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Michelis di Rienzi - Les petites églises (1930)

Publié le par antoiniste

Auteur :     Michelis di Rienzi
Titre :     Les petites églises
Editions :    Paris, Librairie Universelle, 1930, 196 pages

    Pierre Debouxhtay nous renseigne que les pages 17 à 20 sont consacrées à l'Antoinisme.
    L'auteur écrit également plus tard : Les Religions ignorées (1939).

    A lire un extrait du livre sur les Gnotiques : http://www.gnostique.net/documents/gnostiques.pdf

Recension :

Michelis di Rienzi - Les petites églises (1930)

Michelis di Rienzi, Les petites Eglises, Paris, 84, boulevard Saint-Michel, 194 p. in-8°, 15 francs.
    Sous vingt-cinq rubriques différentes, sont mélangés des gens dont les uns forment vraiment des Eglises (et non de petites Eglises toujours : catholiques grecs, vieux-catholiques), tandis que tels autres seraient fort surpris qu'on les assimile aux membres d'une Eglise, c'est-à-dire d'une société chrétienne : ainsi les Mithraïstes. D'autres, au contraire, ont des attaches certaines avec le protestantisme : Salutistes, Quakers, Vaudois. On ne saurait reprocher à l'auteur une documentation insuffisante, car dès la première page, il avertit qu'il a tracé ses « esquisses » avec « bienveillance et respect ».

Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français (1928 (A77 = SER6,A1))

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Musée En Piconrue (Bastogne) - Guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui (2003)

Publié le par antoiniste

Auteur : Françoise Lempereur (Préface)
Titre :     Guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui
Editions :    Musée en Piconrue, 2003, format 21/29,7 - 334 p - ill. NB et couleurs
Prix :     42 €

    Malgré des progrès incessants, la médecine scientifique est impuissante à prendre en charge tous les maux de l'humanité. A son corps défendant, elle cède le terrain à un autre art de soigner: celui des guérisseurs traditionnels souvent investis d'un don personnel transmis de génération en génération. Cette tradition fait partie intégrante de la la médecine populaire aux multiples aspects: culte des saints guérisseurs, recours aux plantes médicinales, pratiques magico-religieuses, etc...
    Associé au Séminaire des Arts et Traditions Populaires de Wallonie de l'Université de Liège et à divers autres chercheurs, le Musée en Piconrue a mené une enquête en profondeur sur le sujet. L'ouvrage a pour ambition de lever un coin du voile sur le petit monde secret des guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui et sur la vitalité de la médecine populaire dont la résistance intrigue dans notre société moderne et scientifique.

source : http://194.78.142.104/piconrue/pages_sommaire/pg_publications.htm#Gu%C3%A9risseurs%20d%27hier%20et%20d%27aujourd%27hui



     Au Musée en Piconrue de Bastogne
     Guérisseurs d’hier et d’aujourd’hui : un livre et une exposition
    La médecine scientifique, malgré des progrès incessants et spectaculaires, est impuissante à prendre en charge tous les maux de l'humanité. A son corps défendant, elle doit alors abandonner le terrain à un autre art de soigner: celui des guérisseurs traditionnels qui pratiquent, dans une semi-clandestinité, leur étonnant "charisme de bienfaisance", la plupart du temps fondé sur un don personnel transmis de génération en génération. D'où vient cette tradition? Quels liens entretient-elle avec la médecine savante et les multiples aspects de la médecine populaire dont elle fait partie intégrante (culte des saints guérisseurs, recours aux plantes médicinales, pratiques magico-religieuses, etc.)? Quelle est la place du guérisseur dans la Wallonie d'aujourd'hui?
    Piconrue s’est associé avec le Séminaire des Arts et Traditions Populaires de Wallonie et divers autres chercheurs (folkloristes, ethnologues, anthropologues, historiens, médecins) afin de mener une enquête en profondeur sur le sujet. De ce travail, nous avons tiré un livre de référence abondamment illustré ainsi qu'une exposition: ces deux réalisations ont pour ambition de lever un coin du voile sur le petit monde secret des guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui et plus largement sur la vitalité de la médecine populaire dont la résistance intrigue dans notre société moderne et scientifique.
 
A. L’exposition
    L'exposition, quant à elle, évoque la figure du guérisseur traditionnel – "rebouteux", magnétiseur, etc. – à travers ses pratiques et ses instruments. Elle en re-situe la figure dans le contexte plus général de la médecine populaire.
    De salle en salle, le visiteur découvre ainsi, maladie par maladie, les multiples remèdes proposés par l'art de guérir traditionnel, comme le recours au surnaturel (culte des saints guérisseurs, pratiques magico-religieuses, etc.) ou les médications naturelles (préparations empiriques à base de plantes médicinales, etc.). Les remèdes fabriqués par l'industrie à partir de recettes traditionnelles et vendus en pharmacie sont également pris en considération.
    L'exposition éclaire particulièrement bien la grande et pittoresque diversité de toutes ces thérapeutiques. Elle met en scène de manière attrayante et vivante tout un arsenal de pièces hétéroclites, à la beauté singulière: de la statue de Notre-Dame aux Larmes invoquée contre les maux d'yeux, à l'arbre à clous sur lequel le patient transférait son mal de dent; du livre de remèdes paysan au flacon d'huile de foie de morue; de l'herbier ou de l'almanach du XVIe siècle à l'affiche moderne vantant les mérites d'un élixir miracle; d'un tableau de Breughel de Velours à une boîtes en fer lithographiées ayant contenu des pastilles anti-toux.
    Ont notamment contribué à cette exposition d'une grande richesse documentaire les Université de Liège et de Louvain, le Musée de la Vie rurale de Peppange, l'abbaye de Maredsous ainsi que plusieurs collectionneurs de renom: Mme Marine Robert (les affiches publicitaires Thérabel), Mme Dardenne de Grand-Hallet (les boîtes en fer blanc lithographiées), M. Georges Vanhalle de Huy (instruments et objets divers provenant d'une ancienne pharmacie), Mme Versailles de Tournai (les objets concernant la confection et la conservation de la thériaque). Plusieurs œuvres d'art et objets relatifs à la médecine populaire ont par ailleurs été prêtés, à l'initiative de la Province de Liège, par le Musée de la Vie wallonne, le Musée de Wanne et le Musée de l'Art wallon.
    Le montage audio-visuel, qui accompagne l’exposition, est consacré à la figure d’Hildegarde de Bingen, mystique allemande, prophétesse et guérisseuse du XIIe siècle. La salle vidéo projettera  par ailleurs des films ethnographiques et des reportages sur les guérisseurs traditionnels d’Ardenne, sur les arbres à clous, les pèlerinages aux sources miraculeuses, etc.

     Ouverture de l’exposition du 1er juillet au 6 novembre 2003, du mardi au dimanche, de 13 h 30 à 18 h, au Musée en Piconrue, place Saint-Pierre, à Bastogne.

Pour plus d'informations:
Possibilités d'interview avec:
    * Françoise Lempereur, ethnologue, responsable de l'enquête sur les guérisseurs d'aujourd'hui.
    * André Neuberg ou Olivier Donneau, pour le Musée en Piconrue. Tél.: 061/21 56 14
 

    B. L'album Guérisseurs d'hier et d'ajourd'hui.      
    Il s’agit d’un album de 340 pages , plus de 250 illustrations en quadrichromie. Prix de souscription : 35 euros jusqu’au 30 juillet 2003.  S’adresser au Musée en Piconrue, place Saint-Pierre, 24, 6600 Bastogne.
    Prix de vente après cette échéance : 42 euros, au musée ou en librairie.  

    Table des matières.

    I. Guérisseurs et médecins: des savoirs concurrents?
    Carmélia OPSOMER - Robert HALLEUX, Médecine savante et médecine populaire. Balises pour une histoire parallèle.

    II. Guérisseurs d’autrefois
    Joseph MERSCH, Hildegarde de Bingen.
    Antoinette REUTER, Le prêtre, une figure singulière de guérisseur dans les procès de sorcellerie luxembourgeois (XVIIe siècle).
    Joseph MERSCH, L’abbé Nicolas Neuens, naturopathe et hydrothérapeute.
    Louis CHALON, Quand le spiritisme tourne au culte populaire… (Louis Antoine dit Antoine le Guérisseur (1846-1912), fondateur de l'antoinisme)
    Micheline BARON-VAN EECHOUTE - Mireille LECRENIER, En région liégeoise, cinq tombes de guérisseurs encore fleuries.
    Sébastien ZANUSSI, La source du Père Antoine.
    Philippe ANDRIANNE, Bodet: L’herboriste guérisseur de Malmedy.
    Annette DE MARNEFFE-LAURENT - Esther BAIWIR, Catherine Seret: plus de 150 ans de guérison.
    Olivier SCHMITZ, L’arsenal thérapeutique familial d’autrefois à travers un carnet de recettes (XIXe - XXe siècles).
    Francine DELVAUX, La publicité pour les remèdes.
    Nicole SCHMIT, La médecine populaire à travers la littérature wallonne.

