Eklablog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Elena Cassin - San Nicandro, Histoire d'une conversion (1957)(recension)

Publié le par antoiniste

Elena Cassin - San Nicandro, Histoire d'une conversion (1957)(recension)

Auteur : Elena Cassin
Titre : San Nicandro, Histoire d'une conversion 
Édition : Quai Voltaire, Édima, Paris, 1993

Recension :
   
Judaïsme rural de conversion : dans l'Italie fasciste. — L'histoire est curieuse et, assurément, unique en son genre. Sur cette terre de Pouilles, là où « le Christ s'est arrêté », d'après la formule de Carlo Levi, un groupe de paysans catholiques de la bourgade de San Nicandro embrassent vers 1930 le judaïsme ; le pratiquent, dans une espèce de semi-clandestinité, malgré le fascisme et ses persécutions ; s'expatrient enfin, en 1949, en Israël, où, en Galilée, ils créent (mêlés à des Juifs italophones de Tunisie), une collectivité agricole, qui, paraît-il, continue à prospérer. 
    Cette histoire devient encore plus belle lorsqu'elle se trouve évoquée par la plume vivante de Mme Elena Сassin (1), qui a traité son sujet exactement comme il le fallait en tant que prudente historienne « comparatiste », mais aussi en tant que femme sensible qui s'est attachée à ses humbles et pittoresques héros. Un voyage d'études à San Nicandro, l'utilisation du journal tenu par Manduzio (le fondateur de la secte) lui ont permis d'explorer son sujet à fond.
    Nous apprenons ainsi que le cas est effectivement unique. Car la conversion au judaïsme de ceux de San Nicandro s'est faite en dehors de tout contact avec des Juifs vivants ou avec des écrits juifs (si ce n'est l’Ancien Testament) : qui plus est, pendant quelques années les convertis ignorèrent qu'il existât encore des Juifs sur terre !
    C'est donc à bon droit que Donato Manduzio pouvait se réclamer d'une révélation, et c'est ce qui fait tout l'intérêt du cas. Ce Manduzio était un invalide de la guerre de 1914-1918, autodidacte, conteur et boute-en-train de son village, un peu organisateur de spectacles dramatiques, un peu guérisseur. « Magnétisme » humain, par conséquent. Un jour, une Bible offerte par un pasteur protestant (les missions protestantes, les Pentecôtistes en particulier, se livrent à un prosélytisme assez actif, dans cette région) lui tomba entre les mains. Il lut l’Ancien Testament et fut conquis. Dans la nuit du 10 au 11 août 1930, très exactement, il eut une vision et « un homme qui tenait une lanterne éteinte dans la main » lui commanda de diriger son prochain dans la bonne voie. Ce qu'il entreprit aussitôt, non sans succès. C'est ainsi que l'histoire commence.
    Elle se complique lorsqu'un colporteur de passage apprend à Manduzio qu'il existe encore des Juifs, dans les villes. La petite secte se met en rapport avec la communauté juive de Rome, mais ces relations restèrent assez tièdes. En particulier, Manduzio semble avoir ressenti « un dégoût insurmontable » pour le Talmud. C'est avec raison, je crois que Mme Cassin commente : « Le Talmud est le produit d'une société complètement sédentaire et citadine et de ce fait étrangère et incompréhensible à un homme comme Manduzio » ; « De même, écrit-elle, la prédication du Christ qui s'adressait aux gens des villes, n'intéresse, ni ne touche Donato, qui reste un paganus ; un païen, dont le chemin s'est croisé un jour avec celui de Yahwé, dieu des bergers transhumants. »
    Notre histoire se corse lorsqu'en 1943, après le débarquement allié, la « brigade juive » de Palestine défile dans le pays, drapeaux ornés de l'écusson de David en tête. Ces soldats avaient la possibilité de dispenser de très nombreux biens terrestres ; ce fut peut-être l'une des raisons de dissensions et de jalousies parmi les convertis ; à un moment le groupe fut menacé d'une scission. Mais Manduzio réussit à maintenir son emprise. En été 1946, son vœu le plus cher est réalisé : un ministre officiant vient de Rome, et les hommes se font circoncire. En mars 1948, le prophète meurt. Au début de 1949, une trentaine de prosélytes émigrent en Israël.
    Toute cette partie « narrative » est de tout premier ordre. J'avoue avoir moins goûté la suite (« l'histoire et le milieu ») dans laquelle Mme Cassin expose avec beaucoup de pertinence les conditions sociales et économiques particulières à cette partie du Mezzogiorno. En effet, l'esprit ne saisit que très imparfaitement le lien entre ces conditions et la fascinante histoire dont traite la première partie. Je ne crois pas que cela soit la faute de l’auteur. Regrettons d'autre part que Mme Cassin ne nous apprenne presque rien sur la manière dont les convertis de San Nicandro se sont installés et acclimatés en Israël. Car on aimerait en savoir davantage. — Léon Poliakov.

1. Elena Cassin, San Nicandro, Histoire d'une conversion, Pion, 1957.

In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 13e année, N. 1, 1958. pp. 199-201;
https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1958_num_13_1_2725_t1_0199_0000_2 

 

Voir les commentaires

Laurence Druez et Julien Maquet - Le patrimoine protestant de Wallonie (2017)

Publié le par antoiniste

Laurence Druez et Julien Maquet - Le patrimoine protestant de Wallonie (2017)

Auteurs : Laurence Druez et Julien Maquet
Titre : Le patrimoine protestant de Wallonie. La mémoire d'une minorité
Éditions : IPW (Institut du Patrimoine wallon), Namur, 2017 (409 p.)

Présentation de l'éditeur :
    Coédité par les Archives générales du Royaume et l'Institut du Patrimoine wallon, ce livre richement illustré vise à faire connaître, dans toute leur diversité et dans leur contexte historique, les édifices les plus emblématiques du culte protestant en Wallonie. A travers l'étude de leur conception, de leur construction, de leur aménagement, de leurs évolutions extérieures et intérieures, de leur environnement et de leurs multiples fonctions, le lecteur découvre l'identité complexe d'une minorité religieuse discrète, mais vivante et largement méconnue, et ses mentalités, révélatrices d'un rapport à l'espace et au temps.

