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Jean Delay - Homme sans nom (1948)

Publié le par antoiniste

Jean Delay - Homme sans nom (1948)

Auteur : Jean Delay
Titre : L'écarté de la grille
in Hommes sans nom, nouvelles,
Éditions : Gallimard, Paris, 1948

    Docteur en médecine, Jean Delay devint médecin des hôpitaux de Paris en 1938. Agrégé en 1939, il obtint le statut de professeur de clinique des maladies mentales et de l’encéphale en 1946. Son observation de la Salpêtrière, à la fois dans Hommes sans nom et Les Reposantes, rejoint celle d'André Baillon qui écrivit aussi sur l'univers de la Pépète dans Un homme si simple et Chalet 1.

    Cette nouvelle, dont le nom vient du jeu de cartes que les pensionnaires de la Salpêtrière jouaient prêt de la grille, évoque les Antoinistes de Paris aux pages 169-170 et 174.

    Recension :
Jean Delay, L'écarté de la Grille,
   Gallimard, 1988, 132 p.
    Publié en 1948 sous le pseudonyme de Jean Faure. L'écarté de la Grille faisait partie du livre intitulé Les hommes sans nom. Jean Delay médecin des hôpitaux psychiatriques retrace ici l'expérience qui sans doute fut la sienne au contact des « grands fous » de la Salpêtrière. Ce récit dédié à André Gide fait la part belle à l'imaginaire fantasque de l'abbé-a-la-jambe-de-bois dit l'abbé John. En cet après-midi du 14 juillet, derrière la Grille du quartier des hommes, les joueurs de cartes Loustan, Lalouette et Monsieur Jules assistent fascinés, abasourdis, rieurs comme ces enfants qu'enchantent le vol des papillons et les cris effarouchés des nourrices haletantes, aux paraboles métaphysiques, évangéliques et loufoques de l'abbé John, l'homme dont les recherches en bibliothèque et le physique trivial de bassesse les déconcertaient. Les impressionnaient aussi l'« expression bestiale du visage, le teint basané d'un mulâtre, le front démesuré dont les cheveux étaient mal plantés, des oreilles décollées et velues, des joues et des bajoues enluminées et chargées de graisse, des lèvres molles et épaisses, un menton fuyant, entourant un nez énorme largement épaté, de couleur aubergine ». Evidemment, ils avaient beaucoup de peine à l'imaginer disant la messe ou administrant les derniers sacrements. Et pourtant, leur curiosité est si grande, leur faim de savoir tellement tenace, leur appétit de vivre si farouche qu'ils interrompent leur partie d'écarté — où l'on écarte les cartes — pour l'écouter disserter sur les vastes étendues des terres africaines qui bourdonneront autour de ses oreilles de faune, ou se laisser aller à quelques confidences sur le désarroi qui le saisit, si justement, au moment où il s'apprêtait à se consacrer avec son grand-papa aux lépreux du monastère de Pernambuco. Le sacrifice fut fatal à l'abbé John : condamné au silence, « les épiscopes (lui) arrachaient sa raison de vivre. Adieu, flots mugissants qui emportaient les digues, adieu, fleurs capiteuses et rhéteuses de (ses) fécondes insomnies, adieu, ô (sa) sœur Hyperbole » !
    Né pour les soins de l'âme, l'abbé John dont la nature ardente ne trouvait plus d'exutoire dans l'éloquence évangélique succomba avec assiduité aux charmes de la Créature. « Aux charmes immanents de la Vénus carioque. » Il devint chamel de charité en charité.
    A sa virilité jaillissante, à l'incandescence de sa jeunesse, l'abbé-à-la-jambe-de-bois joint une exubérance volubile, un goût prononcé pour les citations érudites mais dépareillées. Il entraîne ses acolytes de la Grille « hors de la commune réalité » de leurs maux, « vers les plages fabuleuses où le vrai n'est peut-être pas le réel » ; où la parole libérée des contingences admises communément accède par-delà la misère à une fonction rare : celle de permettre à ceux qui l'écoutent de rêver à leur tour, non plus dans les limites obscures de leur nuit, mais au grand jour, là, au creux d'eux-mêmes où la fiction la plus audacieuse ressemble à s'y méprendre à la vérité. Phantasmes et fantaisie.
                                Shoshana Rappaport
Inaperçus, Lignes 1988/2 n°3, page 201, Éditions Hazan
https://www.cairn.info/revue-lignes0-1988-2-page-195.htm

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Le Progrès Civique N° 416 du 06-08-1927

Publié le par antoiniste

Le Progrès Civique N° 416 du 06-08-1927

Auteur : Dr. Marcel Réja
Titre : Le Progrès Civique N° 416 Du 06/08/1927
Les guérisseurs mystique - Le Culte Antoiniste par Réja

    L'auteur est également à l'origine du livre Au Pays des Miracles.

