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Christophe Bourseiller - Guide de l'autre Paris (2001)

Publié le par antoiniste

 Christophe Bourseiller - Guide de l'autre Paris (2001)   Auteur : Christophe Bourseiller
Titre : Guide l'autre Paris
Édition : Bartillat, Paris, 2001 (241 pages)

    Pour le XIIIe arrondissement, à la p. 155, dans les Lieux de culte inattendus, on évoque le temple antoiniste du 34, rue Vergniaud :

    Voici sans conteste une adresse exotique. Le culte antoiniste tire son nom de son guide et fondateur, Louis Antoine, que ses disciples nomment en toute simplicité : le Père. Religion guérisseuse, inspirée tout à la fois du christianisme et de la théosophie, l'antoinisme possède de bien curieux temples. Ainsi cette belle bâtisse blanche, surmontée d'une large inscription : « Culte antoiniste ». De nombreux adeptes viennent prier tout le jour, dans l'espoir d'obtenir miracles et guérisons. D'étranges créatures dont la tenue tient à la fois du costume folklorique breton et de la robe de bonne sœur, accueillent le visiteur. Renseignement pris, il s'agit des « costumées du porche », auxquelles il est loisible de poser toutes les questions possibles. Mais attention. Sitôt pénétré dans l'enceinte sacrée de ce temple aux teintes vertes, plus question d'ouvrir la bouche. On se tait, devant le Père...


   Plutôt bienveillant dans son autre livre, le Guide de l'autre France, l'auteur "en fait des tonnes" pour coller à la ligne éditoriale du livre.  

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Récits de Vie (ASBL Phénix-2013-14)

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Récits de Vie (ASBL Phénix-2013-14)Récits de Vie (ASBL Phénix-2013-14)-Apocalypsychose

 

 

Titre : Récits de Vie
Réalisés par les bénéficiaires du Centre de Jour de l'ASBL Phénix dans la cadre des ateliers « Ecriture »
Éditions : ASBL Phénix (2013-2014), Jambes (Province de Namur), 148 pages -
Editeur responsable : Leonardo DI BARI, Directeur
cf. https://fr.calameo.com/books/005754060dcb0314ee29d

    Dans les Commentaires de son récits autobiographiques, Apocalypsychose (d'après Jean l'Evangéliste, le Père Antoine, Gaston Leroux, Michel de Ghelderode, Dan Kiley, Francis Coppola et des auteurs anonymes), un des sept auteurs anonymes fait part (p.123) de sa découverte de l'Antoinisme :

    C'est dans ce contexte que je découvris l'antoinisme, une spiritualité fondée cent ans auparavant par le Père Antoine. Ce catholique, converti au spiritisme, avait voyagé en Europe centrale et en avait ramené une philosophie orientale qu'il avait adaptée à l'intention des Occidentaux. Cette doctrine recommande d'agir toujours en fonction de notre naturel. En fonction de notre niveau spirituel et compte tenu des moyens dont nous disposons, nous devons agir le plus authentiquement possible. La prudence et la retenue ne doivent pas guider notre vie si nous ne le souhaitons pas. Nous sommes seuls juges des limites que nous dépassons. Ce sont les remords que nous éprouvons lors de certains passages à l'acte qui nous recentrent. Le changement ne peut survenir qu'à l'issue d'une prise de conscience.
    Par conséquent, le mal n'existe pas. Un évènement n'est jamais mauvais en soi et ce n'est que le regard que l'on porte dessus qui le détermine comme tel. Il nous arrive, d'ailleurs, de constater que d'un mal peut naître un bien. Or, aucun bien ne pourrait naître d'un mal absolu.
    Dans mon récit, j'ai fait accepter, à Jean, que Mina se soit volontairement abandonnée à Erik.
    Dans la réalité, j'ai reconnu que j'avais eu besoin de vivre tout ce que j'avais vécu, y compris ce qui pourrait être interprété comme étant le pire.
    Quant à la destruction, dans le récit, du Roi de l'abîme lors du Conseil des mille milliers, elle représente symboliquement la nouvelle façon de penser que j'ai désormais adoptée. Le Roi représentant le mal, sa destruction entraînait, par là même, la destruction de la vue du mal ! Depuis, je ne vois effectivement plus les choses en termes de bien et de mal. Je ne les vois qu'en termes de faits qu'il s'agit de comprendre en remontant à leur cause.
    Je tiens à préciser que je ne suis pas antoiniste et que je ne l'ai jamais été. Si j'ai assez bien adhéré aux aspects philosophiques de la doctrine du Père Antoine, il n'en a pas été de même des aspects religieux. Les croyances en Dieu, en la réincarnation et en l'efficacité de la prière n'étaient pas vérifiables. Or, seul ce qui l'était m'intéressait désormais. Je suis donc toujours resté extérieur à ce mouvement.
    J'avais découvert l'antoinisme dans des temples qui lui étaient consacrés. Les offices qui s'y déroulaient étaient d'une grande sobriété. L'un d'eux consistait en une lecture extraite d'un des ouvrages du Père Antoine. C'était un desservant qui s'y attelait. Dans le temple que je fréquentais plus particulièrement, c'était une desservante. Il n'y avait jamais grande affluence. Je me suis le plus souvent retrouvé tout seul dans l'assemblée ! Mais même lorsqu'il n'y avait personne, la desservante procédait à la lecture à voix haute afin d'en faire profiter les esprits ! De par sa qualité de médium, elle prétendait, en effet, ressentir leur présence. Et il m'est arrivé d'imaginer qu'en fait, elle était seule à me voir de la même façon que, dans le film Sixième sens, Cole Sear, le petit garçon médium est seul à voir le docteur Malcolm Crowe, qui ignore être mort. J'aurais, moi-même, été mort sans m'en être rendu compte... C'est la raison pour laquelle, dans mon récit, Jean assiste au réveil de Daroga par Erik en présence de Mina sans que personne ne le voie. Ce n'est pas explicite, mais j'ai effectivement fait mourir Jean ! En fait, il n'a pas survécu à la noyade...

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Priscilla Telmon et Vincent Moon - Le Paris des esprits (2021)

Publié le par antoiniste

Priscilla Telmon et Vincent Moon - Le Paris des esprits (2021)

Auteurs : Priscilla Telmon et Vincent Moon (cinéastes et explorateurs sonores)
Titre : Le Paris des esprits, Voyage à travers le Paris mystique et alchimique
Éditions : 2021

    Paris la ville des Esprits n'a pas disparu, bien au contraire. Nous vous proposons de réinvestir ces chemins et de réinventer notre rapport à la « Ville Lumière », ce Tout-Monde.

source : https://issuu.com/samuelaubert/docs/ms-tracesparis_print Priscilla Telmon et Vincent Moon - Le Paris des esprits (2021)

 

Avant-propos (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

 

    Les auteurs évoquent le Temple du Passage Roux, dans le 17e arrondissement.

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Christian Libens - Sur les pas des écrivains à Liège (1997)

Publié le par antoiniste

Christian Libens - Sur les pas des écrivains à Liège (1997)Auteur : Christian Libens
Titre : Sur les pas des écrivains à Liège
Éditions :  Octogone - Collection : Promenades découvertes
Paru le 15/04/1997 | Broché 120 pages

RUE HORS CHÂTEAU
Rebrousser chemin et, au pied des escaliers, emprunter à droite la ruelle jusqu'à la rue Hors Château.
    Arrêtons-nous avec le poète Arthur Haulot devant le curieux bâtiment à l'angle droit du carrefour: "Regardez cette inscription "Temple antoiniste". Il y a plus d'un siècle que naquit près d'ici, dans le bassin industriel en amont de Liège, à Jemeppe sur Meuse, ce Louis Antoine que je connus en mon enfance comme "Antoine le Guérisseur". Bon chrétien, théosophe, féru de spiritisme, révolté par la misère humaine qu'il devait côtoyer, visité par l'Esprit. Il se mit, lui aussi, un peu plus tard que l'Autre, à enseigner l'amour. Il eut ses disciples, hommes et femmes, ses temples de prière, de méditation, et des milliers, des dizaines de milliers de fidèles."
    En effet, cet ancien mineur et ouvrier métallurgiste (o symbolisme du gagne-pain d'un jeune prolétaire liégeois durant la cynique Révolution industrielle!) est bien le fondateur de la seule religion belge, l'antoinisme, sorte de syncrétisme de christianisme et de spiritisme. Tolérants envers les autres religions, les antoinistes ne sont plus guère répandus aujourd'hui qu'en Belgique francophone et dans le nord de la France, où ils disposent d'une soixantaine de temples desservis par des ministres du culte des deux sexes. Avec Délivrez-nous du mal, Antoine le guérisseur, Robert Vivier (1894-1989) a consacré au Père Antoine un roman aussi passionnant sur le destin d'un homme exceptionnel que sociologiquement éclairant sur une région et ses habitants durant la seconde moitié du XIX siècle.

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Michel Gauquelin - Les paracroyances en France aujourd'hui (1966)

Publié le par antoiniste

Michel Gauquelin - Les paracroyances en France aujourd'hui (1966)

Auteur : Michel Gauquelin
Titre : Les sectes, les pseudo-sciences et les paracroyances en France aujourd'hui
in Planète N° 26, janvier 1966, p.111 (199 pages)
cf. https://fr.scribd.com/document/539425280/Plane-te-n-26

 

    Cinquante-cinq temples antoinistes, trois à Paris

Il était une fois, à la fin du XIXe siècle en Belgique, un brave homme qui s'appelait Antoine Louis. Un destin singulier fit de cet ouvrier mineur, plus tard concierge dans une usine de tôles, le fondateur d'une religion qui compte actuellement plusieurs dizaines de milliers de fidèles tant en Belgique qu'en France. Le père Antoine (1846-1912) était une âme religieuse et inquiète. La mort de son fils en 1893, qu'il n'admet pas, l'amène à s'adonner au spiritisme. Un jour, les esprits lui annoncent qu'il est doué de pouvoirs. Il impose les mains aux malades qui se pressent en foule à sa maison de Jemeppe-sur-Meuse. Sa popularité, vite extraordinaire, l'incite à fonder en 1906 une nouvelle religion. Après sa mort, sa femme, la mère, reprendra le flambeau.

Aujourd'hui, il existe cinquante-cinq temples antoinistes en France et en Belgique, desservis par plus de 2 000 frères et sœurs vêtus de noir. L'année dernière, les Antoinistes consacraient un nouveau temple à Bordeaux. Ils louèrent à cet effet un train spécial, tant il y eut de pèlerins. A Paris, trois temples ont été édifiés. Tous les jours, à 10 heures, « l'opération » a lieu et le dimanche est donné « l'Enseignement du Père ». Je suis allé entendre cet enseignement dans le temple de la rue Vergniaud. On prie, les mains jointes. Au fond de la salle peinte en vert (la couleur antoiniste), je découvre une trinité insolite : au centre une immense photographie du père, vieillard à barbe vénérable, qui étend la main d'un geste protecteur ; à gauche une photographie de la mère, les mains jointes ; à droite le dessin d'un arbre avec cette inscription : Culte antoiniste. L'ARBRE DE LA SCIENCE DE LA VUE DU MAL. Sur l'estrade, un vieillard en robe noire lit d'une voix monocorde, tandis qu'au-dessus de lui, un autre frère, debout, étend les bras :
« L'enseignement du père, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la foi. Il tient compte des progrès de la science. Nous sommes entourés de fluides répandus dans l'atmosphère. Pour accomplir un travail, il nous faut user de ces fluides. A chaque quantité de fluide captée correspond une quantité de matière qui s'installe en nous. Plus nous avons besoin de fluide pour un travail donné, plus nous emmagasinons de matière. Si nous apprenons à nous concentrer, nous utiliserons moins de fluide. Ainsi deviendrons-nous moins matériels. A la place de la matière s'installera en nous la bonté. Ceux qui contiennent beaucoup de bonté peuvent en dispenser aux autres et les soulager de leurs maux. » Chaque jour, l'« opération au nom du père » a pour objet de guérir. Les malades sont reçus dans de petites salles vertes, sur les bas-côtés du temple, et les frères et sœurs leur imposent les mains. Les Antoinistes croient en outre à la réincarnation. Ils s'efforcent d'être bons, charitables, humbles, et sont bien organisés. Aucune quête. L'église vit des dons spontanés de trente mille fidèles.


