paris xiiie
60e anniversaire du 1er Temple de France (Jean-Luc Passerel-FaceBook)
source : image FaceBook de Jean-Luc Passerel
Temple antoiniste [34 rue Vergniaud, Paris, 13e]
Une cérémonie à l'Église antoiniste (L'Œuvre, 1er sept 1928)
LES PETITES RELIGIONS DE PARIS
Une cérémonie
à l'Eglise antoiniste
Tout près des quais, une rue toute par fumée de fruitiers. Une boutique comme les autres. A sa devanture qui fut claire, on croirait une crémerie. On entre, c'est tout noir.
Jamais église ne donne une pénombre semblable à celle qui habite cette petite pièce. Par une fenêtre, au fond, vient un jour si fatigué qu'il n'a pas la force de pénétrer. La nuit ici est chez elle.
Il y a des bancs bien alignés. Au fond, ayant seul le privilège d'une demi-portion de lumière, un pupitre surélevé comme une chaire de professeur. On dirait une salle d'école pour un cours du soir sans crédit.
Derrière le pupitre, il y avait une femme toute noire. Sur les bancs, il y en avait une autre, une seule toute noire aussi. Placée à contre-jour, on ne voyait pas le visage de celle qui était au pupitre et qui lisait. Et le jour n'atteignait pas la figure de celle qui était assise sur un banc et qui écoutait. On aurait dit que ces deux femmes recherchaient l'ombre, comme un uniforme.
Lorsque j'ai ouvert la porte, j'ai pensé tout d'abord me retirer pour ne pas troubler ce tête à tête de deux ombres. Mais celle qui lisait n'a pas interrompu sa lecture et celle qui écoutait n'a pas levé les yeux.
Je me suis assis sans qu'elles parussent s'apercevoir de ma présence. Au mur étaient inscrits des mots que je ne pus lire. Une sorte de réveil-matin placé sur une tablette marquait l'heure. Dans cette obscurité, étranger entre ces deux ombres, j'avais l'impression qu'il ne sonnerait que pour le jugement dernier. Je n'eus pas à attendre jusque-là. La grande aiguille avait fait à peine la moitié du tour du cadran que l'ombre qui lisait ferme son livre. L'ombre qui écoutait glissa vers la porte. Je me retrouvai dans la rue comme on revient à la vie.
Le service du soir, à la chapelle antoiniste de la rue des Grands-Augustins était terminé.
Si les Antoinistes ont à travers Paris des chapelles, ils ont une cathédrale où est révélée la vérité due à l'ouvrier Antoine. C'est au fond du 13e arrondissement, derrière la Glacière, au milieu d'un quartier où les maisons n'ont pas l'air d'être terminées. Un jardin sans fleurs précède l'église qui ne porte pas de croix. J'en ai fait lentement le tour. Derrière, une femme élégante sonnait à une porte basse : le presbytère, un presbytère sans gaité.
J'ai attendu l'heure de l'office. L'église antoiniste ne diffère guère de ses chapelles. Il y a les mêmes bancs et la même chaire de professeur. Mais, cette fois, c'est un homme qui l'occupait. Tout vêtu de noir. Il lisait lui aussi, d'une voix à côté de laquelle celle de l'ombre de la rue des Grands-Augustins paraissait céleste.
Et ici, si le jour était pauvre, il était honnête. Il permettait de lire les inscriptions murales : on pouvait en effet déchiffrer : « Culte antoiniste. L'auréole de la conscience. Un seul remède pour guérir l'humanité : La Foi. C'est de la Foi que naît l'amour. L'Enseignement du Père Antoine, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi. »
Ils étaient une quinzaine qui écoutaient muets et recueillis : des ouvriers aux vêtements bien brossés. Des femmes en cheveux. Je ne revis pas la silhouette coquette qui avait sonné à la porte du presbytère.
L'homme lisait toujours.
