H. Lormier - Guérissons notre Esprit (Le Fraterniste, 15 mars 1928)
C'est bien la cure la plus difficile à réaliser pour l'humain, car notre pauvre petit esprit est si indiscipliné qu'il n'obéit pas toujours aux conseils et aux remontrances qui lui sont tant de fois répétés.
Cependant si nous savions avoir un peu plus de courage et de persévérence nous pourrions nous débarrasser de bien des maux qui nous font souffrir.
Nous ne faisons pas assez attention aux lois de la pensée. Il y a trop d'orgueil en nous qui nous empêche de nous incliner devant le langage de la raison et de la Vérité.
Nous nous plaisons à ne ressentir que ce qui est vibration matérielle, nous ne recherchons que la satisfaction des sens de notre nature physique et nous négligeons complètement ceux de l'esprit.
Cependant si le corps a besoin d'une saine nourriture pour bien se porter de quelle bien plus saine et fortifiante manne la pensée doit-elle se nourrir pour que l'équilibre soit parfait entre l'Esprit et la Matière ! (le corps et l'âme).
Il est dit quelque part : si vous n'avez l'Amour en vous, vous n'êtes que des arbres ne donnant que de mauvais fruits et l'Amour c'est TOUT, par conséquent hommes qui avez la même origine de Vie, qui vous agitez dans le même Univers, sachez donc guérir votre petit esprit, en vous nourrissant de toutes les vertus qui feront de vous des êtres supérieurs d'autant que vous reconnaîtrez votre humilité, votre petite valeur, puisque, un souffle, un rien, peut suspendre au moment où vous y pensez le moins, toute la force vitale que vous croyez détenir en toute propriété.
Votre vie sera vraiment forte et féconde si vous voulez bien comprendre ce qu'est la Bonté, avec tous ses attributs et que, en vrai gourmet des mets de l’Esprit, vous vous en nourrissiez abondamment ce qui sera pour vous la Santé, la Force, la Domination.
Ce faisant, vous serez toujours en règle avec les lois qui vous gouvernent spirituellement et votre attirance sera tellement puissante que vos bras ne seront pas assez grands pour étreindre avec Amour, tous ceux qui cherchent un refuge, un asile de Paix et de Fraternité.
C'est la route du Ciel qui vous est ainsi ouverte, souffrants de toutes sortes. Voulez-vous la suivre ? C'est votre bonheur qui vous attend.
H. LORMIER
Le Fraterniste, 15 mars 1928
Eugène Goblet d'Alviella - L’être unique à plus d’un nom (curieuseshistoires-belgique.be)

Mausolée - vue d'ensemble (source : dhnet.be)
L'être unique à plus d'un nom
Au fond d’une allée du cimetière municipal de Court-Saint-Etienne, à un jet de pierre de l’abbaye de Villers-la-Ville, quatre sphinx de pierre veillent sur un insolite monument funéraire dont l’ordonnance évoque les vieux tombeaux hindous.
C’est un kiosque carré à deux étages, surmonté d’un dôme sphérique. Ses murs, colonnes et linteaux sont couverts de symboles, d’hiéroglyphes, de citations morales ou théologales relevant des philosophies et religions les plus diverses. Le thème de l’ornementation extérieure est résumé par la phrase qu’on lit gravée sur son fronton : L’ÊTRE UNIQUE A PLUS D’UN NOM.
Cet aphorisme est exprimé en douze symboles frappés dans les colonnes d’angle et observables en tournant tout autour du monument dans un sens anti-horlogique : le Chrisme chrétien, le Tétragramme judaïque, le EI du temple de Delphes, le monogramme OUM des brahmanes, le nom d’Allah, des caractères runiques composant l’Odin scandinave, les Foudres de Jupiter latin, le Marteau triple des Celtes, la Roue bouddhique, Mazda ou le Feu des Perses, le AN cunéiforme des Chaldéens et, enfin, l’idéogramme Thian qui désigne le ciel chez les Chinois. Quant aux symboles intérieurs, ils évoquent le destin de l’homme et sa survie après la mort.
(source : sitytrail.com)
Ce mausolée est aussi bâti selon une stricte symbolique géométrique, numérale et zodiacale. Sa base est un carré de 5 mètres de côté tandis que le monument auquel on accède par un escalier de sept marches mesure exactement 12 mètres de haut. Les angles de ce carré indiquent les points cardinaux et la porte de la crypte souterraine, tournée vers l’orient, est marquée de la rose et de la croix, sous un linteau portant le disque ailé d’Horus, le dieu du soleil levant. Le sommet de la pierre cubique portant les épitaphes est orné d’une ancre posée sur une étoile flamboyante à celui de l’ancre paléochrétienne, inséparable du fameux carré magique de 5. Un obélisque, élevé par une famille apparentée, complète l’étonnant ensemble.
C’est le comte Eugène Goblet d’Alviella qui conçut ce monument peu ordinaire en 1885. Il le fit réaliser par l’architecte Samyn, dans le but d’y inhumer la dépouille de sa mère, la comtesse d’Auxy de Neufvilles. Il est vrai que le château d’Auxy à Casteau, où Goblet avait passé une partie de sa jeunesse, était une demeure tout aussi étrange, sculptée et peinte de sujets symboliques, de la cave au grenier, sous la garde d’un même groupe de sphinx. 