   
Comme conclusion (toute provisoire comme il dit), l'auteur écrit encore : « La caractéristique fondamentale qui, pensons-nous, relie les adeptes des paracroyances, c'est l'immaturité. Immaturité intellectuelle, mais surtout immaturité affective. Comme des enfants frustrés d'amour, ils ont besoin d'un Père ou d'une mère, d'un guide bienveillant et accessible : le père Antoine, la chère maman Lydie, la papesse de Boston, le Christ de Montfavet...

    « Mais gardons-nous d'une sévérité extrême. Une enquête sur la crise des grandes religions, publiée dans le précédent numéro de Planète, concluait à une vacance grandissante de l'esprit religieux, hors des cadres consacrés qui se rétrécissent. Louis Pauwels, dans ce même numéro, notait dans l'esprit moderne progressiste, une absence d'espérance révolutionnaire fondamentale. Il y a ainsi, sur tous les plans de la conscience, une sorte de manque du sens de la destinée, un désarroi et une attente. Pauwels, citant Malraux selon qui le siècle à venir sera métaphysique et reprenant une analyse d'André Amar, montrait une double crise, sinon présente, du moins très prochaine, de la logique et de l'ontologie dans la pensée occidentale plongée dans la confusion des fins, et où les anciens absolus politiques, philosophiques et religieux sont devenus caducs. Tout se passe comme si notre pensée était dans l'attente de valeurs nouvelles et d'une refonte des conceptions générales de l'homme et de l'Univers intégrant la vieille inquiétude métaphysique. Mais il est bien évident que cette intégration de la métaphysique dans une rénovation des idées ne saurait passer par la voie aliénante de ces pseudo-religions, de ces paracroyances. Celles-ci témoignent plus du désarroi général qu'elles n'annoncent le futur. Elles sont, au sens fort du mot, un scandale dans la pensée moderne. Mais, sans doute, faut-il que le scandale arrive. Son feu éclaire les lézardes qui se font dans les autres certitudes. Sans nous inviter à l'indulgence, il nous oblige à un plus grand effort d'interrogation et nous montre encore une fois que nous ne savons pas tout. Le plus fou est celui qui, croyant tout savoir, juge tous les autres fous. »

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René Guenon - Le Théosophisme (1965) - extrait

Publié le par antoiniste

    Un autre point à noter, c'est que la propagande, même la propagande théosophiste caractérisée, cherche volontiers à s'exercer dans les milieux ouvriers. […] Sur ce terrain éminemment « démocratique », le théosophisme se trouve en concurrence avec le spiritisme, dont la propagande non moins acharnée fait aussi, surtout dans certaines régions, de nombreuses victimes dans le monde ouvrier. Ainsi, il existe (ou du moins, il existait avant la guerre, qui a dû y apporter quelque perturbation) une secte spirite dénommée « Fraternisme », dont le centre était à Douai, et qui avait recruté des milliers d'adhérents parmi les mineurs du Nord de la France (1). Un autre exemple très frappant est celui de l'« Antoinisme », cette pseudo-religion qui prit en Belgique un développement extraordinaire (2), et qui établit même un temple à Paris en 1913 : son fondateur, qu'on appelait le « Père Antoine », mort en 1912, était lui-même un ancien ouvrier mineur à peu près illettré ; c'était un « guérisseur » comme on en rencontre beaucoup parmi les spirites et les magnétiseurs (3), et ses « enseignements », que ses disciples regardent comme un nouvel Evangile, ne contiennent qu'une sorte de morale protestante mêlée de spiritisme, et qui est de la plus lamentable banalité (4). Or, les théosophistes témoignent à cette secte une vive sympathie, comme le prouve cet extrait d'un de leurs journaux : « La Théosophie ayant une portée à la fois morale, métaphysique, scientifique et ésotérique, il n'est pas permis de dire que les enseignements théosophiques et antoinistes sont identiques ; mais on peut affirmer que la morale antoiniste et la morale théosophique présentent entre elles de très nombreux points de contacts. Le Père, d'ailleurs, ne prétend que rénover l'enseignement de Jésus de Nazareth, trop matérialisé à notre époque par les religions qui se réclament de ce grand Etre » (5). Un tel rapprochement est, au fond, assez peu flatteur pour le théosophisme ; mais il ne faut s'étonner de rien, car le « Père Antoine », malgré l'ignorance et la médiocrité intellectuelle dont il fit toujours preuve, fut considéré par certains occultistes plutôt naïfs comme « un des douze Grands-Maîtres Inconnus de la Rose-Croix » (6) ; pourquoi n'arriverait-on pas à en faire une sorte de « Mahatma » ?

 

(1) Une autre secte spirite assez analogue existait en Belgique, sous le nom de « Sincérisme » ; elle avait pour chef un Maçon de haut grade, le chevalier Le Clément de Saint-Marcq.
(2) Au moment où la guerre éclata, la religion antoiniste était sur le point d'être reconnue officiellement ; un projet de loi avait été déposé à cet effet par deux des chefs de la Maçonnerie belge, les sénateurs Charles Magnette et Goblet d'Alviella. — Depuis cette époque, on a raconté des choses singulières sur le respect tout spécial témoigné par les Allemands à l'égard des temples antoinistes, et que les adhérents de la secte attribuèrent à la protection du « Père ».
(3) Une secte américaine de « guérisseurs », connue sous la dénomination de Christian Science, cherche actuellement à s'implanter en France, et il paraît même qu'elle a quelque succès dans certains milieux. Sa fondatrice, Mme Baker Eddy, avait annoncé qu'elle ressusciterait six mois après sa mort ; cette prédiction ne s'est pas réalisée, ce qui n'a pas empêché la secte de continuer à prospérer, tant est grande la crédulité de certaines gens.
(4) Ces « enseignements » sont tout à fait comparables à certaines « communications » spirites ; les Antoinistes croient à la réincarnation comme les spirites ordinaires et les théosophistes.
(5) Article intitulé Une religion spirituelle, paru dans le Théosophe du 1er décembre 1913.
(6) Les mêmes occultistes attribuaient aussi cette qualité à plusieurs autres « guérisseurs » du même genre, notamment à Francis Schlatter, un Alsacien émigré en Amérique, et qui disparut d'une façon assez mystérieuse. L'écrivain occultiste Auguste Stindberg a raconté, dans Inferno (pp. 110-113), une histoire fantastique au sujet de ce personnage.

René Guenon, Le Théosophisme, Histoire d’une pseudo-religion (Suite et fin)
XII. – Théosophisme et Franc-maçonnerie
in Revue de philosophie, XXVIII, Janvier à Décembre 1921 (pp.396-398)

    Dans l’édition publié du livre, plusieurs notes font partie du corps du texte.

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A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 - Couverture

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A-Z hebdomadaire illustré n°19-26 juillet 1936 - Couverture

Auteur : Paul Ruscart
Titre : Dans le sillage des dieux... VII - Chez les Antoinistes
Éditions : A-Z Hebdomadaire illustré n°19, 26 juillet 1936
Disponible en ligne sur le site de la KBR (avec un compte gratuit)

    L'article, fidèle et bienveillant, évoque la Fête du Père du 25 juin 1936 avec plusieurs photographies (Le Père, La Mère, Des Antoinistes).
    Le même magazine avait déjà publié en 1934 un reportage sur les Antoinistes, notamment de Liège.

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Louis Piérard - En Wallonie (1911)

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Louis Piérard - En Wallonie (1911)

Auteur : Louis Piérard
Titre : En Wallonie
Éditeurs : Henri Lamertin, Bruxelles, 1911Louis Piérard - En Wallonie (1911)

    Louis Piérard est un homme politique belge et un militant wallon né à Frameries (dans le Borinage) le 7 février 1886 et mort à Paris le 3 novembre 1951, mais repose au cimetière de Frameries, au pied d'un des plus anciens charbonnages. Sur le tombeau érigé par la commune, on lit l'inscription Citoyen du monde. Son œuvre vient de passer dans le domaine public.
    Issu d'une famille modeste (ses deux grands-pères étaient mineurs), il vint très jeune au socialisme et lutta aux côtés de Jules Destrée et Émile Vandervelde pour le suffrage universel. Il fut maire de Bougnies, sur la frontière française, de 1933 à sa mort.
    Journaliste, il collabora au journal Le Soir puis au journal Le Peuple, organe de son parti, mais aussi pour Le Flambeau, le journal de Gustave Gony (il est donc possible qu'il fût spirite). Il accompagne François Crucy pour son article dans l'Humanité. Il écrivit de nombreuses critiques d'art (sur Van Gogh, Manet…) et Visages de la Wallonie (réédité par Labor, Bruxelles, 1980). Ce livre est de la même trempe que ce dernier, mais date de 1911, un des premiers titres de l’auteur.
    Il y consacre deux chapitres à ce qui nous intéresse : les Thaumaturges (pp. 47-49) et Antoine le Guérisseur (pp.50-56). Pour autant, l’auteur ne nous apprend rien, et fait un travail de journaliste qui rapporte des faits. Cependant je doute qu’il se soit rendu à Jemeppe. Jugez par vous-mêmes. Pourtant, il semble bien connaître le culte, car deux articles (L'Humanité donc, et Le Monde illustré) l'évoque. Et il a soutenu la reconnaissance du culte auprès du Parlement.
    On retrouve une sœur Alice Piérard en relation avec le temple de Verviers, sans savoir s'ils sont de la même famille.


                                 THAUMATURGES

    A tout seigneur, tout honneur. Que je vous parle d'abord de l'éphémère bon dieu Baguette qui opéra deux mois durant à Ressaix, près de Binche dont le carnaval est célèbre.
    Jemeppe-sur-Meuse avait déjà Antoine le Guérisseur. Nous connaissions aussi un brave paysan d'Erbisœul qui succéda à son beau-père dans les délicates fonctions de Tout-Puissant. Et cette trop neuve région du Centre où Baguette opéra, n'avait-elle eu déjà Louise Latteau, la fameuse stigmatisée de Bois-d'Haine ?
    Ce christ de Ressaix, après des semaines de gloire et de recettes abondantes (on vint le consulter Paris, de Lille et d'Arlon !) connut en quelques jours la plus lamentable des déchéances et le ressentiment de la foule. Il eut le tort grand de ne point se montrer assez supra-terrestre ; Il s'enivra, eut une maîtresse, fut appelé au Parquet de Charleroi. Aucun dieu ne peut résister à de telles épreuves.
    La révélation lui était venue au fond de la mine : plusieurs fois, devant ses camarades ahuris, puis bouleversés, ce jeune sclauneur jetant son pic s'était écrié « qu'il le voyait encore. » Sur la façade du cabaret paternel, on peignit à la chaux blanche : Au nouviau bon Dieu, Jules Buisseret, dit Baguette. Et malades, curieux, reporters, affluèrent de partout. « Qui eût cru, dit la mère Buisseret, que nos fieu s'rait dèv'nu bon Dieu ? »
    Moi aussi je fus le consulter. Le pays est hideux, presque effrayant : chemins noirs et boueux, maisons toutes pareilles, trop neuves et trop sales à la fois. On se prend à regretter avec douceur d'autres régions charbonnières, antiques celles-là, où une industrialisation féroce n'a pas encore souillé un paysage de vieux terrils verdissants et de collines douces.
    Aux murs du cabaret sordide, des béquilles, des crucifix ornés d'une cocarde en flanelle rouge, des vierges naïvement peinturlurés, voisinaient avec des chromos recommandant le chocolat des Boers ou l'élixir des colombophiles. Les visiteurs attendaient leur tour, assis devant une chope crasseuse. « Allons, à qui le tour ? » criait de temps en temps le Bon Dieu du fond de la cuisine. C'était un jeune homme maigre, aux joues blêmes, au regard fuyant. Une narquoise chanson populaire décrivait ainsi son accoutrement :
                     Il a n'ceinture de rouge coton,
                     Pou fé t'nir ses marronnes (son pantalon),
                     Il a planté dins des bouchons
                     Des s'pénes (épines) pou fé n'couronne.
    Ajoutez à cela un énorme crucifix en plomb attaché au gilet du bonhomme par une épingle de sûreté, et un sceptre grossier. Son remède consistait en peu de chose : dire des prières tous les jours, matin et soir, et après les repas : faire le signe de la croix de la main gauche et à l'envers. Penser à lui. Et voilà ! Cela valait dix sous, cinq francs, dix francs, selon la mine. Cocasse et poignant !

