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Robert Vivier - La Mort du Père Antoine (1936)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier - La Mort du Père Antoine (1936)

Robert Vivier - Mort du Père Antoine (dans Cassandre, in La Nation Belge, 18 janvier 1936)(Belgicapress)    L'annexe du livre Robert Vivier, l'homme et l'œuvre (actes du colloque organisé à Liège le 6 mai 1994 à l'occasion du centenaire de sa naissance, sous la direction de Paul Delbouille et Jacques Dubois, Librairie Droz, 1995, 142 pages) donne une bibliographie complète de l'auteur, dont La Mort du Père Antoine, Récit, (publié dans « Cassandre », Bruxelles, du 18 janvier 1936).

    La revue Cassandre était une hebdomadaire publié entre décembre 1934 et août 1944. Son rédacteur en chef, le critique d'art et journaliste Paul Colin, germanophile donna un côté de plus en plus national-socialiste avec le temps au titre. Paul Herten en devint directeur en 1942 après l'assassinat de Paul Colin par un étudiant résistant, Arnaud Fraiteur.

    "Le sous-titre allait attirer bon nombre de jeunes artistes et d'écrivains : « hebdomadaire belge de la vie politique, littéraire et artistique ». Feuille bruxelloise de droite, polémique, incisive et souvent méchante, attirée par l'ordre nouveau fasciste, Cassandre présentait non seulement des critiques mais aussi des textes littéraires d'écrivains belges, de bon niveau parfois."
Frans De Haes, Dominique Rolin et la Belgique, décrypatage des origines,
in Les écrivains francophones interprètes de l'histoire: entre filiation et dissidence
Beïda Chikhi et Marc Quaghebeur (dir.), Peter Lang, 2007, p.79

    "Vivier écrivit dans la revue de Paul Colin de 1934 à 1936. Il y publia, entre autres, quelques articles sur les lettres italiennes (par exemple La poésie italienne d'aujourd'hui, I et II, respectivement in Cassandre, 23 février 1935, p. 5 et 30 mars 1935, p. 5). Comme on le sait, Cassandre collabora avec l'occupant allemand dès l'automne 1940. Mais, en dépit des positions personnelles de Colin, elle se signala, du moins jusqu'en 1936 et la violente campagne contre le gouvernement Van Zeeland qu'elle mena alors, par un certain pluralisme politique et accueillit au cours de ses premières années des textes d'écrivains idéologiquement aussi opposés que Robert Poulet et Charles Plisnier."
Laurent Beghin Notes sur l'œuvre de Robert Vivier russisant
in Le Bulletin de l'académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
Tome LXXXII N 3-4 - Année 2004, Bruxelles, note 57, p.77 

 

 

Dans Cassandre cette semaine,
in La Nation Belge, 18 janvier 1936)
(source : Belgicapress)

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Auréole de la Conscience en portugais #2

Publié le par antoiniste

Auréole de la Conscience en portugais #2

A Aureola da Consciência:

    Um só remédio pode curar a humanidade, a Fé; é da fé que nasce o amor: o amor que nos mostra nos nossos inimigos o próprio Deus; não amar os nossos inimigos, é não amar a Deus; porque é o amor que temos aos nossos inimigos que nos torna dignos de serve-Lo; é o único amor que nos faz amar verdadeiramente, porque é puro e de verdade.

Issue de la traduction par M. R. Bayard de Robert Vivier, Délivrez-nous du mal - Antoine le guérisseur (Livrai-nos do mal - Antoine o curador), p.317

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Albert Jeannin évoque Robert Vivier (L'Intransigeant, 22 février 1936)

Publié le par antoiniste

Albert Jeannin évoque Robert Vivier

 

LES LIVRES LUS PAR...

« Délivrez-nous du mal » 
     de Robert Vivier 
vu par un Antoiniste.

    M. Robert Vivier, auteur de deux romans populistes : Non et Folle qui s’ennuie (prix Albert-Ier), vient de consacrer un gros livre de 370 pages à Antoine le Guérisseur et à la religion qu’il a fondée. Celui qui, pour ses adeptes, est devenu le Père, s’appelait de son vrai nom Louis Antoine. Né dans une humble famille de paysans belges, il fut lui-même mineur, puis ouvrier métallurgiste et concierge aux tôleries de Jemappe. Ayant amassé un petit pécule — 80.000 francs, ce qui était coquet avant 1900 – il s’adonna au spiritisme, puis fonda le « nouveau spiritualisme » qui devait devenir, par la suite, l’Antoinisme. Sa renommée se répandit promptement en Belgique. Quand il mourut, en 1912, il laissait deux temples. Le culte Antoiniste en compte aujourd’hui 44 (dont 28 en Belgique), et 140 salles de lecture. Le chef actuel de la nouvelle religion est la propre femme du guérisseur, que les adeptes saluent du nom de Mère.
    Nous sommes allé demander au desservant d’un des deux temples antoinistes de Paris ce qu’il pensait du livre de M. Robert Vivier. Ce desservant est un ancien lieutenant de vaisseau, grand blessé de guerre, commandeur de la Légion d’honneur. Il a passé huit années à Jemappe-sur-Meuse, près du Père Antoine. Il est vêtu de la robe noire des Antoinistes, une courte soutane.
     – M. Robert Vivier, nous dit-il, est impartial et il montre même, m’a-t-il semblé, une certaine sympathie à l’égard du Père. Mais son livre est malheureusement incomplet. C’est ainsi qu’on n’y voit pas suffisamment les difficultés que notre chef spirituel eut à surmonter avant de faire triompher sa doctrine. Le Père Antoine fut un homme de foi et de sacrifice. Songez qu’il recevait jusqu’à 1.400 malades par jour, et que chacun, après l’avoir vu, partait soulagé. Songez aussi que, pendant dix ans, il voulut vivre seul, privé de toute satisfaction, de toute joie. Cette solitude lui était d’ailleurs nécessaire pour recevoir la révélation, qu’il nous a léguée en trois livres intitulés : La révélation, par Antoine le Guérisseur ; Le couronnement de l’œuvre révélée et Le développement de l’enseignement du Père.
    – Pouvez-vous me dire comment le Père Antoine rédigea ces livres ?
    – C’est précisément ce que M. Vivier n’a pas suffisamment mis en valeur. Voilà : le Père obéissait aux fluides. Ses dix principes furent reçus en deux nuits.
    Dès qu’il sentait le fluide venir en lui, il convoquait sa sténographe et prenait soin que son message fût fidèlement transcrit. Il arrivait parfois que la sténographe corrigeât des phrases boiteuses, mais le Père, aussitôt, rétablissait son texte. « Je préfère ma pensée à votre correction grammaticale », disait-il. Car le Père était un prophète, un instrument de Dieu.

