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En souvenir du Père, Les Fêtes Antoinistes du 28 et 29 Juin 1913 (Le Fraterniste, 4 juillet 1913)

Publié le par antoiniste

En souvenir du Père, Les Fêtes Antoinistes du 28 et 29 Juin 1913 (Le Fraterniste, 4 juillet 1913)

EN SOUVENIR
DU « PERE »

Les Fêtes
Antoinistes
des 28 et 29 Juin 1913

    Nous publierons dans le prochain numéro le compte rendu des fêtes qui viennent d'avoir lieu à Jemmeppe-sur-Meuse (Belgique), à l'occasion de l'anniversaire de la désincarnation du Père Antoine, décédé l'an dernier, le 25 juin.
    En attendant, publions à titre documentaire, l'articulet suivant de notre excellent confrère, Alex. Will, où perce, comme il convient lorsqu'on est rédacteur à un grand quotidien, une petite pointe d'ironie.

    Hier une dame venait nous voir :
    – « Monsieur, je suis « Antoiniste »...
    – « Ah ! vraiment, madame, je suis très honoré de faire la connaissance d'une « Antoiniste », mais je croyais qu'il n'y en avait plus... On avait annoncé la mort du fondateur de cette secte mystico-hypnotique, et la disparition de celle-ci...
    – Détrompez-vous ! L'Antoinisme a plus d'adeptes que jamais et dans la région de Lille même on les compte par centaines... »
    La dame avait un air doux et convaincu. Nous l'avons écoutée.

LA « MERE » APRES LE « PERE »

    Vous connaissez au moins de nom l'Antoinisme. C'est une sorte de religion fondée par un habitant de Jemmeppes, en Belgique, connu sous le vocable d'Antoine-le-Guérisseur.
    Des esprits de bonne foi croient que cet Antoine a débarrassé maints malades des douleurs dont ils souffraient par le seul remède de l'imposition des mains. Des médecins, qui ont étudié les états hypnotiques affirment que, dans certains cas, la chose n'est pas impossible. Seulement, le « Père Antoine » exigeait de ses clients la croyance à une guérison divine. C'est là que l'Antoinisme et la science ne sont plus tout à fait d'accord.
    Bref, le « Père Antoine » attira dans son logis de Jemmeppes des milliers de gens qui devinrent plus ou moins ses adeptes. La région du Nord et du Pas-de-Calais lui fournit surtout des adhérents.
    L'an dernier, le « Père Antoine » mourut, malgré l'imposition de ses mains, et on put croire que les guérisons de Jemmeppes avaient trouvé un terme.
    Pas du tout. Après le « Père Antoine », il y a eu la « Mère Antoine », sa juste épouse, qui a continué, comme par le passé, à assurer le service des guérisons, l'imposition des mains, etc., afin de satisfaire la nombreuse clientèle.
    Les adeptes continuèrent à se recruter. Du moins, c'est ce que nous affirma hier la Lilloise, propagandiste de l' « Antoinisme », qui vint nous annoncer la « bonne nouvelle ».

LE TEMPLE DE CANTELEU

    Avec des lueurs mystiques dans ses yeux particulièrement vifs, la Lilloise « antoiniste » nous dit :
    « Dimanche dernier, 22 juin, la « Mère Antoine » a procédé, à Jemmeppes, à l'imposition des mains sur plus de 1.200 enfants, dont beaucoup venaient du Nord et de la région de Lille.
    » Ce fut un spectacle émotionnant, monsieur, et il y eut plusieurs guérisons opérées publiquement.
    – « Je ne veux pas en douter, madame.
    – « Certes, mais nous voudrions qu'il y en eut plus encore. Ne pouvez-vous pas dire, dans votre journal, que le dimanche 29, la « Mère » fera encore l'imposition des mains et qu'elle fera appel au fluide éthéré du Père...
    – « Mais, il est mort, n'est-ce pas ?
    – « Oh ! désincarné simplement. Son fluide persiste et vient agir parmi nous.
    – « Oui, oui.
    – « Du reste, ceux de Lille qui ne peuvent aller à Jemmeppes ont toute facilité pour être guéris au temple de Canteleu. Il y a 42, quai de l'Ouest, à Canteleu, un temple antoiniste où chaque dimanche matin, vers 10 heures, les « frères » se réunissent et méditent sur l'Enseignement du Père, dont on fait la lecture. Croire à cet Enseignement, tout le mystère est là. Il est certain que la « Mère » aime mieux qu'on aille la voir à Jemmeppes pour se faire guérir, mais il y a dans tous les temples un guérisseur en communication spirituelle avec le « Père » et « la Mère », qui ne font qu'UN. Vous comprenez...
    – « C'est très clair.
    – « Nous avons encore dans le Nord des temples antoinistes à Hautmont, 123, rue Sainte-Anne ; à Douzies-Maubeuge, chez Mme Meurisse-Brohet ; à Fontaine au Pire, à Caudry, rue Camille Desmoulin, 61, et rue des Tramways, 27 à Denain, rue de Wavrechain, 22 ; à Villers-Outréaux, chez M. Henquet-Lamy ; à Walincourt, rue Pierre Flinois, etc., etc., etc. C'est si simple et si avantageux d'être « Antoiniste ». On connait par l'Enseignement du Père qui est l'enseignement du Christ révélé à lui par le miracle de la Foi, le moyen de dominer toutes les souffrances.
    En vérité, le mal n'existe pas, monsieur. Nul ne peut souffrir, à cause d'autrui...
    – « Voilà qui est bien dit.
    – « C'est une connaissance sublime que celle de l'Antoinisme. Ceci est une petite brochure qui vous édifiera. Vous deviendrez « Antoiniste » à la lire. Le mal n'existe pas ! N'oubliez pas cette belle parole du « Père ».
    – « Merci, madame, et au revoir… Faites attention à la porte. Vous pourriez vous faire mal. Il est vrai que comme vous dites...
    – « Ça ne fait rien. Il vaut mieux de pas aller au-devant des accidents », conclut la Lilloise « antoiniste ». Puis, elle s'en fut.

