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Jacques de Caluwe, Portrait d'auteur - Robert Vivier (Revue Lectures 15, sept-oct 1983)(Calaméo)

Publié le par antoiniste

Vivier a donné son chef-d'œuvre du genre avec Délivrez-nous du mal, une biographie documentée et romancée d'Antoine le guérisseur. Les lecteurs de ma génération qui ont, comme moi, passé leur enfance dans la région sérésienne, ceux qui n'avaient pas de «cathédrales pour uniques montagnes», mais les cheminées de hauts fourneaux, les belles fleurs des charbonnages et les terrils, tantôt plaines de jeux, tantôt secours naturel pour les pauvres qui venaient «ramasser» les escarbilles, ces lecteurs peuvent trouver dans Délivrez-nous du mal des images d'un réalisme cru que l'âge et la transformation du bassin mosan transforment aisément en nostalgie. On y retrouve ces hommes et ces femmes tout de noir vêtus qui se rendaient au culte du Père et de la Mère Antoine, ces autres hommes et autres femmes, habillés «normalement» quant à eux, catholiques ou libres-penseurs, qui se glissaient un peu honteux au fond de cours discrètes pour aller confier leurs misères aux guérisseurs, guérisseurs ou spirites antoinistes en qui ils mettaient leurs derniers espoirs.

Mais Robert Vivier romancier ne s'est pas fait sans raison le chantre de cette atmosphère surannée. Lui, qui n'a rien d'un mystique, s'est penché sur l'incroyable destinée d'un ouvrier devenu prêcheur et pape d'une secte, pour mesurer la force persuasive d'une spiritualité purement humaine, quand elle s'adresse à la misère et à la souffrance des humbles.

Délivrez-nous du mal est un grand roman, et il n'a pas vieilli. Pas plus que n'a vieilli Mesures pour rien, cette évocation frémissante d'un adolescent comme les autres qui, après des expériences apparemment stériles, découvre l'âge adulte avec détermination quand il comprend qu'il arrive un moment dans la vie «où plus aucun amour n'intercède»...

Jacques de Caluwe, Portrait d'auteur - Robert Vivier
Revue Lectures 15, sept-oct 1983 (Calaméo)

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Délivrez-nous du mal par Robert Vivier (L'Homme libre, 30 mars 1936)

Publié le par antoiniste

Délivrez-nous du mal par Robert Vivier (L'Homme libre, 30 mars 1936)

    «o» Délivrez-nous du mal, par Robert Vivier (éditions Bernard Grasset). C'est une sorte de biographie romancée de Louis Antoine que nous offre ici M. Robert Vivier. Louis Antoine était un simple ouvrier mineur de Liége, excellent ouvrier qui fit quelques économies grâce à son travail en Allemagne et en Pologne. Revenu s'établir dans son pays natal il eut la grande douleur de perdre son fils et cela le fit verser dans le spiritisme et par là il en vint à construire une religion personnelle, à aller jusqu'à la métaphysique pour reconstruire Dieu et établir une croyance nouvelle. Guérisseur, en outre, Louis Antoine trouva auprès de ses concitoyens une audience peut-être imprévue même pour lui et sa religion s'étendit au delà même des frontières belges. Elle survécut à sa mort survenue en 1912 et « l'antoinisme » aujourd'hui compte encore de nombreux temples, a ses rites, ses prêtres et ses fidèles. La doctrine entièrement basée sur le fait que l'esprit ne peut que créer l'esprit et non la matière apparaît assez faible du point de vue métaphysique et le conduit à des conclusions parfois surprenantes.
    M. Robert Vivier a évoqué avec vie et vérité cette existence curieuse et d'un genre tout particulier.

