La Mère vers 1910 (Antoine le Guérisseur et ses disciples, in Excelsior, 16 décembre 1910)
issu de l'article Antoine le Guérisseur et ses disciples, in Excelsior, 16 décembre 1910
issu de l'article Antoine le Guérisseur et ses disciples, in Excelsior, 16 décembre 1910
issu de l'article Antoine le Guérisseur et ses disciples, in Excelsior, 16 décembre 1910
PAGES D’AUJOURD’HUI
LE NOUVEAU MESSIE
Antoine-le-Guérisseur
Par R. CANUDO
Pendant que les quelques centaines de millions de Chrétiens fêtaient le souvenir de la naissance du Rédempteur, trois cent mille âmes ont fêté l'avènement réel du nouveau Messie. Et ceci n'est pas un conte de Noël. Car le Messie existe, il vit au milieu de ses disciples, dans la campagne liégeoise, à Jemeppe.
Il n'est pas, toutefois, le premier Messie des temps modernes.
Il y a quelques années, un des plus remarquables penseurs italiens contemporains, M. Giacomo Barzellotti, de la Faculté de Rome, consacrait un important ouvrage au dernier prophète paru en Italie : David Lazzaretti. Celui-ci est mort dans la campagne siennoise, non loin de cette incomparable Ombrie, où dans la pâleur des couleurs, dans la plus exquise nuance des teintes et des lignes, au milieu des rosiers en fleurs, le divin saint François prêcha au moyen âge l'amour et la pauvreté, au nom du Christ et non plus au nom des Papes.
On connaît l'histoire merveilleuse des disciples de saint François. On sait comment le « Poverello », le saint Très-Pauvre, put exercer autour de lui, et après lui, une si grande influence, que ses suivants devinrent bientôt phalange, et que cette phalange, d'où sortit même un Pape, poussa son évangélisation jusqu'à Paris, en Ecosse, en Orient, en Afrique. David Lazzaretti, revenant de France, prêchait aussi à ses compatriotes l'amour de la simplicité et la noblesse de la pauvreté, au nom du Christ. Des foules nombreuses venaient le voir, le consulter et l'adorer, de tous les pays voisins.
Et ces foules étaient aussi les mêmes qui entouraient jadis le Poverello, qui remuaient, candides et menaçantes, évangéliques et farouches, tout L'Occident. Ce sont les foules des mécontents, des pauvres, des exclus, de tous ceux auxquels la société puissante refuse, sans le savoir, toutes les joies de la vie, pour ne leur laisser que le bonheur de mal vivre, d'aimer et de haïr. Elles furent si nombreuses, autour de David Lazzaretti, que le gouvernement italien y vit une menace sérieuse et immédiate de l'ordre établi.
Hélas, l'histoire de David Lazzaretti est d'hier ! La société humaine a changé. L'esprit religieux a été miné. Et tandis que saint François eut affaire au Souverain Pontife, auquel il put répondre crânement : « Vous avez tort de me chasser, c'est le Christ qui parle par ma bouche et que vous chassez ainsi », le prophète moderne, le malheureux David Lazzaretti, n'eut affaire qu'à des savants, se heurtant à un pouvoir inébranlable d'aliénistes et de geôliers... C'est de l'histoire d'hier, de la pure et simple histoire contemporaine.
L'histoire du Belge Antoine-le-Guérisseur est d'aujourd'hui. Elle n'est pas achevée. Mais la page la plus étonnante sans doute vient d'être écrite ! Car 160.000 Belges viennent de présenter à la Chambre des Représentants et au roi Albert, une pétition dont nous eussions cru incapable notre époque âpre, calculatrice et égoïste. Cent soixante mille « âmes » demandent à leur roi et à ses représentants de reconnaître comme officiel le culte nouveau institué par leur prophète et leur Messie, par leur idole nouvelle : Antoine-le-Guérisseur.
Le jour où cette pétition a été déposée sur le bureau de la Chambre belge, dans ce pluvieux et triste mois de décembre, une date a été marquée tout de même dans les annales religieuses du monde.