Description :
    Basé sur des enquêtes de terrain et sur des dépouillements de nombreux fonds d'archives peu exploités, ce livre vise à faire connaître, dans toute leur diversité et dans leur contexte historique, les édifices les plus emblématiques du culte protestant de Wallonie. À travers l'étude de leur conception, de leur construction, de leur aménagement, de leurs évolutions extérieures et intérieures, de leur environnement et de leurs multiples fonctions – pas seulement cultuelles – le lecteur découvrira l'identité complexe d'une minorité religieuse discrète, mais vivante et largement méconnue, et ses mentalités, révélatrices d'un rapport à l'espace et au temps. Fruit d'un partenariat entre les Archives générales du Royaume et l'Institut du Patrimoine wallon, cet ouvrage met aussi en valeur un patrimoine documentaire riche et unique – mais menacé – qui constitue la mémoire du protestantisme belge et contribue à une meilleure compréhension de son inscription dans notre société, marquée par le pluralisme religieux et philosophique.
source : http://www.arch.be/index.php?l=fr&m=actualites&r=toutes-les-actualites&a=2017-10-27-le-patrimoine-protestant-de-wallonie


    À lire une autre feuille de l'auteure, on se rend compte encore des similitudes entre cette communauté protestante et la communauté antoiniste, similitudes que j'avais déjà évoqué dans Une pensée religieuse en concurrence : la révélation du père des Antoinistes & la Bible des Protestants, ainsi que dans une petite comparaison des temples :
    Représentée aujourd'hui par environ 3 % de la population belge,  l'identité  protestante  reste  d' autant  plus diffi‡cile à  cerner  que  cette  minorité,  habituée  à  la  discrétion,  est largement  absente  de  la  mémoire  nationale  of‡ficielle et qu'elle-même ne dispose ni de véritable €figure de proue – à l'exception  de  quelques  personnages  emblématiques  –,  ni de  tradition,  de  culture  ou  d'élite  qui  auraient  marqué durablement notre société. [...]
    Par  conséquent,  les  traces  les  plus  visibles,  les  plus  durables  et  les  plus  concrètes  de  son  enracinement  en Belgique  résident  d'une  part  dans  ses  édifi€ces  de  cultes  – appelés  communément  'temples'  –,  qui  constituent  un patrimoine  matériel  largement  ignoré  et  qui  pourtant marquent  de  leur  empreinte  le  paysage  et  l'environne-ment  bâti  de  notre  pays,  d' autre  part  dans  ses  archives conservées le plus souvent dans ces bâtiments. [...]

Un patrimoine à découvrir
    Tantôt  modestes  ou  même  banalisés,  tantôt  monumentaux  et  ressemblant  à  s'y  méprendre  aux  édi€fices  catholiques  –  dont  ils  se  démarquent  surtout  dans  l'organisation de leur espace intérieur –, ils présentent une grande diversité  de  styles,  de  formes,  de  plans,  de  conceptions, de  matériaux,  d'espaces  et  reflètent  le  caractère  pluriel de l'identité protestante et la superposition des courants ecclésiaux qui composent le protestantisme belge.
    Le  culte  véritable  des  protestants  se  déroulant  dans  le cœur des croyants, les temples, qui ne sont pas des 'mai-sons de Dieu' – la sacralité portant non sur les lieux, mais sur  les  personnes  lorsqu'elles  sont  réunies  –,  répondent avant  tout  aux  besoins  fonctionnels  et  organisationnels des communautés. Il en découle une grande liberté dans leur  utilisation  qui  témoigne  d'une  capacité  d' adaptation,  d'une  valorisation  du  séculier  –  revêtu  d'une  dignité  particulière  –  et  même  d'un  rapport  décomplexé aux  réalités  matérielles.  

Une mémoire à sauvegarder
    En  l' absence  de  directives  émises  à  l'intention  de  l'en-semble   des   Églises   protestantes   de   Belgique   –   seule l'Église Protestante Unie de Belgique en a publié pour les paroisses  de  son  ressort  –,  les  situations  varient beau-coup,  mais  on  constate  que  souvent,  ces  archives  sont lacunaires,  faute  d' avoir  existé  un  jour  ou  fait  l'objet  de l' attention  su‡ffisante.  Indépendamment  de  la  présence ou  non  d'un  responsable  des  archives  et  des  locaux disponibles, les négligences ou réticences en la matière sont révélatrices,  en  dépit  d'un  attachement  universel  aux Écritures, d'un rapport variable et ambigu à l'écrit en général et peuvent s'expliquer par une habitude de l'invisibilité  –  survivance  inconsciente  des  persécutions  –,  par une certaine culture de l' anonymat et le refus de mettre en  évidence  les  actions  des  individus  au  détriment de l'épanouissement communautaire, par l'inscription principale  dans  le  temps  présent,  ou  tout  simplement  par  la relative jeunesse de certaines Églises, peu soucieuses encore d'établir des racines, bien que les plus anciennes ne soient  pas  toujours  les  plus  attentives  à  leur  patrimoine documentaire. [...]
    Fonder une communauté protestante ne requiert aucune formalité  juridique  ni  administrative  ;  procéder  à sa  fermeture non plus. Si cette souplesse institutionnelle peut expliquer la permanence du culte protestant en Belgique depuis près de 500 ans et son essor rapide à partir du XIXe siècle,  elle  constitue  aussi  un  facteur  de  précarité,  dont la  conscience  en  tant  que  minorité  religieuse  longtemps persécutée,  associée  au  souci  des  communautés  de  laisser  un  témoignage  de  leur  action  au  cas  où  elles  viendraient à disparaître, fournit une puissante motivation à la préservation de leurs archives qui, par ailleurs, en tant que sources de connaissance de leur passé, peuvent avoir une  fonction  référentielle  dans  leur  direction  spirituelle ou matérielle.
    Ces  archives  méritent  d' autant  plus  d' attention  que, lieux  de  culte,  de  vie  et  de  mémoire  locale  attestant  de l'enracinement  dans  notre  société  d'une  confession religieuse  numériquement  faible,  mais  bien  vivante  et  de son intégration dans un environnement jadis hostile, les temples protestants, qui en sont aussi les gardiens et les lieux  fréquents  de  conservation,  sont  fragiles.  Par  leur fonction  d' abord  utilitaire  –  tempérée  par  les  liens  pro-fonds qui les unissent parfois à leurs occupants, attachés à  des  souvenirs  personnels  et  à  des  racines  familiales  –, ils  sont  toujours  susceptibles  d'être  délaissés  pour  une autre adresse et même, menacés de destruction.
source : http://www.arch.be/docs/events/2018_56sci_fr_protestantisme.pdf


    À voir également le petit reportage de RTC Télé Liège sur le Temple de Seraing.

Voir les commentaires

Catherine Gris - Les ombres chuchotent (1962)

Publié le par antoiniste

Catherine Gris - Les ombres chuchotent (1962)

Auteur : Catherine Gris
Titre : Les ombres chuchotent
Éditions : Le Courrier du livre, Paris, 1962 (217 pages)
In-8 Broché. Avec quelques illustrations en noir et blanc hors texte.

Extrait de la Préface de Claude Barbat :
    Mais plus qu'une évocation envoûtante des réalités de la vraie vie et de la vraie mort, Catherine Gris élève pour nous une lumière sur ces réalités. Ce témoignage sur la mort est paradoxalement à la genèse d'un véritable art de connaître, ou plutôt, de reconnaître, les ressources de la vie.
    L'active confidente des « Cœurs Malheureux » se plaît aussi à dire « que ce sont justement les morts qui lui ont rendu intelligibles les vivants ». On le croira d'autant plus volontiers lorsqu'on saura que, comme une musique beethovénienne, ces pages ont conquis leur humour, leur sérénité et leur joie sur des pleurs et le sang de l'âme, sur des fatigues et des épreuves à la limite des forces d'un être exceptionnellement doué de résistance morale.

