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Swâmi Vivekânanda - Guérison par la foi, spiritisme et Prâna

Publié le par antoiniste

    Arriver à la domination du Prâna, tel est le but unique que se propose le Prânâyâma. C'est à cela que tendent tous ses exercices et tous ses entraînements. Chaque homme doit regarder, d'abord autour de lui et commencer par apprendre à dominer ce qui l'entoure. Notre corps est ce qui nous est le plus proche; rien ne ne nous est plus proche au monde, et notre pensée est la pensée qui nous louche de plus près. Le Prâna, qui donne la vie à notre pensée et à notre corps, est celui de tous les Prânas qui est le plus près de nous. La petite vague du Prâna qui représente nos propres énergies, mentales et physiques, est celle qui nous approche le plus ; nous arrivons à maîtriser cette petite vague et alors seulement nous pouvons espérer dominer le Prâna tout entier. Le Yogi qui a pu faire cela, atteint à la perfection ; il n'est plus alors l'esclave d'aucun pouvoir. Le voilà devenu presque tout puissant, presque omniscient. Nous trouvons dans tous les pays des sectes qui ont tenté de dominer ainsi le Prâna. Il y a dons ce pays des « mind healers » des « faith healers » (Guérisseurs par l'esprit, guérisseurs par la foi) des spirites, des adeptes de la « Christian science », des hypnotiseurs etc.; si nous examinons ces sciences diverses, nous constaterons qu'elles ont une base commune, et que cette base est — qu'elles le sachent ou
non — la domination du Prâna. S'il vous plaisait de fondre en un creuset toutes leurs théories, vous verriez que le résidu en serait le même. C'est par la même force qu'ils opèrent tous, mais sans le savoir. Ils ont découvert une force, ont butté contre elle, et ils ignorent de quelle nature elle est, mais ils usent inconsciemment des mêmes pouvoirs que le Yogî, pouvoirs qui découlent du Prâna.
[...]
    Voici un médecin allopathe, qui proscrit sa médication ; en voici un autre, homéopathe, qui, à son tour, donne ses conseils et guérit peut-être plus de malades parce qu'il n'a pas troublé leur économie et qu'il a laissé la nature faire son oeuvre; le guérisseur par la foi réussira mieux encore parce qu'il apportera la force de sa pensée pour aider à supporter le mal ; il stimulera, par la foi, le Prâna engourdi du patient.
    Mais les guérisseurs par la foi commettent constamment uno erreur : ils croient que c'est la foi elle-même qui guérit directement le malade. Elle ne suffit pas à elle seule. Il y a certaines maladies, dont la pire manifestation consiste en ce que le malade ne s'en croit pas atteint. Cette profonde croyance du malade est, en soi, un des symptômes de son mal, et indique en général qu'il mourra promptement. Le principe de la guérison par la foi n'est pas applicable aides cas pareils. Si ta foi pouvait guérir tous les cas, elle guérirait bien ceux-là aussi. Mais c'est le Prâna qui est la source de la véritable guérison. L'homme pur, qui a dominé ce Prâna, peut provoquer chez ce dernier un certain état de vibration, transmissible à d'autres, et qui éveille en eux des vibrations similaires. L'on constate cela dans les événements de tous les jours.
[...]
    Quel rapport y a-t-il entre le Prânâyâma et le spiritisme ? Le spiritisme est aussi une manifestation du Prânâyâma. S'il est vrai que les esprits des morts existent, sans que nous puissions les voir, il est tout à fait probable que des centaines et des millions d'entre eux vivent ici même et que nous ne pouvons ni les voir, ni les sentir, ni les loucher. Peut-être ne cessons-nous pas de passer et de repasser par leurs corps, et peut-être aussi ne nous sentent-ils et ne nous voient-ils pas. C'est un cercle dans un cercle, un univers dans un univers. Seuls peuvent se voir ceux qui sont sur le même plan. Nous avons cinq sens et chacun de nous représente le Prâna dans un état déterminé de vibration. Tous les êtres
dont l'état de vibration sera semblable se verront entre eux, mais ceux dont le Prâna vibrera à un degré plus élevé échapperont à la vue des premiers. Nous pouvons accroître l'intensité de la lumière jusqu'à ce qu'il nous devienne impossible de voir, mais il peut y avoir des êtres au regard assez puissant pour supporter l'éclat sont très faibles, y a-t-il certaine lumière que nous n'arrivons pas à discerner, tandis qu'il est des animaux, comme les chats ou les hiboux qui le peuvent; notre limite de vision correspond à un niveau différent du Prâna.
[...]
    Nous voyons ainsi que le Prânâyâma renferme tout ce qui est vrai, même dans le spiritisme. De môme vous remarquerez que toujours, là où une secte ou une association cherche à découvrir quelque chose d'occulte, de mystique ou de caché, c'est toujours ce Yoga, cette tentative de dominer le Prâna qui s'exerce. Vous verrez que chaque fois qu'il se produit une manifestation de pouvoir extraordinaire, c'est ce Prâna qui est enjeu. Les sciences physiques elles-mêmes peuvent être comprises aussi dans le Prânâyâma.