                                                     Yves GANDON.

 

L’Intransigeant, 22 février 1936

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Robert Vivier par André Thérive (Le Temps, 20 février 1936)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier par André Thérive (Le Temps 20 février 1936)

Feuilleton du Temps
Du 20 février 1936

LES LIVRES 

    M. Robert Vivier a eu l’idée de se faire l’historiographe d’une religion nouvelle qui s’est fondée en Belgique il y a quelque trente ans, et qui continue à prospérer. Ce n’est pas une secte chrétienne, mais plutôt un gnosticisme très bas et très humble, greffé à l’origine sur le spiritisme. Elle s’appelle l’antoinisme, du nom d’Antoine le guérisseur, concierge aux Tôleries liégeoises, lequel « se désincarna » en l’an 1912. L’antoinisme offre ce pittoresque de paraître entièrement populaire, bien qu’il ait bénéficié des largesses d’un très riche propriétaire du Nord, M. Deregnaucourt, et qu’on y ait vu figurer un officier supérieur ! Un professeur d’athénée, M. Delcroix, en fut, si j’ose dire, le Saint Paul. M. Robert Vivier, qui le connut comme élève, a donc des souvenirs directs sur un des premiers apôtres, et lui a conservé, malgré l’usage, quelque vénération. Je ne sais ce que valait l’enseignement de ce brave homme, mais les écrits antoinistes, qu’il a sûrement rédigés, sont un monument de jargon effarant, de métafouillis primaire. On croirait lire des pilpouls de l’école du, soir. Il paraît que, « depuis, la rencontre de M. Antoine, il avait renoncé aux faux prestiges de l’élégance et de la forme ». Et peut-être aussi aux modes normaux de la pensée. Mais ce n’est pas la question qui nous occupe ici.

    M. Robert Vivier a tiré de cette histoire authentique et extravagante un récit ravissant, doux et ouaté, si je puis dire, où ses qualités de romancier ne font point de tort au chroniqueur. Toutefois l’ouvrage est un peu long, et bien souvent fait songer à une composition française, a un exercice de développement narratif. Le principe peut s’admettre, car à défaut de documents très précis, il restait à l’auteur d’évoquer l’atmosphère de ces bourgades wallonnes où naquit et fleurit l’antoinisme comme une plante folle amenée par le vent sur un crassier. A cet égard, Délivrez-nous du mal est tout à fait remarquable. La lenteur même y devient un procédé d’envoûtement. Il est difficile de ne pas croire qu’on a vécu à Flemalle ou à Jemeppe parmi les petites gens paisibles, narquois et crédules, a qui n’importe quel illuminé paraît un prophète, un dieu ! s’il tient boutique de magnétisme et de guérisons.

    L’inconvénient, si l’ouvrage se présentait comme une simple biographie du père Antoine, serait justement de noyer le héros dans son milieu, plus facile à dépeindre que lui-même. Bien des chapitres de M. Robert Vivier pourraient être écrits à propos d’un autre ouvrier du Borinage ; ses enfances, ses amours, ses conversations supposées (avant sa « vie publique ») n’ont rien de spécifique et, ma foi, sont peut-être bien controuvées. Louis Antoine fut successivement mineur, métallurgiste, maraîcher, et semble avoir amassé quelque bien par l’expatriation ; il travailla en Allemagne et en Pologne avant de se fixer dans la région de Liège. Sur ses faits et gestes on aimera consulter les livres très informés et très objectifs que lui consacre M. Pierre Debouxhtay (2 vol., éd. F. Gothier, à Liège). Il est très difficile, même après celui de M. Vivier, de reconstituer la psychologie véritable d’un illuminé de cette espèce. Les éléments qu’on en retient se réduisent ceci culte de la science et de la thérapeutique, médicale si on pouvait, magique, s’il le faut, – horreur de la mort, accrue par le remords d’un meurtre involontaire qu’Antoine commit, soldat, au champ de tir, ensuite par la perte d’un fils qu’il aimait tendrement et qui était déjà devenu un bourgeois, – santé précaire, dont il souffrit dès la quarantaine, avant de mourir à soixante-cinq ans, moins heureux que Mrs Baker Eddy, sa rivale américaine, – fréquentation de petits cercles spirites, lecture probable des manuels d’Allan Kardec, lesquels proviennent eux-mêmes de Pierre Leroux et des illuminés quarante-huitards, – sens puissant de la fraternité et goût de la bienfaisance envers les pauvres hommes, – orgueil naïf, point contrarié par l’esprit d’autocritique…