Hélas, pour sauver cette bâtisse, on crut bien faire en la léguant à une communauté religieuse. On la dédia à saint Joseph puis, un beau jour, on la dynamita. Imprégné de l’univers hermétique qui régnait chez les comtes d’Auxy, Goblet d’Alviella ne pouvait manquer de s’intéresser aux grands mystères. Il se fit donc initier dans une loge bruxelloise dont il devint plus tard un des hauts dignitaires, se consacrant à l’étude des symboles et de leur migration. Recteur de l’ULB, ministre d’État, il mourut octogénaire en 1925 et repose désormais aux côtés de sa mère, dans l’extraordinaire tombeau qu’il s’était ainsi préparé de son vivant, à quelques pas de son château de Court-Saint-Étienne.
source : https://curieuseshistoires-belgique.be/letre-unique-a-plus-dun-nom/
cf. photos https://www.sitytrail.com/fr/poi/5067096-court-saint-etienne--mausolexe-goblet-dxalviella/
Il a été classé « patrimoine exceptionnel de Wallonie » le 23 septembre 1988.

À l’extrémité de la plate-forme se trouve la stèle destinée à recevoir le nom des défunts. Aux deux côtés de cette stèle est gravé un Arbre de vie, dans la forme artistique et hautement conventionnelle, que les Assyriens ont donnée à ce vieux symbole sémitique, et que les Chaldéens reproduisaient sur leurs sarcophages, comme une promesse d’immortalité.
source : http://www.patrimoine-stephanois.be/wp/les-patrimoines/le-patrimoine-culturel/le-patrimoine-religieux-et-philosophique/le-mausolee-goblet-dalviella/colonnes-interieures/
Arbre de vie
(source : patrimoine-stephanois.be)
Institut Médico-Psychosique à Sin, Paris et Sens (Le Fraterniste, 15 août 1927)
Le Pélerin, nouvelle de Mme Breusing de Liège (Le Fraterniste, 6 mars 1914)
Le Pèlerin
Madame Breusing, de Liège, grande amie du « Fraterniste », nous a fait le plaisir de nous adresser la nouvelle suivante que nos lecteurs liront très certainement avec grand plaisir.
Nous l'en remercions vivement.
\-/
Un homme avait à faire un voyage vers un but, dont il ignorait s'il était proche ou éloigné : c'était au pays promis de félicité qu'il voulait aller. Il n'en connaissait rien de précis ; il savait seulement qu'au terme du voyage, il aurait à rendre compte de tout ce qu'il aurait fait en cours de route.
Dans l'incertitude, le chemin direct était difficile à trouver ; il en fut bientôt convaincu. Il rencontra beaucoup d'hommes qui tendaient au même but, mais chacun prenait une route différente.
Après avoir causé à plusieurs d'entre eux, il entendit une si grande quantité d'opinions différentes, qu'il résolut de poursuivre la route qu'il s'était tracée. Mais bientôt voici de nouvelles bifurcations. A chaque chemin se trouve bien un poteau indicateur, mais ils portaient tous : « Au Pays de Félicité » et encore d'autres indications, mais rendues illisibles, ayant subi quantité de remaniements.
Une route plus large, noire de monde, attire ses regards. Il s'avance et il lit « AU PAYS DE FELICITE PAR ROME. » Tiens, se dit-il, ne serait-ce pas le chemin sans détours que je cherche ? Et au même instant un vieillard majestueux, recouvert d'un long manteau brodé d'or, portant sur la tête une mitre à trois couronnes, surmontée d'une croix étincelante de diamants s'approcha de lui et lui dit : « Tu veux aller au pays de félicité ? » – « Оui », répondit le pèlerin. Et le vieillard, élevant sa crosse ornée de pierreries, lui indiqua le chemin de Rome en lui disant avec autorité : « Voilà le seul et vrai chemin qui conduit au pays de félicité. »
Rendu méfiant par cette si grande assurance, ajoutée à toutes les divergences d'opinions entendues jusque-là, le pèlerin lui demanda : « Es-tu certain de ce que tu avances ? »
– « Tu ne sais donc pas qui je suis », répliqua son interlocuteur irrité. « Je suis le délégué du Maître, du pays de félicité ; il m'a donné procuration et plein pouvoir sur tous les hommes de la terre. Moi seul peux en indiquer la voie. »
– « Veux-tu me laisser voir ta procuration ? » lui dit le pèlerin.
– « Tu ne peux pas la voir, répondit le vieillard, elle se trouve dans un livre qui a été écrit il y a 1900 ans et qui est tellement sacré, que seuls, moi et mes délégués ordonnés, peuvent en prendre connaissance, et peu sont aptes à l'interpréter. Il leva de nouveau sa crosse et lui indiquant les autres pèlerins sur la route, il lui dit sèchement : « Va les rejoindre et poursuis ta route avec eux. »
Le pèlerin, un peu interdit, vit en effet une multitude d'hommes et beaucoup d'enfants qui tenaient en mains, les uns des bâtons à crois dorées, d'autres, des étendards aux couleurs vives et où on y distinguait des figures et des cœurs ; il les entendit psalmodier « Ave Maria ! Ave Maria !... »
Au moment de les rejoindre, il fit cette réflexion : « Mais pourquoi s'adressent-ils à une femme et non directement au Maître du pays de félicité ? » et cela lui déplut. Il revint auprès du vieillard et lui dit encore : « Mais as-tu toi-même parcouru le chemin que tu indiques ? » — « Non, fut la réponse, je ne l'ai pas parcouru, mais bien mon prédécesseur, « Saint Pierre. » Il est depuis assis à la porte du pays de félicité, et il ne laisse entrer que ceux qui ont pris ce chemin. Comme symbole de ce que je suis bien son successeur, je porte cette clef, qui est celle du pays de félicité. Le pèlerin remarqua seulement alors qu'il tenait dans l'autre main une énorme clef, artificiellement forgée (ce qui lui sembla étrange) et il lui dit : « Puisque tu n'as pas fais toi-même ce trajet, je ne vois pas bien que tu puisses me certifier, sans autres preuves, que c'est le seul et vrai chemin et je préfère encore continuer ma route, qui me conduit sans doute au but poursuivi. »
A cette réplique, l'homme à la triple couronne, s'emporta en s'écriant : « Puisque tu doutes de mes paroles tu n'es qu'un mécréant, tu n'es qu'un hérétique !!! » Et la foule, se retournant vers lui, ils s'écrièrent tous : « Anathema sit ! Anathema sit !! »
A cette rumeur de haine, le pèlerin, saisi d'effroi, s'enfuit à grands pas, mais au premier chemin qu'il rencontra, un homme vêtu de noir, portant une barette noire sur la tête, le menton appuyé sur un petit collet blanc, vint à lui et il lut sur le poteau indicateur : « AU PAYS DE FELICITE PAR VITENBERG ». Cet homme austère lui dit : « Si tu cherches la voie qui conduit à ce pays, c'est celle-ci que tu dois prendre. »
– Es-tu bien sûr de ce que tu avances ? » répliqua le pèlerin étonné.