– Si nous disons que Dieu est notre père, disait-il, ajoutons que le Démon est notre mère qui nous nourrit de son sein et nous est utile. L'enfant n'appartient-il pas pour les trois-quarts à sa mère ? Nous sommes donc plutôt enfants du Démon ! S'il faut l'épreuve pour guérir le mal, ne devrions-nous pas adorer le démon dont l'amour nous fournit le moyen d'abréger nos souffrances ? »
Un lourd silence aggrava l'ombre. Puis on entendit :
– Mes frères, au nom du Père, merci. Dans le petit jardin maigre comme un square sans jardinier s'écoulèrent les fidèles aussi peu nombreux que ceux d'une messe du matin.
L'homme qui avait lu se coiffa alors d'un chapeau haut de forme. Car les Antoinistes, sont, avec les diplomates, les derniers qui aient conservé le culte du gibus.
Pierre Benard
L'Œuvre, 1er septembre 1928
Écho des Fêtes Antoinistes du 29 Juin 1913 (Le Fraterniste, 11 juillet 1913)
– du 29 Juin 1913 –
Nous insérions dans notre précédent numéro que nous tiendrions nos lecteurs au courant des fêtes qui viennent d'être organisées à Jemmeppe sur Meuse à l'occasion de l'anniversaire de la désincarnation du Père Antoine, survenue l'an dernier, le 25 juin.
Voici ce que rapporte à ce sujet l'un de nos confrères, qui a fait partie de ce nouveau pèlerinage :
Antoine, à qui son regard fulgurant et sa barbe de fleuve donnaient l'aspect d'un des anciens prophètes d'Israël, exerçait sur la plupart des gens qui l'approchaient un ascendant extraordinaire.
Il disait posséder la révélation de la vérité. Il passait pour opérer, par le seul pouvoir de sa volonté, des guérisons miraculeuses.
De tous côtés, de pauvres gens s'adressaient à lui pour obtenir, par son intervention puissante et mystérieuse, la fin ou l'adoucissement de leurs maux. Et le culte antoiniste compta des adeptes un peu partout...
Le 25 juin 1912, Antoine le Guérisseur se désincarnait.
Mais l'antoinisme ne mourut pas avec Antoine et le temple édifié à Jemeppe continue à être le centre d'un mouvement intense, centre où parviennent chaque jour, sous forme d'un courrier formidable, les plaintes et les vœux de l'humanité malheureuse.
C'est qu'Antoine avait pris là une précaution pour assurer la pérennité de son œuvre.
Quand il fut sur le point de mourir, il fit savoir à ses disciples que sa femme lui succéderait, qu'elle pourrait s'assimiler à son fluide éthéré et il la chargea de recueillir et de lui transmettre les désirs des antoinistes.
C'est en vertu de cette désignation que la veuve du guérisseur guérit à son tour.
Pour célébrer l'anniversaire de la désincarnation d'Antoine, celle qui fut sa femme conviait les antoinistes du monde entier à se rendre mercredi dernier, à Jemeppe-sur-Meuse : elle annonçait que les malades obtiendraient de grandes guérisons.
Les antoinistes vinrent au nombre de plusieurs milliers. La Belgique, les Pays-Bas, certaines provinces du Nord de la France fournirent le gros de cette armée. Paris, qui compte quatre ou cinq groupes antoinistes, avait, pour sa part, envoyé environ cent-cinquante pèlerins.
L'UNIFORME ANTOINISTE ....
Les plus zélés des Antoinistes suivent les recommandations du père Antoine à la lettre. C'est ainsi qu'ils s'imposent le port d'un costume dont le guérisseur fixa la couleur et la coupe : c'est, en serge noire, un vêtement qui réalise une manière de compromis entre la soutane des prêtres maronistes et la redingote de certains pasteurs américains ; comme coiffure, un « gibus », qui rappelle, avec moins d'ampleur, l'antique « bolivar » que nous pouvons voir, sur de vieilles gravures, couvrir le chef vénérable de nos arrière-grands-pères.
