Mère Antoine (Excelsior 26 octobre 1913)
La Mère Antoine (1) et son grand prêtre M. Deregnaucourt (2) au milieu des adeptes.
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La Mère Antoine (1) et son grand prêtre M. Deregnaucourt (2) au milieu des adeptes.
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issu de l'article du Illustrated London News
Le culte antoiniste
Bruxelles. – Une curieuse pétition vient, de parvenir à la Chambre des représentants. Plus de 160.000 Belges l’ont signée. Jamais, même pour le suffrage universel et pour l’instruction obligatoire, on n’était parvenu à réunir autant de signatures. Cette pétition est accompagnée d’une lettre du Comité du « Culte antoiniste ; elle est signée par M. de Regnancourt, propriétaire à Jemeppe-sur-Meuse, président ; M. F. Delcroix, professeur à l’Athénée de Liège, secrétaire ; M. C. Delannoy, lieutenant d’infanterie, trésorier. Les pétitionnaires réclament la reconnaissance légale de leur culte.
« La religion antoiniste, disent-ils, est fondée sur le désintéressement le plus complet et Antoine le Guérisseur et les membres de son culte ne peuvent recevoir ni subside ni rémunération, mais ils veulent assurer l’existence de leur temple.
» Le temple de Jemeppe-sur-Meuse a couté 100.000 francs. D’autres temples vont être érigés aux frais des adeptes ; la reconnaissance du culte aura pour effet de transférer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires qui en auront la gestion matérielle ; leur existence légale sera ainsi assurée. »
Antoine, le fondateur de la nouvelle religion, est un magnétiseur qui a opéré quantité de guérisons et ses adeptes le considèrent comme un des plus grands bienfaiteurs dont l’humanité puisse se glorifier. »
L’Écho Saumurois, 5-6 décembre 1910
Kwakzalverij
Wistet gij, beste lezer, dat er in Belgie eenen nieuwen godsdienst bestaat ? Neen ? Wij zullen het u dan uiteendoen.
De stichter van dien godsdienst noemt : Antoon de genezer, een woonderbaar man, volgens het schijnt, die het eene mirakel na het andere verricht, en die woont te Jemeppe aan Maas.
De volgelingen van den wonderen man hebben een verzoekschrift naar de Kamers gestuurd, dat geteekend is door 160,000 burgers, wij zeggen honderd zestig duizend Belgen, en 't moetzijn, want deszelfs voorzitter is de heer Heer de Ragnancourt, grondeigenaar te Jemeppe ; F. Delcroix, professor aan het Atheneum van Luik, is secretaris, en C. Delannoy, luitenant bij het voetvolk, schatbewaarder.
Het verzoekschrift verzekert dat de nieuwe godsdienst gesteund is op de volstrekte zelfverloochening, dat Antoon de genezer dagelijks wonderen verricht, op stoffelijk en zedelijk gebied, en dat hij aanzien moet worden als eens der grootste weldoeners van het menschdom.
En zeggen dat zulke kwalzalverij onderteekend is door 160,000 namen, 't is te zegen dat hooit, behalve over 25 jaar, toen de priesters gansch Belgie optrommelden tegen de schoolwet, een verzoekschrift naar de Kamer is gezonden geweest, door zoovele burgers ondergeteekend.
Onze klerikalen zullen waarschijnlijk met den nieuwen godsdienst den spot drijven, zij zullen gelijk hebben, want dat zulke dingen in onze verlichte XXe eeuw kunnen gebeuren, is eene ware schande voor ons land, maar zij zullen vergeten van er bij te voegen, dat de allerhande bijgeloovigheden en dwaze bedevaarten, die van t'allen kanten in ons land hoekeren, even belachelijk en schandalig zijn. Maar met die schanden zullen zij niet lachen ; zij leven er immers meê.
De Volksgazet, 1 januari 1911
Traduction :
Charlatanisme
Saviez-vous, cher lecteur, qu'il existe une nouvelle religion en Belgique ? Non ? Nous voulons réparer cette erreur pour vous.