L'Homme libre, 30 mars 1936

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Délivrez-nous du mal par Robert Vivier (L’Œuvre, 29 sept 1936)

Publié le par antoiniste

Délivrez-nous du mal par Robert Vivier (L’Œuvre, 29 sept 1936)

    Délivrez-nous du mal, par Robert Vivier. C'est l'histoire, nullement romancée, de Louis Antoine, le Guérisseur, cet ouvrier mineur des environs de Liége qui créa une religion dont les temples, les prêtres et les fidèles sont aujourd'hui nombreux dans le monde entier. « L'Antoinisme » avait déjà piqué la curiosité d'André Thérive, qui le met en scène dans son roman Sans âme. Et c'est d'ailleurs, Thérive qui a conseillé à M. Robert Vivier d'écrire cette intéressante biographie de l'homme du peuple thaumaturge. (Grasset.)

L’Œuvre, 29 septembre 1936

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Robert Vivier - La Mort du Père Antoine (1936)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier - La Mort du Père Antoine (1936)

Robert Vivier - Mort du Père Antoine (dans Cassandre, in La Nation Belge, 18 janvier 1936)(Belgicapress)    L'annexe du livre Robert Vivier, l'homme et l'œuvre (actes du colloque organisé à Liège le 6 mai 1994 à l'occasion du centenaire de sa naissance, sous la direction de Paul Delbouille et Jacques Dubois, Librairie Droz, 1995, 142 pages) donne une bibliographie complète de l'auteur, dont La Mort du Père Antoine, Récit, (publié dans « Cassandre », Bruxelles, du 18 janvier 1936).

    La revue Cassandre était une hebdomadaire publié entre décembre 1934 et août 1944. Son rédacteur en chef, le critique d'art et journaliste Paul Colin, germanophile donna un côté de plus en plus national-socialiste avec le temps au titre. Paul Herten en devint directeur en 1942 après l'assassinat de Paul Colin par un étudiant résistant, Arnaud Fraiteur.

    "Le sous-titre allait attirer bon nombre de jeunes artistes et d'écrivains : « hebdomadaire belge de la vie politique, littéraire et artistique ». Feuille bruxelloise de droite, polémique, incisive et souvent méchante, attirée par l'ordre nouveau fasciste, Cassandre présentait non seulement des critiques mais aussi des textes littéraires d'écrivains belges, de bon niveau parfois."
Frans De Haes, Dominique Rolin et la Belgique, décrypatage des origines,
in Les écrivains francophones interprètes de l'histoire: entre filiation et dissidence
Beïda Chikhi et Marc Quaghebeur (dir.), Peter Lang, 2007, p.79

    "Vivier écrivit dans la revue de Paul Colin de 1934 à 1936. Il y publia, entre autres, quelques articles sur les lettres italiennes (par exemple La poésie italienne d'aujourd'hui, I et II, respectivement in Cassandre, 23 février 1935, p. 5 et 30 mars 1935, p. 5). Comme on le sait, Cassandre collabora avec l'occupant allemand dès l'automne 1940. Mais, en dépit des positions personnelles de Colin, elle se signala, du moins jusqu'en 1936 et la violente campagne contre le gouvernement Van Zeeland qu'elle mena alors, par un certain pluralisme politique et accueillit au cours de ses premières années des textes d'écrivains idéologiquement aussi opposés que Robert Poulet et Charles Plisnier."
Laurent Beghin Notes sur l'œuvre de Robert Vivier russisant
in Le Bulletin de l'académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
Tome LXXXII N 3-4 - Année 2004, Bruxelles, note 57, p.77 

 

 

Dans Cassandre cette semaine,
in La Nation Belge, 18 janvier 1936)
(source : Belgicapress)

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Robert Vivier - L'Antoinisme (Pourquoi pas ?, 21 février 1936)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier - L'Antoinisme (Pourquoi pas 21 février 1936)