 

                                 ANTOINE LE GUÉRISSEUR

    Cent soixante mille Belges ont demandé dans une pétition au Parlement de leur pays, la reconnaissance d'une nouvelle religion : l'Antoinisme.
    Cent soixante mille signatures ! Ni le suffrage universel, ni l'instruction obligatoire, ni la limitation des heures de travail n'ont jusqu'ici, bénéficié d'un tel engouement. Dans une lettre qui accompagne la pétition, une propriétaire, un professeur de lycée, et un lieutenant d'infanterie exposent ce que demandent avec eux, ces 160.000 Belges : la reconnaissance légale d'un nouveau culte, le culte » antoiniste », du nom de son fondateur, Antoine le Guérisseur, un homme étrange qui, au pays de Liège, exerce depuis quelques années, un étonnant prestige.
    Si Antoine le Guérisseur et ses adeptes, dit la pétition, demandent la reconnaissance légale de leur culte, ce n'est pas pour obtenir des subsides. La religion antoiniste est fondée sur le désintéressement le plus complet : Antoine le Guérisseur et ses adeptes ne veulent recevoir ni subside ni rémunération, mais assurer l'existence légale de leurs temples.
    Ajoutons que les signataires joignent à leur pétition quelques certificats de guérison dont la lecture disent-ils, fera comprendre pourquoi ils considèrent Antoine le Guérisseur comme l'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.
    Jemeppe-sur-Meuse, c'est, au noir pays du fer et du charbon, près de Liège, un gros village minier au bord de la Meuse. De l'autre côté du fleuve, au bout du pont de fer, c'est l'ancien palais des princes évêques de Liège, l'entrée des usines Cockerill, Seraing, qui impressionnait Victor Hugo si violemment en 1838, et qui est bien, aujourd'hui, l'un des grands temples de la beauté moderne. Un peu plus loin, en amont, sont les cristalleries du Val-Saint-Lambert.
    C'est dans ce décor que le thaumaturge Antoine opère depuis quelques années. On le vient voir de très loin, non seulement de toutes les provinces belges, mais encore du nord de la France et du grand-duché de Luxembourg. Louis-Antoine est né en 1816, Mons-Crotteux, un village de ce pays de Liège, où, à l'âge de douze ans, il descend dans la mine, avec son père et son frère. A l'âge de vingt-quatre ans, il quitte la Belgique pour l'Allemagne, où il travaille pendant cinq ans ; puis nous le retrouvons dans les environs de Varsovie, où il fait un nouveau séjour de cinq ans. Marié à une payse, il revient à Jemeppe, à la tête d'un petit pécule, qu'il a vite fait de partager en aumônes continuelles. Dès lors, après une grande crise mystique, Antoine commença sa carrière de guérisseur.
    Il fut longtemps un fervent disciple d'Allan Kardec et fonda à Jemeppe même, la société spirite des « Vignerons du Seigneur. » Les esprits, un jour, lui révélèrent sa mission actuelle et lui ordonnèrent de se consacrer tout entier à « l'art de guérir. » Et Antoine commença d'imposer les mains aux malades en leur disant simplement : « Pensez à moi, ayez la foi ».
    Plus tard, le nombre des visiteurs étant devenu trop considérable, Antoine adopta le système de la guérison en bloc, par paquets. A présent, il n'opère plus que les quatre premiers jours de la semaine. Vers dix heures, quand quelques centaines de visiteurs sont réunis dans le temple, le bonhomme paraît, monte dans une chaire et invite l'assemblée à se recueillir. Lui-même semble concentrer toute sa pensée sur un point et souffrir. Puis, sortant de sa torpeur, il recueille dans l'atmosphère, les fluides !!! S'ils sont mauvais, il demande aux assistants de prier pour purifier l'ambiance...
    Le « temple » de Jemeppe-sur-Meuse est bâti comme beaucoup de maisons en Wallonie, sur l'emplacement d'une exploitation charbonnière abandonnée : le grisou s'échappe, s'allume facilement à un petit trou que l'on a foré dans le plancher. De même autrefois, les pythonisses plaçaient leur trépied au-dessus d'une ouverture crachant des vapeurs infernales...
    Antoine est végétarien, travaille de ses mains continuellement, tâche de suffire à tous ses besoins.
    – Mais, allez-vous dire, c'est l'histoire de Tolstoï que vous nous racontez là !
    A la vérité, la similitude est frappante, surtout si l'on étudie leur enseignement moral à tous deux.
    Cependant, c'est à un simple, à un ouvrier peu instruit, ne l'oublions pas, que nous avons affaire ici.
    A vrai dire, c'est surtout un panseur de plaies morales ; mais j'ai trouvé dans cet homme une telle force de persuasion que je ne serais point étonné qu'il eût agi favorablement sur bien des malades. A un ami qui m'accompagnait il y a quelques années, quand je l'allai voir, et qui lui demandait une consultation, cet homme étrange répondit avec calme :
    – Vous n'avez point la foi : je lis bien dans vos yeux que vous me demandez cela par goguenardise ou poussé par une frivole curiosité. A quoi bon vous répondre ?...

*
*   *

    Il y a, dans les boniments que répandent les fidèles d'Antoine, des choses bien amusantes. Tenez, je trouve à la fin d'une brochure intitulée : L'auréole de la conscience, révélation et biographie d'Antoine le Guérisseur, l'annonce suivante :
    Nous portons à la connaissance des personnes souffrantes que le GUERISSEUR ne reçoit plus en particulier. Il fait en tout quatre opérations générales par semaine : les lundi, mardi, mercredi et jeudi, à 10 heures.
    Pour les opérations particulières, une dame qui opère en son nom Le remplace. Les personnes qui ont foi en Lui, soit pour conseils, contrariétés ou maladies, recevront satisfaction aussi bien par l'intermédiaire de cette dame que par Lui-même.
    Mais voyons la doctrine de cet homme qui a plus du thaumaturge en lui que du vulgaire rebouteux.
    L'enseignement d'ANTOINE LE GUERISSEUR a pour base l'amour, il révèle la loi morale, la conscience de l'humanité : il rappelle à l'homme les devoirs qu'il a remplir envers ses semblables ; fût-il arriéré même jusqu'à ne pouvoir le comprendre, il pourra, au contact de ceux qui le répandent, se pénétrer de l'amour qui en découle : celui-ci lui inspirera de meilleures intentions et fera germer en lui des sentiments plus nobles.
    La vraie religion, dit LE GUERISSEUR, est l'expression de l'amour pur puisé au sein de Dieu, qui nous fait aimer tout le monde indistinctement.
    Il est plutôt médecin de l'âme que du corps. Non, non, nous ne pouvons pas faire d'ANTOINE LE GUÉRISSEUR un grand seigneur, nous faisons de Lui notre Sauveur. Il est plutôt notre Dieu, parce qu'Il ne veut dire que notre serviteur.
    Ce sont ses disciples qui parlent, mais sans doute vaut-il mieux que nous entendions parler ce dieu nouveau lui-même.
    Lisez les versets naïvement rimés qu'il met dans la bouche de Dieu :
                               Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi
                               Dont l'intention serait de nous convertir.
                               Si vous respecter toute croyance
                               Et celui qui n'en a pas,
                               Vous savez, malgré votre ignorance
                               Plus qu'il ne pourrait vous dire.
    Et ceci :
                               Vous ne pouvez faire de la morale à personne
                               Ce serait prouver
                               Que vous ne faites pas bien,
                               Parce qu'elle ne s'enseigne pas par la parole
                               Mais par l'exemple
                               Et ne pour le mal en rien.
    Ce dernier vers vous a un petit parfum d'immoralisme nietzschéen. Il serait fort intéressant d'étudier, à propos de ce guérisseur, certaines sectes religieuses aux conceptions fort libres, qui se sont développées en Wallonie depuis quelques années, en marge du protestantisme et de la religion catholique. L'historien, le philosophe, le folkloriste – et le simple amoureux de pittoresque – y trouveraient sans doute leur compte.

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    Un peu plus loin, dans le chapitre consacré à Liège, l'auteur ajoute, p.160 :

    C'est ce peuple là, à la fois gouailleur et sentimental, frondeur avec Tchanchet et mystique avec Franck, qui vient de constituer un groupe des « adventistes du septième jour », qui rendit célèbre Antoine le guérisseur, le brave thaumaturge de Jemeppe-sur-Meuse, et qui enfanta le mineur Hubert Goffin, précurseur des Nény et des Prouvost de Courrières.

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Antoinisme, un culte simple et belge (Julie Luong, alter échos N°496, 08-09-2021)

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Antoinisme, un culte simple et belge (Julie Luong, alter échos N°496, 08-09-2021)

L'actualité sociale avec le décodeur

Social Décalé

Antoinisme : un culte simple et belge

Les belles heures de l’antoinisme sont loin. Pourtant, ce culte guérisseur né en région liégeoise au début du XXe siècle, dans le bassin ouvrier de Jemeppe-sur-Meuse, continue de drainer dans ses temples quelques adeptes en quête de simplicité, loin des ors et des dogmes.

Julie Luong 08-09-2021 Alter Échos n° 496  

 

Non loin de la gare de Jemeppe-sur-Meuse, quelque part entre une station Texaco et un McDo, le temple antoiniste dresse ses façades claires au coin de la rue Rousseau et de la rue des Tomballes. Nous sommes au « centre mondial » de l’antoinisme, là où tout a commencé, là où tout vivote encore, de même qu’à Angleur ou Retinne – pas vraiment des repaires de riches. Sur la porte verte à double battant, une affiche annonce « lecture le dimanche à 10 h ». À l’intérieur, en ce dimanche d’août, une douzaine de personnes ont pris place sur les bancs de bois face à un immense tableau noir affichant en lettres blanches de taille variable un extrait du texte antoiniste « L’Auréole de la conscience » : « Un seul remède peut guérir l’humanité : la foi ; c’est de la foi que naît l’amour : l’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c’est ne pas aimer Dieu ; car c’est l’amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c’est le seul amour qui nous fait vraiment aimer parce qu’il est pur et de vérité. » Pour l’essentiel, l’assistance est composée de femmes courbées, chétives. Dans le fond, trois ombres, trois hommes habillés en long manteau noir sont assis en ordre croissant. Le premier, frêle, avec de fines lunettes, ressemble à Fernando Pessoa. Le deuxième, de taille moyenne, attire l’attention sur le dernier, très grand, hiératique, portant longue barbe blanche à la manière du père Antoine, fondateur du culte. Ce sont des « costumés », des adeptes qui désirent montrer leur appartenance à l’antoinisme, comme sur ces photos d’archives où des cortèges noirs de guéris envahissaient les rues de Jemeppe au grand dam du curé et des médecins sérieux. « Au départ, le Père avait instauré la robe à la manière de l’uniforme dans les écoles, pour que chacun soit sur le même degré social, raconte le frère René Balthazar, le ‘desservant’ qui assure aujourd’hui la lecture. La robe permet d’entrer plus facilement dans notre moi intérieur. Mais l’enseignement précise aussi qu’elle peut nous faire du mal si on l’utilise à mauvais escient. »

