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Emile Ajar (alias Romain Gary) - Il me semblait que c'était arrivé moins

Publié le par antoiniste

    Je me suis même emballé et j'arrivais plus à m'arrêter tellement j'avais envie de tout sortir mais là évidemment c'est pas possible parce que je suis pas Monsieur Victor Hugo, je ne suis pas encore équipé pour ça. Ça sortait un peu de tous les côtés à la fois parce que je commençais toujours par la fin des haricots, avec Madame Rosa en état de manque et mon père qui avait tué ma mère parce qu'il était psychiatrique, mais il faut vous dire que j'ai jamais su où ça commence et où ça finit parce qu'à mon avis ça ne fait que continuer. [...]
    Ça me faisait vraiment du bien de leur parler parce qu'il me semblait que c'était arrivé moins, une fois que je l'avais sorti.

Emile Ajar (alias Romain Gary), La vie devant soi, p.212-13
Mercure de France, Paris, 1975

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Eartha Kitt - I went to record for RCA

Publié le par antoiniste

    I went to record for RCA, signed up by Dave Kapp, who was fired (he told me years later) because he had signed me to a five-year contract. RCA told Dave Kapp I would never sell a record: 'She is an actress-dancer, not a singer,' he was told. I don't know what they thought I was doing on New Faces and at the Blue Angel. RCA released the most sophisticated and foreign language song of my repertoire to prove they were right; the record would not sell and they would be able to get out of the contract. The opposite happened: 'Usku Dara' was released and went to the top of the charts in a matter of days. The combination of Turkish and my voice was so out of the ordinary that the public's curiosity was roused to the extent that I became the only woman in the popular music department to make money for RCA in twenty-seven years.
    When I went to the studio to record, a white chauffeur-driven Rolls Royce was sent to pick me up and a red carpet was spread out on the sidewalk to welcome me; red roses were everywhere, even in the recording room itself, and Dom Pérignon champagne was on ice for all of my musicians - the number of them varied between thirty-five and sixty-five. These were wonderful times, with Henri René, my arranger-conductor, who I really felt great with. As long as he and Mannie Sacks and Hugo Winterhaulter were by my side, I felt safe and wanted and respected and protected. We were a happy group for years but when Mannie Sacks died, Elvis Presley and his management came onto the label and we were sacrified for Elvis; he was singing like a black then, very much in the Little Richard style, but getting the recognition Little Richard never got.
    I was lucky to have Henri René and Mannie Sacks behind me - not to mention the public, who made me the hottest recording personality of the Fifties, despite RCA's belief that I would 'never sell a record'. But the black people said, 'Oh, she thinks she's white,' which is ironic seeing as they accepted Elvis thinking he was black, until they saw his photograph on his records. I was accepted by the whites, the international whites, but it took some twenty years on the American scene before I was accepted by the blacks.

Eartha Kitt, I'll still here, Confessions of a Sex Kitten, p.123
Barricade Books Inc., New York, NY, 1991

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Jean Jaurès - Puissance dominatrice et tyrannique du Dieu chrétien

Publié le par antoiniste

    La critique doctrinale du christianisme se déploie enfin sur le plan politique. Il ne s'agit pas ici, à ce niveau d'analyse, d'attaquer l'Eglise. C'est le dogme même du Christ qui est visé, ce qui permet d'atteindre ceux qui voudraient distinguer entre le Christ et l'Eglise. Si Dieu est objet d'une foi simple, il est cru à la manière d'un fait : il en est de même du Christ comme incarnation de Dieu et donc comme se plaçant au-dessus des hommes. C'est pourquoi, pour Jaurès, Dieu ainsi cru est nécessairement une "puissance dominatrice et tyrannique", la croyance en la personne du Christ entraînant tout aussi "nécessairement le despotisme théocratique".

Vincent Peillon, Jean Jaurès et la religion du socialisme, p.207-08
L'echec du christianisme : un monde sans religion
Grasset, Le Collège de Philosophie, Paris, 2000

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Charles-Joseph de Ligne - Leurs raisons pour croire à une chose plutôt qu'à une autre

Publié le par antoiniste

    J'admire les réformations qu'on a faites sur les catholiques : cela valait bien la peine de s'en écarter. Voyez les pratiques ridicules et minutieuses de toutes ces petites sectes bâtardes et orgueilleuses, et leurs raisons pour croire à une chose plutôt qu'à une autre. J'aimerais mieux quelqu'un qui me niât tout, que celui qui médirait : J'entends la Création, mais je n'entends pas la Trinité ; j'entends la Trinité, mais je n'entends pas l'Immaculée Conception. Tout cela n'étant pas plus clair l'un que l'autre, qu'on croie sans discuter. Disputer, examiner, critiquer, s'ennuyer à cela dans ce monde-ci, pour ensuite se damner dans l'autre !