*
* *
On a comparé la nature et la mission d'Antoine-le-Guérisseur à celle de Tolstoï. L'analogie est frappante, avec, toutefois, des différences essentielles. Tous les deux se sont éloignés des tentations, des bonheurs et des malheurs « du siècle », en jetant aux autres leurs biens, pour se consacrer à l'apostolat moral qui les attirait. Tous les deux, poussés par l'instinct évangélique chrétien, qui animait saintement le Poverello d'Assise, ont voulu opposer à l'énorme complexité de la vie sociale, trop souvent cruelle et implacable, la divine simplicité de l'humilité, en prêchant l'amour des hommes et de Dieu. Mais ce procédé d'extrême, d'intégrale simplification, est malgré tout loin de résoudre les grands problèmes créés par les souffrances du monde. C'est, à tout prendre, un calmant, et le bien qu'il peut faire n'est que très limité et assez éphémère.
Tolstoï, qui était arrivé à « l'état de moujik » en venant des splendeurs de la vie militaire et de la richesse, s'est enfui, en se sentant mourir, hors du cercle de douloureuse hostilité dans lequel, au sein de sa famille, il se sentait enfermé. Et Antoine-le-Guérisseur, qui vient de la mine et des dures difficultés de la vie d'un ouvrier mineur authentique, ne sort pas du cercle de ses fervents disciples, où l'adoration le retient et l'exalte. Le bien qu'il fait est là, autour de lui, tassé autour de sa maigre et haute personne, comme l'ombre réfrigérante est tassée autour du palmier dans le désert.
Le bonheur répandu par ces prophètes ne s'étend pas très loin, hélas ! Il les entoure, et c'est tout. Car leur prédication est surtout morale, immédiate, et ni dans la pensée de Tolstoï, ni dans la volonté de David Lazzaretti, ni dans l'action d'Antoine-le-Guérisseur, les esprits qui traînent leur inquiétude mystique par le monde ne retrouvent la vision vaste et harmonieuse de l'univers, qui serait à la base d'une véritable religion nouvelle.
Au surplus, on peut objecter que toutes les religions sont nées après, longtemps après ceux qui en répandirent les germes. Et c'est vrai. Le Messie apporte son enseignement, simplement et humainement, et ce sont les disciples et les descendants des disciples qui élèvent sur ces enseignements les grands échafaudages d'où sortent les temples et les cathédrales.
Ne parle-t-on pas, en effet, déjà, d'une religion nietzschéenne ? Ne prétend-on pas que Nietzsche simula la folie pour voir l'effet de ses idées dans le monde avant sa mort, et que c'est lui le Messie des temps nouveaux ? C'est ainsi que des admirateurs et des détracteurs, aussi fervents les uns que les autres, en arrivent à méconnaître et à rendre cahotique la superbe pensée du grand philosophe-poète mort il y a dix ans...
Antoine-le-Guérisseur vit à Jemeppe-sur-Meuse.
Sa popularité dans tous les environs est déjà si grande, que si l'on songeait à ennuyer de quelque manière que ce fut le Guérisseur, la guerre civile éclaterait dans ce département bienheureux de la laborieuse Belgique.
Après être descendu, enfant, dans la mine, après avoir vécu une dizaine d'années entre l'Allemagne et la Pologne, cet ouvrier prédestiné a changé totalement l'ordre de sa vie, touché par sa vocation.
Des savants l'étudieront, le discuteront. Il n'en est pas moins certain qu'Antoine opère de véritables miracles, et l'on sait que c'est par le miracle – où s'exaltent à la fois l'instinct humain du merveilleux et le sentiment non moins humain de l'utilité pratique – que les prophètes attirent à eux les foules. Antoine dispose de très grandes forces subtiles – occultes – qu'il serait vain de nier. On doit les constater. Elles ont jusqu'ici une puissance qui emprunte ses caractères au spiritisme et au magnétisme. Et Antoine est arrivé au miracle en développant admirablement ses forces psychiques réelles, pendant les séances de spiritisme où il fut le médium de plus en plus merveilleux.
