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La religion antoiniste (Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913)

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La religion antoiniste (Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913)La religion antoiniste

    Samedi, à la gare du Nord, à Paris, un train de Belgique a déversé sur le quai six cents fidèles de la religion antoiniste.
    Le père Antoine était un obscur ouvrier qui se reconnut un jour la vertu de guérir les malades et les infirmes. A la voix du nouveau Messie, les paralytiques se levèrent, les aveugles virent : ils l'assurent du moins. Car des six cents fidèles qui, un petit sac à la main, vêtus, les hommes d'une lévite noire et coiffés d'un chapeau mat à bords plats, les femmes d'une robe noire et couvertes d'un voile, débarquaient l'autre jour à Paris, il n'en est guère qui ne soient prêts à témoigner du miraculeux pouvoir du père Antoine.
    Le culte antoiniste dédaigne les formes extérieures. Il suffit de posséder la foi pour être guéri des maux du corps et de ceux de l'âme. La mère Antoine, dépositaire du pouvoir spirituel de son défunt mari, étend la main sur la foule recueillie – et chacun s'en retourne guéri ou amélioré selon la ferveur de sa foi ; le mécréant seul s'en va comme il était venu.
    Pour les croyants français, on a édifié rue Vergniaud, un temple que la mère Antoine a inauguré dimanche matin. C'est un petit monument qui possède pour tout mobilier une chaire devant laquelle est un panneau portant l'image sommaire d'un arbre avec cette inscription : « L'arbre de la science de la vue du mal. »
    D'autres inscriptions sont des formules dogmatiques : « L'enseignement du Père, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi... Un seul remède peut guérir l'humanité : la Foi ; c'est de la Foi que naît l'amour, qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. »
    – En effet, expliquait un frère antoiniste à un reporter du Temps, le Christ venant après les prophètes, marquait une étape nouvelle dans l'évolution morale : à la rigoureuse loi du talion, il substituait le pardon des offenses. Le Père (Antoine) a fait mieux : comme nos ennemis sont les meilleurs auxiliaires et les seuls guides de notre progrès en nous révélant à nous-mêmes les défauts qui ternissent la netteté de notre conscience, ils sont les véritables instruments de notre épuration. Il ne suffit plus de leur pardonner ; nous devons reconnaître en eux nos fidèles amis, et les aimer comme tels.
    » Il faut retourner à l'essence même, au principe initial des religions : à la loi de la conscience ; il faut dégager cette loi de toutes les liturgies qui en obscurcissent la notion. Puisque nous vivons entourés d'un fluide fait de tous les actes et de toutes les pensées commis ou conçues pendant nos existences antérieures fluide que le Père maniait à volonté et d'où il tirait ses guérisons – il faut l'exalter au cours de l'existence actuelle en pratiquant le désintéressement les plus absolu. La douleur, les épreuves nous sont envoyées pour nous permettre de nous élever successivement jusqu'à la quasi-perfection morale et à l'amour universel...
    – Mais, interrompit le journaliste, se dogme des réincarnations, n'est-il point hérétique ? Ne sentez-vous pas quelque peu le soufre ?
    – Nullement, cher monsieur, nous respectons toutes les religions : nous remontons seulement à leur principe commun.
    – Mais vous ne les pratiquez pas ?
    – Nous sommes les fidèles du Père. Il est pour nous la réincarnation du prophète qui parut plusieurs fois pour révéler au monde la loi de la conscience...
    – Et votre foi justifie vos miracles ?
    – Assurément.
    – Et vos miracles justifient votre foi ?
    – Sans doute... comme dans toutes les religions, ajouta le frère antoiniste.

Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913

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Un nouveau Messie à Paris (Le Temps, 27 octobre 1913)

Publié le par antoiniste

Un nouveau Messie à Paris (Le Temps, 27 octobre 1913)AU JOUR LE JOUR

Un nouveau Messie à Paris

    Depuis ce matin Paris possède une nouvelle Eglise, un nouveau culte, un nouveau Messie. Une brave femme de Jemeppe-sur-Meuse, en Belgique, est venue, suivie de six cents fidèles tout de noir habillés, propager en France le culte d'Antoine : non point du saint personnage dont Flaubert, après Téniers et Jacques Callot, immortalisa les tentations, mais d'un bon vieillard qui mourut l'an dernier, entouré du respect et de la reconnaissance d'un peuple entier.
    Qu'était le père Antoine ? Un jour, un obscur ouvrier reconnut en lui la vertu qui fait les prophètes. Il s'en alla vaticinant, et comme il était convaincu, il persuada les hommes qui l'entendaient. Il y avait parmi ceux-ci des malades, des infirmes. A la voix du nouveau Messie, les paralytiques se levèrent, les aveugles virent : ils l'assurent, du moins. Car des six cents fidèles qui, un petit sac à la main, vêtus, les hommes d'une lévite noire et coiffés d'un chapeau mat à bords plats, les femmes d'une robe noire et couvertes d'un voile, débarquaient hier à Paris, au grand émoi des badauds, il n'en est guère qui ne soient prêts à témoigner du miraculeux pouvoir du père Antoine.
    Miraculeux en effet ; le culte antoiniste dédaigne les formes extérieures qui sollicitent l'admiration des foules. Il suffit de posséder la foi pour être guéri des maux du corps et de ceux de l'âme. Foin des drogues, des thérapeutiques grossières, des chirurgies sanglantes ! La mère Antoine, dépositaire après décès du pouvoir spirituel de son mari, étend la main sur la foule recueillie – et chacun s'en retourne guéri ou amélioré selon la ferveur de sa foi ; le mécréant seul s'en va comme il était venu, car les dieux ne prennent soin que de leurs fidèles.
    Pour les croyants français, on a donc édifié au fond de la Glacière, rue Vergniaud, un temple que la mère Antoine inaugurait ce matin. C'est un vilain petit monument de style indéterminé, surmonté d'un clocheton minuscule et possédant pour tout mobilier une manière de chaire adossée au chevet, devant laquelle est un panneau portant l'image sommaire d'un arbre, avec cette inscription : « L'arbre de la science de la vue du mal ». Langage hermétique évidemment. Le plus grand miracle de la foi antoiniste est sans doute de le rendre clair aux sectateurs du vieil ouvrier guérisseur.
    D'autres inscriptions ornent le chevet : ce sont des formules dogmatiques : « L'enseignement du Père, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi... Un seul remède peut, guérir l'humanité : la Foi ; c'est de la Foi que naît l'amour, qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. »
    – En effet, nous expliquait hier un frère antoiniste, le Christ, venant après les prophètes, marquait une étape nouvelle dans l'évolution morale : à la rigoureuse loi du talion, il substituait le pardon des offenses. Le Père (c'est Antoine) a fait mieux : comme nos ennemis sont les meilleurs auxiliaires et les seuls guides de notre progrès en nous révélant à nous-mêmes les défauts qui ternissent la netteté de notre conscience, ils sont les véritables instruments de notre épuration. Il ne suffit plus de leur pardonner ; nous devons reconnaître en eux nos fidèles amis, et les aimer comme tels.
    » Il faut, ajoutait notre interlocuteur, retourner à l'essence même, au principe initial des religions : à la loi de la conscience ; il faut dégager cette loi de toutes les formes extérieures, de tous les rites, de toutes les liturgies qui en obscurcissent la notion. Puisque nous vivons entourés d'un fluide fait de tous les actes et de toutes les pensées commis ou conçues pendant nos existences antérieures – fluide que le Père maniait à sa volonté et d'où il tirait ses guérisons, – il faut l'exalter au cours de l'existence actuelle en pratiquant le désintéressement le plus absolu. La douleur, les épreuves nous sont envoyées pour nous permettre de nous élever successivement jusqu'à la quasi-perfection morale et à l'amour universel...
    – Mais, interrompons-nous, fort inquiet, ce dogme des réincarnations n'est-il point hérétique ? Ne sentez-vous pas quelque peu le soufre ?
    – Nullement, cher monsieur, nous respectons toutes les religions : nous remontons seulement à leur principe commun.
    – Mais vous ne les pratiquez pas ?
    – Nous sommes les fidèles du Père. Il est pour nous la réincarnation du prophète qui parut plusieurs fois pour révéler au monde la loi de la conscience...
    – Et votre foi justifie vos miracles ?
    – Assurément.
    – Et vos miracles justifient votre foi ?
    – Sans doute... comme dans toutes les religions, ajoute le frère antoiniste.
    Cependant une femme vient interrompre notre entretien. Avec quelle conviction notre interlocuteur lui répond-il :
    – Tout à l'heure... Ici je suis utile...
    Et comme elle revint peu après le tirer par sa lévite, il nous a semblé surprendre une grimace irritée... Pour être saint, n'en serait-on pas moins homme ? – G. J.