    Voilà assez pour composer la figure d’une espèce de saint inférieur et de sorcier à demi-sincère. Qu’on se rappelle le roman où M. Frédéric Lefèvre a voulu montrer qu’un jeteur de sort villageois n’est jamais un vrai naïf ni un vrai imposteur, et aussi la confession du médium qu’a imaginée Robert Browning. Quant à la fondation d’une Eglise, je me demande s’il n’y faut pas faire intervenir le goût très belge du groupement, de la « chocheté », sans se référer à ce mystérieux instinct d’indiscipline que l’on suppose chez Caliban opprimé d’esprit comme de corps, et qui saisit toutes les occasions de se constituer une foi à lui, rien qu’à lui. Il est certain que si le curé d’Ars avait voulu constituer un schisme, il eût entraîné par centaines de mille les fidèles. Le pauvre Antoine, à rebours des prêtres, n’avait sans doute pas appris l’humilité. Dans les derniers temps de sa vie, il se laissa à peu près diviniser. Le mot de Dieu appliqué à ce concierge se trouve en toutes lettres dans la bible de la secte, et l’une de ses prêtresses (car il y a un clergé, avec costumes rituels) m’a affirmé que le père Antoine était le Christ, et Kardec son Jean-Baptiste. Rien de moins.

     Ce qu’il faudrait étudier aussi, c’est les influences livresques qu’a subies ce prophète, ou des actions plus occultes encore on ne peut s’empêcher de remarquer que l’antoinisme, dans sa partie philosophique (?) est une forme abâtardie de la Christian science ; il s’y trouve du bouddhisme, du manichéisme, des enseignements de la gnose ; par exemple la non existence du mal, assimilé à la matière, autre illusion et le primat d’une intuition (l’auréole de la conscience, disait Antoine) sur l’intellect, M. Vivier suppose que son héros a pu aussi voir en terre russe des pèlerins illuminés, et y concevoir, au spectacle de plusieurs religions rivales, le désir obscur d’un syncrétisme. La conjecture est ingénieuse. Quoi qu’il en soit, la légende dorée de ce revival bizarre, est intéressante au possible. Un vicaire est censé (p. 144) dire au jeune Antoine « Méfiez-vous, mon ami. Il est très dangereux de penser quand on n’a pas assez d’instruction pour le faire. » Le précepte est rude, inhumain d’aspect, mais il n’est point absurde. Il y a lieu de penser que l’antoinisme mourra de sa belle mort, et ressuscitera là ou ailleurs sous une autre forme. L’ambition d’exercer la mind cure et de vaincre le mal moral, responsable du mal physique, est éternelle. Il peut advenir qu’elle pousse chez des simples d’esprit, recrute des francs-tireurs de la religion. C’est alors qu’elle devient pittoresque et romanesque.

                                                        ANDRÉ THÉRIVE.

Le Temps, 20 février 1936

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Robert Vivier (Le Jardin des lettres n°56-avril 1936)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier (Le Jardin des lettres n°56-avril 1936)

   • De M. Robert VIVIER, qui obtint il y a deux ans le Prix Albert Ier pour l'ensemble de son oeuvre et, en particulier, pour son roman Folle qui s'ennuie, un livre très curieux sur le guérisseur Antoine dont aujourd'hui les adeptes innombrables — les Antoinistes — ont leurs temples, leurs prêtres, leurs rites et leur morale : Délivrez-nous du Mal (Fr. 18). « On se demandera peut-être en lisant cette histoire, écrit M. Robert VIVIER, si j'ai été témoin de ceci ou de cela, si je suis strictement documenté sur tout ce que je raconte. Je crois n'avoir attribué à Antoine ni un seul acte, ni un seul geste qui ne soit en accord avec son caractère ou avec les meurs de son milieu, ou bien que la tradition orale, qui a joué un grand rôle dans la diffusion première de l'Antoinisme, ne lui ait attribué à un moment ou à un autre. »

Le Jardin des lettres n°56 (avril 1936)

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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal (Bulletin 1974)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier, romancier

Le 18 octobre 1974, des amis de Robert Vivier se sont réunis à la Bibliothèque Royale Albert Ier pour fêter l'auteur de Chronos rêve à l'occasion de son 80e anniversaire. M. Roger Brucher introduisit cette amicale séance d'hommage ; M. Roger Foulon, Président de l'Association des Écrivains Belges, célébra Vivier poète ; enfin M. Albert Ayguesparse, Directeur de l’Académie, évoqua le romancier dans une allocution que nous publions ici.

 

[…]

    Le tissu des romans de Robert Vivier, faut-il le dire ? est le tissu de la vie de tous les jours, ourdi de détails quelque peu terre à terre, de péripéties en apparence insignifiantes mais dont le poids, si léger qu'il soit, agit sur le cours lent du récit. De fait, Robert Vivier est un écrivain intimiste, et il le reste paradoxalement jusque dans Délivrez-nous du mal, cette vie romancée du père Antoine, de ce guérisseur de la région liégeoise dont il a relaté l'étonnante aventure avec une curiosité qu'il ne songe guère à dissimuler.