Le fondateur de cette religion appelé : Antoine le guérisseur, un homme aimable, semble-t-il, qui accomplit un miracle après l'autre, et qui vit à Jemeppe sur Meuse.
Les partisans de l'homme miracle ont envoyé une pétition aux Chambres, signée par 160.000 citoyens, nous disons cent soixante mille Belges, ce qui doit être le cas, car le président de cette pétition est M. Monseigneur de Ragnancourt, propriétaire terrien à Jemeppe ; F. Delcroix, professeur à l'Athénée de Liège, qui est secrétaire, et C. Delannoy, lieutenant d’infanterie, trésorier.
La pétition nous assure que la nouvelle religion est basée sur le renoncement total de soi-même, qu'Antoine le guérisseur accomplit des miracles quotidiens, tant sur le plan matériel que moral, et qu'il doit être considéré comme l'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.
Et dire que cette charlatanerie a été signé par 160.000 noms, c'est pour le moins une bénédiction, car, il y a 25 ans, quand les prêtres de toute la Belgique se sont battus contre la loi scolaire, une pétition a été envoyée à la Chambre, soussignée par autant de citoyens.
Nos clercs se moqueront probablement de la nouvelle religion, ils auront raison, car que de telles choses puissent arriver dans notre XXe siècle éclairé est une véritable honte pour notre pays, mais ils oublieront d'ajouter que toutes sortes de superstitions et de pèlerinages stupides, qui se pressent dans notre pays de tous côtés, sont tout aussi ridicules et scandaleux. Mais de cette honte, ils ne riront pas, car après tout, ils le vivent tous les jours.
Dimanche 26 octobre 1913
UN PÈLERINAGE ANTOINISTE
La “Mère”
vient opérer
à Paris
Avec quatre cents adeptes, la veuve
d'Antoine le Guérisseur est arrivée
hier, à Paris, pour inaugurer le
le temple de la rue Vergniaud.
Décidément, la concurrence n'épargne personne, même pas les guérisseurs.
Ceux-ci se multiplient, et pour un qui disparaît, dix nouveaux surgissent. Aussi des « précurseurs » dans la profession sont-ils obligés de faire maintenant de la propagande active, et même de se déplacer pour se créer des ramifications et fonder pour ainsi dire des succursales.
Antoine le Guérisseur, qui mourut le 25 juin 1912, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liége, avait su faire de nombreux adeptes, — plus de trente mille – qui croient aveuglément en sa puissance et qui lui attribuent un pouvoir divin.
Le culte de ce guérisseur s'est propagé très rapidement en France, et c'est ainsi que j'ai rencontré, en pleine dans un simple hameau du nom de Biollay, un temple antoiniste où une centaine de croyants viennent tous les dimanches entendre la lecture du « Grand Livre de la Révélation », et contempler « l'Arbre de la Science de la Vue du Mal ».
Cependant, aucun temple antoiniste n'existait à Paris, où le « Père » – c'est ainsi qu'on appelait le fondateur de la secte – avait réuni six ou sept cents adeptes. Antoine mort, ou plutôt s'étant « désincarné », cela n'avait pas arrêté les conversions.
Sous l'inspiration du frère Noël, qui est en quelque sorte le légat antoiniste en France, et de Mlle Camus, cette petite modiste qui avait acquis la foi en allant à Jemeppe, des dons anonymes affluèrent, et au mois de mai dernier on commença la construction d'un temple où, comme à Jemeppe, les adeptes pourront venir écouter la lecture de la « Révélation ».
L'inauguration de ce temple est un événement d'autant plus considérable, que la veuve du « Désincarné » a voulu venir l'inaugurer en personne.
Un grand nombre d'adeptes, les hommes avec leurs longues lévites noires et leurs chapeaux haut des forme ; les femmes en costumes et bonnets noirs, s'étaient réunis, hier, vers deux heures et demie, à la gare du Nord, pour attendre le train spécial amenant de Belgique la Mère et quatre cents pèlerins.
