•     Sois ennemi des doses !



    Marcel Moreau, La Terre infestée d'Hommes,
    Naissance d'un neuro-réalisme : l'agence de voyages, p.166
    roman, Buchet/Chastel, Paris, 1966.


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  •      Car nommer met voile sur la lumière directe des fruits et des plantes. Moins je serai capable de nommer, et plus aisément l'éclat de la cellule centrale de la vie ruissellera sur le galbe de la chose vivante.

    Marcel Moreau, La Terre infestée d'hommes, p.126
    Dieux ! Je me découvris l'étoffe d'un monstre,
    et dans cette étoffe soyeuse et silencieuse,
    précieuse et hasardeuse, je coupai,
    fébrilement, un manteau de pourpre
    pour la poésie humiliée..., p.126
    roman, Buchet/Chastel, Paris, 1966


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  •     — Qu'y a-t-il, répétai-je.
        — Mmmm, fit Jiri.
        Je comprenais. Enfin, un peu... J'allumai. Le décor n'était pas celui que vous envisagiez déjà, car il est bien vrai que vous misiez sur la crasse, sur l'immonde saleté des détritus vieux d'une semaine. On la sentait venir, on la présageait, cette saleté. Déjà en montant l'escalier, on s'attendait au pire, tout annonçait le désordre, des moutards squelettiques attachés par des chaînes au pied d'un lit, des carpettes d'excréments amollis par l'urine, un sol rendu glissant par la glaire, on s'attendait aux puces, à des putains en guenilles et barbues, rampant sur leurs genoux, cherchant leur subsistance dans les disjointures des planches, et au lieu de tout cela, nous entrions dans l'univers nu et gris de Jiri, dont le visiteur impromptu ne pouvait qu'emporter une image austère et cause de malaise. Le bas des murs semblait avoir été léché. Nous entrions dans cet univers comme dans un roman composé uniquement de phrases sans adjectifs. Et quel écrivain n'a pas rêvé d'écrire un livre où il n'y aurait plus de tables vertes ou jaunes, de Sénégalais bons ou mauvais, mais où plutôt la table serait exclusivement table, et le Sénégalais exclusivement Sénégalais ? Une telle œuvre serait un foisonnement insoutenable de corps purs, strictement relatifs à eux-mêmes, sans liens mutuels, durs, même les plus mous, étincelants, même les plus ternes, muets, morts, serrés autour du lecteur criant en vain son angoisse à l'auteur, devenu fou, comme si ce qui nous maintenait en santé c'était précisément ces rallonges à la chose et à l'homme, leur écoulement jusqu'à nous, cette suppuration d'eux-mêmes appelés adjectifs et au fond, nous sentons bien que nous ne sommes présents et aliénés au monde que dans la mesure où l'adjectif avec une force de réseau prend possession de nous, non seulement de nos mots, mais aussi de nos images, de nos visions, de nos rêves, de nos démarches et de nos sensations ; ainsi, le sperme qui dégouline de l'urètre, les doigts du bourreau éborgnant la victime, et l'ébrouement frêle des fibres du mal qui est en moi quand je songe à la mort prennent valeur d'adjectifs par rapport à la Source qui les produit qui est pur étincellement. Essence indivise. En somme, sans que nous le sachions très clairement, l'adjectif est en nous comme une malédiction, il nous relie à des réalités solitaires mais fonde le mensonge par le fait même qu'au lieu de nous les faire toucher, il ne parvient qu'à nous les faire qualifier. C'est à son intervention puissante et irrévocable que nous devons de voir les apparences rouler les unes vers les autres et nous griser de l'illusion de vivre. Il est liens, raccords, froissements et chaînes, il nous pousse infatigablement dans le piège d'une harmonie qui n'aurait point d'existence sans l'intercession de ses manœuvres confondantes, il nous englue dans ses verts, dans ses jaunes, dans ses bons et dans ses mauvais, qui ruissellent à perdre haleine dans toutes les directions. nos cinq sens sont faits comme des rats. Dans la chambre de Jiri, notre première impression était pour le moins détraquantes, on voyait Jiri et à côté de lui, sa monstruosité, et non Jiri monstrueux, on voyait le mur, et séparé du mur, le blanc du mur, comme une chose dure et saisissable en soi, les objets se démultipliaient à l'infini, il y avait là le cuivre et le brillant de ce cuivre, la lumière et le vif de la lumière, etc., si bien que finalement, nous n'osions plus faire un pas, par recrutements et recrudescences d'éléments pleins, opaques et autonome créaient autour de nous Forêt et nous étouffions, littéralement, nous étouffions, nous succombions aux coups, de fouet, de fouet sec, le fouet de chaque chose intrinsèque, dépourvue de qualité, toutes ces choses, inqualifiées, neutres, qui ruinaient nos sens.
        Puis tout rentrait dans l'ordre.

