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Emile Verhaeren - Sous des hangars tonnants et lourds

Publié le par antoiniste

Sous des hangars tonnants et lourds,
Les nuits, les Jours,
Sans air et sans sommeil,
Des gens peinent loin du soleil :
Morceaux de vie en l'énorme engrenage,
Morceaux de chair fixée, ingénieusement.
Pièce par pièce, étage par étage,
De l'un à l'autre bout du vaste tournoiement.
Leurs yeux, ils sont les yeux de la machine.
Leurs dos se ploient sous elle et leurs échines,
Leurs doigts volontaires, qui se compliquent
De mille doigts précis et métalliques.
S'usent si fort en leur effort.
Sur la matière carnassière.
Qu'ils y laissent, à tout moment.
Des empreintes de rage et des gouttes de sang.

Emile Verhaeren, La Plaine, p.107
Les Villes tentaculaires (1895)
source : archive.org

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vue d'ensemble du temple

Publié le par antoiniste

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Georges Eekhoud - La Nouvelle Carthage (1888) - Merxem

Publié le par antoiniste

    L'« Amérique », la plus ancienne et la plus riche de ces nations, au service de laquelle venait d'entrer Laurent, écrémait la main-d'oeuvre, disposait des plus beaux chevaux, possédait des installations modèles et un outillage perfectionné. Chariots, harnais, grues, bâches, cordeaux, bannes, poulies et balances n'avaient point leurs pareils chez les corporations rivales. Depuis Hoboken jusqu'à Austruweel et à Merxem on ne rencontrait que ses diligentes équipes. Ses poseurs et ses mesureurs transbordaient le grain importé sur des allèges d'une contenance invariable ; ses portefaix juchaient les sacs et les ballots sur leurs épaules et les rangeaient à quai ou les guindaient sur les fardiers ; ses débardeurs déposaient sur la rive des planches, poutres et grumes en réunissant les produits de la même essence.
    Trop habitués à ouvrer de leurs dix doigts pour s'escrimer du crayon et de la plume, c'était Laurent qui, sur la présentation de leur collègue Vingerhout, le syndic des chefs ou baes, était chargé de leur besogne de bureau et aussi du soin de contrôler, à l'entrée ou à la sortie des docks, les chiffres renseignés par les peseurs et mesureurs d'autres corporations.
    Un négociant en café, client de l'Amérique, a-t-il repris une partie de denrées à un confrère, Laurent reçoit le stock des mains de la nation concurrente avec laquelle a traité le vendeur. Il en a souvent pour une journée de posage sur le quai en pleine cohue, sous les ardeurs du soleil ou par la pluie et la gelée. Mais il s'absorbe en la tâche. Des centaines de balles poinçonnées et numérotées depuis la première jusqu'à la dernière défilent devant lui. Il additionne des colonnes de chiffres tout en surveillant du coin de l'oeil le jeu de la balance. Car gare aux erreurs ! Si le preneur ne trouvait pas son compte, c'est l'Amérique qu'il tiendrait responsable de l'écart, à moins que Laurent n'eût constaté que le préjudice émanait du vendeur et de ses ouvriers.

Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage (1888)
Deuxième Partie : Freddy Béjard, Chapitre III : Ruches et guêpiers

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vue d'ensemble du temple de Retinne

Publié le par antoiniste

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le village de Retinne vers 1830

Publié le par antoiniste

RETINNE, commune du canton de Fléron ; bornée au N.E. par Evegnée, E. par Micheroux, S. par Ayeneux, S.O. par Fléron, O. par la Queue-du-Bois, N.O. par Saive-Parfondvaux.

A 1/2 l. de Micheroux et Saive, et 3/4 d'Ayeneux.

Sa superficie est élevée et basse, entrecoupée de collines. Le terrain est argilo-sablonneux sur fond pierreux. Il y a plusieurs fontaines.

La commune comprend 94 maisons, situées comme suit : 24 à Retinne, 32 à Liery, 13 à Surfossé, et 25 aux Trois-Chênes. Elles sont construites en briques, en pierres, en bois et argile ; couvertes en paille ; disséminées. — 1 chapelle auxiliaire, dépendante de l'église de Fléron.

On y cultive le seigle, l'orge, l'avoine, l'épeautre. Fourrages, légumes, fruits. — Foire aux cochons : le 2 mai. Un marché au beurre se tient tous les samedis au hameau de Surfossé.

Population : 515 habitans.

Superficie : 454 h. 40 a. 89 c.

Ci-devant : pays de Liège.


Dictionnaire géographique et statistique de la province de Liège (Henri Joseph Barthélemi Del Vaux) - 1835

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vue d'ensemble du temple

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le village de Nandrin vers 1830

Publié le par antoiniste

NANDRIN, commune et chef lieu du canton de ce nom ; bornée au N. par Clermont, N.E. par Rotheux, E. par Tavier, S.E. par Ellemelle, S. par Fraiture, S.O. par Soheit-Tinlot, O. par Abée et Fraineux, N.O. par St.-Severin.

