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Acte de décès de Martin ANTOINE le 10 mai 1893

Publié le par antoiniste

Acte de décès de Martin ANTOINE le 10 mai 1893

DÉCÈS de Antoine Martin, matin du 10 mai

L’AN MIL HUIT CENT QUATRE VINGT treize, le dixième jour du mois de mai à quatre heures de relevée pardevant nous Pierre Jacquemin, Bourgmestre, officier public de l’état civil de la commune de Flémalle Grande arrondissement de Liége, Province de Liége ont comparu Antoine Eloy, houilleur, âgé de cinquante deux ans domicilié à Mons, et Edouard Lebrun, instituteur, âgé de quarante deux ans, domicilié à Flémalle Grande, le premier fils du défunt ci-après dénommé lesquels nous ont déclaré que aujourd’hui à deux heures du matin est décédé en cette commune Antoine Martin, ancien houilleur, âgé de nonante cinq ans, né et domicilié en cette commune, époux de Marie Catherine Castille, ménagère, âgée de nonante six ans, au même domicile, et après avoir donné lecture du présent acte aux comparants le premier a dit ne savoir signé, le second a signé avec nous. (suivent les signatures).

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Acte de décès de Catherine CASTILLE le 21 fév 1894

Publié le par antoiniste

Acte de décès de Catherine CASTILLE le 21 fév 1894

DÉCÈS de Castille Marie-Catherine, veuve de Antoine Martin du 21 fév.

L’AN MIL HUIT CENT QUATRE VINGT quatorze le vingt et unième jour du mois de février à onze heures du matin pardevant nous Pierre Jacquemin, Bourgmestre, officier public de l’état civil de la commune de Flémalle Grande, arrondissement judiciaire de Liége, Province de Liége ont comparu Eloy Martin, houilleur, âgé de cinquante trois ans, domicilié à Mons et Edouard Lebrun, instituteur, âgé de quarante trois ans, domicilié à Flémalle Grande, le premier fils de la défunte ci-après dénommée lesquels nous ont déclaré que aujourd’hui à deux heures du matin est décédée en cette commune Marie Catherine Castille, sans profession, âgée de nonante sept ans, née à Seraing, domiciliée à Flémalle Grande, fille de Madeleine Castille, décédée ; veuve de Martin Antoine, et après avoir donné lecture du présent acte aux comparants ils ont signé avec nous. (suivent les signatures, dont celle hésitante d'Eloy Antoine).

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signature de Louis Antoine

Publié le par antoiniste

signature de Louis Antoine (Acte décès fils Antoine (in Actes naissance 1894)(search.arch.be))

dans l'Acte de décès de son fils, Louis-Martin-Joseph Antoine
(in Actes naissance 1894)(search.arch.be))

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Signature de Louis Antoine

Publié le par antoiniste

Signature de Louis Antoine

Signature d'Antoine (janvier 1907)
in Signature de Louis Antoine Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme (1934), p.143

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Biographie de Louis Antoine (Biographie nationale-1969)

Publié le par antoiniste

BIOGRAPHIE NATIONALE

PUBLIÉE PAR

L'ACADÉMIE ROYALE

DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS

DE BELGIQUE

TOME TRENTE-CINQUIÈME

SUPPLÉMENT

TOME VII (FASCICULE 1«)

ADREANTTUS — HUBERT

BRUXELLES, 1969

 

 

ANTOINE (Louis-Joseph), dit ANTOINE LE GUÉRISSEUR, fondateur d'un culte, né le 7 juin 1846, au hameau de Mons-lez-Liège, rue des Priesses, au lieu-dit «A la Chapelle» sur la commune de Flémalle-Grande, d'Antoine Martin, houilleur, et de Castille Catherine ; décédé à Jemeppe le 25 juin 1912. Louis Antoine est le cadet de huit (d'aucuns disent onze) enfants. Ses parents étaient, comme on dit, pauvres et honnêtes ; la mère, connue pour sa piété (catholique) et son esprit de charité.

Antoine suit les cours de l'école primaire de son hameau. Lors de son inscription pour la milice, en 1866, il sera noté comme sachant lire, écrire et calculer. Dès douze ans, il doit gagner sa vie et il descend dans la fosse avec son père et un frère aîné, mais après deux ans de ce régime, une maladie d'estomac l'oblige à changer de métier.

En 1866, après avoir satisfait au service militaire, il est machiniste ; en 1873, marteleur. Cependant, dans la même année, il opère des encaissements pour le compte d'une compagnie d'assurances, l'Union de Paris. Sa culture dépasse celle d'un ouvrier de l'époque. D'autre part, d'après des souvenirs peut-être légendaires, sa piété d'enfant persiste malgré son âge. Accoutumé très tôt à la prière, il la pratique déjà dans des formes personnelles. Comme il le déclare plus tard, sa prière a été très tôt un véritable « dialogue avec Dieu ».

En 1870, Antoine est rappelé sous les armes au moment de la guerre franco-allemande. Au cours d'une manœuvre, son fusil chargé part tout seul et sa balle tue un soldat. La douceur d'Antoine est trop notoire pour qu'il soit inquiété mais le souvenir de ce drame va longtemps le hanter.

En 1873, les Usines Cockerill envoient Antoine à sa filiale de Ruhrort, en Prusse rhénane. Le 15 avril, il épouse Jeanne-Catherine Collon et les jeunes époux se fixent à Meiderich-Hamborn, près de Ruhrort, où leur naît un fils.

Cependant, Antoine que tourmente un désir d'indépendance, quitte la Prusse en 1876 et tente, à Jemeppe (Liège), de créer un commerce de légumes qui ne réussit pas.

En 1879, il se fait engager par un ingénieur belge, comme chef-marteleur, aux Aciéries de Pragua, près de Varsovie. Il entre en contact avec des ouvriers plus cultivés que lui et, par eux, prend goût à la lecture d'ouvrages de vulgarisation scientifique. La médecine va l'intéresser spécialement. D'autre part, son sens social, sa bonté native sont profondément émus par le spectacle d'une émeute ouvrière, réprimée férocement par la soldatesque impériale russe.

