Si de chaque acte de bien on recevait directement le salaire, on ne travaillerait plus qu'en vue de celui-ci, plutôt pour soi que pour le prochain. Voilà pourquoi il est dit que sans épreuve il n'est point d'avancement.
La Révélation, Nous ne pourrions posséder ni la foi ni l'amour sans les acquérir par la pratique de la charité, p.127
« Tartufe ? » Non. Ce doit être là tout l'homme, double, complexe. inexplicable mélange de bien et de mal, de roueries et de sincérité. Détruisant ce qu'il voulait servir, rêvant de bien et faisant le mal, infiniment retors, compliqué et misérable, parce que conscient de sa duplicité. Et souvent incapable d'être autre chose ! Empoisonné par lui-même !
Maxence Van der Meersch, Masque de chair Albin Michel, Paris, 1958 (p.155)
Comment peut-on être double à ce point ? J'ai peine dix-huit ans. Et je peux dire que je suis allé jusqu'au bout de la science du mal. J'en suis venu à accepter sans révolte, sans dégoût, presque avec plaisir, le cortège des misères sordides dont s'accompagne un vice comme le mien. J'en suis venu presque à les aimer. Un gibier avancé donne la nausée un enfant. Mais il vient un temps où l'on parvient à tolérer et finalement à rechercher la puanteur de la charogne...
Maxence Van der Meersch, Masque de chair Albin Michel, Paris, 1958 (p.44)
Le rôle du Monstre n'est pas de dessaisir l'individu de son pouvoir d'agir invinciblement. Il est tout le contraire d'un manière d'exorcisme, ou d'exutoire. Les forces qui roulent et rugissent en lui sont fidèles à leur nature profonde, porte ouverte, souvent battante, sur l'irrépressible. La connaissance ni n'abolit la possibilité de l'acte ni ne la confisque à son seul profit. Les forces qui roulent et rugissent ne relèvent que de loin en loin de la morale. Elles participent d'un amour de la vérité et de la beauté qui, la plupart du temps, surmonte la question du bien et du mal.
Si le sujet pense, ce n'est pas pour la raison qu'il est un sujet ; au contraire c'est parce qu'il est capable de penser qu'il peut s'apparaître sous l'aspect d'un sujet. Par conséquent, l'activité que l'homme exerce en qualité d'être pensant n'est pas une activité seulement subjective ; elle n'est à vrai dire ni subjective ni objective ; elle plane au-dessus de ces deux concepts. Je n'ai aucunement le droit de dire que mon sujet individuel pense, mais bien plutôt qu'il existe grâce à la pensée. Celle-ci est, pour ainsi dire, un élément qui m'entraîne au-delà de mon moi et qui me relie aux objets. Et elle m'a séparé du même coup, en m'opposant à eux sous l'aspect de sujet. C'est là-dessus que se fonde la double nature de l'homme : par la pensée il s'embrasse lui-même ainsi que tout l'univers. Mais, en même temps, l'acte de penser le détermine lui-même en face de cet univers, dans son rôle d'individu.
Rudolf Steiner, La Philosophie de la liberté, 1918 (p.62) source : Gallica
Respectons tous les êtres dans leur nature brute ou éthérée, ce sont des frères ; ne jugeons pas leurs actes dans leurs effets, mais remontons à la cause et nous en découvrirons la réalité. Et puisque chacun agit selon sa nature, ne disons plus que tous font le mal, mais que tous font le bien. L'acte le plus atroce d'un être inférieur envers ses semblables résulte de la justice divine, il ne peut s'accomplir sans qu'il y ait une raison ; l'effet en est double : le bourreau a préparé son progrès tout en servant d'intermédiaire pour permettre à la victime de compléter le sien.
Nous avons dit maintes fois que le mal n'existe pas ; c'est l'importance seule qu'on attache à une chose, c'est-à-dire l'imagination qui fait la souffrance.
Il y a autant de fluides que de pensées et toute pensée est une loi ; en vertu de notre libre-arbitre, nous manions ces fluides subtils de nos pensées et nous établissons ainsi des lois proportionnées à notre avancement ; nos pensées du bien ayant l'amour pour base, s'assimilent à un fluide éthéré et celle du mal, à un fluide des ténèbres.
Telle est la pensée, tel est le fluide qui nous entoure. Ce fluide forme autour de nous une atmosphère par laquelle nous recevons des sensations, suivant les actes que nous accomplissons. Les bonnes pensées l'éthérisent. Étant dans les fluides célestes qui contiennent de l'amour, nous fraternisons et cette affection mutuelle nous réjouit profondément. Les mauvaises pensées nous dirigent à travers les tribulations, les vicissitudes, elles entravent l'amour et nous rendent malheureux. Plus nous sommes dématérialisés, plus ce fluide nous martyrise ; mieux correspond-il à notre nature imparfaite, moins peut-il nous affliger.
Cependant, je viens de révéler que si quelqu'un peut nous atteindre, c'est que nous sommes hors de la vérité, que sans cette intervention, nous resterions éternellement dans les ténèbres, sans pitié et sans amour. L'acte que nous interprétons matériellement et où nous ne voyons qu'un mal est un bien ; il fait apprécier l'efficacité de la réalité qui est le bien véritable, il nous épure, anéantit une parcelle de notre méchanceté, nous donnant en échange plus d'amour, de bonté, en un mot, il nous fait faire un progrès.
Le Développement de l'Œuvre Révélée, La vue du mal sensibilité de l'intelligence, p.368
Le jour ne serait pas sans la nuit, ni la nuit sans le jour, le froid est la condition de la chaleur et la chaleur du froid. Supprimez l'opposition et la lutte, et tout va rentrer dans le silence et l'immobilité, tout va retourner au néant. L'un en tant qu'un n'a rien qu'il puisse vouloir. Pour qu'il veuille et qu'il vive, il faut qu'il se dédouble. De même l'unité ne peut se sentir, mais dans la dualité la sensation est possible. Il faut donc, pour qu'un être soit posé comme réel, qu'il soit opposé à son contraire ; et le degré de l'opposition mesure le degré de la réalisation.
Emile Boutroux, Le Philosophe allemand Jacob Boehme (1575-1624), p.22