    La parution de Délivrez-nous du mal, en 1936, constitue à mes yeux un événement assez inattendu dans l'œuvre de Robert Vivier. Le père Antoine, voilà bien un personnage qui sort de l'ordinaire, de la moyenne humaine, du gabarit propre aux héros du roman populiste. Il se dit détenteur du prestigieux pouvoir de guérir et, pourquoi le nier ? il est entouré d'une aura d'ambiguïté. A première vue, rien vraiment ne pouvait laisser prévoir que Robert Vivier pût s'attacher à pareil type d'homme. La manière de légende populaire qui entoure cet ancien ouvrier métallurgiste, l'émotion qu'il suscite en créant une secte religieuse « les Vignerons du Seigneur », ses pratiques de thaumaturge, tout, chez Louis Antoine, appelé d'abord le Généreux, puis le Guérisseur, et à qui l'on finit par donner le nom de Père, tout semble en contradiction évidente avec les théories que professe Robert Vivier à propos de la création romanesque. Et pourtant, cela ne l'empêchera pas d'écrire un livre dont l'ampleur et le lyrisme tempéré, mais soutenu, font songer par endroits à une fresque déployée autour d'un personnage qui, malgré sa renommée grandissante, ne posa jamais au messie. En dépit des apparences, c'est l'humanité du père Antoine qui a séduit Robert Vivier, plus que le destin hors-série que semble être la vie d'Antoine le Guérisseur. En racontant l'histoire de ce fondateur d'une nouvelle religion, c'est au premier chef l'histoire d'un homme qu'il raconte, l'histoire d'un homme très simple, issu du peuple, et qui resta proche du peuple, bien qu'il se crût investi d'une puissance et d'une mission surnaturelles.

    Robert Vivier, enfant, fut sans doute intrigué par quelque temple de briques fréquenté par une poignée de fidèles, comme je fus moi-même intrigué par le petit sanctuaire que ceux-ci édifièrent dans ma commune, au sud de Bruxelles. Robert Vivier entendit parler de l'antoinisme, de cette aventure insolite qui prit dans plusieurs régions de Wallonie le visage d'une religion, et cet événement singulier fit son chemin en lui et revêtit les couleurs d'une passionnante expérience humaine. Pour composer la vie romancée du père Antoine il fallait, au départ, un instinct de faiseur de romans, mais aussi une complicité sentimentale doublée d'une générosité secrète et agissante. Par le plus heureux des hasards, ces éléments disparates se trouveront rassemblés. Élargissant le cadre de cette biographie romancée, Robert Vivier s'est attaché à décrire, autour du père Antoine, le peuple des mineurs et des métallurgistes du pays de Liège au siècle dernier, tout un monde de travailleurs dont l'intelligence pour les choses de la mine, du fer et du verre est universellement réputée.

    Fidèle à ce qu'il appelle tantôt la « vérité des moyennes », tantôt « le réalisme des moyennes humaines », Robert Vivier observe avec une sorte de connivence fraternelle les ouvriers de son pays, les soldats des tranchées, les gens du peuple promus, par son génie créateur, au rang de personnages romanesques. Il nous introduit de plain-pied dans leur existence même et fait jouer comme sous nos yeux les ressorts les plus cachés de leur vie. Que cette vie soit d'apparence banale, qu'importe ! Ce qui compte pour ce peseur d'âmes, c'est la nature et la forme du bonheur dont rêvent ses personnages. Dans la solitude des jours de pluie, dans la boue du front, dans l'ennui d'une existence manquée ou mesquine, cet appétit de bonheur, si ténu qu'il soit, constitue, avec l'idée du temps qui passe, un autre thème majeur de l'œuvre de Robert Vivier. […]

 

Post-scriptum d'une lettre de Robert Vivier à Albert Ayguesparse.

    Permettez-moi, sur le terrain des faits, de préciser un peu ce que vous dites des raisons qui auraient pu m'amener à écrire une vie du Père Antoine.

    Au cours d'une conversation avec André Thérive, qui s'était intéressé aux adeptes parisiens du Père à l'occasion de son roman Sans âme, j'avais dit qu'un de mes professeurs à l'athénée de Liège se trouvait être Delcroix, l'un des principaux disciples du Guérisseur. « Vous avez connu Delcroix ? me dit Thérive. Vous connaissez donc l'antoinisme ? Pourquoi n'écririez-vous pas une vie du Père ? » Il songeait à une collection qui devait s'appeler « les Grands Illuminés ». Celle-ci s'arrêta après deux volumes parus, mais lorsqu'un an plus tard j'eus terminé mon enquête et mon livre, Thérive présenta le manuscrit aux éditions Grasset, et c'est sur rapport de Gabriel Marcel que celles-ci en décidèrent l'édition. Je n'étais pas un inconnu pour la maison de la rue des Saints-Pères, ayant reçu l'année d'avant, pour Folle qui s'ennuie... (paru chez Rieder), le prix Albert Premier, fondé à Paris à l'initiative de Grasset.

    J'ajouterai que je ne connaissais que très superficiellement l'antoinisme lorsque j'eus ainsi l'idée de le prendre pour sujet d'un livre. Mais je fus aidé par un second hasard, c'est que j'avais eu pour bon camarade le fils du professeur Delcroix. Il m'introduisit dans les milieux où l'antoinisme s'était développé et où les souvenirs étaient encore frais. Pendant six mois, j'allai fréquemment dans la région de Seraing et de Mons-Crotteux, village natal du Père, j'interrogeai beaucoup de gens, j'interrogeai aussi les paysages, et je me souvins aussi de ce que mon enfance de fils d'ingénieur et plus tard les fréquentations et camaraderies de la vie aux tranchées m'avaient appris de la vie ouvrière du pays de Liège.