Le Temps, 27 octobre 1913

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Avec une ''soeur'' du temple Antoiniste de la Butte aux Cailles, Paris, 18 décembre 2013 - Photo by Nils Labadie. - Avec Sudor (FaceBook Joël Sueur)

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Avec une ''soeur'' du temple Antoiniste de la Butte aux Cailles, Paris, 18 décembre 2013 - Photo by Nils Labadie. - Avec Sudor (FaceBook Joël Sueur)

Avec une ''sœur'' du temple Antoiniste de la Butte aux Cailles, Paris, 18 décembre 2013

Photo by Nils Labadie. - Avec Sudor (FaceBook Joël Sueur)

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Temple antoiniste du 13e arrdt de Paris (Vade retro Sectanas © Omniscience.fr)

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Temple antoiniste du 13e arrdt de Paris (Vade retro Sectanas © Omniscience.fr)

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Panneau d'un Temple en France

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Panneau d'un Temple en France (Paris 13e)Panneau d'un Temple en France

 

 

Lyon (Villeurbanne)

 

 

 

 

Paris 13e (Rue Wurtz)

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Los antonistas en Francia (Diario español, 21 de noviembre de 1913)

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 Los antonistas en Francia (Diario español, 21 de noviembre de 1913)CEREMONIA CURIOSA

Los antonistas en Francia

Visiones y otros excesos

    Paris.–Los adeptos del culto antonista, fundado en Jemmapes (Bélgica), por el famoso magnetizador, herrero de oficio, Antonio el Generoso, decidieron hace algunos meses levantar un templo en Paris.
    El antonismo cuenta en Bélgica con cientos de miles de prosélitos, muchos de ellos en buena posición.
    Es jefe de la secta, desde la muerte del fundador, una parienta suya, muy vieja, llamada Antonia.
    Días pasados celebróso la inauguración del primer templo antonista parisiense.
    Vinieron de Bélgica, Antonia y unos cien fieles.
    Acudieron también bastantes Antonistas de diversos puntos de Francia.
    Antonia, una vez estuvo el templo lleno, mandó cerrar las puertas.
    Subió al púlpito y arrodillóse.
    Vestia de negro, y llevaba tendida sobre su cuello y espalda su blanca y larguisima cabellera, que no habia peinado.
    Empezó á recitar oraciones de las e que Antonio dejó escritas.
    Luego se puso en pié, y extendiendo los brazos y abriendo mucho los ojos, quedóse inmóvil.
    Al cabo de algunos minutos declaró que acababa de ver á Antonio, entre nubes.
    Otros antonistas dijeron que no habían visto á Antonio, pero sí una nube blanca.
    De pronto, una mujer de treinta años, natural de Vichy, que habían llevado en un carrito, levantóse y empezó á gritar:
    –Llevaba ocho años paralítica. Acabo de curarme.
    Y comenzó á dar saltos.
    Otras tres personas empezaron á gritar a su vez:
    –Estamos curados, estamos curados.
    So trataba de sedicentes enfermos de dolencias nerviosas.
    Prodújose gran alboroto.
    Parecía aquello una reunión de locos.
    Al fin todos se calmaron y fueron saliendo.
    Y así ha comenzado el culto antonista en París.