Entretemps sa femme a ouvert une modeste pension pour travailleurs, dont les gains appréciables vont s'ajouter au salaire élevé du chef-marteleur. De retour en Belgique vers 1892, les économies, réalisées en Pologne, vont permettre aux Antoine de faire bâtir à Jemeppe une vingtaine de maisons ouvrières « assez confortables », selon un rapport de la police locale. Aux rentes que lui procurent ses maisons, Antoine va apporter un salaire de portier et d'encaisseur aux Laminoirs De Lexhy, à Jemeppe.

Nous sommes en 1885, Antoine a trente-neuf ans et la vie matérielle de son ménage est assurée. En paix avec un sens pratique qui ne l'abandonnera jamais, il peut s'adonner librement à une vie spirituelle à laquelle sa pieuse enfance le prédispose.

En Pologne, nous avons vu qu'il avait lu beaucoup, sous l'influence de camarades de travail. N'aurait-il pas rencontré de ces esprits illuminés qui abondent en Russie et aux alentours, et qui l'auraient initié à la doctrine des Doukhobores (Lutteurs de l'Esprit) ? Certains biographes l'ont proposé (Debouxhtay, p. 49). Ceux-là croyaient à une voix intérieure, selon laquelle chaque homme se dirigeait ; ils niaient aussi le péché originel. De telles croyances apparaissent proches de celles qui vont orienter la pensée d'Antoine.

C'est d'abord vers le spiritisme que celle-ci se dirige, et ce, dès 1879.

Le spiritisme, depuis le milieu du XIXe siècle rencontre un grand succès dans la région liégeoise. La ville de Liège fut appelée un jour « le boulevard du spiritisme » (Debouxhtay, p. 26). De 1884 à 1887, Antoine fréquente des séances de spiritisme, sans cependant cesser de pratiquer la religion catholique. Il se détache de celle-ci en 1887. Il perd le fils, né en Pologne, et le fait enterrer suivant le rite spirite, en 1893. Cette mort stimule sa foi nouvelle. Ne lui apporte-t-elle pas en effet la perspective de pouvoir s'entretenir avec l'âme du défunt ? Combien de grands esprits n'ont-ils pas été tentés par une technique, qui se prétendait scientifique, et par laquelle on était mis en rapport avec les disparus ? Comme on sait, les spirites affirment que l'âme humaine participe d'un fluide universel dérivant de Dieu. Avant d'atteindre à la perfection, l'âme passe par diverses incarnations, croissances et désincarnations. Après la mort, l'âme encore imparfaite, attendant une réincarnation, est retenue captive dans une zone intermédiaire entre la terre et le ciel. C'est à ce moment que, par une technique appropriée et par le truchement d'humains prédestinés, les médiums, il est possible d'entrer en rapport avec les défunts.

Converti au spiritisme, Antoine, homme d'action, devient aussitôt agissant. Après des débuts difficiles, dus à son inexpérience comme à celle de ceux qui se groupent autour de lui, Antoine crée la société « Les Vignerons du Seigneur », nom rappelant que jadis, le pays de Liège produisait du vin. Mais celui qu'Antoine et les siens offrent, est purement spirituel. Il publie, en 1896, un Petit Catéchisme spirite et y donne déjà priorité à l'enseignement moral sur la partie expérimentale. Celle-ci du reste lui donne des déboires qui ne seront pas sans influence sur la désaffection future d'Antoine pour le spiritisme.

Cependant son succès est déjà grand car Antoine a commencé aussi une carrière de guérisseur.

Le local de Jemeppe où se réunissent les Vignerons est devenu trop petit. Des centaines de personnes s'y retrouvent et Antoine, qui a abandonné toute autre activité, achète, en 1900, un nouvel immeuble, au coin de la rue des Tomballes et du Bois-du-Mont où est le temple antoiniste d'aujourd'hui.

Mais le local n'est pas encore inauguré que la justice, émue par les activités du guérisseur, a envoyé le Parquet procéder sur place à une information.

C'est sur la base des rapports établis à cette époque par les experts du Parquet que l'on se rend le mieux compte de la véritable nature des procédés employés par Antoine pour pratiquer la médecine. Les médecins qui les ont rédigés ne sont suspects ni d'enthousiasme, ni d'hostilité. Nous avons là des documents dépourvus de tous préjugés, des documents de valeur historique indéniable.

Voici un résumé des rapports de MM. Louis Lenger et Gabriel Corin (Debouxhtay, p. 70 à 90) : Antoine ne nie pas pratiquer l'art de guérir. C'est vers 1888 qu'il s'est rendu compte qu'il possédait à la fois le don de diagnostiquer les maladies et le pouvoir de les guérir. Pour opérer, il pose les mains sur le front du malade et une sensation spéciale l'avertit du siège du mal. « Ses mains » quittent le front du patient pour « aller se fixer sur l'endroit malade ». Mais — et Antoine y insiste fortement — si le malade n'est pas en communion d'idées avec lui, s'il n'a pas foi en lui, Antoine sent un « fluide contraire » et n'arrivera pas à formuler son diagnostic.

Celui-ci sera de toute simplicité : constipation ou le contraire, dépôt de bile dans l'estomac, impureté du sang, névralgie, douleur du ventre ou du bassin... Comme Antoine n'est pas médecin, il se défend de donner aux maladies des noms empruntés à la nomenclature médicale ; il les découvre et les chasse de leur siège par des procédés personnels. Son fluide lui permet de réussir des cures merveilleuses et pourtant il croit nécessaire d'avoir recours encore à des remèdes matériels tels que des thés contre la constipation, des pilules et la liqueur Koene (Debouxhtay, p. 300), remèdes anodins auxquels il ajoute l'eau magnétisée qui s'obtient en y trempant des feuilles de papier blanc manipulées par le guérisseur. Elles peuvent aussi servir d'emplâtre (Debouxhtay, p. 81, 82).