Robert VIVIER

 

Bulletin de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Française,
Bruxelles, Tome LII - n°3-4, année 1974, p.283-285 & p.287-288

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Vivier's ''Délivrez-nous du mal''

Publié le par antoiniste

Vivier's ''Délivrez-nous du mal''

OVER BOEKEN

„ANTOINE DE GENEESKRACHTIGE”

Vivier’s „Délivrez-nous
du mal”.

Een merkwaardige
Belgische secte.

GEROMANCEERDE LEVENS-
BESCHRIJVING.

 

VORIG jaar werd voor de eerste maal de Albert I-prijs toegekend, die in Frankrijk werd ingesteld om de aandacht te vestigen op een Belgisch Franschschrijvend auteur. De prijs viel ten deel aan Robert Vivier. Wie in België aandacht verleenen aan de Fransche letteren, hadden deze bekroging niet algewacht om met sympathie en belangstelling den groei te volgen van dezen schrijver groei van een zeer eerlijke toewijding en een zeer zuiver litterair geweten.

    Robert Vivier is professor aan de Universit te Luik, – zijn intellectueele vorming is kennelijk aan zijn jongste boek Délivrez-nous du Mal (*), dat wat de stof betreit met wetenschappelijke nauwgezetheid is opgebouwd. Maar zijn eerste geheimen ontsluierde hij in zijn verzenbundel Déchirures, post-Baudelairlaansche poezie met nochtans een scherp eigen karakter en zonder alcohol of gift.

    Het is een vrij naturlijke gang van zaken dat de dichters naar den roman over aan langs den weg der zelfbelijdenis. Robert Vivier schreef een psychologischen roman Non alvorens met zijn boek Folle qui s’ennuie de subjectieve literatur te verlaten. Op laatstgenoemden roman werd zelfs het etiket populisme geplakt. De personages behoorden tot den stand der nederigen, wat niet wegnat dat zij een zuiver Vivier-conflict doormaakten: een breuk tusschen het dagelijksche van het leven en het verlangen daarbuiten. Om deze bondige voorstelling volledig te maken dient nog te worden vermeld, dat de Fransche Académie aan een essay van Robert Vivier Originalité de Baudelaire haar onderscheiding hechtte.

    Délivrez-nous du Mal, met als ondertitel Antoine le Guérisseur, is van alle boeken van Robert Vivier het grootst opgezet. Het bevat ongetwijfeld bladzijden, die tot de schoonste behooren die hij heeft geschreven met dien eigen stijl, dien zin voor nuances, die zuivere teederheid, die van Robert Vivier een soort calligraaf maken, in den zoeden zin van het woord. Zoo geknischt, zoo gaaf, zoo zuiver atmosferisch wordt in het Fransch maar weinig geschreven en er moet niet beperkend worden aan toegevoegd: in België. De schriftuur dekt hier overigens geheel de wijze van voelen en denken van den schrijver, die er een is van genegen begrijpen en meeleven. Dit schrijven is daardoor bijna een werk van liefde, een zich oplossen in, een zich uitwisschen voor de gestalten, de landschappen, het avontuur van het boek.

    Een in sommige opzichten merkwaardig geestelik avontuur, dat van le „père Antoine” mystisch avontuur van den grondlegger van het Antoinisme. Le père Antoine en het Antoinisme? Een nota aan het eind van het boek vat de gegevens samen, die in Delivrez nous du Mal zijn geromanceerd. In 1845, werd nabij Luik in een mijnwerkersgezin Louis Antoine geboren, gevoelige ingetogen jongen, die zich door godsdienstzin en levensernst onderscheidde, – een die eerlijk aan de eigen vervolmaking werkte. Als knaap reeds arbeidde hij in de mijn. Later werd hij metaalarbeider, vestigde zich in Duitschland, trouwde, reisde naar Polen. In de geboortestreek teruggekeerd werd hij voor spiritistische praktijken gewonnen en bleek de gave der geneeskracht te bezitten, – vooral nadat hij zich in beproevingen, o.a. den dood van zijn zoon, had gesterkt.

    Als „Antoine-de-Geneeskrachtige” of nog „de mildhartige Antoine” kreeg hij ettelijke aanhangers onder de armen en misdeelden, onder de zieken en gebrekkigen. Gerechtelijke vervolgingen verminderden niets aan zijn werkracht. Van het spiritiste keerde hij zich af, om een nieuw spiritualisme te verkondigen in exempelen en geschriften, – strijd voor den geest en de innerlijke verbetering. Toen hij in 1912 stierf, had hij duizenden aanhangers. Het Antoinisme overleefde hem. In 1922 telde het in België 22 tempels. Er bestaan Antoinistische tempels in een achttal Fransche steden. o.a. te Parijs. Men spreekt thans van 300.000 Antoinisten, die in den vroegeren mijnwerker hoe langer hoe meer een godheid zien. Er is een belangrijke bibliographie over het Antoinisme ontstaan.

    Délivrez-nous du Mal zat in deze bibliographie wellicht een der allereerste plaatsen innemen, niet omdat de schrijver met het Antoinisme sympathiseert, maar om de ce romanceerde monographie om dit te leven stellen van le père Antoine” op een zoo objectieve manier dat de goede, milde volksgenezer er op de natuurlijkste wijze tot volle ontplooiing komt en dat zijn nieuwe leer, zijn betrekkelijk nieuwe leer, als de vrucht voortkomt van zoo’n man, zooals de peer de vrucht is van den perelaar. Le père Antoine” lééft in dit boek. Het Luiksche landschap leeft er prachtig in mee. Het goede, eenvoudige volk dat weldra de Antoinistische secte zal vormen, niet minder. Al dit leven wordt tevens levens, verklaring intelligent begrijpen van Antoine zijn leer en zijn invloeid. Intelligenter verklaring” is wellicht niet denkbaar. Het mystisch avontuur wordt er vanzelfsprekend door.