C'est Mère qui procède aux « opérations ». Les Antoinistes désignent ainsi les traitements psychiques de leur culte.
Les fidèles se tassèrent dans le temple. Dans le silence qui précède les grands événements, ils attendirent, regardant devant eux une tribune étroite et longue, sur le bord de laquelle étaient peint – blanc sur fond noir – l'arbre de la vie, symbole de l'Antoinisme. Devant la tribune principale, quelques mètres plus bas, une autre tribune plus petite.
Au bout d'une demi - heure d'attente, l'Antoiniste Deregnaucourt, celui-là même qui a fait le plus pour le nouveau culte, apparut sur la tribune la moins élevée et resta là, un gros moment, sans rien dire, en méditant profondément, les yeux perdus dans l'Espace. On dit même qu'à la mort de Mère, ce sera notre ami Deregnaucourt qui lui succèdera s'il est encore de ce monde (1).
Deregnaucourt attendit... L'assistance était haletante et recueillie. Seule, la béquille d'un infirme en tombant sur le plancher, troubla un instant le silence.
Mais soudain, on entendit le tintement aigrelet d'une sonnette. Tous les pèlerins se dressent d'un seul élan. C'est la Mère qui apparait. Elle est sur la tribune. Toute blanche dans ses vêtements noirs, elle regarde vers le plafond, en se tordant les poignets...
Cinq minutes, elle reste là, le regard fixe, les poings crispés... Puis, elle s'en va... C'est fini. Les fidèles se retirent.
C'est là l'opération annoncée… La mère dut la recommencer cinq fois, chaque fois devant cinq à six cents personnes.
Après les opérations, les Antoinistes ont fait un pieux pélerinage à travers le jardinet où, tout en repiquant ses salades et en échenillant ses choux, le père Antoine sentit naître sa vocation...
Les fêtes antoinistes ont recommencé hier. Les fidèles, en cortège, conduits par la Mère et le frère Deregnaucourt, ont fait le parcours que fit, il y a un an, la dépouille funèbre du guérisseur, de la maison au cimetière.
Quant aux guérisons obtenues, sans doute y en a-t-il, mais il faudrait ne voir tous ces pèlerins l'un après l'autre et les voilà dispersés… Dans tous les cas, on ne doute plus aujourd'hui des guérisons psychiques. Et, en somme, le culte Antoiniste est plus vivace que jamais...
J. B.
(1) Monsieur Pillault a eu l'occasion de s'entretenir à plusieurs reprises avec lui.
Le Fraterniste, 11 juillet 1913
Reprend en partie l'article paru dans Le Matin du 30 juin 1913.
La lecture ''antoiniste'' (La Liberté, 29 juillet 1934)
« TOI QUI VAS TES GUETRES TRAINANT »
La lecture "antoiniste"
C'est à l'angle des rues des Grands-Augustins et Christine.
Une pancarte, modeste, apprend aux passants qu'ils peuvent assister, tous les jeudis, à 19 h. 30, gratuitement, à une lecture de l'Enseignement du Père. Tout le monde y est admis. On entre par la rue des Grands-Augustins ; pour les renseignements concernant le culte « antoiniste », c'est à la porte de la rue Christine qu'il faut frapper – porte qui est celle du laboratoire d'un fabricant de produits chimiques.
La chapelle antoiniste est connue dans le quartier ; tous les gardiens de la paix de l'arrondissement vous l'indiqueront.