                                                  ALEX WILL

Le Fraterniste, 4 juillet 1913

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Salle de lecture à Thumesnil, en 1926 par Soeur Antonine Finkelstein

Publié le par antoiniste

Salle de lecture à Thumesnil, en 1926 par Soeur Antonine Finkelstein

Thumesnil, le 9-9-26,

           _    Frères et Sœurs,

Merci à tous des bonnes pensées du 15 Août reçus avec bonheur, et nous vous demandons encore de bien vouloir être tous par la pensée avec nous tous ici pour l’ouverture de notre lecture qui aura lieu le dimanche 12 courant.
Merci à tous à l’avance   vous écrirais plus longuement bientôt.
Recevez tous en famille nos bonnes pensées et fraternels souvenirs. 
       
Maurice et Antonine Finkelstein

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Procession à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France, 26 juin 1933)

Publié le par antoiniste

Procession à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France 26 juin 1933)

Une procession antoiniste à Hellemmes

    Le 25 juin est, pour les Antoinistes, la fête du Père. Le Père, Antoine-le-Guérisseur de Jemmeppe-sur-Meuse, fondateur du nouveau culte qui porte son nom, est « désincarné » depuis 1912 et ses fervents adeptes célèbrent chaque été sa mémoire dans le recueillement et la prière.
    C'est ainsi qu'hier matin, le petit Temple de la rue Jean-Bart, à Hellemmes-Lille ne pouvait contenir la foule de tous ceux qui, à cette occasion, étaient venus assister à la rituelle « opération ».
    Car la nouvelle religion gagne chaque année des nouveaux adeptes. En Belgique, où elle est née, elle a été reconnue d'utilité publique par décret royal. Elle y compte une trentaine de temples. Il y a huit ans qu'elle a franchi la frontière pour s'établir dans la banlieue lilloise. Valenciennes et Caudry ont également leur temple.

             L'opération
    Parmi cette foule amassée devant la sobre façade de l'édifice antoiniste se distinguaient ses costumes que certains adeptes portent pour marquer leur adhésion totale au culte nouveau : la longue redingote noire, fermée comme une vareuse, et le gibus plat des hommes, les bonnets noirs à tuyautés de tuile et les amples robes de serge noire des femmes.
    Il y avait là des adeptes arrivés de divers points de la région de Belgique et même d'assez loin.
    La Mère, celle qui a été la fidèle compagne de l'ancien ouvrier métallurgiste et qui, depuis qu'Antoine n'est plus, a répandu la surprenante philosophie contenue dans la Révélation du guérisseur, vint à Lille l'an dernier pour la fête. Elle est très âgée et ne se déplace plus guère.
    Cette fois-ci, l'Opération a été faite, au nom du Père, par un frère, en l'espèce le desservant du Temple d'Hellemmes.
    Les malades, qui affluent chaque dimanche, étaient plus nombreux encore. Il y avait des estropiés, des eczémateux, une femme âgée atteinte de jaunisse, une petite paralytique et d'autres qui avaient confiance dans une amélioration de leur état.
    Sur le seuil du temple apparut alors le petit groupe des officiants, silencieux et simples. Deux femmes aux coiffes noires tenaient une pancarte : « Fête du Père, 25 juin ». Derrière elles, un adepte portait une figurine en bois découpé représente un arbre : l'arbre de la Science de la vue du mal. Et deux autres « frères » présentaient à l'assistance le portrait du Père Antoine sur lequel s'étale l'inscription : « Le grand guérisseur de l'humanité pour celui qui a la foi ».
    Après quelques minutes de recueillement, une adepte annonça l'Opération.
    Alors un homme âgé dont les mains, pieusement, s'étreignaient, fit monter vers le ciel une muette prière. Puis il tendit les bras. C'était tout.
    Un autre adepte se mit aussitôt à lire, d'une voix monotone, et en détachant chaque mot, les dix principes du Père. Principes de morale chrétienne qui font la plus large part à la conscience individuelle.