    Zoo vanzelfsprekend zelfs, dat avontuur te veel is gezegd. Wie dit uitstekend geromanceerd essay over Antoine en het Antoinisme heeft gelezen, wéét er alles van, althans van Antoine en zijn aanhangers. Van zijn tegenstanders, de onverschilligen”, de ongeloovigen”, de natuurlijke opponenten, merkt men weinig, te weinig en meer als simpele aanduiding dan als romandramatiek. Het leven van de secte naast een geopenbaarden godsdienst, zonder enige wrijving, treft mij als een leemte. Ik mis een gevecht tusschen le père Antoine en een pastoor.

    Overigens heeft het objectivisme – hoezeer ook door Vivier met genegenheid voor zijn personages en hun omgeving zijn eigen Luiksche omgeving, gevoelig gemaakt – zelden zooveelte ver gesloten of niet ver genoek. De helft van het boek, gewijd aan een doodgewoon menschenleven, het intiem en verborgen leven van Antoine, is een voortreffelijk genuanceerd verhaal, dat eenvoudig en subtiel aanspreekt. Het deel over het openbaar leven van Antoine, dat met zijn spiritistische séances aanvangt, het leven van den nieuwen profeet, treft meer als document vol begrip dan als meesleepende of afstootende mystische ervaring. Alles is verklaarbaar, ook Antoine en het Antoinisme. Maar men eindigt met te wenschen, dat dit objectivisme zou worden verlaten voor de kniebuiging van een nieuwen geloovige” of den ironischen monkel van den toeschouwer met zin voor humor. Nu ziet het boek er uit als een monument, dat met objectief goed begrip in allen objectieven ernst is opgericht, aan het Antoinisme, in den toon en den stijl die zou passen voor het Boedhisme of het Christendom. Daardoor doen sommige pathetische bladzijden onbehaaglijk aan het op den voet volgen van het groeiproces bij „le père Antoine” en zijn secte omslachtig.

    Dit neemt niet weg, dat Robert Vivier over belangrijke artistieke middelen beschikt. In zijn grisailleschilderingen kon hij gevoelig veel nuances vatten. Hij kan naar blijkt ook een groot opzet aan: een type doen leven, een land, een volksschare.

                                                   M. ROELANTS.

*) Grasset – Parijs.

 

De Telegraaf (19-03-1936)
[source : delpher.nl]

 

Traduction : 

DES LIVRES

"ANTOINE LE GUÉRISSEUR"

"Délivrez-nous du mal" de Vivier

Une remarquable
secte belge

BIOGRAPHIE ROMANCÉE

POUR la toute première fois, le Prix Albert Ier, créé en France pour attirer l'attention sur un auteur belge de langue française, a été décerné. Le prix a été décerné à Robert Vivier. Ceux qui, en Belgique, ont prêté attention à la littérature française, n’avaient pas attendu ce sacre pour suivre avec sympathie et intérêt le développement de la croissance de cet écrivain d’un dévouement très honnête et d’une conscience littéraire très pure.
    Robert Vivier est professeur à l'Université de Liège, - sa formation intellectuelle est évidemment celle de son dernier livre
Délivrez-nous du Mal (*), construit avec rigueur scientifique en la matière. Mais ses premiers secrets se révèlent dans son recueil de vers Déchirures, poésie post-Baudelairienne, qui n'en a pas moins un caractère propre, les alcools et les narcotiques en moins.
    C'est tout à fait naturel que les poètes passent au roman sur le chemin de la confiance en soi. Robert Vivier a écrit un roman psychologique, non avant de quitter la littérature subjective avec son livre
Folle qui s'ennuie. Ce dernier roman a même été qualifié de populisme. Les personnages appartenaient à l'état d'humilité, ce qui n'enlève rien au fait qu'ils sont passés par un pur conflit propre à Vivier : une rupture entre la vie quotidienne et le désir extérieur. Pour compléter cette performance concise, il convient de mentionner que l'Académie française a décerné sa distinction à un essai de Robert Vivier Originalité de Baudelaire.
    Une aventure spirituelle en quelque sorte remarquable, celle du "père Antoine", aventure mystique du fondateur de l'Antoinisme. Le père Antoine et l'Antoinisme ? Une note à la fin du livre résume les données qui ont été romancées dans
Délivrez nous du Mal. En 1845, près de Liège, naît dans une famille de mineurs Louis Antoine, un garçon sensible et discret, qui se distingue par son sens religieux et le sérieux de sa vie, celui qui travaille honnêtement à sa propre perfection. Enfant, il travaillait déjà dans la mine. Plus tard, il est devenu ouvrier métallurgiste, s'est installé en Allemagne, s'est marié, s'est rendu en Pologne. De retour dans sa région natale, il fut conquis par les pratiques spirites et s'avéra posséder le don du pouvoir de guérison, surtout après s'être fortifié dans les épreuves, dont la mort de son fils.

    Sous le nom d’"Antoine-le-Guérisseur" ou encore d’"Antoine-le-Généreux", il eut plusieurs disciples parmi les pauvres et les démunis, parmi les malades et les déficients. Les poursuites judiciaires n'ont pas empêché son travail. Il s'est détourné du spiritisme, pour proclamer un nouveau spiritisme par l’exemple et l’écrit, - lutte pour l'esprit et l'amélioration intérieure. Quand il est mort en 1912, il avait des milliers de disciples. L'antoinisme lui a survécu. En 1922, il y avait 22 temples en Belgique. Il y a des temples Antoinistes dans huit villes françaises, dont Paris. Nous parlons aujourd'hui de 300 000 Antoinistes qui, parmi les anciens mineurs, voient en lui de plus en plus une divinité. Une bibliographie importante sur l'Antoinisme a émergé.