AU PAYS DES MIRACLES

Les guérisseurs mystiques : LE CULTE ANTOINISTE

par MARCEL REJA

Atteint d'une « maladie d'estomac » pour laquelle il avait été « condamné par la science », le Père Antoine, simple ouvrier métallurgiste, se vit guérir, par la simple vertu de la foi qu'il avait en Dieu.
    Echauffé par cet événement, il se mit à écrire les Révélations que Dieu lui dicta, et s'étant aperçu que comme jadis le Christ, il pouvait par sa parole et ses prières guérir les malades, il se livra sans réserve à cet apostolat.
    Ainsi fonda-t-il une manière de religion qui se réfère à un mysticisme plus ou moins chrétien avec mépris total de l'intelligence cause de tous nos maux, et considérations plus ou moins lumineuses sur la métaphysique et la psychologie. Mais le don de guérir fait passer sur toutes les divagations ! Le Père, comme ils disent, a laissé une école vivante surtout en France et en Belgique.
    Les Antoinistes sont des gens modestes et doux, ennemis de toute pompe et de toute vanité. Ils pratiquent les vertus de la primitive Eglise et leurs diacres qu'ils dénomment des adeptes refusent toute rétribution des fidèles, directe ou indirecte.
    Comme feu saint Paul, ils se font un point d'honneur de gagner leur pain quotidien par l'exercice d'un métier séculier, l'apostolat devant rester un exercice tout gracieux.
    D'ailleurs, les manifestations cultuelles sont réduites à un strict minimum. En Antoinisme, tout prosélytisme est sévèrement interdit comme attentatoire à la liberté individuelle. Le chant d'un cantique, le débit d'une homélie ? autant de manifestations théâtrales indignes d'un véritable esprit mystique.
    La demi-heure qui est vouée quotidiennement à l'exercice du culte est exclusivement consacrée à lire les Saintes Ecritures... antoinistes. Celles-ci consistent en deux petits livres que Dieu lui-même a dictés au Père Antoine et dont la distillation constitue la nourriture spirituelle et exclusive des ouailles.
     « Un seul remède, déclare le manifeste du Père Antoine, peut guérir l'Humanité : la Foi. C'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend digne de le servir ; c'est le seul amour qui nous fait véritablement aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »
    Voilà le tréfonds de la doctrine du Père Antoine.
    Le Christ, son confrère, son prédécesseur, n'avait apporté au monde qu'une morale relativement imparfaite. Aimez-vous les uns les autres !... C'est très joli, mais c'est un peu sec. Poussant à fond la surenchère mystique, notre prophète s'écrie : « Aimez vos ennemis plus que tout au monde !... » et il étaie ce précepte de toutes les démonstrations et de tous les commentaires qu'il peut imaginer.

*
*   *

    La chapelle qui, à Paris, abrite les dévotions des frères en Antoinisme ne brille pas par son charme temporel. Quatre murs nus, une chaire à deux étages, des bancs pour les assistants : c'est tout. J'oubliais la pendule au mur et le portrait d'un derviche barbu qui représente le maître de céans. On peut bien dire que le plus dénudé des temples protestants, est un palais en comparaison de cette chapelle. Mais elle est le centre d'une vie mystique intense et le but de pèlerinage de nombreux malades qui, désespérant de la science humaine, viennent en appeler à l'Amour Suprême, à la Suprême Autorité.
    Mon premier contact avec l'Antoinisme fut assez pénible.
    Ayant un soir, à l'heure annoncée pour le service quotidien, gagné la petite chapelle qui s'adorne de l'écriteau « Culte antoiniste », je vis quelques ombres furtives se glisser par la porte entr'ouverte.
    Un vestibule minuscule, un écriteau recommandant au fidèle la plus rigoureuse simplicité pour ses obsèques (les Antoinistes ne meurent pas, mais ils se désincarnent), puis c'est la chapelle elle-même. Une atmosphère de pôle, une chape de glace qui vous étreint brusquement. Clairsemés sur les bancs, les fidèles attendent dans une gravité recueillie.
    Dans ce public où les femmes dominent, il y a des négociants qui n'ont pas l'air trop bien dans leurs affaires... des visages jaunis, des figures où flotte un relent d'anxiété. Quelques béquilles sonnent sur la dalle, quelques « uhms ! » trahissent des bronches inquiètes...
    Mais l'aiguille ayant atteint la demie, le cortège sacré fait son entrée... oh ! très simple : une femme tout de noir vêtue et qui semble une diaconesse, un adepte dont le costume rappelle celui d'un pasteur. Tous deux tête nue, la marche lente, l'allure compassée... Et les voilà qui s'installent face au public dans la chaire à deux étages lui surplombant, elle surplombée... Se sont-ils aperçus que nous sommes là ? Les voici qui se plongent au plus profond de la méditation (ou de la prière).
    Le silence rituel plane soudain. Il n'y a plus ni toux ni béquille, ni seulement respiration. La diaconesse figée tout à coup dresse vers le plafond son visage de matrone inspirée, tandis qu'à l'étage au-dessus, son compère, surpris au moment où il tournait la tête et sa barbiche tout de guinguois, offre l'image d'un fâcheux et définitif torticolis.
    Dans la salle, même effet de momification sur les assistants. Et les mains pieusement emboîtées l'une dans l'autre, avec des airs penchés, complètent pour chacun la silhouette du recueillement le plus édifiant.
    C'est le Musée Grévin qui vient d'envahir la chapelle tout à coup. C'est la minute de silence chère à tous les cercles mystiques. D'autres disent « Je demande un silence ! » ou bien : « Unissons-nous dans le silence ! » Les Antoinistes, soucieux de simplification, se contentent de s'immobiliser sans crier gare.
    Quoi qu'il en soit, cette momification est purement provisoire. Bientôt, la chaire s'anime à nouveau, si l'on peut dire. La diaconesse ouvre un livre relié de noir et commence à lire. Lentement, gravement, d'une voix neutre, monotone d'écolière qui ne comprend pas un mot de ce qu'elle récite, d'une voix entièrement désabusée de toutes les vanités terrestres, d'une voix nostalgique, mécanique, elle poursuit sa lecture.