Diario español, 21 de noviembre de 1913

 

Traduction :

CÉRÉMONIE CURIEUSE

Les Antonistes en France

Visions et autres excès

    Les adeptes du culte Antoiniste, fondé à Jemmapes (Belgique) par le célèbre magnétiseur, forgeron de métier, Antoine le Généreux, ont décidé il y a quelques mois d'élever un temple à Paris.
    L'Antoinisme compte en Belgique des centaines de milliers de prosélytes, dont beaucoup sont de bonne situation.
    Le chef de la secte, depuis la mort du fondateur, est une de ses parents, très âgée, appelé Antoine.
    Il y a quelques jours, elle a célébré l'inauguration du premier temple Antoiniste à Paris.
    Antoine et une centaine de fidèles sont venus de Belgique.
    Il y avait également de nombreux Antoinistes venus de différentes régions de France.
    Antoine, une fois l'église pleine, a ordonné la fermeture des portes.
    Elle est montée sur la chaire et s'est agenouillée.
    Elle était vêtue de noir, et ses longs cheveux blancs, qu'elle n'avait pas peignés, étaient drapés sur son cou et son dos.
    Elle a commencé à réciter certaines des prières qu'Antoine avait laissées.
    Puis elle se leva, et, étendant les bras et ouvrant grand les yeux, elle resta immobile.
    Au bout de quelques minutes, elle déclara qu'elle venait de voir Antoine parmi les nuages.
    D'autres antoinistes ont dit qu'ils n'avaient pas vu Antoine, mais qu'ils avaient vu un nuage blanc.
    Soudain, une femme de trente ans, originaire de Vichy, qui avait été emmenée dans une charrette, se lève et se met à crier :
    –Je suis paralysé depuis huit ans. Je viens d'être guéri.
    Et elle a commencé à sauter de joie.
    Trois autres personnes se sont mises à crier à leur tour :
    –Nous sommes guéris, nous sommes guéris.
    Il s'agissait de personnes prétendument souffrantes de maladies nerveuses.
    Il y a eu une grande agitation.
    On aurait dit une réunion de fous.
    Finalement, tout le monde s'est calmé et est parti.
    C'est ainsi qu'a commencé le culte antoiniste à Paris.

Journal espagnol, 21 novembre 1913

Le récit est très librement adapté d’autres articles français, comme celui du journal Le Voltaire.

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Nécrologie (dans l'Unitif n°11, de septembre 1911)

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Nécrologie (dans l'Unitif n°11, de septembre 1911)

NECROLOGIE

    Nous recevons la nouvelle de la mort et des funérailles de notre sœur Madame Jouy de Paris ainsi que les comptes rendus des obsèques de nos frères Meunier de Vichy, Frehis de Verviers et Lejeune de Jemeppe, dont les enterrements ont eu lieu dans le Culte antoiniste.
    Nous n'adresserons pas à leurs familles nos condoléances, mais bien notre amour et nos bonnes pensées.
    Notre Père a trouvé qu'on ne doit insérer dans le bulletin aucun compte rendu de funérailles :        il n'a d'autre but que d'exprimer les regrets et le découragement que le défunt laisse après lui, ce qui démontre plutôt un manque de foi, c'est désapprouver ce qu'il nous a enseigné par la Révélation.

l'Unitif n°11, de septembre 1911

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Présentation du Temple antoiniste de la Butte aux Cailles

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Ecocitoyen Paris Rive-Gauche - Charmes et secrets de la Butte-aux-Cailles - MAH00309

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Les Antoinistes à Paris (Excelsior, 25 octobre 1913)

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Les Antoinistes à Paris (Excelsior, 25 octobre 1913)

Les antoinistes à Paris.

