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biographie

Nach Oosten bis, L'industrialisation de la Russie

Publié le par antoiniste

    Le rôle de la société Cockerill fut décisif dans la genèse de la folie russe qui saisit les capitaux belges. Déjà le fondateur s'y était attaqué, c'est d'ailleurs à Varsovie qu'il meurt en 1840. Après son décès, ses entreprises sont transformées en une société anonyme. Entré dans le conseil d'administration en 1865, le baron de Sadoine fut un gestionnaire avisé mais aussi très imaginatif. C'est lui qui prit l'initiative de visiter la Russie et d'en explorer les potentialités. Soutenu par le président du conseil, le Hutois Charles Delloye-Matthieu, il s'inscrit dans le droit fil de la tradition d'appropriation des matières premières en prenant des intérêts dans le bassin minier de Krivoï-Rog vers 1875.
    La dépression internationale qui affecte la sidérurgie européenne depuis 1873 retarde ses projets. Ce n'est que onze ans plus tard, en 1886, qu'une alliance avec les Aciéries Praga de Varsovie débouche sur la constitution de la puissante société métallurgique Dniéprovienne du Midi de la Russie. En 1896, la firme installe également un complexe dans le bassin charbonner du Donetz. Un an plus tôt, des administrateurs de Cockerill s'étaient associés à la Société métallurgique d'Aiseaux en France, pour établir les Chantiers navals, Ateliers et Fonderies de Nicolaïeff, réalisant ainsi un projet du baron de Sadoine vieux de vingt ans.
    A partir de 1895 environ, 260 sociétés étrangères dont 160 belges vont suivre le chemin tracé par Cockerill. Boris Chlepner n'a pas hésité à parler d'une "croisade des capitaux belges en Russie", et Eddy Stols à qualifier la Russie méridionale de "province industrielle belge". "Dans cette expansion", écrit Roger Cavenaille, "les Wallons et particulièrement les Liégeois ont eu une part prépondérantes". Sur la seule année 1895, les Acieries d'Angleur et la Société des Outils de Saint-Léonard sont à l'origine de la Société métallurgique russo-belge; le groupe Chaudoir crée la Société russe de Fabrique de Tubes; l'Espérance-Longdoz bâtit la SA des Hauts-Fourneaux de Toula; un consortium franco-belge qui regroupe la SA d'Ougrée, les Tôleries liégeoises et les Tubes à Louvroil fondent la Société métallurgique des Aciéries de Taganrog.


Wallonie, Atouts et référence d'une Région,
Les Wallons hors de la Wallonie,
par Michel Oris et Jean-François Potelle
II. De la révolution au déclin industriel, p.423
Région wallonne et Ed. Labor, 1995

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La contribution wallonne à l'industrialisation des pays voisins

Publié le par antoiniste

    La Révolution industrielle a placé à nouveau la Wallonie dans une position de supériorité relative vis-à-vis de ses voisins, hormis l'Angleterre. Très vite, la région est devenue un centre de diffusion des nouvelles techniques de production et de gestion à travers l'Europe continentale, et au premier chef dans les pays limitrophes. Cockerill, à son habitude, a fait oeuvre de pionnier et déployé une activité débordante qui s'est traduite par la création d'une multitude d'entreprises de Paris à Varsovie en passant par Berlin. La plupart n'ont eu qu'une vie éphémère.

    A sa suite, de nombreux ouvriers spécialisés et entrepreneurs wallons, surtout liégeois, ont contribué à diffuser la Révolution industrielle en Allemagne. En 1831-33, Jacques Piedboeuf, originaire de Jupille près de Liège, fonde la première fabrique de chaudières d'Allemagne à Aix-la-Chapelle. Pour s'approvisionner en tôles, il y joint un premier laminoir en 1845, puis un second à Dusseldorf en 1857. En 1841, les usines de puddlage et laminoirs Michiels et Cie sont bâties à Eschweiler pour fournir  les rails nécessaires à la ligne Cologne-Aix à partir d'une fonte importée de Seraing. Piedboeuf comme Michiels vont développer considérablement leurs activités et seront parmi les créateurs de grandes entreprises qui ont occupé une place marquante dan la métallurgie allemande juqu'au XXe siècle.

