• Journal du magnétisme (v56, n1) Jan 1901

     

    Poursuites contre un médium guérisseur

        Les tendances sont partout les mêmes. Ainsi, M. Antoine, médium guérisseur de Jemeppe-sur-Meuse, qui, parait-il, guérissait beaucoup de malades abandonnés à l'aide du magnétisme et du «fluide est poursuivi, et certainement il sera condamné par la justice de son pays, comme il le serait par la nôtre.

    Journal du magnétisme (v56, n1) Jan 1901


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  • ANTOINE LE GUERISSEUR

    (Extrait du Messager de Bruxelles, Journal financier, reproduit par le Messager de Liège),

        « Il existe à Jemeppe-sur-Meuse un homme dont la renommée a franchi les limites de son bourg natal et qui voit accourir chaque jour vers lui des suppliants. Ils lui demandent, comme à un tout-puissant, la santé, la joie, le réconfort moral ; ils le supplient de leur faire entrevoir le sort de leurs parents morts. Et l'homme, le successeur des anciens thaumaturges réalise ses rêves : il renvoie ses visiteurs guéris, souriants, améliorés moralement, convaincus souvent qu‘ils ont entendu la parole d'un père ou d'une mère, d'un enfant ou d’un ami défunt. Cet homme s'appelle Louis Antoine ; on l'appelle plus volontiers Antoine le guérisseur.
        — Antoine ? Allez tout droit (on dit à Liège : rotez tout droit), vous tournerez à droite à la première rue, puis vous traverserez le pont du chemin de fer... puis...
        Celle qui me parle est une femme de mine souffreteuse, elle tient un enfant sur ses bras, deux autres sont accrochés à ses jupes. Elle ne s'étonne pas de mes questions, elle ne sourit pas. Je devine bien que toutes les mères d’ici, ont, une fois ou l’autre, invoqué le guérisseur contre la maladie d'un petit. C'est un triste bourg, ouvrier et industriel, Jemeppe ; comme toute la banlieue de Liège, il est cerné par la ronde joyeuse des collines encore vertes où les arbres, ce jour-là, s’échevelaient follement ; la Meuse le traverse d’un sillon lumineux et chantant comme une farandole.
        Tout le monde connaît Antoine, et tout le monde, sans rire et sans hésiter, donne les renseignements demandés.
        Au coin d'une rue, une maison dont une partie est occupée par une boutique, c'est là. On entre dans un corridor, mais déjà derrière une porte vitrée on a surpris des éclats de voix. Antoine a des visiteurs. On sonne ; une femme vient ouvrir. Et sans que l'assistance se détourne on se trouve dans une chambre modeste et propre, où se pressent les fidèles ; leur aspect extérieur m'autorise à les appeler des fidèles. Il en vient comme cela de 150 à 200 par jour (Vingt-cinq mille malades sont venus cette année).
        Louis Antoine est un homme de taille moyenne, les cheveux drus, noirs, mais grisonnants, le teint brun, la moustache grise et coupée court, les joues creuses ; il s’exprime, sans fausse modestie et sans vanité.
        — Comment guérissez-vous les gens ?
        — Par l'imposition des mains, ou en élevant mon esprit vers Dieu.
        — Vous êtes chrétien ?
        — Oui.
        — spirite ?
        — Oui. L'un n'empêche pas l'autre.
        — Votre pouvoir est-il infaillible ?
        — Non. Il y a des gens que je ne puis guérir. Ce sont ceux qui n’ont pas la foi, qui viennent à moi sans la sincérité, l'humilité du cœur.
        — Êtes-vous père ?
        — J'avais un fils, il est mort à vingt ans.
        Mais pourquoi me posez-vous ces questions ? Etes-vous malade ?
        — Oui. Mais je n’ajoute pas que ma maladie échappe aux médecins et que je suis de ceux, sans doute, qu’Antoine ne guérit pas.
        — Vous avez été poursuivi une fois, continué-je.
        — Oui, j’ai été condamné conditionnellement. J'avais, en recommandant une drogue inoffensive, été imprudent.
        En m’éloignant, j’interrogeai des pèlerins, ils ont tous une foi, une indestructible foi dans le pouvoir d’Antoine. On m'indique tel et tel que je puis interroger :
        — Allez voir. Demandez-lui comment il était, comment il est maintenant.
        A quoi bon ? Le miracle pour moi n'est pas là, il est dans la foi de ces ouvriers, de ces petits (ll n’y a pas que des petits, des ouvriers parmi les nombreux visiteurs de notre frère et ami Antoine ; Toutes les classes de la société se rencontrent dans la belle salie qu'il a fait construire adjacente à sa demeure), de ces souffrants, en ce guérisseur sorti de leurs rangs et qui, depuis longtemps déjà, opère parmi eux sans que leur foi se démente.
        Louis Antoine m'a remis des brochures. Je lis sur l'une cette invitation :
                                                         Vers Dieu par la Science et la Charité.