Râja-yoga (ou Conquête de la nature intérieure),
conférences faites en 1895-1896 à New York par le Swâmi Vivekânanda. (1910),
CHAPITRE III, PRÂNA, p.42-43 et p.58-59 et p.61
source : gallica

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La maison du guérisseur Joseph Rouzée (Dixmude)

Publié le par antoiniste

De Inventaris van het Bouwkundig Erfgoed
Herenhuis "'T OUD DUINKERKE" (ID: 78153)

Wilgendijk nr. 55/ Generaal Baron Jacquesstraat. Herenhuis, zogenaamd "'T OUD DUINKERKE" (cf. naamsteen), ook wel "Huize Rouzée" genoemd. Beschermd als monument bij M.B. van 27.05.2005. Wederopbouwpand van 1922 ter vervanging van een 19de-eeuws herenhuis. De naamsteen refereert aan het vooroorlogse pand, voor het eerst vermeld in 1532 onder de naam "Duynkercke".
Eigenaar E. Devos-Quatannens, een belangrijke nijveraar, opteert in 1922 voor wederopbouw met een subsidie van de Dienst der Verwoeste Gewesten. Het vroeg 19de-eeuwse, neoclassicistische herenhuis wordt niet in zijn vooroorlogse stijl herbouwd, maar in een verzorgde eclectische architectuur die teruggrijpt naar de historische lokale baksteenarchitectuur. Zoals een aantal andere hoekpanden wordt het pand uitgewerkt als een visueel baken in het stadsweefsel d.m.v. een erker uitlopend in een torentje met lantaarn en peerspits.
In 1925 wordt het pand verkocht aan de geneesheer Jozef Karel Rouzéé, die er blijft wonen tot 1978 en het huis zijn tweede naam geeft. Het pand blijft gespaard bij het Duitse vliegtuigbombardement van 27 mei 1940 waarbij talrijke panden in de onmiddellijke omgeving werden vernield. In 1978 koopt het stadsbestuur het huis om er het Stedelijk Museum in onder te brengen (opening in 1983). Ter nagedachtenis van de vorige eigenaar wordt in een cartouche het opschrift "HIER WOONDE JOSEPHUS ROUZEE GENEESHEER 1894-1978" aangebracht.

source : http://inventaris.vioe.be/dibe/relict/78153

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détail de la maison du guérisseur - Huize Rouzée (Dixmude)

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détail de la maison du guérisseur - 't oud Duinkerke (Dixmude)

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détail de la maison du guérisseur - chat (Dixmude)

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détail de la maison du guérisseur (Dixmude)

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koaléphant

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Magritte - Le Palais des rideaux, 1935 (Coll. Micky et Pierre Alechinsky)

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Bryan Wilson - Les sectes religieuses (1970)

Publié le par antoiniste

Auteur :     Bryan Wilson
Titre :     Les sectes religieuses,
Editions :     Paris, Hachette, 1970

    Evoque l'antoinisme à la page 174.
    La Science Chrétienne est qualifiée, par cet auteur, de secte « manipulatrice » (techniques d'accès à la réussite), et l'Antoinisme de secte « thaumaturgique » (interventions miraculeuses de Dieu).
source : recension de Wilson Bryan - Religious Sects. A Sociological Study - Les Sectes religieuses (persee.fr)

    Ses catégories sont fondamentalement basées sur le rapport du groupe religieux à la société, sur l'éventuel rejet ou intégration des objectifs et des moyens de cette dernière.
    Typologie des sectes : ou comment les sectes réagissent au monde :
1. conversionnistse (conversion intérieure)
2. révolutionnaires (Dieu transformera le monde)
3. introversionnistes (rupture d'avec le monde corrompu)
4. manipulatrices (techniques d'accès à la réussite)
5. thaumaturgiques (interventions miraculeuses de Dieu)
6. réformistes (réforme volontaire de la conscience)
7. utopistes (reconstruction sociale à partir de la religion)