    Marcel Moreau, La Terre infestée d'Hommes,
    Mon frère Jiri, d'horreur illuminé, p.64-65
    roman, Buchet/Chastel, Paris, 1966.


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  •     Eloge de la poussière


        Terminer le livre que l'on a cru devoir écrire, et ensuite pqsser un bon moment qvec la poussière, c'est ce que j'appelle la fin honorable d'une aventure.
        La poussière qui grisaille mes meubles, dans cet appartement qui en assure la déposition. Cette poussière, j'ai appris à la désirer pour un certain nombre de raisons, dont quelques-unes me demeureront à tout jamais obscures. Mais elle est là, sur les surfaces boisées, sur les vitres, d'où j'ai scrupule à la chasser, comme si d'en déchirer seulement du bout du doigt l'irréel manteau clochardesque me gênait. Epousseter, pour le semi-célibataire que je suis, c'est devenu aujourd'hui un acte hésitant qui consqcre moins ma paresse à prendre en charge les tâches ménagères que ma propension à observer dans leur légèreté les dérives de la mort.
        Si je trouve la poussière fascinante, c'est aussi parce que sa douce et méconnue beauté prend silencieusement et patiemment sa place au rendez-vous que je fixe chaque jour aux objets que j'aime, compagnons de mes phantasmes et autres témoins de ma solitude ou de mes amours. Je ne sais d'où elle tombe ainsi, mais ma certitude est que son voile presque illusoire n'est soulevable que par l'imagination aiguë que j'ai de mon déclin et de ma fin.
        Ce dressoir qui semble plus l'attirer sciemment que l'accueillir indifféremment, c'est déjà une chose qui voudrait que mon regard s'éteigne sur elle, c'en est aussi une autre qui invite ce même regard, sans brusquerie, à s'allumer à la perceptio de ma chute. L'empoussièrement tisse entre toutes les pièces du décor dont la familiarité m'importe une toile dont je sais à présent qu'elle est la délicatesse d'un scandale, celui-là même que découpe pour moi en visions abruptes ma relation avec le néant.
        Qu'elle s'apparente à une décalcification des murs ou aux sécrétions sèches d'un vieux tapis afghan (mais est-il vraiment afghan, qu'en sais-je ?), la pousière s'incruste ou se pose là où je n'ai d'oeil que pour le coeur arrêté des ornements, là où je n'ai de mots que pour des conciliabules languissants avec mes os. Je ne devrais éprouver envers elle qu'horreur, je ne devrais avoir de cesse qu'elle ne s'évanouisse, sous les coups d'un chiffon, par la grâce d'une cire. Mais quand il en va ainsi, je sais que son retour est déjà une évidence. Que sa stratégie de l'interpellation lancinante triomphe à l'instant précis où je crois revoir, sous le nouvel éclat d'un meuble, le superbe visage du chêne.
        Et pourtant, au centre de tant de manoeuvres impalpables, je continue mon combat contre les grandes contagions de la vanité de vivre. Au moment où j'écris, j'ai comme l'impression que la poussière est trop subtile pour la violence des pulsions qui dictent à ma démarche son sens tragique. Qu'il est trop tôt pour que la rage et l'écume du verbe prennent à leur compte cette espèce de cendre paradoxale, venue du froid, descendue d'une absence de feu. L'oeuvre de la poussière, passé la création, est de m'environner d'un langage qui n'appartient pas encore à l'écriture et qui semble lui avoir été soufflé, jusqu'ici, par le prodigieux mutisme des passions mortes ou des corps périssables. Cette oeuvre, je ne puis la négliger, qu'elle m'apparaisse comme le « film » triste qui estompe l'ardeur amollie d'un envahisseur qui aurait l'éternité devant lui. Si j'ai appris à l'aimer, c'est peut-être aussi pour la tendresse poudeuse avec laquelle elle me prépare à une érosion sans remords.