L'Antoinisme

Liége, pays des ténors et des prophètes, a une propension naturelle au mysticisme. C'est le pays d'Antoine le Guérisseur, à qui Robert Vivier vient de consacrer, chez Bernard Grasset, un beau livre. Sait-on que l'antoinisme a ses temples, ses rites, ses prêtres, sa morale ; qu'il a plus de 100.000 adeptes en Belgique et en France ; que la figure du Prophète a tenté plusieurs écrivains, notamment André Thérive ?
    La nature avait doté Louis Antoine, ouvrier mineur, du double don de persuader les hommes et de les guérir. Comme cet humble avait un grand cœur, il voua son temps et ses forces à ceux qui avaient besoin de lui. Le problème de la souffrance, tant physique que morale, l'amena à remettre tout l'univers en question. Avec une simplicité et une ingéniosité inébranlable, il repensa le monde à sa façon.
    Cette figure de patriarche, Robert Vivier l'a si bien étudiée que son courrier quotidien lui apporte des lettres de partout, émanant d'antoinistes et de sympathisants. La plupart de ses correspondants occasionnels lui posent des questions sur des points de doctrine : une brave dame de Vichy lui confesse même qu'elle éprouve un furieux besoin de communiquer avec l'invisible et lui demande l'adresse d'un « puissant médium désintéressé ».

Pourquoi pas ?, 21 février 1936

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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal (encart publication)

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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal (encart publication Pourquoi pas 7 février 1936)

Encart publication Pourquoi pas ? (7 février 1936)

ROBERT VIVIER
PRIX ALBERT IER 1934

DÉLIVREZ-NOUS
        DU MAL
(ANTOINE LE GUÉRISSEUR)

"Ce simple au grand cœur
qui avait le double don de
persuader et de guérir les
hommes".

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Antoine le guérisseur (Revue Catholique, 7 février 1936)

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Antoine le guérisseur (Revue Catholique 7 février 1936)

                                                        Antoine le guérisseur

    Qui ne connait, dans le pays de Liège surtout, les antoinistes ? Les hommes portent la robe noire et le chapeau à larges bords ; les femmes ont une jupe noire à plis, le fichu, un bonnet à ruche avec voile. Ils se réunissent dans leurs temples pour y entendre la lecture des livres du Père et des « principes ». Ils ont leur emblème (l’Arbre de la Science de la Vue du Mal), certains rites, comme le drap vert pour les funérailles. Et des estimations – d’ailleurs sujettes à caution – chiffrent à trois cent mille le nombre des adeptes ou sympathisants.
    L’antoinisme, qui recrute ses fidèles parmi les ouvriers et les petits bourgeois de la vallée mosane et particulièrement de la zone industrielle, doit ses origines à un ouvrier mineur, Louis Antoine, né en 1746 au village de Mons, près de Liége. Deux séjours en Allemagne, où il travailla comme métallurgiste, huit années passées aux aciéries de Praga, près de Varsovie, donnèrent à l’autodidacte wallon le sens des horizons plus larges. Initié au spiritisme par un menuisier de Jemeppe, Antoine se consacra bientôt à l’évocation des esprits et à la guérison des malades.
    A partir de la soixantième année, Antoine prêche, sous le nom de « nouveau spiritualisme », une religion, fondée sur une éthique assez simpliste, et où l’on retrouve la double influence du christianisme (Antoine avait été catholique pratiquant jusqu’en 1888) et du spiritisme.
    M. Robert Vivier, le lauréat du Prix Albert Ier et l’un des plus richement doués parmi les écrivains de la génération du feu, vient de consacrer à Antoine le guérisseur un gros livre (Délivrez-nous du mal), qui parait chez Grasset. On n’hésite pas à dire qu’il s’agit là d’une œuvre de tout premier plan. Peut-être faut-il regretter que M. Vivier ait dépensé tant de talent à recréer sous nos yeux un personnage qui n’est pas, quoi que son biographe le pense, à la mesure de cette évocation ? Antoine le guérisseur est comblé par M. Vivier. Mais la beauté du jardin est dans l’œil de celui qui le regarde. Il est impossible, en tout cas, de ne pas admirer l’art subtil et tout en nuances avec lequel le romancier présente le type du Père Antoine. Toute la première partie du livre, qui est un essai d’explication de la psychologie antoiniste, est une merveilleuse réussite. Se souvenant de ses attaches avec le roman populiste (Folle qui s’ennuie). M. Vivier pénètre les ressorts les plus secrets d’une âme simple d’ouvrier qui a lu la bibliothèque de l’instituteur, au pays de Liége.
    Quelle que soit l’orthodoxie de cet exposé plus sympathisant qu’objectif, il faut reconnaitre la valeur littéraire du document humain.
    Rappelons qu’André Thérive avait dépeint, dans un roman : Sans âme, des milieux d’antoinistes français.

