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Ivan Illich - L'art de souffrir

Publié le par antoiniste

   Je veux chercher mon équilibre dans l'apprentissage de l'art de souffrir et de l'autolimitation dans la recherche du soulagement.

Ivan Illich, Le renoncement à la santé
Repris du site Sorceresses Reborn / Le Cercle des Sorcières Disparues

source : http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/illich/renoncement-sante.htm

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Simone de Beauvoir - L'attraction

Publié le par antoiniste

    Et saurait-on pourquoi les masses s'attiraient ? L'attraction : c'était un mot commode qui servait à tout expliquer ; était-ce autre chose qu'un mot ? Étions-nous vraiment plus savants que les alchimistes de Carmona ? Nous avions mis en lumière certains faits qu'ils ignoraient, nous les avions groupés en bon ordre ; mais nous étions-nous enfoncés d'un seul pas dans le coeur mystérieux des choses ? Le mot de force était-il plus clair que celui de vertu ? Celui d'attraction plus que le mot : âme ? Et quand on appelait : électricité, la cause de ces phénomènes qu'on provoquait en frottant l'ambre ou le verre, était-on mieux renseigné que lorsqu'on appelait Dieu la cause du monde ?

Simone de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels
Folio n°533, Paris, 1992 (p.417-18)

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Ralph Waldo Emerson - Qu'est-ce qui est moral ?

Publié le par antoiniste

    L'évolution d'une société destinée à des fins supérieures doit être morale ; elle doit suivre le sillon des roues célestes. Elle doit avoir des buts universels. Qu'est-ce qui est moral ? C'est de respecter en agissant les fins catholiques ou universelles. Écoutez la définition que Kant donne de la conduite morale : « Agis toujours de telle sorte que le motif immédiat de ton vouloir puisse devenir une règle universelle pour tous les êtres intelligents. »

La Civilisation
Ralph Waldo Emerson
traduit par Marie Dugard (1911)
source : http://fr.wikisource.org/wiki/La_Civilisation

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Marcel Moreau, Monstre - J'étais prêt pour le cancer

Publié le par antoiniste

    Plusieurs fois, j'appelai doucement la mort sans ambages. Je me souviens, j'étais assis, un coude sur la table, devant un verre et mes manuscrits. J'écoutais, haletant, d'insignifiantes rumeurs montant en moi, de quelque organe en difficulté. Rien ne m'eût alors semblé plus accordé à ce que je venais décrire que d'être parcouru tout entier par un mal inexorable. J'étais prêt pour le cancer, l'infarctus, l'hémorragie cérébrale. Tout cela pouvait me prendre et m'emmener, moi et mes ultimes secrets, vers le pays d'où nul ne revient. La dernière page s'ouvrait : tombe, sépulture de mots, et c'est très bien ainsi, la métaphore en moins. J'étais même impatient : "Mais qu'attendez-vous donc ?" lançai-je au corps éberlué, ce lourd dadais plié sur la chaise, enténébré de virus. Je ne puis traduire une telle émotion. Je jure qu'elle n'est pas triste, pas ce que l'on pourrait croire. Quand j'aime la mort, je l'aime avec joie, et j'étonnerais plus d'un témoin par la beauté de mon sourire, par la qualité de la lumière, dans mon regard. Nul ne devrait regretter de me voir disparaître dans ces conditions-là, qui sont celles de l'enchantement poétiques. Elles consacrent une victoire plus qu'elles ne consomment une défaite. Bref, je vais bien quand je souhaite aller mal. C'est un moment de pur nostalgie, ou de griefs. Le corps a subi sans broncher, l'esprit a donné sans compter. Que demander à la vie qui soit encore plus fort, plus révélant ? Je suis né de peu et je vais au rien, la joie est dans le Tout, cette distance de l'un à l'autre, saturé de sensations.

Marcel Moreau, Montre (1986), p.193-94
Luneau Ascot Editeurs, Paris

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Nous voyons tous le monde différemment - Les Wallons de Suède

Publié le par antoiniste

Vers 1920, à une époque où la présence wallonne tend à s’effacer, naît dans le journal du syndicat des métallurgistes suédois le mythe du travailleur wallon à la fois fort et doté d’une vive conscience de classe transposé dans le passé. Ce journal, Metallarbetaren, écrit ces lignes étonnantes : « Les Wallons sont plus forts que les Flamands (les habitants germaniques de la Belgique), plus maigres, plus nerveux, plus sains, et ils vivent plus longtemps. Leur habileté et leur professionnalisme sont supérieurs à ceux des Flamands. Ils dépassent les Français en ténacité et ardeur – qualités qui ont favorisé leur immigration en Suède. Mais leur impétuosité passionnée les fait ressembler au peuple français. » (3 juin 1922). S’invente le mythe du Wallon capable de résister syndicalement, notamment par la grève, proposé comme modèle aux Suédois.

Anders Florén et Maths Isacson, dans De fer et de feu, l’émigration wallonne vers la Suède (2003), écrivent : « Sans doute existait-il, en ces temps difficiles de crise, un fort besoin de modèles, et les Wallons offraient-ils une incarnation idéale des valeurs que le syndicat des métallurgistes entendait promouvoir. » Le choc de l’émigration wallonne en Suède s’est donc révélé durable, jusqu’à incarner le mythe d’un wallon, héros syndical, qui ne correspond pas à la réalité historique des XVIIe et XVIIIe siècles ni à la réalité des années 20 en Suède.