    Marcel Moreau, Eloge à la poussière
    in Discours contre les entraves
    Christian Bourgeois Editeur, 1979


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  • Léo FERRE parle de la mort

    La male parole - 23/02/1976 - 30s

    Léo FERRE parle de sa mort.

    Retrouvez cette notice dans les dossiers suivants :

    Production

    Antenne 2



    Générique

    Follin, Gérard
    Chabrol, Jean Pierre
    Ferré, Léo

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  •     Si d'autre part je ne partage pas ta tristesse et tes préoccupations, et si je n'ai pas le droit de me laisser gagner par elles, cela ne signifie pas que je les conteste et que je ne les prenne pas au sérieux.

    Hermann Hesse, Le Jeu des perles de verre, p.412
    Calmann-Lévy, Le Livre de Poche, Paris, 2005


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  •                         La sonorité Dieu...

       Ce qui me reste de Dieu ? Une sonorité, rien de plus, avec laquelle parfois j'aime jouer, pour quelques progrès en musique, ou une incursion dans l'inexploré. Au fond, avec son air mâle, rural, sa simplicité bourrue, Dieu, comme monosyllabe, est une belle invention. Voyez avec quelle force D pousse i, e, u dans notre acoustique intime. D est le muscle absolu, tantôt le dur butoir où s'adosse ieu, tantôt la détente qui en décide la détonation. Dans le mot Dieu, D a la carrure de l'athlète total, ramassé sur lui-même, prêt à la propulsion. I, e, u, c'est son énergie, drue, explosive, l'Esprit se portant vers l'esprit, quelquefois. Ou alors, D est le manche, ieu la lame effilée qui pénètre le verbe. D est viril, et i, e, u trois voyelles femelles, toute la fureur féconde du mot. Dieu est construit pour la fulgurance, le violent, l'irrigation brutale. En ce sens, c'est une création du diable. Voilà bien un mot imputrescible, plus qu'un diamant noir, lui sombre alors que « diable » rit, grâce à son « a ». Insidieux et subtil, violent, dévorant, amour et vengeance, tel est le son Dieu, le premier des cris de fou, premier aussi contre la mort, mort, autre magique phonème, avec son « o » irrécusable, l'anneau total refermé sur l'homme. Dieu, seul mot dilatable à l'infini, du Rien auquel l'athée le réduit au Tout dont le croyant le charge. Comment son aventure ne vaudrait-elle pas d'être observée par l'enragé du verbe, allumeur de significations, fournisseur de chair au corps caverneux des mots qui ont cessé de vivre, d'exprimer, de révéler ? Dans ce vaste cimetière du vocabulaire qui nous tient lieu de communication, le mot le plus dense d'histoire est aussi celui dans lequel semble se résumer le mieux tout l'insanité actuelle de l'histoire. Sa nouvelle démesure est l'incroyable, le vertigineux silence où le confine la désagrégation du langage. Mot désormais sans excès, passe-partout, bon à tous les usages, du bassement pratique à l'ésotériquement lourd, il est devenu ce reliquat de démence légendaire que l'on se repasse de salon en séminaire, via les porcheries bourgeoises. C'est le dernier recours des impuissants et des blasés en mal de titillation supra-intellectuelle. Parfois, l'imagination des infirmes auréolés du brevet de penser s'en sert comme d'un lierre grimpant autour d'un ithyphallus en difficulté. Dans la bouche des impies, pour la plupart des ratés de l'Eucharistie, il fait plus l'effet d'un émulsion de mollusque que d'un crachat imprécatoire. Depuis que marchands se sont avisé de l'introduire dans leurs spéculations et que même des sciençolâtres l'attellent à leur corbillard d'étoiles, il n'a plus rien de l'ancien pourvoyeur de dévergondables. Moins charnel que Christ, Dieu avait cet atout d'être aussi irriguant qu'il était inaccessible. Il avait ce génie propre aux hypothèses vertigineuses de produire des chercheurs de vertige. A force d'inexistence, à tout le moins d'improbabilité, il a conquis la toute-puissance et a fondé civilisations. J'en ai confié la sonorité à mon intempérance naturelle. A l'abri des vidangeurs de paroxysmes, elle rend bien des services, entre autres comme tonalité musicale, tout en n'étant plus qu'elle-même : une sonorité, encore habitée des commencements de l'homme. Je n'ai pas eu besoin de me pénétrer de la réalité du sens du sacré dans ma vie pour l'incorporer à mon glossaire ivre. Elle semble n'avoir pas traversé en vain des siècles d'excès, puisqu'elle rutile aujourd'hui dans mes extravagances.