Introduction :
    Le « moi » est haïssable. Que l'on veuille bien me pardonner de transgresser la bienséance littéraire qui veut qu'un auteur use du « nous » moins présomptueusement subjectif.
    Mon vœu sera comblé si le lecteur, acceptant cette connivence, veut bien me suivre dans ce « reportage » autour des vivants et des morts, tout comme il accorde préalablement créance à qui rapporte des impressions de voyage en des lieux ignorés ou mal connus.
    De nombreuses personnalités disparues, ou bien heureusement en vie, sont évoquées dans ces pages, non point à titre figuratif, mais parce que chacune d'elles s'est trouvée une seconde ou à jamais dans un monde de sensations surprenantes et inexplicables.
    Le témoignage offert aujourd'hui, après 17 ans de maturation, n'est pas la narration romancée d'événements personnels. Mon dessein est autre : prêter ma voix aux Ombres en d'authentiques conciliabules, faire entendre celles des vivants, sortis du doute et de la peur, avant d'aborder à la rive, entrevue par Rilke de « ce peu profond ruisseau décrié, la Mort ».
 
    Catherine Gris est également l'auteure de Les Secrets dévoilés de la géomancie : Une science vieille comme la terre... (1960) et de quelques épisode de Jouons le jeu sur la chaîne parisienne de la RTF.
    Ici, l'auteure évoque une sœur antoiniste – Mme P. – notamment dans le chapitre II :

        « Et s'il ne trouvait pas tout de suite c'est qu'il devait y avoir
        des raisons – des raisons auxquelles les vivants ne
        comprennent rien, mais qui sont les raisons des morts. »
                                                (MONIQUE SAINT-HÉLIER : Le Cavalier de Paille).
    M'ouvrant sa porte, Mme P. m’accueillit en ces termes :
    – Vous nous avez fait une belle peur. Sans Roland vous passiez un mauvais quart d'heure. Votre horoscope est prêt. Parcourez-le en m'attendant, j'ai quelqu'un.
    Pour me remettre de ce préambule, je sortis une cigarette de mon sac. René, tout jubilant, m'avait fait cadeau d'un paquet venu à lui par des voies hasardeuses. Des Camel. Leur parfum s'étendit dans la petite pièce. Quand Mme P. m'y rejoignit, elle me dit dans un sourire :
    – Du rêve à la réalité. Je croyais que vous pouviez vous contenter de l'odeur, je vois que cela ne suffit pas.
    Cette réflexion m'ahurit autant que la précédente.
    Sans que je l'interroge, elle me raconta la scène du balcon, l'intrusion de ma petite ombre fidèle et attentive, du plaisir qu'il avait eu à fumer près de moi une cigarette américaine et de m'en laisser le sillage odorant.
    A personne, je le jure, je n'en avais fait part.
    J'eus en elle, de ce jour, une confiance aveugle, et si souvent encore, ma raison vigilante, mon rigoureux sens de la logique combattit ses présages, je doutais moins des évidences qui marquèrent dorénavant les jalons de ma montée vers l'Inconnaissable. Mais j'anticipe.
    Ce jour-là, nous discutâmes de mon horoscope. Il était à la fois exact, dans des faits contrôlables, obscur dans ses hypothèses. Au demeurant, très agréable à connaître pour qui serait imbu de soi. Elle m'y décrivait comme un être doté d'une personnalité magnétique, de qualités artistiques, sensible, passionné, charitable, rancunière et coquette. J'acquiesçai. Elle en vint à des remarques plus précises, à d'autres qui l'étaient moins, pour arriver enfin à une découverte surprenante : j'étais un métagnome en puissance. Traduction : un médium qui s'ignorait. Barbara allait triompher.
    Les questions se pressaient sur mes lèvres, en même temps que s'éveillait une humilité non feinte envers cette femme, qui dans son langage simple, son très particulier humour et la pureté de sa Foi, me sortait d'une gangue de croyances plus superstitieuses que spiritualistes. Pieuse, mais non dévote, elle amenait beaucoup de ses pratiques au culte du Père Antoine. Par elle, je suis devenue épisodiquement antoiniste, puis, de cœur, chrétienne.
    Je n'osais formuler une demande qui m'étouffait. Je n'eus point à le faire.
    – Donnez-moi sa photo. Je ne crains plus rien. Vous l'avez dégagé sept jours après son accident, il vous en est reconnaissant.
    Je restais coite. Pour la deuxième fois j'entendais ce mot. Une astrologue, saisissante, je l'avoue, par la justesse de ses attendus, mais affreusement antipathique, m'avait annoncé mon opération, et bien d'autres choses qui n'ont pas à être dévoilées ici. Quand j'étais allée la voir, sur la recommandation d'une vague camarade de théâtre, elle m'avait fraîchement reçue, tout occupée qu'elle était à « dégager » sa mère décédée d'une grippe infectieuse. Une seconde visite s'était soldée par du mépris pour ces sciences dites conjecturales. Compulsant des fiches où la mienne n'avait pas pris place, elle énonça au passage des noms que j'aurais préféré ignorer, me prédit les pires calamités, par pure vindicte, persuadée que je lui avais, la première fois, donné un faux nom. J'avais été assez bête pour lui livrer mon identité. J'ajoute que je n'eus jamais l'occasion de m'en repentir.
    « Dégager » un défunt c'est lui faciliter le passage dans l'Au-delà, dans cette sphère mal connue des vivants, ce tunnel, où il séjournera un temps plus ou moins long, qui s'éclaire selon son degré d'évolution, ou s'assombrit s'il y arrive sans préparation. C'est en somme l'éveiller à une seconde naissance, le réveiller.
    Écoutons Rilke :
    « Sans doute est-il étrange de n'habiter plus la terre de
    n’exercer plus des usages à peine appris,
    aux roses et à tant d'autres choses, précisément prometteuses,
    de n'accorder plus le sens de l'humain avenir ; Si bien qu'alors, dans l'espace effrayé,
    que jeune et presque dieu, il quittait pour toujours
    le vide, ébranlé, connut soudain la vibration
    qui nous devient extase, réconfort, secours. »