             Recueillement
    Les visages des officiants restaient figés dans une expression mystique et la foule écoutait, absorbée.
    Y avait-il dix curieux sur ce millier de personnes ? Tous ceux qui étaient là avaient un air de famille. La conviction se lisait sur leurs figures aux yeux clos ou aux regards ardents.
    – Vous guérirez si vous avez la Foi. Le Père vous l'a dit...
    Il n'est pas sûr qu'ils ne viennent pas dans un but égoïste. Mais, au fond, là comme ailleurs, chacun pense surtout à soi et à son propre salut...
    L'officiant a fini sa lecture.
    – Au nom du Père, je vous remercie...
    Un cortège va maintenant se former. Dans le même silence, à la suite des officiants, la foule, docile, avance lentement en longue colonne dans la rue Jean-Bart.
    Les gens du quartier, sur le pas de leur porte, regardent passer ce défilé muet. A un bout de la rue, le cortège tourne, poursuit sa marche lentement jusqu'à l'autre bout, puis revient se disloquer devant le Temple.
    L'officiant remercie à nouveau, d'un mot, les adeptes. La cérémonie cette fois est terminée. On n'y ajoute aucune parole. On ne sollicite aucune offrande.
    Les malades tiennent toutefois à pénétrer encore dans le temple aux murs nus.
    Le desservant essaie de les convaincre doucement :
    – Vous n'en aurez rien de plus. L'opération a été faite. Si vous avez la foi vous guérirez. Allez ! nous penserons à vous. Nous ne sommes pas des guérisseurs, nous. C'est le Père qui fait tout...

                                                         Jean-Serge DEBUS.

Le Grand écho du Nord de la France, 26 juin 1933

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Les fervents adeptes (Le Grand écho du Nord de la France, 10 décembre 1931)

Publié le par antoiniste

Les fervents adeptes (Le Grand écho du Nord de la France 10 déc 1931)Les fervents adeptes (Le Grand écho du Nord de la France 10 déc 1931)

              Mystiques, charlatans et malades

                    LES FERVENTS ADEPTES
                 D'ANTOINE-LE-GUÉRISSEUR

    Dans une rue calme d'un quartier populeux. En face d'un mur d'usine, la façade grise d'un édifice qui pourrait être une chapelle si le fronton s'ornait d'une croix. Sur ce fronton, deux mots gravés : Culte Antoiniste.
    J'ai poussé la porte verte sur laquelle est écrit :
    Le temple est ouvert jour et nuit aux personnes souffrantes. Tout le monde est reçu gratuitement.
    J'étais dans un vestibule aux murs couverts de pancartes. Une sonnerie discrète avait signalé ma présence.
    Une porte latérale s'ouvrit. Un homme jeune en longue redingote noire fermée jusqu'en haut par un col de vareuse s'approcha, les mains jointes, me salua de la tête avec beaucoup d'aménité et me demanda si j'étais venu pour une consultation...
    Il y a près de six ans déjà, j'avais assisté à la consécration du Temple par Mère Antoine. J'avais vu, alors, de nombreux adeptes : les hommes semblables à des Quakers avec leurs lévites et leurs gibus plats, les femmes, même les jeunes, vêtues de pèlerines et coiffées de bonnets noirs garnis de petits tuyautés de tulle. Et l'on m'avait expliqué ce qu'était ce culte, né en Belgique où il est assez répandu et, du reste, reconnu d'utilité publique par décret royal.

                    Le Père

    Voici à peu près :
    Les Antoinistes sont des chrétiens, Moïse, disent-ils, reçut de Dieu les dix commandements. Quelque deux mille ans plus tard, Jésus-Christ incarna la divinité. Et près de vingt siècles après, le père Antoine – qu'on appelle maintenant le Père, tout court – à son tour a porté en lui la Révélation divine.
    Des centaines de milliers de malades ont afflué jusqu'en 1912 chez Antoine-le-Guérisseur, à Jemeppe, près de Liége, d'où il était originaire.
    C'était un humble ouvrier métallurgiste qui savait à peine lire et écrire. Mais on trouve une surprenante philosophie dans sa Révélation, sténographiée au jour le jour pendant trois ans.
    Cet homme simple, qui avait pratiqué la religion catholique jusqu'à 42 ans et qui rentrait d'Allemagne et de Russie où il avait travaillé, se mit à vivre dans le recueillement, absolument seul.
    Sa femme, qui est, dit-on, une âme d'élite, habitait avec deux orphelines et partageait sa mission. Depuis qu'il n'est plus, elle a développé la nouvelle religion qui compte aujourd'hui une quarantaine de temples dont deux dans le Nord de la France : à Hellemmes et à Caudry, en attendant qu'un troisième s'ouvre à Valenciennes.
    Cette religion, l'adepte qui m'accueillait, lorsqu'il sut que je ne venais pas pour une consultation, mais pour de simples renseignements, me la définit en trois mots : la Foi, l'Amour et le Désintéressement.
    Il me désigna des pancartes affirmant que le visiteur n'a rien à payer.
    – Excusez-moi, dit-il, en me montrant des doigts tachés. Nous nous livrons à des travaux domestiques.
    » Nous ne demandons rien à personne. Notre société cultuelle subvient à ses besoins par les cotisations de ses membres et les adeptes portent le costume volontairement ».
    Mon regard se posa sur le portrait du Père – grosses moustaches, longs cheveux blancs et barbe qui ne laissent voir que des yeux vifs sous un vaste front – dans un cadre portant en exergue : « Le grand guérisseur de l'Humanité pour celui qui a la Foi. »