        Je la soupçonne de préférer vivre comme sonorité privilégiée dans mon mental que d'être présente, sous forme d'espérance, dans l'esprit des doux et des mous. Ici, au moins, elle retrouve quelque chose qui lui rappelle son ancien environnement : feu, fièvre, insatiété. Avec moi, elle n'est pas dépaysée, parmi ses vieilles connaissances : démons, enfers et mort. En moi, on travaille dur pour faire de l'incandescente beauté, sans compter l'atmosphère de croisade, même à visage de horde. On y crée pour rien comme si c'était pour tout. On s'y jette sur l'immédiat comme on s'élance vers l'éternel. Certes, le divin est absent du jeu frénétique des démesures. Mais tant pis pour le divin, se dit la sonorité, dès lors que ce qui ne l'est pas n'a rien à envier, en consumantes énergies, à ce qui l'est. Tant pis pour l'espérance, la résurrection des corps, la béatitude au terme des souffrances, l'amour au Ciel en récompense de la vertu sur terre, puisque ce qui se fait dans le refus de tout cela a la qualité des passions qui s'embrasent pour tout cela, et que cette passion, par surcroît a le mérite de n'attendre de rien d'autre que d'elle-même cette qualité, dont elle sait qu'elle mourra avec elle. Voilà ce qui la rend si étrangère à ceux qui croient comme à ceux qui ne croient pas. Telle est la conscience qu'a la sonorité Dieu de son insolite présence dans mes drôles de cantiques.
        Le mot Dieu fit son entrée, jadis, par le blasphème, dans mon vocabulaire. Depuis lors, il n'a cessé de s'étoffer. Il n'est plus creux, maintenant, il a pris quelque chair. A défaut d'être resté l'irremplaçable illusion qui fit trembler le monde, il lui arrive d'illuminer, gratuitement, ma certitude du néant. A rouler dans mon sang, mes tripes, mes viscères, il a gagné en poids, en coloration. C'est désormais un son mauve, sachant prendre sa part de mon vin d'ivrogne, de mes repas de viande. Il sera noir quand je serai tragique, obscène avec mon abscénité, tendre avec ma tendresse et cruel avec cruauté. Chaque jour il se félicité, dans mon for intérieur, d'avoir échappé à l'intellectualisme. Il a appris à me connaître, à savoir que je n'entreprends rien qui ne soit de la sainte rage d'écriture vraie. Mais la sonorité ne peut guère m'aider beaucoup dans mes travaux d'Hercule. Un jour, songeant à la « religion » de ce livre, je m'exclamai grossièrement : « Que les branleurs de transcendantal ne comptent pas sur moi pour entrer dans leurs condieuseries ! » J'entendis rire, d'un rire cristallin, la sonorité de Dieu.
        Pour tout dire, la sonorité Dieu n'est qu'une exquise composante du Monstre. Le Monstre, qui n'est pas qu'une sonorité, lui, mais un fait, la réalité de l'écriture vécue comme démesure, incessant développement de l'être verbal, et conscient, le Monstre a fait sa place à Dieu comme tous les autres porteurs de monstruosité.  Le Monstre ne serait-il pas lui-même s'il n'était pas le lieu de l'intensification du sens des mots qui comptèrent dans ma vie. Le corps du Monstre s'épaissit de chaque nouvelle injection de signification dans le corps verbal. Il tire son volume, de plus en plus monstrueux, de deux forces, la densité, sans cesse accentuée. Qu'il s'agisse d'Amour, de Haine, de Mort, d'Instincts, d'Ecriture, de Folie, de Beauté, d'Ivresse, de Liberté et de Vérité, les mots essentiels ont fini par se gonfler d'une telle somme de pouvoirs sur ma vie, et ces pouvoirs semblent tellement alimentés, sans répit, par des pouvoirs supérieurs qu'il fallait bien l'envergure illimitée d'un Monstre pour contenir tout cela et lui donner son vrai sens : aventure solitaire et cas de possession, la maladie divinatoire d'un homme rompu de lucidité.
        Non que dans le Monstre les mots de moindre importance n'ait des rôles à jouer, dont celui de faire en sorte que le Monstre soit toujours plus monstrueux. Mais ces mot n'y entrent qu'obligés à leur tour à signifier plus qu'ils ne signifient dans le langage ordinaire, le parler des cultures qui mentent. Ainsi des mots apparemment anodins accélèrent un jour, au prix d'une régénération de leur sens, à la hiérarchie verbale. Ainsi, d'autres, illustres ceux-là, comme fraternité ou justice, dans leur version politique, jamais ne se hissèrent très haut sur l'échelle monstrueuse. Souvent, ils en dégringolèrent.
        Je ne parlerais point de Monstre si je n'éprouvais à tout instant la pression explosive des mots essentiels, la violence interne de chacun de ces mots, une violence à me faire vaciller sur mes bases, une noire lumière d'orage s'épaississant au fur et à mesure que j'écris. Un livre est récolte des éclairs, mais non dissipation de l'orage. Le Monstre est monstrueusement orageux.
        L'accession de la sonorité Dieu à la tragique constellation des mots qui m'importent s'est faite sans heurts ni reniement. Il a pourtant fallu que j'éprouve un bien grand dégoût envers les succédanés modernes du spirituel pour que j'en arrive à lui faire cette place, étrange, magnétique, qui est la sienne. De son vieux talent d'enjoliveur de vide, elle fait passer son souffle léger entre les mots compacts du tragique. Parfois, comme Pan, elle semble jouer de la flûte, au loin, d'un poumon large, pour l'aristocratie des sourds. Cette célèbre sonorité va et vient dans le Monstre, elle est un peu de sa respiration.