    III. Guérisseurs d’aujourd’hui
    Olivier Schmitz, Usagers et praticiens, quelques aspects sociaux du recours aux guérisseurs: l’exemple de la Wallonie.
    Olivier DONNEAU, Guérisseurs d’Ardenne et du pays de Liège. Quelques données statistiques
    Jacques CHARNEUX, Le vieil Armel et ses guérisseurs d’Ardenne. Souvenances et complaisances d’un fidèle usager toujours bien vivant.
    Yvette BRISMEE-ANTOINE, Le don et le secret.
    Astrid CORBEAU, Les guérisseurs: un don sans contre-don?
    Marie-Claire DESMETTE, Confessions de guérison ou… Que cherchent-ils chez le guérisseur?
    Françoise LEMPEREUR, Guérisseurs bilingues des Fourons.
    Marc LAMBORAY, La pommade de Durbuy, un remède miracle?

    IV. Prévenir le mal et le guérir. Recours à l'Au-delà
    Lucienne STRIVAY, Prévenir le mal.
    Olivier DONNEAU, Médecins et vétérinaires célestes.
    Michèle BARON, Pèlerinages aux saints guérisseurs en Hesbaye liégeoise, hier et aujourd'hui.
    Françoise LEMPEREUR - Michèle BARON, La pratique de la neuvaine.
    Marc LAMBORAY, L'huile Sainte-Catherine.
    Alain-Gérard KRUPA, La religion populaire dans les collections du Musée de la Vie wallonne.
    Paul SANGLAN, L'arbre guérisseur.

    V. L'animal guérisseur
    Georges THEVES, Les animaux utilisés en médecine et en chirurgie, jadis et aujourd'hui.
    Marc LAMBORAY, L'animal guérisseur.
    Michel BRISMEE, Un guérisseur inattendu: le dard de l'abeille.

    VI. La vertu des simples
    Anicet FRASELLE, Les saints, les simples et la santé.
    Philippe ANDRIANNE, L’élément végétal dans la pharmacopée populaire.
    Philippe ANDRIANNE, De la thériaque à l'élixir du Suédois, un remède très ancien redevenu populaire.
    Marie-Claire DESMETTE Pommade aux fleurs de souci - Pommade aux fleurs de camomille
    Ann DEPRETER L’herboristerie de transmission en région spadoise .

    VII. Sources de vie
    Marie-Ode TULLIEZ La Fontaine Sainte-Geneviève de Strée.
    Françoise LEMPEREUR Les eaux qui guérissent.
    Philippe ANDRIANNE, Le sourcier.
    Philippe ANDRIANNE, Les eaux médicinales.

    VIII. Pierres de santé
    Olivier SCHMITZ, Les pierres à usage thérapeutique.
    Postface
    Bibiographie générale et par thèmes


    Le chapitre présentant l'antoinisme est cours, et surtout il est en corrélation avec certains spirites. Le titre en témoigne (Quand le spiritisme tourne au culte populaire...). Iconographiquement, on trouve une photo du Père par I. Mordant, Liège avec l'Arbre de la Science de la Vue du Mal avec les dates et lieux de naissance et de désincarnation ; L'Arbre de la Science de la Vue du Mal en plus grand format, et une photo du temple d'Antoine le Guérisseur (avant la fondation du Culte Antoiniste). On nous parle ensuite du spiritisme et de la piété populaire avec les cas de Gilles Cabolet, Pierre Vilette, Denis Randaxhe, Henri Lacroix, Renée Remacle, et Pierre de Lambert.
    Ensuite vient une description de la Source du Père Antoine (avec une photo de celle-ci, et une photo de la Mère Antoine). La source sera de nouveau évoquée dans le chapitre Les eaux qui guérissent.
    Bref, comme dans La Belgique et ses Dieux, ou dans le Musée de la Vie wallonne, c'est le christianisme qui est le plus étudié et le reste se retrouve en parent pauvre des Universités. Cependant, comme le disait Pierre Debouxhtay, et comme le dit encore Régis Dericquebourg, l'antoinisme mérite d'être étudié...

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Lucien Roure - Au pays de l'occultisme ou par delà le catholicisme (1925)(recension)

Publié le par antoiniste

Auteur :  Lucien Roure
Titre :    Un Prophète contemporain, Antoine le Guérisseur
Editions :    Les Etudes, Volume 166 ; 20 janvier 1921 ; pp.177-189
    reproduite dans le volume Au Pays de l'Occultisme, Paris, G. Beauchesne, 1925

à lire sur la site Gallica :

Études (1897)
Études (1897)
Source: Bibliothèque nationale de France


    Après ses récentes études sur Le merveilleux spirite (Beauchesne, 1922) et Le spiritisme d'aujourd'hui (Beauchesne, 1923), le P. Lucien Roure présente au public un nouvel ouvrage sur l'Occultisme, domaine souvent confondu avec le précédent, mais qui en diffère plus ou moins profondément.
    Exactement, ce livre parle de l'histoire, de la doctrine, du sens de l'Occultisme et des mouvements divers qui s'y rapportent.
    L'auteur a tenu à donner, d'ailleurs sans étalage d'érudition, mais avec l'indication précise des références, les sources historiques et l'évolution des doctrines, la vie et le caractère des personnages qui créèrent et répandirent ces doctrines : courtes biographies qui présentent souvent un intérêt fort piquant.
    Il esquisse ensuite les grandes lignes des diverses doctrines, en clarifiant parfois, reconnaît-il, les expositions flottantes ou obscures. Puis il caractérise brièvement le sens de chaque mouvement étudié, le juge à la lumière des craies données de la science, de l'Ecriture Sainte ou même des religions orientales, dont ces mouvements occultistes se réclament.
    Le P. Roure suit ce plan, assez librement d'ailleurs, dans une suite de chapitres traitant : de l'Occultisme moderne ; du Théosophisme ; de la Christian Science, avec quelques pages sur E. Coué ; du prophète contemporain, Antoine le Guérisseur, l'ancien mineur de Liège ; des Amitiés spirituelles de Sédir ; de la Philosophie cosmique ; des Adventistes du septième jour ; du Panfreudianisme ; un Appendice parle des Superstitions du Front de guerre 1914-1918.
    L'énoncé des chapitres suffit à montrer l'intérêt d'actualité que présente le livre du P. Roure. Dans sa préface et sa Conclusion, l'auteur destine son travail aux "explorateurs" ; aux âmes avides de savoir, de remplir le vide d'une existence douloureuse, à ces âmes qui croient trouver en l'Occultisme un remède de leurs maux. Reconstituer objectivement l'échafaudage parfois à la divinité, rien n'est aussi propre à dissiper le mirage.
    On s'étonnerait de voir rapprochés les noms d'Antoine le Guérisseur et du Dr Freud. Mais on rendra justice au P. Roure en reconnaissant qu'il a soigneusement fait valoir le côté scientifique du Freudisme et qu'il a distingué le caractère outrancier de ce qu'il appelle le "Panfreudianisme".
    Disons enfin que l'on aime à voir dans ce livre nouveau, avec la clarté et la bonne ordonnance de la composition, les marques d'un esprit judicieux et pondéré : qualités précieuses avec un objet d'étude comme l'Occultisme.
       Et.[ienne] Pialat
Revue néo-scolastique de philosophie, Année 1926, Volume 28, Numéro 9, pp. 82-83 (source : persee.f)

    Note : Le même auteur évoque également l'antoinisme dans Le merveilleux spirite.

Lucien Roure - Au pays de l'occultisme ou par delà le catholicisme (1925)(recension)