La foi des malades en les vertus d'Antoine est si grande que lorsqu'il lui est interdit d'ordonner tout remède, l'eau d'un robinet, placé à l'entrée de la salle de consultation, et destinée à désaltérer les visiteurs, se voit attribuer des vertus thérapeutiques ! Et les gens, d'en recueillir des bouteilles... !

L'enquête du Parquet est suivie d'un procès en correctionnelle. Antoine, accompagné par un cortège de malades, comparaît le 19 février 1901. Il est condamné à 60 francs d'amende avec un sursis de deux ans et cette condamnation ne sert qu'à multiplier le nombre de ceux qui auront confiance en lui. Le martyre est une auréole.

L'action de la justice a un autre effet. Acculé à ne plus guérir que par les voies spirituelles, Antoine va développer sa méthode : guérir les plaies du corps au moyen de la guérison des plaies de l'âme. Le jugement de correctionnelle le conduit à formuler une religion.

Pour le moment, Antoine est toujours spirite. Mais peu à peu, les séances de communications avec l'au-delà changent de caractère et le côté enseignement d'une morale souveraine y prend une telle importance, que des spirites parleront de schisme.

Sans insister sur la présence, quelquefois, de faux médiums qui ont cherché à nuire à Antoine, par de fausses communications de l'au-delà, il y a lieu de reconnaître que la mediumnité, c'est-à-dire la faculté d'entrer en communication avec les âmes des morts, n'a jamais été le fort d'Antoine. Peut-être devons-nous l'attribuer à un certain bon sens réaliste du guérisseur, ce bon sens qui, à côté de la foi en son propre fluide souverain, lui donnait les moyens de gérer ses petites affaires en bon bourgeois préoccupé de ses intérêts. Ce souci cependant n'entre jamais en conflit avec la générosité de son cœur et son esprit de charité. Le procès de 1901 met en lumière son désintéressement absolu. Combien de fois donnait-il à ses malades le prix des humbles médicaments qu'il leur recommandait d'acheter !

En 1906, la séparation d'Antoine avec le spiritisme sera un fait accompli. Il crée une nouvelle religion, le Nouveau Spiritualisme. La secte aura ses temples, ses ministres, ses emblèmes religieux, ses exercices rituels et ses livres sacrés. Antoine ne vise à rien moins qu'à remplacer le christianisme et, naïvement, il écrit : « Depuis deux mille ans, l'humanité s'est bien développée intellectuellement et le temps est venu de lui donner une nourriture plus rationnelle ». Il publie une revue, l'Auréole de la Conscience (1907-1909), dont les Livres sacrés de l'Antoinisme ne seront qu'une réédition plus étendue, parfois avec des modifications qui troublent ses adeptes. Mais Antoine leur répond que la pensée peut varier et qu'il y a mérite à changer d'avis quand on croit qu'on s'est trompé. Ses auditeurs semblent avoir été satisfaits par cette casuistique, qui, une fois de plus, témoigne du bon sens d'Antoine coexistant avec son illuminisme.

Le Nouveau Spiritualisme se proclame par un texte inscrit dans tous les temples antoinistes : « Un seul remède peut guérir l'humanité : La Foi ; c'est de la foi que naît l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité » (Debouxhtay, p. 188, 189).

Ce texte, vague mais plein de tendresse, prête à des commentaires aussi vagues mais conformes à cet esprit fraternel qui anime Antoine toute sa vie et qui commande le respect.

Les gens ne s'y trompent pas et le nombre des visiteurs d'Antoine, malades, adhérents, sympathisants, ira en croissant. Ils le suivront après ce qu'ils nommeront, suivant encore un vocabulaire spirite, sa « désincarnation ».

Cependant, en 1907, une fois encore, Antoine et un de ses disciples, qui s'est découvert des vertus de guérisseur, sont dénoncés et passent en justice. En première instance comme en appel, les prévenus sont acquittés. La pureté des intentions, le vœu profond d'altruisme d'Antoine éclatent aux yeux ; les magistrats et, au premier rang, l'avocat général, se montrent compréhensifs du phénomène qu'ils ont à juger.

Ce procès, le dernier, se termine en apothéose pour Antoine et ses disciples. La progression du nombre de ses visiteurs est impressionnante : par jour et en moyenne : en 1900, 60 ; en 1901, 115 ; en 1905, 300 ; en 1907, 400 ; en 1910, de 500 à 1.200 sans compter une immense correspondance, écho des misères humaines ; il y répond toujours.

Mais Antoine est débordé. Le 2 mai 1909, il cesse son enseignement public. Un adepte fera la lecture des préceptes de la nouvelle religion. A partir du 15 août 1910, Antoine se décide à ne plus recevoir ses malades en particulier. Il pratiquera ce que les antoinistes nomment des o opérations générales » les jours fériés, sauf le dimanche, et les 1ers et 15 de chaque mois. Cet horaire bientôt sera insuffisant et l'opération aura lieu quatre fois la semaine.

Depuis septembre 1911, la secte possède un journal (36 numéros jusqu'en 1914), l'Unitif (qui unit en Dieu). On y lit, à propos de la méthode nouvelle du guérisseur, qu'elle manifeste mieux la grandeur de son pouvoir : « La Foi en lui, seule, suffit pour obtenir satisfaction ». Une personne, animée profondément de cette foi, peut même le remplacer.

L'ouverture du Temple, à Jemeppe, le 15 août 1910, marque l'affirmation de la religion antoiniste et l'avènement de son culte.