    1. Les hommes peuvent soutenir que le monde et ses institutions (y compris le plus souvent la religion orthodoxe) sont mauvais et qu'on ne peut gagner le salut que par un profond changement intérieur. Un homme ne se sauvera qu'en acquérant une nouvelle conception de lui-même, en naissant de nouveau. Cette idée a été notamment adoptée par le protestantisme évangélique. La conversion s'oppose de façon radicale aux procédures et aux rituels établis. Elle doit produire à un moment déterminé et elle doit être une expérience vécue. Après quoi l'individu peut se croire touché par Dieu, inspiré par le Saint-Esprit, racheté par le Sauveur. Il sera bon de se remémorer souvent cette expérience et les émotions qui l'accompagnaient pourront être ravivées lorsque les convertis se réuniront pour louer Dieu et lui rendre grâce. Le converti croit que cette expérience et ces actions de grâce sont essentielles au salut ; que les hommes ne seront sauvés par aucun autre moyen, ni par les prières ou offices des prêtres, ni par les tentatives des réformateurs sociaux ou des révolutionnaires pour améliorer l'état de la société. Toutes ces activités sont vaines. Ce dont les hommes ont besoin est une « expérience du coeur », et ce n'est qu'après avoir eu cette expérience du salut que la société pourra escompter un progrès. On parle ici de réaction de conversion.
    Les sectes de conversions qui prétendent changer le coeur de l'homme se vouent au prosélytisme (1), en employant de préférence des techniques de revivalistes. La propagande leur est un moyen d 'occuper leurs membres, de leur proposer des buts positifs, d'entretenir les émotions et d'apporter des résultats concrets comme « preuve de foi ». Ces sectes ont un caractère éminemment émotionnel. Elles insistent sur les sentiments, particulièrement dans leur conception des relation du pécheur avec son Sauveur, Jésus, et elles expriment des émotions intenses au cours de leurs réunions. Le revivalisme renforce ces dispositions. L'on insiste très vivement sur la culpabilité de l'homme, mais moins sur les péchés réellement commis que sur la condition héritée du péché originel. En tant que fondamentalistes ces sectes concentrent leur attention sur les simples vérités de la Bible et sur la « foi ressentie » qu'elles opposent au ritualisme mort des Eglises hiérarchiques, notamment l'Eglise romaine, à l'égard desquelles elles éprouvent une forte antipathie. Bien que les « conversionnistes » s'intéressent beaucoup au recrutement, ce recrutement ne doit pas être identifié à la conversion elle-même. La conversion est une « expérience du coeur » au cours de laquelle l'individu accepte le Christ comme Sauveur. Ces sectes admettent d'habitude qu'il y a des sauvés dans les autres mouvements, en particulier dans des mouvements analogues aux leurs.
[...]
    4. Quatrième façon de réagir : l'on cherchera le salut dans le monde mais en utilisant essentiellement des moyens peu connus de ce monde. Le salut, dans cette hypothèses, est beaucoup plus proche ; il s'identifie à des idéaux qui sont aussi généralement ceux du monde mais qui, étant donné la nature de l'homme, sont trompeurs et éphémères. La force physique et les dons intellectuels sont peut-être les plus universels de ces idéaux ; mais certaines cultures y associeront le statut social, le pouvoir, ou le contrôle des ressources économiques. Les buts qu'on se propose sont beaucoup plus terrestres que ce n'est le cas chez certains sectaires, mais on ne regarde pas toujours le salut comme appartenant à l'autre monde. Le caractère religieux de cette réaction tient à la croyance que ce sont des moyens surnaturels, joints à une révélation religieuse qui permettront le mieux de parvenir à ces fins. C'est grâce à l'emploi de ces moyens surnaturels, ou de techniques, et souvent ésotériques ou occultes, que le monde sera modifié dans le bon sens. Ainsi les hommes seront-ils sauvés. On parle ici de réaction de manoeuvre, ou de réaction manipulatrice.
    Les sectes « manipulatrices » ont fleuri à différentes époques de l'histoire du christianisme ; elles prétendaient détenir seules un savoir spécial et parfois secret qui leur assurerait le salut. Elles soutiennent que leur enseignement est neuf, masqué ou secret, mais ces principes sont universels et peuvent être appris par n'importe qui. Leur divinité n'est pas un rédempteur, c'est un grand pouvoir abstrait que les hommes peuvent apprendre à utiliser à leur avantage en ce monde. Les membres de ces sectes ne se retirent pas du monde, il y demeurent, ils en jouissent et tirent tout le bénéfice possible de l'usage de leurs connaissances spéciales. Il réinterprètent les Ecritures et s'écartent progressivement de leur sens littéral pour mettre l'accent sur les méthodes de guérison et sur la domination du mal par l'intelligence divine. Les sectes telles que la Science chrétienne et ses dérivés attirent surtout un public plus ou moins sophistiqué. Elles fleurissent dans des milieux urbains, habituellement chez des membres de la classes moyennes, à qui le style de la pensée abstraite n'est pas étranger et que l'éducation et le progrès impressionnent. Les réunions religieuses de ces sectes sont sans grande émotion et, de fait, les adhérents ont peu d'occasions de s'assembler, sauf pour rendre grâce, se faire instruire, passer des examens et se féliciter de leur succès au sein de « la vérité ». L'adoration n'est qu'accessoire ; le rituel et la Bible sont regardés comme symboliques, bien qu'ils assurent une liaison continue avec le christianisme traditionnel (2), lequel passe pour être moins mauvais qu'aveugle, insuffisant et arriéré.