    Parallèlement, les ressources minérales de la Ruhr suscitent de grandes convoitises. En 1849 à Dusseldorf, la SA belgo-rhénane des Charbonnages de la Ruhr est formée sous l'impulsion de l'ingénieur des mines montois Joseph Chaudron. Entre la fin des années 1840 et 1855, Charles Detilleux acquiert des concessions près de Gelsenkirchen. En 1853, un consortium mené par le recteur de l'Université de Liège, Jean-Louis Trasenter, obtient la concession de gisement près de Duisbourg. La SA belge des Charbonnages de Herne-Bochum réunit des actionnaires belges et français à la fin des années 1850. Etc... partout dans le bassin de la Ruhr, les techniques d'étançonnages et d'extraction wallonnes se diffusent.

Wallonie, Atouts et référence d'une Région,
Les Wallons hors de la Wallonie,
par Michel Oris et Jean-François Potelle
II. De la révolution au déclin industriel, p.421
Région wallonne et Ed. Labor, 1995

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Hütte Ruhrort (Ruhrort-Meiderich / HRM)

Publié le par antoiniste

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Pierre Debouxhtay - Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme (1934)(critique du livre)

Publié le par antoiniste

Études / publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus - juillet 1934
source : gallica

REVUE DE LIVRES

OCCULTISME

Pierre DEBOUXHTAY, docteur en Philosophie et Lettres. Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme. Les Faits, d'après des Documents inédits. Liège, Fernand Gothier, 1934. In-12, 331 pagee, 8 gravures. Prix 22 fr. 5o.

Les Antoinistes ne sauraient se plaindre qu'on ait fait sur eux la conspiration du silence. Maints articles ou chapitres de volumes leur ont déjà été consacrés. Voici que paraît un livre où l'histoire du fondateur et l'histoire de son œuvre sont étudiées par le même, d'après les documents les plus sûrs, dont beaucoup sont inédits, selon les règles de la critique la plus sévère: ouvrage qui semble bien définitif. De grands penseurs, de grands réalisateurs n'auront pas rencontré pareil historien. D'ailleurs, nulle passion, nulle déclamation. L'auteur laisse le lecteur juger sur pièces. On se demandera quelle est la situation présente de l'Antoinisme. Au mois d'août 1914, l'Antoinisme comptait 7 temples et 61 maisons de lecture en Belgique, 2 temples et 64 maisons de lecture en France, plus 4 maisons hors de l'Europe. A l'heure actuelle, écrit M. Debouxhtay, la religion antoiniste compte 27 temples en Belgique (19 se trouvent dans la province de Liège) et 15 en France. « De chacun de ces temples dépend un certain nombre de maisons de lecture; à chacune de celles-ci se rattache un groupe. En août 1930, il y avait 124 maisons de lecture; elles sont condamnées à disparaître, dit un des principaux dirigeants du culte, parce que certains chefs de groupe, ayant des idées trop personnelles, attiraient le public au détriment du temple dans la circonscription duquel se trouvait leur maison de lecture. » L'hérésie en face de l'orthodoxie. Partant du chiffre de 18 000 qu'en 1925, dans notre volume Au Pays de l'Occultisme, nous avions proposé pour le nombre des adeptes fervents de l'Antoinisme en Belgique, M. Pierre Debouxhtay y porterait le nombre total des Antoinistes dans les différents pays à 40 000. Ce chiffre est peut-être généreux. Au moins, en France, quel que soit le nombre des édifices cultuels, l'influence antoiniste paraît bien en décroissance.
    M. Pierre Debouxhtay prépare une autre étude sur la doctrine antoiniste.
                                              Lucien ROURE.

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Pierre Debouxhtay - Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme (1934)(critique du livre)

Publié le par antoiniste

Études / publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus - juillet 1934
source : gallica

REVUE DE LIVRES

OCCULTISME

Pierre DEBOUXHTAY, docteur en Philosophie et Lettres. Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme. Les Faits, d'après des Documents inédits. Liège, Fernand Gothier, 1934. In-12, 331 pagee, 8 gravures. Prix 22 fr. 5o.