    Société Spirite
    Les vignerons du Seigneur de Jemeppe-sur-Meuse.

                  « Frères et Sœurs en Humanité,

        « Vous êtes invités aux séances publiques qui ont lieu le premier et le troisième dimanche de chaque mois, à 10 heures du matin, chez M. Louis ANTOINE, à Jemeppe-sur-Meuse.
        « Vous y serez reçus fraternellement, vous participerez aux séances, et vous pourrez, si les conditions le permettent, vous entretenir avec vos chers disparus de ce monde.
         « Le spiritisme vous donne les preuves de l'existence de Dieu, de la survivance de l’âme, et, en le pratiquant sincèrement, il vous conduit au Bonheur Eternel. — Dieu vous donne le don de soulager vos frères dans toutes maladies, afflictions morales ou physiques.
         « Le spiritisme est une philosophie consolante, base des enseignements du Christ et s’appuyant sur les lois qui régissent l'univers.

    « LOUIS ANTOINE. »

        Sur l'autre, il y a cette simple indication :
        « Séance publique le premier dimanche de chaque mois, chez M. Louis Antoine, rue du Bois-de-Mont, à Jemeppe-sur-Meuse, à 10 heures précises du matin et le deuxième et quatrième dimanche, chez M. Pierre Debroux, menuisier-entrepreneur à Crotteux-Mons, à 5 heures-de l'après-midi.
         « On peut se procurer les livres spirites chez M. Louis Antoine, ù Jemeppe. »
        Dans celle-ci je trouve la profession de foi du guérisseur. En voici le début :

                   « Frères et Sœur en Humanité,

        « Cette petite brochure a pour but de faire connaitre à mes visiteurs ma manière de procéder, de leur dire de quelle façon je puis leur être utile :
        « Je conseille à tous ceux qui se trouvent dans la peine, par suite de maladie, affliction morale ou physique, de réfléchir avant d'observer certaines pratiques en usage, telles que déplacements, dépenses inutiles ou promesses de voyages, etc.
         « Quand on veut sortir d’une situation pénible ou difficile, il est utile et plus efficace d'élever sa pensée vers Dieu et de l'implorer sincèrement.
        « Si notre prière est sincère, nous sommes certains de recevoir la bonne inspiration de nous adresser soit à tel médecin, soit à toute autre personne à même de nous venir en aide.
        « Je recommande aussi ù mes visiteurs la prière à Dieu parce qu'elle console d'abord en toute circonstance ».

        Les hommes que j'interroge me passent des brochures : pour la propagande, disent-ils.
        Voici un petit catéchisme spirite pour servir à l’instruction des enfants et des personnes ne connaissant pas le spiritisme, publié par la Société spirite « Les Vignerons du Seigneur », de Jemeppe-sur-Meuse. Instructions par l'Esprit de vérité, Esprit consolateur.
        J'ouvre ce catéchisme et j'y lis, au chapitre de la communication des esprits :

    1. L'Esprit dépouillé de son corps peut-il communiquer avec nous ?
    Oui, il le peut et le fait très souvent.

    2. Par quel moyen le fait-il ?
    Par le moyen des médiums.

    3. Qu'est-ce qu'un médium ?
    C'est une personne apte à recevoir les communications des Esprits, soit par l'audition, soit par la vue ou de toute autre façon.

    4. Tout le monde peut-il être médium ?
    Oui, en général, tout le monde peut le devenir en s'exerçant patiemment pendant un temps plus ou moins long.

    5. La médiumnité est-elle utile à celui qui le possède ?
    Oui, non seulement à lui, mais à tous ceux à qui les enseignements des Esprits peuvent inspirer des pensées salutaires, des sentiments louables.

    6. Tous les Esprits peuvent-ils communiquer ?
    Oui, lorsque Dieu le permet.

        On me demande :
        — Vous êtes spirite ?
        — Pas du tout. Je suis très sceptique.
        Et ces gens simples me répondent avec la tranquillité d'hommes qui savent :
        — Ça ne fait rien. Vous croirez.
        J'ai vu naguère à Gohissart, j'ai vu ailleurs, les spirites évoquant leurs morts. De ce spectacle je n'ai pas rapporté la foi, mais de l'étonnement, mais de l'admiration.
        Comme le cerf biblique cherche l'eau des fontaines, ceux-ci, altérés, cherchent l’idéal ; leurs ^mes sont orientées vers l'au-delà, et ce sont sans doute leurs âmes parties en avant d'eux-mêmes, qui répondent à leurs mélancoliques interrogations.
        Quoi qu'il en soit, le spiritisme est un moyen, un étrange moyen si l'on veut, d'élévation morale.
        Il y a dans son funèbre décor de singulières lueurs, il y a en lui cette part d’infinie douleur et d'infini espoir que met l'homme dans sa religion, une part de beauté aussi, et j'ai retrouvé comme un écho lointain de la Prière sur l’Acropole dans cette prière d'Allan Kardec :