    5. La cinquième sorte de réaction implique une notion étroitement particulière du salut. Ce que désire l'individu est d'être soulagé de ses maux présents, physiques ou mentaux ; le salut résultera de l'intervention quasi magique d'agents surnaturels qui soustrairont l'homme aux lois normales de la causalité. Il n'est pas question ici de sauver le monde mais de réduire les tensions ou de résoudre des difficultés dans l'immédiat et d'y substituer un vague sentiment de béatitude. Cette réaction diffère de la quatrième en raison de la nature très particulière de la notion du salut et de l'absence de toute idée claire sur les avantages que l'on peut attendre. L'action du salut est personnelle et locale ; on ne peut disposer partout des moyens de se l'assurer ni le définir en termes universels. Cette réaction revient en fait à exiger des miracles et non pas à croire que l'on découvrira des principes qui assureront le salut des initiés. On peut la qualifier de thaumaturgique.
    Les sectes « thaumaturgiques » cultivent la croyance aux oracles et aux miracles qui s'est atrophiée dans le christianisme. L'invocation des esprits pour échapper aux maux immédiats est une pratique commune dans toutes les autres cultures, bien que les religions les plus pures l'aient rejetée. Jésus était un thaumaturge, et le mythe chrétien attribue des miracles aux Apôtres et aux saints quoique l'Eglise romaine ait tenté plus tard d'institutionaliser cette thaumaturgie. Le protestantisme a eu beau répudier les pratiques magiques, les mouvements qui professaient la guérison par la foi ont persisté à en demander, avant que le spiritisme moderne donne un nouvel élan à cette quête. Les sectes spirites n'ont généralement aucune doctrine eschatologique cohérente, mais elles insistent sur la vie dans l'au-delà et sur les communications avec les morts. A mesure qu'elles évoluent, les sectes spirites plus avancées s'approprient des idées métaphysiques ressemblant à celles qu'on professe dans les sectes « manipulatrices » ; mais les spirites recherchent un salut beaucoup plus personnel, et comptent sur des médiums et des esprits particuliers ; ces besoins particuliers contrastent de la façon la plus vive avec les principes généraux des « manipulateurs ». Il importe moins aux « thaumaturges » de pratiquer la morale que de se laisser guider par les esprits. De même que les sectes protestantes extrémistes abandonnent les rites en faveur des mots (la Bible, les sermons, les hymnes, les « langues », et les « tracts »), les spirites abandonnent les mots au profit des « communications », des coups frappés, des impulsions, transfiguration et manifestations. Ce qui est communiqué n'est pas un récit ni une objurgation, mais un message rassurant venu d'une source surnaturelle. La relation ne s'établit pas du Sauveur au pécheur par l'intermédiaire des prédicants, comme les « conversionnistes », mais de l'esprit au client, présentés l'un à l'autre par un médium.
[...]
    7. En dernier lieu, on peut rechercher le salut sans quitter le monde ni le bouleverser mais en tentant de le reconstruire entièrement sur un fondement de principes religieux. Le monde est mauvais parce que les hommes l'on fait tel. L'on se sauvera qu'en revenant aux principes de base promitivement assignés aux hommes par le Créateur. L'on pourra tenir ces principes de la révélation ou les retrouver dans les Ecritures, et c'est sur cette base que le monde pourrait redevenir un endroit où les hommes vivraient en paix. Les moyens de reconstruire la cosiété pourraient être, en eux-mêmes, rationnels : mais le choix des fins (et peut-être même à certains égards le choix des moyens) résulterait d'un contact avec le surnaturel. Nous qualifierons cette dernière réaction d'utopique.
    Les sectes « utopiques » croient à la possibilité du salut au sein de la société ; mais à cet effet la société doit être refaite entièrement, moins par un acte de Dieu que par des hommes travaillant selon des principes divins. Ces sectes s'écartent de la société non pour cultiver la sainteté mais pour s'organiser socialement en vue du salut. Leur conception de la moralité est fortement conditionnée par les besoins des membres de la nouvelle société qu'elles essaient de former, souvent en fondant des colonies dans des contrées désertes ou incultes. Elles se distinguent des utopistes séculiers en ce qu'elles recherchent une foi religieuse commune, habituellement basée sur la Bible, et parfois, plus explicitement, sur l'Eglise de Jérusalem que décrivent les Actes des Apôtres. Elles propagent volontiers leurs idées, mais elles n'accueillent pas de candidats nouveaux sans les examiner sérieusement ; et en pratique elles se referment souvent un peu plus que leur conception initiale ne semblait le demander. Les communautés des sectes « utopiques » se distinguent de celles que fondent parfois les « introvensionnistes » en ce qu'elles se vouent en principe à redécouvrir le mode de vie universel qui a été corrompu par la société. Les communautés « introversionnistes », de leur côté, n'obéissent souvent qu'à un mécanisme de défense visant à sauvegarder la forme de poété qui leur est propre.