– Certainement, reprit l'homme noir, le Maître de ce pays m'a mis ici pour détourner et ramener les hommes qui s'égarent sur de faux chemins », — « Le Maître te l'a-t-il dit, lui-même ? » questionna le pèlerin. – Non, répondit l'homme grave, mais cela est écrit depuis 1900 ans dans la Biblia sacra, et nous seuls l'interprétons, comme le Maître l'a voulu ». Et disant cela il ouvrit un gros livre noir, à la première page, et il y lut, imprimé : « Das neue Testament… Unseres Herra und Heilands Jesu Christi. Durch Doctor Martin Luther verteuschet. Druckte und verlegte Johann Delleffsen. Minden 1719. » Le pèlerin, perplexe, se souvenant des paroles de l'homme au manteau brodé d'or, jeta un regard sur la route qu'il lui indiquait ; il y vit moins de monde que sur celle de Rome, la route était aussi moins belle et moins large, les pèlerins y étaient sombres et silencieux. Il dit alors à son interlocuteur : « Un homme richement vêtu, posté au bord du chemin précédent, m'a aussi dit que la voie qu'il indiquait était consignée dans un livre sacré, écrit il y a 1900 ans, ne serait-ce pas le même ? »
– « Oui, c'est le même, mais nous seuls avons compris ce qu'y a enseigné le Maître, et si tu ne nous crois pas, tu n'es qu'un impie, tu n'es qu'un hérétique ! »
Le pèlerin, interdit par ces imprécations déjà entendues, lui dit doucement : « Je ne veux pas douter des vérités que contiennent ce livre sacré, mais, pendant 1900 ans, que de fois n'a-t-il pas été traduits, interprété, copié et recopié, et la tradition est sujette à des erreurs qu'on reconnaît avec les années. Je sais très bien, par expérience, que de simples contes, qui ont passé de bouches en bouches depuis quelques années seulement, finissent par s'altérer et ne plus contenir l'enseignement pur qu'on y trouvait dans le principe. Il s'agit ici de 1900 ans, alors... »
– « Je vous assure, reprit l'homme à la mine rébarbative, que notre interprétation est la bonne et la vraie ». Il s'animait en disant cela.
– « Eh bien, reprit le pèlerin, l'homme à la crosse disait exactement la même chose. Je ne tiens nullement à me mêler à vos dissentions, et je vais encore poursuivre ma propre route. » A ces mots, son interlocuteur, se fâchant, lui jeta à la face :
– « Si tu ne crois pas ce que je te dis, et qui est écrit dans le livre sacré, tu es damné et tu ne pourras jamais entrer dans le pays de félicité. Tu n'es qu'un impie, tu es un hérétique... et tous ceux qui passaient à l'instant sur cette route, s'écrièrent à l'unisson. « Voilà un impie ! voilà un impie ! »
Le pauvre pèlerin, tout marri d'avoir indisposé et mis en colère deux hommes qui avaient voulu chacun le mettre sur le bon chemin, tomba dans de profondes et graves réflexions. Tout attristé, marchant la tête basse, ses pensées se portèrent vers DIEU, et il l'implorait dans son for intérieur. Il sortit de sa profonde méditation au son d'une voix douce et compatissante, qui lui disait : « Tu es affligé, mon frère. Pourquoi doutes-tu ? »
Levant les yeux vers l'inconnu, à cette interpellation amicale, il se sentit attiré vers lui, et il remarqua alors qu'il venait de la direction du pays de félicité. Il était vêtu d'une longue draperie blanche, rejetée en plis souples sur l'épaule gauche ; il marchait tête nue, laissant voir de longs cheveux partagés sur le front, un sourire ineffable se jouait sur ses lèvres, entourées d'une belle barbe soyeuse. Il attirait par la bonté, rayonnant de tout son être. Il se sentit conquis, enveloppé de fluides bienfaisants, et plein de confiance, il se jeta à ses pieds en disant : « Qui que tu sois, tu as gagné mon cœur, je veux déverser mes peines dans le tien si compatissant. Oui, je suis triste et fatigué... les hommes qui m'arrêtent en chemin me remplissent de doutes et de tristesse ; je viens encore d'en indisposer deux, qui, pleins d'aigreur, me traitent d'impie, parce que je trouve raisonnable de ne pas suivre leurs conseils ni leur route. Le cher compagnon répondit : « Ta sensibilité, ton affliction, prouvent que tu es sur la voie qui conduit au pays de félicité. Ce n'est qu'un sentier étroit, plein d'écueils et de précipices où il est difficile de marcher. »
Le pèlerin, rempli du plus ardent désir, plein de nouvelles forces et de courage, envahi d'un bien-être indicible, les yeux perdus dans le vague, comme transformé, illuminé, s'écria : « Je supporterai tout, je braverai tout, et j'arriverai au port avec toi. » Ensemble, ils poursuivirent la route. Ils étaient l'un et l'autre muets devant les spectacles grandioses, mais souvent effrayants, qu'offrait la nature à leurs yeux éblouis et terrifiés.