Revue Catholique, 7 février 1936

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Albert Jeannin évoque Robert Vivier (L'Intransigeant, 22 février 1936)

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Albert Jeannin évoque Robert Vivier

 

LES LIVRES LUS PAR...

« Délivrez-nous du mal » 
     de Robert Vivier 
vu par un Antoiniste.

    M. Robert Vivier, auteur de deux romans populistes : Non et Folle qui s’ennuie (prix Albert-Ier), vient de consacrer un gros livre de 370 pages à Antoine le Guérisseur et à la religion qu’il a fondée. Celui qui, pour ses adeptes, est devenu le Père, s’appelait de son vrai nom Louis Antoine. Né dans une humble famille de paysans belges, il fut lui-même mineur, puis ouvrier métallurgiste et concierge aux tôleries de Jemappe. Ayant amassé un petit pécule — 80.000 francs, ce qui était coquet avant 1900 – il s’adonna au spiritisme, puis fonda le « nouveau spiritualisme » qui devait devenir, par la suite, l’Antoinisme. Sa renommée se répandit promptement en Belgique. Quand il mourut, en 1912, il laissait deux temples. Le culte Antoiniste en compte aujourd’hui 44 (dont 28 en Belgique), et 140 salles de lecture. Le chef actuel de la nouvelle religion est la propre femme du guérisseur, que les adeptes saluent du nom de Mère.
    Nous sommes allé demander au desservant d’un des deux temples antoinistes de Paris ce qu’il pensait du livre de M. Robert Vivier. Ce desservant est un ancien lieutenant de vaisseau, grand blessé de guerre, commandeur de la Légion d’honneur. Il a passé huit années à Jemappe-sur-Meuse, près du Père Antoine. Il est vêtu de la robe noire des Antoinistes, une courte soutane.
     – M. Robert Vivier, nous dit-il, est impartial et il montre même, m’a-t-il semblé, une certaine sympathie à l’égard du Père. Mais son livre est malheureusement incomplet. C’est ainsi qu’on n’y voit pas suffisamment les difficultés que notre chef spirituel eut à surmonter avant de faire triompher sa doctrine. Le Père Antoine fut un homme de foi et de sacrifice. Songez qu’il recevait jusqu’à 1.400 malades par jour, et que chacun, après l’avoir vu, partait soulagé. Songez aussi que, pendant dix ans, il voulut vivre seul, privé de toute satisfaction, de toute joie. Cette solitude lui était d’ailleurs nécessaire pour recevoir la révélation, qu’il nous a léguée en trois livres intitulés : La révélation, par Antoine le Guérisseur ; Le couronnement de l’œuvre révélée et Le développement de l’enseignement du Père.
    – Pouvez-vous me dire comment le Père Antoine rédigea ces livres ?
    – C’est précisément ce que M. Vivier n’a pas suffisamment mis en valeur. Voilà : le Père obéissait aux fluides. Ses dix principes furent reçus en deux nuits.
    Dès qu’il sentait le fluide venir en lui, il convoquait sa sténographe et prenait soin que son message fût fidèlement transcrit. Il arrivait parfois que la sténographe corrigeât des phrases boiteuses, mais le Père, aussitôt, rétablissait son texte. « Je préfère ma pensée à votre correction grammaticale », disait-il. Car le Père était un prophète, un instrument de Dieu.

                                                     Yves GANDON.