*
*   *

    Cependant une sueur d'angoisse envahit mon front ; J'écarquille des yeux effarés... et je me demande si, par l'effet de quelque terrible indisposition, je ne suis pas devenu tout à coup stupide... J'entends distinctement chacun des mots distillés par la lectrice : ce n'est ni du latin, ni de l'hébreu, ni de l'anglais, ni du moldovalaque... c'est du français ! du français moderne !... et je n'arrive pas à comprendre un traitre mot !... Et ce qui m'inquiète le plus, c'est de voir qu'autour de moi mes frères inconnus conservent une parfaite sérénité. Il ne semble pas que cette prose les bouleverse. Ils écoutent ça comme ils écouteraient autre chose, avec un petit air convaincu.
    La lecture toutefois continue avec moins de régularité, la lectrice s'arrête un instant, jette sur la pendule un regard dénué de toute discrétion, lit encore quelques phrases, et tout à coup s'arrête, ferme le livre, se lève.
    Tout est consommé !
    Alors le surplombant se lève aussi, et sur son geste ordonnateur, le silence à nouveau plane. Le Musée Grévin sévit encore quelques minutes. Puis la voix de l'adepte s'élève :
    – Mes frères, au nom du Père, merci.
    C'est bien fini. Suivons le flot. Je sors complètement abasourdi. Pourtant, une des diaconesses qui veillent à la porte m'a chuchoté au passage d'un air mystérieux :
    – Demain, dix heures... La Grande Opération !
    Et je m'en vais, regrettant qu'une obligation de famille me prive précisément de ma liberté à cette heure-là.
    Cependant le regret de manquer une occasion pareille ne cesse de me lanciner. Et, le lendemain, au moment de prendre le train, je me décide tout à coup. Tant pis pour la famille ! Un taxi. J'arrive à temps à la petite chapelle... pardon, au petit temple. Et le cérémonial simpliste se déroule à nouveau. Mais, cette fois, la lectrice nous lit le texte des « dix principes de Dieu » tels qu'ils furent révélés par le Père :

                       PREMIER PRINCIPE
               Si vous m'aimez
Vous ne l'enseignerez à personne,
Puisque vous savez que je na réside
               Qu’au sein de l'homme.
Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
               Une suprême bonté
Alors que du prochain vous m'isolez.
                       DEUXIEME DRINCIPE
Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi
Dont l'intention serait de vous convertir.
           Si vous respectes toute croyance
                        Et celui qui n'en a pas,
Vous savez, malgré votre ignorance,
Plus qu'il ne pourrait vous dire
, etc., etc.

    Il y en a dix comme ça. Et c'est là le grand secret ! Et pour récupérer la bonne santé, ces dix principes sont un moyen incomparable, et c'est parce que le Père récitait ces dix principes qu'il obtenait des cures sans nombre, et c'est parce que ses successeurs ont conservé cette tradition que les malades accourent encore vers eux, de toute l'ardeur de leur foi...
    – Mes frères, au nom du Père, merci !
    De nouveau c'est la sortie. Mais, mieux renseigné cette fois, j'observe que beaucoup de fidèles restent à leur place. Ce sont les consultants... Ils ont fait appel à l'intercession curative du Père : leurs noms enregistrés sur un grand livre ont été ou seront communiqués à Jemeppe-sur-Meuse afin que la « maison mère » puisse d'urgence faire des prières à leur intention. Et maintenant, l'un après l'autre on les appelle dans un petit cabinet où l'officiant leur délivre une consultation... purement spirituelle. De bonnes paroles, quelques conseils d'hygiène, et surtout des prières... des prières et encore des prières.
    Car, ainsi que le Père l'a révélé, les plaies du corps ne sont que la conséquence des plaies de l'âme. C'est donc celles-ci qu'il convient de soigner si vous voulez guérir celles-là ! Et tout cela est rigoureusement conforme à la conception générale des mystiques pour qui la maladie n'est que la rançon d'une faute commise par le patient ou par quelqu'un de ses proches... Non que le Père ait jamais nié que la médecine pût guérir ! Il a dit textuellement, un jour ou par hasard il avait oublié d'être obscur :
    – Dans le cas où un malade s'adresse au médecin, c'est sa foi en celui-ci qui le guérit... Le médicament n'est rien en lui-même, notre pensée seule nous le rend efficace...
    Et voilà pourquoi, au moment même où je vous parle, les malades continuent de se rendre au culte antoiniste et d'y recueillir des guérisons véritablement étourdissantes (comme on en voit à Lourdes ou à Lisieux, comme on en voyait au temple d'Epidaure), car la foi appelle le miracle et le miracle appelle la foi... et il n'y a vraiment aucune raison pour que ça finisse !

                                MARCEL REJA

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Maurice Magre - Lucifer (1929)

Publié le par antoiniste

Maurice Magre - Lucifer (1929)

Auteur : Maurice Magre
Titre : Lucifer, roman moderne
A. Michel, 1929

 

    Maurice Magre (1877 à Toulouse - 1941 à Nice) est un écrivain, poète et dramaturge français, défenseur ardent de l'Occitanie.
    Dans la seconde partie de sa vie, il s'intéresse à l'ésotérisme et mène une quête spirituelle, il devient martiniste mais ne cesse pas pour autant de publier de nombreux ouvrages, comme en témoigne la liste de ses œuvres. 
   En 1919, il découvrit La Doctrine Secrète, l'œuvre majeure de Mme Blavatsky, la cofondatrice de la Société théosophique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Magre

 

Recensions :