                    Le fluide

    Je savais déjà qu'Antoine avait 66 ans quand il s'était « désincarné ». Car les Antoinistes ne parlent pas de la Mort. Selon eux notre esprit a eu des milliers d'existences et il en aura encore d'innombrables, dans d'autres corps, jusqu'à ce qu'il soit devenu meilleur, parfait : C'est pourquoi ils placent un drap vert, couleur d'espérance, sur les cercueils...

                                                      Jean-Serge DEBUS.

(La suite en quatrième page)

 

 

(Suite de la première page)

    La théorie de la réincarnation est une explication troublante qui peut en valoir une autre !
    J'avais aussi souvenance de la foule recueillie lorsque j'avais vu, le jour de la consécration, porter derrière la Mère l'emblème du culte : « L'arbre de la science de la vue du mal » et j'entendais encore un adepte me parler avec conviction des guérisons que l'on constatait très fréquemment dans les temples antoinistes.
    Aussi me bornai-je à demander si les guérisons avaient été nombreuses depuis ces six dernières années et s'il s'en produisait encore présentement.
    – Mais oui ! me répondit le desservant qui gardait toujours ses mains croisées dans une attitude de pieuse réserve. Des quantités de personnes souffrantes ont été soulagées et nous apprenons très souvent de nouvelles guérisons.
    Il me tendit un imprimé : « l'Unitif », puis une brochure.
    – Avez-vous lu ceci : l'auréole de la conscience ? »
    Je jetai un coup d'œil et je lus :
    L'amour que nous avons pour nos ennemis est le seul qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité.
    – Aimer nos ennemis ? Le Christ, dis-je, avait enseigné le pardon...
   – Oui, mais l'enseignement du Père va plus loin. »
    La porte étant ouverte, je voulais pénétrer dans le Temple. J'en fus doucement empêché.
    – Il n'y a aucun ornement, vous le voyez. On n'y entre pas en dehors de l'Opération pour ne pas couper le bon fluide... »
    Je n'ai nulle envie de couper le fluide.
    – Je reviendrai pour l'Opération.
    Dans les dix principes et la Révélation, j'ai lu que nous souffrons par notre imagination de la souffrance.
    La méthode Coué ne s'inspire-t-elle pas d'une idée semblable pour agir sur notre subconscient ?...

                    L'opération

    Dimanche, à 10 heures moins cinq, on m'a remis un jeton numéroté, bien que je n'eusse nulle canne à mettre au vestiaire et un adepte, à travers le Temple aux murs nus, peints en vert, m'a conduit à une chaise, près de la chaire sur laquelle est pendu un portrait du Père.
    Il y avait une centaine de personnes assises. Quelques bonnets noirs, quelques lévites et des gens modestes. Pas un chuchotement. Un grincement de chaise ou une toux rompait seul le recueillement.
    Au premier rang, des visages clos qui paraissaient en proie à une résorption. Ou des expressions de piété extatique comme je ne me souvenais en avoir vues qu'en Pologne sur les visages des paysans prosternés sur les dalles dans le clair-obscur des églises...
    Sur le mur du fond, en grandes lettres : « Ne pas aimer ses ennemis c'est ne pas aimer Dieu... »
    Pas loin de moi, une fillette de douze ans à peine portait la robe et le bonnet antoinistes qui lui donnaient déjà un air de vieille demoiselle.
    10 heures. Un adepte annonce qu'un frère, au nom du Père, va faire l'Opération.
    On se lève.
    Alors un homme âgé à barbiche blanche, arrive silencieux, les mains jointes sur sa redingote, et monte en chaire.
    Le regard au plafond, les mains s'étreignant toujours, il adresse une muette prière, qui s'accompagne de mouvement des lèvres et d'une discrète mimique. Puis il étend les bras comme s'il cherchait à manier des fluides.
    Aucune parole. Un coup de sonnette, C'est tout.
    Il s'en va.
    Et l'autre frère lit d'une voix décolorée, en détachant chaque syllabe, un passage de l'enseignement du Père dont la forme est quelque peu hermétique.
    Il dit notamment que les plaies du corps ne sont toujours que la conséquence des plaies de l'âme...
    Il dit aussi, que la prière est dans l'acte dicté par la conscience, qu'elle est dans le fond et non dans la forme.
    Il dit encore que nous baignons dans la vie et les fluides comme le poisson dans l'eau et que nous souffrons par l'esprit et non par le corps. La preuve : quand l'esprit a quitté le corps on peut briser les membres sans faire souffrir...
    – Mes frères, je vous remercie !
    La lecture, sans aucun commentaire, n'a duré que dix minutes. On n'a pas fait la quête. Les adeptes sortent. J'ai cherché des yeux les malades.
    Où sont-ils ?
    De nombreuses personnes restent. Je reste. On appelle alors un numéro, toutes les deux minutes, et quelqu'un part. Je retrouve mon jeton : 46.
    C'est sans doute pour la consultation : J'attendrai.