Le jour baissait, point de lune au firmament, bientôt l'obscurité complète les enveloppa. Quel ne fut pas l'étonnement du pèlerin en voyant son compagnon la tête auréolée et le corps entouré d'une lueur suffisante pour éclairer leurs pas. Ils côtoyaient des précipices où s'abimaient avec fracas les morceaux de roches qui se détachaient sous leurs pieds.
Des mugissements terrifiants sortaient de ces abîmes. Le frôlement d'ailes immenses le faisait chanceler au bord de trous béants ; il trébuchait sur des corps visqueux et de sourds gémissements s'élevaient vers lui qui le remplissaient d'effroi. L'air se raréfia, il devint étouffant, un sourd grondement, suivi d'éclairs éblouissants, lui découvrent toute l'horreur des lieux les environnant. Bientôt une pluie douce et bienfaisante tombe et il aperçoit au loin, bien loin, un point lumineux, brillant, et son regard ne sait plus s'en détacher ; il pressent que c'est le présage du terme de son voyage, et poussant un soupir de soulagement, il veut exprimer toute sa reconnaissance à son compagnon, mais il s'aperçoit qu'il n'est plus à ses côtés. En revanche, il voit un homme, tout semblable à lui, qui le dévisage, et il reconnaît bientôt, non un inconnu mais un homme de son pays. Comment le trouve-t-il ici, complètement transfiguré, lui qui était si misérable, si bafoué ? Il paraît tranquille et heureux, comment est-il arrivé en ces lieux, qui a guidé ses pas ? Il va vers lui et en même temps, spontanément, ils se tendent les mains, ils se donnent le doux nom de frère, ils vont se conter les péripéties de la route. Tous deux reconnaissent qu'ils ont eu le même guide. Ils ont été conquis par les effluves d'amour que dégageait cet Etre surnaturel. Pleins de confiance, ils l'ont suivi et suivent encore ses traces. Ils en parlent avec amour et reconnaissance.
Le chemin s'élargit, ils parcourent de vastes plaines et des champs promettant une récolte abondante. De gais ruisseaux serpentent, en répandant autour d'eux la fraicheur et la fertilité ; ils peuvent sans crainte se désaltérer à ces eaux pures et limpides.
A force de fouler une herbe douce et tiède, la rosée s'évaporant lentement sous les pâles rayons du matin, leurs pieds perdent toute trace de meurtrissures. Ils se sentent frais et dispos, animés d'un courage grandissant. Ils n'ont pas assez de toutes leurs facultés présentes pour admirer la nature dans son complet épanouissement. Ils sont muets, ne trouvant pas les mots nécessaires pour dépeindre leurs sensations multiples, leur ivresse débordante ; ils se serrent la main, ils se comprennent, ils partagent les mêmes sentiments, ils sont unis par l'esprit et par le cœur. Ils sentent et ils comprennent qu'ils doivent être dans le pays de félicité ; ils n'ont cependant pas franchi de frontières, on ne leur a ouvert aucune portes, on ne leur a rien demandé.
Pas un nuage au firmament, le ciel paraît de cristal parsemé d'étoiles étincelantes, leurs regards se perdent dans l'Infini. Une sensation étrange les étreint et les ravit. Ils ont conscience qu'ils sont près du Père Eternel, ils le sentent mais ils ne le voyent pas. Ils n'ont plus conscience de leur corps charnel, et cependant ils ont conservé leur personnalité. Ils se souviennent de toutes leurs vies passées et elles ont été nombreuses. Ils sentent que la plus sainte des missions leur est désormais dévolue : ils ont la connaissance et ils vont rebrousser chemin, afin de guider et d'aider, comme ils l'ont été, ceux qui cherchent et qui sont de bonne volonté.
Quand le dernier des mortels aura la connaissance, il règnera une félicité universelle.
L'enfant prodigue sera rentré au bercail, ce sera l'ère du Père, son règne sera rétabli sur la terre comme au Ciel.
Un règne de Beauté, de Paix et d'Amour universel !
\-/
Faites bien et vous trouverez bien.
La morale tout entière repose sur la Charité, l'amour du prochain et le respect de soi-même, le reste n'est dû qu'à des différences d'usages et de dogmes.
Le 7 Juillet 1911.
Le Fraterniste, 6 mars 1914
Le Père Dor en correctionnelle (La Région de Charleroi, 17 novembre 1916)(warpress.cegesoma.be)
Chronique des Tribunaux
Tribunal correctionnel de Charleroi
Audience du 16 novembre
Le Père Dor en Correctionnelle
LES ALÉAS DE LA DIVINITÉ
Si l'exactitude est la politesse des Rois, elle est aussi celle des « dieux » car Pierre Dor se trouvait à l'audience d'hier pour 9 heures du matin, heure fixée pour l'ouverture des débats.
Comme MM. les membres du siège attentaient l'arrivée de Me Morichar, l'un des défenseurs du prévenu, l'audience ne fut ouverte qu'à 9 h. 45.
Dans l'intervalle de ce temps, le prévenu se montre d'une nervosité inusitée ; il se lève souvent et fait face à l'auditoire qui est très nombreux. Veut-il lui envoyer son bon fluide et l'animer de sentiments, moins hostiles que ceux qui ont été témoignés à son égard lors des audiences précédentes ? That is the question !
Me Lucien Lebeau joint son client vers 9 h. 30 et lui donne une vigoureuse poignée de mains en lui disant : « Bonjour, maître ».
— La Cour, clame l'huissier de service, et l'audience est ouverte.
Pierre Dor, sur l'invitation de M. le président Castagne se lève ; il va être procédé à son
Interrogatoire
A la demande de Me Lebeau, le tribunal décide d'entendre le témoin Broset.