(1) Dans le cas de l'antoinisme, on parle de « prosélytisme de proposition ».
(2) C'est la raison pour laquelle Anne-Cécile Bégot classe cette secte parmi les dénominations, le groupe tendrait « vers un type d’organisation religieuse intermédiaire entre la secte et l’Église » (article wikipedia Science chrétienne).

Prof. André Gounelle - Les sectes, Approche sociologique et typologie, caractéristiques et mécanismes des dérives sectaires
source : http://www.marcelin.ch/doc/gymnase/aumonerie/sectes.pdf

    A mon sens, l'antoinisme n'est plus tellement une secte thaumaturgique (elle le fut du vivant du Père), mais oscillent entre les sectes conversionnistes et les sectes utopistes.
    A la différence des sectes conversionnistes, l'antoinisme a une conception du péché originel différent de celui de la Bible, puisque le Père le réinterprète comme l'imagination de la matière. Et bien sûr, ce n'est pas tant le Christ qui apparaît comme Sauveur, mais soit le Père, soit la propre Conscience de l'adepte, ou n'importe quelle autre divinité, ou même rien.
    A la différence des sectes utopistes, l'antoinisme n'a pas de repli sur soi pour former une société nouvelle, mais espère arriver à réformer la société en vue d'atteindre l'Unité de l'Ensemble.
    On voit donc la difficulté de classifier les sectes. Régis Dericquebourg décrivaient l'antoinisme, selon la typologie de Weber, de 'cult' (parfois traduit par confession, comme le fait le Père Chéry dans son Offensive des sectes, mais ce dernier classé l'antoinisme comme secte guérisseuse).

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Jean-Yves Roy - Le Syndrome du berger (1998)

Publié le par antoiniste

Titre :     Le Syndrome du berger
Auteur :     Jean-Yves Roy
Édition :     Boréal, 1998
Format :     276 pages