Recension dans La Croix 30 janvier 1921


    Voyons si, concernant l'antoinisme, l'esprit est "judicieux et pondéré" ?
    L'auteur commence avec une description du temple de Liège, et précise qu'il y en a d'autres à Jemeppe (banlieue de Liège), à Monaco et qu'il y a une vingtaine de salles de culte en Belgique et à l'étranger (Bruxelles, Spa, Stavelot, Verviers, Paris, Vichy, Nice, Nantes, Tours. "La religion antoiniste compterait jusqu'à 18000 adeptes fervents, sans parler de ceux qui subissent l'action de l'esprit antoiniste" (p.178).
    Suit une biographie courte et neutre, sauf quand à évoquer le fils des Antoine qui est décrit comme s'étant "toujours montré maladif et bizarre, et dont les parents s'étaient peu occupés." Pierre Debouxhtay réfute cela, "de santé chétive", il précise d'un côté le témoignage de Bourguet (curé de Saint-Antoine à Liège) qui va dans se sens et d'un ingénieur T.D. qui a connu à l'école primaire, le jeune Antoine, qui était un bon élève (p.59, note 17). Il suivi des cours à l'Ecole Moyenne de Seraing, puis devint employé à la Société des Chemins de Fer du Nord Belge. Puis Lucien Roure précise qu'il fit savoir à ses parents "après sa désincarnation qu'il était devenu pharmacien à Paris." Pierre Debouxhtay dit qu'il "est certain que [les antoinistes] y ont cru jadis". En 1934, "les Antoinistes disent ignorer cette réincarnation" (p.59).
    Lucien Roure se demande ensuite pourquoi avoir donné à la Société spirite d'Antoine le nom des Vignerons du Seigneur "dans une pays qui ne se distingue guère par la culture de la vigne" (p.179). Premièrement on peut prendre cette expression dans un sens figuré, deuxièmement, Pierre Debouxhtay racontera comme la culture de la vigne était encore en cours à l'époque de Louis Antoine sur les hauteurs le long de la Meuse, donc à Jemeppe.
    L'auteur pense qu'à partir du moment où la santé de Louis Antoine déclina, on changea le nom de Guérisseur par Généreux (qui, précise-t-il, "ne signifie rien. On n'y peut guère voir qu'un effort maladroit pour remplacer le nom de guérisseur par un autre de consonance analogue qui dissimulât le changement". "Peut-être voulait-on éviter de laisser croire que l'antoinisme était tout entier dans le don de guérir et que ce don allait disparaître avec Louis Antoine ? Au surplus, à partir de 1906, l'enseignement moral l'emporte de plus en plus. Antoine prend toujours davantage conscience de sa mission de Révélateur." (p.179-80). On ne peut qu'abonder en ce sens, cela corroboré par de nombreux témoignages dans l'Unitif. Cependant le don de guérir est resté, jusqu'à faire dire à Régis Dericquebourg que "bien qu'il prétende oeuvrer à l'évolution morale de l'humanité, l'antoinisme maintient la thérapie religieuse au premier plan de ses activités et ses responsables sont fondamentalement des guérisseurs" (p.43, conclusion pour l'Antoinisme, dans Religions de guérison, Cerf & Fides).
    Lucien Roure dit ensuite que "la littérature antoiniste est abondante plutôt que riche". On ne cherchera pas à savoir ce qu'il a voulu dire par là. En tout cas, il précise en disant qu'on aurait tort "de chercher en tout cela un ordre, un développement doctrinal. Tout est jeté pêle-mêle, et on se répète indéfiniment" (p.180). Certainement l'auteur trouve-t-il que la Bible est bien agencée comme il faut dans un ordre doctrinal correct et que les Evangiles ne se répètent pas indéfiniment.
    La description du Père est loin d'être neutre : "toute la gaucherie de pensée et de langage qu'on rencontre chez l'homme du peuple sans cultre aucune - Antoine se glorifie de n'avoir jamais étudié - et qui se mêle de dogmatiser" (p.181).
    Suivent les points importants de l'enseignement selon l'auteur : Guérison par la foi (étonnant que cela vienne en premier lieu, alors qu'il disait que ce point n'était plus le centre de l'enseignement moral du Père), Amour du prochain, Solidarité, Morale sans Dieu (en préciser "amour du prochain, solidarité acceptée, voilà les deux grands principes de la morale antoiniste"), Intelligence et Conscience, Fluides, La Matière n'existe pas, Notion de Dieu (où il est dit que de vouloir se prétendre être Dieu serait "un délire d'orgueil ou de niaiserie"), Nihilisme moral ("Tandis qu'elle présente aux esprits simples un certain aliment moral, elle tient en réserve pour les adeptes plus curieux ou plus dociles des griseries malsaines", encore une fois, l'auteur se contredit car il parlait plus haut de "ceux qui subissent l'action de l'esprit antoiniste". Il rapproche ce point de la pensée tolstoïenne dont "est sorti le bolchévisme", "doctrine d'anarchie et d'amoralité"), Occultisme ("courant trouble d'occultisme, doctrines hermétistes, emprunts faits à la Kabbale et au Talmud" avec comme preuve l'histoire d'Adam que l'auteur relate).
    Sur l'Enseignement en général, Lucien Roure dit que "les théories reçues subissent un certain filtrage avant de passer en acte. Et cependant on peut soupçonner les ravages que doivent exercer dans des esprits crédules et dociles de pareils enseignements. Ceux qui ont vu de près les antoinistes convaincus disent leur obstination farouche en leur foi. Ils s'y enferment, inaccessibles à toute pénétration du dehors" (p.185). Là encore on peut rapprocher ce comportement à celui des Chrétiens dont l'auteur fait parti. Les protestants savent ce qu'est l'obstination catholique.
    Par un crescendo, l'auteur conclu en disant : "Toutes ces révélations - délire d'un cerveau malade - sont proposées avec le plus grand sérieux, expliquées, commentées, c'est-à-dire embrouillées à plaisir par le Père. Quel effet de désagrégation tout ce fatras incohérent ne devait-il pas produire sur des esprits incultes ? A coup sûr, il devait avilir en eux l'idée du mariage - idée si haute dans la Bible - et l'idée de la femme, rangée du côté de la matière essentiellement mauvaise". On voit que l'auteur n'a rien compris. Tout d'abord l'idée de mariage n'était déjà plus si haute à l'époque du fait de la déchristianisation de la société, dont l'antoinisme n'est pour rien. Ensuite la femme n'est pas "rangée du côté de la matière",  au contraire, l'Enseignement nous apprend que
    "Dupes des apparences, nous croyons que le sexe existe, mais en nous acquérant progressivement l'amour, nous surmonterons cette fausse vue, puisqu'elle résulte seulement de la matière, toujours plus convaincus que chacun de nous fait partie de l'individualité d'Adam qui constitue l'humanité entière." (p.LVII) et "L'histoire d'Adam a été dénaturée, contrefait par ceux qui ont voulu se pénétrer de la réalité et qui l'ont imaginée telle qu'elle est dans les livres sacrés.
    C'est cette contrefaçon qui sert de base à l'éducation de l'humanité. Elle fait perdre à la femme tous ses droits matériels, la considérant comme n'étant pas réelle parce qu'elle est du sexe opposé à celui d'Adam. C'est ce qui nous fait dire que Adam est le moi conscient parce qu'il représente le côté réel, celui de Dieu, tandis que Ève représente l'erreur qui résulte de l'amour de bestialité." (p.LXIII)
    Puis disant que "l'Arbre symbolise le matière et le mal", et que c'est le "principal emblème du culte" des Antoinistes, il en conclut tout naturellement que "leurs hommages comme leurs pensées se concentrent autour du Principe mauvais" (p.187). Citant les pages XXXVII à XXXIX du Couronnement de l'Oeuvre révélé, il nous dit : ""voilà le culte luciférien expressément formulé" en souhaitant que "la masse des Antoinistes ne va pas à ces excès, qu'elle s'arrête à l'enseignement moral du Père, - et quel enseignement moral ! - sous l'apparence d'un amour universel, le nihilisme. Dans le fouillis de l'Antoinisme, il y a des recoins plus malsains, il y a des doctrines dont la totale explication est réservée aux initiés et d'où se répand sur tout l'ensemble une odeur de perversité. L'Antoinisme est sorti du spiritisme, et l'on sait que le démon erre dans les parages où le spiritisme fréquente" (p.187-188).
    En effet, selon lui "les seules cérémonies un peu marquantes semblent être celles des funérailles : autour du corps se réunissent les adeptes. Ils portent la robe noire plus ou moins longue, selon le degré d'initiation". L'auteur n'aura donc pas lu la réponse du Père publiée dans le Développement, p.217-218 (donc 10 ans avant son texte) : "Revenons aux personnes qui voudraient voir apporter des modifications à la robe, croyant qu'elles en obtiendraient une plus grande satisfaction. N'est-ce pas attacher plus d'importance à l'effet qu'à la cause qu'elles ont toutes ces pensées ? C'est la preuve qu'elles ignorent pourquoi la robe nous a été révélée. Sachons qu'elle ne peut nous être profitable que pour autant que nous respectons sa révélation. Le fluide qui en découle opère de toutes façons, suivant ce que nous en faisons, car si nous en abusons, la robe peut nous être autant nuisible qu'elle nous est efficace quand nous la revêtons pour être d'accord avec sa raison d'être."
    Il explique ensuite le succès de l'antoinisme par le succès des guérisons obtenues et "l'incohérence même et l'absurdité de l'Enseignement, qui procurent aux simples l'illusion de la profondeur et du mystère. Il y a le besoin de crédulité, nulle part si intense que chez les incrédules. Il y a surtout l'ignorance religieuse des masses. Sur cette ignorance, le succès d'une religion telle que l'Antoinisme jette un jour lamentable. Concluons : il est besoin de rendre le Christ au peuple."
    L'auteur répond donc à l'origine de l'ignorance religieuse des masses : l'Eglise même, qui, dit-il, devrait maintenant, face aux succès des sectes, rendre le Christ au peuple...
    Et pour rassurer Lucien Roure, disont que Pierre Debouxhtay déclarait dans l'Antoinisme, en 1945 que "dans l'ensemble les adeptes sont de fort braves gens, très charitables et très serviables" (p.29).