L'apôtre, cependant, touche aux limites de ses forces et se voit obligé de paraître moins souvent en public ; sa femme commence à le remplacer. Mais lui vit en reclus, se nourrissant de fruits et de légumes. Il faut lire dans Debouxhtay (p. 212 et suiv.) la description de l'une de ses dernières séances. Dans le Temple sont assemblées un bon millier de personnes silencieuses. Le local est une grande salle froide et nue éclairée par trois fenêtres ogivales et la toiture vitrée. La tribune du fond est accessible par un escalier de douze marches et une porte communiquant avec la demeure d'Antoine. C'est par là qu'il apparaît. Une photographie (Debouxhtay, frontispice) le montre revêtu d'un long manteau noir, d'allure ecclésiastique, étendant la main droite, la paume tournée vers le sol. Sa chevelure, sa barbe et sa moustache, très longues et épaisses, font penser à celles qu'on voit aux saints dans les icônes russes. De ses yeux doux et tristes, jaillit un regard pénétrant (même « fulgurant » selon des témoignages). Du milieu de la tribune il dirige ses yeux vers la voûte, les mains jointes, se serrant comme en amitié. Il lève les bras, les mains se séparent mais les bras restent levés (« comme ceux du prêtre à la messe, au moment de la lecture des diptyques »). Bientôt la main droite s'abaisse pour répandre « les fluides » sur la foule. C'est l'acte essentiel de la cérémonie, et Antoine se retire.

Dans la nuit du 24 au 25 juin 1912, frappé d'apoplexie, le guérisseur rentre « dans le fluide éthéré de l'amour divin» (Unitif).

Le 30 juin, dix mille personnes assistent à la mise en terre dans la fosse commune après lecture de l'avant-propos de l'Enseignement.

Plus tard, en dépit de certains adeptes qui voyaient dans l'estime accordée à la dépouille mortelle un geste incompatible avec leur doctrine, les préposés au culte antoiniste ont obtenu la concession de l'endroit où repose le Fondateur.

L'antoinisme survit à celui-ci. Debouxhtay (p. 316 à 318) dénombre les temples existants en 1934. Ils sont vingt-deux en Belgique dont un seul à Schoten (Anvers), en pays flamand ; quinze en France, dont deux à Paris.

Nous devons à M. Godaert, desservant du temple de Schoten un aspect de la situation actuelle (1968). « Il y a actuellement 55 temples antoinistes et 150 salles de lecture qui sont les embryons de futurs temples, en Belgique, France, Hollande, Suisse, Italie, Brésil, États-Unis, Angleterre, Luxembourg, etc. » (Feuille de propagande éditée en France, sans date). Cette feuille rappelle encore que le culte antoiniste est seulement une œuvre morale qui se développe parallèlement aux autres mouvements religieux. Culte public, ouvert à tous gratuitement, œuvre de dévouement où personne n'est payé. Celui qui vient au Culte, vient seulement pour trouver le chemin qui l'aidera à sortir de ses épreuves, tout en gardant sa religion, son milieu, ses habitudes, selon sa conscience. Le but du Culte n'est pas de convertir, mais simplement de consoler, de guérir par la Foi.

Une note souligne encore, comme en réponse à ceux qui pourraient reprocher aux Antoinistes des guérisons, comme du vivant du Père : « Le Culte ne va pas sur le terrain de la Science, notamment n'établit aucun diagnostic, ne conseille ni ne déconseille un médicament ni une opération chirurgicale, ne fait ni passe, ni imposition des mains, ni prédiction d'avenir ».

Travaux d'Antoine ou attribués à lui :

Petit Catéchisme Spirite publié par la Société spirite Les Vignerons du Seigneur de Jemeppe-sur-Meuse , Liège, Donnay frères et sœurs, 1896, 40 p. ; Revue mensuelle de l'Enseignement du nouveau Spiritualisme — L'Auréole de la Conscience (mai 1907- avril 1909), Jemeppe-sur-Meuse, Deregnaucourt F. ; Révélation, Jemeppe, Deregnaucourt F., 1910. Cet ouvrage, le premier des Livres sacrés de l'Antoinisme, contient la biographie d'Antoine, les Dix Principes (de l'Antoinisme) et la Révélation, 195 p. ; Couronnement, Jemeppe, Deregnaucourt F., 1911, 80 p. ; Développement de l'Enseignement (ou Fragments de l'Enseignement) révélé par Antoine le Guérisseur, Jemeppe, Deregnaucourt, F., 1911, 40 p. ; L'Unitif, revue mensuelle du culte antoiniste (septembre 1911-août 1914), Jemeppe, Deregnaucourt F.

Henri Lavachery.

P. Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, Liège, Gothier, 1934, bibliographie. — R. Vivier, Délivrez-nous du Mal, Paris, Grasset, 1936, Vie romancée, l'œuvre d'un poète.

 

Il y a lieu de payer ici un juste tribut de reconnaissance au révérend Frère Godaert, desservant du temple antoiniste de Schoten, 18, Frans De Ceusterlei, qui a bien voulu mettre à la disposition de l'auteur plusieurs rares et précieuses publications dues à Antoine et à ses disciples.

 

http://www.academieroyale.be/Academie/documents/FichierPDFBiographieNationaleTome2094.pdf

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écritures de Louis Antoine et de Jeanne Collon-Antoine

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signatures de Louis Antoine et de Jeanne Collon-Antoine 

dans l'Acte de Mariage

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Acte de mariage de Louis Antoine et Catherine Collon, 15 avril 1873