    Marcel Moreau, Monstre, p.143-148
    Luneau Ascot Editeurs, Paris, 1986


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  •     Trois ans. Invraisemblable ? MAIS QU'EST-CE DONC QUE L'INVRAISEMBLABLE ? Le déchet de la vérité ? Le nom que donnent les hommes à la partie de leur destin qui est à l'ombre ? Qu'ils donnent à ce qu'ils refusent de la réalité ? Invraisemblable ? C'est vite dit. Je l'ai cru moi aussi. J'ai cru cette chose horrible, la pire, que c'était moi l'invraisemblable — et donc le coupable. Mais je vous aurais dit : trois ours, vous n'auriez as trouvé ça invraisemblable. Et en quoi mes trois ans sont-ils plus invraisemblable que vos trois jours ? Une fois qu'on raisonne. Une fois qu'on connaît un peu le calcul des probabilités. Si je jette cinq lettres sur le plancher et qu'elles forment AMOUR, c'est invraisemblable. Mais si elles forment MUOAR, ce ne l'est pas. Pourquoi ? En quoi MUOAR est-il plus vraisemblable qu'AMOUR ?

    Félicien Marceau, Chair et cuir, p.61
    Gallimard, Folio, Paris, 1954


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  •     La grande justification [de l'esclavage] se compte surtout en bénéfices sonnants et trébuchants, c'est entendu. Ils sont immenses. Certains économistes en arrivent à calculer que toute la révolution industrielle qui a fait décoller l'Occident au XIXe doit son succès à l'accumulation du capital réalisée dans les siècles précédents grâce au profit tiré de la traite. Quoi qu'il en soit, au XIXe, ce sont presque toujours des arguments strictement économiques dont on se sert pour retarder l'abolition : bien sûr, dit candidement le lobby des planteurs, il faut mettre un terme à l'esclavage, c'est une nécessité morale, mais il faut attendre un peu avant d'y arriver car le coût de la mesure serait trop dur et ruinerait notre économie. Le chantage est connu, on l'entend encore pour barrer la route à toutes les réformes sociales.