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Lucien Roure - Au pays de l'occultisme ou par delà le catholicisme (1925)(recension)

Publié le par antoiniste

Auteur :  Lucien Roure
Titre :    Un Prophète contemporain, Antoine le Guérisseur
Editions :    Les Etudes, Volume 166 ; 20 janvier 1921 ; pp.177-189
    reproduite dans le volume Au Pays de l'Occultisme, Paris, G. Beauchesne, 1925

à lire sur la site Gallica :

Études (1897)
Études (1897)
Source: Bibliothèque nationale de France


    Après ses récentes études sur Le merveilleux spirite (Beauchesne, 1922) et Le spiritisme d'aujourd'hui (Beauchesne, 1923), le P. Lucien Roure présente au public un nouvel ouvrage sur l'Occultisme, domaine souvent confondu avec le précédent, mais qui en diffère plus ou moins profondément.
    Exactement, ce livre parle de l'histoire, de la doctrine, du sens de l'Occultisme et des mouvements divers qui s'y rapportent.
    L'auteur a tenu à donner, d'ailleurs sans étalage d'érudition, mais avec l'indication précise des références, les sources historiques et l'évolution des doctrines, la vie et le caractère des personnages qui créèrent et répandirent ces doctrines : courtes biographies qui présentent souvent un intérêt fort piquant.
    Il esquisse ensuite les grandes lignes des diverses doctrines, en clarifiant parfois, reconnaît-il, les expositions flottantes ou obscures. Puis il caractérise brièvement le sens de chaque mouvement étudié, le juge à la lumière des craies données de la science, de l'Ecriture Sainte ou même des religions orientales, dont ces mouvements occultistes se réclament.
    Le P. Roure suit ce plan, assez librement d'ailleurs, dans une suite de chapitres traitant : de l'Occultisme moderne ; du Théosophisme ; de la Christian Science, avec quelques pages sur E. Coué ; du prophète contemporain, Antoine le Guérisseur, l'ancien mineur de Liège ; des Amitiés spirituelles de Sédir ; de la Philosophie cosmique ; des Adventistes du septième jour ; du Panfreudianisme ; un Appendice parle des Superstitions du Front de guerre 1914-1918.
    L'énoncé des chapitres suffit à montrer l'intérêt d'actualité que présente le livre du P. Roure. Dans sa préface et sa Conclusion, l'auteur destine son travail aux "explorateurs" ; aux âmes avides de savoir, de remplir le vide d'une existence douloureuse, à ces âmes qui croient trouver en l'Occultisme un remède de leurs maux. Reconstituer objectivement l'échafaudage parfois à la divinité, rien n'est aussi propre à dissiper le mirage.
    On s'étonnerait de voir rapprochés les noms d'Antoine le Guérisseur et du Dr Freud. Mais on rendra justice au P. Roure en reconnaissant qu'il a soigneusement fait valoir le côté scientifique du Freudisme et qu'il a distingué le caractère outrancier de ce qu'il appelle le "Panfreudianisme".
    Disons enfin que l'on aime à voir dans ce livre nouveau, avec la clarté et la bonne ordonnance de la composition, les marques d'un esprit judicieux et pondéré : qualités précieuses avec un objet d'étude comme l'Occultisme.
       Et.[ienne] Pialat
Revue néo-scolastique de philosophie, Année 1926, Volume 28, Numéro 9, pp. 82-83 (source : persee.f)

    Note : Le même auteur évoque également l'antoinisme dans Le merveilleux spirite.

Lucien Roure - Au pays de l'occultisme ou par delà le catholicisme (1925)(recension)

Recension dans La Croix 30 janvier 1921


    Voyons si, concernant l'antoinisme, l'esprit est "judicieux et pondéré" ?
    L'auteur commence avec une description du temple de Liège, et précise qu'il y en a d'autres à Jemeppe (banlieue de Liège), à Monaco et qu'il y a une vingtaine de salles de culte en Belgique et à l'étranger (Bruxelles, Spa, Stavelot, Verviers, Paris, Vichy, Nice, Nantes, Tours. "La religion antoiniste compterait jusqu'à 18000 adeptes fervents, sans parler de ceux qui subissent l'action de l'esprit antoiniste" (p.178).
    Suit une biographie courte et neutre, sauf quand à évoquer le fils des Antoine qui est décrit comme s'étant "toujours montré maladif et bizarre, et dont les parents s'étaient peu occupés." Pierre Debouxhtay réfute cela, "de santé chétive", il précise d'un côté le témoignage de Bourguet (curé de Saint-Antoine à Liège) qui va dans se sens et d'un ingénieur T.D. qui a connu à l'école primaire, le jeune Antoine, qui était un bon élève (p.59, note 17). Il suivi des cours à l'Ecole Moyenne de Seraing, puis devint employé à la Société des Chemins de Fer du Nord Belge. Puis Lucien Roure précise qu'il fit savoir à ses parents "après sa désincarnation qu'il était devenu pharmacien à Paris." Pierre Debouxhtay dit qu'il "est certain que [les antoinistes] y ont cru jadis". En 1934, "les Antoinistes disent ignorer cette réincarnation" (p.59).
    Lucien Roure se demande ensuite pourquoi avoir donné à la Société spirite d'Antoine le nom des Vignerons du Seigneur "dans une pays qui ne se distingue guère par la culture de la vigne" (p.179). Premièrement on peut prendre cette expression dans un sens figuré, deuxièmement, Pierre Debouxhtay racontera comme la culture de la vigne était encore en cours à l'époque de Louis Antoine sur les hauteurs le long de la Meuse, donc à Jemeppe.
    L'auteur pense qu'à partir du moment où la santé de Louis Antoine déclina, on changea le nom de Guérisseur par Généreux (qui, précise-t-il, "ne signifie rien. On n'y peut guère voir qu'un effort maladroit pour remplacer le nom de guérisseur par un autre de consonance analogue qui dissimulât le changement". "Peut-être voulait-on éviter de laisser croire que l'antoinisme était tout entier dans le don de guérir et que ce don allait disparaître avec Louis Antoine ? Au surplus, à partir de 1906, l'enseignement moral l'emporte de plus en plus. Antoine prend toujours davantage conscience de sa mission de Révélateur." (p.179-80). On ne peut qu'abonder en ce sens, cela corroboré par de nombreux témoignages dans l'Unitif. Cependant le don de guérir est resté, jusqu'à faire dire à Régis Dericquebourg que "bien qu'il prétende oeuvrer à l'évolution morale de l'humanité, l'antoinisme maintient la thérapie religieuse au premier plan de ses activités et ses responsables sont fondamentalement des guérisseurs" (p.43, conclusion pour l'Antoinisme, dans Religions de guérison, Cerf & Fides).
    Lucien Roure dit ensuite que "la littérature antoiniste est abondante plutôt que riche". On ne cherchera pas à savoir ce qu'il a voulu dire par là. En tout cas, il précise en disant qu'on aurait tort "de chercher en tout cela un ordre, un développement doctrinal. Tout est jeté pêle-mêle, et on se répète indéfiniment" (p.180). Certainement l'auteur trouve-t-il que la Bible est bien agencée comme il faut dans un ordre doctrinal correct et que les Evangiles ne se répètent pas indéfiniment.
    La description du Père est loin d'être neutre : "toute la gaucherie de pensée et de langage qu'on rencontre chez l'homme du peuple sans cultre aucune - Antoine se glorifie de n'avoir jamais étudié - et qui se mêle de dogmatiser" (p.181).
    Suivent les points importants de l'enseignement selon l'auteur : Guérison par la foi (étonnant que cela vienne en premier lieu, alors qu'il disait que ce point n'était plus le centre de l'enseignement moral du Père), Amour du prochain, Solidarité, Morale sans Dieu (en préciser "amour du prochain, solidarité acceptée, voilà les deux grands principes de la morale antoiniste"), Intelligence et Conscience, Fluides, La Matière n'existe pas, Notion de Dieu (où il est dit que de vouloir se prétendre être Dieu serait "un délire d'orgueil ou de niaiserie"), Nihilisme moral ("Tandis qu'elle présente aux esprits simples un certain aliment moral, elle tient en réserve pour les adeptes plus curieux ou plus dociles des griseries malsaines", encore une fois, l'auteur se contredit car il parlait plus haut de "ceux qui subissent l'action de l'esprit antoiniste". Il rapproche ce point de la pensée tolstoïenne dont "est sorti le bolchévisme", "doctrine d'anarchie et d'amoralité"), Occultisme ("courant trouble d'occultisme, doctrines hermétistes, emprunts faits à la Kabbale et au Talmud" avec comme preuve l'histoire d'Adam que l'auteur relate).
    Sur l'Enseignement en général, Lucien Roure dit que "les théories reçues subissent un certain filtrage avant de passer en acte. Et cependant on peut soupçonner les ravages que doivent exercer dans des esprits crédules et dociles de pareils enseignements. Ceux qui ont vu de près les antoinistes convaincus disent leur obstination farouche en leur foi. Ils s'y enferment, inaccessibles à toute pénétration du dehors" (p.185). Là encore on peut rapprocher ce comportement à celui des Chrétiens dont l'auteur fait parti. Les protestants savent ce qu'est l'obstination catholique.
    Par un crescendo, l'auteur conclu en disant : "Toutes ces révélations - délire d'un cerveau malade - sont proposées avec le plus grand sérieux, expliquées, commentées, c'est-à-dire embrouillées à plaisir par le Père. Quel effet de désagrégation tout ce fatras incohérent ne devait-il pas produire sur des esprits incultes ? A coup sûr, il devait avilir en eux l'idée du mariage - idée si haute dans la Bible - et l'idée de la femme, rangée du côté de la matière essentiellement mauvaise". On voit que l'auteur n'a rien compris. Tout d'abord l'idée de mariage n'était déjà plus si haute à l'époque du fait de la déchristianisation de la société, dont l'antoinisme n'est pour rien. Ensuite la femme n'est pas "rangée du côté de la matière",  au contraire, l'Enseignement nous apprend que
    "Dupes des apparences, nous croyons que le sexe existe, mais en nous acquérant progressivement l'amour, nous surmonterons cette fausse vue, puisqu'elle résulte seulement de la matière, toujours plus convaincus que chacun de nous fait partie de l'individualité d'Adam qui constitue l'humanité entière." (p.LVII) et "L'histoire d'Adam a été dénaturée, contrefait par ceux qui ont voulu se pénétrer de la réalité et qui l'ont imaginée telle qu'elle est dans les livres sacrés.
    C'est cette contrefaçon qui sert de base à l'éducation de l'humanité. Elle fait perdre à la femme tous ses droits matériels, la considérant comme n'étant pas réelle parce qu'elle est du sexe opposé à celui d'Adam. C'est ce qui nous fait dire que Adam est le moi conscient parce qu'il représente le côté réel, celui de Dieu, tandis que Ève représente l'erreur qui résulte de l'amour de bestialité." (p.LXIII)
    Puis disant que "l'Arbre symbolise le matière et le mal", et que c'est le "principal emblème du culte" des Antoinistes, il en conclut tout naturellement que "leurs hommages comme leurs pensées se concentrent autour du Principe mauvais" (p.187). Citant les pages XXXVII à XXXIX du Couronnement de l'Oeuvre révélé, il nous dit : ""voilà le culte luciférien expressément formulé" en souhaitant que "la masse des Antoinistes ne va pas à ces excès, qu'elle s'arrête à l'enseignement moral du Père, - et quel enseignement moral ! - sous l'apparence d'un amour universel, le nihilisme. Dans le fouillis de l'Antoinisme, il y a des recoins plus malsains, il y a des doctrines dont la totale explication est réservée aux initiés et d'où se répand sur tout l'ensemble une odeur de perversité. L'Antoinisme est sorti du spiritisme, et l'on sait que le démon erre dans les parages où le spiritisme fréquente" (p.187-188).
    En effet, selon lui "les seules cérémonies un peu marquantes semblent être celles des funérailles : autour du corps se réunissent les adeptes. Ils portent la robe noire plus ou moins longue, selon le degré d'initiation". L'auteur n'aura donc pas lu la réponse du Père publiée dans le Développement, p.217-218 (donc 10 ans avant son texte) : "Revenons aux personnes qui voudraient voir apporter des modifications à la robe, croyant qu'elles en obtiendraient une plus grande satisfaction. N'est-ce pas attacher plus d'importance à l'effet qu'à la cause qu'elles ont toutes ces pensées ? C'est la preuve qu'elles ignorent pourquoi la robe nous a été révélée. Sachons qu'elle ne peut nous être profitable que pour autant que nous respectons sa révélation. Le fluide qui en découle opère de toutes façons, suivant ce que nous en faisons, car si nous en abusons, la robe peut nous être autant nuisible qu'elle nous est efficace quand nous la revêtons pour être d'accord avec sa raison d'être."
    Il explique ensuite le succès de l'antoinisme par le succès des guérisons obtenues et "l'incohérence même et l'absurdité de l'Enseignement, qui procurent aux simples l'illusion de la profondeur et du mystère. Il y a le besoin de crédulité, nulle part si intense que chez les incrédules. Il y a surtout l'ignorance religieuse des masses. Sur cette ignorance, le succès d'une religion telle que l'Antoinisme jette un jour lamentable. Concluons : il est besoin de rendre le Christ au peuple."
    L'auteur répond donc à l'origine de l'ignorance religieuse des masses : l'Eglise même, qui, dit-il, devrait maintenant, face aux succès des sectes, rendre le Christ au peuple...
    Et pour rassurer Lucien Roure, disont que Pierre Debouxhtay déclarait dans l'Antoinisme, en 1945 que "dans l'ensemble les adeptes sont de fort braves gens, très charitables et très serviables" (p.29).