Les Antoinistes ne sauraient se plaindre qu'on ait fait sur eux la conspiration du silence. Maints articles ou chapitres de volumes leur ont déjà été consacrés. Voici que paraît un livre où l'histoire du fondateur et l'histoire de son œuvre sont étudiées par le même, d'après les documents les plus sûrs, dont beaucoup sont inédits, selon les règles de la critique la plus sévère: ouvrage qui semble bien définitif. De grands penseurs, de grands réalisateurs n'auront pas rencontré pareil historien. D'ailleurs, nulle passion, nulle déclamation. L'auteur laisse le lecteur juger sur pièces. On se demandera quelle est la situation présente de l'Antoinisme. Au mois d'août 1914, l'Antoinisme comptait 7 temples et 61 maisons de lecture en Belgique, 2 temples et 64 maisons de lecture en France, plus 4 maisons hors de l'Europe. A l'heure actuelle, écrit M. Debouxhtay, la religion antoiniste compte 27 temples en Belgique (19 se trouvent dans la province de Liège) et 15 en France. « De chacun de ces temples dépend un certain nombre de maisons de lecture; à chacune de celles-ci se rattache un groupe. En août 1930, il y avait 124 maisons de lecture; elles sont condamnées à disparaître, dit un des principaux dirigeants du culte, parce que certains chefs de groupe, ayant des idées trop personnelles, attiraient le public au détriment du temple dans la circonscription duquel se trouvait leur maison de lecture. » L'hérésie en face de l'orthodoxie. Partant du chiffre de 18 000 qu'en 1925, dans notre volume Au Pays de l'Occultisme, nous avions proposé pour le nombre des adeptes fervents de l'Antoinisme en Belgique, M. Pierre Debouxhtay y porterait le nombre total des Antoinistes dans les différents pays à 40 000. Ce chiffre est peut-être généreux. Au moins, en France, quel que soit le nombre des édifices cultuels, l'influence antoiniste paraît bien en décroissance.
    M. Pierre Debouxhtay prépare une autre étude sur la doctrine antoiniste.
                                              Lucien ROURE.

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L'antoinisme, religion burlesque (La Croix, 5 janvier 1932)

Publié le par antoiniste

L'antoinisme, religion burlesque (La Croix, 5 janvier 1932)

La Croix - mardi 5 janvier 1932 (Numéro 14986)
journal quotidien catholique
source : gallica


L'antoinisme, religion burlesque

    Dans la Cité Chrétienne de Bruxelles, M. Louis Timmermans montre l'extravagance des théories philosophiques et
religieuses de l'antoinisme où s'égarent malheureusement des esprits trop crédules.

    Louis-Antoine est né à Flémalle-Grande le 8 juin 1846. Il devient ouvrier métallurgiste, voyage en Allemagne, épouse en 1873 Jeanne-Catherine Collon, dont il a un fils cinq mois plus tard. Revenu en Belgique, il s'installe comme concierge aux « Tôleries Liégeoises », à Jemeppe. Amené à fréquenter des séances spirites, il devient président d'une secte et se fait médium guérisseur. Bientôt il se lasse et se passe des esprits, et distribue lui-même conseils et ordonnances. Il prescrit contre toutes les maladies une certaine liqueur Coune. Condamné pour exercice illégal de la médecine, ce qui lui vaut la sympathie de ses malades et de leurs amis, il change de méthode et prescrit de l'eau claire, à laquelle il communique, dit-il, un fluide magnétique. La renommée grandit. Antoine change de nouveau de méthode prescrit du papier magnétisé, moins encombrant qu'un bidon d'eau. La renommée grandit toujours, et le guérisseur, voulant aller de l'avant, rêve de devenir prophète et fondateur de religion. Il supprime tout intermédiaire matériel et se contente d'imposer les mains aux malades pour faire passer le fluide bienfaisant.
    Mais toute religion s'accompagne d'une doctrine et d'une morale. De 1905 à 1910, Antoine écrit quatre ouvrages qui sont le plus incompréhensible baragouin qu'il est possible d'imaginer. Le culte s'établit en mème temps que la morale et la doctrine; partout, des temples se fondent. Cela fatigue le « bon père » qui meurt en 1912, âgé de 66 ans. Avant
son décès, il a eu le temps de passer son pouvoir à sa femme. Ses dernières paroles: « Après Mère. il y aura de grands guérisseurs. On pourra en choisir un pour remplacer Mère. Mère suivra toujours mon exemple; elle ira sur la tribune comme j'y vais, mais pour le nouveau guérisseur, il n'en sera pas de même : il montera à la tribune par l'escalier opposé, et quand il l'aura mérité, il ira par où je vais. »