*
**
Vous entrez, presque de plain-pied, dans une salle rectangulaire propre ce comme une salle d'opération, aux murs gris jusqu'à mi-hauteur et blancs dans leur partie supérieure, meublée de quatre bancs et d'une chaire, pareille à celle des instituteurs, recouverte d'un sombre tapis vert. Aux murs, un œil de bœuf et quelques inscriptions encadrées, dont une sur fond bleu : « Le Père, le grand guérisseur de l'humanité pour celui qui a la foi. » Autres inscriptions : « On ne doit pas parler dans la salle », « Pour comprendre l'enseignement du Père, il faut pratiquer les lectures », « Tout adepte qui fait payer sa prière n'est plus d'accord avec la loi divine », « L'enseignement du Père est basé sur l'amour, la foi et le désintéressement. Nous ne sommes divises que par l'intérêt » ; au-dessus de la chaire : « L'arbre de la science de la vue du mal » et, sur un tableau noir, d'autres principes de l'enseignement du Père.
– Mais, me demandez-vous, de quel Père s'agit-il ? Je vous réponds : « Patience. »
Cinq personnes attendent, dans la pénombre et le silence, l'heure de la lecture : quatre femmes qui, pour attendre, ne trouvent pas d'autre attitude que celle que l'on a dans les églises avant la messe ; un homme à longue barbe et longue chevelure – c'est, apprendrons-nous, un musulman de grande culture, qui fréquente régulièrement cette salle dont l'atmosphère lui est agréable.
Les bruits du soir emplissent la rue. A l'intérieur, le silence.
Sept heures et demie. Le « servant » gagne la chaire. Il a passé, par-dessus son costume de ville, une façon de redingote noire boutonnée jusque sous le menton, qui lui arrive au-dessus du genou et lui donne l'air d'un quaker. Sa femme garde la porte, dans son costume de « servante » : longue robe noire et sur la tête, un de ces petits chapeaux comme en portent encore les vieilles femmes du Nord et que l'on appelle, je crois, des « capelines ».
*
**
Debout, le menton posé sur ses mains refermées, l'une recouvrant l'autre, le servant se recueille, prie.
Il lit maintenant, dans la pénombre toujours, et nous notons, mal, au passage, quelques phrases de la lecture du jour : « Je dis que la solidarité est le principe de la création... Nous ne pouvons nous améliorer que par l'épreuve, sans laquelle il n'est pas d'avancement et, pour ce, le contact de nos semblables est indispensable : voilà la solidarité...
La lecture terminée – elle dure un quart d'heure – tout le monde se retire.
*
**
– Mais qui est le Père ?...
C'est le « père Antoine », qui naquit à Mons-Crotteux dans la province de Liége, en 1846, de parents pauvres. Cadet de onze enfants, il accompagne tout jeune son père à la mine. Devenu ouvrier métallurgiste, il voyage en Allemagne et en Pologne... Il professe avec ferveur jusqu'en sa quarante-deuxième année, la religion catholique, s'applique à la pratique du spiritisme, puis, ayant enfin trouvé sa voie, crée en 1906 le Nouveau Spiritualisme. Il guérit ; aussi, ses adeptes l'appellent-ils « le guérisseur ». Il meurt en 1912, laissant une religion nouvelle que l'on enseigne, aujourd'hui, dans des temples. Le culte antoiniste compte trente-deux temples en Belgique, quatorze en France, dont deux à Paris : 34, rue Vergniaud et 49, rue du Pré-Saint-Gervais, – on en construit un à Saint-Etienne.
L'enseignement du Père Antoine est contenu en deux volumes que l'on ne peut vendre qu'aux personnes éloignées des centres de lecture. Il se résume en dix principes, dont ces quelques phrases vous donneront une idée : « Vous ne pouvez faire la morale à personne. Ce serait prouver que vous ne faites pas bien. Parce qu'elle ne s'enseigne pas par la parole, mais par l'exemple », « Ne dites jamais que vous faites la charité à quelqu'un qui vous semble dans la misère. Ce serait faire entendre que je suis un mauvais père. Si vous agissez envers votre semblable comme un véritable frère, vous ne faites la charité qu'à vous-mêmes », « Tâchez de vous pénétrer que la moindre souffrance est due à votre intelligence, qui veut toujours plus posséder ».