        « Dieu, notre Père, qui avez puissance et bonté, donnez la force à celui qui subit l'épreuve ! Donnez la lumière à celui qui cherche la vérité ! Mettez au cœur de l'homme la compassion et la charité !
         « Dieu ! Donnez au voyageur l'étoile directrice, à l’affligé la consolation, au malade le repos !
        « Père, donnez au coupable le repentir ! Donnez à l'esprit la vérité ! Donnez à l'enfant le guide ! Donnez a l'orphelin le père ! Seigneur, que votre bonté s'étende sur tout ce que vous avez créé !
        « Pitié, mon Dieu, pour celui qui ne vous connaît pas, espoir pour celui qui souffre ! Que votre bonté permette aujourd'hui aux esprits consolateurs de répandre partout la paix, l'espérance et la foi !
        « Dieu ! Un rayon, une étincelle de votre amour peut embraser la terre, laissez-nous puiser aux sources de cette bonté féconde et infinie, et toutes les larmes seront séchées, toutes les douleurs calmées ; un seul cœur, une seule pensée montera jusqu'à vous, avec un cri de reconnaissance et d'amour ! »

    Ethèrel

    Revue Spirite, Journal d’études psychologiques, 1902

     

        Il s'agit de l'article de Léon Souguenet "Antoine le Guérisseur" repris dans Les Monstres Belges (1904).


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  •     Lundi 29 novembre à 22h05
        Devins, guérisseurs, gourous, le retour des charlatans ?

        Que s’est-il passé le 23 octobre dernier à La Verrière ? Pourquoi un enfant est-t-il mort quand douze membres de sa famille se sont jetés par la fenêtre ? Ont-ils eu peur du diable, comme l’affirme l’un des suspects ? Ou étaient-ils sous l’emprise d’un gourou obsédé par le démon ?
        Des gourous qui prétendent soigner, combattre les mauvais esprits, ou prédire l’avenir… Qui sont ces imposteurs et ceux qui tombent sous leur charme ?
        Pourquoi le besoin d’irrationnel semble-t-il plus fort que jamais ? Alors que le Feng Shui cartonne et que les médecines alternatives sont à la mode, comment opèrent ces magnétiseurs et autre « géobiologistes » qui disent chasser les énergies négatives ?
         Pourquoi fascinent-ils jusqu’aux plus puissants, stars du showbiz, grands patrons ou hommes politiques ?
        Entre manipulation et abus de faiblesse, Complément d’enquête sur le pouvoir de
    ces nouveaux gourous.

    A voir en ligne sur le cite : http://info.france2.fr/complement-denquete/?page=accueil&id_rubrique=83

        A ne pas manquer, l'intervention de Michel Onfray (philosophe qui évoque son dernier livre : Le Crépuscule d’une idole. L'Affabulation freudienne, chez Grasset) qui rappelle qu'une Eglise n'est qu'un secte qui a réussi ! Il intervient en effet après le reportage sur l'Eglise de la Montagne de feu, d'orientation pentecôtiste, mais non rattaché à la Fédération Protestante de France.
        Il est également l'auteur du très discuté Traité d'athéologie (Grasset, Paris, 2005).
    source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray


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  •     Faute de pouvoir soigner les maladies, la médecine du XIXe siècle s'est employée à les prévenir. D'où le rôle central qu'y joue l'hygiène publique. Se donnant pour mission de supprimer les foyers d'infection qui minent la société, elle s'étend à tous les domaines : égouts et voiries, orientation et hauteur des bâtiments, alimentation et travail, pollution industrielle et urbaine, prisons, casernes, hôpitaux, mais aussi prostitution, alcoolisme, crimes, suicides, etc.
    Les préconisations des hygiénistes sont toujours les mêmes : faire circuler l'air et l'eau, désinfecter, vacciner. Mais ces avis ne sont pas toujours suivis d'effets. Dans nombre de pays européens, la vaccination et la revaccination sont obligatoires.
    Quatrième de couverture de : Gérard Jorland, Une Société à soigner, Hygiène et salubrité publiques en France au XIXe siècle, 368 pages, Collection Bibliothèque des Histoires, Gallimard, 2010
    source :  http://www.gallimard.fr/Vient_de_paraitre/gallimard-cgi/appliv1/ind_ouvrage?ouvrage=0010066784006407303300000