A 1/2 l. de Fraineux et St.-Severin, 1 de Clermont, Rotheux, Tavier, Ellemelle, Soheit et Abée, 3 E. de Huy.

L'aspect du terroir présente beaucoup d'inégalités, et sur divers points des coteaux d'une pente très rapide. Le terrain est argileux, marécageux, schisteux et calcaire. On y trouve de la chaux carbonatée métastatique. Deux petits ruisseaux, dont l'un prend naissance près du hameau de Haye, et l'autre près de celui de Beaumont, se réunissent au centre du chef lieu et se jettent au hameau de la Petite-Vaux dans un ruisseau qui prend sa source à la Grande-Vaux et qui se dirige sur la commune de Rotheux.

La commune comprend 143 maisons réparties de la manière suivante : Nandrin (chef-lieu), 30; Bouhaie, 11 à 1/4 de l.; Albasse, 8 à 1/5 de l.; Favence, 15 à 1/2 l.; Favetu, 10, id.; Roubenne, 2, id.; Bois de Fraiture, 1, à 1/3 de l.; Sotrez, 1 à 3/4 de l.; Croix-André, 14, id.; Tierdelhez, 5, id.; Petite-Faux, 3, id.; Grande-Vaux, 13, à 1/2 l.; Chaifo, 2, id.; Haleu, 9, id.; Elgotte, 2, id.; la Tolle, 2, à 3/4 de l.; le Fraineux, 3, à 1/3 de l.; Beaumont, 2, à 1/8 de l.; Haye, 6, à 1/4 de l.; Trôcourâ, 1, à 3/4 de l.; Tombeu, 1, à 1/8 de l.; Croix-Claire, 2, à 1/3 de l. La plupart sont bâties en pierres, quelques unes en briques et en bois et argile ; couvertes en paille, peu en ardoises. 1 église primaire, dédiée à St.-Martin ; ancienne.

On y cultive le seigle, l'épeautre, l'avoine, les pois, vesces, etc. Fourrages, légumes et peu de fruits. Bois taillis. - 70 chevaux, 150 bêtes à cornes, 1 500 bêtes à laine. - Plusieurs fours à chaux pour l'amendement des terres ; 1 carrière ; 1 moulin à farine mu par eau ; 1 brasserie. - La route de Liège à Givet traverse les hameaux de la Toile et du Fraineux.

Population :  830 habitans.

Superficie : 1453 h. 96 a. 91 c., dont 1000 h. en terres labourables ; 287 h. en prés, pâtures et vergers, et 130 h. en bois.

Ci-devant : pays de Liège ; Bas-Condroz.
 

Dictionnaire géographique et statistique de la province de Liège (Henri Joseph Barthélemi Del Vaux) - 1835

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Emile Verhaeren - L'auberge est là

Publié le par antoiniste

L'auberge est là, près du bois nu,
L'auberge est là de l'inconnu ;
Sur ses dalles, les rats trimballent
Et les souris.

L'auberge, au coin des bois moisis,
Grelotte, avec ses murs mangés,
Avec son toit comme une teigne,
Avec le bras de son enseigne
Qui tend au vent un os rongé.

Les gens d'ici sont gens de peur :
Ils font des croix sur leur malheur
Et tremblent ;

Les gens d'ici ont dans leur âme
Deux tisons noirs, mais point de flamme,
Deux tisons noirs en croix.

Par l'infini du soir, sur la grand'route.
Voici venir les ricochets des cloches
Là-bas, au carrefour des bois.

C'est les madones des chapelles
Qui, pareilles à des oiseaux au loin perdus,
Rappellent.

Les gens d'ici sont gens de peur,
Car leurs vierges n'ont plus de cierges
Et leur encens n'a plus d'odeur :
Seules, en des niches désertes,
Quelques roses tombent inertes
Sur une image en plâtre peint.

Les gens d'ici ont peur de l'ombre sur leurs champs.
De la lune sur leurs étangs,
D'un oiseau mort contre une porte ;
Les gens d'ici ont peur des gens.

Les gens d'ici sont malhabiles,
La tète lente et les vouloirs débiles
Quoique tannés d'entêtement,
Ils sont ladres, ils sont minimes
Et s'ils comptent c'est par centimes,
Péniblement, leur dénûment.

Leur récolte, depuis des chapelets d'années,
S'égrena morne en leurs granges minées ;
Leurs socs taillèrent les cailloux.
Férocement, des terrains roux ;
Leurs dents s'acharnèrent contre la terre
A la mordre, jusqu'au coeur même.

Avec leur chat, avec leur chien,
Avec l'oiseau dans une cage,
Avec, pour vivre, un seul moyen
Boire son mal, taire sa rage;
Les pieds usés, le coeur moisi,
Les gens d'ici,
Quittant leur gîte et leur pays,
S'en vont, ce soir, par les routes, à l'infini.