Amour gratuit

La lecture, une vingtaine de minutes environ, se fera sans musique, sans bougie, sans encens et sans chant. Un culte épuré, d’une simplicité déconcertante. « Plus c’est simple, plus on peut rentrer en soi. Il n’y a pas fioritures », commente le frère René Balthazar qui assure avoir croisé, en vingt ans d’antoinisme, toutes les couches de la société, des plus riches aux plus pauvres, des moins aux plus lettrés. « Bien sûr, Jemeppe est un milieu prolétaire. Beaucoup de gens du voyage s’intéressent aussi au culte, précise celui qui fut précédemment attaché 10 ans au temple de Spa. Moi, je n’ai fait aucune étude, mais ma foi me permet de répondre aux questions à l’aide de ma conscience, non de l’intellect. Le Père va jusqu’à dire que ce sont les moins intelligents qui comprennent le mieux le texte. » À 57 ans, René Balthazar, employé chez Bpost, est aussi père de deux jeunes enfants et marié à une femme athée, très peu intéressée par l’antoinisme, même s’il arrive au couple de « raisonner » sur des questions morales. Lui-même vient d’un milieu « rouge », plutôt bouffeur de curés. Il s’est intéressé au culte après s’être souvenu que la mère de sa première petite amie y venait chaque semaine. « Au début, je ne comprenais rien aux lectures. Je suis venu parce qu’à cette époque-là, j’étais mal dans ma peau. Au lieu de m’enfoncer, ici, on m’a reboosté et cela en ne m’imposant rien ! Donc au fur et à mesure, je me suis dit que c’était quand même pas mal… On m’a accueilli ici avec amour, on ne me demandait ni argent ni de revenir, ni comment je m’appelais ni où j’habitais… C’est assez rare non, qu’on vous donne sans rien vous demander ? Je me suis dit : ‘C’est quoi ça ?’ »

« Il y a souvent des curieux, d’autant qu’il n’est pas rare, dans la région, de rencontrer des personnes qui ont encore dans leur portefeuille une photo du Père. » Frère René Balthazar

Après la lecture, une femme plus jeune que les autres interpelle René Balthazar. Elle voudrait en savoir plus sur l’antoinisme et qu’il lui dise par quel livre commencer car elle a appris que sa grand-mère pratiquait autrefois le culte. « Il y a souvent des curieux, d’autant qu’il n’est pas rare, dans la région, de rencontrer des personnes qui ont encore dans leur portefeuille une photo du Père », commente René Balthazar. Une habituée requiert une « consultation » et se retire à sa suite dans une pièce à l’écart. Tandis que les trois costumés tiennent un intrigant conciliabule sur le trottoir d’en face, une autre adepte attend son tour. « Je viens régulièrement », nous dit cette femme qui se déplace difficilement, un sac en plastique à la main. « Les consultations portent souvent sur des questions matérielles : le travail, les relations, des soucis familiaux, détaille René Balthazar. Mais moi, je n’ai pas de boule de cristal, pas de baguette magique. Je ne suis personne, mais j’essaie de les encourager à suivre leur pensée, à acquérir une petite parcelle de foi. » L’autre jour, le Frère a reçu en « consultation » un père de famille qui se désolait du climat de conflit permanent avec ses enfants. Il lui a conseillé de ne pas « utiliser le même fluide ». Alors, ce père s’est tu, il a laissé ses enfants crier sans renchérir et, à son grand étonnement, la situation s’est apaisée d’elle-même. « L’aspect psychologique est très important, confirme René Balthazar. Il faut comprendre ce que la personne est venue chercher, quels sont ses maux, mais cela, on ne peut le comprendre que si on a la foi. »

Enfoncés dans la matière

Louis-Joseph Antoine (1846-1912), le fondateur du culte, était ouvrier métallurgiste. Élevé dans une famille catholique, il savait à peine lire et écrire, mais a développé très tôt un rapport intense à la prière, allant jusqu’à s’éclipser plusieurs fois par jour de son travail pour se recueillir. Il s’est intéressé ensuite au spiritisme avant que la mort de son fils à 20 ans ne bouleverse sa vie. Après cette grande épreuve, il se découvrira des dons de guérison et commencera à consulter gratuitement à son domicile de la rue des Tomballes, attirant l’importante population ouvrière des environs, qui voit en cet homme simple une alternative aux deux autorités de l’époque : le catholicisme et la médecine. Peu à peu, le père Antoine fonde sa propre doctrine et fait construire le premier temple antoiniste à l’emplacement de sa maison personnelle. Celui-ci est consacré le 15 août 1910. Après sa mort en 1912 – sa « désincarnation », disent les adeptes –, sa veuve, Jeanne-Catherine Collon, dite la « mère Antoine », assure la structuration du culte. Soixante-quatre temples seront érigés au total, essentiellement en Belgique et en France, de même que quarante salles de lecture à travers le monde, en ce compris au Brésil. Avec quelque 700.000 sympathisants, dont 300.000 en Belgique dans les années 20, le culte antoiniste est considéré par certains journaux de l’époque comme « la deuxième religion de Belgique » et selon l’historien Pierre Debouxhtay (« Antoine le guérisseur et l’antoinisme », Fernand Gothier éditeur, 1934) comme un « phénomène social unique en Wallonie ».

« Je viens du nord de la France, une autre région industrielle marquée par le socialisme. Or le fait qu’un simple ouvrier métallurgiste qui savait à peine lire et écrire réussisse à élaborer une pensée aussi profonde me fascine complètement. » Guillaume Chapheau, antoiniste

Malgré les soupçons de « secte » qui ont ponctuellement pesé sur le culte, l’antoinisme a toujours été dédouané : certes, les textes peuvent paraître embrouillés et redondants, certes les antoinistes croient aux pouvoirs de la foi, mais ils n’ont jamais encouragé les adeptes à s’éloigner de la médecine traditionnelle, à rompre avec leurs familles ou à se dépouiller de leurs biens, pas plus qu’ils ne pratiquent le prosélytisme. Le culte antoiniste repose en fait sur un principe très simple : la possibilité de soulager la souffrance physique et morale par l’amour et la foi. « L’idée de l’antoinisme, c’est que, si la foi est suffisante, cela suffit à guérir la personne », résume le frère Guillaume Chapheau, que nous joignons en Allemagne où il vit avec son compagnon. Originaire de Lille, ce quarantenaire lexicographe a découvert l’antoinisme lors d’un passage à Liège il y a quinze ans, après avoir remarqué le temple antoiniste de la rue Hors-Château, au pied de la montagne de Bueren. « À partir de là, j’ai commencé à me renseigner. J’étais en recherche d’une communauté de croyances. Je m’intéressais beaucoup au judaïsme, mais il fallait respecter beaucoup de règles. Je suis homosexuel, or, l’antoinisme met de côté tout ce côté matériel. C’est le côté spirituel qui prime à leurs yeux », résume-t-il. Guillaume Chapheau n’est pas non plus indifférent aux origines prolétaires du culte : « Je viens du nord de la France, une autre région industrielle marquée par le socialisme. Or le fait qu’un simple ouvrier métallurgiste qui savait à peine lire et écrire réussisse à élaborer une pensée aussi profonde me fascine complètement. »

Comme le frère René Balthazar, Guillaume Chapheau, sans faire la publicité de ses convictions, ne les tourne pas non plus en secret. « Je dis à toutes les personnes qui sont mes amis que je suis antoiniste comme je dis que je suis homosexuel. Mais certains d’entre eux me disent que, lorsque je raconte tout ça, c’est comme si je n’y croyais pas moi-même ! La vérité, c’est que j’essaie d’y mettre beaucoup d’humour pour que ça passe, parce que les idées de l’antoinisme sont totalement à contre-courant… » D’après lui, ces préceptes peuvent se résumer de la manière suivante : aimer son prochain, y compris son ennemi, montrer l’exemple, s’améliorer moralement, mais surtout « concevoir qu’on est tous une parcelle de Dieu, que Dieu est en nous, et que ce n’est pas le monde qui change, mais que c’est nous qui changeons et qu’en changeant, nous changeons le monde… une idée qui me paraît très actuelle, notamment par rapport aux questions environnementales ». Malgré la faible fréquentation actuelle des temples, René Balthazar n’est pas moins optimiste quant à l’avenir de l’antoinisme. « Nous nous sommes enfoncés dans la matière à un point inimaginable : on ne peut que revenir vers le spirituel. Les antoinistes sont d’ailleurs convaincus qu’au plus profond de soi, chacun a une dimension spirituelle. Et les jeunes s’intéressent beaucoup aux questions de spiritualité. Mère avait d’ailleurs prédit qu’on sauterait une génération. Ce qui compte n’est d’ailleurs pas le nombre d’adeptes, mais la quantité de fluide qui circule. » Une question de foi.

#Antoinisme #Liège #religion 

Julie Luong

Source : https://www.alterechos.be/__trashed-5/

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Albert Monniot - L'Antoinisme (Revue intern.des Sociétés secrètes, 1914)

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Albert Monniot - L'Antoinisme (Revue intern.des Sociétés secrètes, 1914)

Auteur : Albert Monniot
Titre : L'Antoinisme
In Revue internationale des Sociétés secrètes, 1914 (Tome VII, N°3)
Organe de la Ligne franc-catholique
contre les sociétés secrètes maçonniques ou occultes et leurs filiales
Partie Judéo-occultiste

    Albert Monniot (1862-1938) est un écrivain, essayiste, journaliste et militant contre-révolutionnaire français, proche d'Édouard Drumont, antisémite notoire, avec qui il collabore au journal La Libre Parole, dont il sera secrétaire de rédaction à partir de 1893. Il est d'ailleurs témoin de Drumont lors de son célèbre duel contre Georges Clemenceau en 1898.
    Il s'agit ici d'une des premières études (du point de vue catholique) sur l'antoinisme. Il cite donc largement un autre journaliste, André Kervyn.
    En voici la teneur :

L'ANTOINISME

    Devenu l'ennemi de Robespierre après avoir été son âme damnée, le policier Sénar flânait un jour rue Contrescarpe, près de l'Estrapade, à quelques pas de la maison où le huguenot Reybaz avait rédigé les discours que prononçait Mirabeau.
    Son flair ou son désœuvrement lui suggérèrent la pensée d'entrer à l'une de ces représentations que donnait une vieille femme du nom de Catherine Théot que ses fidèles, sans doute hellénisants, appelaient la Mère de Dieu.
    Pénétrant dans la salle, il fut reçu par des hommes en robe blanche et s'assit pendant qu'on allumait les lustres.
    Des chants s'élevèrent alors, et bientôt apparut une vieille femme dont la tête et les mains s'agitaient perpétuellement.
    Elle s'avança, soutenue par des prêtresses de son culte, s'assit dans un fauteuil blanc, et l'adoration commença.
    C'étaient des agenouillements, des baisements de pieds et de bouche, des lavements de mains dans des cuvettes d'argent, et enfin l'absorption gloutonne d'un grand bol de café au lait solennellement apporté, ce déjeuner symbolisant sans doute une sorte de communion.
    Puis l'adoration recommençait, présidée par dom Gerle, un capucin défroqué.
    Un mélange extraordinaire de litanies, de baisers humides, de génuflexions, de gestes d'exorciseurs, puis de cantiques où l'on célébrait le fameux Etre suprême de Robespierre terminait la cérémonie.
    — Allons, se dit Sénar en sortant, je n'ai pas perdu ma journée.
    Il courut au Comité de Sûreté générale, où il raconta ce qu'il avait vu aux plus excités contre Robespierre.
    — Il faut arrêter toute la maisonnée, dit Vadier.
    — Donne-moi un ordre !
    Ce ne fut pas long, et voici d'après M. de Batz, le descendant du fameux conspirateur royaliste à qui j'emprunte ces pittoresques détails, quel fut le rapport de Sénar sur son expédition :
    « J'arrêtai la Mère de Dieu, l'éclaireur, la colombe, le chanteur, le frère servant.... Ensuite, je cherchai les papiers.
    « Il n'y en avait pas.
    « Je ne trouvai qu'une certaine lettre écrite à Robespierre et dans laquelle elle l'appelait « son premier prophète, son ministre chéri », et le félicitait sur les honneurs qu'il rendait à l'Etre suprême, son fils. »
    Chez dom Gerle, on trouva un certificat de protection que lui avait accordé Robespierre.
    Aussi le lendemain, à la Convention, pendant que Vadier dirigeait des attaques sournoises contre le dictateur, les conventionnels chuchotaient l'anecdote et goguenardaient en regardant « le rénovateur du culte ».
    Robespierre faisait rire, Robespierre était perdu.
    Telle fut l'aventure qui servit de prélude au 9 thermidor.
    ... Je ne crois pas que l'Antoinisme puisse et doive avoir une telle répercussion sur les destinées d'aucun pays ; je crois seulement qu'on assisterait à un spectacle à peu près analogue à celui qui ravit le policier Sénar, si l'on pénétrait dans l'un des temples que l'Antoinisme, jalonnant ses conquêtes, vient d'ériger et d'ouvrir à Paris et à Monaco. Parti de Jemeppe-sur-Meuse (Belgique), l'Antoinisme, en effet, a déjà gagné la Méditerranée : il la franchira d'un nouvel élan, et l'Islam n'aurait qu'à bien se tenir, si l'Antoinisme ne se réclamait de toutes les religions, ou plutôt ne les admettait toutes.
    L'analogie se compléterait de l'identité de sexe des Pontifes, Mme Antoine ayant pris la suite des affaires de son mari, après avoir dûment hérité de sa quasi toute-puissance.
    A en juger sur les apparences, voilà au moins une entreprise qui n'aura rien perdu à tomber en quenouille.
    Mais qu'est-ce qu'Antoine ? qu'est-ce que le culte Antoiniste ?