C'est en effet par l'imposition des mains sur le patient – et par la concentration et la soumission absolue de la volonté d'autrui, qu'il obtient par ces mots imposés au fidèle : « Pensez à Antoine ! » – qu'Antoine réalise ses guérisons.
Le procédé est magnétique – ce qui ne dit rien ; et il témoigne d'une puissance intérieure, d'une maîtrise de soi-même et d'une énergie de volonté extraordinaires, ce qui dit beaucoup. L'ensemble des forces d'Antoine-le-Guérisseur est donc la manifestation d'un esprit si puissamment doué, qu'il peut rayonner de la force, et en faire bénéficier tous ceux qui l'entourent. C'est la force subtile, indéfinissable et immense, en un mot : divine, de tous les grands prophètes.
Et ses disciples sont fort nombreux. Dans la pétition présentée à la Chambre belge, ils ne demandent rien, hors la reconnaissance légale de leur culte, du culte « antoiniste ». Ils s'expriment ainsi :
« Si Antoine-le-Guérisseur et ses adeptes demandent la reconnaissance légale de leur culte, ce n'est pas pour obtenir des subsides, ou la rémunération des ministres de leur culte. La religion antoiniste est fondée sur le désintéressement le plus complet, et Antoine-le-Guérisseur et les membres de son culte ne peuvent recevoir ni subside ni rémunération, mais ils veulent assurer l'existence de leurs temples.
« Le temple de Jemeppe-sur-Meuse a coûté 100.000 francs ; d'autres temples vont être érigés aux frais des adeptes.
« La reconnaissance du culte aurait pour effet de transférer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires, qui en auraient la gestion matérielle. Leur existence légale serait ainsi assurée. »
Dans le village minier de Jemeppe-sur-Meuse, où vivent dix mille habitants au milieu d'un des plus actifs départements industriels, Louis Antoine, âgé maintenant de soixante-quatre ans, opère ses guérisons qu'aident sa force et la foi des adeptes. Mais à part cette action directe, physique et morale, ses enseignements ne présentent pas vraiment l'intérêt que les « assoifés de religion » en pouvaient attendre. Son langage est naïf et plein de confiance en Dieu, qui crée d'ailleurs la confiance en l'aide extérieure, prédispose les âmes et assouplit les corps.
« L'enseignement d'Antoine-le-Guérisseur – écrivent dans une brochure ses disciples – a pour base l'amour, il révèle la loi morale, la conscience de l'humanité ; il rappelle à l'homme les devoirs qu'il a à remplir envers ses semblables ; fût-il arriéré même jusqu'à ne pouvoir le comprendre, il pourra, au contact de ceux qui le répandent, se pénétrer de l'amour qui en découle ; celui-ci lui inspirera de meilleures intentions et fera germer en lui des sentiments plus nobles.
« La vraie religion, dit le Guérisseur, est l'expression de l'amour pur puisé au sein de Dieu, qui nous fait aimer tout le monde indistinctement.
« Il est plutôt médecin de l'âme que du corps. Non, non, nous ne voulons pas faire d'Antoine-le-Guérisseur un grand seigneur, nous faisons de Lui notre Sauveur. Il est plutôt notre Dieu, parce qu'Il ne veut être que notre serviteur. »
Le lyrisme d'Antoine est inspiré à ces principes. Voici de ses vers, publiés par un écrivain belge qui a vu le prophète, M. Louis Piérard.
C'est Dieu qui parle :
Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi,
Dont l'intention serait de nous convertir.
Si vous respectez toute croyance
Et celui qui n'en a pas,
Vous savez, malgré votre ignorance,
Plus qu'il ne pourrait vous dire.
Et ceci :
Vous ne pouvez faire de la morale à personne,
Ce serait prouver
Que vous ne faites pas bien
Parce qu'elle ne s'enseigne pas par la parole
Mais par l'exemple,
Et à ne voir le mal en rien.
La force de ce nouveau Messie, que certains de ses fidèles ne craignent donc pas de considérer comme Dieu lui-même, est dans la profonde pureté de son apostolat.