La philosophie antoiniste
    On trouve dans les ouvrages d'Antoine quelques propositions fondamentales qui peuvent être considérées comme la base philosophique de cette religion bizarre. Le plus important de ces ouvrages est le Couronnement de l'œuvre révélée (1910). « Il faut en convenir, tout ce qui a été révélé jusqu'à ce jour n'est qu'un acheminement vers la réalité, tendant à nous rendre plus aptes à la comprendre et à l'apprécier. Le Couronnement est à lui seul tout l'enseignement ». Voilà une formule type de la littérature antoiniste. D'abord l'affirmation tranchante : il faut en convenir. Rien de plus contraire à l'antoinisme que la forme interrogative, que le point d'interrogation, que le simple doute méthodique. Il faut en convenir, rien ne dépasse l'assurance d'Antoine; son assurance est son principal et son seul argument. Mais j'ai tort, dans cet article sur l'antoinisme, d'employer des mots tels qu'argument, ou que philosophie, ou que doute méthodique. Antoine, en effet, détestait l'intelligence. Dans tous ses écrits, il l'a terriblement malmenée, comme s'il sentait qu'elle était sa principale adversaire. « L'intelligence, dit-il dans la Révélation, l'intelligence considérée par l'humanité comme la faculté la plus enviable à tous les points de vue, n'est que le siège de notre imperfection. » Et dans le Couronnement, qui est à lui seul tout l'enseignement, il nous apprend que « l'intelligence suprême n'est autre que le démon en qui nous sommes incarnés » et que « la loi morale est opposée à l'Intelligence ». Qu'Antoine me pardonne, mais je ne parviens pas à trouver dans ses ouvrages une page qui soit intelligente, ni une page qui soit morale. Bien plus je crois que son immoralité foncière provient de sa bêtise. Ce brave homme était sans doute orgueilleux, peut-être ambitieux, mais ce qu'il était certainement, c'est bête comme il n'est pas permis de l'être quand on fonde une religion. De sorte qu'il ne lui restait plus qu'une ressource canoniser la stupidité.
    Avec beaucoup de bonne volonté, on pourrait dire que les ouvrages d'Antoine contiennent, en philosophie trois notions fondamentales: sa conception de Dieu, du monde et de l'homme.
    Ses idées sur Dieu sont très vagues. Antoine semble être panthéiste et adhérer, pour autant qu'il les a comprises, aux théories de Hegel. « Rien n'est sorti de Dieu qui ne soit Dieu; s'il n'en était pas ainsi, Dieu ne serait pas pur. Il remplit tout l'univers et seul il existe réellement. »
    Deuxième idée générale d'Antoine: le monde matériel n'est qu'apparence. Combien de fois cette idée ne revient-elle pas dans ses livres ? « Pourquoi voyons-nous la matière et qu'elle est en dehors de nous ? Parce que nous ne  percevons tout que par les sens qui sont seuls matière, illusion de notre esprit. Disons plutôt que tout se résume en nous; c'est notre imperfection seule qui nous rend accessibles à la matière, qui nous fait imaginer qu'elle existe tandis que c'est le contraire.» La même idée revient des centaines de fois sous des formes différentes. Je demande pardon à mes lecteurs de leur rapporter encore la suivante: « L'animal n'existe qu'en apparence... il n'est que l'excrément de notre imperfection. » Voilà pour le monde matériel.
    Quant à la philosophie antoiniste de l'homme, elle est absolument simpliste. Il y a dans l'homme deux individualités: le « moi conscient et le moi intelligent ». Avant d'arriver jusqu'à la pureté absolue de l'être », il nous faut passer par des milliers d'existences. Le passage d'une vie à l'autre est appelé désincarnation et réincarnation. Mais ces termes ne peuvent être entendus au sens habituel des spirites, puisque la matière est pure représentation subjective. La mort et le passage d'une ancienne vie à une nouvelle ne sont que le remplacement d'une illusion par une nouvelle, et il en sera ainsi tant que nous ne serons pas dépouillés de l'intelligence.