    Par mes questions, mes reproches, mes retombées dans notre passé si proche, mes angoisses de le perdre, et mes espérances de le voir m'apparaître, j'avais « dégagé » Roland. Il avait tenté de se montrer, en rêve, à sa pauvre maman, et n'avait réussi qu'à l'épouvanter, sautant, dansant dans la chambre pour lui prouver qu'il était là, invisible mais présent, perceptible aux yeux de l'amour maternel. Elle m'avait confié sa terreur, persuadée que la démence l'emportait vers le néant où son fils avait fui.
    Je ne lui disais rien de mes recherches. Je les savais dangereuses pour qui ne reste pas lucide. Je guettais le moment opportun pour lui en glisser un mot. Il est venu tardivement, et si fugitivement que je n'ai jamais osé insister.
    Pour moi, je ne rêvais pas. Le sommeil m'a obstinément quittée durant sept mois. J'ai gardé, jour et nuit, les yeux largement ouverts, somnambule consciente, posant à tous les médecins, thérapeutes, masseurs, hypnotiseurs un problème qui se résolut tout seul quand je tins pour certaine la survie.
    J'avais cet air de statue en marche, apanage d'une héroïne d'un roman de Monique Saint-Hélier qui plaisait tant à Roland. Sa préférence allait au caractère de Carole, belle jeune fille, pleine des plus nobles vertus, mais il avait un faible pour la troublante Catherine, et me donna son prénom. Associé au nom de Gri (amputé de sa moitié) qui figure dans chacune de ses lettres, il est devenu totalement mien.
                                *
    Fermant les yeux, Mme P. s'imprégna des fluides de l'image. D'une voix toute changée, elle murmura :
    – C'est papa qui en fera une tête quand il me retrouvera. Pauvre papa. Laisse-moi tout de même en paix, Catherine. Ne m'appelle pas. Je suis toujours à tes côtés, et près de maman aussi puisque je puis être partout à la fois. Tu en auras bientôt la preuve formelle, mais il faut que j'apprenne, moi aussi, à me manifester. Nous sommes comme deux écoliers. Nos classes ne sont séparées que par une mince cloison. Sois patiente. Je t'ai promis de veiller sur toi. Vivant, je ne le pouvais. Esprit, j'aurai tous les pouvoirs. Poursuis tes promenades au Bois, je marche à tes côtés. Je ne m'arrête qu'à la porte du cimetière. C'est un endroit horrible. Bientôt, je t'enverrai un oiseau. Ne lui donne pas mon nom.
    C'était difficile, car je le nommai, lui, Zoizeau.
    Dans la rue du retour, je gambadais comme une petite folle, soutenue par un bras ferme dont je sentais l'étreinte sans pouvoir fixer son dessin.
    Nous étions convenus, quelques semaines plus tôt, de nous rendre ensemble à une représentation d'Antigone. on jouait à bureaux fermés.
    Je retins deux orchestres au Théâtre de l’Atelier tout fourmillant pour moi de souvenirs, n'en occupai, bien entendu, qu'un seul.
    Les spectateurs, faute de place, étaient assis par terre. Une dame s'étonna de cette vacance, parlementa avec moi qui, du geste, lui faisait signe de s'abstenir, puis, autorisée par une ouvreuse, s'assit enfin, se redressa avec un léger cri, comme mordue par un aspic. Durant les trois actes, malgré la gêne éprouvée par l'inconfort de la position, nul ne se risqua à occuper ce fauteuil. Mes doigts, sur une main invisible, se resserraient aux passages qui nous avaient, isolément, bouleversés, et je sanglotais sans retenue lorsque j'entendis Monelle Valentin dire à Le Gall (Hémon) : « On est tout seul, Hémon, le monde est nu. » Brusquement je redécouvrais qu'en vérité je l'étais, perdue moi aussi, affreusement, dans une salle de spectacle, fantôme de vivante, escortée par un fantôme de mort.
    Mes amis, j'en avais beaucoup à l'époque, remarquaient à peine la modification de mon caractère et de toute ma personne. Si l'on veut bien se reporter à l'époque, on comprendra que chacun déchiré par ses propres deuils, dévoré d'espoir, pris dans la tornade des tourments sinon des soucis de révision civique, avait d'autres chats à fouetter. Ce que la guerre avait préservé fut détruit par la libération. D'éclatantes ruptures clôturaient des dîners bon-enfant, des réconciliations spectaculaires auguraient d'accords nouveaux. J'excepte mon ami René-M. Lefebvre, tellement au-dessus de la mêlée qu'il décourageait les moins ostracistes.
    Dignimont, que je fréquentais assidûment, me conta un jour sa visite à une voyante. Elle lui avait lu dans les mains. Nous courions tous ces antres plus ou moins cotés, plus ou moins clandestins, échangeant des adresses, d'où nous revenions ravis ou furards. Lucette, sa femme, présente à notre entretien, venait de s'entendre dire qu'elle pourrait bien être la victime d'une vilaine jalouse. J'examinai sa paume, et, forte de mes récentes études, sérieusement conduites, lui annonçai une blessure par arme à feu, ajoutant qu'elle ne toucherait pas son visage. Je doute qu'elle eût préféré être (hypothétiquement) défigurée par une rivale inconnue, ce qui eut eu plus de panache, du moins prit-elle légèrement mon avertissement.
    Vingt-quatre heures plus tard, alors que se déroulaient autour de Notre-Dame des combats de rues, elle reçut, par ricochet, une balle qui lui traversa la main, lui coupant un doigt. Elle était, je le précise, dans l'atelier de son mari, au troisième étage, et non à la fenêtre. Ma réputation s'établit sur ce fait, car on en parla beaucoup, et désormais l'on m'accorda un peu plus de considération.
    A intervalles réguliers, j'allais reprendre courage et crédibilité chez Mme P... Entre temps, les deux s'effondraient. Roland m'était apparu pour me signifier que je n'avais plus droit qu'à un quart d'heure de conversation quotidienne, amplement suffisant pour guider mes premiers pas vers une application de mes facultés. J'étais atterrée.
    L'oiseau promis brillait par son absence.
    Les battements de mon cœur scandaient mon ascension vers le logis. La courte attente à la porte me paraissait interminable. Introduite, je caressais distraitement les fourrures amoncelées, repoussées pour faire place à un étrange appareil : un oui-ja, sorte de plaquette de bois pourvue de roulettes, qu'elle dirigeait vers les lettres d'un alphabet. En bas du carton, un Oui et un Non. Véloce, sa main courait sur le clavier, formant des mots qu'elle énonçait, volubile interprète de visiteurs invisibles, impatients de se faire connaître. Mon sang se glaçait dans mes veines. Je sentais comme une bousculade où manquaient les vociférations pour la rendre effective. Ces phrases qui s'enfilaient les unes au bout des autres, sans ordre, ne me convainquaient guère de la véracité des messages. On n'y parlait pas de moi.
    Je fus ramenée à plus d'humilité.
    – Priez, me dit Mme P. Les esprits se plaignent de votre tiédeur. C'est le tout-venant qui se manifeste, et nous allons être envahies par les larves.
    Après plusieurs essais infructueux, j'en vins à user de cet instrument. Des picotements gagnaient le bout de mes doigts, et le oui-ja partait dans toutes les directions. Je sus qu'il n'y avait point de subterfuge. Une force incontrôlable s'emparait de moi.
    Je notai une phase ordurière, suivie d'un nom « Nénesse » et bornai là mes tentatives.
    – Vous êtes pourtant un médium écrivain, m'assura Mme P. Nous recommencerons l'expérience avec d'autres moyens. Ne soyez pas trop pressée.
    Je partis cependant sur une meilleure impression. Elle m'annonçait le programme de la semaine. Il se vérifia exact en tous points. Exact et terrible, car en permanent contact avec les défunts, je n'éprouvais plus qu'indifférence pour ceux qui profitaient largement de la vie. Le pauvre Raoul était de ceux-là. Il fallait que je fusse devenue bien cruelle pour lui en faire grief.