 

L’Intransigeant, 22 février 1936

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Robert Vivier par André Thérive (Le Temps, 20 février 1936)

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Robert Vivier par André Thérive (Le Temps 20 février 1936)

Feuilleton du Temps
Du 20 février 1936

LES LIVRES 

    M. Robert Vivier a eu l’idée de se faire l’historiographe d’une religion nouvelle qui s’est fondée en Belgique il y a quelque trente ans, et qui continue à prospérer. Ce n’est pas une secte chrétienne, mais plutôt un gnosticisme très bas et très humble, greffé à l’origine sur le spiritisme. Elle s’appelle l’antoinisme, du nom d’Antoine le guérisseur, concierge aux Tôleries liégeoises, lequel « se désincarna » en l’an 1912. L’antoinisme offre ce pittoresque de paraître entièrement populaire, bien qu’il ait bénéficié des largesses d’un très riche propriétaire du Nord, M. Deregnaucourt, et qu’on y ait vu figurer un officier supérieur ! Un professeur d’athénée, M. Delcroix, en fut, si j’ose dire, le Saint Paul. M. Robert Vivier, qui le connut comme élève, a donc des souvenirs directs sur un des premiers apôtres, et lui a conservé, malgré l’usage, quelque vénération. Je ne sais ce que valait l’enseignement de ce brave homme, mais les écrits antoinistes, qu’il a sûrement rédigés, sont un monument de jargon effarant, de métafouillis primaire. On croirait lire des pilpouls de l’école du, soir. Il paraît que, « depuis, la rencontre de M. Antoine, il avait renoncé aux faux prestiges de l’élégance et de la forme ». Et peut-être aussi aux modes normaux de la pensée. Mais ce n’est pas la question qui nous occupe ici.

    M. Robert Vivier a tiré de cette histoire authentique et extravagante un récit ravissant, doux et ouaté, si je puis dire, où ses qualités de romancier ne font point de tort au chroniqueur. Toutefois l’ouvrage est un peu long, et bien souvent fait songer à une composition française, a un exercice de développement narratif. Le principe peut s’admettre, car à défaut de documents très précis, il restait à l’auteur d’évoquer l’atmosphère de ces bourgades wallonnes où naquit et fleurit l’antoinisme comme une plante folle amenée par le vent sur un crassier. A cet égard, Délivrez-nous du mal est tout à fait remarquable. La lenteur même y devient un procédé d’envoûtement. Il est difficile de ne pas croire qu’on a vécu à Flemalle ou à Jemeppe parmi les petites gens paisibles, narquois et crédules, a qui n’importe quel illuminé paraît un prophète, un dieu ! s’il tient boutique de magnétisme et de guérisons.

    L’inconvénient, si l’ouvrage se présentait comme une simple biographie du père Antoine, serait justement de noyer le héros dans son milieu, plus facile à dépeindre que lui-même. Bien des chapitres de M. Robert Vivier pourraient être écrits à propos d’un autre ouvrier du Borinage ; ses enfances, ses amours, ses conversations supposées (avant sa « vie publique ») n’ont rien de spécifique et, ma foi, sont peut-être bien controuvées. Louis Antoine fut successivement mineur, métallurgiste, maraîcher, et semble avoir amassé quelque bien par l’expatriation ; il travailla en Allemagne et en Pologne avant de se fixer dans la région de Liège. Sur ses faits et gestes on aimera consulter les livres très informés et très objectifs que lui consacre M. Pierre Debouxhtay (2 vol., éd. F. Gothier, à Liège). Il est très difficile, même après celui de M. Vivier, de reconstituer la psychologie véritable d’un illuminé de cette espèce. Les éléments qu’on en retient se réduisent ceci culte de la science et de la thérapeutique, médicale si on pouvait, magique, s’il le faut, – horreur de la mort, accrue par le remords d’un meurtre involontaire qu’Antoine commit, soldat, au champ de tir, ensuite par la perte d’un fils qu’il aimait tendrement et qui était déjà devenu un bourgeois, – santé précaire, dont il souffrit dès la quarantaine, avant de mourir à soixante-cinq ans, moins heureux que Mrs Baker Eddy, sa rivale américaine, – fréquentation de petits cercles spirites, lecture probable des manuels d’Allan Kardec, lesquels proviennent eux-mêmes de Pierre Leroux et des illuminés quarante-huitards, – sens puissant de la fraternité et goût de la bienfaisance envers les pauvres hommes, – orgueil naïf, point contrarié par l’esprit d’autocritique…