Résumé :
    Notre fin de millénaire comporte son lot de convictions extravagantes. Suicides et homicides reliés aux activités des sectes inquiètent l'opinion publique. On est souvent tenté d'attribuer ces phénomènes à des techniques abusives de lavage de cerveau ou à la manipulation mentale. Le gourou, le « berger », est un prédateur, un criminel, qui enchaîne ses victimes à ses perversions ou à ses délires.
    Aussi séduisantes, voire aussi justes qu'elles puissent être, les théories du berger prédateur ont toutefois en commun une même lacune. Une secte ne peut exister sans la contribution d'un personnage singulier : l'adepte. La vraie question n'est-elle pas en effet de savoir pourquoi des gens adhèrent à de pareilles propositions ? Qu'est-ce qui les attire, les fascine et que toutes les dénonciations de toutes les séductions charismatiques du monde omettent de décrire ? C'est cette part de l'adepte que Jean-Yves Roy tente ici de cerner, en développant le concept de « dépendance dogmatique ».
    Comment certains individus, atteints de délire d'élection, passent une partie importante de leur vie à recruter de nouveaux adeptes ? Comment certaines personnes en viennent à consacrer leur vie à la quête obsédante d'un berger susceptible de leur apprendre la vérité absolue ? Comment ces deux univers se rencontrent et interagissent ? C'est cette interaction, souvent complexe, que l'auteur nomme le « syndrome du berger ».

A propos de l'auteur :
    Jean-Yves Roy est psychiatre et psychanalyste. Adjoint à l'Université de Montréal, il est également attaché à l'hôpital Louis-H.-La Fontaine et au Centre Dollard Cormier.

Extraits :
Chapitre 4 : Contextes culturels
Rose compassion (p.98-99)
    Après la Seconde Guerre mondiale, l'Etat semblait vouloir se substituer aux organismes charitables dans la prise en charge de l'indigence ou de la souffrance. Cette volonté témoignait d'une définition généreuse de la santé, qui englobait le développement social de l'individu, et indiquait aussi clairement le caractère nécessaire - et non aléatoire - qu'on reconnaissait à ce bien-être. Progressivement, toutefois, cette idéologie de l'opulence a fait place à une idéologie néolibérale plus restrictive. Différents analystes font coïncider ce retournement avec la crise du pétrole du début des années 70. Constatant les limites d'un socialisme parfois naïf, l'Etat démocratique moderne a voulu limiter son rôle. Un vide relatif s'est ainsi créé, ouvrant un espace indécis à la compassion.
    La famille s'est aussi effondrée, amplifiant ce désarroi, cependant qu'on réclame du citoyen de plus en plus d'efficacité, lui tenant le discours sur la qualité totale. Le sujet de nos sociétés se trouve coincé entre une exigence qui n cesse de s'accroître et une infrastructure de soutien de plus en plus ténue. Cette situation a donné naissance à une sociologie de la sécularisation ou de la laïcisation, que Dawson et ses collaborateurs associent volontiers à la montée récente du dogmatisme.
    Qui donc, dans un pareil contexte, va prendre en charge la compassion ?
    De nombreuses entreprises dogmatiques ou charismatiques ont saisi cette lacune de nos cultures et profitent de la souffrance pour attirer et endoctriner les paumés du productivisme. Au moment où le sujet en a grand besoin, elles lui proposent un accueil inconditionnel. Alors que chacun méprise le raté ou le malade, elles lui offrent un pardon. Sincère dans un grand nombre de cas. Une compassion réelle. Ce geste, en soi, n'a rien de fanatique, loin de là. C'est dans un tel esprit que se sont développées les oeuvres de mère Teresa. Et de nombreux rapports font état de groupes dogmatiques qui ont procuré à leurs commettants un soulagement authentique, sinon une guérison psychologique.
    Il est pourtant des circonstances où la compassion elle-même peut se fanatiser. Il est des sectes, en effet, qui, bien que dépourvues de toute compétence réelle en matière de soins autant que du sens des responsabilités, ont discerné la détresse de certaines personnes et y ont répondu, saisissant le pouvoir qu'elles pouvaient en tirer. C'est le désir d'emprise du berger ou le délire d'élection au coeur de son action qui permettent d'identifier de tels groupements. L'humilité réclamée des sujets devient humiliation ; l'acquiescement à certaines réalités difficiles, résignations déshumanisante.