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Eugène Gascoin - Les religions inconnues (1928)

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Eugène Gascoin - Les religions inconnues (1928)

Auteur :     Eugène Gascoin
TItre :     Les religions inconnues
Editions :    Paris, Gallimard, 1928, 224 pages
    118 x 185 mm. Collection Les documents bleus (No 41)

Table des matières :
    Chez Les Initiés,
    Les Sciences Maudites,
    Hérésiarques et Hérésies,
    Ceux qui Guérissent,
    Les Indépendants.

Figaro, 10 août 1928


    Pierre Debouxhtay nous renseigne que les pages 155 à 161 se rapportent à l'Antoinisme.

    Le texte est disponible en lecture gratuite sur : http://www.bmlisieux.com/curiosa/gascoin.htm

recensions :

Eugène Gascoin - Les religions inconnues (1928)

    Si le mot d'amusant pouvait être accolé au mot grave et rébarbatif de religion, le livre de M. Gascoin, spirituel et anecdotique, est à coup sûr amusant. Inlassable pèlerin des temples inconnus, ou pas connus, ou en marge du connu, il n'a pas son pareil pour dépister les rites cocasses ou les prières invraisemblables qu'ils abritent. J'ai compté : cela fait vingt religions que M. Gascoin nous révèle. Où les a-t-il trouvées ? A notre porte.
    S'il faut dire toute la vérité, certaines de ces religions — et M. Gascoin le sait mieux que personne — sont beaucoup moins inconnues que le titre de son ouvrage ne le prétend. Mais il faut toujours pardonner quelque chose à un titre. Celui-ci au fond, dit parfaitement ce qu'il veut dire, même s'il s'agit de nous révéler le spiritisme, qui compte en France des millions d'adeptes, même s'il s'occupe de l'alchimie, qui tend de plus en plus à émigrer de la foi dans la science.
    Entre cette religion très répandue — si c'est une religion — et cette science naissante, il y a place pour une foule impressionnante d'hétérodoxies, depuis "la vraie religion chrétienne", fondée par Swedenbsy, dont Balzac a célébré les mystères dans Séraphites, jusqu'à l'antoinisme, auquel André Thérive vient de consacrer tout un roman, Sans Ame. Sans doute nous avons tous entendu plus ou moins parler de la théosophie et de sa fondatrice, Mme Blavatsley, laquelle remuait subtilement de petites clochettes épinglées à ses jupes pour simuler la réponse des ésprits familiers ; de l'astrologie, qui est une variété de la voyance, région volontiers soumise au docteur Osty, de l'Eglise libre catholique, de l'Eglise catholique gallicane, qui fit parler d'elle aux jours héroïques de la séparation et qui depuis semble avoir regagné certaines catacombes administratives, du salutisme, — ô miss Helyett ! — de la Christian Science, laïcisée par M. Coué, voire du culte
de l'Humanité, qui est la religion comtiste.
    Mais, et voilà où j'admire M. Gascoin, voilà où je le suis, où je l'écoute, c'est quand il nous dévoile les arcanes du soufisme, de l'Eglise universelle d'Aquarius, du millénarisme, de Mazdanan, enfin de la religion du légume cru.
    Ne riez pas et surtout ne vous hâtez pas d'interpréter. Ne vous imaginez pas que les sectateurs du légume cru soient des âmes simples qu'attirent les forces de la nature dissimulées sous l'écorce du poireau ou dans le coeur odorant de l'échalote. Non. Il ne s'agit nullement de se transporter à proximité des terrains d'épandage, et là de se prosterner dévotement devant des carrés d'oignon blanc ou des rangées de persil frisé. Pas davantage il n'est question d'utiliser les propriétés occultes des simples. Non. Les légumes on les mange, et on les mange crux, tout est là et ce n'est pas rien.
    Allez plutôt, hommes ou femmes de peu de foi, allez rue Mathis, sur les traces expertes de M. Gascoin, entrez derrière lui dans cette vaste maison d'un bleu agressif, où les végétaliens (attention à l'l) ont établi leurs assises. Vous y verrez fonctionner les mâchoires et la religion que vous ignorez encore. Il y a là des employés peu fortunés, des exotiques, des intellectuels communistes, de vieille demoiselles, bref tout ce qu'il doit y avoir dans une salle consacrée à la eligion du légume cru, y compris le légume lui-même.
    Tous les choix de carottes, de pommes de terre, d'ail, d'oignon, de radis (noirs et rouges), de céleri, de cresson, de scarole, toutes les variétés de laitues et de romaines, et l'armée des choux, et les bataillons de betteraves s'offrent à vous, à vos dents, à votre estomac. A notre discrétion aussi des râpes et des scies pour en faire des copeaux variés, plus faciles à ingurgiter. Et même, pour les néophytes, pour les timides, pour les amateurs, il y a — je ne l'avoue qu'en tremblant — des approvisionnements considérables de légumes cuits, lentilles, riz, haricots et divers potages maigres. Tout lemonde peut se dire adepte du légume cru, fréquenter la maison bleue et pourtant n'être qu'un imposteur. Il est simplement interdit de consommer de l'alcool, même sous les espèces du vinaigre. Le citron est toléré. Un grand avantage de cette religion consiste dans les économies qu'elle fait faire : le repas, fixé d'abord à deux francs, ne coûte malgré tout aujourd'hui que deux francs soixante-quinze. C'est pour rien.
    Une autre religion très curieuse, c'est le Mazdanan, fondée en Amérique par le docteur Hanisch, d'après certaines données iraniennes (vous en retrouverez des traces dans l'ouvrage récent, si curieux, de Mme David Neel : Voyage d'une Parisienne au Thibet)(Plon), et dont le grand secret consiste plus à mâcher des crudités, mais à respirer avec méthode : « Faute de savoir respirer, non seulement nous nous laissons empoisonner par les acides dérivés du carbone, mais àla longue, il se forme dans le corps un organisme étranger, qui peu à peu l'envahit complètement et qui influence et domine tout le système nervo-cellulaire, à tel point
que celui-ci en devient incapable de fonctionner normalement. Ainsi, l'individualité
est refoulée, et, au lieu d'être maître de soi, on devient l'esclave d'une influence étrangère, qui s'oppose au progrès individuel. »
    Cela est grave. Il importe de pratiquer la respir, dnas toute son intégralité, pour chasser ces influences, ces intelligences mauvaises, ces esprits du Mal en un mot. En apprenant à respirer, on devient véritablement maître de sa destinée, on connaît Dieu. Bien entendu, la culture du respir proscrit la viande, l'alcool. En revanche, il est recommandé, après le bain, d'avaler un peu du savon dont on vient de se servir. Le porto à l'ail est toléré à midi et le soir on recommande alternativement un petit verre de pétrole, ou, plus bourgeoisement, d'huile de paraffine de haute viscosité, comme tous les pharmaciens (y compris M. Castille) peuvent nous en servir. En assaisonnant ses légumes d'un peu de cendre de bois, laquelle contient du sulfate de soude, on jouira d'un bien-être physiologique et moral sans pareil.
    Vous vous doutez peut-être que M. Gascoin est un humoriste ? C'est un humoriste. Il excelle à raconter plaisamment, sans jamais forcer la plaisanterie, ces petites excursions en terrain bizarre. Rarement est-il sarcastique. Même lorsqu'il tombe sur un numéro sensationnel comme le pasteur swedenborgien, il sait graduer ses effets et mesurer ses coups de griffe. Il y a du mérite car c'est un gibier de choix que ce pasteur d'une religion où les anges portent des chapeaux haut de forme, vivent dans des maisons d'or, — ombragées par des arbres d'argent, tandis que les damnés habitent de formidables dents dans un chaos infernal de cavernes et de ruines.
    Tout cela est excellent, et l'on sort du livre de M. Gascoin plein de mansuétude pour tous ces essais manqués, dans la course de l'homme après le divin.
Henriette Charasson, La Semaine Littéraire
La Femme de France - 24-06-1928, p.20
source : gallica