        « Au demeurant, les méthodes médicatrises des gens de l’art de ce pays ne sont guères plus compliquées que celle des bergers de la montagne ; elle consistent dans ces trois choses, purger, saigner, et diète absolue : la saignée est surtout en si grande vogue, que, comme les médecins ne savent que l’ordonner et ne la pratiquent pas, ce sont les chirurgiens qui, en concurrence avec les rebouteurs pour les cas chirurgicaux, extrêmement rares, qui se présentent, sont presque les seuls en possession de la médecine interne » (François-Emmanuel FODERE, Voyage aux Alpes-Maritimes, Tome Second, op. cit., p. 293-294.).
    source : http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/45/52/43/PDF/La_pratique_medicale_dans_les_Alpes-Maritimes_au_XIXe_siecle_ou_l_idee_d_une_medecine_a_plusieurs_visages.pdf.

        Tandis que la médecine se détache définitivement de la philosophie pour entrer dans l'ère moderne, la somme des connaissances et des découvertes médicales acquises entre 1800 et 1895 dépasse celle qui a été accumulée pendant les millénaires antérieurs. La clinique, la chirurgie et la physiologie progressent à pas de géant, laissant toujours à la traîne la thérapeutique, qui devra attendre le XX e  siècle pour devenir crédible. Pourtant, en moins d'un siècle, l'examen clinique, l'anesthésie, l'antisepsie, la bactériologie et, enfin, la radiologie bouleversent le pronostic médical et permettent d'allonger l'espérance de vie. [...] 
        Le chemin parcouru par la médecine au cours du XIX e  siècle est immense, surtout en physiologie et en clinique. En un siècle, les nosographies confuses et les systèmes auront disparu au profit d'une médecine objective, à laquelle manque encore la réussite thérapeutique, car de grands fléaux - tuberculose, fièvre typhoïde, grippe, choléra, peste - ravagent encore le monde.
    source : http://www.memo.fr/article.asp?ID=THE_SCI_007#Som5


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  •     Pour bien comprendre ce phénomène (de la guérison par les animaux), qui a perduré jusqu'à notre époque, il faut savoir que la médecine traditionnelle, celle qui nous vient du Moyen Age et même de l'Antiquité : "(...) attribuait une vertu curative aux multiples produits des trois règnes de la nature" (Jean Haust, Médicinaire liégeois du XIIIe siècle et médicinaire namurois du XVe). En outre, l'esprit et la méthode scientifiques, même s'ils ont fait leurs premiers pas dès la fin de la Renaissance, n'ont conquis que très lentement les esprits pour n'atteindre ceux des campagnes qu'au début du XXe siècle. C'est donc la pensée magique qui s'impose aux consciences et justifie la médecine populaire. Dans ce contexte de croyances, la maladie est une entité maléfique qu'il faut vaincre ou éloigner en lui opposant une puissance supérieure, qui peut être un animal bien spécifique.

         La pensée magique, fondement véritable de l'ancienne thérapeutique, a pour règle de rendre la santé à un être affaibli par l'accaparement de la force d'autres êtres en pleine santé. Aussi cherchera-t-on un animal qui offre un signe, "une signature", en rapport direct avec la maladie. Par exemple, puisque le lièvre est muni comme le lapin de dents en perpétuelle croissance, les gencives de l'enfant seront donc frottées avec la cervelle du rongeur afin de hâter la venue de la dentition.

        Si tant de remèdes apparemment absurdes sont parvenus jusqu'à nous, ce n'est pas seulement à cause de l'ignorance et de la naïveté du peuple, mais aussi souvent à cause du manque d'efficacité de la médecine officielle ou de son coût, prohibitif pour les petites gens des campagnes. Ceux-ci n'avaient parfois d'autre choix que de s'en remettre à des guérisseurs, souvent plus désintéressés que les "docteurs".

        Il est légitime de penser que l'emploi de drogues issues du règne animal n'était en somme rien d'autre qu'un effort désespéré, face aux médiocres possibilités thérapeutiques des siècles passés, d'enrichir malgré tout l'arsenal thérapeutique de substances pouvant contribuer à calmer la douleur et à vaincre la maladie. Jeter de nos jours un regard moqueur sur ces tentatives de nos ancêtres pour atténuer les maux d'ici-bas sans restituer celles-ci dans leur contexte social et économique, témoigne de bien peu de compréhension des faits historiques.

    Marc Lamboray, L'animal guérisseur, p.242 §3, p.234 et p.242 §7
    Georges Theves, Les animaux utilisés en médecine et en chirurgie, jadis et aujourd'hui, p.223
    in Guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui, Musée en Piconrue, Bastogne


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