Mai 1914) affirme "que le F. :. Magnette s'est fait le champion des Antoinistes." On en parle comme "le culte du F.:. Magnette.

     le comte Eugène Goblet d'Alviella (1846-1925) (illustration : portrait ; source : digitheque.ulb.ac.be)
        Homme politique belge et professeur d'histoire des religions à l'ULB, membre du parti libéral.
        15 janvier 1895, D'Alviella est élu Premier Vénérable Maître de la nouvelle loge "Les Amis Philanthropes n°2" qui réunit les libéraux conservateurs tandis que les libéraux progressistes garde le nom de loge des "Amis Philanthropes". 1900: il devient "Grand Commandeur du REAA.
        Le 5 mars 1909: il devient membre de la loge Quatuor Coronati à Londres. En 1919, il devient professeur honoraire et il est nommé membre permanent du conseil d'administration de l'ULB.
        Eugène Goblet d’Alviella fut professeur puis recteur de l’Université Libre de Bruxelles. Il fut aussi président de la Société royale belge de Géographie et publia un grand nombre d’ouvrages ayant pour thème : le pacifisme, l’économie ou encore le symbolisme maçonnique (il est notamment à l'origine de nouveaux hauts-grades). On lui doit surtout la création des cours d’histoire des religions à l’Université libre de Bruxelles. Son ouvrage "La migration des symboles" le rendit célèbre dans ce domaine.
        Il fut député, sénateur et recteur de l' Université de Bruxelles.
        1872 : élection au Conseil provincial du Brabant. 1878 : élection à la Chambre des représentants.
    source : wikipedia
        A lire sur lui : Eugène Goblet d'Alviella : historien et franc-maçon / édité par Alain Dierkens 
        A lire de lui : La migraton des symboles (1891)
                         Croyances, rites, institutions (1911)

        En 1919, dans Le Père Antoine et son oeuvre, on lit : les sénateurs priés de soutenir le projet de reconnaissance demandaient l'épreuve du temps. Le projet de loi devait être présenté en 1914 à la rentrée des Chambres. Mais la guerre éclata.
        Ce fut le 29 mars 1910 que le secrétaire du Comité antoiniste écrivit pour la première fois au Ministre de l'Intérieur. Le frère Deregnaucourt proposait ainsi que le Ministre veuille bien "accorder audience à notre délégué M.Delcroix au jour et heure qui [lui] conviennent."
        Le 19 avril, il fallut recommencer en adressant la lettre au Ministre de la Justice et des Cultes. Le Ministre de la Justice n'ayant pas accordé immédiatement l'audience sollicitée, M.Deregnaucourt lui envoya dès le 23 avril une espèce d'ultimatum. (p.273-74).
        Devant l'inertie du Gouvernement catholique, il ne restait aux Antoinistes que le recourt au pétitionnement et à l'intervention des représentants anticléricaux. Ceux-ci montrèrent assez peu d'empressement à prendre l'initiative d'un projet de loi. Quand à la pétition, son succès continuait. (p.274)

        Le document fut envoyé le 2 décembre 1910 à la Chambre des députés. Le 27 janvier 1911, la pétition fut transmise au Ministre de la justice "ce qui équivaut à dire aux calendes grecques" (La Meuse, 2-2-1911).
        Le document dormait depuis plus de deux ans dans les cartons de l'Administration, lorsque M. le sénateur Ch. Magnette demanda (en 1914) au Ministère quels étaient les résultats de l'examen. Le Ministre répondit que "le culte antoiniste ne se rattache, dans son ensemble, à aucun service public du culte organisé par la loi du 4 mars 1870. La loi seule pourrait lui attribuer la reconnaissance officielle. C'est alors que M. Ch. Magnette et le Comte Goblet d'Alviella décidèrent de déposer un projet de loi. (p.275-76 & Dericquebourg, p.149)
        Survint la guerre. [...] Ainsi au moment où, après l'armistice, les Antoinistes publiaient la brochure « Le Père Antoine et son oeuvre », en vue d'obtenir la reconnaissance légale du Culte, celui-ci comptait quinze temples en Belgique et deux à l'étranger.
        A peine rentré victorieux à BRUXELLES, le Roi des Belges recevait une lettre de Mère ANTOINE pour solliciter sa bienveillante intervention.