    En effet, l'auteur sait être drôle. Lisons l'histoire de l'Eglise Catholique Apostolique. Citons par exemple, concernant la Christian Science : "Vous entendez bien qu'il s'agit ici de suggestion. Par cette même persuasion, M. Coué qui raisonnait son pouvoir, et les antoinistes qui ne raisonnent rien, sauvent ou ont sauvé autant de malades que les disciples de cette dame américaine" (p.173).
    Mais il sait aussi être franc, quand par exemple il parle de la Théosophie "dont les adeptes ont un goût un peu pervers pour les spéculations de pensée les plus osées" (p.45).
    Et aussi honnête, quand il parle de la secte : "grande par la flamme spirituelle, mais durement têtue et bornée en ses affirmations" (p.113). C'est d'ailleurs par là qu'il est le plus facile de la reconnaître : quand la doctrine se resserre de plus en plus en un dogme inchangé et inchangeable, ce qui ne peut que manquer de la mener à sa perte, contrairement à un Mouvement religieux, qui saura évoluer dans la société.
    Il sait aussi être fin dans son raisonnement. Lisons ce qu'il dit des Prophètes : "Bien qu'ils aient toujours la prétention d'apporter au monde une révélation personnelle, les fondateurs de religions de qui la culture philosophique est trop souvent indigente, subissent plus que quiconque les influences extérieures. La vérité qu'ils proclament n'est, le plus souvent, qu'une synthèse grossière des idées et des sentiments en vogue dans le pays et à l'époque où ils se sont manifestés" (p.136).
    Il sait aussi être circonspect : "Enfin l'Union libérale (israélite) estime que l'on peut transformer la société 'dans le sens d'un mieux-être économique moral, esthétique et fraternel toujours croissant.' De telles aspirations, pour être pleines de générosité, ne laissent pas que d'être dangereuses, car on peut sur cette pente aller bien loin et justifier, au nom de ces principes, bien des interventions étrangères à la religion et à son esprit. Tout le monde est d'accord sur la nécessité de faire régner la justice parmi les hommes et la paix parmi les peuples ; on ne diffère que sur les moyens à employer pour y parvenir et là commence précisément la politique. Combien plus sage, plus haute, apparaît, même à l'incroyant, la parole sereine du Christ, déclarant qu'il faut rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu" (p.149). Finalement ce n'est pas du judaïsme que viendra le mal (comme on pouvait le penser souvent à l'époque), mais bien de certaines sectes, ce que l'auteur n'imaginait certainement pas à l'époque.

    Concernant l'Antoinisme, qui est bien sûr classé parmi "Ceux qui guérissent", l'auteur ne fait en somme que se moquer du fait que les antoinistes ont pour l'intelligence des réserves à prononcer. Malgré cela, on trouve peu d'erreur, si pas aucune erreur, dans ce long chapitre. C'est assez rare pour le signaler.
    On peut lire le début du chapitre le concernant dans le thème Les adeptes de la première heure, avec frère Baptistin Pastorelli.

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Le Chat - La différence entre l'amour et l'argent

Publié le par antoiniste

    La différence entre l'amour et l'argent, c'est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente.
    L'idéal étant d'arriver à partager son amour avec quelqu'un qui a du pognon.

Philippe Geluck, Le Chat.

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Le spiritisme en Belgique (Nouvelle Revue Théologique, 1921)

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        A propos de spiritisme