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Acte de mariage de Louis Antoine et Catherine Collon

page 1

Acte de mariage de Louis Antoine et Catherine Collon

page 2

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L’an Mil huit cent septante trois, le quinze avril, à cinq heures du soir, par devant nous Edmond Goffert, échevin, officier public de l’état civil de la commune de Jemeppe, canton de Hollogne-aux-Pierres, arrondissement et province de Liége sont comparus en notre Hôtel communal et publiquement
Antoine Louis Joseph, marteleur, domicilié à Flémalle Grande, y né le huit Juin mil huit cent quarante six, comme il conste de son acte de naissance, fils majeur légitime de Antoine Martin, sans profession, et de Castille Catherine, ménagère, conjoints au même domicile, ici présents et consentants ; lequel nous a justifié d’avoir satisfait à ses obligations sur la Milice Nationale, conformément au vœu de la loi du trois juin mil huit cent septante, et
Collon Jeanne Catherine, journalière, domiciliée à Jemeppe, y née le vingt six Mai mil huit cent cinquante, comme il en conste de son acte de naissance, fille majeure légitime de Collon Denis, sans profession et de Masillon Marie Josèphe, ménagère, conjoints au même domicile, ici présents et consentants ; lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du Mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites en cette commune et en celle de Flémalle Grande, les dimanches trente Mars dernier et six Avril courant, à dix heures du matin, suivant la loi, sans opposition. Obtempérant à leur requisition, après avoir donné lecture des pièces précédemment indiquées, lesquelles resteront annexées au présent acte et du Chapitre VI du Code Civil intitulé Du Mariage, nous avons demandé au futur époux et à la future épouse successivement s’ils veulent se prendre pour mari et pour femme, chacun d’eux ayant répondu séparément et affirmativement, déclarons au nom de la Loi que Antoine Louis Joseph et Collon Jeanne Catherine sont unis par le mariage. De tout quoi avons dressé acte en présence de Antoine Jean Joseph, houilleur, âgé de quarante six ans, domicilié à Saint-Nicolas (Liége), de Antoine Eloy, houilleur, âgé de trente trois ans, domicilié á Mons (Liége), frères de l’époux, de Bailly Nicolas, houilleur, âgé de trente cinq ans, beau-frère de l’épouse, domicilié à Jemeppe, et de Godelaine Mathieu, houilleur, âgé de trente deux ans, domicilié à Flémalle Grande et non parent des parties contractantes. Lecture faite, les comparants ont signé avec nous, à l’exception des auteurs des époux et du témoin Godelaine qui ont déclaré ne savoir écrire.

(suivent les signatures).

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Dictionnaire des Wallons - L.-J. Antoine

Publié le par antoiniste

Dictionnaire des Wallons - L.-J. Antoine

Louis-Joseph Antoine

Mons-Crotteux 7/06/1846, Jemeppe-sur-Meuse 25/06/1912

Comme nombre d’enfants wallons de sa génération, Louis Joseph Antoine se retrouve à travailler à la mine dès l’âge de 12 ans. Ouvrier métallurgiste (1860), il se marie en 1873, part s’installer en Allemagne, puis à Varsovie avant de rentrer définitivement à Liège (1884), fortune faite.

À Jemeppe-sur-Meuse, la famille Antoine fait bâtir une vingtaine de maisons ouvrières qui sont mises sur le marché de la location. C’est à cette époque que L-J. Antoine est attiré par le spiritisme. À la mort de son fils (1893), il contribue à la fondation de la Société Spirite des Vignerons du Seigneur qui édite deux ouvrages : le Petit catéchisme spirite et Le Devoir, et ouvre un local (25 décembre 1900).

Convaincu d’avoir une mission de guérisseur, Louis Antoine reçoit des dizaines de malades par jour avec lesquels il pratique le magnétisme et la prière. Ses conseils en matière de médications font l’objet d’un procès pour pratique illégale de la médecine (1901). « Son activité de thérapeute, sa doctrine, vague syncrétisme, fait d’aspirations morales et mystiques, l’accent qu’il met sur la solidarité et la tolérance, lui attirent de nombreux adeptes d’origine populaire ».

Délaissant la doctrine spirite, Antoine fonde le Nouveau Spiritualisme (1906) qui lui vaut un nouveau procès (fondé sur la même cause) mais qui débouche sur un non-lieu : Antoine est parvenu à convaincre qu’il soigne l’âme et non le corps. Retiré pendant six mois pour rédiger la première version du Couronnement de l’Œuvre Révélée (1906), il se consacre essentiellement à son pouvoir de guérisseur.

Phénomène wallon, l’Antoinisme se poursuit après la mort du Père Antoine. Certains auteurs avancent le chiffre de 100.000 adeptes dans l’Entre-deux-Guerres, alors qu’existent 27 temples à travers le pays wallon. Le premier d’entre eux avait été construit en 1905, à Jemeppe, à l’emplacement de la salle de réunion des Vignerons du Seigneur. En 1936, le professeur Robert Vivier publie Délivrez-nous du mal (1936) où il témoigne d’une fervente sympathie pour le charismatique Louis Antoine, ancien ouvrier devenu le fondateur des Antoinistes.

Sources

LAVACHERY H., Biographie nationale, 1969-1970, t. 34, col. 5-14
La Wallonie. Le Pays et les hommes (Arts, Lettres, Cultures), Bruxelles, t. IV
VIVIER Robert, Délivrez-nous du mal, 1936
SEIWERATH Richard, Le culte antoiniste entre les deux guerres, ULg, mémoire en histoire, 2004

Paul Delforge, octobre 2011

http://connaitrelawallonie.wallonie.be/

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Le Père était-il fou ?

Publié le par antoiniste

    La paraphrénie est un état délirant faisant partie des psychoses chroniques non dissociatives et est une condition nettement distincte de la psychose hallucinatoire chronique et de la paranoïa de par la coexistence d'une intense activité délirante limitée à certains domaines de la vie intellectuelle, et une vie par ailleurs normale dans d'autres domaines. Ainsi, le paraphrène agit et pense comme si le délire n'avait pas envahi tous les domaines de sa vie psychique : il existe une bonne adaptation au réel.
    La maladie débute habituellement autour de 40 ans, parfois brutalement, mais le plus souvent insidieusement. Il n'existe pas de trouble de la personnalité prémorbide caractéristique.
    L'article en anglais précise, sans plus de précision, que les cas les plus fréquents seraient enregistrés en Espagne et en Allemagne.
    La paraphrénie fantastique se démarque par la riche production d'idées étranges, décousues, mobiles, extraordinaires. Des idées mégalomaniaques apparaissent. La thématique est particulièrement floride, riche en idées démesurées de grandeurs, de mondes merveilleux, de science-fiction. Malgré le fait que ce délire est entièrement illogique, le comportement est presque normal. Lorsqu'on pose à ces malades des questions éloignées de ses délires, leurs réponses sont claires et logiques.
source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paraphrénie