    Titre et auteur sont parfaitement adaptés l'un à l'autre. Le goût du mystérieux, de l'inconnu, a toujours été profond chez les hommes, M. Maurice Magre possède le sens du merveilleux, qui lui vient en droite ligne de la poésie. Il sait graduer avec science les ressources de l'imprévu. Son intrigue rebondit alors qu'elle paraît prête à se dénouer, se déroulant dans une atmosphère lourde de choses pressenties et indistinctes, de menaces extra-terrestres, d'influences imprécises et vagues. Mais en dehors et au-dessus de toute cette somme inquiétante qui étonne, attache et retient, l'auteur esquisse toute une philosophie du bien et du mal, nullement exempte de grandeur, et élève le débat à des idées générales qui dépassent de beaucoup le cadre d'un pacte passé avec le diable par son héros. 
   C'est tout le problème de l'au-delà, du conflit des tendances bonnes ou mauvaises chez les individus qui est évoqué avec une maîtrise et une sobriété remarquables sous les aspects d'un roman moderne. 
   Lucifer (Albin Mi-chel, édit.) unit harmonieusement la science et l'art. C'est un des plus beaux livres que nous ait donnés M. Maurice Magre. 

Homme libre : journal quotidien du matin, 21 octobre 1929

 

 

    « Mon goût du mystère, avoue d'abord le héros de M. Maurice Magre, était si grand que je peuplais le monde d'énigmes, non pas pour les résoudre, mais pour m'y complaire et m'émerveiller. » Les énigmes du monde et singulièrement celles qui ont trait à la conduite de notre vie de chaque jour, on sait avec quelle foi et quelle ardeur M. Maurice Magre s'efforce de les pénétrer. Comment peut-on évoquer Lucifer sans évoquer en même temps le problème du bien et du mal. Nos actes nous suivent et aussi nos désirs et selon qu'ils ont été orientés vers le bien ou vers le mal, nous sommes de plus en plus, avec le temps, liés envers l'un où l'autre par une sorte de pacte. 
   Le héros de M. Magre est « un homme comme les autres, ni meilleur ni pire, courbé par la crainte, soulevé par le désir et qui n'avait jamais su aimer sincèrement que lui-même ». Dans un milieu où le romanesque vient de l'esprit assez hypocritement mêlé à la chair et de la recherche obstinée, inquiète des plus troubles traditions et des enseignements les plus ambigus des antiques sagesses, ce personnage s'achemine vers une tardive libération. Il est soumis essentiellement à l'envoûtement de deux êtres, nés du même père mais non de la même mère, « deux jeunes filles, deux lampes ! Mon double amour ! Le bien et le mal ». L'une, Eveline, est « inaccessible à tout désir, une mystique ». L'autre, Laurence, « était possédée, elle aimait les pauvres, non par charité, mais parce que la société les avait rejetés et qu'ils présentaient l'image de la damnation terrestre ». Laurence, créature de chair, avoue ceci : « Un grand bonheur me venait du désordre et de l'incertitude de la vie. » 
   Au terme de ses épreuves, dans l'apaisement d'une haute, humble et sereine conciliation. le héros de M. Maurice Magre s'écrie : « On ne peut avoir peur de ceux qu'on aime. Là est le secret. Aimer autant les mauvais que les bons. Davantage, même, car ils ont besoin davantage. La coalition de mille confréries de damnés ne saurait effleurer de la plu, petite ombre la rêverie d'une âme pleine d'amour. » 
   Dans ce livre, l'un des plus curieux et des plus émouvants qu'il nous ait été donne de lire depuis quelque temps, avec un très vif intérêt romanesque dû à l'art avec lequel il est mené et à l'etrantreté des milieux où il se déroule, se manifeste, sous-jacente, l'obsession fascinante, inquiétante du surnaturel et des puissances mal connues, avec le désir et l'amour des créatures de chair, ce désir « d'autant plus grand quelquefois qu'on va plus loin dans la poursuite de la spiritualité ». Il ne peut manquer de toucher jusqu'à les tourmenter, peut-être, ceux qui ont souci de leur vie intérieure, de leur destin et des redoutables mystères que sont les notions de bien et de mal. (Albin Michel.) 

Paul CHAUVEAU. 

Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 1 février 1930

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Het Antoinisme in België (Wereldkroniek 24 Dec.1910)

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Het Antoinisme in België (Wereldkroniek 24 Dec.1910))Nieuwe Rotterdamsche Courant 23-12-1910)

Encart d'annonce dans le Nieuwe Rotterdamsche Courant (23-12-1910)

 

Titre : Het Antoinisme in België
Wereldkroniek, nummer van 24 Dec. 1910

    On n'en saura pas plus sur cet article, la source n'étant pas disponible en ligne et introuvable en bibliothèque.

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Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

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Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

                    FEUILLETON DE Tatène        N° 4

                   LE MARCHAND DE DJÈLE

Histoire authentique d’une Charrette en glaise

                    PAR TRONÇON DU FERAIL

Résumé du chapitre antérieur : Gaëtan di Vèye Gheûye di Souk croit que pour sortir de la panade, il ne lui reste qu’un moyen : épouser une riche héritière. Il se jette aux pieds du premier Monsieur connu qu’il rencontre et lui demande la main de sa fille. Horreur ! Le Monsieur est célibataire.