Voir les commentaires

Georges-Henri Dumont - La vie quotidienne en Belgique sous Léopold II (1986)

Publié le par antoiniste

Georges-Henri Dumont - La vie quotidienne en Belgique sous Léopold II (1986)

Auteur : Georges-Henri Dumont
Titre : La vie quotidienne en Belgique sous Léopold II
1865-1909 : Une époque décisive
Éditions : Marabout, Paris, 1986

    Évoque longuement l'antoinisme dans le chapitre sur La religion et ses adversaires (pp.137-139) :

    Au début du XXe siècle, l'évangélisation protestante et, dans une certaine mesure, la prédication catholique, se heurtèrent à la concurrence inattendue d'un certain Louis Antoine, ancien ouvrier mineur qui s'était mué en médium spirite et guérisseur, puis en guérisseur tout court. Quand sa réputation commença à se répandre, il se lança dans la prophétie et fonda une religion basée sur un déisme assez vague, teinté de panthéisme, sur une morale altruiste et sur l'affirmation d'incarnations successives par lesquelles l'homme doit passer pour accéder à la divinité.
    Même lorsqu'il eut rompu avec le spiritisme très en vogue dans le pays de Liège, Louis Antoine persista dans l'utilisation du "fluide", tant pour le rituel antoiniste que pour soulager les malades. Il y avait tant de monde qui se pressait au temple de Jemeppe qu'un adepte était chargé de distribuer des tickets à ceux qui attendaient devant la porte du guérisseur. En 1900, Antoine reçut de 50 à 60 personnes par jour ; en 1901, 115 ; en 1905, 200 à 400 ; en 1907, 400 à 500 ! « Dès trois heures du matin, raconte un disciple, je me présentai chez le Père pour recevoir mon ticket. J'étais déjà le treizième de ce jour et je dus patienter jusqu'à neuf heures. »
    Condamné en 1901, pour exercice illégal de la médecine, par le tribunal correctionnel de Liège, Louis Antoine renonça à prescrire des drogues et à remettre du papier magnétisé : il se contenta désormais de passes, d'impositions de mains et de paroles sacrées. Cette précaution lui valut un acquittement, lors de sa seconde inculpation en 1907.
    Le culte antoiniste était célébré à Jemeppe, dans une pièce assez spacieuse, garnie de bancs et de chaises. Une peinture jaunâtre recouvrait les murs. La lumière du jour pénétrait par la toiture vitrée et trois fenêtres ogivales. Quinze cents personnes pouvaient prendre place, lors de la cérémonie de l'imposition. « Le Père arrive à la tribune, il a la barbe et les cheveux en broussaille ; ses cheveux, autrefois drus et raides, tombent en boucles souples sur les épaules, à tel point qu'à l'extérieur il doit, pour les maintenir, encercler sa tête au moyen d'une cordelière de soie noire; de bruns grisonnants, les cheveux sont devenus roux. La figure est pâle, émaciée, de ses yeux bruns, doux et tristes jaillit parfois un regard fulgurant. » Muet, hiératique, Louis Antoine joint ses mains, la main gauche gardant la droite, puis il lève les bras et disjoint ses mains. Il garde, un moment, l'attitude du prêtre catholique à la messe, pendant la lecture des diptyques. Enfin, de la main droite, il répand les "fluides" sur la foule, à droite, à gauche, au milieu. Aussitôt après, il se retire et un de ses disciples termine cette brève réunion d'un quart d'heure par la lecture de textes religieux publies dans la revue mensuelle "L'Auréole de la Conscience".
    Contre toute attente, ce mélange de croyances diverses eut un succès plus que passager dans le pays de Liège du Louis Antoine était originaire ; outre celui de Jemeppe, des temples antoinistes se fondèrent à Liège, à Verviers, à Huy, à Seraing, à Montégnée, à Herstal, à Vottem, à Bierset, à Jupille, à Stembert, à Momalle, à Villers-le-Bouillet, et la secte se répandit même dans les pays voisins, notamment à Paris où un temple antoiniste fut édifié rue Vergniaud. En 1908, les antoinistes étaient environ 40 000 dont le 18 000 en Belgique.

Voir les commentaires

Le 13 du mois - L'Antoinisme, ''médecine de l'âme'', est-il une secte ?

Publié le par antoiniste

Le 13 du mois - L'Antoinisme, ''médecine de l'âme'', est-il une secte ?Le 13 du mois - L'Antoinisme, ''médecine de l'âme'', est-il une secte ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Cliquez sur les images pour agrandir

DOSSIER | L’Antoinisme, « médecine de l’âme », est-il une secte ?  

    Vous êtes peut-être déjà passés devant cette église blanche, rue Vergniaud. Il s’agit en fait d’un temple du culte antoiniste, une religion guérisseuse créée en Belgique il y a plus d’un siècle. Si certains la qualifient de secte, il semblerait que la réalité soit plus nuancée.

    « Mes Frères, le Père fait l’Opération, suivie d’une lecture dans l’Enseignement. Celui qui a foi au Père, trouvera satisfaction. » Ce lundi matin, à 10 heures, une des sœurs du temple de la rue Vergniaud annonce la prière devant une quinzaine de fidèles. Debout et silencieux, ils sont venus assister à la lecture des « dix principes de Dieu par le Père », autrement dit le credo antoiniste. Deux sœurs sont montées à la tribune, vêtues de leurs grandes robes noires. Pendant cinq minutes, tous resteront les yeux fermés et les mains croisées pour ce qu’ils appellent « l’opération générale », censée transmettre des bons « fluides » à l’assistance. Une scène digne d’une secte ? Vu de l’extérieur, ce culte peut sembler plus qu’étrange pour les non initiés. Lorsque l’on interroge les commerçants aux alentours sur la présence d’un tel temple dans le quartier, ils lâchent d’ailleurs le mot « secte » sans hésiter. Et pour cause, en 1995, un rapport parlementaire avait listé le culte antoiniste parmi les « mouvements guérisseurs sectaires ». Mais en 2005, une circulaire de Jean-Pierre Raffarin invalide cet intitulé et le qualifie « de moins en moins pertinent ». Depuis lors, et malgré cette remise en cause du rapport de 95, un soupçon plane toujours sur les Antoinistes.

Une dimension thérapeutique qui pose problème
    Le culte antoiniste, créé en Belgique au début du 20e siècle, est classé parmi les « associations cultuelles » en France depuis 1924. « Il n’a jamais fait l’objet d’aucun signalement à la Miviludes qui, je vous le rappelle, n’existait pas en 1995 », rapporte Serge Blisko, président de la Miviludes. Lorsque la commission d’enquête a rendu son avis en 95, Anne-Cécile Bégot, sociologue membre du « groupe société, religions, laïcités » au CNRS, réalisait justement une thèse sur les liens entre santé, religion et spiritualité à travers, notamment, l’étude du culte antoiniste. Elle reconnaît avoir été surprise par le fait que le groupe ait été qualifié de secte.

    Selon le rapport, l’Antoinisme nierait la maladie. Ce n’est pas la première fois que la dimension thérapeutique de ce mouvement religieux guérisseur pose problème. Élevé dans la foi catholique, son créateur, Louis Antoine, commence à s’intéresser au spiritisme en 1884. Alors qu’il se découvre des dons de médium, il décide de rompre avec sa confession d’origine pour se consacrer pleinement à la guérison et se livre à des consultations lors desquelles il détecte les organes malades de ses disciples et leur prescrit des remèdes. Mais ses pratiques lui valent rapidement une action en justice. Considéré comme « une menace pour la santé publique », Louis Antoine « abandonne le recours aux supports médicamenteux ; les moyens spirituels sont désormais considérés comme les seuls légitimes », raconte ainsi Anne-Cécile Bégot dans un de ses articles sur le sujet (1). « Ici, c’est par la prière et par la foi qu’on soigne », assure d’ailleurs une des sœurs du temple de la rue Vergniaud. Elle ajoute : « Il n’y a pas de rejet de la médecine, on va nous-mêmes chez le médecin ! »

[...]La suite dans Le 13 du Mois #28

Publié par Rozenn Le Carboulec  le 15 Avril 2013

Le 13 du mois - L'Antoinisme, ''médecine de l'âme'', est-il une secte ?Le 13 du mois - L'Antoinisme, ''médecine de l'âme'', est-il une secte ?