Chapitre 5 : Le chemin le plus fréquenté (p.121)
    Depuis Jonstown, Charles Manson, Waco, l'OTS, l'affaire du gaz sarin et la secte Aum de Tokyo, Marshall Applewhite et la comète de Hale-Bopp, l'Oklahoma de Timothy McVeigh, l'intérêt des media pour les sectes et le phénomène dogmatique en général n'a cessé de croître. Le problème de la presse, cependant, c'est qu'elle se doit de rejoindre un vaste public. Il arrive donc qu'elle simplifie certains exposés dans le but de maintenir l'intérêt de ses lecteurs. Question de conserver à l'événement qu'elle rapporte son caractère sensationnel. Cette démarche, par ailleurs nécessaire, est propice à la diffusion des préjugés réducteurs mais populaires, qu'elle amplifie et cristallise dans des jugements à l'emporte-pièce. Dès que l'on veut dépasser le niveau de la sensation, il nous faut débusquer ces préjugés, dénoncer ces simplifications qui nous convainquent mais n'ont rien de commun avec la vérité. Il nous faut, en un sens, quitter la secte de nos convictions médiatiques, faire le deuil de nos croyances rassurantes, abandonner le berger journaliste pour entreprendre une démarche de connaissance mieux assortie à la réalité.

Chapitre 6 : Le jeu de la certitude
Accueil et recrutement : la première illumination
Une vérité rudimentaire (p.147)
    Parce que, tout simplement, fascinés par le dogme qui les porte, ils [le berger ou gourou et ses adeptes] oublient que la vérité n'existe pas et qu'on est sans cesse en train d'en recréer une version précaire, seul comptant le processus qui nous amène à du plus vrai.

    L'auteur nous rappelle que nous sommes des homo interpretens, nous interprétons toujours le monde, la plupart du temps par du prêt-à-penser (la culture environnante dans laquelle nous avons baigner au fil des ans), et rarement, en cherchant par nous même hors des sentiers battus.

Chapitre 10 : Retracer la question
Apprendre et créer (p.225)
    La science voudrait remplacer la composante conviction par l'esthétique d'une démonstration, la rigueur d'un raisonnement, l'exactitude d'une évidence. L'épidémie de convictions dogmatiques que l'on traverse démontre que cet espoir n'est pas réaliste. Les philosophes soutiennent que la science ne répond par aux questions existentielles sur le sens de la vie et de la souffrance. C'est vrai. Cette lacune justifie assurément une partie des démarches dogmatiques. Mais il y a plus : la démarche scientifiques, en tant que telle, est neutre et a peu à voir avec les composantes affectives. Or, si notre connaissance est bimodale, particulaire et ondulatoire, elle est surtout affective. Nous avons besoin d'espoir, d'enthousiasme ou de cohérence, tout autant que d'exactitude.
    Il est intéressant de voir comment, dans un tel contexte, le maître se comporte avec son disciple.
    Nous avons dit antérieurement que le disciple se met en quête d'un maître au moment où la culture ne répond plus à ses attentes. Il constate alors que sa question coïncide avec un non-encore-pensé. Conscient de sa vulnérabilité, ayant perdu ses certitudes, il s'en ouvre à son maître.
    Alors que le berger imposteur saisit cette occasion pour imposer sa réponse, le maître est attentif à la demande du disciple. Il sait que sa question est à la clé d'un processus vital. Il sait surtout qu'en interrompant cette quête avec une réponse toute faite il bloquerait la machine à penser.
    Il invitera plutôt le disciple à consulter les cultures qui se rapprochent de sa question. Il lui transmettra comment, dans le monde actuel, on pense ce genre de chose. Mais il prendra bien soin de ne pas lui laisser croire qu'il s'agit d'une réponse définitive. Au contraire, il lui indiquera les vides de cette connaissance : des vides à l'intérieur desquels le disciple pourra poursuivre sa démarche personnelle.
    Sachant aussi que, pour poursuivre, le disciple a besoin de motivation, le maître en appellera, à la curiosité du disciple, l'incitera à fouiller, à dépasser les premiers énoncés. Ici, encore, sa démarche diffère de celle du berger imposteur. Ce dernier vend de la conviction. Le maître offre une denrée affective tout aussi efficace : la curiosité. Au moment de recevoir le prix Kalinga pour ses talents exceptionnels de vulgarisateur, Fernand Seguin déclarait qu'il s'était toujours fait un devoir de transmettre non pas de la connaissance, mais du désir de connaître.
    A la différence de la conviction, cette curiosité permet de tolérer l'incertitude inévitable tout au long du parcours de représentation.
    Le sens n'est jamais évident a priori. Il est la conséquence de l'oeuvre, de la démarche ou du processus. Parvenir au sens suppose que l'on s'arme de patience, que l'on fasse confiance. Le maître sait que, dans cette aventure, le désir, la curiosité, l'espoir sont bien plus prometteurs qu'une certitude. Il instille le désir.
    On peut tenir le même raisonnement au sujet de la création. A la différence que la création aborde de façon plus directe le non-encore-pensé, non seulement par soi, mais par la culture.
    Les experts affirment que le volume de nos connaissances double tous les sept ans. Pourtant, malgré ce rythme rapide, notre besoin de métaphores nouvelles n'est jamais étanché.
    En explorant ses questions propres, il arrive que le sujet rejoigne une questio qui préoccupe d'autres personnes. Les métaphores qu'il invente pour supporter sa propre incertitude seront assurément utiles au moins à quelques autres. Que ce soit un roman ou un nouvelle théorie de l'atome importe peu. Pour se maintenir, la vide de la pensée à besoin de métaphores qui lui permettent d'aborder d'autres champs d'incertitude, de non-encore-pensé.
    Le berger n'envisage pas ainsi sa créativité. Il a tellement besoin d'être reconnu, tellement besoin de recruter des adeptes qu'il oublie que toute métaphore est aussi un service à la collectivité. Ce qu'il tente de faire croire, c'est qu'il détient, du fait de son élection, une vérité absolue et incontestable. Il n'imagine guère cette vérité comme une phase relative d'un processus. Il ne peut l'entrevoir que comme la consécration d'une apothéose, la sienne.
    Au moment du retour, l'enfant prodigue [prodigue par rapport au berger et à son retour d'un dogme sectaire] devra désapprendre cette certitude. Il devra découvrir la curiosité, l'enthousiasme, le désir et accepter que ce désir n'engendre pas la certitude mais simplement l'élan nécessaire pour poursuivre une marche incertaine.