    Le 27 avril 1917, une réponse du Saint Office interdisait formellement aux fidèles d'assister, fût-ce comme simples spectateurs, à des séances de spiritisme. La défense s'étendait même au cas où, dans ces séances, on ne ferait usage d'aucun médium et où on ne pratiquerait pas d'hypnose (1).
    Cette réponse, parue pendant la guerre, n'a peut-être pas été suffisamment remarquée. Il est sûr d'ailleurs que ceux qui en ont eu connaissance — je parle du grand public — l'ont en général trouvée bien sévère.
    Ils ont eu tort. Le péril est plus grave qu'on ne pense. Quelques sourires indulgents, quelques silences dédaigneux ou quelques brocards sceptiques ne suffiront pas à le supprimer.
    La diffusion croissante des pratiques spirites est un fait indéniable, au moins pour ce qui concerne la Belgique. Le succès inouï du livre de Sir Oliver Lodge semble bien montrer que dans les pays anglo-saxons, berceau du spiritisme,
le mouvement n'est pas à la baisse (2). Le P. Gemelli nous déclarait tout récemment qu'une recrudescence de spiritisme se constatait en Italie (3). Le seul fait de la publication chez Alcan du gros volume de P. E. Cornillier (4) est un indice dont la signification n'a pas échappé aux observateurs clairvoyants (5). Il y a déjà plus de quinze ans que certains villages belges — Poulseur par exemple — passaient pour entièrement peuplés de spirites (6) et l'épidémie d'Antoinisme n'a pas encore fini de sévir en Wallonie. Le nombre seul des Fédérations spirites est déjà inquiétant (7). Sans doute il est parfois difficile de distinguer entre les adbérents véritables, les badauds sans conviction et les simples plaisants ; mais l'effort de propagande est réel et l'essai d'organisation n'est pas infructueux. Qu'il nous suffise de citer la Fédération spirite belge et les Fédérations régionales du Brabant, de Charleroi, de Liège, de Mons, de Namur; le Bureau permanent d'Anvers, et les périodiques, de valeur inégale, de tirage très variable mais de réelle ténacité, qui mettent en communication tous ces organismes. La Revue spirite belge, qui succéda en 1909 à l'Ere nouvelle, et que dirige Jules Van Geebergen, est restée jusqu'en 1913 l'organe officiel de la Fédération spirite belge. Le Sincériste dirigé par le chevalier le Clément de Saint-Marcq, personnage entièrement disqualifié mais encore redoutable, le Bulletin du bureau permanent d'Anvers, le Courrier spirite belge; l'organe de l'Antoinisme : l' Unitif, et bien d'autres revues ou journaux, dont l'énumération serait fastidieuse, complètent cette étrange littérature.
    Il faut y ajouter les ouvrages d'Allan Kardec, pseudonyme spirite de Léon Rivail; ceux de Léon Denis, de G. Delanne, reproduits dans de nombreuses éditions véritablement classiques, et qui contiennent la « doctrine. » Le grand public ne consulte guère la collection très précieuse et de caractère technique que la Society for psychical Research publie sous le titre de Proceedings. Ces douzaines de beaux volumes se lisent moins aisément que les fantaisies d'un Flammarion, et ne peuvent guère servir d'antidote au poison que fournissent les librairies spirites.
    L'atmosphère doctrinale des milieux spirites est certainement dangereuse. Les livres de Kardec, les petites brochures où sa « révélation » est condensée (8), fourmillent de graves erreurs théologiques et les dogmes eux-mêmes y sont tranquillement niés. Sans doute la théorie de la réincarnation des âmes n'a pas trouvé beaucoup d'écho chez les anglosaxons, où Kardec n'est pas un prophète incontesté (9) mais sur le continent on peut dire qu'elle fait partie intégrante du spiritisme. La négation de l'enfer, de l'Eglise, de la hiérarchie sacerdotale, des sacrements, autant de points fondamentaux dans les oeuvres de Kardec et de ses disciples. Certaines Fédérations spirites s'acharnent à propager l'usage du baptême spirite et de l'enterrement « suivant le rite kardéciste », parodies assez ridicules des cérémonies chrétiennes (10). Pour achever l'illusion, on trouve des spirites qui se déclarent fervents disciples du Christ (11). J'en ai même connus qui pour « rétablir l'harmonie des fluides » dans le salon où ils évoquaient les morts, y ont placidement fait introniser par le curé, qui ne se doutait de rien... la statue du Sacré-Coeur.
    Or, — et ceci est peut-être digne de remarque — chaque fois qu'un cercle spirite se forme, même dans l'intimité, on cherche spontanément et on trouve presque toujours un « initiateur », un personnage compétent, qui possède la pratique du métier et auquel on puisse soumettre les cas embarrassants. Celui-ci est en général un spirite bien authentique, un assidu des Fédérations, un lecteur de Kardec ou du Courrier, et son premier soin est de « documenter » les nouveaux adeptes. Les expériences, qui n'étaient d'abord que des tentatives curieuses, presque des espiègleries, ont donné des résultats; la table a répondu; le crayon a écrit les « gribouillages » automatiques; le petit guéridon a remué, la planchette a frappé les coups. Aussitôt les livres, qui expliquent toutes ces belles choses, sont lus avec un intérêt passionné; et la doctrine, qui paraît si bien prouvée par ces exemples, est admise comme incontestable. Il n'y a rien de plus triste que cette perversion, parfois extraordinairement brusque, de la foi dans une âme naïve et jusqu'alors très honnête.
    D'ailleurs, quelle que soit l'explication qu'on admette pour rendre compte des faits de spiritisme, il est sûr que dans beaucoup de cas la subconscience du médium joue un grand rôle. Aussi « l'esprit » évoqué et parlant par le médium sera souvent un esprit très pieux, recommandant la prière, la charité, le pardon, le travail, sermonnant et morigénant les paresseux et les égoïstes, bref tenant la place d'un éducateur consciencieux ou d'un confesseur dévot (12). Il faut en avoir fait l'expérience pour comprendre combien il est malaisé de persuader à une âme, que tant de beaux discours et d'exhortations morales ne viennent pas de Dieu et peuvent être un danger. J'ai connu des neurasthéniques invétérés guéris en quelques semaines par les injonctions de « l'esprit » évoqué. Ils n'arrivaient pas à comprendre que leur guérison étant réelle, cet esprit bienfaisant ne méritât pas le même crédit qu'un bon patron céleste.
    Le péril pour la foi est donc très réel à cause de l'entraînement presque fatal qui conduit de la séance spirite, à la littérature spirite et à la croyance en l'évangile de Kardec et de ses disciples.
    Mais ce n'est pas tout. A côté du péril qui menace la foi, il existe, dans les pratiques spirites, un danger d'ordre plus strictement moral. N'en prenons qu'un exemple. On se souvient peut-être encore de l'émoi que provoqua, en 1913, dans les cercles spirites de Belgique, et même de l'étranger, la brochure du chevalier de Saint-Marcq sur l'Eucharistie (13). Il ne s'agissait pas d'un petit pamphlet obscur. Au mois de juillet 1913 le tirage dépassait 49.000 exemplaires, distribués surtout aux membres des Fédérations spirites. L'auteur était président de la Fédération spirite belge. A l'heure actuelle, directeur du groupe Sincériste, il continue encore à donner des conférences à Bruxelles et ailleurs; il reste un des chefs influents du spiritisme belge. Or, sa brochure sur l'Eucharistie est d'une obscénité tellement perverse qu'il vaut mieux, par respect pour le lecteur, ne pas détailler davantage. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'imagination polissonne et faisandée d'un malfaiteur n'aurait rien trouvé de plus ignoble pour expliquer comment l'Eucharistie est une forme d'union corporelle. Le pouvoir médiumnique, d'après l'auteur, et l'influence sacerdotale sur les fidèles, trouvent leur origine dans ces pratiques, qu'il juge d'ailleurs
recommandables.
    Il est juste de reconnaître que la Revue spirite belge préféra rompre avec ce président par trop compromettant (14). Le Congrès spirite de Genève (1913) condamna lui aussi la fameuse, ou plutôt l'infâme brochure. Mais le jour même où il était exécuté à Genève, de Saint Marcq recevait l'hommage respectueux de l'Union spirite de Liège, qui lui votait, en assemblée extraordinaire, l'envoi d'un télégramme d'admiration et protestait de son indéfectible attachement (15).
    Ces faits sont incontestables, A eux seuls ils justifieraient déjà les sages prohibitions de l'Eglise. Ajoutez-y cet autre danger moral inhérent aux pratiques spirites : la confiance aveugle que dès le début ou petit à petit on manifeste à l'égard de « l'esprit ». Celui-ci en vient à diriger littéralement l'existence. C'est à lui qu'on demande les mots d'ordre et qu'on soumet les doutes. Les pires aberrations deviennent possibles dans de pareilles conditions et en l'absence voulue de tout contrôle.
    Il convient aussi de noter que les séances spirites ne se tiennent bien que dans l'obscurité (16). En général les salons sont exigus ; les spectateurs s'y trouvent serrés les uns contre les autres, et presque toujours en proie à une réelle tension nerveuse. Nous ne voulons blesser ni calomnier personne. Nous nous bornons à signaler un danger, au moins aussi réel que celui des dancings et des cinémas.
    On peut même aller plus loin et affirmer que, du simple point de vue de la santé à conserver, de l'équilibre mental à maintenir, les séances spirites sont périlleuses. Il y a des caractères bien rassis et bien fermes, des « psychologies consistantes », sur lesquelles la suggestion n'agira guère; mais la masse est infiniment plus perméable, plus poreuse à l'égard de tous les dissolvants, et une seule séance de spiritisme, surtout si elle a donné des résultats, peut être l'origine de troubles psychologiques très graves. J'ai vu le cas d'une personne, initiée à table même, en public, aux procédés de typtologie et qui ayant obtenu une réponse topique, se lança dans le spiritisme avec la fougue d'une néophyte. Aujourd'hui les médecins la déclarent incurablement folle. Il est d'ailleurs difficile, quand on pense de bonne foi recevoir chaque jour des nouvelles de l'autre monde, il est difficile, dis-je, de poser sur la réalité ambiante et visible ce regard clair et normal, qui est celui de l'homme sain. Oliver Lodge lui-même recommande aux médiums d'avoir, en dehors de leurs fonctions spirites, des occupations absorbantes (17). L'ivresse des voyants est souvent plus pernicieuse que l'intoxication par l'alcool.
    Pour justifier la sévère décision du Saint Office, il n'est donc nullement nécessaire d'affirmer que tous les phénomènes spirites sont « dûs au diable » ; ni même que tout ce qui n'est pas supercherie dans ces phénomènes est diabolique ; ni même qu'un seul de ces faits soit immédiatement l'oeuvre physique du démon. La prohibition serait parfaitement justifiée — dans l'état actuel du spiritisme — par la seule raison du grave péril doctrinal et moral inhérent à ces séances. Il n'est pas interdit par conséquent d'étudier les différentes hypothèses qui, en dehors d'une intervention diabolique, peuvent rendre compte, au moins provisoirement, des faits de télékinésie, de matérialisation, de cross-correspondence, etc.
    Il est assez remarquable d'ailleurs que les auteurs catholiques les plus récents et les mieux informés sont de plus en plus circonspects quand il s'agit de l'explication « par l'action du diable. » Le P. Roure S. J. (18) et le P. Gemelli 0. F. M. (19), pour nous borner à ces deux noms, enveloppent leurs conclusions de toutes sortes de réserves suspensives, dont seuls les incompétents s'étonneront. La psychologie clinique nous a révélé des choses bien surprenantes depuis vingt ans. Les recherches sur le rôle du subliminal, l'examen scientifique des cas de télépathie, l'étude du psychisme inférieur (20) et de la suggestion, peuvent encore continuer à démentir certains dogmatismes à priori, toujours un peu déplacés dans les sciences d'observation. Ce n'est pas le diable qui, matériellement, écrit le mauvais livre; ce n'est pas lui qui tourne le film du cinéma ; ce n'est pas lui qui verse au client la boisson enivrante, ni qui manie le râteau du croupier dans les tripots ; et pourtant tout cela est son oeuvre, et l'Eglise met très sagement tous ses enfants en garde contre ces tentations. Exciter notre vaine curiosité, notre paresse, notre vanité, notre soif morbide du merveilleux sensible, notre désir de l'extraordinaire ; nous dégoûter ainsi de la vie de foi et de l'adoration muette, c'est une tactique bien plus dangereuse que de renverser des encriers, de cogner des meubles ou de jeter par terre des pots de confiture.
    Personne ne peut dire que le diable ne fait jamais rien de pareil. Son action physique ici-bas est certainement possible. L'Evangile nous en donne des exemples. Mais on ne peut davantage prouver que le démon agisse, comme cause régulière, dans les phénomènes spirites qui ne relèvent pas de la supercherie et qui sortent des lois communes. Le déterminisme même de la plupart de ces faits semble plutôt orienter la recherche du côté des causes naturelles. Peut-être y aurait-il lieu — comme l'a fait judicieusement remarquer le P. Thurston, S. J. (21), — de remettre au point, en le corrigeant, l'argument dont se servent en commun la plupart des casuistes actuels, quand ils veulent démontrer que la pratique du spiritisme est immorale. Cet argument, dépouillé de ses accessoires, revient à un dilemme : les réponses obtenues dans les séances spirites ne peuvent venir que des bons esprits ou du démon. Or ces réponses sont parfois d'un caractère si absurde, si malhonnête, si pernicieux qu'il faut absolument exclure la première hypothèse. Il ne reste donc que le démon pour expliquer le phénomène (22).
    La disjonction n'est peut-être pas bien adéquate. Il y a d'abord à considérer le médium lui-même, qui, psychologiquement, peut s'altérer dans la transe hypnotique au point de devenir méconnaissable. C'est le phénomène, aujourd'hui classique, des personnalités psychologiques multiples. En outre le médium peut se trouver par télépathie, soua l'influence d'autrui. Il semble bien que ce fut le cas pour les fameuses séances de Marine Terrace, autour de la table de Victor Hugo (23). Un examen très minutieux s'impose donc, pour chaque médium et pour chaque communication. Le P. Thurston va plus loin. Il veut explorer la région des limbes; et après avoir noté, avec raison, que sur ces questions d'eschatologie, la  doctrine de l'Ecole n'est pas encore très ferme, il se demande si toute une population d'âmes, exclues de la vision divine et non damnées cependant, ne peut pas désirer entrer en rapport avec les humains, et si leurs essais ne peuvent pas être aussi tâtonnants pour nous atteindre que les nôtres pour leur parler.
    Nous sommes ici en pleine hypothèse. Le P. Thurston le reconnaît sans détours. Mais cette hypothèse demande à être envisagée et le mérite du savant écrivain du Month est d'avoir attiré l'attention sur ce coin peu exploré de la
théologie (24).
    Ceux qui trouveraient acceptable la théorie du P. Thurston, même à titre problématique, devraient aussitôt en tirer une conséquence morale. Le désir de communiquer avec ces esprits — qui ne sont pas mauvais, sans être cependant des anges ou des élus — les expériences psychiques faites dans ce but, la croyance à leurs résultats — tout cela cesserait d'être interdit par la loi naturelle, et la prohibition de l'Eglise gardant toute sa valeur pour les fidèles, ne doublerait plus une prescription morale simplement humaine.
   En d'autres termes le spiritisme, entendu au sens strict de communication volontaire et systématique avec des morts, ne serait plus mauvais ratione sui mais seulement par accident, à raison des circonstances concrètes dans lesquelles on le pratique et des dangers auxquels il expose aujourd'hui.
    De toutes manières, il sera bon de serrer d'un peu plus près les différentes hypothèses d'une vie possible dans l'au-delà du tombeau — et de faire, dans l'enseignement de la morale, et même du catéchisme, une part plus large à l'étude et à la critique du spiritisme. Le danger pour les âmes est très réel et ce n'est pas avec des oeillères qu'on le supprimera.