Et sans doute Antoine-le-Guérisseur fait du bien, donne à des êtres chancelants, désorientés et malheureux, cette consistance de la volonté qui est la santé de l'esprit.
Mais sa puissance n'est qu'avec lui et en lui. Le culte « antoiniste », comme tous les autres similaires, n'a pas malheureusement une doctrine, à répandre comme un grand baume spirituel sur les souffrances du monde.
R. CANUDO.
Le Monde illustré, 7 janvier 1911

Auteurs : (Paul) Pillault, (Jules) Jésupret, (Jean) Béziat (de l'Institut des Forces Psychosiques)
Titre : La vie : révélations nouvelles dues au spiritisme, maximes et pensées du 10e plan, obtenues par Pillault, Jésupret, Béziat. Tome 1er
Éditions : Imprimerie nouvelle, Douai, 1909
Disponible sur le site archive.org : https://archive.org/details/BSG_8RSUP5502/

encart dans Le Fraterniste du 1er décembre 1910
Paul Pillault raconte (p.19) un fait étrange qui lui arriva.
Un samedi de Novembre 1907, en Belgique, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liège, où j'étais allé pour causer et me renseigner auprès du grand guérisseur, (il reçoit fréquemment 900 visiteurs et plus dans la même journée), le grand inspiré M. Antoine, je fus, pendant que je lisais les sept premiers numéros de sa publication, « l'Aurore de la Conscience » (sic), de 9 heures du soir à 4 heures du matin, l'objet d'une sérénade, et combien agréable ! Un simulacre de roulement de tambour sur une cloison de la chambre que j'occupais ; eh bien ! je les lus jusqu'au bout et quand même ; je fus instruit de la beauté de l'enseignement d'Antoine avant de me rendre à la conférence qu'il faisait le lendemain malin, conférence qu'il donne chaque dimanche, à 10 heures, dans la chapelle qu'il a fait construire auprès de son habitation. Je m'y étais rendu avec l'idée bien arrêtée de rapprocher sa conception du panthéisme et de l'interroger à ce sujet. Je n'eus pas cette peine, ses premières paroles furent la démolition de ce que j'avais échafaudé. En dix minutes, ma question avait été résolue sans que j'ai eu besoin de la poser. Les esprits m'avaient devancé.
Dans le chapitre Plans et Ciels, Paul Pillault retranscrit une conversation avec un Esprit (p.18) :
P. Il existe, à Jemmepe-sur-Meuse, un guérisseur qui obtient des résultats merveilleux presque instantanément, les devrait-il à ce qu'il reçoit les fluides guérisseurs des plans élevés ?
Non, du tout. Mais si son intention de guérir est sincère, il peut guérir sans avoir recours aux plans les plus élevés. Un incarné pur, guérira mieux avec des conseils du 7e plan, qu'un, moins pur, avec des conseils du 9e.
P. Ce guérisseur m'a semblé de plus être un inspiré, et peut-il en être autrement, puisqu'il m'a déclaré lui-même qu'il était un illettré. Je l'ai entendu, dans sa chapelle, où il n'existe aucun Christ ni aucune image cherchant à représenter la Divinité, donner des conseils et faire un discours d'une heure durant à un millier de personnes venues pour l'écouter, dans un langage parfait, du plus pur français, et d'une puissance morale telle, que jamais je n'ai rien entendu de pareil.
N'aurait-il pas, lui, en Belgique, reçu en communications, ce titre distinctif : Monsieur.
Un Inaudi n'opère-t-il pas de façon identique dans un autre ordre d'études ? Antoine est un inspiré qui peut recevoir des idées inconsciemment des plans les plus élevés, mais le mot : Monsieur n'a pas encore été inscrit. De même, vous verrez que je ne vous dirai pas bonsoir.
Je vous quitte donc et vous souhaite, mes amis, une âme sœur de la Divinité, en vous présentant mes hommages sympathiquement dévoués.