La religion antoiniste
    Toute religion sérieuse, qu'elle soit dogmatique ou qu'elle soit une réaction contre le dogmatisme, a toujours le dogme pour base. Le scepticisme lui-même est une forme de dogmatisme, puisque douter sincèrement et se moquer de ceux qui ne doutent pas est une attitude de partisan. Sans doute existe-t-il des esprits raffinés qui ne se contentent pas de douter, mais qui vont jusqu'à douter de leurs doutes ce sont des exceptions qui ne se rencontrent qu'au milieu de peuples trop civilisés.
    Antoine, lui, ne doutait pas. Sa religion est basée sur une certitude inébranlable, une certitude absolue et qui est le point de départ de toutes ses extravagances: cette certitude, c'est qu'Antoine doit être glorifié comme un dieu. Au commencement il se contente de révéler, car sa mission, raconte-t-il, est de compléter l'œuvre des prophètes et d'adapter leur enseignement au développement actuel de l'humanité. D'où des révélations telles que celles-ci: « Je vous ai révélé qu'Adam n'existait que spirituellement; il est le moi conscient et Eve, qui n'existait qu'en apparence, le moi intelligent. Telles sont les deux individualités qui sont en nous, l'une réelle et l'autre apparente... J'ai révélé que la défaillance d'Adam ne lui permettait plus de supporter la réalité; il en souffrait et cherchait partout le moyen de s'y dérober. Il la cachait et s'imaginait que chez ses semblables il en était de même à son égard. En dissimulant la réalité, croyant se faire estimer avec l'apparence, Adam agissait tout contrairement à son avenir. » Adam et Eve sont l'objet constant des révélations d'Antoine. Leur histoire est pour lui une obsession. Adam n'a pas été le premier homme, « il en existait d'autres à cette époque, qui occupaient diverses contrées, formant différents milieux de la même élévation ». Néanmoins, c'est Adam qui a créé le monde où nous vivons, car il nous a transmis en héritage l'état d'incarnation où nous sommes. La faute d'Adam fut « d'imaginer Dieu en dehors de lui, en croyant le voir dans le serpent ». Par là, il se créa une « individualité personnelle »; il se forma un corps en y mettant « des milliers d'années »; il se dota d'intelligence et de sens qui sont « les attributs de l'intelligence »; il fut envahi par l'illusion que la matière et le mal existent; « Il chercha de quoi se revêtir pour se soustraire à la rue de ses semblables et s'imagina voir un arbre »; ainsi naquit dans Adam la notion de la distinction des sexes, et il connut « l'amour de la bestialité »; le père de l'humanité incarnée fit partager son erreur à ses compagnons. car « ils avaient confiance en lui ». Depuis lors, le genre humain vit dans « l'affreux cauchemar qu'est l'incarnation ». On voudrait savoir, en lisant cela, ce que le prophète de Jemeppe aurait « révélé », s'il n'avait pas été chargé d'adapter ses extravagances au développement actuel de l'humanité.
    Toutes ces révélations ne sont cependant pas de foi pour le disciple d'Antoine, car le bon père entend être tolérant et prudent. « Ce qui est aujourd'hui la lumière sera demain l'obscurité », tel est un de ses adages favoris. Il est cependant une vérité qu'il a voulu inculquer à ses disciples: une vérité qui n'est ni relative, ni lumière éphémère, mais la seule grande vérité; c'est celle que l'on trouve dans la préface de la Révélation : « Nous ne voulons pas faire d'Antoine le guérisseur un grand seigneur, nous faisons de lui notre sauveur; disons qu'il est notre Dieu ». Et dans le même ouvrage, il est appelé le messie du XIXe siècle, venu en mission pour régénérer l'humanité !