Emile Verhaeren, Le Départ (dernier poème des Campagnes hallucinées)
1920, p.88 - source : archive.org

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le village de Montegnée vers 1830

Publié le par antoiniste

GRACE et MONTEGNÉE, commune du canton de Hollogne-aux-Pierres ; bornée au N. par Loncin, Ans et Glain, E. par St.-Nicolas, S. par Jemeppe, O. par Mons et Hollogne-aux -Pierres.

Grâce a 3/4 de l. O. de Liège, et Montegnée, 1/2 l.

Cette commune est composée de trois hameaux principaux ; savoir : Grace, comprenant Chaume de Grâce, Perou, Bois-Mulette et Jale ; Montegnée, comprenant Chaussée de Montegnée, Trixhay, Verdbois, Pansy et Lamay ; Berleur, comprenant le petit hameau de Toutes-Voies.

La superficie de cette commune est assez inégale, entrecoupée de petites collines ; il s'y trouve aussi des parties plates, principalement vers le N. Le terrain est argileux, et dans quelques endroits sablonneux, marneux et rocailleux. La profondeur de la couche végétale varie de 30 à 60 centim. Un petit ruisseau, qui prend naissance près du château de Hollogne-aux-Pierres, arrose la commune. Il y a deux fontaines à Grâce, et 2 à Montegnée.

La commune comprend 620 maisons ; la plupart construites en briques, peu en pierres, quelques-unes en bois et argile ; couvertes en paille, à l'exception de quelques-unes en ardoises et en tuiles ; disséminées, sauf celles situées sur la chaussée de Grâce et celle de Montegnée, et près des églises de ces deux endroits. On y remarque l'ancien château de Grâce avec trois tours carrées, qui n'est plus habité depuis l'an 1794. — 2 églises, une à Montegnée, dédiée à St.-Lambert, et l'autre à Grâce, dédiée à St.-Remi ; 1 chapelle à Berleur.

L'agriculture et l'exploitation de la houille, forment les principales branches d'industrie. On y cultive le froment, le seigle, l'épeautre, l'orge, l'avoine, le colza, les féveroles. Fourrages. Beaucoup de légumes et fruits. 3 petits bois taillis. — 110 chevaux, des vaches et moutons. — Il y a 4 grandes houillères, savoir : celle de Pansy, celle de l'Espérance, celle des Sarts et celle du Bonnier. Il y a un petit chemin de fer depuis la houillère du Bonnier jusqu'à un dépôt, établi près de la grande route de Liège à Bierset, à l'aide duquel on y transporte la houille et le charbon : un seul cheval traîne 900 kilogrammes. — 1 moulin à farine, mu par le vent ; 1 idem, mu par eau ; 1 fabrique de chaudières ou de machines à vapeur, à Montegnée ; 2 brasseries. — La route de Liège à Bierset traverse la commune.

Population : 3664 habitans.

Superficie : 792 h. 70 a. 29 c.

Ci-devant: pays de Liège, banlieue Cismosane.

Histoire : C'est dans une plaine entre les villages de Grâce et de Bolzée, où l'armée des princes était rangée en ordre de bataille, ayant l'évêque Jean de Bavière à leur tète, en 1408 ; on lui demanda grâce, et ensuite les seigneurs de Seraing et de Rochefort lui furent présentés avec 120 autres, qui furent tous décapités sur l'heure, et leurs corps jetés dans les carrières. Cruelle exécution. Ce fut au château de Grâce, où le comte de Marleboroug avait pris son quartier, et que la capitulation fut conclue et signée au camp devant Liège, le 14 octobre 1702, d'un côté par ce général et les députés des états-généraux des Provinces-Unies, et de l'autre par ceux de la ville et principauté de Liège.


Dictionnaire géographique et statistique de la province de Liège (Henri Joseph Barthélemi Del Vaux) - 1835

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Camille Lemonnier, Pays noir (La Vie belge)

Publié le par antoiniste

"PAYS NOIR" (EXTRAIT DE LA VIE BELGE)

Un matin, nous montâmes à la terrasse du château, à Mons. Sous un lent et incessant déluge de charbon, l'air s'estompait de teintes fuligineuses qui décoloraient la tiède après-midi. Une suite éternellement projetée des hautes cheminées recouvrait, dans un remous d'incessantes fumées, des campagnes anémiques et dévastées. La sensation fut si forte de nous trouver brusquement devant ces horizons calcinés au bas desquels en tous sens s'étageaient des buttes sombres, que nous demeurâmes longtemps sans parler. C'est que, de l'endroit élevé d'où nous dominions la grande plaine industrielle, s'apercevait le coeur même de la région charbonnière.
Ce n'était pas la première fois que je la visitais ; mais je n'avais pas été touché encore en mes racines par l'extraordinaire beauté âcre et poignante qui se dégage de ses aspects. On n'aime pas toujours de suite ce qu'on doit aimer pour la vie. Celui qui allait devenir le pensif et sensible introducteur des plèbes dans l'art, à peine lui-même connaissait le pays pathétique qui devait être pour lui la cause d'une expression nouvelle d'humanité.

Camille Lemonnier, La Vie belge (1905)

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