    François Reynaert, Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises, p.405
    Fayard, Le Livre de Poche, Paris, 2010


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  •     Comme telle, la notion de libre examen est composée des termes libre et examen  et signifie considérer attentivement avec réflexion un objet sans qu'il en soit donné préalablement la vérité, voire en s'efforçant de l'oublier si elle a déjà été enseignée.
        Le libre examen est donc contraire au jugement préalable, c'est-à-dire au préjugé, à l'argument d'autorité et au dogme, voire à la croyance.
        Le libre examen entretient aussi des relations étroites avec les notions de libre arbitre et de liberté de conscience, et surtout de lucidité.
        L'apocope librex est régulièrement employée en Belgique à la place du terme libre examen.

        L'examen libre, expression donnée par Condorcet, est l'appellation plus proprement philosophique, caractérisée par l'athéisme;
        Le libre examen se comprenant plutôt à l'origine dans le conflit religieux entre les partisans de Jacobus Arminius et les calvinistes qui mena à une guerre civile en 1617 durant la Trêve de douze ans.

    source : http://atheisme.free.fr/Contributions/Libre_examen.htm


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  • On fait écouter à Nathalie Natiembe, «Transpapaye»: La plus belle chanson de son prochain album, «Karma», en compagnie de Bumcello... Se reconnaît-elle?

    Nathalie : (tranquillement et immédiatement) C’est qui ça? C’est une dame qui s’appelle Natiembé et qui joue avec Bumcello. C’est une transe souterraine. «Si le ciel est en l’air...» (chante-t-elle) C’est l’esprit Noir de Natiembé. Noir, dans tous les sens. J’ai créé cette chanson en une après-midi. Nadia, la soeur de mon mari, m’a donné un jour une guitare de son ex, Marco Payet, musicien fort connu ici. Je l’ai prise dans les mains, j’ai chanté. C’était au Maïdo. Et j’ai fait une chanson sur une goutte de rosée...

    source : www.lequotidien.re
    Le Quotidien de la Réunion et de l'Océan Indien


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  •     « Le seul moyen de vaincre définitivement, c'est de faire alliance avec tout ce qu'il y a de meilleur chez votre ennemi. »

    Pierre Ceresole, Carnets de route, p. 94, 1915-1916
    in http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Ceresole


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  •     C'est la confession, non le prêtre, qui nous absout.

    Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, p.130
    Stock, Le Livre de Poche, Paris, 1983


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  •     Il s'appelait Nazaire. Pensant à la mort, ce n'est pas son visage de vieux torturé que je revois, ni son ultime secousse que je ressens, mais tous les signes de la vie manquée réunis quelque part, là, sur le lit. Plus que l'après-mort, c'est la pré-mort qui m'obsède, c'est l'immobilité du vivant accordée à celle du gisant. Ce qui me parle du néant, ce n'est pas le cadavre, mais la petite existence close, le pourrissement d'un regard, la lente dérive du corps, le ver dans la pensée, l'incapacité de recréer sans cesse autour de soi autre chose que l'habitude congénitale de servir, de nettoyer la maison, de manger les mêmes mets, d'aller, de venir, de reprendre invariablement sa place sur cette chaise, qui n'a pas bougé et d'où l'on dit les mêmes choses, d'où l'on fait les mêmes gestes, dans une sorte d'horrible fidélité au froid. Plus que dans une grande ville, où le grouillement urbain fait illusion, la mort des vivants est perceptible au village. Lorsque j'y retourne, j'ai parfois l'impression de marcher dans un décor rongé, une espèce de 'saprocosme', où des jeunes se traînent, s'ennuient, où l'on voit les peaux molir, les fanons baller, les yeux s'éteindre, où les alcooliques sont un peu plus violacés encore que la dernière fois et où je ne sais quelles micro-agonies s'ébruitent discrètement jusqu'à moi. Je me dis alors que ceux qui ne se battent pas meurent plus vite et plus mal que ceux qui se battent. Pour moi, vivre, c'est prendre de vitesse la décomposition, la juguler d'éclairs. Ceux de la révolte, ceux de la haine s'il le faut, ceux de l'art, si c'est possible.