Ajoutons, avant de quitter la rue des Grands-Augustins, où je m'excuse de vous avoir retenu si longtemps, que le père Antoine a admis et développé la doctrine consolante, autant que chimérique, des incarnations successives.
Marius RICHARD.
La Liberté, 29 juillet 1934
Michel Dansel - Paris secret (2017)
Auteur : Michel Dansel
Titre : Paris secret
Éditions : Robert Laffont – Collection Bouquins, 2017 (1056 pages)
Chaque lieu emblématique ou endroit méconnu de Paris est ainsi raconté et révélé sous son aspect légendaire et anecdotique, loin des vérités de l'histoire officielle. La manière à la fois la plus instructive et la plus divertissante qui soit de nous faire découvrir les secrets d'une cité aux trésors inépuisables.
https://www.lisez.com/livre-grand-format/paris-secret/9782221115213
Un culte bien discret
Là où se télescopent la rue Vergniaud et la rue Wurtz se dresse une chapelle lactescente au fronton de laquelle on peut lire : « 1913 culte Antoiniste », Rares sont les personnes qui savent à quoi correspond ce culte d'une exemplaire discrétion.
Pour prendre connaissance de ce que peut bien être la ligne de force de la philosophie qui est représentée dans le temple, il suffit de pénétrer dans la chapelle, à l'intérieur de laquelle le silence absolu est de rigueur, et de lire un texte mis à la disposition des visiteurs :
Celui qui vient au culte vient seulement pour trouver le chemin qui l'aidera à sortir de ses épreuves, tout en gardant sa religion, son milieu, ses habitudes selon sa conscience. Celui qui vient au culte et qui veut témoigner sa reconnaissance peut, dans cette intention, faire connaître l'auvre auprès des personnes qui n'ont plus de soutien moral ou qui ont perdu espoir dans les résultats de la science. Le but du culte n'est pas de convertir, mais simplement de consoler, de guérir par la foi. C'est l'auvre moderne de liberté et de charité morale où tous indistinctement peuvent puiser la force morale nécessaire à leur âme. Il n'y a pas de quête, ni d'offrande. Les temples sont construits avec les dons anonymes inspirés par la foi et le désintéressement.
En 1995, dans un rapport parlementaire, une équipe de sociologues et différents spécialistes de la lutte contre les sectes ont déclaré que l'antoinisme était étranger à toute dérive sectaire. Ce moyen de défense est souvent le bouclier verbal de bien des groupements, temples ou Églises, mais à l'évidence l'antoinisme n'est pas une secte. Car une secte, si l'on se replonge dans la première acception du terme, n'est rien d'autre qu'une religion qui n'est pas parvenue à s'imposer. Au départ, le catholicisme n'était-il pas considéré comme une secte ? Ce qui ne l'empêcha pas, après avoir été reconnu comme une religion, d'ostraciser et de persécuter les protestants au nom de leur vérité spirituelle. Quant aux cathares, accusés de déviance spirituelle, ils ont subi les pires atrocités (tortures, mutilations, mises à mort...).
Toutefois, comme l'antoinisme, mouvement fondé en 1910 par le Belge de Wallonie Louis-Joseph Antoine (1846-1912), incorpore dans sa dimension chrétienne un universalisme qui prend en compte, notamment, la réincarnation et la guérison, il lui est indispensable, pour se démarquer d'un mouvement sectaire, de se bien prémunir :
Le culte ne va pas sur le terrain de la science, notamment n'établit aucun diagnostic, ne conseille ni ne déconseille un médicament, ni une opération chirurgicale, ne fait ni passe, ni imposition des mains, ni prédiction d'avenir.