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wallons_de_Su%C3%A8de

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H. L. Mencken - Être amoureux

Publié le par antoiniste

« Être amoureux c'est simplement être dans un état d'anesthésie perpétuelle — prendre un homme ordinaire pour un dieu grec et une femme ordinaire pour une déesse. »

H. L. Mencken, Prejudices, First Series, 1919

(en anglais : « To be in love is merely to be in a state of perpetual anesthesia — to mistake an ordinary young man for a Greek god or an ordinary young woman for a goddess. »)

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/H._L._Mencken

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Ivan Illich - La réalité frabriquée

Publié le par antoiniste

    Je vis dans une réalité fabriquée, constamment plus éloignée de la création. Je sais aujourd'hui ce que cela signifie et quelles horreurs menacent chacun de nous.

Ivan Illich, Le renoncement à la santé
Repris du site Sorceresses Reborn / Le Cercle des Sorcières Disparues

source : http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/illich/renoncement-sante.htm

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Il ne s'agit pas de devenir végétarien mais...

Publié le par antoiniste

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Emile Verhaeren - Textes de délivrance et de salut

Publié le par antoiniste

Puis, l'ébauche, lente à naître, de la cité :
Forces qu'on veut dans le droit seul planter ;
Ongles du peuple et mâchoires de rois ;
Mufles crispés dans l'ombre et souterrains abois
Vers on ne sait quel idéal au fond des nues ;
Tocsins brassant, le soir, des rages inconnues ;
Textes de délivrance et de salut, debout
Dans l'atmosphère énorme où la révolte bout ;
Livres dont les pages, soudain intelligibles,
Brûlent de vérité, comme jadis les Bibles ;
Hommes divins et clairs, tels des monuments d'or
D'où les événements sortent armés et forts ;
Vouloirs nets et nouveaux, consciences nouvelles
Et l'espoir fou, dans toutes les cervelles,
Malgré les échafauds, malgré les incendies
Et les tètes en sang au bout des poings brandies

Elle a mille ans la ville,
La ville âpre et profonde ;
Et sans cesse, malgré l'assaut des jours,
Et les peuples minant son orgueil lourd,
Elle résiste à l'usure du monde.
Quel océan, ses coeurs ! quel orage, ses nerfs !
Quels noeuds de volontés serrés en son mystère !

Victorieuse, elle absorbe la terre ;
Vaincue, elle est l'offre de l'univers :
Toujours, en son triomphe ou ses défaites,
Elle apparaît géante, et son cri sonne et son nom luit,
Et la clarté que font ses feux dans la nuit
Rayonne au loin, jusqu'aux planètes !

O les siècles et les siècles sur elle !
Son âme, en ces matins hagards,
Circule en chaque atome
De vapeur lourde et de voiles épars ;
Son âme énorme et vague, ainsi que ses grands dômes
Qui s'estompent dans le brouillard ;
Son âme, errante, en chacune des ombres
Qui traversent ses quartiers sombres.
Avec une ardeur neuve au bout de leur pensée ;
Son âme formidable et convulsée :
Son âme, où le passé ébauche
Avec le présent net l'avenir encor gauche.

O ce monde de fièvre et d'inlassable essor
Rué, à poumons lourds et haletants,
Vers on ne sait quels buts inquiétants ?
Monde promis pourtant à des lois d'or,
A des lois douces, qu'il ignore encore
Mais qu'il faut, un jour, qu'on exhume,
Une à une, du fond des brumes.
Monde aujourd'hui têtu, tragique et blême
Qui met sa vie et son âme dans l'effort même
Qu'il projette, le jour, la nuit,
A chaque heure, vers l'infini.

O les siècles et les siècles sur cette ville !
Le rêve ancien est mort et le nouveau se forge.
Il est fumant dans la pensée et la sueur
Des bras fiers de travail, des fronts fiers de lueurs,
Et la ville l'entend monter du fond des gorges
De ceux qui le portent en eux
Et le veulent crier et sangloter aux cieux.
Et de partout on vient vers elle,
Les uns des bourgs et les autres des champs,
Depuis toujours, du fond des loins ;

Et les routes éternelles sont les témoins
De ces marches, à travers temps,
Qui se rythment comme le sang
Et s'avivent, continuelles.

Le rêve ! il est plus haut que les fumées
Qu'elle renvoie envenimées
Autour d'elle, vers l'horizon;
Même dans la peur ou dans l'ennui,
Il est là-bas, qui domine, les nuits,
Pareil à ces buissons
D'étoiles d'or et de couronnes noires,
Qui s'allument, le soir, évocatoires.

Et qu'importent les maux et les heures démentes,
Et les cuves de vice où la cité fermente,
Si quelque jour, du fond des brouillards et des voiles,
Surgit un nouveau Christ, en lumière sculpté,
Qui soulève vers lui l'humanité
Et la baptise au feu de nouvelles étoiles.

Emile Verhaeren, L'âme de la ville, p.115
Les Villes tentaculaires (1895)
source : archive.org

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Simone de Beauvoir - La conscience

Publié le par antoiniste

 - En vérité, dis-je, je ne crois pas au progrès.
 - Pourtant il est bien évident que nous sommes plus près qu'autrefois de la vérité et même de la justice.
 - Êtes-vous sûre que votre vérité et votre justice valent plus que celles des siècles passés ?
 - Vous conviendrez que la science est préférable à l'ignorance, la tolérance au fanatisme, la liberté à l'esclavage ?
    Elle parlait avec une naïve ardeur qui m'irrita ; c était leur langage qu'elle me parlait. Je dis :
 - Un homme m'a dit un jour : il n'existe qu'un seul bien, c'est d'agir selon sa conscience. Je pense qu'il avait raison et que tout ce que nous prétendons faire pour les autres ne sert à rien.

Simone de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels
Folio n°533, Paris, 1992 (p.405)

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