   

    On peut avoir un aperçu de son contenu par une autre source indiquant notamment le nombre de costumés du temple de la rue Vergniaud. Il faut acheter la version magazine pour avoir l'article dans son entier :

    À la mort du Père Antoine, comme l'appellent ses disciples, c'est sa femme, dite « Mère », qui prend la relève. Aujourd'hui, ce sont les « guérisseurs » qui sont censés avoir hérité de ce don et reçoivent ceux qui le souhaitent en consultation. « Mais leur formation est très sommaire, ils ne sont pas là pour guérir. Ils sont une sorte d'intermédiaire entre Antoine et le disciple », explique Anne-Cécile Bégot. Pour la sociologue, la dimension thérapeutique n'est plus prédominante dans les demandes des fidèles : « Les gens qui viennent consulter sont aux prises avec les difficultés matérielles de la vie : un divorce, le chômage... »

    « On reçoit des personnes de toutes confessions »
      Madeleine, 86 ans, a connu le culte antoiniste il y a presque 50 ans. Elle, qui suit également une cure à Vichy, vient au temple de la rue Vergniaud environ une fois par semaine « pour se rassurer ». « On me reçoit, je demande à ce qu'on prie pour moi et ça m'apporte un certain bien-être », explique la vieille dame, qui croit en Jésus Christ et qui apprécie la « liberté » prônée par l'Antoinisme. « On reçoit des personnes de toutes confessions », ajoute l'une des sœurs. Lors de son analyse des pratiques antoinistes, Anne-Cécile Bégot se souvient par exemple avoir vu une guérisseuse qui portait une croix de Jésus autour du cou.
    Si une grande souplesse est donnée aux fidèles, les costumés, qui portent une tenue noire, sont en général entièrement dévoués au Père Antoine. « Vous obtenez la robe en fonction de votre mérite et de votre foi », explique l'une des sœurs. À l'intérieur de chaque temple, un(e) desservant(e) gère les costumés et décide de leur rôle au sein du culte. « Un fonctionnement assez théocratique, commente Anne-Cécile Bégot, puisque les desservants sont inspirés par le Père. » Sous l'autorité d'un desservant national, qui gère l'ensemble des temples, les costumés donnent de leur temps bénévolement pour organiser le culte et les consultations. Ils sont 49 rien que pour le temple de la rue Vergniaud, majoritairement des femmes. Les seuls bénéfices touchés par l'association seraient récoltés sous la forme de dons anonymes et serviraient à l'entretien des 32 temples français. Madeleine, adepte du culte, n'a d'ailleurs jamais donné d'argent : « Je n'ai pas à payer pour ma foi ! », insiste-t-elle.
    Désintéressement et discrétion semblent ainsi être les maîtres mots des disciples. « Ce qui se passe à l'intérieur reste à l'intérieur, on ne veut pas de pub ! », défend une des costumées. Un choix mis en avant pour s'éloigner encore un peu plus du modèle sectaire ? « Non, cette discrétion était de mise avant 95, rapporte Anne-Cécile Bégot. Les Antoinistes ne sont pas prosélytes. C'est en étant un exemple pour les autres qu'ils pensent pouvoir témoigner de leur religion. »

Un aspect « suranné » qui peut effrayer
    Alors pourquoi ce rapport de 95 a qualifié l'Antoinisme de secte ? Selon la sociologue, ce sont les aspects « ésotérique » et « suranné » qui ont pu y contribuer. Dans le temple de la rue Vergniaud, construit en 1913, sont affichées de très vieilles photos du Père Antoine et de son épouse, ainsi qu'une représentation de « l'arbre de la science de la vue du mal », censé redéfinir « l'arbre de la connaissance du bien et du mal » de la Bible. Si l'on ajoute à cela des murs verts qui ne présentent aucun ornement, si ce n'est une horloge blanche très sobre dont on entend résonner le tic-tac lors de « l'Opération », les temples peuvent effectivement paraître austères.
    Aujourd'hui, les œuvres de Louis Antoine, qui datent de plus d'un siècle, sont les seuls canaux officiels sur lesquels s'appuient les disciples. En conséquence, « nombreux sont ceux qui interprètent ces propos comme bon leur semble », explique Anne-Cécile Bégot. Si certains pensent qu'une consultation pourra préserver leur santé, d'autres, comme Madeleine, viennent parfois pour de toutes autres raisons. Ce lundi matin, la vieille dame a perdu d'importants papiers. Elle espère que le Père Antoine va l'aider à les retrouver. R.L.C.

(1) « La question thérapeutique à l'épreuve du temps. Le cas de la Science Chrétienne et de l'Antoinisme », Ethnologie Française, novembre 2000, n. 4, pp. 601-609

Voir les commentaires

Les secrets de l'Antoinisme (Soirmag, mercredi 12.02.2020, par Philippe Delorme)

Publié le par antoiniste

Les secrets de l'Antoinisme (Soirmag, mercredi 12.02.2020, Philippe Delorme)

cliquez sur l'image pour agrandir

    On a pu lire un article intéressant dans le magazine Soir Mag du mercredi 12.02.2020 (version en ligne avec abonnement) sur l'Antoinisme par Philippe Delorme. Ce dernier s'était déjà intéressé à la figure du Père dans son livre Les Aventuriers de Dieu.

Voir les commentaires

Vu, 2 janvier 1929 - N° 42

Publié le par antoiniste

Vu, 2 janvier 1929 - N° 42

Auteur : Henri Danjou (Directeur de la publication Lucien Vogel)
Titre : Les religions secrètes de Paris
Édition : Magazine Vu N° 42 – 2 janvier 1929 – 20 pages
En ligne sur galliga

Vu, 2 janvier 1929 - N° 42Vu, 2 janvier 1929 - N° 42

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Les photographies sont de Germaine Krull.

Extrait :

    Entrons dans le Temple Antoiniste. C'est rue Vergniaud, dans un décor d'usine et de maisons lépreuses, une église de village et, comme au village, toutes les vieilles femmes du quartier discutent de leurs affaires devant le portail. L'une d'elles porte dans ses bras un être étrange, un enfant maladif, dont les membres sont affreusement contournés. Les saurs laïques qui les accueillent ont un horrible bonnet noir. A l'intérieur du Temple, une lumière verte tamise des vitraux et donne aux gens un aspect cadavérique. Cette foi nouvelle a ses peintres primitifs : des maximes en lettres énormes sur des panneaux noirâtres, un portrait en pied du père Antoine s’appuyant sur l’arbre de la Science du Bien et du Mal en témoignent…
    Là, on vient pour guérir… Un frère, tailleur d’habits de son état, qui a revêtu une soutanelle noire, monte en chaire et lit les enseignements du Père. Il enseigne la Révélation que Dieu envoya à l’humble ouvrier Antoine, « Le Père », lorsque celui-ci vers la quarante-deuxième année de son âge se trouva guéri d’une terrible maladie d’estomac par la puissance de la prière… Mais quel est donc ce mouvement à la fin de la cérémonie ? Des femmes en noir, des frères vêtus de soutanelles, coiffés de haut de forme tronqués, suivent un cercueil recouvert d’un drap vert… C’est un enterrement. Maintenant un Antoiniste repose au sein de Dieu à la droite du « Père ».