Sur la notion de guérison au sens antoiniste du terme, l'éminent sociologue, ancien maître de conférences en psychologie sociale et spécialiste des sectes Régis Dericquebourg porte un regard lucide et généreux dans Syzygy1 :
Le traitement antoiniste repose sur plusieurs éléments communs à toute forme de thérapie psychologique : une demande provoquée par une souffrance ou une détresse, une relation teintée d'espoir avec un thérapeute reconnu par un groupe, une théorie de la maladie et du traitement qui ne peut être mise en cause par l'échec éventuel de la thérapie, une valorisation du patient et la mise en place de nouvelles conduites et de nouvelles attitudes sociales. Plus spécifiquement, la thérapie antoiniste qui repose sur la prière apparaît comme une médiation avec une force surnaturelle. Celle-ci est symbolisée par un fluide qui est un agent curatif et régénérateur.
Une question se pose : existe-t-il un grain de cousinage entre l'antoinisme et le spiritisme ? Puisque dans cet ouvrage il est prioritairement question de certains aspects secrets ou tamisés de Paris, pour tenter d'apporter une réponse à la question posée, un constat s'impose. Entre les années 1970 et 1980, plusieurs disciples d'Allan Kardec (18041869), le premier théoricien du spiritisme, se retrouvaient le dimanche matin, costumés de noir, dans l'arrière-salle d'un café de la rue de Tolbiac, à proximité du temple du 34 de la rue Vergniaud, avant de se rendre à cette chapelle du culte antoiniste.
C'est peut-être parce que certaines personnes ont cru qu'il existait une passerelle entre l'antoinisme et le spiritisme que le culte fondé par Louis-Joseph Antoine est considéré par certains comme une secte. Toutefois, au risque de décevoir les adeptes de Cartèse (les cartésiens !), je n'ai jamais considéré le spiritisme comme une secte mais comme l'une des branches du paranormal, de la communication supposée avec des esprits. D'ailleurs, rien de patent, de scientifiquement contrôlable ne peut démontrer le contraire. Nous nous trouvons ici dans le schéma de croyance contre croyance.
(1) « La théorie spirituelle antoiniste », Syzygy, Center for Academic Publication, Stanford University Branch, hiver-printemps 1993, t. II, nos 1-2.
[…]
Le culte antoiniste, dont nous avons parlé plus haut dans le chapitre « Un culte bien discret », appartient à cette géographie des croyances qu'il serait regrettable de traiter par le mépris :
• le temple antoiniste, à l'angle de la rue Vergniaud et de la rue Wurtz.
Source : Google Books
Eglise antoiniste (Les Sociétés Secrètes de Paris, Pierre Geyraud)
(Photo issue de Marianne du 6 janvier 1937)
Fraternelles de Paris de l'Institut général de Psychosie
Plusieurs Fraternelles de l'Institut général de Psychosie ont existé à Paris :
Fraternelle n°11 de Paris (Le Fraterniste, 12 septembre 1912)
Fraternelle n°11 de Paris (Le Fraterniste, 19 septembre 1912)
Le Fraterniste évoque encore la Fraternelle n°32 de Paris.
Fraternelle n°48 de Paris (Le Fraterniste, 2 mai 1913)
Inauguration du Temple à Paris (Annales des sciences psychiques, v23, 1913)
On vient d'inaugurer un temple du culte Antoiniste à Paris. C'est un édifice assez simple, affectant à l'extérieur comme à l'intérieur l'aspect d'une chapelle catholique ; il se trouve rue Vergniaud, non loin de la Place d'Italie. La cérémonie, présidée par Mme veuve Antoine, a été très courte et très simple. Beaucoup de malades étaient accourus au temple à cette occasion. - Il y a en Belgique cinq de ces temples.
Annales des sciences psychiques, v23, 1913


![Temple antoiniste [34 rue Vergniaud, Paris, 13e][photographie de presse][Agence Rol](gallica)](https://ekladata.com/PpGv2Ez0phEoPvXZbeB-7N0mvCg@500x712.jpg)










/image%2F0655110%2F20241209%2Fob_2e1b1c_arbre-sans.png)