Un peu plus loin (p.100), Paul Pillault encore cite une lettre de M. Derégnaucourt sur le fait de savoir d’où émanent les pensées ou les dires d’un médium :
Avant d'entrer en pourparlers avec un éditeur quelconque je voulus consulter M. Derégnaucourt de Liège, l'imprimeur de l'« Aurore de la Conscience » (sic) et avec lui M. Antoine, le guérisseur de Jemmepe-sur-Meuse de qui émanent les enseignements que contient cet opuscule mensuel.
A ma lettre, voici ce que M. Derégnaucourt répondit :
Liège ce 17 Septembre 1908.
Mon cher Monsieur Pillault,
En réponse à votre amicale du 16 courant, je crois devoir vous dire que la question dont vous m'entretenez n'est plus aujourd'hui de ma compétence et que je serais bien embarrassé si je devais vous donner un conseil concernant les communications dont vous me parlez, car moi, lorsque j'ai quelque chose à demander, je m'empresse de recourir à M. Antoine.
Voyez d'abord si les communications en question sont de bonne source, si la base en est bien morale, si elles n'ont pas été dictées par des esprits intelligents – c'est-à-dire par des esprits mystificateurs –, car ceux-là imitent parfaitement la morale, et savent donner des communications dont les beaux mots et les belles phrases font verser des larmes. Voyez également si elles ne touchent pas au libre-arbitre et si elles ne viennent pas imposer des lois. Ce sont là les points principaux.
Vous devez savoir qu'un esprit dématérialisé ne révèle pas des lois morales par la médiumnité ; quand il a des communications ou lois à dicter, il les révèle par l'intermédiaire d'une personne sensible à l'inspiration.
Je crois que vous trouverez déjà dans ces quelques lignes de quoi pour agir avec plus de certitude. Si néanmoins vous croyez que je puisse vous être utile, je suis à votre disposition.
Veuillez agréer, cher Monsieur Pillault, mes sentiments de confraternité. DEREGNAUCOURT.
Certes, monsieur Derégnaucourt ne pouvait prévoir l'importance et la complexité de cet ouvrage, ni comprendre que par l'écriture nous ayons pu obtenir de si belles et si importantes communications, pour cette simple raison qu'il ignorait qu'il y eut un genre d'inspiration encore inconnu, non dévoilé.
Or, si la médiumnité de l'inspiré proprement dit est grande, celle de mon ami Béziat est non moins grande, mais plus parfaite, si je puis dire. Chez lui, l'inspiration s'opère par intussuception (du latin intus, dedans ; suscipio, je reçois), elle est totale.
Et c'est ici surtout que j'appelle l'attention de tous ceux qui liront cet ouvrage, et principalement celle des spirites qui ont déjà entendu soit M. Antoine, soit d'autres médiums inspirés, afin de bien en établir la distinction : l'inspiré proprement dit parle lentement, attendant, pour ainsi dire que le mot à mot lui soit donné. De temps à autre il récite bien une série de mots, mais chez lui, le récit n'est pas courant ; tandis que l'intussuceptique, lui, reçoit l'idée, le sujet au complet qu'il développe presque sans arrêt. L'inspiré ne se rappelle pas des paroles prononcées, tandis que l'intussuceptique sait les sujets qu'il a traités.
Les grands orateurs sont des intussuceptiques puissants, inconscients de leur médiumnité. Qu'ils préparent ou non leurs discours, sans s'en douter, ils sont aidés.
Ces dernières lignes seront peut-être désagréables à quelques personnes, mais qu'y faire ? Je crois être dans le vrai, je ne puis faire autrement que de le déclarer !
Si ceux qui se croiront visés – bien à tort – réfléchissaient un instant à ce que le grand philosophe Descartes écrivait : « Pour atteindre à la vérité, il faut une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions que l'on a reçues et reconstruire de nouveau, et dès le fondement, tous les systèmes de ses connaissances. » et s'ils prenaient la peine d'étudier ce qu'ils repoussent si dédaigneusement le spiritisme, de combien se trouveraient-ils grandis ! Mais, mais !.... Combien de temps encore faudra-t-il pour que cette science cependant absolument exacte soit comprise...... des grands ?