    Marcel Moreau, Egobiographie tordue (L'ivre Livre), p.23
    in Incandescences, Editions Labor - Espace Nord, Bruxelles, 1984


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  •     12 mai. – J’ai un peu de fièvre depuis quelques jours ; je me sens souffrant, ou plutôt je me sens triste.
        D’où viennent ces influences mystérieuses qui changent en découragement notre bonheur et notre confiance en détresse ? On dirait que l’air, l’air invisible est plein d’inconnaissables Puissances, dont nous subissons les voisinages mystérieux. Je m’éveille plein de gaieté, avec des envies de chanter dans la gorge. – Pourquoi ? – Je descends le long de l’eau ; et soudain, après une courte promenade, je rentre désolé, comme si quelque malheur m’attendait chez moi. – Pourquoi ? – Est-ce un frisson de froid qui, frôlant ma peau, a ébranlé mes nerfs et assombri mon âme ? Est-ce la forme des nuages, ou la couleur du jour, la couleur des choses, si variable, qui, passant par mes yeux, a troublé ma pensée ? Sait on ? Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frôlons sans le connaître, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos idées, sur notre coeur lui-même, des effets rapides, surprenants et inexplicables.
        Comme il est profond, ce mystère de l’Invisible ! Nous ne le pouvons sonder avec nos sens misérables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop près, ni le trop loin, ni les habitants d’une étoile, ni les habitants d’une goutte d’eau... avec nos oreilles qui nous trompent, car elles nous transmettent les vibrations de l’air en notes sonores. Elles sont des fées qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette métamorphose donnent naissance à la musique, qui rend chantante l’agitation muette de la nature... avec notre odorat, plus faible que celui du chien... avec notre goût, qui peut à peine discerner l’âge d’un vin !
        Ah ! si nous avions d’autres organes qui accompliraient en notre faveur d’autres miracles, que de choses nous pourrions découvrir encore autour de nous !

    Guy de Maupassant, Le Horla
    source : http://www.clpav.fr/maupassant/lecture-maupassant.htm


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  •     Il y avait aussi la question des chaises, des chaises de velours, à plaque de cuivre, qui sont tout en avant, face à l'autel, aux belles places, et dont j'ai déjà parlé. Ça gêne l'ouvrier. Il a peur d'avancer. Il ne sait pas où elles finissent, ces places réservées. Il ne vient pas assez souvent. Alors, pour une fois qu'il met les pieds à l'église, à l'occasion d'un mariage ou d'un enterrement, il reste tout au fond, près de la porte, à la place des pauvres... Et si par malheur il occupe une belle chaise, et qu'on vienne lui dire de changer de place, ça le blesse, il estime que c'est un affront, il s'en va, et ne revient plus. Il se dit : « C'est là comme partout, il y a les riches et les pauvres... ».

    Maxence van der Meersch, Pêcheurs d'Hommes, Chap. V
    Editions Rencontre, Albin Michel, Paris, 1940, p.46-47.


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  •     Y a-t-il des êtres destructibles ? Tous les humanismes, toutes les religons en choeur, nous répondent non. Pourtant les humanismes tuent, les religions aussi.

    Marcel Moreau, Egobriographie tordue (L'ivre Livre), p.99
    in Incandescences, Ed. Labor - Espace Nord, Bruxelles, 1984


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  • La foi peut également rendre malade
    par Laurent Aubert

    http://www.24heures.ch/ - 4 mars 2009
    [Texte intégral]

    RELIGION | Une étude menée par l’Université de Zurich et celle de Bochum (D) montre que la foi n’est pas toujours un réconfort. Dans certains cas, elle peut contribuer à l’aggravation de troubles psychologiques ou de dépressions.