                    Des guérisons miraculeuses

    Mon tour venu, on m'introduit dans une petite pièce. Je reconnais un des adeptes si recueillis du premier rang.
    – Avez-vous entendu l'Enseignement? commence-t-il par me demander.
    » Ce que le Christ a dit ne compte plus. Le Père a révélé qu'il ne faut pas confondre la foi avec la croyance, que l'intelligence est opposée à la conscience et qu'il faut s'en défier.
    Je précise que je ne sollicite pas une consultation. Mais que j'ai cherché les malades.
    Il me parle donc des guérisons à commencer par la sienne (une maladie d'estomac qui l'avait considérablement vieilli à 25 ans et qui s'est évanouie comme un cauchemar).
    Deux nouvelles cures viennent d'être connues, un rhumatisme et une paralysie.
    – Tenez ! Il y a cinq semaines, dit-il, à la consécration du Temple de Nice par Mère – qui, à 83 ans, a fait ce long voyage sur une banquette de troisième – un aveugle de Lyon, privé de la vue depuis 17 ans a vu l'heure en retournant à la gare et un muet a été guéri.
    ». Et c'est toujours, toujours des cas nouveaux ! »
    Je n'ai pas vu d'« ex-voto », comme dans certaines chapelles. Les malades n'ont-ils pas de reconnaissance ?
     Bien souvent, paraît-il, on ne le revoit plus, Comment être sûr qu'ils sont bien guéris ?
    Mais certains reviennent.
    – Vous avez remarqué, me dit mon interlocuteur, cette petite fille qui porte le costume antoiniste ? Il y a quelques années, elle venait prier seul pour sa maman tuberculeuse qui habite le quartier. Elle avait promis de porter le costume en cas de guérison. Maintenant, la maman fait sa lessive.
    » On peut être guéri quand on a foi.
    – Et sans être antoiniste ?
    – Absolument ! N'importe qui peut venir ici...
    » Retenez bien ceci : Nous sommes les seuls auteurs de nos souffrances...
    Le disciple d'Antoine m'a présenté sa femme. Ce visage empreint d'enthousiaste bonté, je le verrais aussi bien sous le chapeau enrubanne l'Armée du Salut que sous le bonichon noir.
    Puis il m'a prié d'inscrire sur liste des visiteurs, mon prénom sel à la suite de Tobie, Jeanne, Alphonse…
    En m'en allant je songeais, ma foi, que s'ils se préoccupaient, même avec le plus pur prosaïsme, des souffrances qui peuvent naître de leurs actions les hommes seraient peut-être meilleurs...

                                                      J.-S. D

 

Le Grand écho du Nord de la France, 10 décembre 1931

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Un enterrement antoiniste à Tourcoing (Le Grand écho du Nord de la France 24 sept 1933)

Publié le par antoiniste

Un enterrement antoiniste à Tourcoing (Le Grand écho du Nord de la France 24 sept 1933)