A deux heures cinquante, le convoi entra sous l'immense hall. De tous les wagons de troisième se précipitèrent des adeptes vêtus comme ceux qui les attendaient à la sortie. D'un compartiment de seconde, la Mère, qu'aucun signe extérieur ne pouvait faire distinguer du reste des adeptes, descendit, accompagnée de M. Derégnancourt, qui est le grand prêtre du culte antoiniste, ou plutôt le président du Conseil d'administration.
Sans de moindre apparat, la veuve du « Désincarné » gagna la sortie ; mais lorsqu'elle arriva au bout du quai, des sanglots éclatèrent : certaines adeptes parisiennes n'avaient pu retenir leur émotion en voyant la Mère qui tomba, pendant quelques secondes, dans une sorte d'extase.
Le cortège des Antoinistes se dirigea alors vers le souterrain du Métropolitain, où un train spécial les attendait pour les conduire jusqu'à la station Corvisart. Dans la salle des Pas-Perdus, un homme à la haute stature, portant un petit bagage à mains, cherchait à s'échapper du flot antoiniste : c'était M. Ribot, le sénateur du Pas-de-Calais, qui s'efforçait de gagner son compartiment, et qui refusait obstinément de prendre les petits billets jaunes ou verts que lui tendaient en passant les Antoinistes.
Chaque pèlerin était, en effet, muni d'un stock considérable de petits morceaux de papier portant la suscription suivante :
CULTE ANTOINISTE
Frères, Mère Antoine consacrera au nom du Père le nouveau temple antoiniste de Paris, rue Vergniaud (XIIIe).
La cérémonie aura lieu demain 26 octobre, à 10 heures. A cette occasion, Mère recevra les malades tous réunis dans le Temple comme Elle le fait à Jemeppe-sur-Meuse.
Recevez, chers frères, toutes nos bonnes pensées.
Le Conseil d'administration du Culte Antoiniste.
A la station Corvisart, les Antoinistes quittèrent le Métro, et se formant en cortège, ils gagnèrent leur temple par le boulevard Auguste-Blanqui et la rue Vergniaud.
Lorsque la Mère fut arrivée sur le seuil du temple, un adepte présenta à la foule « l'Arbre de la Science de la Vue du Mal ».
L'intérieur de ce nouveau temple est analogue à celui de Jemeppe, mais en plus petit. Une chaire est adossée au mur, sur lequel on lit le précepte fondamental de la croyance antoiniste : « Un seul remède peut guérir l'Humanité : la Foi, etc... »
C'est là que ce matin la Mère « opérera » les malades par sa seule présence. Cela est certainement moins dangereux que de leur prescrire des drogues ou des incantations comme les rebouteux ou les sorciers. Mais au point de vue médical, cela ne vaut peut-être pas mieux. – HENRY COSSIRA.
Excelsior, 26 octobre 1913
LES FUNERAILLES D’UN PROPHETE
On inhuma hier
Antoine le guérisseur
A Jemmapes-sur-Meuse, les antoinistes
ont conduit au cimetière le
fondateur de leur religion.
LIÉGE, 30 juin (De notre envoyé spécial, par téléphone). — Ce fut seulement avant-hier soir vendredi que la dépouille mortelle du « désincarné », qui a été inhumée aujourd’hui, fut mise dans sa modeste bière de sapin verni. Jusque-là, depuis le moment où il rendit le dernier soupir, c’est-à-dire depuis mardi matin. Antoine le Guérisseur était resté exposé au pied de la chaire de son petit temple qu’il fonda, voilà deux ans, à Jemmapes-lès-Liége.
Lorsque ce matin je suis arrivé dans cette ville, j’ai trouvé, stationnant devant le portail du temple antoiniste, 200 à 300 personnes, toutes de noir vêtues, les hommes de longues redingotes comme celles des clergymen, mais coiffés de haut de forme à bords plats, les femmes ressemblant assez à des « nurses » anglaises qui auraient substitué des voiles de crêpe à leurs parements en lingerie. Cette tenue n’était autre que celle prescrit par le père Antoine pour ses adeptes.