Ah ! médiums inspirés, lettrés ou illettrés, quand vous travaillez pratiquement le spiritisme, n'ayez jamais peur de réciter les belles inspirations ou d'écrire les belles communications qui vous viendront, ne craignez jamais – comme, à ses débuts, c'était le cas de notre cher médium Béziat – d'être un inventeur, vous n'inventerez rien, vous ne ferez que traduire ou inscrire les inspirations que vous suggèreront vos aînés, vos amis de l'espace, vos frères, les désincarnés qui ne cherchent, qui ne veulent qu'une chose : le plus grand bonheur de votre humanité ! la recherche de la République universelle.
ANTOINE DE GENEZER
1.
Onze Belgisch-Limburgsche briefschrijver meldt ons:
„ De beheerraad van den Antoinistischen eeredienst brengt hiermede ter kennis dat de Vader zich vandaag, 25e Juni, gedesincarneerd heeft. Alvorens zijn lichaam te verlaten, heeft hij eraan gehouden eenen laatsten keer zijne volgelingen te zien om hen te zeggen dat Moeder hem in zijn zending zal vervangen. Er is dus niets veranderd, de Vader zal altijd met ons zijn, en Moeder zal de tribuun bestijgen voor de algemeene verrichtingen de vier eerste dagen der week om 10 uren.
De begrafenis van den Vader zal plaats hebben Zondag aanst. 30e Juni om 3 uren.”
Met die woorden werd de wereld kond gedaan dat de genezer Antoine „gedesincarneerd” was, woord dat in de Antoinistische taal wil zeggen gestorven. Hij was 66 jaar oud.
Louis Antoine was de jongste van 11 kinderen. Zijne ouders waren arme werklie van Mons-Crotteux. Toen Louis 12 jaren oud was, moest hij met zijn vader en een broeder in de mijn afdalen om zijn brood te verdienen. Het werk stond hem niet aan, en hij werd metaalbewerker.
Op 24 jarigen ouderdom trok hij naar Duitschland, verbleef er 5 jaren, kwam intusschen terug om te trouwen, ging voor 5 jaren naar Rusland in de omstreken van Warschau en kwam zich eindelijk voor goed in Jemeppe vestigen. Het geld dat hij verdiend had, legde hij gedeeltelijk vast in onroerende goederen.
Hij leefde eenvoudig, at vleesch noch eieren, noch boter, noch melk, noch wat ook van dieren komt. Zijn uiterlijke verschijning geleek die van eenen Russischen pope: lange haren, vollen baard en als kleeding een eng sluitende soutanelle.
Tot 42 jaren was hij katholiek. Toen ging hij zich toeleggen op spiritisme tot in 1906. In dat Jaar begon hij zijne nieuwe leer te verkondigen: het nieuwe spiritualisme.
M. Antoine kon nauwelijks schrijven en lezen. Geen wonder dus dat er in zijn leer geen enkel klaar begrip te vinden is. Zijn geschriften, „Het Onderwijs”, „De Aureool van ’t geweten”, „De bekroning der openbaring” zijn duister en onverstaanbaar. De meest gewone woorden krijgen hun bijzondere beteekenis, die in geen woordenboeken te vinden is. Tegenspraak is gewone regel.
Over de godheid worden onsamenhangende begrippen vooruitgezet, soms is God „een goede huisvader” elders zijn wij allen God of God aan 't worden. De God van Antoine heeft geen eeredienst: „hij houdt er zooveel minder aan geloofd te worden, dat hij zoo groot is”.
De duivel is „het slecht genie, de oorzaak van ziekten, ongevallen, groote plagen die het menschdom teisteren” of ook „onze moeder die ons voedsel verstrekt. Wij zijn eerder kinderen des duivels, dan kinderen Gods”!
M. Antoine stelt zelfs voor „den duivel, zoo gedienstig jegens ons, te aanbidden.... Wij vinden in hem den waren God weer, en in het verstand de scherpzinnigheid van het geweten”. Lezer, gij verstaat misschien niet meer al te goed? Dat is niet erg, wij ook niet. Houd moed. „Het zien van het kwaad berooft ons van de liefde, die ons tot Ware goden zou maken, terwijl dat zien ons dwingt duivel te zijn”. Rijm dat eens samen met het vorige! Maar, alla, maar verder anders geraken wij nooit op het einde.