                                    CHAPITRE V.
    Chercher une héritière, et pour ce, s’adresser à un célibataire, c’est bien la déveine acharnée, semblable en tout point à celle de ce brave homme mort d’asphyxie pour s’être administré un trop copieux lavement !
    Gaëtan en eut une mine si piteuse que, décidément, elle ne pouvait plus passer pour la « bonne mine » annoncée par Antoine le Guérisseur.
    Selon sa vieille renommée d'amabilité, M. Ch. Francotte en fut très marri et cet instant fut peut-être le seul en sa vie où il regretta de n'être point marié et père de famille, afin de tirer ce garçon d'embarras.
    Il le consola de son mieux en lui affirmant qu'il ne manquerait pas de trouver à Liège un cœur pour le comprendre et qu'en attendant ce jour heureux, il ne manquait pas à Liège de petites femmes, dignes de jouer l'âme-sœur provisoire et intérimaire.
    Hélas ! tout ce verbiage sentimental n'était guère fait pour contenter Vèye-Gheûye : c'était à la bourse et non au cœur que se trouvait la blessure et le moindre louis eut bien mieux fait son affaire que tous les sermons aimables. Mais, décemment, il ne pouvait avouer sa détresse, lui Vicomte, dont la noblesse remontait à l'âge de la pierre et des calculs biliaires, à un simple conseiller municipal de la cité liégeoise, fut-il doré comme un Crésus américain. Il s'en fut donc, la mort dans l'âme à la recherche d'une autre héritière.
    Sous un réverbère du quai de l'Université, il vit se profiler le corps long et maigre d'une dame à la démarche élégante enveloppée dans un ample manteau du drap le plus fin. C'était sans doute quelque personne d'âge rassis qui s'était attardée dans un comité de bonnes œuvres.
    Cette brave dame devait être la maman de nombreuses filles bien dotées et Gaëtan résolut de tenter une seconde fois l'expérience qui avait si mal réussi la première.
    Il s'élança donc, s'approcha fébrilement, retira son dix-huit reflets dans un geste arrondi où il suit toute son élégance, puis il commença son boniment : « Madame, j'adore votre fille... »
    Il n'alla pas plus loin : l'interpellée s'était tournée et aux yeux ahuris du Vicomte, se montra l'œil perçant et le profil olympien d'une personnalité liégeoise bien connue. La vieille dame c'était... Monseigneur Schoolmeesters !! Gaëtan s'enfuit tel un chien qui entendrait rebondir derrière lui un batterie de cuisine complète.
    C'est que si encore, il avait été bon chrétien, il aurait pu se recommander à l'abbé, mais depuis la prédiction de la « bonne mine » il avait adhéré sans réserve à l'antoinisme le plus pointu et s'il n'avait pas encore arbore la redingote funèbre et le tuyau en feutre mat des fervents disciples de l'Arbre de la Science de la vue du Mal, c'est parce qu'il trouvait ce costume absolument trop désavantageux pour quelqu'un qui attend tout de son élégante prestance.
    Gaëtan s'enfuit, il alla s'affaler sur un banc du boulevard Frère-Orban.
    Il rêva, il rêva longtemps puis, l'air étant pur, le ciel limpide et l'atmosphère tempérée, le sommeil l'envahit et durant de longues heures l'arracha aux soucis qui le tenaillaient...

Feuilleton par Tronçon du Férail
publié dans Tatène (Journal satirique de Liège) n°38 du 1er au 7 novembre 1912)

Il manque des numéros dans la banque de numérisation https://donum.uliege.be/expo/tatene/, ce qui nous ne permettra malheureusement pas de savoir les détails de l’adhésion de Gaëtan à l’antoinisme.

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Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

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Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

                    FEUILLETON DE Tatène        N° 4

                   LE MARCHAND DE DJÈLE

Histoire authentique d’une Charrette en glaise

                    PAR TRONÇON DU FERAIL

Résumé du chapitre antérieur : Gaëtan di Vèye Gheûye di Souk croit que pour sortir de la panade, il ne lui reste qu’un moyen : épouser une riche héritière. Il se jette aux pieds du premier Monsieur connu qu’il rencontre et lui demande la main de sa fille. Horreur ! Le Monsieur est célibataire.