    S'il suffit, pour être régénéré, d'appliquer les préceptes antoiniste, le travail ne sera pas difficile. Antoine, en effet, supprime l'essentiel de la morale : les devoirs envers Dieu. « Nous sommes autant indépendants de Dieu qu'il l'est de nous », dit-il à plusieurs reprises, dans la Révélation et dans le Couronnement. Par ailleurs, il nie la réalité du mal moral: « Le bien et le mal n'existent pas ». Antoine affirme une partie des devoirs envers le prochain; il prêche la douceur, l'affabilité, le désintéressement et surtout le pardon des injures. Vit-à-vis de lui-même, l'homme n'a qu'un devoir, et c'est de suivre les penchants de sa nature : « La pudeur est un sentiment factice »; « On ne peut faire le mal, du moment qu'on suit les penchants de sa nature »; « Agissez d'après votre naturel, ne vous arrêtez pour personne, c'est ainsi que vous serez le plus rapprochés de la vérité ». On peut conclure, que « la morale antoiniste est beaucoup trop voisine de l'immorale ». Elle est immorale parce qu'elle méconnaît nos devoirs envers Dieu; immorale parce qu'elle nie la réalité du mal moral; immorale parce qu'elle supprime toute sanction; immorale, enfin, parce que le « messie du XIXe siècle » chargé de régénérer l'humanité et d'adapter à notre temps les révélations des prophètes, s'est contenté, pour toute morale, de reprendre la maxime du philosophe païen : Sequere naturam.
    Antoine, avons-nous vu, nie l'existence de Dieu. « Ne croyons pas en Dieu, mais croyons en nous et agissons naturellement. Sachons que nous sommes Dieu nous-mêmes », lit-on dans le Couronnement. Dès lors, pourquoi un culte ? C'est qu'Antoine a détourné sur sa personne les honneurs qui sont dus à Dieu seul. De son vivant, il s'est laissé proclamer le messie; depuis sa mort, les honneurs se sont accentués. En même temps que les honneurs, s'est accentuée la stupidité des cérémonies. Dans les cérémonies courantes, le desservant donne lecture des dix principes antoinistes; il commente ensuite à sa façon un passage de la Bible. Après quoi, recueillement prolongé de l'assemblée qui se retrempe dans la foi au père, afin de bénéficier de  ses inspirations et de s'imprégner de son fluide éthéré, qui finit par l'inonder. A la fin de l'inondation: les malades invités apprennent qu'ils sont soulages ou guéris. Les cérémonies importantes, telles que les inaugurations de nouveaux temples, sont beaucoup plus compliquées. Le public, « oublieux de la matière, y communie dans le fluide éthéré du père. Voilà pourquoi la consécration d'un nouveau temple antoiniste a une signification si sublime: elle nous réunit dans notre commune aspiration à la divinité, elle témoigne que nous nous remettons à notre père du soin de nous diriger et de nous protéger, afin que nous soyons comme lui assis sur la gloire de nos œuvres ».
    Le dieu Antoine a son collège de ministre, collège, dont les femmes ne sont pas exclues. Au sommet de la hiérarchie, il y a le « représentant du père », qui est inamovible; pour l'aider, un Conseil de huit membres. Actuellement, la mère Antoine porte le titre de « représentant du père ». Pour se rendre aux réunions cultuelles, le antoinistes portent un costume spécial, qui a été « révélé » par le père. Leur emblème est « l'arbre de la vue du mal », qui rappelle aux adeptes que la grande tâche est de s'épurer de la vue du mal, seule cause qui précipita Adam dans l'apparente incarnation.
    « S'épurer de la vue du mal ? demandera un lecteur trop zélé. Antoine n'a-t-il pas nié l'existence du mal, à différentes reprises et de façon formelle ? La contradiction est flagrante, comme sont flagrantes bien d'autres contradictions dans la religion antoiniste. » A quoi je répondrai par le grand, le seul, le véritable argument. Cet argument est le huitième précepte du père Antoine : « Ne vous laisses pas guider par l'intelligence ».