    "Jemeppe-sur-Meuse, le 16 décembre 1918.
             Sire,
        Sachant votre profond amour de la justice, je prends la respectueuse liberté d'attirer l'attention de Votre Majesté sur les démarches du Culte antoiniste tendant à obtenir la reconnaissance légale. Le 2 décembre 1910, il a été adressé aux Chambres une requête appuyée de plus de 160000 signatures. En 1914, Messieurs les Sénateurs Comte Goblet d'Alviella et Magnette devaient prendre l'initiative d'un projet de loi qui donnât satisfaction à notre Culte grandissant. Nous possédions alors en Belgique sept temples. Pendant la guerre nous en avons édifié sept nouveaux et d'autres sont en construction. Si nous demandons d'être reconnus par l'Etat c'est uniquement pour que nos temples soient exonérés des charges fiscales au même titre qu'en France. Notre Culte a pour base le plus grand désintéressement et ne vise qu'à l'amélioration morale des hommes. Sire, nous faisons appel à votre bienveillante intervention au moment où vous rentrez avec vos armées victorieuses pour lesquelles ainsi que pour Vos Majestés tous les adeptes unis dans la même pensée de foi et d'amour n'ont jamais cessé de faire les voeux les plus ardents. Que Votre Majesté daigne recevoir les meilleures pensées de tous nos coeurs dévoués.
    (s.) Mère ANTOINE. Directrice du Culte »
        Cela étant, le Culte Antoiniste n'était pas encore au bout de ses peines... et bien des lettres durent encore être écrites :
    - Le 22 septembre 1919, à Emile VANDERVELDE, Ministre de la Justice;
    - Le 1° décembre 1919, à nouveau à Emile VANDERVELDE;
    - Le 5 mars 1920, à la Reine des Belges;
    - Le 22 mars 1920, à nouveau à Emile VANDERVELDE;
    - Le 20 mars 1921, à nouveau à la Reine des Belges.
        Finalement, les Antoinistes obtinrent satisfaction. Ils purent bénéficier d'une nouvelle loi accordant la personnalité civile aux associations sans but lucratif et aux établissements d'utilité publique. La loi votée, le Culte antoiniste put enfin se faire reconnaître comme établissement d'utilité publique.
    source : http://antoinisme-documentation.skynetblogs.be/post/6695556/lantoinisme-pendant-et-apres-1418


                   Bruxelles, le 5 mars 1920.
           Madame,
        Sachant votre constante sollicitude pour toutes les oeuvres de bonté et d'élévation sociales nous soussignées, résidant à Paris et à Bruxelles, ferventes adeptes du Culte Antoiniste, sollicitons humblement, au nom de Mère Antoine, de Votre Majesté la faveur d'une audience particulière, dans le ferme espoir qu'Elle daignera également s'intéresser à notre cause.
        Le Père Antoine, dont la grandeur morale inspirait à tous ceux qui l'approchaient la plus profonde vénération a révélé un Enseignement très pur que professe un nombre toujours plus considérable d'adhérents.
        En 1910, prévoyant l'extension rapide de son oeuvre, Il adressa aux Chambres une pétition appuyée de plus de 160.000 signatures de citoyens belges à seule fin d'obtenir, pour les temples antoinistes, l'exonération des droits de transmission.
        Mère Antoine, qui depuis 1912, dirige le Culte avec la foi et l'amour sublimes du Révélateur a vu s'accroître de jour en jour le nombre des adeptes.
        Elle a fait construire en Belgique quatorze nouveaux temples antoinistes.
        Âgée de près de septante ans et désireuse d'éviter à son successeur de sérieuses difficultés financières, Elle réclame avec insistance la reconnaissance légale du culte pour obtenir, non des subsides, ce qui serait contraire à la pensée du fondateur, mais la personnification civile qui assurerait l'avenir des temples. [...]
        Pleines de confiance et d'espoir dans le coeur généreux de Votre Majesté, nous La prions d'agréer l'expression de notre respect infini et de notre inaltérable dévouement.
              (s.) Mme Jacq. Uhlmann, avenue de Belle-Vue, 6, Montmorency-Paris.
              (s.) Yvonne Wachter, 10, rue des Princes, Bruxelles.
        A Sa Majesté la Reine des Belges.
    Pierre Debouxhtay, p.276-80