Me Bonnehill. — il est regrettable que Me Lebeau ait fait venir ce témoin sans me prévenir. Si j'avais su cela, j'aurais fait citer le témoin Collard et il y aurait eu confrontation.
Le Président. — Mais le témoin Broset a été entendu à l'instruction. Le tribunal décide de ne pas entendre ce témoin. Le Président à Dor. — Vous êtes inculpé d'escroquerie, d'art illégal de guérir et d'attentat à la pudeur. Que pensez-vous des douleurs physiques ?
Père Dor. — Tout effet à une cause, je ne suis pas guérisseur, je procède d'une façon que je ne puis indiquer.
Le Président. — Vous prétendez agir comme moraliste ?
Père Dor. — Absolument.
Le Président. — Que pensez-vous des médecins ?
Père Dor. — Ils peuvent guérir l'effet et non la cause.
Le Président. — Vous les excluez cependant ; vous conseillez à vos adeptes de ne pas y avoir recours.
Père Dor. — Parce qu'ils deviennent leur médecin eux-mêmes.
Le Président. — D'après vous, ils soulagent mais ne guérissent pas.
Père Dor. — Absolument. Il s'agit de découvrir la cause.
Le Président. — Toutes les maladies, dites-vous, proviennent de nos vices.
Pire Dor. — Absolument, de nos vues de jeunesse.
Le Président. — Supposez que dans un moment de colère j'attrape une hernie ; vous me guérissez de ma tolère, mais me guérissez-vous en même temps de ma hernie. (Rires).
Père Dor. — Evidemment, mais si vous faites un nouvel excès, vous retombez dans le mal. La colère est pire que le vice.
Le Président. — Quels sont vos titres pour justifier que vous
êtes dans le vrai et les docteurs dans le faux.
Père Dor. — J'ai mon amour pour ceux qui souffrent.
Le Président. — Et vous estimez que cela suffit ?
Père Dor. — Oui.
Le Président. — Croyez-vous tue les médecins n'ont pas cet amour de l'humanité ?
Père Dor. — Le médecin a surtout l'amour de l'or.
Le Président. — Vous généralisez donc, toutes les maladies peuvent être guéries par vos conseils.
Père Dor. — C'est vrai, mais quand les personnes ne sont pas à même de se corriger, je les envoie chez les docteurs.
Le Président. — Vous poussez tout à l'extrême et vous n'avez pas assez de science pour agir de la sorte.
M. le Président lit un passage du livre du Père Dor, où il dit : « qu'un gosse qui a bu de l'eau sucrée est devenu un colosse. » (Hilarité).
Père Dor. — Certaines de ces mères ont nourri leurs bébés pendant 4 mois de cette façon.
Le Président. — Vous prétendez avoir guéri un hernieux et il est établi que celui-ci a dû être opéré dans la suite.
Père Dor. — Mais je l'ai guéri une fois ; il se peut qu'il ait été atteint d'une seconde hernie. Si j'ai un bandeau sur l'œil, c'est que j'ai mal à l'œil ; je l'enlève dès que je ne souffre plus.
Le Président. — Croyez-vous qu'on peut guérir le malade sans médicaments ? Cela constitue un grand danger de vous laisser continuer de la sorte.
Père Dor. — Des médecins m'ont, eux-mêmes, consulté et ont reconnu l'inutilité des médecins.
La Président. — Dans vos livres où vous prenez le titre de Docteur sans médicaments, vous affirmez que vous guérissez toutes les maladies même celles dont sont atteints les moribonds… surtout quand ces personnes vous consultent à temps (hilarité) ; vous parlez de l'asthme, de gastrite, de pneumonie, etc. Avez-vous exercé l'art de guérir ses maladies qui ne sont pas des maladies morales ?
Père Dor. — Je prétends que non.
Le Président. — Il y a des lettres saisies dans lesquelles des personnes soignées parlent de maladies physiques et non morales.
Père Dor. —Je dis que l'homme n'est rien du tout ; je combats le fanatisme ! ! On doit avoir confiance en moi et en mes instructions.
Le Président. — Chaque jour, vous receviez quantité de personnes atteinte de différentes maladies ; que leur ordonniez-vous ?
Père Dor. — De remonter à la cause et d'avoir du courage et de l'énergie. On doit avoir confiance dans le Messie du XXe siècle.
Le Président. — Vous excluez les médicaments, dites-vous, mais on se rend compte qu'il n'en est pas ainsi quand vous donnez certains conseils.
Nous allons examiner quelques cas particuliers : le premier, celui de l'épouse Beauvois atteinte d'un cancer.
Père Dor. — Mme Beauvois est venue me consulter ; elle m'a dit qu'elle avait des douleurs dans le corps et a ajouté que quand elle buvait de l'eau, cela lui faisait du bien.
Je lui ai répondu : « Si cela vous fait du bien continuez ». (Rires).
Ce malade devait avoir confiance en moi.
Le Président. — Et vous croyez que cela suffit.
Père Dor. — Comme le parfum qui se dégage de la rose ranime, ceux qui suivent mes conseils ne souffrent plus.
Le Président. — Vous niez donc avoir ordonné des lavements à l'eau salée ? (Rires.)
Père Dor. — Je le nie.
Le Président. — Le mari et la fille de la malade ont affirmé le contraire ici à l'audience.
M. le Président discute alors le cas de Mme Hortense Lecomte qui, elle, est venue à l'audience affirmer que le Père Dor ordonnait des médicaments et un régime végétarien. Le cas de M. J.-B. Richard, ce hernieux de Roux, qui est mort, est aussi symptomatique.
L'ESCROQUERIE
Le Président. — Croyez-vous vous-même à votre pouvoir ? (Hilarité).
Le Père Dor ne répond pas directement à cette question. Je ne puis pas le dire, dit-il enfin.