    Voyons si les différentes étapes de l'avancée de la maladie peut coïncider avec les événements de la vie de Louis Antoine :
• une première période dite d’incubation et d’inquiétude quand apparaissent méfiance, interprétation, signification personnelle attribuée aux faits et hallucination de l’ouïe (donc vers 40 ans, dans les années 1880, Louis Antoine est inquiet et ne trouve pas de solution à ses questions, alors qu'il a une famille et un travail valorisé) ;
• une deuxième période, dite de persécution et de systématisation, caractérisée par des hallucinations, illusions auditives, écho de la pensée, stéréotypie du délire et apparition de néologismes (Louis Antoine est condamné pour coups sur la personne de Denis Collon le 10 octobre 1885).
• une troisième période dite de grandeur, quand justement les idées de grandeur apparaissent soit par déduction logique ou hallucination, soit spontanément. On note alors une atténuation du délire de persécution tandis que la mégalomanie
s’accroît (Louis Antoine découvre le spiritisme, veut devenir médium, puis prophète).
• une quatrième période, dite de démence, quand l’activité intellectuelle s’affaiblit notablement, que le malade devient indifférent alors que son discours, incohérent, est semé de néologismes. Cette quatrième période ne constitue pourtant pas la règle et paraît être fortement corrélée avec la vie asilaire de l’époque (Louis Antoine ne connaîtra pas cette période, n'étant pas interné, cependant on peut corréler ces symptômes, notamment le discours incohérent, semé de néologismes, avec l'apparition de la Révélation, qu'on juge parfois de décousue et vague. La glossolalie est un bon exemple en tout cas de ces symptômes).
source : F.Hulak - Les paraphrenies (psychologie-m-fouchey.psyblogs.net)

    Ainsi Louis Antoine aurait pu souffrir de paraphrénie fantastique. Pour l'abbé Hubert Bourguet, cela ne fait aucun doute : « une maladie d'estomac [...] a pu avoir certains retentissements fâcheux sur la vie du cerveau » (p.5). Cet auteur conclut dans Antoine de Jemeppe et l'Antoinisme :
    « Les pages qu'il a laissées contiennent un charabia extravagant, à la fois si soutenu et si fortement condensé qu'elles ne laissent aucun doute sur le trouble des facultés mentales de leur auteur. Une conviction douce et sereine les anime. On la retrouve dans toute la vie d'Antoine. C'est elle qui l'a isolé du monde des choses sensibles qui se pèsent et se mesurent et qui l'a muré dans un monde imaginaire, un monde de fictions avec lesquelles il aimait converser. Avec un sérieux imperturbable, il traitait les choses tangibles de vaines apparences, et il prenait le monde fictif qu'il se forgeait pour la réalité même : c'est un signe non équivoque de dérangement cérébral. La maladie opiniâtre d'estomac dont il souffrit toute sa vie, avait affaibli l'organisme et atteint lentement mais profondément le cerveau.
    « La folie chez Antoine n'eut jamais de transports redoutables ; jamais non plus, elle ne fut complète et, en tout cas, elle ne l'empêcha pas d'être un habile homme et un madré directeur d'entreprises. Il multipliait les déclarations de désintéressement et, en même temps, il parvenait à accumuler des ressources qui lui permirent de donner une organisation matérielle assez forte à son oeuvre et d'en assurer le maintien et le développement pour un avenir qui ne sera pas long, mais qui est de l'avenir tout de même. — Il prodiguait les conseils les plus recommandables sur la sincérité et en même temps laissait soigneusement croire qu'il possédait une puissance extraordinaire de guérir toutes les maladies alors qu'il n'en était rien ... il laissait écrire qu'il continuait les enseignements du Christ quand il les contredisait et qu'il ne pensait pas établir une religion nouvelle au moment même où il l'organisait. — Enfin, Antoine vantait l'humilité et l'oubli de soi et, un instant après, il félicitait ses admirateurs des louanges qu'ils lui décernaient, il acceptait tous leurs éloges, toutes leurs vénérations et tous leurs encensements. Il attirait l'attention de la foule et ses sympathies, se laissait décerner des honneurs divins. Cela fait bien un peu penser au père du mensonge, au démon de l'orgueil et cela rappelle la parole du blasphème qu'il proféra contre Dieu, le jour de sa révolte : « Je serai semblable au Très-Haut ». » (p.48).
    Signalons qu'Hubert Bourguet ne dit pas s'il a fréquenté des Antoinistes, au contraire de Pierre Debouxhtay, qui est plus circonspect dans sa conclusion sur l'Antoinisme en 1945 :
    « Mais l'exactitude minutieuse à reconstituer la physionomie des personnages contribue parfois à faire de ceux-ci des énigmes. Plus on fouille les replis et les recoins de leur vie, plus leur figure morale s'enveloppe de brumes, d'incertitudes ; bref, plus on sait, moins on connaît ! Qu'y faire ? Ne vaut-il pas mieux tenir compte de la complexité des âmes et conserver le mystère ?» (p.30).