        Pendant toutes ces démarches, un projet de loi, accordant la personnalité civile aux associations sans but lucratif et aux établissements d'utilité publique, avait été déposé sur la bureau de la chambre (20 juin 1920). Les Antoinistes s'empressèrent d'écrire au Ministre, lui rappelant que "Mère Antoine, propriétaire des temples est d'un âge avancé" et le priant "instamment d'user de [son] puissant crédit pour faire passer la loi au cours de cette session" (25 avril 1921). La loi votée, le culte antoiniste put enfin se faire reconnaître comme établissement d'utilité publique.
    Pierre Debouxhtay, p.280
        Le Ministre de la Justice était alors Fulgence Masson, avocat et homme politique à tendance libérale, Ministre de la Justice du 16 décembre 1921 au 13 mai 1925.
    source : wikipedia

        Il semble également que des congrégations religieuses, sans statut juridique clair et qui, à l’époque, inspiraient une grande méfiance, aient joué un rôle important dans la mise en place des « établissements d’utilité publique ». Le culte antoiniste a trouvé naissance aux environs de Liège au début du XXe siècle. Il a été institué officiellement comme “fondation” en 1922. C’est une des rares fondations religieuses existant en Belgique. La responsable du Culte Antoiniste soulève cette hypothèse : « J’ai même entendu dire que la loi de 1921 avait été faite pour nous parce que nous avions demandé la reconnaissance légale du culte. Je pense que c’est, à partir de ce moment-là, qu’il y a eu officiellement les fondations mais je n’en sais pas plus. ». Nous n’avons malheureusement trouvé aucune trace écrite pouvant confirmer ces propos. Dès 1921, le Ministère en charge de l’administration des fondations fut celui de la Justice, ce qui n’est pas anodin au vu de la suspicion, encore présente actuellement, exprimée à l’égard des fondations. (c'est ici une erreur, car le Ministre de la Justice était également le Ministre des Cultes, cf. http://www.just.fgov.be/fr_htm/information/htm_justice_a_z/htm_histo/I980006F.htm; l'Eglise protestante libérale dut faire la même démarche)
        Certaines FUP déclarent s’être constituées exclusivement, ou presque, pour les avantages fiscaux présentés par le statut juridique : « A l’époque, on a demandé le statut d’Etablissement d’Utilité Publique pour faciliter les héritages. C’est vraiment la raison. Je suppose que c’est la seule raison qui a joué, je n’y vois pas d’autres avantages. » (Culte Antoiniste)
        Il n’est pas exclu que certaines fondations gèrent plusieurs types de patrimoines en même temps. De même, certaines FUP ont pour mission explicite de conserver à la fois un bien immobilier et un patrimoine. Ainsi, le Culte Antoiniste est reconnu comme un Etablissement d’Utilité Public depuis 1922. C’est d’ailleurs l’une des plus anciennes fondations belges. Sa mission est de répandre l’enseignement moral du Père Antoine (patrimoine spirituel) tout en entretenant les vingt sept temples du Culte en Belgique (gestion de l’immobilier). C’est le cas également de la Fondation Masui dont le travail consiste à sauvegarder le patrimoine immobilier et l’oeuvre du peintre Paul Auguste Masui.
    source : Gautier PIROTTE, Les fondations belges d’utilité publique : entre permanence et changements

        En 1931, le Parti Libéral de Spa, décide de baptiser une de ses artères "rue du Père Antoine" (Jacques Cécius, Une religion de guérison : l'Antoinisme, p.42)


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  • Commentaires

    1
    Jacques Cécius
    Vendredi 25 Décembre 2009 à 11:40
    Goblet d'Alviella
    Eugène Goblet d'Alviella contribua, avec un de ses frères maçon, pasteur à Bruxelles, à la fondation de l'Eglise protestante libérale, rattachée à l'Eglise unitarienne d'Angleterre. Elle existe toujours. Le monument funéraire de Goblet, au cimetière de Court St Etienne, doit être vu. Il est recouvert de symboles de toutes les religions, et de citations diverses.
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