Voir les commentaires

Antoine le guérisseur de Manuel Poutte (Lux Fugit Film)

Publié le par antoiniste

Antoine le guérisseur de Manuel Poutte (Lux Fugit Film)

ANTOINE LE GUERISSEUR
un film de Manuel Poutte

    Ce film va raconter l’histoire d’Antoine, un mineur de la région liégeoise qui à la fin du XIXème siècle se découvre un don de guérison, une aptitude à écouter et à apaiser les souffrances de ce monde ouvrier qui endure une vie pénible. Un homme de bien, qui en arrive à fonder la seule et unique religion belge qui n’ait jamais existé : l’Antoinisme. A travers le témoignage de deux adeptes contemporains de l’antoinisme, nous allons retourner aux sources de ce culte oublié qui perdure toujours de manière discrète. A la découverte d’une part oubliée de l’histoire de la Belgique francophone.
COPRODUCTION : FWB

source : http://www.luxfugitfilm.com/pages/en-developpement/antoine.html

 

AIDES AU DÉVELOPPEMENT
2E COLLÈGE
Antoine le guérisseur de Manuel Poutte
Devis : 44 637 EUR
Aide: 25 000 EUR
Production: Lux Fugit Film
    À la fin du 19e siècle, Antoine, mineur de la région liégeoise, se découvre un don de guérison, une aptitude à écouter et à apaiser les souffrances de ce monde ouvrier qui endure une vie pénible. Un homme de bien, qui en arrive à fonder la seule et unique religion belge qui n’ait jamais existé : l’Antoinisme. À travers le témoignage de deux adeptes contemporains de l’Antoinisme, nous allons retourner aux sources de ce culte oublié qui perdure toujours de manière discrète.
source : https://audiovisuel.cfwb.be/fileadmin/sites/sgam/uploads/Ressources/Publications/Bilans_Centre_du_Cinema_et_de_l_Audiovisuel/Bilan_2018.pdf

    On apprend par la Catalogue Lux Fugit Film de juin 2018 que ce documentaire est en développement. Et on peut avoir un aperçu des autres films réalisés par Manuel Poutte. En parocurant la page wikipedia qui le concerne, on peut s'attendre à de la qualité et à de l'impartialité. C'est avec impatience qu'on en attend la sortie.

    Entretemps, le teaser du film documentaire est à voir au lien suivant :
https://vimeo.com/manage/videos/415956104/privacy

Voir les commentaires

Milorad - Les Aveux romanesques (1957)

Publié le par antoiniste

Milorad - Les Aveux romanesques (1957)

Auteur : Milorad
Titre : Les Aveux romanesques
Éditions : Robert Laffont, Paris, 1957

    Le chapitre II (FAUVETTE) évoque les Antoinistes.

Quatrième de couverture :
    A travers les cinq textes qui composent ce livre, quels qu'en soient les héros, c'est toujours la même voix qui se fait entendre. Celle d'un homme qui éprouve de façon aiguë la « difficulté d'être » – difficulté de vivre, d'aimer, d'être aimé – et qui ne trouve de salut que dans la création. Les deux personnages des Aveux romanesques, le narrateur de L'École des veufs, l'écrivain des Autographes, la dame à la licorne, cherchent tous à dépasser la platitude de leur condition ou la fatalité de la mort par l'œuvre, le poème. Il s'agit toujours pour eux d'élever le tombeau qui gardera la mémoire de leurs amours et de leurs passions - et peut-être surtout d'eux-mêmes.
    Usant tour à tour du réalisme le plus cru et de l'expression la plus délicate, Milorad donne avec Les Aveux romanesques un livre d'une étrange beauté, d'une pureté troublante - un livre qui annonce une œuvre véritablement « singulière ».

Cf. GoogleBooks

Voir les commentaires

Olivier Maillart - Les dieux cachés (2019)

Publié le par antoiniste

Olivier Maillart - Les dieux cachés (2019)

Auteur : Olivier Maillart
Titre : Les dieux cachés
Éditions : du Rocher, Paris, 2019

4e de couverture :

    «Il fallait qu'on eût calomnié Henri R. car, lorsqu'il se réveilla le dimanche matin... »
    Dans une charmante ville côtière de la Manche, signes étranges et lettres mystérieuses se multiplient, plongeant malgré lui un honnête professeur de philosophie dans une bien ténébreuse affaire. Complots, enlèvements et sacrifices humains se succèdent à un rythme inquiétant. Avec l'aide de deux petits chiens astucieux, de quelques amis et de beaucoup d'alcool, Henri R. parviendra-t-il à résoudre les énigmes qui l'entourent, et à deviner quel drame obscur elles recouvrent ?Aux confins d'une France perdue, où chacun semble chercher sa secte, on a en effet tout à craindre du retour des dieux cachés...

 

Recension
    Écrire un roman en 2019 : il faut être courageux. Olivier Maillart relève le défi. Il y a du cartoonesque dans son roman, du Tintin parfois : on imagine bien les bulles et les dessins. C’est un roman fantaisiste, parfois surréaliste qui mélange Hergé, Agatha Christie, Flaubert et Barbey d’Aurevilly.
    Scène de la vie de province, le roman est également une étonnante tentative de réenchantement du monde. La satire et l’analyse de types psychologiques le font parfois pencher du côté du réalisme. Mais le véritable propos du livre serait plutôt celui du conte.
    Le régime esthétique du roman fait penser au « jeu sérieux » cher à la Renaissance. Ce n’est pas un roman à thèses, même si l’aspect ludique n’est pas le seul du roman. S’il fallait trouver un genre dans lequel classer ce roman, la catégorie la plus proche serait certainement celle de la sottie. Ce genre médiéval, réemployé par Gide dans Les caves du Vatican, utilise le paradoxe, le contraste comme élément comique afin de rire des ridicules de personnages-types.
    Scène de la vie de province, ce roman est également une peinture sarcastique du désordre spirituel qui règne en Europe occidentale. Il y aurait presque du Huysmans dans ce roman, tant notre début de siècle a étrangement une atmosphère fin de siècle, parcourue par cette « fin des grands récits » dont parlait Lyotard.
    Le catholicisme semble épargné dans le livre, tandis que la franc-maçonnerie, le néo-paganisme sont objets de satire. À la fin du roman, la fête de Noël semble apaiser les âmes contrairement au solstice d’hiver néo-païen présenté comme une parodie de sacré. Le propos du livre semble donc être un appel à l’humilité métaphysique, sans tomber dans le relativisme philosophique.
    Le ton du livre fait penser au début de La peau de chagrin, lorsqu’un personnage se moque des débats philosophiques sans fin et unilatéraux afin de savoir si le matérialisme ou l’idéalisme sont les conceptions les plus véridiques du monde. Le propos du roman n’est cependant jamais relativiste : le bocage parfois s’anime, tel paysage semble habité par une signification surnaturelle. Et puis les chiens parlent.
    Surtout, et c’est là certainement l’élément le plus essentiel et le plus émouvant du livre : son étonnant art du portrait. Henri R. et Henri G. renouvellent le topos du double et de la gémellité en littérature. Ni Bouvard et Pécuchet, ni Dupond et Dupont, les deux Henri forment un excellent portrait de l’amitié. Certaines pages sont bouleversantes d’empathie. Car c’est ce que semble nous dire le narrateur : plus important que les dieux cachés, il y a l’humain révélé.