Chapitre 12 : Autonomie de pensée (p.245-246)
    La France, particulièrement touchée par cette extravagance de pensée, a publié en mars 1997 un volumineux rapport sur les sectes. A sa suite, on a mis sur pied un observatoire interministériel permanent, dont la fonction est "d'étudier le phénomène, de rassembler toute l'information disponible dans un centre de documentation accessible au grand public et de la diffuser, d'assurer l'accueil et l'information du public [...] formuler des propositions au gouvernement [...] et de faire rapport au premier ministre."
    En annexe au rapport, on trouve une liste de 189 groupes déclarés sectaires. Le YMCA y figure, au même titre que l'OTS. A l'évidence, la volonté de vigilance l'emporte sur le sens commun. Dans la foulée de cette méfiance ainsi légimitée, les groupes antisectes européens, français ou belges entre autres, ont adopté des attitudes qui frôlent parfois la paranoïa pure et simple. Pareille inflexibilité ne peut guère promouvoir une compréhension adéquate du phénomène. Cet état de fait est en partie relié à une méconnaissance encore répandue de la réalité culturelle ou clinique du dogmatisme en général.

Chapitre 12 : Autonomie de pensée
Le lieu de la dépendance (p.252-253)
    Il est une autre prétention de nos cultures démocratiques qui nous devons nuancer. Officiellement, en effet, nos cultures préconisent l'autonomie des concitoyens. Les statistiques démontrent pourtant que nous avons encore, à ce sujet, une longue route à parcourir.
[...]
    En tant que moyen d'altérer la conscience, le groupe dogmatique présente plusieurs avantages. Contrairement à la plupart des drogues qui produisent un effet spécifique, sédation, excitation ou modification de la perception, le groupe dogmatique varie ses effets en fonction des circonstances. Contrairement à la drogue qui tire son pouvoir de la substance, la consommation de vérité est associée à la fréquentation d'un groupe à haute densité relationnelle. Pour plusieurs, elle apparaît donc comme une solution immédiate au besoin de cohérence et de conviction. Un besoin que ne comble pas la culture pluraliste et démocratique dans laquelle nous vivons.

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    Pour finir ses extraits, je peux vous conseiller, pour avoir un bon aperçu de ce que peut être une vie selon un principe dogmatique sectaire, de lire Un bonheur insoutenable de Ira Levin (ce livre à l'avantage de présenter cette vie de façon neutre, voire presque méliorative). Ainsi que le célèbre 1984 de Georges Orwell.
    Pour la problématique de la liste des sectes, lire : Les rapports Etat-Eglises à l’épreuve des nouvelles minorités, La controverse sur les sectes dans les pays francophones [http://www.willyfautre.org/conferences/1999/19990515GeneveFr.pdf]

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