Charles-Joseph de Ligne, Mes Ecarts, p.15
Editions Labor - Espace Nord, Bruxelles, 1990

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Le Châtiment dans le récit du péché originel

Publié le par antoiniste

(14) Et Yahvé-Elohim dit au Serpent :
« Puisque tu as fait cela :
Sois maudit entre tous les animaux et
                                         [bêtes sauvages !
Sur ton ventre tu marcheras
Et de terre te nourriras,
Tous les jours de ta vie !
(15) J'établis une hostilité entre toi et la femme,
Entre ta descendance et la sienne :
Elle te visera à la tête,
Et toi, tu la veseras au talon ! »

(16) Puis à la Femme Il dit :
« Je multiplierai considérablement les
                            [peines de tes grossesses :
Dans la douleur tu mettras tes enfants au
                                                    [monde !
Ton élan te portera vers ton homme,
Mais lui te tyrannisera ! »

(17) Puis Il dit à l'Homme : « Puisque tu as écouté
l'appel de ta femme et que tu as mangé de l'Arbre
dont Je t'avais ordonné : "N'en mange pas !",
Soit maudite la terre à cause de toi :
(Ce n'est que) dans le travail-pénible (que) tu
                                             [en tireras subsistance,
Tous les jours de ta vie.
(18) Elle te produira seulement des ronces et
                                                             [des épines
Et tu (n')auras à manger (que) l'herbe de la lande.
(19) Tu (ne) mangeras de pain (qu')à à la sueur
                                                          [de ton visage,
Jusqu'à ton retour à la Terre,
Puisque (c'est) d'elle (que) tu as été tiré !
Oui ! Tu es argile, et argile tu redeviendras ! »
(20) L'Homme donna alors à sa femme le nom
de Hawwa : car c'est la Mère de tous les
Vivants (Haw) ! (21) Et Yahvé-Elohim fit à
l'Homme et à sa femme des tuniques de peau
Et les en revêtit.

Jean Bottéro, Naissance de Dieu, La Bible et l'historien
Le récit du péché origineldans Genèse, II, 25-III, p.272-73
Folio histoire, Paris, 1992

Nota bene : rappelons que pour le Père, Yahvé-Elohim est Dieu (la conscience universelle), le Serpent est le tentateur (la passion), la Femme est le moi intelligent (l'intelligence) et l'Homme le moi conscient (la conscience).

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Jean-Marie Klinkenberg - L'insulte (dans Le Jeu de la langue)

Publié le par antoiniste

    Ce jeu social de la distance, un autre type de jeu sur la langue le met en évidence : l'insulte.
    L'insulte est une des expressions langagières les plus brutes et les plus évidentes de la relation de pouvoir. On peut en effet parler avec d'un acte social, comme le sont l'acte d'allégeance, la déclaration d'amour, le salut. Le code civil le sait et entend bien gérer et canaliser ce type de sociabilité-là. Mais, en tant qu'acte verbal, elle présente deux particularités. D'abord, l'insulte est un acte pur. A priori, elle n'a besoin d'aucun matériau particulier. Un mot aussi banal que 'chaise' peut devenir une insulte : il faut et il suffit que l'intention d'insulter (contenue dans un membre de phrase comme "tu n'es qu'un..." ou dans un autre signe contigu comme un geste ou une tonalité particulière) existe et soit reconnue. Ensuite, l'insulte, instrument de pouvoir, institue d'abord une relation de contre-pouvoir. Avec elle, il s'agit de mettre en place une relation nouvelle, qui évince toutes celles que les formes policées de la langue pnt pu construire, et qui pose les partenaires dans une relation vierge, où tout peut advenir : avec l'insulte, on saisit donc le moment principiel qui fonde l'être et l'identité. Sur le plan social, l'insulte mime une joute ouverte, dont l'enjeu est un pouvoir à établir : ouverte, car elle peut déboucher soir sur le pouvoir exercé (dans ce cas, il y a victoire de l'insulteur), doit sur le pouvoir subi (c'est sa défaite).
    Par rapport à l'argot, l'insulte à ceci de plus : elle met en évidence le fait que la pratique langagière est (peut-être même tout d'abord) le lien des sentiments. Dès les premiers mots de l'être humain, toutes les émotions se modulent à travers sa langue : la tendresse, la solidarité, mais aussi la colère ou la tristesse. A cet égard, l'insulte est sans aucun doute une des manifestations les plus brutes et les plus profondes de la personnalité. D'ailleurs, si la psychanalyse avait été inventée par quelqu'un d'autre que Freud, au lieu de se servir du rêve , elle aurait pu prendre l'insulte comme voie d'accès aux profondeurs de l'individu.
    Imaginaire collectif : si, en principe, la mobilisation des m&tériaux verbaux de l'insulte est libre (il suffit, répétons-le, de proférer une formule comme "tu n'es qu'un..." ; c'est pourquoi tout fait farine au moulin sale de l'insulte chez Haddock, de la terminilogie rhétorique à celle de botanique), on constate qu'elle ne l'est pas dans les faits. Le matériau verbal qui la construit est rarement choisi au hasard, mais tend le plus souvent à renvoyer aux groids systèmes de valeurs qui fondent une société : les relations familiales et sexuelles, le système économique, les modes d'alimentation, les modèles éthiques. Ces systèmes de valeurs se révèlent donc à travers l'insulte et en retour, parce qu'elle les verbalise, elle contribue à les confirmer et à les renforcer de manière très visible et même caricaturale. Ce n'est donc pas seulement le psychanalyste qui pourrait la prendre comme matériau brut : ce sont le sociologue et l'anthropologue. Elle révèle en effet un puissant inconscient collectif (pas toujours beau à voir, au demeurant...).
    Agent destructeur et recréateur de la relation de pouvoir, révélateur de l'identité personnelle et de l'inconscient collectif : on comprend que l'insulte doive souvent maquillerses fonctions. D'où le caractère ludique qu'elle affecte souvent. Sous le couvert du jeu, elle acquiert sa légitimité tout en paraissant paradoxalement la refuser.
    Ce caractère ludique provient aussi du fait que l'insulte est pulsionnelle : grand exercice de rhétorique, elle consruit de smondes dont l'existence est momentanée, elle recourt à des inovations langagières, à des rencontres elles aussi momentanées. Il provient aussi du fait que l'insulte est destructrice ; elle constitue (avec le lapsus, le jeu de mots, la figure de style) un de ces rares moments où la langue se libère. D'ailleurs, ceux qui ont la chance de disposer de plusieurs codes linguistiques le savent : on insulte mieux dans la langue du ceur et de la solidarité que dans la langue de la raison et du pouvoir. C'est qu'avec l'insulte, la langue se libère des contraintes grammaticales et l'exicales, autant que l'insulteur se libère des contraintes sociales. Au coeur de cette libération, de grands trésors de créativité peuvent se trouver.
    Au même titre que la poésie, l'insulte est donc un des lieux où trouve à s'exercer l'immense plasticité de nos langues.