source : https://skholeus.wordpress.com/2019/01/19/les-dieux-caches-olivier-maillart/

 

Olivier Maillart - Les dieux cachés (2019)

Ouest France, 1er février 2019

 

    Le livre évoque l'antoinisme :

    Bref, il pleuvait ce soir d'automne sur Hirocherbourg lorsqu'une Renault Clio bleu ciel se gara en face d'un bâtiment qui eût pu passer pour industriel, quoique deux ou trois efforts décoratifs en attestassent l'usage cultuel. Une femme d'une cinquantaine d'années en sortit, vêtue d'une large housse de la même couleur que son véhicule, la pluie battante ne permettant pas, de loin, de déceler s'il s'agissait d'une burqa ou d'un vêtement de pluie particulièrement couvrant.
    La porte du bâtiment étant malheureusement fermée de l'intérieur, on entendit la femme pester puis, alors qu'une voix lui réclamait le mot de passe, répéter à trois reprises, de plus en plus fort afin de couvrir les mugissements du vent, la formule « Ja ja so blau blau blau blüht der Enzian », avec l'entrain de Heino au temps de sa splendeur, au cours d'une fête de la saucisse particulièrement arrosée. On lui ouvrit enfin la porte, et la femme put se mettre à l'abri.
    Dans le vestibule où elle venait d'entrer s'affairait déjà une autre femme, d'une cinquantaine d'années elle aussi. Elles n'échangèrent pas un mot, se dévêtant de leur cape de pluie bleutée pour enfiler un nouveau vêtement, semblable aux aubes des prêtres catholiques, entièrement bleu. Les murs étaient nus, d'aspect vétuste avec leur peinture écaillée. Une pancarte au-dessus de la porte qui menait à la pièce principale du temple indiquait qu'il était interdit de parler de « choses matérielles » dans le vestibule. Chantal, puisque c'était elle, finit par passer dans une petite pièce mitoyenne pour y prendre un fort volume dont la couverture disait qu'il contenait les Saints écrits du père Antoine. Elle attendit un instant, le temps que soeur Bénédicte lance le disque, puis, alors qu'une musique planante à la Vangelis se répandait dans tout le bâtiment, elle entra d'un pas mesuré, plein d'une noble dignité, et remonta l'allée principale de la grande salle qui séparait deux rangées de bancs vides. Elle arriva au niveau de l'autel, se prosterna, puis monta à la chaire. Relevant les yeux, elle reconnut soeur Bénédicte, soeur Brigitte et soeur Estelle. Les autres, une fois de plus, n'étaient pas venus.

    Il est difficile de faire comprendre ce qu'est une célébration antoiniste à qui n'a jamais assisté à l'une d'entre elles. L'Église antoiniste est une religion relativement récente, née dans la seconde moitié du xixe siècle. C'est la seule religion au monde, et cela mérite d'être relevé, qui soit jamais née en Belgique (pays d'apparition récente lui-même, il est vrai). Elle fut l'ouvre du père Antoine, un honnête homme ainsi qu'un être inspiré, si l'on en croit les antoinistes du moins, principale source d'information sur la question. Le père Antoine avait pour ambition de forger une religion syncrétique qui réconcilierait, au-delà des bornes du christianisme au sein duquel il était né, toutes les spiritualités du monde. Il plaçait une foi toute particulière dans ce qu'il appelait les « fluides ». Ceux-ci se trouvent un peu partout, dans les êtres et les éléments, passant par-ci, revenant par-là, à la manière des petits lapins des dunes chassés par Ippolit et Jean-Petit. Le père Antoine se livrait-il lui-même à la chasse au lapin lorsqu'il eut l'intuition de sa religion fluidique ? Il serait difficile de l'affirmer avec certitude, sans qu'on puisse pour autant rejeter catégoriquement cette hypothèse.
    Quoi qu'il en soit, le culte antoiniste, qui possède des antennes en Belgique, en région parisienne et en Normandie, se porte modestement. Dans ses temples, on croise des personnes vêtues de bleu qui peuvent parler à certains endroits, mais pas à d'autres. Chantal y avait le grade de chanoinesse et elle remplissait avec sérieux toutes les obligations attenantes à sa fonction. Seul le recrutement peinait un peu, malgré des efforts méritoires du côté de ses collègues de lycée.

    Une fois l'oraison finie, Chantal repartit en élevant devant elle les Saints écrits du père Antoine. Les autres soeurs avaient formé une procession derrière elle et, comme le disque n'était pas encore tout à fait fini et que la musique leur plaisait bien, elles avaient encore accompli plusieurs tours de la salle de prière avant de rejoindre le vestibule pour se changer. Une fois les aubes rangées, ces dames, toujours de bleu vêtues, s'étaient mises dans le seul coin du bâtiment où il était autorisé d'échanger des propos triviaux. On quittait les fluides pour retrouver les « choses matérielles ». Estelle avait une nouvelle recette de cake aux lardons dont elle voulait faire profiter les copines. Brigitte demandait à ce qu'on organise les trajets pour la réunion d'équipe.
    « Pour l'adresse, tout le monde sait, c'est bon, mais moi je ne veux pas me retrouver en carafe !
    - Oui, pas de problème, tu monteras avec Bénédicte. Par contre, il nous manque toujours une cinquième femme, et je vous rappelle qu'il nous faut une jeune fille pour le rite.
    - Oui, oui, on sait, mais comme tu sais aussi ce n'est pas si simple d'en attraper une, ici !
    - Oui, ce n'est pas faute d'avoir essayé. - Au Temple de Saint-Lô, il paraît qu'ils y sont arrivés...
    - Mais à Saint-Lô il y a quatre hommes, alors pour attraper des jeunes filles c'est plus facile !
    - Oui, mais en attendant, au-dessus (à ce moment-là, Brigitte fit mystérieusement un signe du doigt qui désignait le plafond et, bien au-delà, comme toutes le comprirent sur-le-champ, les hautes sphères du culte antoiniste), ils s'impatientent... Ils parlent de fermer notre temple si cette année on n'arrive pas à plus de résultat !
    - On sait, Brigitte, on sait. Écoutez, les filles, ne paniquons pas, on peut encore y arriver. Et si ça se trouve, ce soir même...
    - Ce soir même, tu as vraiment la foi, Chantal !
    - Bien sûr que j'ai la foi, sinon je ne serais pas ici. Allez les filles, aux voitures, et en route ! »

    Et tandis que les beaux oiseaux bleus du culte antoiniste s'égayaient par les rues hirocherbourgeoises en entonnant en choeur « Blau blau blau blüht der Enzian », dans une autre partie de la ville tout aussi battue par la pluie et les vents, Henri G. arrivait à l'entrée de l'Igloo pour le vernissage de l'exposition « La photographie new-yorkaise des années 2000, entre luttes post-urbaines et discriminations genrées ».

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>