*
*    *

    Louis Antoine est né à Mons-Crotteux, province de Liège, en 1846. Son père étant mineur, lui-même descendit dans la fosse à l'âge de 12 ans ; mais les entrailles de la terre ne convenaient guère au prédestiné qui devait apporter la lumière à notre pauvre humanité, et bientôt il remonta à l'air et à la vie, au grand soleil, en se faisant ouvrier métallurgiste.
    Ce goût pour les « métaux » devait plus tard lui tracer sa voie. A 24 ans, il quittait la Belgique pour aller faire un séjour de cinq ans en Allemagne, et, quoique ses biographes prétendent que rien de particulier ne signala sa jeunesse, il n'est pas téméraire de penser que ce séjour au pays de Luther et de la Réforme eut quelque influence sur son ultime avatar.
    Après un nouveau séjour à Praga, en Pologne russe, Antoine réintégrait son pays natal, la Belgique, et s'installait à Jemeppe-sur-Meuse, dont il allait rendre le nom fameux.
    Entre temps, s'il est permis de parler aussi irrévérencieusement, il était revenu faire un tour au pays et avait épousé une femme dont il avait fait la connaissance avant son départ.
    Jusque-là, le brave ouvrier restait enveloppé dans les ténèbres de l'obscurantisme et pataugeait dans les marais de l'erreur : il était simplement catholique, comme vous et moi.
    Un douloureux événement vint décider de la carrière d'Antoine.
    Il perdit un fils unique âgé de 20 ans.
    Le père et la mère, ces simples, apprirent par hasard que le spiritisme donnait la communication avec les morts : ils fréquentèrent alors des séances où le cher disparu leur révéla lui-même qu'il était établi pharmacien à Paris.
    On a bien raison de dire que les morts vont vite.
    Les braves gens jugèrent inutile d'aller vérifier, et cela pour deux raisons : la première, c'est qu'ils avaient toutes facilités pour converser sur place ; la seconde, c'est que le disparu s'éclipsait toujours sans laisser d'adresse.
    Il y eut bien des mécréants pour prétendre qu'un pharmacien devait figurer au Bottin, et qu'Antoine fils y était introuvable : on leur répondit victorieusement que c'était jeu d'enfant de changer de nom pour qui changeait de corps. Bref, Antoine fut captivé par le spiritisme, et d'élève devint bientôt maître. A partir du moment où son passé se dégage des brumes épaisses pour apparaître en pleine lumière de la notoriété, on le trouve à la tête des Vignerons du Seigneur.
    Les vignes du Seigneur ayant une assez fâcheuse réputation, on pourrait croire qu'Antoine, globe-trotter impénitent, était devenu le chef de quelque tribu de gloutons comme « les Gosiers en pente » ou « les Beni-Bouffe-Tout » : il n'en est rien, et je dois dire tout de suite qu'ayant un déplorable estomac, Antoine s'adonnait au végétarisme qu'il devait plus tard faire entrer dans sa doctrine.
    Les Vignerons du Seigneur constituaient simplement une entreprise spirite permettant à chacun de communiquer avec les morts — moyennant, j'imagine, une honnête rémunération, comparable à celle qui est perçue à l'entrée des cabines téléphoniques.
    On pouvait prendre rendez-vous avec les défunts, toujours exacts, à 10 heures du matin et à 5 heures du soir, ce qui laisse supposer que la communication n'était interrompue que par l'heure des repas.
    Il est de vieilles habitudes dont on ne se défait pas aisément.
    Une particularité remarquable, c'est que les évoqués de la maison Antoine, fussent-ils défunts empereurs d'Allemagne ou sultans de Zanzibar, parlaient tous avec un fort accent wallon.
    Antoine édita bientôt une sorte de catéchisme spirite, fait d'emprunts à Allan-Kardec. S'il avait, au temps de ses voyages, poussé plus loin sa pointe vers l'Orient, il eût appris des bouddhistes japonais qu'Allan-Kardec n'avait rien inventé, pas même sa thèse des vies successives et des réincarnations jusqu'à la perfection.
    Mais ne reprochons pas à Antoine ces emprunts, puisqu'il devait créer, sinon une religion, au moins un culte. La maison prospérant, Antoine annexa, au salon de conversation entre anthumes et posthumes, un cabinet pour « le soulagement de toutes les maladies, afflictions morales et physiques ». Un certain docteur Carita, désincarné naturellement, fut placé à la tête de ce cabinet. On ne nous dit pas s'il partageait les bénéfices provenant de ses ordonnances avec l'apothicaire si prématurément enlevé à l'affection du Père Antoine.
    Peut-être y eut-il des difficultés dans les règlements, car un beau jour Antoine se passa du ministère du docteur et formula lui-même les ordonnances où l'hygiène se combinait harmonieusement avec la morale. Bientôt même, il supprima les tables tournantes et les bruyantes évocations, congédia les esprits et se mit à opérer lui-même la guérison des corps et l'endoctrinement des intelligences ; pour avoir ainsi résolu le problème social de la suppression des intermédiaires, Antoine le Guérisseur fut excommunié par le spiritisme.
    De ce schisme allait naître l'Antoinisme.

*
*    *

    Il faudrait tout ignorer de notre temps pour supposer que la clientèle d'Antoine diminuait au fur et à mesure qu'il enflait sa personnalité. Au contraire, des foules commençaient à se presser à Jemeppe, et la réputation du Guérisseur franchissait les frontières de la petite Belgique. Ne lui attribuait-on pas quantité de guérisons miraculeuses, d'autant plus indiscutables qu'aucune n'était précisée ni vérifiée.
    Le zouave Jacob dut connaître ces heures triomphales ; mais encore régalait-il ses visiteurs d'un air de trombone à coulisse, probablement destiné à mettre en fuite l'esprit malin qui taquine les malades, tandis que le thaumaturge de Jemeppe ne jouait d'aucun autre instrument que la sottise, l'insondable sottise humaine.
    C'est un fait constant que les temps de scepticisme et d'incroyance sont éminemment propices aux exploiteurs de surnaturel et de mystérieux, à tous les découvreurs de pierre philosophale et marchands d'orviétan. Tireuses de cartes, somnambules et sibylles de tout acabit font des affaires d'or depuis que des gouvernants, réalisant le rêve des Géants, ont escaladé le ciel et décroché les étoiles.
    S'il était à peu près illettré, sachant tout juste signer, le Père Antoine connaissait son temps et avait le sens de l'opportunité.
    Il comprit que ses affaires n'atteindraient pas leur plein développement tant que ses adeptes devraient faire le coûteux voyage de Jemeppe. Il lui fallait matérialiser de quelque manière sa puissance curative pour l'expédier à domicile, réaliser ce qu'en mécanique on appelle, je crois, le transport de la force à distance.
    C'est alors qu'il découvrit la liqueur Coune, 2 fr. 50 le flacon, 5 fr. la bouteille, franco de port et d'emballage.
    Grâce à la firme du pontife de Jemeppe, cette précieuse liqueur conquit vite la célébrité : tous les adeptes vous diront que, dosée par le Père Antoine, elle avait la même efficacité contre l'hypertrophie du foie que contre l'ongle incarné — si ce dernier terme n'est pas déplacé dans la thérapeutique d'un renégat du spiritisme.
    Mais la justice, la stupide justice des hommes, s'avisa d'intervenir dans ce lucratif commerce, et une banale accusation d'exercice illégal de la médecine vint mettre un terme à la carrière, qui s'annonçait glorieuse, d'une panacée qui, entre autres bien faits, prémunissait déjà contre le choléra, ce fléau.
    Comme un simple mortel, Antoine le Guérisseur fut condamné à 52 francs d'amende : encore dut-il bénéficier de fortes circonstances atténuantes, son extraordinaire ignorance pouvant lui conférer le privilège exclusif d'ignorer la loi.
    C'en était fait de la liqueur Antoiniste, plus fameuse pourtant que toutes les liqueurs qui enrichissent en l'illustrant la quatrième page des journaux.
    D'autres se fussent rebutés et eussent mis les volets à leur boutique : Antoine eut un trait de génie, tout simplement.
    — « On me tracasse parce que je mets quelque chose dans mon liquide, pensa-t-il ; soit, je n'y mettrai plus rien du tout, je vendrai de l'eau pure. »
    Cela n'a l'air de rien ; mais c'est comme l'œuf de Christophe Colomb — qui, lui aussi, découvrit un nouveau monde : il fallait y penser.
    Antoine vendrait donc de l'eau, mais de l'eau magnétisée, de l'eau véhiculant ses propres fluides.
    Les fluides ont ce premier et appréciable avantage sur la matière qu'ils ne sont pas soumis à l'impôt, et cet autre, en l'occurrence, qu'ils ne paieraient aucune redevance de fabrication, le Père Antoine devant être sa propre usine ; de plus, ils ne pouvaient provoquer de conflit avec le Codex qui feint de les ignorer.
    La condamnation du Père Antoine n'avait fait que redoubler l'enthousiasme de ses adeptes, la persécution nimbait son front de l'auréole du martyr, et ce léger halo de 52 francs lui suffit pour convaincre les masses de son pouvoir de magnétiser l'eau.
    Dès lors, Jemeppe retentit nuit et jour du gémissement des pompes : une passe magnétique sur les bouteilles emplies, plusieurs passes pour les cas les plus réfractaires, et l'eau bienfaisante, aux multiples propriétés curatives, se répandait dans le monde des malades, Antoine, à cette époque, n'ayant encore entrepris que la guérison des corps.
    Emplissez, chargez, expédiez : la miraculeuse industrie s'accomplissait en trois temps.
    Elle nécessitait pourtant quelque main-d'œuvre, et quand il eut soumis à cette épreuve victorieuse l'inébranlable foi de ses adeptes, le Père Antoine songea à se débarrasser des impedimenta. Que ne pouvait-il entreprendre, et quels longs espoirs ne lui étaient pas permis ?
    Simplifier, c'est le dernier mot du progrès, et le Père Antoine était un homme de progrès.
    Quand vous voulez faire transporter à distance une grosse somme, vous encombrez-vous de lourds sacs d'écus ? Fi donc ! ces procédés sommaires convenaient aux temps d'obscurantisme.
    Aujourd'hui, une simple feuille de papier remplit l'office, et chacun connaît l'usage du chèque et du mandat postal.
    Ces transformations n'avaient pas échappé à l'esprit judicieux du Père Antoine qui s'avisa un beau jour de licencier son corps de pompiers, de vendre son fonds de bouteilles, et de convertir — car déjà il avait le prurit de la conversion — tout ce coûteux attirail en papier.
    Eh! oui, le papier magnétisé : telle était la dernière trouvaille. C'est au papier que le Père Antoine allait désormais confier ses bienfaisants effluves, qu'ainsi il monnayait en modern-style.
    Jusqu'alors, il avait cru devoir opérer en public le chargement fluidique de ses bouteilles, et l'extraction des effluves n'allait pas sans fatigantes contorsions.
    Désormais, l'émission destinée au papier se ferait dans le privé, et c'était là encore une appréciable économie.
    On fit confiance au Guérisseur et aucun schisme ne se produisit : l'Antoinisme n'eut pas ses convulsionnaires.
    Il y eut bien quelques petites anicroches à la réputation du Guérisseur, témoin cette histoire contée par un de nos confrères belges, M. André Kervyn :