    Mais alors comme le dit Yvonne Castellan (p.105) : « Si tout est supercherie, nous avons vu de fort grands esprits s'y être laissé prendre », dont Arthur Conan Doyle, Victor Hugo et même Léon Hippolyte Rivail, dit Allan Kardec. La question est donc : est-ce que tous les spirites auraient souffert de paraphrénie ? Cela est-il probable ? Je ne crois pas. Sans nier qu'« il ne faut pas oublier en effet que la faculté médianimique va de pair avec un certain état hystérique » (p.97-98), comme le démontre bien Théodore Flournoy, celui-ci rappelle toujours que cela peut très bien être à l'insu du sujet lui-même, qui restera de bonne foi. Le plupart des spirites avaient plutôt des tendances à vouloir croire. Celà est également bien étudié par Jean-Yves Roy dans Le Syndrome Du Berger - Essai Sur Les Dogmatismes Contemporains. Mais de là à conclure, comme le fait Yvonne Castellan que (p.117-118) : « Le métier de spectateur n'est pas non plus sans risque. Les débiles mentaux adhèrent au spiritisme par crédulité puérile et risquent le délire à caractère démonopathique. Les déséquilibrés, souvent intelligents, mais instables de volonté et faibles de jugement, risquent l'exaltation et le délire d'imagination. Les schizoïdes enfin, dissociés de la vie pratique et repliés sur eux-mêmes, trouvent dans l'occulte l'aliment de leur vie solitaire. En somme, le pratique du spiritisme flatte les prédispositions aux troubles mentaux. Et le Dr Marcel Viollet de décrire excellemment la composition psychiatrique du salon spirite : les débiles, accablés par l'existence, qui s'abandonnent au spiritisme comme à la consolation suprême, sans frein, sans discernement, croyant tout, prêts à toutes les obsessions. Les paranoïaques, susceptibles, orgueilleux, odieux dans la vie sociale, sont attirés comme par un spectacle « dans les salons sombres où les Esprits s'évoquent et où l'on garde, avec l'incognito, intacts son orgueil intimé et sa susceptibilité à laquelle les Esprits n'insultent pas. » Les scrupuleux, les tristes, les timides « viennent dans l'obscurité, silencieux, tranquilles seulement si on ne les regarde pas » : la mélancolie les guette. Les névropathiques enfin, eclins à des crises larvées d'hystérie, de somnambulisme spontané ou aisément provocable, volontiers simulateurs, se sentent au milieu des séances un centre possible d'intérêt. Ils peuvent devenir « sujets », auxiliaires du médium ou médiums eux-mêmes. Quantité de femmes s'agitent ainsi, actives importantes, militantes, brouillant toutes les idées. » Yvonne Castellan ne remet guère dans son contexte historique cette citation, qui date d'un livre édité en 1908, on y lit surtout cette propension du médecin, ayant tout compris, à vouloir tout classer, sûr de lui et de ses jugements, condescendant et misogyne. Les médecins souffraient beaucoup aussi à l'époque du 'vouloir croire' que tout était psychologique.
    L'auteure du Spiritisme continue pourtant (p.119) : « Le spiritisme à ses débuts semble avoir payé un très lourd tribut aux asiles d'aliénés. En 1855, à Zurich, sur deux cents aliénés, un quart étaient spirites. A Gand, on en comptait quatre-vingt-quinze sur deux cent cinquante. Ces chiffres correspondent à l'époque frénétique de sa grande propagation. De nos jours, les aliénés spirites viennent bien après les aliénés alcooliques et syphilitiques, en concours avec les délirants mystiques et démonopathiques de caractère religieux. » Cela ne viendrait-il pas aussi de l'intérêt grandissant à l'époque pour les maladies mentales ? Je le pense. A la lire, tous les spirites étaient des malades mentaux. Mais la théorie actuelle de Manfred Lütz, dans "Irre! - Wir behandeln die Falschen: Unser Problem sind die Normalen" (Erreur ! - Nous soignons les mauvais sujets. Notre problème sont les normaux) est qu'il faut tous nous considérer comme des anormaux. Et le problème est la terreur de la normalité.
    En tous cas, cette présentation des faits contredit ce qu'on peut lire dans la nosographie des paraphrénies : « C’est à propos de ce cas exceptionnel, qui aboutit à une construction délirante achevée, autour d’une érotomanie divine, que Freud [Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa (Dementia paranoides (1911)] forge l’hypothèse du délire comme tentative de guérison, quand « le paranoïaque rebâtit l’univers, non pas à la vérité plus splendide, mais du moins tel qu’il puisse de nouveau y vivre », et qu’il « le rebâtit au moyen de son travail délirant. Ce que nous prenons pour une production morbide, la formation du délire, est en réalité une tentative de guérison, une reconstruction. Le succès, après la catastrophe, est plus ou moins grand, il n’est jamais total ; pour parler comme Schreber, l'univers a subi “une profonde modification interne”» ».
source : F.Hulak - Les paraphrenies (psychologie-m-fouchey.psyblogs.net)
    Rappelons que Régis Dericquebourg signale dans Les Antoinistes (p.39) : « Cette version de la chute qui met en jeu la matière, le regard de l'autre, le symbole phallique, la jouissance féminine et la promesse de savoir inaugurant les oppositions bien-mal, vérité-erreur pourrait être proposée à la réflexion du psychanalyste. » On peut donc penser que le spiritisme à plutôt sauver ces gens de la folie, même si cela n'a pas réussi pour tous.

   Concernant l'origine du spiritisme, on peut y voir un conflit entre, d'une part,  la science souveraine de la fin du XIXe-début XXe siècle, qui devait amener l'homme à tout savoir, à tout comprendre, associé à une déchristianisation fulgurante lors de la Révolution industrielle (pensons au Positivisme d'Auguste Comte, instaurant la science comme nouvelle religion), et d'autre part, cette volonté de croire, donc le besoin pour l'homme d'une pensée qui le rassure. Devant l'échec de la science, incapable de tout expliquer, reste la pseudo-science (et ses prolongements religieux dont l'ufologie et les sciences occultes sont les plus grandes pourvoyeuses), peut-être moins objective et rationnelle, mais plus réconfortante.