                                    CHAPITRE V.
    Chercher une héritière, et pour ce, s’adresser à un célibataire, c’est bien la déveine acharnée, semblable en tout point à celle de ce brave homme mort d’asphyxie pour s’être administré un trop copieux lavement !
    Gaëtan en eut une mine si piteuse que, décidément, elle ne pouvait plus passer pour la « bonne mine » annoncée par Antoine le Guérisseur.
    Selon sa vieille renommée d'amabilité, M. Ch. Francotte en fut très marri et cet instant fut peut-être le seul en sa vie où il regretta de n'être point marié et père de famille, afin de tirer ce garçon d'embarras.
    Il le consola de son mieux en lui affirmant qu'il ne manquerait pas de trouver à Liège un cœur pour le comprendre et qu'en attendant ce jour heureux, il ne manquait pas à Liège de petites femmes, dignes de jouer l'âme-sœur provisoire et intérimaire.
    Hélas ! tout ce verbiage sentimental n'était guère fait pour contenter Vèye-Gheûye : c'était à la bourse et non au cœur que se trouvait la blessure et le moindre louis eut bien mieux fait son affaire que tous les sermons aimables. Mais, décemment, il ne pouvait avouer sa détresse, lui Vicomte, dont la noblesse remontait à l'âge de la pierre et des calculs biliaires, à un simple conseiller municipal de la cité liégeoise, fut-il doré comme un Crésus américain. Il s'en fut donc, la mort dans l'âme à la recherche d'une autre héritière.
    Sous un réverbère du quai de l'Université, il vit se profiler le corps long et maigre d'une dame à la démarche élégante enveloppée dans un ample manteau du drap le plus fin. C'était sans doute quelque personne d'âge rassis qui s'était attardée dans un comité de bonnes œuvres.
    Cette brave dame devait être la maman de nombreuses filles bien dotées et Gaëtan résolut de tenter une seconde fois l'expérience qui avait si mal réussi la première.
    Il s'élança donc, s'approcha fébrilement, retira son dix-huit reflets dans un geste arrondi où il suit toute son élégance, puis il commença son boniment : « Madame, j'adore votre fille... »
    Il n'alla pas plus loin : l'interpellée s'était tournée et aux yeux ahuris du Vicomte, se montra l'œil perçant et le profil olympien d'une personnalité liégeoise bien connue. La vieille dame c'était... Monseigneur Schoolmeesters !! Gaëtan s'enfuit tel un chien qui entendrait rebondir derrière lui un batterie de cuisine complète.
    C'est que si encore, il avait été bon chrétien, il aurait pu se recommander à l'abbé, mais depuis la prédiction de la « bonne mine » il avait adhéré sans réserve à l'antoinisme le plus pointu et s'il n'avait pas encore arbore la redingote funèbre et le tuyau en feutre mat des fervents disciples de l'Arbre de la Science de la vue du Mal, c'est parce qu'il trouvait ce costume absolument trop désavantageux pour quelqu'un qui attend tout de son élégante prestance.
    Gaëtan s'enfuit, il alla s'affaler sur un banc du boulevard Frère-Orban.
    Il rêva, il rêva longtemps puis, l'air étant pur, le ciel limpide et l'atmosphère tempérée, le sommeil l'envahit et durant de longues heures l'arracha aux soucis qui le tenaillaient...

Feuilleton par Tronçon du Férail
publié dans Tatène (Journal satirique de Liège) n°38 du 1er au 7 novembre 1912)

Il manque des numéros dans la banque de numérisation https://donum.uliege.be/expo/tatene/, ce qui nous ne permettra malheureusement pas de savoir les détails de l’adhésion de Gaëtan à l’antoinisme.

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Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921)

Publié le par antoiniste

Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921).JPG

    Au pied de la Butte-aux-Cailles, les Antoinistes ont édifié un petit temple. Une inscription, placée près de la porte, le proclame ouvert jour et nuit à ceux qui souffrent. J'y entre un dimanche matin, à l'heure de l'office. La petite salle, qui peut contenir un peu plus d'une centaine de personnes, est emplie de fidèles : une vingtaine d'hommes et de femmes, tous vêtus de noir ou d'étoffes sombres. Immobiles, le regard fixe, ils écoutent, dans un recueillement profond, la lecture des « Œuvres » du « père » Antoine, que leur fait l'officiant, un homme déjà âgé, vêtu d'une longue lévite noire, assis dans une petite chaire au-dessus de laquelle s'étale, peint sur un panneau de verre, un arbre défini par cette formule : « L'arbre de la science de la vue du mal. » Et le mur du fond porte, écrit en lettres capitales : « L'enseignement du Père, « c'est l'enseignement du Christ révélé à cette « époque par la Foi. Un seul remède peut « guérir l'humanité, la Foi. C'est de la Foi « que naît l'amour... »
    D'une voix lente et monotone, nue et grise comme les murs de cette salle, le lecteur laisse tomber les phrases obscures où, revenant sans cesse, les mots « foi », « croyance », « Dieu », « conscience », « Providence », « le Père », s'amalgament. Mais, tout d'un coup, dans cette rédaction brumeuse, fulgure l'erreur infâme : «... Ce n'est que par la forme que les religions différent... Si Dieu ne peut faire le mal, il n'est pas libre... C'est nous qui faisons Dieu à notre gré.., Croyons que nous sommes Dieu nous mêmes ; croyons que nous pouvons ce que nous voulons... Je puis maintenant vous révéler ce qu'il en est de la conversion d'Adam. Il est faux que nos premiers parents aient péché. Adam, c'est le moi conscient ; Eve, le moi intelligent. Tout être doit passer par l'incarnation pour jouir du vrai bonheur... Adam vivait en Dieu, mais ne pouvait le comprendre parce qu'il était inconscient. Adam est venu apprendre sur la terre le bonheur dont il n'avait pas conscience. Le serpent est la loi de la liberté. La loi divine n'interdisait pas à Adam d'aller à Eve. Nous allons à Dieu par l'amour du prochain. L'amour vrai anéantit toute loi , Nous ne ressentons l'amour qu'à travers notre semblable. En se rapprochant d'Eve, Adam fonde l'édifice de la solidarité. Disons, comme Eve, que le serpent était le vrai Dieu. C'est par un effet de la Providence qu'Adam va vers Eve pour développer l'embryon de l'amour... Eve lui apparaît avec l'arme de la vérité, le serpent. On ne peut aller à Dieu que par son semblable. Eve l'apprend à Adam. Lui montrant le serpent : Voilà, lui dit-elle, le vrai Dieu, auquel vous ne pouvez aller que par moi, par la solidarité ; alors les lois n'existeront plus pour nous ; l'amour les aura surmontées... » 
    Ainsi donc, « le Serpent, voilà le vrai Dieu ». Il est « la loi de la liberté». Libre, il « peut faire le mal ». Or, « nous sommes Dieu nous-mêmes », et par conséquent libres, et libres de faire légitimement le mal : « nous pouvons ce que nous voulons ». C'est « l'incarnation » qui permet aux êtres de « jouir du vrai bonheur » — donc, le bonheur charnel — dans « l'amour du prochain », amour que nous ne ressentons qu'à travers notre semblable », comme « Eve l'apprend à Adam »; et cet « amour vrai anéantit toute loi ». « Croyons que nous pouvons ce que nous voulons. » 
   Les élucubrations, dont Antoine a noirci des pages d'une incohérence rédactionnelle fatigante, cachent le vieux levain panthéiste et aphrodisiaque des manichéens et des cathares, et la perversion secrète de ces doctrines apparaît tout à coup, à certains détours du texte, en formules infernales. Autodidacte et à demi dément, Antoine retrouve dans ses rêves confus les vieilles inspirations familières aux religions sataniques et au Maçonnisme ; et il leur recrute, par des promesses de cures corporelles, tous les Imaginatifs, ignorants, crédules, névropathes, que les milieux populaires offrent toujours comme une proie toute prête pour les charlatans qui passent : le service rituel terminé, l'officiant se rend dans une petite pièce où il reçoit ceux qui viennent le consulter pour leurs troubles d'âme, leurs peines de cœur ou les maladies dont souffre leur corps. Ainsi s'établit la légende de l'antoinisme guérisseur qui, à l'imitation de la secte protestante des « Christian scientists », spécule sur les guérisons apparentes que la suggestion produit. A la porte du temple, à l'issue du service, se vendent un « Bulletin » mensuel et des brochures, comme L'Unitif, où je lis : « Nous sommes tous des dieux »(1). 
    Ainsi, dans ces milieux populaires, ignorants et déchristianisés, foisonnent et pullulent, comme sur un fumier de misère intellectuelle et morale, tous les champignons du Mal et du Pire. 