Le Président. — Vous avez exercé ce métier de guérisseur en Russie où vous avez eu des démêlés avec la police. Vous êtes revenu, vous avez eu des démêlés avec le Père Antoine. Pourquoi ?
Père Dor. — Je ne peux pas le dire (rires).
Le Président. — Question de concurrence sans doute ? Comment considérez-vous le Père Antoine ?
Père Dor. — Comme un homme de bien, un incompris.
Le Président. — Etes-vous de bonne foi ?
Père Dor. — Oui.
Le Président. — Pourquoi vous intitulez-vous Père Dor ?
Père Dor. — Parce que je fais naître à la vie.
Le Président. — Pourquoi dites-vous que vous êtes le messie du XXe siècle ?
Père Dor. — Je ne puis pas le dire.
Le Président. — Vous ne leur suggérez pas qu'ils vous appellent le Christ ?
Père Dor. — Non.
Le Président. — Certains de vos adeptes sont cependant venus vous appeler de cette façon à l'audience.
Père Dor. — Çà c'est leur affaire, je serais honteux si mes adeptes m'appelaient le Christ, tout le monde peut être le Christ.
Le Président. — Dans certain passage de votre livre vous suggérez l'idée que vous êtes le Christ ?
Père Dor. — Non.
Le Président. — N'y a-t-il pas là une manœuvre frauduleuse dans le but d'exploiter la crédulité de certaines personnes ?
Père Dor. — Non.
Le Président. — Vous vous présentez à vos adeptes dans une tenue sommaire ?
Père Dor. — Cela n'est pas, Mme Delisée ne m'a jamais vu dans cette tenue ; elle est ici, cette dame. N'est-ce pas Marie ? (Rires prolongés).
M. le Président, parlant de l'opération individuelle, pose diverses questions au prévenu, qui a tort de lever les mains et de faire toute une mise en scène.
Père Dor. — J'ai donné hier plus de 2,000 consultations gratuites ; si j'avais dû chaque fois lever les bras je n'aurais pu le faire. (Rires.)
Je ne faisais cette opération, mais de façon générale, que le dimanche. Ce geste d'étendre les mains signifie écoutez-moi, je vais parler. (Rires.)
Le Président. — Vous avez un costume spécial, une chevelure spéciale.
Père Dor. — Le Père « La Nature » se promenait dans les rues vêtu d'une grande robe et ayant une chevelure opulente. (Rires).
Le Président. — Oui, et le malheureux est mort en prison.
Père Dor. — C'est qu'il n'était pas sincère (nouveaux rires).
Le Président donne lecture de plusieurs lettres écrites par des personnes qui demandent au Père son bon fluide pour faciliter le règlement de certaines affaires de famille.
Père Dor. — Celui qui va à l'église croit qu'il fait bien et il a confiance ; celui qui vient chez moi se trouve dans ce cas.
M. le Président en arrive au cas des époux Chartier. La façon d'entrer en relations avec le Père Dor qui donna la main à M. Chartier, assurant à ce dernier qu'il l'avait déjà connu dans l'autre monde, permet à Pierre Dor de dire que les Chartier sont des menteurs.
Le Président. — Vous avez procédé à des passes magnétiques et vous avez conseillé à Mme Chartier de vendre ses propriétés.
Père Dor. — Comment voulez-vous qu'un simple ouvrier tel que moi connaisse le magnétisme ? Quant aux conseils que j'ai donné à Madame Chartier, c'est dans le but de la tranquilliser car elle avait des ennuis avec ses locataires. Je ne puis en dire trop long car ce sont des confidences.
Le Président. — Quoi qu'il en soit les Chartier vous ont donné beaucoup d'argent ; ils vous ont acheté du charbon ; des casiers pour placer les livres et Mme Chartier à distribué pour 1500 francs de vos livres.
Père Dor. — Pardon pour 1200 francs ; je n'ai jamais reçu du charbon de ces personnes. Je paie le charbon moi-même.
Les époux Chartier étaient très jaloux et se croyaient supérieurs aux autres parce qu'ils distribuaient des numéros. Ils se permettaient d'enseigner la morale et voulaient être plus « moral » que le Directeur de l'Ecole morale.
Le Président discute le cas de Mme Delisée qui, par les menées du Père Dor et l'ascendant que ce dernier avait sur cette personne, remit une somme de 17.000 francs. Vous la faisiez appeler grand'mère.
Père Dor. — Oui, par déférence pour son grand âge.
Si j'avais été un escroc j'aurais nié avoir reçu ces sommes. Mme Delisée ment comme les Chartier.
Le Président parle de l'attentat à la pudeur commit par le prévenu sur la personne de Mme Delisée.
Père Dor se tournant vers Mme Delisée demanda à celle-ci de déclarer que cela est faux.
Mais Madame Delisée qui ne subit plus le fluide du Père répond : « Je maintiens ma déposition ».
Pire Dor. — Vous comprenez, M. le Président, que recevant 600 personnes par jour si je devais faire à chacune d'elle pareil simulacre, je n'en sortirais pas (explosion de rires).
M. le Président termine l'interrogatoire du prévenu qui maintient qu'il agit, mu par un désintéressement des plus complet.
M. le Président donne la parole à M. Mahaux, substitut du Procureur du Roi.
M. Mahaux. — La longue instruction à laquelle il a été procédé avec tant de soin a provoqué l'ahurissement.
Elle a preuve qu'hélas la crédulité humaine est sans limite. Quand le charlatan se présente sous la forme d'un simple vendeur de plantes sur nos places publiques ; il n'est pas dangereux, mais quand des téméraires abusent de leur ascendant sur certains esprits faibles pour pratiquer l'art de guérir, cela constitue un grand danger.
A tous les malades, Dor conseillait invariablement le régime végétarien.