Avec la foule des prosélytes, je fus admis à défiler devant le catafalque qui, dressé dans le temple, était entouré d’arbustes et gardé par une dizaine d’initiés, paraissant, sous les regards verdâtres des vitraux, de lugubres statues.
Après avoir salué le cercueil du Guérisseur, les adeptes étaient admis à défiler devant la « Bonne Mère », épouse du père Antoine, désignée par lui pour lui succéder. Silencieusement, nous gravîmes un petit escalier en bois, fort étroit, et nous pénétrâmes dans un logement simple, très confortable et très méticuleusement entretenu. Dans une chambre, debout au pied d’un lit recouvert d’andrinople rouge, une femme en cheveux blancs, grande et maigre, se tenait, les mains croisées.
C’était la « Bonne Mère », qui priait près du lit où expira son époux.
Le “Guérisseur ” est conduit à
sa dernière demeure
Un peu avant 3 heures 30, on ferma les portes du temple, et les Frères Antoinistes transportèrent le catafalque sous le porche, tandis qu’à l’extérieur 12.000 à 15.000 personnes, que les trains de Liége ne cessaient d’amener, se pressaient les unes sur les autres, au point de s’étouffer. Le défilé recommença. Dans le temple, des non-invités, montés sur le bord d’une fenêtre, recueillaient, dans une corbeille qu’ils agitaient au-dessus des têtes, les cartes de ceux qu’ils ne pouvaient atteindre.
A 3 heures précises, le Frère directeur Delaunay fit un signe. Précédé du Frère porte-arbre, le lecteur du dimanche, M. Delcroix — qui entre temps est professeur à l’Athénée de Liége – s’avança au milieu de la foule et se mit à lire tout haut les préceptes de la Révélation.
Puis, sur un nouveau signe du Frère directeur, douze initiés saisirent le cercueil recouvert d’un drap vert sur lequel se détachaient en lettres blanches ces mots : « Culte antoiniste ». Lentement, les douze hommes, qui, par humilité, attachaient obstinément leurs regards sur le sol, se mirent en marche, guidés par l’Arbre de la Science du bien et du mal. Derrière eux venaient, avec les deux fils d’Antoine le Guérisseur, le Frère Dérégnaucourt, homme au crâne luisant et à la barbe vénérable qui, en quelque sorte, est le grand prêtre de l’antoinisme, et derrière lui marchaient, ou plutôt glissaient, en nombre considérable, drapées dans leur sombre costume, les sœurs antoinistes qui, pour la plupart, suffoquaient de douleur.
Se frayant péniblement un chemin à travers la foule, le noir cortège fit tout le tour de la ville pour arriver au cimetière, dont les murs étaient couverts de grappes humaines. On avait fermé les grilles. Lorsque le cercueil entra dans le champ de repos, on ne laissa pénétrer que les seuls antoinistes revêtus du costume. Mais la ruée fut telle que des femmes et des enfants se trouvèrent mal, sans que l’esprit du Guérisseur pût les protéger.
Déjà le cercueil d’Antoine le Généreux, était au bord de la fosse commune, où, sur son désir, on allait enfouir sa mortelle dépouille. Le lecteur recommença les litanies, et, quand il eut fini et que les fossoyeurs eurent descendu la bière au fond du trou, le Frère Dérégnaucourt s’approcha de la fosse en criant : « Notre Père Antoine n’était pas un grand seigneur, mais notre dieu qui s’est désincarné et n’a jamais cessé d’être parmi nous ! » — HENRY COSSIRA.
Excelsior, 1 juillet 1912
F. Deregnaucourt. L'Existence de Dieu et les grands savants.
Auteur: F Deregnaucourt
Édition: Lille : Impr. de la "Croix du Nord, 1912.
Description: In-8∞, 16 p
http://www.worldcat.org/title/f-deregnaucourt-lexistence-de-dieu-et-les-grands-savants/oclc/459183019
S'agit-il d'un livre de frère Florian Deregnaucourt ?