    « Un de nos amis se souvient de cette troisième phase : il a le plaisir de posséder quelques échantillons du fameux papier magnétisé. Il nous a raconté un trait qui montre qu'Antoine ne se défendait pas de donner avec son papier, des conseils d'hygiène, d'ailleurs inoffensifs.
    « Une dame, nous dit-il, vint un jour m'annoncer qu'elle se proposait de consulter Antoine.
    « La clientèle du Guérisseur était surtout féminine à cette époque.
    « Je demandai à cette personne :
    — « Aimez-vous la pâtisserie ?
    — « Je n'en prends jamais.
    — « Mangez-vous beaucoup de pommes de terre ?
    — « Beaucoup ? non. Mais pourquoi ces questions ?
    — « C'est que M. Antoine vous révélera que vous abusez de la pâtisserie et des pommes de terre. Il vous interdira cette alimentation jusqu'à votre prochaine visite.
    — « Je verrai bien. »
    « Cette dame, conclut notre ami, alla chez M. Antoine, elle revint guérie !... de l'Antoinisme. Le coup de la pâtisserie avait tué sa confiance dans le voyant.
    « Mais dans le monde ouvrier, combien de femmes ne mangent-elles pas avec plaisir les frites succulentes ? Combien n'ont pas un faible pour les tartes, les petits pâtés et les friandises de toute espèce ?
    « En dénonçant ces inclinations gourmandes, M. Antoine était presque sûr de deviner juste. »

    Mais qu'importait au Père Antoine la défection de vagues humanités : l'essentiel était que la foi en lui se propageât, que sa clientèle s'élargît, et elle s'élargissait.

*
*    *

    Liqueur, eau, papier, matières ! c'était bon pour les cures à distance, c'était de l'Antoinisme d'exportation.
    Mais combien plus favorisés ceux qui pouvaient faire le voyage à Jemeppe, bénéficier sans intermédiaires des magiques impondérables qu'octroyait le Père Antoine par la voie des passes individuelles.
    On accourait de toutes les provinces et même de l'étranger, et il fallut recourir à la simple imposition des mains.
    Pour satisfaire la clientèle toujours plus nombreuse, les passes se firent de plus en plus rapides : de minutieux chronométreurs ont affirmé, et nous devons les croire, que le Père Antoine en vint à faire du soixante à l'heure.
    Le procédé de guérison, ou plutôt son mécanisme, était à la portée de toutes les intelligences, c'était simple et pourtant d'un scientifisme incontestable.
    Vous savez tous que nos maux physiques résultent du rassemblement tumultueux et agissant des mauvais microbes en un point de notre organisme ; la cure consiste à stimuler les bons microbes, à les armer pour la lutte, et à les lancer en charge impétueuse et irrésistible contre le nocif rassemblement qu'il faut disperser.
    Les bons microbes sont les gendarmes de notre santé.
    Les mauvais en sont les saboteurs.
    Remplacez les microbes par les fluides, et vous avez là, dans son intégrité, le secret de la thérapeutique antoiniste, tout diagnostic étant inutile.
    « Dans son intégrité », non, j'exagère, car pour la première fois, nous allons voir intervenir, comme un facteur essentiel, la Foi.
    On n'arrive pas sans transition à fonder un culte.
    Voici donc le procédé, exposé par le thaumaturge lui-même qui semble préoccupé de faire des disciples et d'assurer sa succession :

    « Tout guérisseur quelque peu expérimenté sent la foi du malade et peut lui dire : « Vous êtes guéri. » Il coupe littéralement le fluide qui le terrassait, c'est-à-dire son imagination ; il ne va pas directement au mal, mais à la cause. »

    C'est un traitement facile à suivre, même en voyage ; seulement, il y faut le Guérisseur expérimenté, c'est-à-dire formé à l'école du Père Antoine.
    On voit que la nouvelle doctrine, qui devait aboutir à la cure des âmes, commençait à s'ébaucher ; même, elle se codifiait, car les visiteurs emportaient maintenant une petite brochure destinée à la propagande.
    La presse s'est emparée du cas du Père Antoine : on le discute, donc il est.
    A partir du jour où il a découvert que l'imagination est la cause de tous nos maux physiques, le Père Antoine se doit à lui-même d'édicter une nouvelle morale : il n'y manquera pas.
    Déjà, pour lui permettre d'opérer en public ses passes collectives, un véritable temple s'est érigé : l'enseignement suivra.
    Mais avant d'aborder la phase qu'on pourrait qualifier de religieuse de la vie du Père Antoine, il me faut donner un aperçu du cérémonial de Jemeppe.
    Le même confrère belge déjà cité en a tracé ce tableau à la date d'août 1911 :

    Voici le spectacle auquel on peut assister gratuitement à Jemeppe, tous les dimanches, depuis deux ou trois ans.
    Une tribune se dresse au fond du temple. Elle communique avec les appartements privés du voyant. Les fidèles et les curieux se placent dans les bancs, en face de cette tribune.
    Un monsieur se lève :
    « Notre bon Père va venir. Avant d'opérer, il se recueille dans la prière. Respectez ce moment solennel. Ranimez votre foi, car tous ceux qui ont de la foi seront guéris ou soulagés. »
    La porte s'ouvre. M. Antoine s'avance. Il est bien vieux ; il a laissé pousser ses cheveux et s'est composé une tête hiératique. La scène est admirablement machinée. Alors le prophète, que transfigure un air inspiré, se place au milieu de la tribune. Son regard est perdu dans l'au-delà. Il élève majestueusement les mains, étend les bras, remue les doigts pour laisser écouler sur son peuple tout le fluide qu'il a emmagasiné par la prière, répand ses fluides à l'Orient et à l'Occident. Il ferme ses yeux, se retourne et rentre lentement, sans avoir proféré une parole.
    Le même monsieur se lève de nouveau.
    « L'opération est terminée. Les personnes qui ont la foi sont guéries ou soulagées. »
    On renvoie toutes ces personnes et l'on introduit d'autres spectateurs qui verront la même comédie. Généralement, ce sont les mêmes gens qui sont guéris et soulagés chaque dimanche.
    ... On ne peut nier que la simplicité soit au fond de l'Antoinisme, et on peut entendre le mot ad libitum.

    Mais de quelle foi s'agit-il ? Quelles sont les croyances qui sont à la base du culte Antoiniste désormais instauré ?
    C'est ce que nous allons essayer de dire, après quelques réflexions nécessaires sur le rôle du Guérisseur.
    Cette courte digression nous permettra de passer du plaisant au sévère.
    On est tenté de rire, et on rit des foules qui accourent de loin verser leur obole dans l'escarcelle du guérisseur.
    Ces naïfs ne nous apparaissent guère plus intéressants a priori que les éternelles dupes des mirages financiers : on prononce le mot gogo, on hausse les épaules et on passe.
    Il faut pourtant établir une distinction entre le banquier véreux qui ne prend que le porte-monnaie par ses promesses fallacieuses, alors que le Guérisseur prend la vie.
    Les tribunaux anglais ont eu à s'occuper il y a quelques années des méfaits d'une secte à laquelle il semble bien que le Père Antoine ait fait quelques emprunts.
    Cette secte s'intitulait Science chrétienne.
    Ses adeptes se refusaient à prendre et à donner les soins que comporte chaque maladie. Leurs enfants étaient-ils malades ? ils mandaient un des chefs du nouveau culte, lequel persuadait au malade, comme le Père Antoine, que la souffrance est une illusion. Les tribunaux ont relevé des cas d'homicide par omission et ont énergiquement flétri les agissements de ceux qui, sous prétexte de guérir plus sûrement, éloignaient les médecins du chevet des malades.
    Encore ne s'agissait-il là que d'illuminés, et non d'un commerce lucratif et néfaste comme celui d'Antoine.
    Combien sont morts prématurément pour avoir cru que le remuement de doigts du Guérisseur aurait plus d'efficacité que toutes les médications et tous les soins ?
    Pour un Antoiniste, le seul fait de consulter un médecin ne constituait-il pas un outrage à la foi nouvelle ?
    C'est ainsi qu'un malade de Condros s'en retournait un jour avec la promesse d'une prompte guérison.
    A quelques pas du temple de Jemeppe, il tombait mort.
    Les Antoinistes ne s'effarèrent pas pour si peu : ils rapportèrent le cadavre à leur bon Père pour qu'il le ressuscitât.
    Maladroitement, le Guérisseur multiplia les passes magnétiques comme s'il en ignorait l'inefficacité.
    Il n'y avait plus qu'à procéder à l'enterrement.
    On assure que ces pratiques déterminèrent à plusieurs reprises la municipalité de Jemeppe à refuser des permis d'inhumer.
    S'il est permis de rire du culte Antoiniste, on voit que ses prétentions aux cures miraculeuses méritent de retenir un moment l'attention. Ce n'est pas une de ces manifestations bouffonnes dont l'indifférence à la mode fait dire si aisément : « Si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal. » L'Antoinisme guérisseur a pu et dû faire déjà beaucoup de mal.
    Cette criminelle mise à l'écart du médecin n'est pas une simple déduction plus ou moins arbitrairement tirée par nous des textes ; elle est explicitement formulée dans la Révélation par Antoine le Guérisseur.
    Un de ses disciples interroge le Maître :

    — Quelqu'un qui avait eu la pensée de consulter un médecin vient chez vous se disant : « Si je ne vais pas mieux après cette visite, j'irai chez tel médecin. » Vous constatez ses intentions et vous lui conseillez de suivre sa pensée. Pourquoi agissez-vous ainsi ? J'ai vu des malades qui, après avoir exécuté ce conseil, ont dû revenir chez vous.
    Antoine. — Certains malades, en effet, peuvent avoir eu la pensée d'aller chez le médecin avant de me consulter. Si je sens qu'ils ont plus de confiance dans le médecin, il est de mon devoir de les y envoyer. S'ils n'y trouvent pas la guérison, c'est que leur pensée de venir chez moi a mis obstacle dans le travail du médecin, comme celle d'aller chez le médecin a pu porter obstacle dans le mien. D'autres malades me demandent encore si tel remède ne pourrait les aider. Cette pensée falsifie en un clin d'œil toute mon opération : elle est la preuve qu'ils n'ont pas la foi suffisante, la certitude que, sans médicaments, je peux leur donner ce qu'ils réclament... Le médecin ne peut donner que le résultat de ses études, et elles ont pour base la matière. La cause reste donc, et le mal reparaîtra, parce que tout ce qui est matière ne pourrait guérir que temporairement.

    D'autres passages de la Révélation ne sont pas moins précis :

    « C'est par la foi au guérisseur que le malade trouve sa guérison. Le docteur peut croire à l'efficacité des drogues, alors que celles-ci ne servent à rien pour celui qui a la foi. »
    « La Foi est l'unique et universel remède, elle pénètre celui que l'on veut protéger, fût-il éloigné de milliers de lieues. »

    Qui pourrait prétendre que la propagation de telles billevesées ne peut constituer un véritable danger public ?
    Aussi suis-je grandement surpris de l'inaction et de l'apparente indifférence des syndicats de médecins et de pharmaciens, à l'ordinaire si jaloux de leurs prérogatives.
    Si leurs intérêts ne sont pas encore sérieusement lésés, est-ce que l'intérêt public ne commanderait pas une intervention, avant que le mal ait pris de l'extension ?
    Seraient seules à les blâmer les feuilles prêtrophobes qui ont eu l'audace de comparer les cures de Jemeppe aux miraculeuses guérisons, si sévèrement contrôlées, obtenues à Lourdes.
    Je ne me pardonnerais pas d'insister sur ce grossier et grotesque parallèle.