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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal (critique du livre)

Publié le par antoiniste

Vivier (Robert) Délivrez-nous du mal. Antoine le guérisseur

50.584 VIVIER (Robert) Délivrez-nous du mal. Antoine le guérisseur, Paris, Grasset, 1975, 374 p.

    Au moment où les éditeurs publient des ouvrages très inégaux sur les sectes il est utile de signaler existence un ouvrage déjà ancien (1re éd. 1936) consacré au fondateur une secte guérisseuse et qui fait objet récemment une réédition. Il agit une biographie romancée de Louis Antoine appelé le Père Antoine ou plus solennellement le Père) et de son épouse (la Mère) retraçant également la naissance du mouvement religieux dont il fut initiateur. Apologétique et édifiant mais respectant les faits, écrit d'après des sources orales et une compilation de livres antérieurs par un auteur sympathisant, l'ouvrage sert sans doute aux adeptes se conforter, à chaque lecture dans idée que le fondateur de l'antoinisme était un homme merveilleux possédant des pouvoirs extraordinaires. Nous pouvons lire autrement ce récit. 
    Tout abord ce texte montre la naissance un prophétisme en milieu populaire. Louis Antoine né dans une famille modeste de mineurs belges lui-même mineur et ouvrier métallurgiste peu satisfait de sa condition sociale ayant quitté école trop tôt initie au spiritisme Allan Kardec en se joignant un groupe spirite appelé Les Vignerons du Seigneur. Là il se découvre des talents de médium et devient un personnage dominant. Grâce à la communication avec les esprits, il prodigue des conseils de santé aux malades. Désireux de gagner d'autres personnes à la cause spirite, il publie avec des amis Le petit catéchisme pour servir l'instruction des enfants et des personnes ne connaissant pas le spiritisme (1896).
    Guérisseur spirite à partir de 1900, il se verra poursuivre pour exercice illégal de la médecine (il sera acquitté lors de son procès). Ses patients devenant de plus en plus nombreux, il cesse de les recevoir en particulier, il les traite collectivement.
    Louis Antoine ne se contente pas de guérir. Il veut théoriser et prendre la parole: il écrit l'Enseignement (1905), qu'il considère comme dépassé un an plus tard. Il fait alors détruire ensemble des exemplaires invendus et publie une série de conférences intitulée La Révélation (1908). Il agit maintenant pour ce médium de guérir les âmes et pour les patients de devenir des croyants. En conséquence il apporte une doctrine à la fois morale et spiritualiste où on retrouve des éléments de doctrine catholique. La guérison du mal organique n'est plus l'essentiel de sa mission, il développe une vision du monde qu'il poursuit dans le Couronnement de l'oeuvre révélée (1909) et dans Développement de l'enseignement du Père (1912). Cependant son don de guérison devient la justification de son charisme. Le passage du spirite professionnel au fondateur de religion se fait au travers de tourments personnels et d'expériences de jeûnes. Parallèlement il organise autour de lui un groupe de disciples qui gère le mouvement religieux naissant.
    On le voit le livre de R.Vivier peut être lu en référence à la théorie wébérienne du prophétisme où on voit un individu arriver par ses expériences personnelles à des convictions nouvelles sur une voie de salut, prêcher un enseignement et rassembler un cercle de disciples tout en montrant jusqu'à sa mort des dons de guérison qui justifient aux yeux de ses adeptes le crédit qu'il réclame.
    Remarquable aussi est la succession du Père Antoine: celle-ci est fondée sur la transmission des dons qui légitiment son charisme; peu avant sa mort, il atteste que son épouse possède le fluide de guérison et elle peut donc lui succéder comme autres adeptes le feront à l'avenir. Seulement de succession en succession, nous sommes parvenus actuellement dans le mouvement à une routinisation: il y a bien un choix des serviteurs mais dans le protocole religieux, ils ne font que répéter le geste de prière du Père lui laissant "faire l'opération" : le charisme est transmis.
En lisant cette biographie, on se dit qu'il serait intéressant d'enquêter sur les déterminations sociales qui ont permis d'impulser dans un milieu populaire un mouvement religieux se réclamant d'un spiritisme réincarnationiste mâtiné de catholicisme et de thérapeutique religieuse, et qui adopte comme uniforme "des serviteurs" un vêtement fortement inspiré de la lévite juive que Louis Antoine avait vue lors d'une période de travail en Europe de l'Est.
    A bien des titres le mouvement antoiniste, qui semble avoir régressé numériquement, mérite une étude ; le livre de Robert Vivier constitue un élément du dossier.