Volgens onzen dokter bestaat het kwaad niet: het kwaad is een produkt onzer inbeelding. Al wat onder de zinnen valt is zinsbedrog. De mensch is vrij te handelen naar eigen goeddunken, als hij maar handelt volgens zijn instinkt.
Het geloof is het universeel geneesmiddel. Eenen geneesheer raadplegen, is gebrek aan geloof toonen, en bij gevolg zich blootstellen aan ziek te blijven voor immer.
In wijsbegeerte, houdt M. Antoine het er voor dat de stof eeuwig is en dat Adam de wereld geschapen heeft. Hij houdt niet van de dieren: „Wij moeten weten dat het dier alleen in schijn bestaat. Het dier is slechts het uitwerpsel (excrément) van onze onvolmaaktheid.”
Zoo luidt de godsdienst die tegenwoordig duizenden discipelen telt. 't Is ongeloofelijk. Men weet niet of men lachen of weenen moet om die verblindheid van 't menschelijk verstand. Hier kan men tastbaar voelen hoe diep de zielen vallen, die niet meer verlicht worden door de onsterfelijke leer van het christendom.
Later nog een woord over de manier van werken van den genezer.
P. L.
(Bovenstaande bijzonderheden ontleenden wij aan artikels verschenen in „Patriote”, „XXe Siècle” en „Gazette de Liége”. P. L.
(Slot volgt.)
Limburger koerier, 23 juillet 1912
Traduction :
ANTOINE LE GUÉRISSEUR
1.
Notre correspondant du Limbourg belge nous rapporte :
"Le Conseil directeur de l'Office antoiniste annonce par la présente que le Père s'est désincarné aujourd'hui, le 25 juin. Avant de quitter son corps, il s'est engagé à voir ses disciples la dernière fois pour leur dire que Mère le remplacerait dans sa mission. Rien n'a donc changé, le Père sera toujours avec nous, et la Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à 10 heures.
Les funérailles du Père auront lieu dimanche, le 30 juin à 15 heures".
Avec ces mots, le monde a été annoncé que le guérisseur Antoine était "désincarné", un mot qui signifie "mort" en langue antoiniste. Il avait 66 ans.
Louis Antoine était le plus jeune de 11 enfants. Ses parents étaient de pauvres ouvriers de Mons-Crotteux. A l'âge de 12 ans, Louis a dû descendre dans la mine avec son père et un frère pour gagner sa vie. Il n'aimait pas ce travail et il est devenu métallurgiste.
À l'âge de 24 ans, il est parti en Allemagne, y est resté 5 ans, est revenu entretemps pour se marier, alla en Russie pendant 5 ans et s'est finalement installé définitivement à Jemeppe. L'argent qu'il avait gagné était en partie investi dans l'immobilier.
Il menait une vie simple, ne mangeant ni œufs, ni beurre, ni lait, ni rien provenant de l'animal. Son apparence extérieure ressemblait à celle d'un pope russe : cheveux longs, barbe fournie, et comme vêtement une soutanelle fermée de près.
Jusqu'à 42 ans, il était catholique. Puis il se consacre au spiritisme jusqu'en 1906. Cette année-là, il commence à proclamer sa nouvelle doctrine : le nouveau spiritualisme.
M. Antoine savait à peine lire et écrire. Il n'est donc pas étonnant que sa doctrine n'ait pas été bien comprise. Ses écrits, "L'Enseignement", "L'Auréole de la conscience", "Le Couronnement de la révélation" sont sombres et inintelligibles. Les mots les plus ordinaires se voient attribuer une signification particulière, que l'on ne trouve pas dans les dictionnaires. La contradiction est une règle courante.
Des notions incohérentes sont mises en avant à propos de la divinité, parfois Dieu est "un bon père de famille" ; ailleurs, nous sommes tous Dieu ou devenons Dieu. Le Dieu d'Antoine n'est pas adoré : "Il veut moins qu'on croie en lui, tellement il est grand."