 

(1) L'Unitif, n°6, page II. Dans l'Invasion, où M. Louis Bertrand a fait une description si approfondie de la vie et de la psychologie ouvrières, on remarquera, au milieu de traits d'une exactitude rigoureuse et évocatrice, l'étude de l'influence exercée sur quelques ouvriers par les sociétés théosophiques, filiales, comme la secte antoiniste, de la Franc-Maçonnerie. 

 

Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre : observations vécues
Chapitre premier, La quartier de la gare (XIIIe arrond.)
Nettoyeurs de chaudières, §4. - La vie du quartier (p.76-81)
Arthur Rousseau, Paris / René Giard, Lille, 1921

Auteur également de Les mineurs où il évoque les Psychosistes.

Recension :

Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921)

Ouvriers parisiens d’après-guerre, 
    par J. Valdour, 1 vol. 89 p. 4 fr. 50 
     (Rousseau, édit., Paris et Giard, édit., 
    Lille, 1921). 

    A l’aide de la même méthode que celle suivie dans ses enquêtes précédentes, J. Valdour a expérimenté en 1920, le travail du nettoyeur de chaudières dans le quartier de la Gare (XIIIe arr.), du décapeur de métaux à Vaugirard, enfin du tourneur dans une fabrique d’outils de Saint-Ouen. Il n’a vu que la vie de l’ouvrier célibataire. 
    Les manœuvres gagnent de 15 à 20 francs pour une journée de huit heures, et les ouvriers qualifiés se font de 24 à 32 francs. Les salaires et le prix de la vie ont triplé depuis 1914, et l’ouvrier se trouve à peu près dans la même situation, c’est-à-dire que le manœuvre qui mange au restaurant arrive à mettre les deux bouts ensemble. Comme changements, J. Valdour note que l’ouvrier met de l’eau dans son vin en mangeant et que le cabaret est concurrencé par le cinéma. L’agitation communiste a atteint son maximum fin 1919 et début de 1920 et va en décroissant. 
    L’auteur note la disparition presque complète de l’anticléricalisme depuis la guerre, mais l’esprit religieux ne semble avoir fait quelque progrès que sous la forme de l’antoinisme, de la théosophie, 
etc. 
                                                                   P. D. 

La Science sociale suivant la méthode de F. Le Play, 1926 (A41, FASC7).

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Sciences et Voyages n°9 (30 octobre 1919)

Publié le par antoiniste

Sciences et Voyages n°9 (30 octobre 1919)

Auteur : COLLECTIF
Titre : Il y a chez nous, plus d'une religion curieuse, l'antoinisme
Editeur : Science Et Voyages
Parution : 01/10/1919   
En ligne sur gallica

 

    Le texte reste assez neutre et accompagné de plusieurs illustrations :
Costumes et attitudes
Les funérailles du fondateur
- Temple de Monte Carlo
Mère Antoine pendant une de ses Opérations

    L'article évoque également la pénétration du culte près d'Aix.

 

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Léon Souguenet - Les montres belges (1904)

Publié le par antoiniste

Léon Souguenet - Les montres belges (1904)

 

Léon Souguenet - Les montres belges (1904)-1ère page

Auteur : Léon Souguenet
Titre : Les monstres belges
Éditeur: Oscar Lamberty, Bruxelles
1904 - 312 p. ; 21 cm

    Léon Souguenet (1871-1938), d’origine française, il vécut en Belgique. "Journaliste et écrivain doté d'une plume alerte et d'une verve extraordinaire", Extraits d’une brochure éditée à l’occasion du centenaire de la Fête des Arbres [http://www.esneux.be/site/loisirs_et_dec/histoire/index.php?ref_annu=1217&ref_annu_page=945].