Un enterrement « antoiniste » à Tourcoing

    La religion que pratiquent les « Antoinistes » et qui naquit voici quelques dizaines d'années à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liége, se distingue par la simplicité du culte et par la sobriété de ses cérémonies religieuses.
    Nous avons assisté samedi après-midi, rue des Piats, à Tourcoing, à un enterrement antoiniste.
    La défunte, une « sœur » de modeste condition – chaque « antoiniste » est le « frère » ou la « sœur » des autres fidèles – Marguerite Dupont-Bertea, habitait au fond d'une cour bordée de maisons ouvrières.
    Dès 14 heures, les adeptes silencieux et recueillis emplissent l'étroit couloir et débordent dans la rue où s'amassent les curieux.
    Les « frères », sanglés dans de longues redingotes noires boutonnées jusqu'au cou, assez semblables à celles des « Clergymen », tiennent en mains un étrange gibus aux bords extraordinairement larges, aux flancs évasés vers le sommet.
    Les « sœurs », drapées dans des robes de deuil en gros drap, un voile de soie noire maintenu sur la tête par une bande de crêpe gauffrée nouée sous le cou, forment un cercle silencieux et grave autour du réduit où repose le cerceuil de la morte.
    Les parents, les amis, défilent dans la chambre mortuaire, où ne brille aucun cierge, l'espace d'une courte prière. Au milieu du cercueil un cœur gravé dans la planche remplace la croix. Du côté des pieds, le « livre des révélations d'Antoine » qui renferme en sa brièveté tout le dogme de la « religion » est ouvert au chapitre de la « réincarnation ».
    Mais voici qu'un remous se produit dans l'assistance. Les officiants « frère Jean » et « sœur Jeanne », sa femme, du temple antoiniste d'Hellemmes, arrivent pour la levée du corps. On place le cercueil sur deux chaises et « frère Jean » donne lecture des « dix principes révélés par le père ».
    Puis, sans qu'aucune autre parole soit prononcée, le corps, placé sur une civière, gagne sous le ciel gris qui ajoute à la tristesse de cette minute, le modeste corbillard qui doit le conduire à sa dernière demeure.
    Pas de fleurs. Une simple draperie verte avec ces mots brodés en lettres d'or : « Culte antoiniste ».
    En tête, en lieu et place de la croix, l' « Arbre de la science de la vue du mal » est porté solennellement par un adepte qu'encadrent deux « frères » en « robe ».
    Le mari, la famille et la foule, suivent en un long et triste ruban noir qui fait se découvrir les passants à la fois émus et intrigués.
    Au cimetière, le « frère Jean » d'une voix monotone lit le « Chapitre de la réincarnation ».
    Il pleut et les paroles tombent une à une, froides, lentes, pénétrantes, comme les gouttes qui, peu à peu, nous glacent les épaules.
    Le grincement des cordes sur le bois qui glisse dans la fosse...
    – Au nom du père, merci...
    ...C'est fini.

                                                                      Jean PILET

Le Grand écho du Nord de la France, 24 septembre 1933

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Le Père Antoine (Le Grand écho du Nord de la France, 28 septembre 1925)

Publié le par antoiniste

Le Père Antoine (Le Grand écho du Nord de la France 28 sept 1925)

Le Père Antoine (Le Grand écho du Nord de la France 28 sept 1925)

 Les petites religions

              LE
Temple Antoiniste
    d'Hellemmes
: s'est ouvert hier :

De nombreux antoinistes étaient venus
   de Belgique et la « Mère Antoine »
           a présidé la cérémonie

(Voir notre cliché en première page)

    On rencontrait, dans les rues de Lille, dimanche, des hommes et des femmes – femmes âgées, jeunes filles et même fillettes, – vêtus d'une façon très particulière. Les premiers avaient l'allure de clergymen, avec une longue lévite noire, boutonnée sur un col rigide ; et un chapeau haut-de-forme aux bords ronds et plats. Les secondes étaient coiffées d'un voile noir que supportait un bonnichon bordé de tulle plissé, également noir, et leurs épaules s'enveloppaient d'un châle de laine ou d'une cape.
    Ces gens étaient des Antoinistes venus assister à la cérémonie de consécration du nouveau temple de leur culte, dont nous avons signalé l'existence à Hellemmes.
    Il était arrivé des adeptes d'un peu partout, de Paris, de Lyon, même de Monaco, mais, principalement, de Belgique. Deux trains spéciaux étaient partis de Liége avec dix-sept cents personnes.

      L'« opération »

    A dix heures, la rue Jean-Bart, aux abords du Temple, était noire de monde. La cérémonie était commencée à l'intérieur. L'assistance, trop dense, restait massée sur la chaussée et les trottoirs. Il y avait surtout des Antoinistes. Les curieux, dressés sur la pointe des pieds, cherchaient à voir « quelque chose ».
    Mais on ne voyait rien, si ce n'est parmi la foule, les lévites noires et les voiles garnis de tulle. Le « costume », chez les Antoinistes est purement facultatif. Les plus fidèles l'arborent pour se rendre au Temple le dimanche ou les jours de cérémonie comme celui-ci.
    Au bout d'une vingtaine de minutes, l'emblème du culte, « l'arbre de la science du Bien et du Mal », apparut sous le portail, précédant une vieille femme au visage paisible, qu'encadraient des bandeaux de cheveux blancs échappés de la rituelle coiffe noire : la « mère Antoine », la veuve d'Antoine-le-Guérisseur âgée de soixante-quinze ans et venue de Jemmeppe-sur-Meuse, près de Liége, pour pratiquer l'« opération ».
    Et c'est cette « opération » qui se renouvela devant la porte, en raison de l'affluence. La lecture des principes se perdit dans le vent, puis on aperçut, par-dessus les têtes recueillies, la vieille « mère » étendre la main dans un geste de bénédiction, sur les deux mille personnes qui l'entouraient.
    C'était tout.
    La foule fut admise ensuite à visiter le Temple qui n'est, comme nous l'avons dit, qu'un local aux murs sévères, sans la moindre ornementation.
    Avant de partir, j'ai revu le desservant, qu'accompagnait sa femme – tous deux vêtus de noir.
    J'appris, par lui, qu'il n'existe pas d'ordre. Les desservants des temples vivent librement, sous la seule réserve qu'ils ne doivent accepter aucune rétribution. Il me dit qu'il était entré au service de l'Antoinisme après s'être guéri, sans aucun autre remède que « la confiance », d'une grippe infectieuse qui l'avait terrassé...