*
*    *

    Je voudrais bien rester clair en faisant à la morale et au culte Antoinistes l'honneur immérité d'un examen, mais je sens combien la tâche est âpre.
    En se découvrant prophète et en devenant hérésiarque, le Père Antoine n'a pas pénétré les secrets de la didactique.
    Le bon illettré roublard parle un langage assez inintelligible pour défier la glose, et ce pourrait bien être l'explication du succès relatif de ce que ses disciples appellent pompeusement et comiquement son enseignement.
    Le fond n'est pas moins obscur.
    Bribes des saintes Ecritures, déchets de doctrines spirites, résidus de la Réforme s'y trouvent mêlés aux plus folles élucubrations d'un cerveau indigent.
    Essayez d'analyser, et vous aboutissez aux constatations les plus extravagantes et les plus contradictoires.
    Aussi faut-il se borner à citer en souhaitant bonne chance à la perspicacité du lecteur.
    En fondant une religion — si ce n'est pas une offense au bon sens qu'appliquer tel mot à telle chose — le Père Antoine a cru devoir rédiger une sorte de décalogue.
    Transcrivons-le, dans l'espoir que ces fondements vous aideront à comprendre la superstructure :

    Dix fragments en prose de l'enseignement révélé par Antoine le Guérisseur.

Dieu parle :

Premier principe

Si vous m'aimez,
Vous ne l'enseignerez à personne,
Puisque vous savez que je ne réside
Qu'au sein de l'homme.
Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
Une suprême bonté
Alors que du prochain vous m'isolez.

    Ce qu'il y a de plus remarquable jusqu'à présent, c'est la précaution qu'on a prise de nous informer que ces fragments étaient en prose. On aurait pu s'y tromper, et nos cubistes et futuristes y eussent certainement découvert des vers blancs. L'enseignement du Père Antoine dédaigne ce vague et puéril souci de la rime qui distinguait les oracles de Mlle Couédon. Mais continuons :

Deuxième principe

Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi,
Dont l'intention serait de vous convertir.
Si vous respectez toute croyance
et celui qui n'en a pas,
Vous savez, malgré votre ignorance,
Plus qu'il ne pourrait vous dire.

Troisième principe

Vous ne pouvez faire de la morale à personne,
Ce serait prouver
Que vous ne faites pas bien,
Parce qu'elle ne s'enseigne pas par la parole
Mais par l'exemple,
Et ne voir le mal en rien.

Quatrième principe

Ne dites jamais que vous faites la charité
A quelqu'un qui vous semble dans la misère,
Ce serait faire entendre
Que je suis sans égards, que je ne suis pas bon,
Que je suis un mauvais père,
Un avare,
Laissant avoir faim son rejeton.
Si vous agissez envers votre semblable
Comme un véritable frère,
Vous ne faites la charité qu'à vous-même,
· Vous devez le savoir.
Puisque rien n'est bien s'il n'est solidaire,
Vous n'avez fait envers lui
que remplir votre devoir.

Cinquième principe

Tâchez toujours d'aimer celui que vous dites
« Votre ennemi » :
C'est pour vous apprendre à vous connaître
Que je le place sur votre chemin.
Mais voyez le mal plutôt en vous qu'en lui :
Il en sera le remède souverain.

Sixième principe

Quand vous voudrez connaître la cause
De vos souffrances,
Que vous endurez toujours avec raison,
Vous la trouverez dans l'incompatibilité de
l'intelligence avec la conscience,
qui établit entre elles les termes de comparaison.
Vous ne pouvez ressentir la moindre souffrance
qu'elle ne soit pour vous faire remarquer
que l'intelligence est opposée à la conscience ;
C'est ce qu'il ne faut pas ignorer.

Septième principe

Tâchez de vous en pénétrer,
Car la moindre souffrance est due à votre
Intelligence qui veut toujours plus posséder ;
Elle se fait un piédestal de la clémence,
Voulant que tout lui soit subordonné.


Huitième principe

Ne vous laissez pas maîtriser par votre intelligence
Qui ne cherche qu'à s'élever toujours
De plus en plus ;
Elle foule aux pieds la conscience,
Soutenant que c'est la matière qui donne
Les vertus.
Tandis qu'elle ne renferme que la misère
Des âmes que vous dites
« abandonnées »,
Qui ont agi seulement pour satisfaire
Leur intelligence qui les a égarées.

Neuvième principe

Tout ce qui vous est utile, pour le présent
Comme pour l'avenir,
Si vous ne doutez en rien,
Vous sera donné par surcroît.
Cultivez-vous, vous vous rappellerez le passé,
Vous aurez le souvenir
Qu'il vous a été dit : « Frappez, je vous ouvrirai.
Je suis dans le connais-toi... »

Dixième principe

Ne pensez pas faire toujours un bien,
Lorsqu'à un frère vous portez assistance ;
Vous pourriez faire le contraire,
Entraver son progrès.
Sachez qu'une grande épreuve
En sera votre récompense,
Si vous l'humiliez et lui imposez le respect.
Quand vous voulez agir,
Ne vous appuyez jamais sur votre croyance
Parce qu'elle peut encore vous égarer ;
Basez-vous toujours sur la conscience
Qui veut, vous diriger, elle ne peut vous tromper.

    J'ai laissé parler, sans l'interrompre, le dieu de M. Antoine qui pourrait bien n'être que M. Antoine lui-même, et qui aurait bien dû prendre un interprète. Je ne sais l'effet que ferait la musique sur ces strophes, mais telles qu'elles sont, elles ne paraissent complètement intelligibles que pour leur auteur, encore ne suis-je pas bien sûr que si on en avait demandé le commentaire au thaumaturge, il n'eût pas simplement énoncé la formule qu'il répétait à tout propos et hors de propos, mais toujours quand une indiscrète question l'embarrassait :

    — « Vous ne voyez que l'effet, cherchez la cause. »

    J'ai déjà constaté que cet être inculte qu'était le Père Antoine avait une indéniable qualité : la connaissance de son temps.
    Devant l'admiration des snobs pour l'art et la littérature incompréhensibles, il s'est dit qu'on pouvait réaliser ce prodige d'éblouir par l'obscurité, et qu'il y aurait tout un public pour découvrir dans son galimatias de brillantes paraboles.
    Assemblez les incohérences éructées par un perroquet après un assez long commerce avec les humains, et vous obtiendrez quelque chose d'analogue aux principes de l'Antoinisme.
    Ah ! comme on comprend que l'Antoinisme fasse profession de mépriser l'intelligence !
    Il n'a pas de pire ennemie.

*
*    *

    Mais qu'est-ce donc que ce dieu qui s'entretient ainsi — toujours en wallon — avec M. Antoine ?
    Ce dieu ne doit pas seulement formuler des principes : il se doit à lui-même, il nous doit d'édicter des lois.
    Il n'y a pas manqué, et nous allons être édifiés par une petite brochure qui porte ce titre simple et clair comme les révélations elles-mêmes : L'auréole de la conscience.
    L'auréole de la conscience !... On donne des bureaux de tabac, voire les palmes académiques, à des gens qui n'ont pas trouvé cela.
    La couverture de L'Auréole — si je puis m'exprimer ainsi — porte une épigraphe qui pourrait être une synthèse.
    Essayons de nous limiter :

    « Un seul remède peut guérir l'humanité : la Foi ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »

    Soit ; voilà une règle de conduite assez précise et qui comporte quelque abnégation : aimer ses ennemis.
    Mais quel va être le statut de ceux qui ne se connaissent pas d'ennemis parce qu'ils n'ont jamais fait que le bien ou vivent dans l'isolement ? Ils ne pourront connaître le dieu de M. Antoine, ni l'aimer, ni le servir ?
    Une vague définition du devoir envers ses ennemis ne saurait constituer un corps de doctrines.
    Mais laissons Maître Antoine nous apprendre ce que sont les lois divines, tout en nous démontrant qu'il n'y a pas de lois divines :

    Antoine. — Je vais vous dire comment nous devons comprendre les lois divines et de quelle façon elles peuvent agir sur nous. Vous savez qu'il est reconnu que la vie est partout ; si le vide existait, le néant aurait aussi sa raison d'être.
    Une chose que je puis encore affirmer, c'est que l'amour existe aussi partout, et de même qu'il y a amour, il y a intelligence et conscience. Amour, intelligence et conscience réunis constituent une unité, le grand mystère, Dieu.
    Pour vous faire comprendre ce que sont les lois, je dois revenir à ce que je vous ai déjà répété concernant les fluides ; il en existe autant que de pensées ; nous avons la faculté de les manier et d'en établir des lois, par la pensée, suivant notre désir d'agir. Celles que nous imposons à nos semblables nous imposent de même. Telles sont les lois d'intérieur, appelées ordinaire ment lois de Dieu.
    Quant aux lois d'extérieur, dites lois de la nature, elles sont l'instinct de la vie qui se manifeste dans la matière, se revêt de toutes les nuances, prend des formes nombreuses, incalculables, suivant la nature du germe des fluides ambiants.
    Il en est ainsi de toutes choses, toutes ont leur instinct, les astres même qui planent dans l'espace infini, se dirigent par le contact des fluides et décrivent instinctivement leur orbite.
    Si Dieu avait établi des lois pour aller à lui, elles seraient une entrave à notre libre arbitre ; fussent-elles relatives ou absolues, elles seraient obligatoires puisque nous ne pourrions nous en dispenser pour atteindre au but. Mais Dieu laisse à chacun la faculté d'établir ses lois, suivant la nécessité, c'est encore une preuve de son amour.
    Toute loi ne doit avoir que la conscience pour base. Ne disons donc pas « lois de Dieu », mais plutôt lois de la conscience.
    Cette révélation ressort des principes mêmes de l'amour, de cet amour qui déborde de toutes parts, qui se retrouve au centre des astres comme au fond des océans, de cet amour dont le parfum se manifeste partout, qui alimente tous les règnes de la nature et qui maintient l'équilibre et l'harmonie dans tout l'univers.

    D. — Maître, voulez-vous nous dire d'où vient la vie ?

    Antoine. — La vie est éternelle, elle est partout. Les fluides existent aussi à l'infini et de toute éternité.
    Nous baignons dans la vie et dans les fluides comme le poisson dans l'eau.
    Les fluides s'enchaînent et sont de plus en plus éthérés ; ils se distinguent par l'amour ; partout où celui-ci existe il y a de la vie, car sans la vie l'amour n'a plus sa raison d'être.
    Il suffit que deux fluides soient en contact par un certain degré de chaleur solaire, pour que leurs deux germes de vie se disposent à entrer en rapport.
    C'est ainsi que la vie se crée une individualité et devient agissante.

    Je crois que ce serait se moquer du lecteur que de multiplier ou d'allonger ces citations : je n'en donne que le nécessaire pour qu'on puisse juger en connaissance de cause et sans appel l'entreprise qui a mobilisé des foules.
    Il est des auteurs qui donnent l'impression d'avoir collectionné dans un lexique tous les vocables désuets ou peu usités pour en émailler leurs chroniques et « épater le bourgeois » par la richesse de leur vocabulaire : à lire le Père Antoine, il semble parfois qu'il ait vidé dans un chapeau les mots du dictionnaire, pour les cueillir ensuite au petit bonheur et les aligner en phrases.
    « L'instinct de la vie qui prend des formes incalculables suivant la nature du germe des fluides ambiants » semble bien dû à telles rencontres hasardeuses, et l'on devine l'ébahissement admiratif des gogos à la lecture de ces vaticinations sibyllines.
    Aussi bien, de son propre aveu, Antoine ne se comprend pas toujours lui-même, témoin cette déclaration :

    « Mes frères, aujourd'hui l'atmosphère n'est pas pure : recueillons-nous afin d'atteindre à des fluides plus éthérés qui faciliteront à tous la compréhension de la pensée.
    « Nous rencontrons souvent des personnes qui demandent à être éclairées sur la question des fluides et nous leur tenons toujours le même raisonnement, que nous répétons sur la foi d'un autre, peut-être sans le comprendre nous-même ».