On se rend compte du danger qu'il y a de prescrire le même régime à tous les malades sans distinction d'âge ni d'affection. L'honorable organe de la loi rappelle la déclaration de la fille Beauvois dont la mère morte aujourd'hui, hurlait de douleur quand elle suivait le traitement ordonné par le Père Dor.
M. Mahaux relit la déposition de M. Richard qui, atteint de hernie et apprenant que le Père Dor guérissait toutes les maladies, se présenta chez ce dernier qui lui conseilla d'enlever son bandage herniaire et de ne plus voir de docteurs. On sait les suites que devait avoir pour ce malheureux le fait d'avoir été rendre visite au prévenu.
A n'en pas douter, les pratiques magnétiques employées vis à ris des époux Chartier et de Mme Delisée avaient un but guérisseur.
Le Père Dor était aussi consulté par les mères de nouveau-nés. Il leur ordonnait de l'eau sucrée et, parfois, même uniquement de l'eau non bouillie jusqu'à l'âge de 6 mois.
Ceci est criminel.
Et à ce moment où tous nos savants cherchent à ce que notre jeune génération soit sainement nourrie il est pénible de constater que des gens comme le prévenu qui n'a qu'une science infuse sont la cause que plus d'un enfant est mort à la suite de mauvais soins en buvant de l'eau contenant des microbes.
Beaucoup de mères n'ont pu porter plainte, car elles étaient la cause de ce mauvais traitement et leur conduite était aussi lâche que coupable.
M. Mahaux rappelle deux jugements de Cour d'appel qui ont condamné des prévenus dans des cas semblables à celui que le tribunal est appelé à juger ce jour.
M. Mahaux. — Cela m'amène à parler du magnétisme et de l'hypnotisme.
Le prévenu affectionna spécialement le mot fluide, la signification de ce dernier prouve le sens même de l'opération individuelle.
Quelle que soit l'explication qu'on puisse donner du magnétisme, il est hors de doute qu'il était employé dans un but curatif et dès lors constitue l'art illégal de guérir.
L'honorable organe de la loi donna à ce sujet lecture de la jurisprudence.
Je pense, dit M. Mahaux, avoir prouvé suffisamment en fait et en droit que la première prévention est établie.
Analysant celle ayant trait à l'escroquerie, M. Mahaux dit que le livre que Pierre Dor vendait 2.50 coûtaient à son auteur 80 cent. Les brochures vendues 25 cent. coûtaient 10 centimes.
Les bénéfices provenant de la vente de ces livres et brochures se montent à 12.500 fr. et le montant total des sommes encaissées par le prévenu doit laisser rêveur.
Dor était restaurateur ; quelque temps auparavant il était mécanicien ; c'était le temps où on l'appelait le « Plaisant » oh !combien ! (Rires.)
Maintenant on l'appelle le Christ :
Mensonge, fausse qualité. Cette appellation erronée constitue une manœuvre frauduleuse qui s'extériorise dans le but d'exploiter la crédulité du public.
Lors de la grande fêle qui est organisée le jour de la Toussaint au temple de Roux, des illuminés implorent le prévenu. N'est-ce pas là des manifestations extérieures déclinées à matérialiser le culte.
Pierre Dor s'intitule de divers noms, dépassant les qualités des autres hommes.
L'intérieur du bâtiment ressemble à un véritable temple, à l'intérieur duquel on célèbre un culte divin.
Le prévenu apparaît sous un aspect effrayant : il est vêtu d'une grande robe noire et coiffé d'une calotte noire, il a une barbe broussailleuse ; c'est de cette façon qu'il prêche, le dimanche, dans la chaire de vérité, devant ses fidèles assemblés.
Aujourd'hui, il a l'air un peu plus humain ; c'est sans doute, dit M. Mahaux le crépuscule du Dieu ! (Rires.)
Le Père Dor savait que les époux Chartier et Mme Delisée jouissaient d'une fortune rondelette et c'est pour mieux les exploiter qu'il les avait plongés dans un état d'hypnose. Ces personnes étaient devenues sa chose ; Mme Delisée l'a dit à l'audience : « J'étais comme une loque. »
Le Père leur disait : « Donnez, donnez sans compter, l'argent engendre un cortège de misères ». Ces manœuvres coupables eussent été poussées plus loin si une intervention ne s'était produite.
Pierre Dor est presque un illettré ; à peine sait-il lire et écrire.
Les strophes figurant dans le livre « Le Christ parle à nouveau », qui sont dues à la plume de Pierre Dor lui-même ressemblent plutôt à celles figurant sur certains petits papiers entourant certains petits bonbons et que s'échangent les amoureux le jour des kermesses (rires).
M. Mahaux lit d'autres passages du même livre qui eux ne sont pas du prévenu.
Me Lebeau. — Ce sont des citations.
Mme Bonehill. — Le prévenu n'en indique pas la source.
M. Mahaux. — Nous sommes tous d'accord. Le prévenu s'est emparé de doctrines qui ne sont pas les siennes.
A la faveur de cette mise en scène et des observations auxquelles Dor se livre, le tronc s'emplit et au moment de lever ce dernier, il engagea un adepte d'y introduire une somme de 100 francs.
Il y avait des relations plutôt tièdes entre le Père Antoine et le Père Dor et ce, par esprit de concurrence.
Le commerce de la Margarine du « Père Dor » à Roux, marchait d'abord très bien, mais celui qui l'exploitait d'abord ayant refusé de céder une partie de son bénéfice au père Dor, celui-ci détourna la plus grande partie de la clientèle.
Cet homme, dit M. Mahaux, n'est désintéressé qu'en apparence.
Ses brochures, son livre, n'émanent pas de lui.
Me Lebeau. — De qui émanent-elles ?
Me Bonehill. — Je vous le dirai demain.