                                                            J.-S. DEBUS.

Le Grand écho du Nord de la France, 28 septembre 1925

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Procession à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France, 26 juin 1933)

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Procession à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France 26 juin 1933)

Une procession antoiniste à Hellemmes

    Le 25 juin est, pour les Antoinistes, la fête du Père. Le Père, Antoine-le-Guérisseur de Jemmeppe-sur-Meuse, fondateur du nouveau culte qui porte son nom, est « désincarné » depuis 1912 et ses fervents adeptes célèbrent chaque été sa mémoire dans le recueillement et la prière.
    C'est ainsi qu'hier matin, le petit Temple de la rue Jean-Bart, à Hellemmes-Lille ne pouvait contenir la foule de tous ceux qui, à cette occasion, étaient venus assister à la rituelle « opération ».
    Car la nouvelle religion gagne chaque année des nouveaux adeptes. En Belgique, où elle est née, elle a été reconnue d'utilité publique par décret royal. Elle y compte une trentaine de temples. Il y a huit ans qu'elle a franchi la frontière pour s'établir dans la banlieue lilloise. Valenciennes et Caudry ont également leur temple.

             L'opération
    Parmi cette foule amassée devant la sobre façade de l'édifice antoiniste se distinguaient ses costumes que certains adeptes portent pour marquer leur adhésion totale au culte nouveau : la longue redingote noire, fermée comme une vareuse, et le gibus plat des hommes, les bonnets noirs à tuyautés de tuile et les amples robes de serge noire des femmes.
    Il y avait là des adeptes arrivés de divers points de la région de Belgique et même d'assez loin.
    La Mère, celle qui a été la fidèle compagne de l'ancien ouvrier métallurgiste et qui, depuis qu'Antoine n'est plus, a répandu la surprenante philosophie contenue dans la Révélation du guérisseur, vint à Lille l'an dernier pour la fête. Elle est très âgée et ne se déplace plus guère.
    Cette fois-ci, l'Opération a été faite, au nom du Père, par un frère, en l'espèce le desservant du Temple d'Hellemmes.
    Les malades, qui affluent chaque dimanche, étaient plus nombreux encore. Il y avait des estropiés, des eczémateux, une femme âgée atteinte de jaunisse, une petite paralytique et d'autres qui avaient confiance dans une amélioration de leur état.
    Sur le seuil du temple apparut alors le petit groupe des officiants, silencieux et simples. Deux femmes aux coiffes noires tenaient une pancarte : « Fête du Père, 25 juin ». Derrière elles, un adepte portait une figurine en bois découpé représente un arbre : l'arbre de la Science de la vue du mal. Et deux autres « frères » présentaient à l'assistance le portrait du Père Antoine sur lequel s'étale l'inscription : « Le grand guérisseur de l'humanité pour celui qui a la foi ».
    Après quelques minutes de recueillement, une adepte annonça l'Opération.
    Alors un homme âgé dont les mains, pieusement, s'étreignaient, fit monter vers le ciel une muette prière. Puis il tendit les bras. C'était tout.
    Un autre adepte se mit aussitôt à lire, d'une voix monotone, et en détachant chaque mot, les dix principes du Père. Principes de morale chrétienne qui font la plus large part à la conscience individuelle.

             Recueillement
    Les visages des officiants restaient figés dans une expression mystique et la foule écoutait, absorbée.
    Y avait-il dix curieux sur ce millier de personnes ? Tous ceux qui étaient là avaient un air de famille. La conviction se lisait sur leurs figures aux yeux clos ou aux regards ardents.
    – Vous guérirez si vous avez la Foi. Le Père vous l'a dit...
    Il n'est pas sûr qu'ils ne viennent pas dans un but égoïste. Mais, au fond, là comme ailleurs, chacun pense surtout à soi et à son propre salut...
    L'officiant a fini sa lecture.
    – Au nom du Père, je vous remercie...
    Un cortège va maintenant se former. Dans le même silence, à la suite des officiants, la foule, docile, avance lentement en longue colonne dans la rue Jean-Bart.
    Les gens du quartier, sur le pas de leur porte, regardent passer ce défilé muet. A un bout de la rue, le cortège tourne, poursuit sa marche lentement jusqu'à l'autre bout, puis revient se disloquer devant le Temple.
    L'officiant remercie à nouveau, d'un mot, les adeptes. La cérémonie cette fois est terminée. On n'y ajoute aucune parole. On ne sollicite aucune offrande.
    Les malades tiennent toutefois à pénétrer encore dans le temple aux murs nus.
    Le desservant essaie de les convaincre doucement :
    – Vous n'en aurez rien de plus. L'opération a été faite. Si vous avez la foi vous guérirez. Allez ! nous penserons à vous. Nous ne sommes pas des guérisseurs, nous. C'est le Père qui fait tout...

                                                         Jean-Serge DEBUS.