    Mais si Antoine se présente comme le truchement, une sorte de phonographe du dieu qu'il a imaginé, comment le considèrent ses plus zélés disciples, ceux qui doivent hériter de sa puissance et de son fructueux commerce ?
    Ils vont nous l'apprendre, en un langage un peu moins obscur que celui de leur Maître :

    « Faire de M. Antoine un grand seigneur, ne serait-ce pas plutôt le rabaisser ? Vous admettrez, je suppose, que nous, ses adeptes, qui sommes au courant de son travail, ayons à son égard de tout autres pensées. Vous interprétez trop intellectuellement, c'est-à-dire trop matériellement, notre manière de voir, et, jugeant ainsi sans connaissance de cause, vous ne pouvez comprendre le sentiment qui nous anime. Mais quiconque a foi en notre bon Père apprécie ce qu'Il est à sa juste valeur parce qu'il l'envisage moralement. Nous pouvons lui demander tout ce que nous voulons. Il nous le donne avec désintéressement. Néanmoins, il nous est loisible d'agir à notre guise, sans aucunement recourir à Lui, car Il a le plus grand respect du libre arbitre ; jamais Il ne nous impose quoi que ce soit. Si nous tenons à Lui demander conseil, c'est parce que nous sommes convaincus qu'Il sait tout ce dont nous avons besoin, et que nous nous l'ignorons. Ne serait-il pas infiniment préférable de se rendre compte de son pouvoir, avant de vouloir discréditer notre manière d'agir à son égard.
    « Comme un bon père, Il veille sur nous. Lorsque affaiblis par la maladie, nous allons à Lui, pleins de confiance, Il nous soulage, nous guérit. Sommes-nous anéantis sous le coup des plus terribles peines morales, Il nous relève et ramène l'espoir dans nos cœurs endoloris.
La perte d'un être cher laisse-t-elle dans nos âmes un vide immense, son amour le remplit et nous rappelle au devoir. Il possède le baume par excellence, l'amour vrai qui aplanit toute difficulté, qui surmonte tout obstacle, qui guérit toute plaie, et Il le prodigue à toute l'humanité, car Il est plutôt médecin de l'âme que du corps. Non, nous ne voulons pas faire d'Antoine le Guérisseur un grand seigneur, nous faisons de Lui, notre sauveur. Il est plutôt notre Dieu, parce qu'il ne veut être que notre serviteur. »

    Si la pensée reste là enveloppée dans les nuées, au moins l'expression est d'une clarté relative : les disciples ont foi dans le Maître qui n'est pas Dieu, mais qui est leur dieu, leur sauveur, parce qu'il est leur serviteur. C'est tout le secret de leur vénération, pour ne pas dire de leur adoration.
    Profitons de cette vague lueur pour nous éclairer sur l'enseignement d'Antoine, ses propres révélations étant restées inaccessibles à notre intellect de profane :

    « Aussi longtemps que nous ignorerons la loi morale par laquelle nous devons nous diriger, nous la transgresserons.
    « L'enseignement d'Antoine le Guérisseur raisonne cette loi morale, inspiratrice de tous les cœurs dévoués à régénérer l'Humanité ; il n'intéresse pas seulement ceux qui ont foi en Dieu, mais tous les hommes indistinctement, croyants et non-croyants, à quelqu'échelon que l'on appartienne. Ne croyez pas qu'Antoine le Guérisseur demande l'établissement d'une religion qui restreigne ses adeptes dans un cercle, les obligeant à pratiquer sa doctrine, à observer certain rite, à suivre une opinion quelconque, à quitter leur religion pour venir à lui. Non, il n'en est pas ainsi : nous instruisons ceux qui s'adressent à nous de ce que nous avons compris de l'enseignement du Guérisseur et les exhortons à la pratique sincère de leur religion, afin qu'ils puissent acquérir les éléments moraux en rapport avec leur compréhension. Nous savons que la croyance ne peut être basée que sur l'amour ; mais nous devons toujours nous efforcer d'aimer et non de nous faire aimer, car ceci est la plus grand des fléaux. Quand on sera pénétré de l'enseignement d'Antoine le Guérisseur, il n'y aura plus de dissension entre les religions parce qu'il n'y aura plus d'indifférence, nous nous aimerons tous parce que nous aurons enfin compris la loi du progrès, nous aurons les mêmes égards pour toutes les religions et même pour l'incroyance, persuadés que nul ne peut nous faire aucun mal et que, si nous voulons convertir nos semblables, nous devons leur démontrer que nous sommes dans la vraie religion en respectant la leur et en leur voulant du bien. Nous serons alors convaincus que l'amour naît de la foi qui est la vérité ; mais nous ne la posséderons que quand nous ne prétendrons pas l'avoir. »

    Ce qu'on peut déduire de tout cela avec quelque certitude, c'est que le Père Antoine ne comprend pas toujours les révélations qui lui sont faites ; ses disciples à leur tour — et il serait contraire à toute hiérarchie qu'il en fût autrement — ne comprennent que partiellement les enseignements du Maître, et ils ne distribuent ces enseignements que dans la mesure restreinte où chacun peut les comprendre.
    On devine aisément ce qui peut rester de cette peau de chagrin, et on pardonne au commentateur d'être réduit à la portion congrue.
    Quel orgueil chez celui qui prétendrait pénétrer ces arcanes !

*
*    *

    Un journaliste a eu cette folle présomption, car cette engeance a toutes les audaces : c'est M. Kervyn, dont j'ai déjà parlé.
    Il a dégagé quelques notions, d'ailleurs contradictoires, du fatras Antoiniste.
    Tantôt Dieu est une personne, tantôt il se confond avec l'univers et avec l'homme. Il n'est pas Créateur, puisque tout ce qui existe a toujours existé. Il ne faut pas croire en Dieu, il ne faut rien espérer de lui, nous sommes Dieu nous-mêmes.
    Ravalé au-dessous du démon, ce Dieu est néanmoins représenté comme le modèle de la perfection !
    Le démon, c'est le mauvais génie, cause des maladies, des accidents, des grands fléaux qui accablent l'humanité. Néanmoins, comme l'intelligence et l'incarnation spirite sont les plus grands maux, le démon se trouve être l'intelligence suprême en qui nous sommes incarnés.

    « Par notre progrès, nous retrouverons dans le démon le vrai Dieu, et dans l'intelligence la lucidité de la conscience. »

    Quant à la morale, elle est excessivement souple : bien et mal ne sont que des termes de comparaison ; ni l'un ni l'autre n'existent réellement.

    « Vous êtes libres, agissez comme bon vous semble, celui qui fait bien trouvera bien. En effet, nous jouissons à un tel point de notre libre arbitre que Dieu nous laisse faire de lui ce que nous voulons. »

    Et l'âme ? Avons-nous une âme ? Qu'est-elle ? Que devient-elle ?
    Oui, nous avons une âme, puisque « l'âme imparfaite reste incarnée, jusqu'à ce qu'elle ait surmonté son imperfection. »
    Quant à sa définition, motus !

    « Avant de quitter le corps qui se meurt, l'âme s'en est préparé un autre pour se réincarner... Nos êtres chéris soi-disant disparus ne le sont qu'en apparence, nous ne cessons pas un instant de les voir et de nous entretenir avec eux. La vie corporelle n'est qu'une illusion. »

    Il n'y a de réel que les fluides, et pour distinguer les bons des mauvais, il n'y a guère que M. Antoine qui ait le flair d'artilleur.

    « Je sens à présent, confia-t-il, un jour à son auditoire, que le fluide qui régnait au premier abord a disparu insensiblement et a fait place à un nouveau, qui est aussi à même de nous unir que l'autre aurait pu nous diviser. »

    Citons encore, pour terminer, quelques aphorismes philosophiques, s'il est permis de donner ce nom à ces incohérences :

    « Les connaissances ne sont pas du savoir ; elles ne raisonnent que la matière. »
    « Un atome de matière nous est une souffrance. »
    « Nous disons que la matière n'existe pas parce que nous en avons sur monté l'imagination. »
    « Toutes choses ont leur instinct, les astres même qui planent dans l'espace infini se dirigent par le contact des fluides et décrivent instinctivement leurs orbites. »
    « L'intelligence, considérée par l'humanité comme la faculté la plus enviable à tous les points de vue, n'est que le siège de notre imperfection. »
    « Nulle autre que l'individualité d'Adam a créé ce monde. Adam a été porté à se constituer une atmosphère et à construire son habitation, le globe, tel qu'il voulait l'avoir. »
    « Je ne puis dire avec les Ecritures qu'Adam a été le premier homme ; il en existait déjà d'autres à cette époque. »
    « Si la matière existe, Dieu ne peut exister. »
    « Je vous ai révélé qu'il y a en nous deux individualités, le moi conscient et le moi intelligent ; l'une réelle, l'autre apparente. »
    « L'intelligence n'est autre que le faisceau de molécules que nous appelons cerveau. »
    « A mesure que nous progressons, nous démolissons du moi intelligent pour reconstruire sur du moi conscient...
    « Nous devons savoir que l'animal n'existe qu'en apparence ; il n'est que l'excrément de notre imperfection. »
    « Combien nous sommes dans l'erreur en nous attachant à l'animal ; c'est un grand péché (c'est même le seul qu'indique Antoine), parce que l'animal n'est pas digne d'avoir sa demeure où résident les humains. »

    Tout cela est beaucoup trop absurde pour qu'on ait la tentation de crier au blasphème. On inclinerait plutôt à la pitié ; si l'on ne devait se souvenir que ces incohérences et ces hallucinations n'excluaient pas ce qu'on appelle l'esprit pratique, si elles ne s'étaient accommodées d'un sens commercial très aiguisé.
    Antoine apparaît comme un homme qui, à ses heures de lucidité, aurait appliqué toutes ses facultés au monnayage du produit de ses heures d'extravagance ou de rêves insensés.
    Une question se pose encore : l'Antoinisme devait-il disparaître avec Antoine ? Le malin a pensé à sa succession, et il se fait poser la question suivante :

    « Maître, que deviendront vos adeptes quand l'Humanité vous aura perdu ? »

    Et Antoine de répondre :

    « La mort, c'est la vie, elle ne peut m'éloigner de vous, elle ne m'empêchera pas d'approcher tous ceux qui ont confiance en moi, au contraire. »

    Et voilà ce qui, depuis sa mort, permet à sa veuve et à quelques disciples de choix de continuer son commerce.

*
*    *

    Quelques-uns jugeront peut-être que nous avons attaché trop d'importance à l'œuvre de ce charlatan : ils ne seront plus de cet avis s'ils veulent bien considérer, comme nous l'avons fait au début, les progrès de cette épidémie sur les cerveaux.
    D'autres nous reprocheront d'avoir traité légèrement le sujet ; mais si l'on peut parler sans solennité de choses sérieuses, il est bien permis de parler sans gravité de l'Antoinisme.
    En quête d'un culte pour concurrencer celui de 38 millions de Français, qui sait si le régime ne jettera pas demain son dévolu sur l'Antoinisme : est-ce bien plus idiot que l'athéisme ?

ALBERT MONNIOT.

Revue internationale des Sociétés secrètes
Organe de la LIGUE FRANC-CATHOLIQUE contre les Sociétés Secrètes Maçonniques ou 0ccultistes et leurs filiales – Partie Judéo-occultiste, paraissant le 5 de chaque mois – TROISIÈME ANNÉE – N° 3 – 5 MARS 1914 (pp.454-475)

Source : http://iapsop.com/

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