    Délivrez-nous du Mal prend probablement l'une des premières places dans son œuvre, non pas parce que l'écrivain sympathise avec l’Antoinisme, mais à cause de la monographie romantique de faire vivre le "père Antoine" d'une manière si objective que le bon et doux guérisseur du peuple s'épanouit de la manière la plus naturelle et que sa nouvelle doctrine, sa doctrine relativement nouvelle, comme le fruit d'un tel homme, comme la poire est le fruit du lynx, prend forme. "Le père Antoine" vit dans ce livre. Le paysage liégeois y vit magnifiquement. Les gens bons et simples qui formeront bientôt la secte Antoiniste, pas moins. Toute cette vie prend aussi vie, expliquant intelligemment la compréhension de la doctrine d'Antoine et de son influence. Une "explication" plus intelligente n'est peut-être pas concevable. Cela rend l'aventure mystique évidente.
    Si évidente, même, qu'on en a trop dit sur cette aventure. Quiconque a lu cet essai excellemment équilibré sur Antoine et l'Antoinisme sait tout à ce sujet, à tout le moins au sujet d’Antoine et de ses disciples. Quant à ses adversaires, les "indifférents", les "incrédules", les adversaires naturels, on les rencontre peu, trop peu et plus comme une simple indication que comme un drame romantique. La vie de la secte à côté d'une religion révélée, sans aucune friction, me frappe comme un vide. J'ai raté un combat entre le père Antoine et un curé.
    Par ailleurs, l'objectivisme - même si Vivier a rendu son propre environnement liégeois sensible à l'affection qu'il porte à ses personnages et à leur environnement - a rarement été aussi fermé ou presque. La moitié du livre, consacrée à une vie humaine ordinaire, la vie intime et cachée d'Antoine, est une histoire délicieusement nuancée, qui séduit par sa simplicité et sa subtilité. La partie sur la vie publique d'Antoine, qui commence par ses séances spirites, la vie du nouveau prophète, apparaît plus comme un document plein de compréhension que comme une expérience mystique irrésistible ou repoussante. Tout s'explique, y compris Antoine et l'Antoinisme. Mais on termine en souhaitant que cet objectivisme soit abandonné pour la mise à genou d’un "nouveau croyant" ou le moine ironique du spectateur avec le sens de l'humour. A ce moment, le livre ressemble à un monument qui, objectivement, a été érigé avec une bonne compréhension objective de tous les objectifs de sérieux, pour l'Antoinisme, dans le ton et le style qui conviendrait pour le bouddhisme ou le christianisme. Cela rend certaines pages pathétiques, inconfortables à suivre de près le processus de croissance du "père Antoine" et de sa secte.
    Cela ne change rien au fait que Robert Vivier dispose de moyens artistiques importants. Il a su saisir beaucoup de nuances dans ses peintures de la grisaille. Apparemment, il peut gérer une grande configuration : faire vivre un type, un pays, une foule.

                                                   M. ROELANTS.

*) Grasset – Paris.

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Délivrez-nous du mal (Les Nouvelles littéraires, 22 février 1936)

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Délivrez-nous du mal - Les Nouvelles littéraires 22 février 1936

 

 LE LIVRE DE LA SEMAINE

Délivrez-nous du mal 

N'ayant point coutume de prédire le passé,
je n'affirmerai pas que Robert Vivier de-
vait inévitablement se faire le biographe
d'Antoine le Guérisseur. On n'a pourtant
pas oublié qu'il débuta par une importante
étude sur Baudelaire, le poëte catholique
qui souffrit, comme Antoine, d'avoir ren-
contré le « prêtre incompetent ». De plus,
le romancier Robert Vivier, compatriote de
Louis Antoine et lauréat du Prix Albert Ier,
est un ami des populistes. Lui-même déclare
qu'André Thérive, peintre des antoinistes
parisiens, lui suggéra d'écrire la vie du
Père Antoine. Sans parler de prédestinations
avouons que l'entreprise bénéficiait d'une
assez rare union de circonstances favora-
bles.
    Elle offrait aussi des difficultés dont la
principale consistait à nourrir sans arbi-
traire une narration continue de la carrière
d'Antoine pendant ses années obscures. J'i-
gnore si tous les détails de cette première
partie sont authentiques, mais je sais qu'ils
le paraissent. En effet, la tradition rapporte
que, dès l'enfance, Antoine a reçu de mys-
térieux avertissements. Que ces épisodes
significatifs s'inscrivent avec tant de natu-
rel dans le récit de Vivier, cela prouve que
tout le reste a été recréé selon un esprit de
fidèle intelligence.
    Sans impliquer la moindre abdication,
cette sympathie nous aide à comprendre
l'évolution humaine de Louis Antoine. Ro-
bert Vivier en marque finement les étapes :
la caserne de Bruges où Antoine apprend à
connaitre « les autres », l'accident qui le
rend responsable d'un homicide, la mort de