 

Recension :
                                          Les Livres

    Les Monstres belges, par Léon Souguenet (Oscar Lamberty, éd., Bruxelles, 3 fr. 50). — M. Léon Souguenet a cru devoir réunir en volume les articles de reportage qu'il signa jadis au Messager de Bruxelles du pseudonyme d'Ethérel. Et il a bien fait, car cet ensemble forme une vivante et très intéressante mosaïque où se découvrent les hommes et les choses de cette bonne Belgique. Certains de ces articles, tel La vieille femme qui traînait un petit lapin, sont des morceaux de la plus haute et de la plus fine émotion, qui nous font nous souvenir du prestigieux poète du Chemin du Soleil.
L'Idée libre (Littéraire, artistique, sociale), Bruxelles, Paris, janvier 1904 (T7)

 

    L'auteur évoque le spiritisme à Gohyssart et Antoine le Guérisseur en 1902. Il écrit dans sa chronique du Métropole (12 août 1905) sur les guérisseurs.

    Dans La Vie du Littérateur en Belgique, il répond en tant que Léon Souguenet à son double Ethèrel à la question de ce dernier "Faut-il se déraciner ?". Sa réponse est oui : "Je vois, pour Le Parisien, une nécessité urgente à ce qu'il se déracine. Qu'il vienne, par exemple, à Bruxelles; il y connaîtra l'isolement, le silence propices aux grandes choses ; il retrouvera les traces de Hugo, de Verlaine, de Rimbaud, de Baudelaire. Ignoré de tous, il négligera de parader, il ne risquera pas de devenir un cabotin. Sûr de ne pas « se vendre », il ne se pliera pas aux goûts de l'acheteur. S'il veut faire du journalisme, il aura des confrères honnêtes, capables d'user envers lui d'une divine fraternité aux jours de douleur, car dans la petite ville on ne se bouscule pas pour se manger ; on a le temps de s'aimer. Dois-je dire que de Bruxelles mon déraciné verra Paris natal embelli et tout arc-en-ciellé à travers le prisme du regret ?"

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Willy Grimmonprez - Le poids du soupçon, Roman noir (2015)

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Auteur : Willy Grimmonprez
Titre : Le poids du soupçon
Éditions Dricot, 2015, 167 pages

    John se trouve à la tête d'une société de construction immobilière florissante. Il a tout pour être heureux, une jeune et jolie femme, une fille de dix ans affectueuse et docile, une superbe villa entourée d'espaces verdoyants qui scellent un bonheur tranquille.
    Pourtant, toute cette plénitude va basculer par une nuit d'été… 

    Dans cette neuvième production, l'auteur explore, avec la précision d'un orfèvre, la mécanique complexe de l'âme humaine. Par la magie des mots, il nous révèle ses excès, mais aussi toute sa fragilité. 
   Willy Grimmonprez n'a jamais à ce jour déçu son public, il voudrait le faire vibrer une fois encore.
Jean Louvet
http://www.dricot.be/162-le-poids-du-soupcon.html

 

Extrait : 
   Il avait ce jour-là passé au crible tous les Javeau repris à l’annuaire téléphonique… Un seul de ses appels était resté sans réponse, la ligne était branchée en permanence sur un répondeur. Il avait noté l’adresse et s’était rendu sur place, le coeur battant. La maison était modeste, une affiche à la fenêtre annonçait une cérémonie religieuse chez lez Antoinistes. Il avait hésité à sonner, de crainte de voir sa visite importune. Il s’était toutefois décidé, poussé par ses sentiments passionnés. Amandine l’obsédait depuis leur première rencontre, mais il ne savait comment le lui dire ; il craignait un échec, qu’elle le trouvât sympathique sans plus.
    L’homme qui lui avait ouvert était âgé, il avait crié sur un chien de petite taille aboyant furieusement à ses pieds. Il avait fini par repousser l’animal derrière une porte.
    « Oui, c’est pourquoi ? »
    « Excusez-moi de vous déranger, monsieur. C’est bien ici qu’habite Mademoiselle Javeau ? »
    L’homme avait froncé les sourcils et dévisagé cet inconnu à l’allure rassurante :
    « De quelle Mademoiselle Javeau parlez-vous ? »
    Ignorant à ce moment le prénom de la jeune femme, John avait précisé :
    « Elle est employée à la compagnie d’assurance, la GKM. »
    « Vous parlez d’Amandine, ma petite nièce ? Que lui voulez-vous ? »
    « Prendre simplement de ses nouvelles, elle est souffrante, m’a-t-on dit ! »
    Le vieil homme avait pris un air embarrassé :
    « Amandine, je la vois rarement ! Mais qui êtes-vous, Monsieur ? »
    Avec plus d’assurance, John avait répondu :
    « Nous nous sommes rencontrés à l’agence où elle travaille et nous avons sympathisé. J’aimerais savoir comment elle se porte. »
    Le grand oncle avait montré un certain ennui, il avait confié sur un ton désabusé :
    « Je ne savais même pas que ma petite nièce était malade… Ça vous donne une idée des relations que nous entretenons ! Le père d’Amandine ne me parle plus depuis des années, alors vous comprenez… »
    « Vous savez tout de même où ils habitent ? »
    « Bien sûr, ils habitent Lombe, dans l’allée des Ormes, mais je ne saurais plus vous dire le numéro de la maison. Je me souviens d’un passage latéral et d’une grille sur le côté. »
    « Merci, Monsieur, vous êtes bien aimable, excusez-moi de vous avoir dérangé !
    L’homme l’avait suivi du regard jusqu’à sa voiture, puis il avait lentement refermé la porte. »

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