Jean-Marie Klinkenberg, Le Jeu de la langue, p.151-53
« tu parles !?, le français dans tous ses états
Flammarion, 2000 en France, Paris, 2000

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Hermann Hesse - On peut tout interpréter

Publié le par antoiniste

    Faut-il donc faire attention aux rêves ? demanda Valet. Peut-on en donner une interpétation ?
    Le Maître le regarda dans les yeux et dit brièvement : « Il faut faire attention à tout, car on peut tout interpréter. »

Hermann Hesse, Le Jeu des perles de verre, p.140
Le Livre de Poche, Calmann-Lévy, Paris, 1943

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Esperanto is the god, Zamenhof the messiah

Publié le par antoiniste

    Then why do the “Universala Esperanto-Asocio” enjoys consultave relations with both UNESCO and the United Nations? Why is Esperantism described as “democracy”, “education”, “rights”, “emancipation”,… Why do still Esperantists support Esperanto, when it hasn’t got any advantages at all, and they know it?
    The only conclusion possible is that Esperantism (and some other fanatic conlangism) is actually a religion, because it’s based on faith alone: faith on believed “easiness”, on believed “neutrality”, on believed “number of speakers”, without any facts, numbers or studies to support it; on the belief that languages can be “better” and “worse” than others. And it’s obviously nonsense to discuss faith and beliefs, as useless as a discussion about Buddha, Muhammad or Jesus. But, trying to disguise those beliefs as facts helps nobody, not even Esperantism, as it can only attract those very people that see creationism and alternative medicines as real alternatives to raw scientifical knowledge. Esperanto is the god, Zamenhof the messiah and the UEA its church.

Indo-European
source : http://carlosquiles.com/indo-european-language-blog/2008/11/a-simple-faq-about-the-advantages-of-esperanto-and-other-conlangs-easy-neutral-and-number-of-speakers/

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Charles-Joseph de Ligne - Pourquoi y a-t-il si peu de gens naturels dans le monde

Publié le par antoiniste

    Pourquoi y a-t-il si peu de gens naturels dans le monde ? Il y en a qui étant capables de sentiments vrais s'en font de factices, pour essayer si, de cette façon, ils produiront plus d'effet. Ils sont bien punis de leur peine et de leur gêne. Ils perdent par calcul un succès qu'ils auraient obtenu par nature.

Charles-Joseph de Ligne, Mes Ecarts, p.19
Editions Labor - Espace Nord, Bruxelles, 1990

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Le revenu de base ou crédit social ou allocation universelle

Publié le par antoiniste

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