M. Mahaux. — M. Hans vous a dit qu'au début il corrigeait, au point de vue grammatical, certains écrits et qu'il remarqua que ces derniers n'étaient pas de la main du prévenu.
Abordant la prévention d'attentat à la pudeur, M. Mahaux est convaincu que Mme Delisée déposant sous la foi du serment a dit la vérité et il n'est pas étonnant que les fanatiques qui ont déposé comme témoins à décharge, aient accablé Mme Delisée comme étant une passionnée.
Mme Delisée était la chose du Père et lorsqu'il s'agissait d'attentat à la pudeur, ce n'était plus un conseil qu'il donnait, mais un ordre auquel la malheureuse obéissait.
Le Père Dor ne s'était pas dégagé de ses soins animaliers.
Si le tribunal ne retient pas l'attentat à la pudeur avec violences, il retiendra le même attentat avec menaces.
Les adeptes sont des malheureux qui sont atteints mentalement.
Ils ont déposé par ordre : ce sont des fascinés, ce que je pourrais appeler le suicide de la volonté : il y a là un état psychologique spécial dont il faut tenir compte.
Les témoins à charge ont été moins nombreux, car il faut avoir su faire un certain effort pour être venu témoigner à l'audience ; d'autres ont eu peur de s'y faire décerner un certificat d'imbécillité. Que penser d'ailleurs de déclarations de gens qui mettent en pratique cette maxime contenue dans le livra à savoir que si on ne se souvient pas d'avoir manqué en rien, on doit néanmoins s'avouer coupable.
M. Mahaux termine son fouillé et admirable réquisitoire en disant qu'il y a un puissant intérêt social à faire cesser les agissements de cet imposteur et à protéger les témoins à décharge qui n'ont pas encore vu clair.
A vous, Messieurs, de les protéger en condamnant sévèrement le prévenu.
L'audience est levée à 1 heure, elle sera reprise ce jour à 9 heures du matin.
La sortie de l'audience est on ne peut plus tumultueuse.
Le nombre de curieux, dont très peu d'adeptes, ne veulent quitter la salle des pas-perdus sans avoir vu Pierre Dor.
Ce n'est pas dans le but de l'ovationner, car dès son apparition, le Père Dor fut copieusement hué, conspué, on crie : Escroc, ignoble personnage ; allez au parc à pouyes. (1)
Précipitamment Pierre Dor dévale les escaliers et ne demande qu'une chose, c'est d'être dehors.
A l'extérieur les cris hostiles redoublent et sous les regards amusés des passants ce dieu gagne la Ville-Basse copieusement enguirlandé par environ 2500 personnes.
Décidément, Pierre Dor aura dû se faire cette réflexion : « La Roche tarpéenne est bien près du Capitole ». RASAM.
La Région de Charleroi, 17 novembre 1916
(1) Parc à pouyes (litt. enclos à poules) désignait, à Charleroi (Boulevard Frans Dewandre) durant la Première Guerre mondiale un lazaret installé par les Allemands et destiné à accueillir les femmes de mœurs légères atteintes de maladies vénériennes. (charleroi-decouverte.be)
Mosquée Eden - مسجد عدن - Rue de l'Olive, juillet 2019 (GoogleMaps)
Musée de Folklore et des Imaginaires-0A-Esprit consolateur (inventaire.proscitec.asso.fr)
Description
Photo reproduisant une autre photo et un texte. Mention : « Reproduction de L’Esprit consolateur / Le Christ guérit les malades / offert au Père par Allan Kardec. // Mère faisait porter cette image au cortège du 25 juin derrière / l’emblème, et avant l’image du Père, en signe d’unité des révélations. »
source : https://inventaire.proscitec.asso.fr/objets/musee-de-folklore-et-des-imaginaires/photo-culte-antoiniste-12/
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amélioré par ChatGPT
On se rend compte que l'information selon laquelle cette image aurait été offerte au Père par Allan Kardec est la source de ce que dit Régis Dericquebourg dans Les Antoinistes. Il semblerait que ce soit plutôt Léon Denis qui l'ait offerte, car on sait que ce dernier s'est rendu en Belgique. Ce qui n'est peut-être même pas le cas d'Allan Kardec, désincarné de plus avant que le Père ne s'intéresse au spiritisme.
Musée de Folklore et des Imaginaires-0B-Le fils du Père (inventaire.proscitec.asso.fr)
Description
Photo reproduisant une autre photo et un texte. Mention : « Le fils du Père. / Né à Hamborn (Allemagne), le 23 septembre 1873, désincarné à Jemeppe-sur-Meuse, le 23 avril 1893. // Son corps fut inhumé / au vieux cimetière de Jemeppe, le 25 avril 1893, par l’Union Spirite de Seraing. ».
source : https://www.inventaire.proscitec.asso.fr/objets/musee-de-folklore-et-des-imaginaires/photo-culte-antoiniste-5/
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amélioré par ChatGPT
On connaît déjà le fils du Père par plusieurs documents
Musée de Folklore et des Imaginaires - Série de cartes-photos (inventaire.proscitec.asso.fr)

Une série de cartes-photos a été édité semble-t-il par des adeptes français illustrant les moments clés du parcours de Louis Antoine.
Le site du Musée de Folklore et des Imaginaire (inventaire.proscitec.asso.fr) a mis en ligne une partie qui nous regroupons ici.
Le site introduit le culte de la façon suivante : Le culte antoiniste, fréquemment appelé antoinisme, est un culte d'inspiration chrétienne fondé en 1910 par le Belge Louis-Joseph Antoine à Jemeppe-sur-Meuse.
Il semble qu'il ait existé plusieurs séries de la sorte, par exemple la sortie du Palais de Justice ou la mise en fosse ou encore le cercueil mené par les adeptes.









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