Régis Dericquebourg

source : persee.fr

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Evolution de la classe ouvrière

Publié le par antoiniste

    L'aspect social de la Belgique a subi de profondes modifications au cours des cent dernières années. Le développement inouï de l'industrie, la prolétarisation concomitante des masses agricoles, la disparition progressive de certaines classes d'artisans et de travailleurs à domicile ont changé la répartition professionnelle d'une partie importante de la population. Les transformations, lentes d'abord, plus rapides ensuite des conditions de vie de la classe ouvrière et agricole accusent de traits nouveaux la physionomie sociale de notre pays.
    Au début de XIXe siècle, la classe ouvrière était surtout agricole et particulièrement miseérable. Ducpétiaux, le statisticien et économiste réputé, dans ses enquêtes sur la situation des classe sociales vers le milieu du siècle dernier, constate qu'alors que, pour 100 hectares de terre mise en culture, on ne compte en Angleterre que 25 cultivateurs, y compris les femmes et les enfants, et 36 en France, il y en a 65 dans le Flandre Orientale ; dans la Flandre Occidentale cette proportion est encore dépassée. Ailleurs, il considère que "loin d'être à même de recevoir un surcroît de population, les communes rurales devraient, au contraire, pouvoir déverser ailleurs une partie de leurs habitants". Le même auteur ajoute que "si cette population se multiplie, sa dégénérescence se révèle à tous les yeux clairvoyants et que l'on essayerait vainement de nier qu'il faut l'attribuer à l'insuffisance de l'alimentation, conséquence de la disproportion des ressources de la classe ouvrière et de ses besoins les plus indispensables".
    Les besoins croissants en main-d'oeuvre de l'industrie attirèrent d'ailleurs vers les villes les populations campagnardes. L'industrie à domicile, très répandue dans les villages, périclitait très fort en raison de la concurrence que lui faisait la grande industrie. Les enfants et les femmes se présentèrent dans les usines au même titre que les hommes. Les conditions de travail y étaient cependant loin d'être brillantes. Elles n'étaient même pas humaines. "Si l'on interroge les relevés du recensement de 1846, - dit Dupectiaux, - on voit que près d'un tiers des ouvriers du pays étaient, à cette époque, inscrits sur les registres des bureau de bienfaisance."
    Dix ans plus tard, la situation avait encore empiré ; le même auteur signale qu'il y aurait sur 5 ouvriers plus de 2 individus inscrits sur les listes des bureaux de bienfaisance. Ce n'est pas lentement, très lentement d'abord, que les conditions de vie s'améliorent, pour progresser ensuite à une rythme plus rapide, qui ira en s'accélérant. L'allure de ce mouvement est corrélatif à la prise de conscience de la force que trouve la classe ouvrière dans une organisation qui, inexistante au début, va aller en se développant.

Encyclopédie Belge, Notre vie sociale, p.256

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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal - Les Antoinistes

Publié le par antoiniste

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    Antoine le Généreux devenait "le Père", et il n'était plus question des "Vignerons du Seigneur", dont successivement avaient  disparu les cotisations, les statuts, les cérémonies, enfin la bannière où l'on eût pu voir un symbole de parti. On commençait à parler un peu partout des "Antoinistes".

        Robert Vivier - Délivrez-nous du mal
        Ed. Labor - Espace Nord, p.311

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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal - Mort de son fils

Publié le par antoiniste

    Et c'était bien d'amour qu'il était question ici. C'était l'amour qui avait entraîné le coeur d'Antoine, à la suite de son fils que la mort éloignait, dans les régions au-delà de la frontière effrayante. L'amour lui avait enseigné que son fils n'était plus dans ce corps, dans cette dépouille, ni ravi non plus dans on ne sait quelle immortalité à jamais séparée de notre monde, mais qu'il viviat encore vraiment, lui, l'être apparu dans la maison de Hamborn et baptisé du nom de Louis, l'enfant qui, par un soir d'été, en revenant de Mons, s'était plaint de ses souliers neufs. Il viviat encore, parce que rien de ce qui a réçu la vie de l'âme et a été aimé comme tel ne peut mourir. Et vivant, il continuait à aimer ses parents terrestes, il sentait qu'on l'aimait, qu'on ne l'oubliait pas, il éprouvait la tiédeur d'une pensée fidèle ainsi que de mains qui vous touchent les joues et les épaules.

Robert Vivier - Délivrez-nous du mal
Ed. Labor - Espace Nord, p.220

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