Le Grand écho du Nord de la France, 26 juin 1933

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Inauguration du temple antoiniste de Hellemmes (Paris-midi, 28 sept 1925)

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Inauguration du temple antoiniste de Hellemmes (Paris-midi, 28 sept 1925)

    INAUGURATION DU TEMPLE ANTOINISTE

                                 Lille, 27 Septembre.

    Environ cinq mille antoinistes, venus de divers points de la France et de la Belgique, ont assisté aujourd'hui à l'inauguration du temple de leur secte, érigé à Hellemmes-lez-Lille. – (Havas.)

Paris-midi, 28 septembre 1925

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Façade du Temple à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France, 25 septembre 1925)

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Façade du Temple à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France 25 sept 1925)

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Temple à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France, 25 septembre 1925)

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Temple à Hellemmes (Le Grand écho du Nord de la France 25 sept 1925)

ARRONDISSEMENT DE LILLE

                    Les petites religions

Un temple antoiniste va s'ouvrir
        à Hellemınes-lez-Lille

    Dans un quartier gris d'Hellemmes – rue Jean-Bart – s'élève un temple antoiniste, tout neuf, tout frais, que les maçons viennent à peine de quitter.
    La Mère Antoine va venir dimanche procéder à sa consécration, au nom du Père.

        LE CULTE NOUVEAU

    Le Père ? Qui n'a pas entendu parler, avant la guerre, du Père Antoine. Antoine-le-guérisseur à qui des foules de malades vinrent, durant vingt ans, demander assistance dans un faubourg de Liége ?
    Humble ouvrier mineur, catholique et excessivement pieux, Antoine avait compris, un jour, qu'il se devait à ses semblables. La Foi l'affranchit tout à coup. Ce fut la « Révélation ».
    Il n'avait reçu qu'une instruction élémentaire : il se mit à enseigner les principes d'une haute philosophie. Il eut des adeptes. Son enseignement, sténographié, au jour le jour, remplissait deux volumes. Et une nouvelle religion se créait, de 1906 à 1909.

        LA FAÇADE DU TEMPLE

    Antoine prêcha la Foi. Il guérit les malades qui eurent la Foi. « Les plaies du corps, disait-il, ne sont que la conséquence des plaies de l'âme ». Les médecins constatèrent...
    A l'âge de 66 ans, – en 1912 – le Père Antoine se « désincarna ». Ainsi s'expriment ses adeptes.
    Sa femme, la Mère Antoine, qui compte aujourd'hui 75 ans, lui succéda à la tête du nouveau Culte. Mais elle n'agit, en toute circonstance, qu'au nom du Père.
    Se laissant diriger par la pensée du Père, des adeptes s'en allèrent faire leur apostolat : des temples naquirent. Ils sont vingt en Belgique et, il y a deux ans, après une enquête du Parlement et une pétition appuyée de 150.000 signatures, un décret royal reconnaissait d'utilité publique le culte Antoiniste. Celui-ci a passé la frontière et des temples se sont ouverts à Paris, Lyon, Tours, Aix, Vichy, Vervins et, plus près de nous, à Caudry.

        MOISE, JESUS, ANTOINE...

    Moïse reçut de Dieu les 10 commandements. Deux mille ans plus tard, Jésus-Christ incarnait la divinité. Vingt autres siècles ont passé et Antoine a porté en lui la Révélation divine. Telle est la foi des Antoinistes.
    « Œil pour œil », disait Moïse ; « pardonnez vos offenses », disait Jésus ; « Aimez vos ennemis », a dit Antoine. Ainsi me parlait, hier, le desservant du nouveau temple. Sur son visage serein et dans ses yeux clairs, je n'ai lu que la bonté. « Notre religion est celle de l'amour et du désintéressement », a-t-il ajouté doucement. Puis : « C'est aussi celle de la conscience ».
    L'antoiniste se défie de l'intelligence. Sa conscience le dirige. : La vie matérielle ? Notre « être » a eu déjà des milliers d'existences. Il en aura encore d'innombrables. Jusqu'à ce qu'il soit devenu meilleur, parfait. La mort n'est qu'une désincarnation, suivie de multiples réincarnations. Sur le cercueil de l'antoiniste, un drap vert. Pas de chapelle ardente. Pas de tentures noires.

        LES GUERISONS PAR LA FOI...

    Le culte ? La lecture des révélations et le recueillement. A dix heures, chaque matin, les pensées s'élèvent et, de Jemmeppe-sur-Meuse, Mère Antoine accorde sa bénédiction à tous ses adeptes.
    Le temple ? Des murs nus et blancs. Des bancs, une chaire. Un seul tableau : « L'auréole de la conscience ».
    Des malades, des affligés, en se rendant au Temple ont trouvé la guérison.
    Posant sur le mien son regard plein de douceur, le desservant m'a répété :
    « Qu'ils viennent ici. Et s'ils ont vraiment confiance, s'ils ont vraiment la Foi, ils guériront... »

                                                                 Jean-S. DEBUS

Le Grand écho du Nord de la France, 25 septembre 1925

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