    Voilà assez pour composer la figure d’une espèce de saint inférieur et de sorcier à demi-sincère. Qu’on se rappelle le roman où M. Frédéric Lefèvre a voulu montrer qu’un jeteur de sort villageois n’est jamais un vrai naïf ni un vrai imposteur, et aussi la confession du médium qu’a imaginée Robert Browning. Quant à la fondation d’une Eglise, je me demande s’il n’y faut pas faire intervenir le goût très belge du groupement, de la « chocheté », sans se référer à ce mystérieux instinct d’indiscipline que l’on suppose chez Caliban opprimé d’esprit comme de corps, et qui saisit toutes les occasions de se constituer une foi à lui, rien qu’à lui. Il est certain que si le curé d’Ars avait voulu constituer un schisme, il eût entraîné par centaines de mille les fidèles. Le pauvre Antoine, à rebours des prêtres, n’avait sans doute pas appris l’humilité. Dans les derniers temps de sa vie, il se laissa à peu près diviniser. Le mot de Dieu appliqué à ce concierge se trouve en toutes lettres dans la bible de la secte, et l’une de ses prêtresses (car il y a un clergé, avec costumes rituels) m’a affirmé que le père Antoine était le Christ, et Kardec son Jean-Baptiste. Rien de moins.

     Ce qu’il faudrait étudier aussi, c’est les influences livresques qu’a subies ce prophète, ou des actions plus occultes encore on ne peut s’empêcher de remarquer que l’antoinisme, dans sa partie philosophique (?) est une forme abâtardie de la Christian science ; il s’y trouve du bouddhisme, du manichéisme, des enseignements de la gnose ; par exemple la non existence du mal, assimilé à la matière, autre illusion et le primat d’une intuition (l’auréole de la conscience, disait Antoine) sur l’intellect, M. Vivier suppose que son héros a pu aussi voir en terre russe des pèlerins illuminés, et y concevoir, au spectacle de plusieurs religions rivales, le désir obscur d’un syncrétisme. La conjecture est ingénieuse. Quoi qu’il en soit, la légende dorée de ce revival bizarre, est intéressante au possible. Un vicaire est censé (p. 144) dire au jeune Antoine « Méfiez-vous, mon ami. Il est très dangereux de penser quand on n’a pas assez d’instruction pour le faire. » Le précepte est rude, inhumain d’aspect, mais il n’est point absurde. Il y a lieu de penser que l’antoinisme mourra de sa belle mort, et ressuscitera là ou ailleurs sous une autre forme. L’ambition d’exercer la mind cure et de vaincre le mal moral, responsable du mal physique, est éternelle. Il peut advenir qu’elle pousse chez des simples d’esprit, recrute des francs-tireurs de la religion. C’est alors qu’elle devient pittoresque et romanesque.

                                                        ANDRÉ THÉRIVE.

Le Temps, 20 février 1936

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Robert Vivier (Le Jardin des lettres n°56-avril 1936)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier (Le Jardin des lettres n°56-avril 1936)

   • De M. Robert VIVIER, qui obtint il y a deux ans le Prix Albert Ier pour l'ensemble de son oeuvre et, en particulier, pour son roman Folle qui s'ennuie, un livre très curieux sur le guérisseur Antoine dont aujourd'hui les adeptes innombrables — les Antoinistes — ont leurs temples, leurs prêtres, leurs rites et leur morale : Délivrez-nous du Mal (Fr. 18). « On se demandera peut-être en lisant cette histoire, écrit M. Robert VIVIER, si j'ai été témoin de ceci ou de cela, si je suis strictement documenté sur tout ce que je raconte. Je crois n'avoir attribué à Antoine ni un seul acte, ni un seul geste qui ne soit en accord avec son caractère ou avec les meurs de son milieu, ou bien que la tradition orale, qui a joué un grand rôle dans la diffusion première de l'Antoinisme, ne lui ait attribué à un moment ou à un autre. »

Le Jardin des lettres n°56 (avril 1936)

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