     Si la mort du zouave Jacob creuse un vide dans les rangs des « guérisseurs » parisiens, ce vide va être abondamment comblé.
    En effet, c'est demain dimanche que sera inauguré, à Paris, à l'angle de la rue Vergniaud et de la rue Wurtz, le temple élevé par les antoinistes de la capitale.
    La « Mère », veuve du « Père » Antoine, décédé il y a un an environ à Jemmapes-lez-Liége, centre de la nouvelle secte, arrive aujourd'hui de Belgique, accompagnée de cinq ou six cents pèlerins d'outre-Meuse. Dimanche, elle procédera à l'inauguration du temple et opérera les malades qui se présenteront à elle à partir de dix heures du matin.

Excelsior, 25 octobre 1913

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Une curieuse cérémonie au temple antoiniste (La Liberté, 26 juin 1925)

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Une curieuse cérémonie au temple antoiniste (La Liberté, 26 juin 1925)

 L'ANNIVERSAIRE DU “ GRAND GUÉRISSEUR ”

 Une curieuse cérémonie
au temple antoiniste

     Les adeptes du culte antoiniste célébraient ce matin l'anniversaire de son fondateur, le Père Antoine, cet ouvrier mineur, presque illettré, que ses fidèles appellent le grand guérisseur de l'humanité. Ils étaient venus là, plus d'un millier, dans le lointain quartier de la Glacière, non pas seulement de Paris, mais des quatre coins de la France, réunis, malgré la pluie autour du petit temple de la rue Vergniaud, plus austère, plus modeste que la plus humble des églises de campagne. Hommes et femmes, en vêtements noirs, s'abordent en échangeant l'évangélique salutation : « Bonjour, frère. ­ – Bonjour, sœur », et se quittent en prononçant la formule d'adieu rituelle : « De bonnes pensées. »
    Nombreux sont les frères et les sœurs qui ont revêtu le costume des fidèles : longue lévite noire, boutonnée jusqu'en haut, chapeau de feutre dur, à la forme évasée, aux bords plats pour les hommes ; robe noire, sans ornement, voile de béguine pour les femmes. Tenue toute de simplicité, d'austérité, comme la doctrine.

Un enseignement d'amour

    Comment rendre intelligible, avec des mots, une telle doctrine qui professe pour l'intelligence et l'imagination, ces deux maîtresses d'erreur, le plus profond mépris ? Foi dans le libre arbitre, effort toujours plus sincère pour écouter la voix de la conscience, élans de l'âme, effusions, méditations, voilà ce que les antoinistes appellent leur culte, qui ne comporte ni pompes, ni liturgies, ni chants, ni prières rituelles. La nudité complète de leur temple symbolise ce dédain pour tout ce qui est extérieur, pour tout ce qui s'adresse aux sens. L'idée de Dieu, pour eux, doit demeurer tout intérieure, et ne s'exprimer par rien autre qu'un amour toujours plus actif et plus épuré.
    Sur les murs, des inscriptions le disent : « L'enseignement du Père Antoine est basé sur l'amour, la foi et le désintéressement. Nous ne sommes divisés que par l'intérêt. Un seul remède peut guérir l'humanité : la foi. C'est de la foi que naît l'amour, l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. Ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu, car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir. C'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »

Un cortège pacifique

    Tous parapluies ouverts, une procession silencieuse fait le tour du temple. En tête, porté par un frère, l'emblème du culte : l'arbre de la science de la vue du mal. Les fidèles suivent, sans mot dire, figures extatiques ou douloureuses, visages placides, enfants aux yeux graves. Les vagues et flottantes formules de l'enseignement du Père parlent-elles vraiment à ces esprits qui cherchent, plus encore que la vérité, une raison de croire et d'espérer, une consolation ?

La Liberté, 26 juin 1925

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