Louvain. Pierre Charles, S. J.

notes de l'auteur :
(1) A. A. S., 1 juin 1917, p. 268.
(2) Sir Oliver Lodge. Raymond or Life and Death. London, Methuen, 1916. En six semaines ce livre de plus de dix shillings atteignait sa sixième édition. En Amérique les essais d'Edison — infructueux d'ailleurs — sont bien connus.
(3) Fr. Agostino Gemelli, 0. F. M. Religione e scienza. Societa editrice Milano, 1920, p. 148.
(4) P. E. Cornillier. La survivance de l'âme et son évolution après la mort. Comptes rendus d'expériences. Paris, Alcan, 1920.
(5) Cf. Th. Mainage. Revue des Jeunes. 25 oct. 1920. (10e année, n. 2), p. 194-195.
(6) Cf. Jules Bois. Le Miracle moderne. 2e éd. Paris. Ollendorff, 1907.
(7) Nous ne parlons ici que des fédérations de Belgique.
(8) Par ex. Le spiritisme à sa plus simple expression, ou Caractères de la révélation spirite.
(9) Cf. Article : Spiritualism, dans Encydopaedia Britannica. L'auteur, très modéré et bien au courant, est Mrs Sidgwick.
(10) La Revue spirite belge a parfois enregistré, pour les réfuter ensuite, les protestations de certains spirites plus ou moins catholiques, surpris et scandalisés par ces manifestations anticléricales.
(11) La Revue spirite belge publiait jadis, dans un français douteux cette déclaration solennelle : Spirites nous sommes et chrétiens également : car le meilleur chrétien seulement peut être spirite... Il faut être rempli des enseignements du Christ. (février, 1913, p. 23.)
(12) Je transcris un passage entre mille, pris dans les procès-verbaux d'une séance de spiritisme, tenue à Bruxelles le 26 nov. 1917. On demande à l'esprit : « Pourquoi n'êtes-vous pas tout à fait heureux? — Parce que je dois encore expier. — Que puis-je faire pour vous aider à expier? — Prier. — Quelle prière dois-je faire? — Avoir la foi. — Que faire pour avoir la foi? — Commencer par prier. — En quoi dois-je croire? — En Dieu. »
(13) L'Eucharistie, oeuvre de réforme morale par la vérité.
(14) Pendant toute l'année 1913 la Revue spirite belge retentit de discussions an sujet de cet ignoble incident.
(15) Cf. Revue spirite belge. Juillet 1913.
(16) Kardec essayait déjà de justifier cette obscurité indispensable aux « réactions » spirites, en invoquant le lois des combinaisons chimiques. (Résumé de la loi des phénomènes spirites. Paris, 1876. p. 9.)
(17) Raymond ou la vie et la mort. Edition française abrégée. Paris, Payot, 1920, p. 133.
(18) Le merveilleux spirite. Paris, Beauchesne 1917, p. 382. On ne peut que recommander cet excellent ouvrage.
(19) O. c., p. 199. L'auteur prévoit lui-même qu'on l'accusera d'un « soverchio scetticismo. »
(20) Cf. Grasset. L'occultisme d'hier et d'aujourd'hui. Montpellier, 1918.
(21) Cf. The Monthy 1917, p. 137 et suiv. L'article (Communicating with the dead) et celui qui l'a suivi (Spirit phenomena. Ibid. 226) sont à lire en entier.
(22) Cf. vg. Lehmkuhl. Theologia moralis, éd. 1910. I, p. 285.
(23) On n'a publié qu'une partie de ces intéressants procès-verbaux. Cf. Bois, o. c., p. 106 et suiv.
(24) Au point de vue de l'histoire de la théologie, je ne crois pas qu'on puisse invoquer des autorités patristiques en faveur de la thèse — ou plutôt de l'hypothèse — du P. Thurston. Les spéculations sur le limbus infantium, sont relativement récentes. « Si son existence semble bien prouvée, les pouvoirs, les sentiments, les privilèges de ses habitants nous sont peu connus. » (loc. cit., p. 139.) Après avoir ainsi déblayé le terrain, le P. Thurston ajoute : « Je ne vois pas ce qui nous empêche de supposer que les enfants morts sans baptême atteignent le plein usage de leurs facultés par une sorte décroissance graduelle: et qu'ils conservent toujours les particularités ou même les défauts de caractères inhérents à leur personne, telle que Dieu l'a créée. Quelques-uns peuvent être d'humeur grave, d'autres gais, ou têtus, ou aimables et affectueux, ou espiègles, ou crânes et entreprenants, ou bien timides. Nous n'avons aucune preuve que le limbus infantium soit aussi exempt de trouble (disturbance) que le ciel des élus. » p. 140.) Il est à craindre que cette description très humaine de l'au-delà, et qui de tous côtés est vulnérable à l'ironie facile, n'empêche les lecteurs et peut-être les théologiens d'examiner la thèse elle-même. Le moins qu'on puisse dire de celle-ci est quelle est, de prime abord, assez surprenante.

Source : Nouvelle Revue Théologique. XLVIII. 1921. MARS 1-9 ; pp.113-123 (archive.org)

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JEMEPPE S/MEUSE - MAISON D'ANTOINE LE GUERISSEUR

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    Ecrite en néerlandais en 1905. Elle est adressé M. van den Hoven, habitant Noorbeek, dans le Limbourg néerlandais, à la frontière belge (près des Fourons).

    On retrouve la même femme à droite que sur la photo du Père et de la Mère sortant du Palais de Justice en 1907. S'agit-il du mari et de la femme l'un à côté de l'autre ? L'homme pourrait donc être Eloy Joseph comme identifié sur la photo de la sortie du Palais de Justice.

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Dans le labyrinthe

Publié le par antoiniste



Dans le labyrinthe
    * Colin Low, Hugh O'Connor et Roman Kroitor,
    * 1979,
    * 21 min 1 s

Dans la diversité des pays, des climats, des races et des sociétés, les rites, les croyances, la présence de la nature assurent une certaine permanence et aident chacun à traverser le mystère de l'existence. Conçu pour le pavillon Labyrinthe de l'Exposition universelle de 1967, ce film à écrans multiples se veut une interprétation moderne de la légende de Thésée et du Minotaure.

source : http://www.onf.ca/film/dans_le_labyrinthe

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Les adeptes à Saulnes et dans l'Est

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    Il y eut pendant un temps une salle de lecture à Strasbourg, alors territoire allemand, ouverte en août 1913 au 7 Anckergässchen [Imp. de l'ancre], près de la place du Corbeau.
    Est, Franche-Comté et Bourgogne, pas d'Antoinistes signalés.
C.Ch. Chéry o.p., L'Offensive des sectes, 1954, p.264

    Un temple s'est ouvert à Saulnes en 1986, proche de Longwy, donc à la frontière luxembourgeoise.

    Au Luxembourg, Régis Dericquebourg signalait en 1993 une salle de lecture à Hespérange (sud de la capitale). Actuellement, elle se trouve au 15, An der Retsch - 6980 Niederanven (Rameldange), au nord-est de la capitale. Réunions les 1er et 3ème samedi à 15h, avec Soeur Feiereisen.

    Hormis ces quelques adresses, l'Antoinisme s'est peu propagé dans le Nord-Est de la France.

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