Ce qui perd l'homme, je l'ai bien vu en ce temps-là, c'est de se sentir, en fabrique, dans un milieu factice, où l'individu isolé n'est qu'un rouage. C'est d'avoir l'impression que sa vie d'ouvrier est séparée, distincte de sa vie de chef de famille, de mari, de père. C'est de mener ainsi une existence double. Mais quand on peut démolir les cloisons et forcer l'homme à revenir à l'unité, à choisir aux yeux des siens entre ces deux attitudes, on le sauve presque toujours.
Maxence van der Meersch, Car ils ne savent ce qu'ils font... (p.159) Editions Rencontre, Albin Michel, Paris, 1933
Le Père, dans sa Révélation, compare souvent l'homme à un bon père de famille... L'ouvrier Louis Antoine a-t-il aussi souffert de ce sentiment de double vie ?
Dieu Tout-Puissant. Nous aussi nous sommes des dieux à certaines heures, mais le rôle est trop lourd pour nos épaules sans doute, ou bien tu te plais à nous faire retomber sur la terre. Maudit sois-tu ! Dieu Tout-Puissant, nous sommes face à face. J’aime ma poitrine sur laquelle coule la nuit, mes bras qui se tendent vers toi, mon front que ta lumière inonde. Tout mon corps, où la vie coule harmonieusement malgré les années, s’élève vers toi. Je t’aime, mais je te hais aussi parce que tu es l’avenir, parce que tu es l’inconnu, la mort qui ferme les yeux. Où te caches-tu, toi qui es tout et qui n’es rien encore ? Dieu Tout-Puissant, je suis en ce moment tout ce qui existe sur la terre. Tout ce qui est autour de moi vit par moi, et je me suis installé en roi dans ton royaume. Comme toi je suis seul et je goûte à ton image, avec volupté, la profondeur du silence et de la solitude absolue.
Max Deauville, Tamerlan, 1938 source : http://www.maxdeauville.be/ex.php
"C'est la destinée de l'homme que de se faire des dieux toujours plus croyables auxquels il croira de moins en moins." (Jean Rostand / 1894-1977 / Pensées d'un biologiste)
A son exhumation le 25 novembre 1585, découverte incorrompue alors que les vêtements avaient pourri, on y laissa un bras et le reste du corps fut envoyé à Avila, dans la salle du chapitre du couvent de Saint-Joseph. Le transfert se fit un samedi du mois de novembre de 1585, presque en secret. Les religieuses du couvent d'Alba de Tormes demandèrent à conserver un bras comme relique. Quand le duc d'Alba se rendit compte du transfert, il se plaignit à Rome et entama des négociations pour le récupérer. Le corps fut renvoyé à nouveau à Alba de Tormes, par ordre papal (1586). En 1598, un sépulcre fut édifié. On y transféra son corps, toujours intact, dans une nouvelle chapelle en 1616, puis en 1670, dans une chasse d'argent. Après ces événements, on ne fit plus d'autres atteintes à ses restes. Ils sont désormais dans plusieurs endroits : * Son pied droit et une partie de la mandibule supérieure sont à Rome. * Sa main gauche à Lisbonne * Son œil gauche et sa main droite à Ronda (Espagne). * Son bras gauche et son cœur dans des reliquaires du musée de l'église de l'Annonciation d'Alba de Tormes. * Ses doigts sont conservés dans divers endroits d'Espagne.
Elle écrivit : « Que rien ne te trouble Que rien ne t'effraie Tout passe Dieu ne change pas La patience permet tout Qui en Dieu a foi Ne manquera de rien Seul Dieu suffit. »
- Ecoute... en toi ! - En moi ? - Oui, là où tu as conscience d'"être". - Qui es-tu et qui suis-je pour être attentif à ta voix ? - Ma voix est muette, écoute seulement et tu oublieras que tu "es", et qui tu "es". N'es-tu pas fatigué d'"être" ? - "Je pense donc je suis", voilà ce à quoi j'étais habitué ! - Oui, voilà bien ce que peut produire la pensée... - Mais encore... - Tu veux savoir, alors voici : cesse de faire tant de bruit dans ta cervelle. - Mais comment ? - En écoutant, tout simplement. - Mais à quel moment vais-je penser si j'écoute toujours ? - Rassure-toi, tu penseras plus clairement encore en écoutant, tu penseras sans bruit de mots, très vite. Mais cela te rendra muet. Car dès que tu voudras mettre cette pensée-là en paroles, les mots te trahiront. Et si mon silence te fuyait... Si tu es fatigué d'"être", oublie-toi en m'écoutant. Je te parlerai ainsi, en privé, sans mots. - ... - ...... - Je comprends ! - Alos tais-toi et reconnais ne plus aoir besoin d'être "toi" pour ÊTRE.
Jean Raine, Merveille de l'inconscient in Werner Lambersy, La Poésie francophone de Belgique, Anthologie, p.130 Le Cherche Midi, Collection "Espaces", Paris, 2002
En fait, ma mort n'est que ma mort. J'en fais un accident pour qu'elle entre dans une des catégories bien connues de décès naturel, celle des hasards de la route. Si je m'arrangeais pour qu'on sache que ma mort n'est pas involontaire, c'est que je croirais encore en la vie. Toute forme de spectacle relevant de la vie, en donner un pour me supprimer deviendrait un non-sens. Je désire que ma mort n'ait pas plus de valeur que ma vie, et que son annonce n'ajoute aucun double sens à la longue série d'actes maladroits, infirmes et embryonnaires qui résument mon passage ici-bas.
Hubert Aquin, L'Invention de la mort Bibliothèque québécoise, 2001, p.128