    Cela n'enlève donc rien à la portée de la Révélation : un rapport entre la folie et le prophétisme est encore à établir. En tout cas, si tous les spirites ne sont pas devenue fous, il y a certainement des fous qui sont devenus prophètes de leur cause : Abraham, Moïse, Jérémie, Isaïe, Jésus, Mahomet, Edward Irving, Auguste Comte, Phineas Quimby, H.P.Blavastky, Louis Antoine, Mary Baker Eddy, Joseph Smith, Donato Manduzio, Johannes Greber, Ludwik Lejzer Zamenhof (Doktoro Esperanto), Huỳnh Phú Sổ, Joseph Weissenberg, Jean Jaurès, Morris Lichtenstein, Jules Berthelin, Ron Hubbard, Claude Vorilhon...

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EN 1901 DEJA, ANTOINE LE GUERISSEUR (lesoir)

Publié le par antoiniste

EN 1901 DEJA, ANTOINE LE GUERISSEUR

LALLEMAND, ALAIN

Jeudi 10 février 1994

En 1901 déjà, «Antoine le guérisseur»...

On ne peut manquer de rapprocher les déboires de René Thewissen de ceux d'un certain Louis-Joseph Antoine, né à Mons-Crotteux en juin 1846 et décédé en juin 1912 à Jemeppe: surnommé «Antoine le guérisseur», il donna naissance au culte antoiniste, encore considéré de nos jours comme étant d'«utilité publique» - héritage de l'initiative du ministre de la Justice de l'époque!

René Thewissen n'a évidemment aucune dimension «religieuse», mais le «père Antoine» n'en avait pas plus lorsqu'il s'installa comme guérisseur dans les dernières années du XIXe siècle, fortune faite dans les pays de l'Est.

Et le parallèle entre Thewissen version 1994 et le père Antoine, label 1900, est surprenant: lui aussi acceptait les «dons» des patients, via une cagnotte aménagée dans ce cas dans sa salle d'attente. Lui aussi guérissait par imposition des mains. Lui aussi guérissait non plus individuellement mais en masse, «à distance», tant on se pressait à sa porte. Lui aussi croyait à la réincarnation. Lui aussi devait connaître, sur plainte déposée au Parquet de la Cité ardente, les affres du palais de Justice de Liège. Il y sera condamné en 1901 - il avait 55 ans - à 60 F d'amende assortis d'un sursis de deux années: Je me livre journellement à la guérison des malades, dira-t-il au juge. Quand le patient a foi en moi, je ne me trompe jamais. Je répète que je crois fermement que je ne me trompe jamais sur la cause du mal, affirme-t-il encore. En 1907, alors qu'il a abandonné le spiritisme pour l'«antoinisme», un second procès le verra triompher cette fois.

Signalons, si cela peut rassurer M. Thewissen, que, malgré ces péripéties, il se trouvait encore, en 1910, 160.000 Belges pour signer et déposer au Parlement une pétition réclamant la reconnaissance du culte et que, lors des funérailles du Père, les rues de Jemeppe-sur-Meuse étaient noires de monde. Les tracasseries judiciaires peuvent avoir de ces effets insoupçonnés...

La carrière d'Antoine se terminera pourtant mal: il affirmait qu'il se réincarnerait trois jours après sa mort... Rien ne se produisit, ce qui valut à la fête anniversaire de son décès le nom de «fête de la désincarnation»: visiblement, le Créateur n'était pas un adepte de l'Antoine...

A. L.

source : http://archives.lesoir.be/en-1901-deja-antoine-le-guerisseur_t-19940210-Z07U6N.html

    Le journaliste est également l'auteur de Les sectes en Belgique et au Luxembourg (1994), il est le porte-drapeau des anti-sectes dans la presse. On en reconnaît ici bien le ton... et les erreurs.
    Ainsi citons Pierre Debouxhtay à propos de la résurrection de Louis Antoine trois jours après sa mort :
    " On raconte qu'après la mort du Père ses adeptes s'attendirent à sa résurrection pour le troisième jour, et que voyant qu'il ne revenait pas à la vie, ils lui piquèrent les pieds avec des épingles, allèrent même jusqu'à les lui brûler ! Faut-il voir une allusion à cette espérance dans ce passage de LA GAZETTE DE LIEGE (1-7-1912) : « Le Père n'est plus. Il est bien mort et enterré. C'est en vain que, le veillant avec un soin jaloux, ses acolytes et son conseil d'administration attendirent qu'il se réincarnât. » Que certains adeptes aient nourri cet espoir, c'est possible ; mais il me paraît difficile d'admettre que les chefs du culte l'aient partagé. S'ils avaient espéré cette résurrection, auraient-ils annoncé l'enterrement dès le 25 ? Le bruit de la résurrection d'Antoine le 3e jour puis le jour anniversaire de sa mort a couru à Jemeppe, répandu très probablement par des farceurs. Quant au traitement énergique par le fer et le feu, il semble tout à fait légendaire. M. le Dr A. Delville, qui était bourgmestre en 1912, m'a dit qu'il n'avait pas dû intervenir pour faire enterrer Antoine, il a seulement dû refuser aux antoinistes la permission d'organiser un cortège à travers toute la commune. " (Pierre Debouxhtay, p.198, note 13).

    Régis Dericquebourg le suit en disant succinctement : "On a dit que certains adeptes du 'Père' croyaient qu'il ressusciterait dans les trois jours. Il s'agit probablement d'un rumeur propagée par des gens hostiles à l'antoinisme". (p.22). Par contre, le chercheur revient plus en longueur sur un hypothétique retour du Père (p.52-56), en précisant tout de même qu'il "a existé une attente d'un second retour de Louis Antoine certes marginale dans l'antoinisme, mais néanmoins présente ainsi qu'une identification de celui-ci au Christ comme prophète du salut ultime. [...] Une telle attente a pu germer dans l'esprit de quelques adeptes antoinistes. Nous ignorons si elle existe encore. Tous les adeptes n'ont pas attendu le retour du 'Père'. Mais elle a pu correspondre à une sensibilité de l'antoinisme."

    On le voit : d'une anecdote concernant certaines croyances (le Père n'a jamais lui-même prédit quoi que ce soit), ce "journaliste" fait une vérité. C'est ce qu'on appelle en droit de la diffamation.

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