 son fils qui le convaincra du néant de la

matière. Alors nous sentons comment sa
suprême joie s'est identifiée à son pouvoir
d'apaiser la souffrance, qu'elle soit physique
ou morale. Délivrez-nous du mal (1) : ce
titre évoque, non moins qu'Antoine le Gué-
risseur, Antoine le Généreux.
    Car les deux surnoms conviennent à celui
qui répondait aux médecins : « Je n'exerce
pas l'art de guérir, c'est le don de guerir
que j'ai. » L'unité de la vie d'Antoine réside,
ainsi que Vivier le montre, dans son obéis-
sance aux voix intérieures qui lui dictaient
sa conduite. Après l'avoir détaché du catho-
licisme, elles l'ont fait renoncer au spiri-
tisme, à une « trop facile idolatrie de l'au-
delà ». Chaque ancienne foi qu'il rejetait,
il l'abandonnait pour ce qu'il jugeait être
« une foi plus pure ». Quand il fonda le
Nouveau Spiritualisme, il concevait l'aven-
ture humaine comme l'histoire d'un retour
à la source primitive de l'Amour. 
   Dans le succès de l'antoinisme verrons-
nous seulement le triomphe d'une personna-
lité exceptionnelle ? Croyons-en plutôt Ro-
bert Vivier qui retrouve dans cette doctrine
une expression du « pays de Liége où le
peuple a abandonné l'Eglise parce qu'elle
ne lui semblait plus sa maison, mais où il
a gardé des mains prêtes à se joindre ».
Jusque, dans l'édifice métaphysique d'An-
toine, dans cette « machine à faire du bon-
heur avec la vieille misère », reconnaissons
avec Vivier le travail où un bon ouvrier a
mis tout son art et son coeur. Alors nous
unirons dans un même respect une belle
vie et un beau livre. 
                            René LALOU.

 (1) Aux éditions Grasset.

 

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Albert Jeannin évoque Robert Vivier (L'Intransigeant 22 février 1936)

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Albert Jeannin évoque Robert Vivier

 

LES LIVRES LUS PAR...

« Délivrez-nous du mal »
     de Robert Vivier
vu par un Antoiniste.

    M. Robert Vivier, auteur de deux romans populistes : Non et Folle qui s’ennuie (prix Albert-Ier), vient de consacrer un gros livre de 370 pages à Antoine le Guérisseur et à la religion qu’il a fondée. Celui qui, pour ses adeptes, est devenu le Père, s’appelait de son vrai nom Louis Antoine. Né dans une humble famille de paysans belges, il fut lui-même mineur, puis ouvrier métallurgiste et concierge aux tôleries de Jemappe. Ayant amassé un petit pécule — 80.000 francs, ce qui était coquet avant 1900 – il s’adonna au spiritisme, puis fonda le « nouveau spiritualisme » qui devait devenir, par la suite, l’Antoinisme. Sa renommée se répandit promptement en Belgique. Quand il mourut, en 1912, il laissait deux temples. Le culte Antoiniste en compte aujourd’hui 44 (dont 28 en Belgique), et 140 salles de lecture. Le chef actuel de la nouvelle religion est la propre femme du guérisseur, que les adeptes saluent du nom de Mère.
    Nous sommes allé demander au desservant d’un des deux temples antoinistes de Paris ce qu’il pensait du livre de M. Robert Vivier. Ce desservant est un ancien lieutenant de vaisseau, grand blessé de guerre, commandeur de la Légion d’honneur. Il a passé huit années à Jemappe-sur-Meuse, près du Père Antoine. Il est vêtu de la robe noire des Antoinistes, une courte soutane.
     – M. Robert Vivier, nous dit-il, est impartial et il montre même, m’a-t-il semblé, une certaine sympathie à l’égard du Père. Mais son livre est malheureusement incomplet. C’est ainsi qu’on n’y voit pas suffisamment les difficultés que notre chef spirituel eut à surmonter avant de faire triompher sa doctrine. Le Père Antoine fut un homme de foi et de sacrifice. Songez qu’il recevait jusqu’à 1.400 malades par jour, et que chacun, après l’avoir vu, partait soulagé. Songez aussi que, pendant dix ans, il voulut vivre seul, privé de toute satisfaction, de toute joie. Cette solitude lui était d’ailleurs nécessaire pour recevoir la révélation, qu’il nous a léguée en trois livres intitulés : La révélation, par Antoine le Guérisseur ; Le couronnement de l’œuvre révélée et Le développement de l’enseignement du Père.
    – Pouvez-vous me dire comment le Père Antoine rédigea ces livres ?
    – C’est précisément ce que M. Vivier n’a pas suffisamment mis en valeur. Voilà : le Père obéissait aux fluides. Ses dix principes furent reçus en deux nuits.
    Dès qu’il sentait le fluide venir en lui, il convoquait sa sténographe et prenait soin que son message fût fidèlement transcrit. Il arrivait parfois que la sténographe corrigeât des phrases boiteuses, mais le Père, aussitôt, rétablissait son texte. « Je préfère ma pensée à votre correction grammaticale », disait-il. Car le Père était un prophète, un instrument de Dieu.

                                                     Yves GANDON.

L’Intransigeant, 22 février 1936

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Robert Vivier - Livrai-nos do mal : Antoine o curador

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Robert Vivier - Livrai-nos do mal : Antoine o curador

Page de couverture et première page

Livrai-nos do mal : Antoine o curador = [Délivrez-nous du mal : Antoine le guérisseur] 
Robert VIVIER ; traduzido por M. R. BAYARD]
livre
([s. d.])
MLA 12132
   
Rio de Janeiro : Culto Antonista do Brasil
377 p. ; 18 cm
Appendice. - Déd. aut. s. de Soeur Rosine à Robert VIVIER .
BIOGRAPHIE / ESSAIS - ANTOINE Louis

source : http://www.aml-cfwb.be/catalogues/general/editeurs/2240

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