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Emile Ajar (alias Romain Gary) - Le voilier du docteur Katz

Publié le par antoiniste

    Il y avait derrière le docteur Katz un bateau à voiles sur une cheminée avec des ailes toutes blanches et comme j'étais malheureux, je voulais m'en aller ailleurs, très loin, loin de moi, et je me suis mis à le faire voler, je montai à bord et traversai les océans d'une main sûre. C'est là je crois à bord du voilier du docteur Katz que je suis parti loin pour la première fois. Jusque-là je ne peux pas vraiment dire que j'étais un enfant. Encore maintenant, quand je veux, je peux monter à bord du voilier du docteur Katz et partir loin seul à bord. Je n'en ai jamais parlé à personne et je faisais toujours semblant que j'étais là.

Emile Ajar (alias Romain Gary), La vie devant soi, p.30
Mercure de France, Paris, 1975

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Eartha Kitt - There is nothing to fear

Publié le par antoiniste

    I remembered President Roosevelt's words when I was a child during the Second World War : 'There is nothing to fear but fear itself'. Mama, please ask God to protect me.

Eartha Kitt, I'll still here, Confessions of a Sex Kitten, p.124
Barricade Books Inc., New York, NY, 1991

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Natalie Clifford Barney - Être libre

Publié le par antoiniste

    « Être libre, quand ce ne serait que pour changer sans cesse d’esclavage ».

Apophtegmes de Natalie Clifford Barney

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Hadewijch - Ce que l'on peut nommer, cela n'est pas Dieu

Publié le par antoiniste

    « Ce que l'on peut nommer, cela n'est pas Dieu. »
Hadewijch d'Anvers

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Le sectarisme et l'hétérodoxie apparurent

Publié le par antoiniste

    On peut retenir la concurrence entre deux grandes civilisations différentes de l'age axial, celle de l'ancien Israël et celle hellénistico-romaine, première rencontre dans l'histoire occidentale qui, à coup sûr, facilita le développement de clivages secondaires. Ce choc fut d'une importance décixive pour les développements futurs de la civilisation juive. En effet, le sectarisme et l'hétérodoxie apparurent pour la première fois. Cela allait susciter par la suite l'émergence du christianisme. En fait, comme Alan Segal, parmi d'autres, l'a montré, le développement du christianisme à l'intérieur du judaïsme, puis sa séparation finale, ne peuvent être compris que sur un fond de changement interne du judaïsme, principalement celui entraîné par la rencontre avec les civilisations hellénique et romaine. Le christianisme, cependant, en quittant le cercle de la civilisation juive, n'en effaça pas le point de référence commun, à savoir l'antique Israël.
Shmuel Noah Eisenstadt, Le Retour des Juifs dans l'Histoire, p.46
Editions Complexe, Théorie politique, Paris, 2002

    On aura le même processus lors de la Réforme (avec l'arrivée de l'imprimerie), puis au temps de la Théosophie, du Spiritisme et donc du Père (avec le découverte des pensées asiatiques et leurs introduction par Jung, entre autre).
    On assiste actuellement au même phénomène : émergence de nouvelles sectes (Témoins de Jéhovah, Scientologie, Mormonisme...) du fait de l'impérialisme américain et la cocacolinistation...

    L'orientation vers le monde terrestre, inhérente au code chrétien, l'idée que la reconstruction de celui-ci constitue une part du chemin vers le salut, une arène pour les activités relevant du salut - idée qui contraste avec le bouddhisme par exemple - trouve ses racines dans le représentation juive. L'orientation intra-mondaine, en constante tension avec une orientation ultra-mondaine, s'est manifestée dans les positions fondamentales du christianisme et du dogme, aussi bien que dans son cadre institutionnel. Elle apparut déjà évidente dans le rôle central du Christ, dépositaire d'une vision spirituelle d'un autre monde mais aussi de l'incarnation terrestre au moins en tant qu'un des aspects de la divinité.
Shmuel Noah Eisenstadt, Le Retour des Juifs dans l'Histoire, p.50
Editions Complexe, Théorie politique, Paris, 2002

    Encore une fois un confirmation du caractère bouddhique de l'antoinisme. Et peut-être une explication de son recul en tant que culte en Europe, où de plus en plus les préoccupations intra-mondaines s'affirment dans les sectes comme les Témoins de Jéhovah et la Scientologie, mais aussi la Politique et l'Ecologie.

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Oscar Wilde - L'imagination

Publié le par antoiniste

    Si la vie réelle est un chaos, en revanche une terrible logique gouverne l'imagination. C'est l'imagination qui lance le remords à la poursuite du péché. C'est l'imagination qui donne au crime son odieuse progéniture. Dans le simple monde des faits, les méchants ne sont point punis, les bons ne sont point récompensés. Le succès couronne les forts, la défaite écrase les faibles. Et c'est tout.

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, p.255
Stock, Le Livre de Poche, Paris, 1983

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Vladimir Jankélévitch - L'homme raisonnable et profond

Publié le par antoiniste

    L'homme raisonnable et profond est doué d'un talent spécial qui lui permet de voir l'en-dedans des choses, de contempler la beauté invisible, d'écouter la voix du silence et, à travers cette voix, l'autre musique, la musique inaudible qu'on entend avec l'oreille de l'âme, de percevoir enfin la vérité intérieure.