        Les croyants qui ont reçu une éducation religieuse culpabilisante peuvent considérer la perte d’un proche comme la punition de leurs péchés. Pour le théologien Thomas Römer, les prêtres doivent prendre conscience de la représentation effrayante de Dieu qu’ont certains de leurs fidèles.
        «Nous pensions établir une relation entre la ferveur religieuse et la capacité à surmonter les épreuves, mais nous avons été très surpris de constater que tel n’était pas le cas.» Médecin-chef à la Policlinique universitaire de Zurich, Bernd Krämer cosigne une étude réalisée en collaboration avec l’Université de Bochum sur le sentiment religieux et le bien-être psychologique.
        Les chercheurs ont interrogé 328 chrétiens pratiquants en Suisse, de confession réformée, catholique et évangé- lique. Ces personnes avaient en commun d’avoir toutes traversé une épreuve au cours de ces dernières années: conflit social, maladie grave, traumatisme, deuil.
        Au fur et à mesure des entretiens, un fait dérangeant s’est imposé aux scientifiques: Dieu n’est pas forcément douceur et consolation pour ces âmes en peine. D’une part, ils constatent une relation indiscutable entre une image négative de Dieu et des signes de dépression, d’angoisse et de mal-être. D’autre part, aucun effet positif de la religion sur ces affections psychologiques ne ressort. «Nous avons même des indices clairs qu’une représen- tation négative de Dieu peut entraîner des problèmes psychologiques.»

    Doutes et interrogations
        Vice-doyen à la Faculté de théologie de Lausanne, Thomas Römer n’est pas franchement surpris par ces conclu- sions: «L’étude des grands écrits religieux montre que les gens très engagés traversent aussi des périodes intenses de doute et d’interrogation.»
        A côté des mystiques, les croyants ordinaires ne sont pas épargnés non plus. «Lors de conférences publiques, je recueille souvent les témoignages de gens qui ont conservé l’image d’un Dieu justicier, traumatisés qu’ils ont été par une pédagogie religieuse culpabilisante, telle qu’elle était encore dispensée jusque dans les années 1970», poursuit le professeur Römer.
        Mais, comme le souligne Bernd Krämer, le phénomène de la religion facteur de dépression n’est pas circonscrit au catholicisme ou à des générations. «Nos recherches ne permettent pas de le relier à une confession ou à un type d’éducation. Il y a là un point à explorer.» Thomas Römer l’admet d’ailleurs aisément: «La doctrine de la prédes- tination affirmée par Calvin distingue entre les élus et les condamnés. Elle peut amener certains réformés à imaginer qu’ils appartiennent à la seconde catégorie lorsqu’ils sont accablés par les malheurs. S’ils ont, en sus, le sentiment d’être de bons chrétiens, ils peuvent développer l’image d’un Dieu arbitraire.»

    Châtiment divin
        De fait, l’étude montre que les personnes qui ont une représentation d’un Dieu vengeur ou justicier ont tendance à considérer la maladie ou la perte d’un proche comme la punition de leurs péchés. Ou alors elles se lamentent sur leur sort: «Pourquoi Dieu me traite-t-il de la sorte, moi qui ai toujours obéi aux préceptes chrétiens ?»
        S’ils laissent de telles questions sans réponse, les chercheurs concluent tout de même que le personnel soignant devrait être plus attentif à la représentation que leurs patients se font de Dieu. «Effectivement, il ne suffit pas de leur dire «Vous croyez en Dieu, c’est bien», reconnaît Thomas Römer. En outre, le théologien estime que les prêtres doivent réaliser à quel point certains de leurs fidèles ont une représentation effrayante de Dieu.

    source : http://www.info-sectes.ch/universite-zurich.htm#foi

    A lire sur le même sujet : Docteur Pierre Solignac, La Névrose chrétienne, Trévise - Polémique, Paris, 1976


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  •                                                    18 juillet.

        Wilhelm, qu'est-ce que le monde à nos coeurs, sans l'amour ? C'est une lanterne magique sans lumière. Mais dès que la flamme commence à briller, le mur se peint de figures de toutes formes, de toutes couleurs. Ah ! quand tout cequi frappe alors nox yeux ne serait pas autre chose ; quand ce ne seraient que des fantômes passagers, n'est-ce pas cependant être heureux, que de pouvoir goûter à ce spectacle, d'illusions la joie la plus pure, les transports de la naïve jeunesse ?


    Goethe, Werther, p.82
    Librairie Gründ, Paris
    Préface de Sainte-Beuve


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  •     « Nous reviendrons, nous aurons à dos le passé, et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir. »

    Gaston Miron [http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Miron]


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