Vladimir Jankélévitch, La mort, p.47
Champs Flammarion, Paris, 1977

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Hominisation et humanisation chez Pierre Teilhard de Chardin

Publié le par antoiniste

   Teilhard pense également identifier parallèlement à l'évolution biologique une évolution de type moral : l'affection pour la progéniture se rencontre chez les mammifères et non chez les reptiles apparus de façon plus précoce. L'espèce humaine, malgré ses accès de violence sporadique, s'efforce de développer des réseaux de solidarité de plus en plus élaborés (Croix-Rouge de Dunant, Sécurité sociale de Bismarck... ) : l'évolution physique qui a débouché sur l'hominisation se double d'après lui d'une évolution spirituelle qu'il nomme humanisation. Se demandant d'où vient ce surcroît de conscience, il l'attribue à la croissance également de la complexité des structures nerveuses : le cerveau des mammifères est plus complexe que celui des reptiles, celui des humains plus complexe que celui des souris.
    Il s'émerveille également de l'interfécondité de toutes les populations humaines sur la planète, à laquelle il ne voit pas de vraie correspondance dans les espèces animales : au contraire, pour ces dernières, un isolement géographique se traduit à terme par des spéciations :
    D'une part, ces rameaux se distinguent de tous les autres antérieurement parus sur l'arbre de la vie par la dominance, reconnaissable en eux, des qualités spirituelles sur les qualités corporelles (c'est-à-dire du psychique sur le somatique). D'autre part, ils manifestent, sans diminution sensible, jusqu'à grande distance, un extraordinaire pouvoir de se rejoindre et de s'interféconder.
    Cette particularité de l'espèce humaine interpellera plus tard aussi Jacques Ruffié, professeur d'anthropologie physique au Collège de France.

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chardinisme#Hominisation_et_humanisation

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Goethe - Werther - La vie humaine n'est qu'un songe

Publié le par antoiniste

                                                   22 mai.

    La vie humaine n'est qu'un songe ; c'est ce que beaucoup ont pensé et cette idée ne cesse de me poursuivre. Quand je considère les étroites limites dans lesquelles sont circonscrites les facultés actives et intellectuelles de l'homme ; quand je vois que tous leurs efforts s'épuisent à satisfaire des besoins, qui n'ont d'autre but que de prolonger notre maheureuse existence ; que toute notre tranquilité, sur certains points de la science, n'est qu'une résignation fondée sur des rêves, produite par cette illusion qui couvre les murs de notre prison de peintures variées et de perspectives lumineuses ; tout cela me rend muet, mon ami ; je rentre en moi-même, et j'y trouve un monde ! mais un monde fantastique, créé par des pressentiments, de sombres désirs et qui n'a aucune vivante action. Couvert d'un nuage épais, tout nage, tout flotte devant moi, et je m'enfonce en souriant dans ce chaos de rêves.
    Gouverneurs, pédagogues, instituteurs, tous sont d'accord que les enfants ne savent ce qu'ils veulent. Mais que nous autres, grands enfants, parcourons ce globe en chancelant, sans savoir d'où nous venons, où nous allons ; que, comme les petits, nous agissons sans but ; que, comme eux, nous nous laissons mener par des gâteaux, des bonbons et de la verge, c'est ce que personne ne veut croire volontiers, et à mon avis cependant cela crève les yeux.
    Au reste, j'accorde bien volontiers (car je sais ce que tu vas me répondre), que ceux-là sont les plus heureux qui, comme les enfants, vivent au jour la journée, traînent leur poupée cà et là, l'habillent, la déshabillent, passent et repassent avec grand respect devant le tiroir où la maman tient les sucreries, et quand elle leur en donne, les dévorent avec avidité et se mettent à crier : encore, encore ! Oui, voilà de fortunées créatures ! Heureux aussi ceux qui donnent un titre imposant à leurs futiles occupations ou même à leurs passions, pour les présenter au genre humain comme des oeuvres de géant, entreprises pour son salut et sa prospérité. Encore un fois, grand bien leur fasse, à eux et à qui peut penser comme eux. Mais celui qui dans son humilité reconnaît le néant où toutes ces vanités viennent aboutir ; celui qui voit le bourgeois aisé arranger son petit jardin comme un paradis ; qui voit le malheureux sous le fardeau qui l'accable, se traîner sur le chemin sans se rebuter ; et tous deux enfin également intéressés à contempler une minute de plus la lumière du soleil ; celui-là, dis-je, est tranquille, il crée son univers en lui-même, il est aussi heureux d'être homme. Quelque limité que soit son pouvoir, il entretient toujours dans son coeur le doux sentiment de la liberté ; il sait qu'il peut quitter cette prison quand il lui plaira.

Goethe, Werther, p.42-44
Librairie Gründ, Paris
Préface de Sainte-Beuve

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Gilbert Cesbron - L'agonie des autres est toujours l'image de la nôtre

Publié le par antoiniste

    - Et je sens aussi qu'à chaque instant, dans le monde, toute la joie et toute la douleur s'équilibre. Mais leur répartition, cette injustice apparente, ce faux hasard sont un mystère. [...] Le Seigneur est venu : il n'a pas expliqué ces mystères ; il leur a donné un sens. [...] Il n'a pas seulement parlé - et ses paroles éclairaient tout ; il a souffert. Ce serait impensable, inutile, s'il n'y avait pas, justement, ce grand mystère à apprivoiser. Il a tout souffert avant nous : la pauvreté, l'injustice... l'agonie, ajouta Bruno en baissant la voix. Si nous tenons sa main, nous ne seront plus jamais seuls. [...]
    - Notre chagrin, notre impuissance ne peuvent t'aider qu'en faisant le détour par Dieu. Le chemin le plus court d'un homme qui souffre à un homme qui souffre passe par le Christ. C'est une expérience qu'un milliard de chrétiens peuvent faire chaque jour. [...] L'agonie des autres est toujours l'image de la nôtre. C'est le même mystère. Le Christ agonisant jusqu'à la fin du monde...

Gilbert Cesbron, Il est plus tard que tu ne penses, p.128
Robert lffont, Cercle du Bibliophile, Paris, 1965

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