Le diable est "le génie maléfique, la cause des maladies, des accidents, des grands fléaux qui affligent la race humaine", ou encore "notre mère qui nous nourrit". Nous sommes plus des enfants du diable que des enfants de Dieu" !
M. Antoine suggère même "d'adorer le diable, si obligeant envers nous.... C'est en lui que nous retrouvons Dieu, et dans l'esprit l'acuité de la conscience." Lecteur, tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? Ce n'est pas grave, nous non plus. Soyez courageux. "Voir le mal nous prive de l'amour qui ferait de nous de vrais dieux, alors que le voir nous oblige à être des diables." Faites rimer cela avec le précédent ! Mais, allons de l’avant, sinon nous n'arriverons jamais au bout.
Selon notre médecin, le mal n'existe pas : le mal est un produit de notre imagination. Tout ce qui tombe sous les sens est illusion. L'homme est libre d'agir comme il l'entend, pour autant qu'il agisse selon ses instincts.
La foi est le remède universel. Consulter un médecin, c'est faire preuve d'un manque de foi, et par conséquent s'exposer à rester malade à jamais.
En philosophie, M. Antoine soutient que la substance est éternelle et qu'Adam a créé le monde. Il n'aime pas les animaux : "Nous devons savoir que l'animal n'existe qu'en apparence. L'animal n'est que l'excrément de notre imperfection".
Voilà la religion qui compte aujourd'hui des milliers de disciples. C'est incroyable. Nous ne savons pas s'il faut rire ou pleurer face à l'aveuglement de l'esprit humain. C'est ici que l'on peut sentir de façon palpable la chute des âmes qui ne sont plus éclairées par la doctrine immortelle du christianisme.
Plus tard, un mot sur le mode de fonctionnement du guérisseur.
P. L.
(Les détails ci-dessus sont tirés d'articles publiés dans "Patriote", "XXe Siècle" et "Gazette de Liége". P. L.
(Conclusion à suivre.)

Jemeppe, le 25 Juin 1926
Chers amis
Nous venons de passer 2 charmantes journées, dans le bon fluide qui règne à Jemeppe durant la Fête du 25.
Nous ne vous oublions pas.
Toutes nos bonnes pensées sont avec vous. Nous vous assurons toutes nos bonnes
Amitiées
Madame Moskowitch et son fils
Lettre de Belgique.
ANTOINE LE GUÉRISSEUR
DIEU PARLE
Premier principe.
Si vous m'aimez,
Vous ne l'enseignerez à personne.
Puisque vous savez que je ne réside
Q'au sein de l'homme,
Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
Une suprême bonté,
Alors que du prochain vous m'isolez.
Deuxième principe.
Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi
Dans l'intention de vous convertir.
Si vous respectez toute croyance et celui qui
[n'en a pas,
Vous savez, malgré votre ignorance,
Plus qu'il ne pourrait vous dire.
... et ainsi de suite ; il y a, pour le moment, dix principes, qui sont la dernière expression de la doctrine d'Antoine le Généreux (ou le Guérisseur). Et tout ce qu'on recueille pieusement de sa bouche est écrit de la même manière. On comprend bien les mots ; on saisit même parfois des phrases, mais impossible de savoir en somme ce qu'il veut dire. En lisant sa revue, l'Auréole de la conscience, on croit errer dans certains pâturages de nos Alpes, où il y a mille chemins qui ne conduisent nulle part. On les suit un instant ; et puis, ils se perdent, et vous perdent. C'est une espèce de bavardage, où les mots de foi, d'amour, reviennent à chaque instant, sans qu'on puisse toujours dire ce qu'ils signifient. De telle sorte qu'il est impossible de résumer cette doctrine du « Nouveau spiritualisme » : mixture à base de christianisme, où entrent du spiritisme, du scientisme, de la théosophie et du panthéisme. Tenez, voici encore, comme échantillon, les deux propositions qui sont en tête de sa dernière circulaire : « La croyance en Dieu est opposée à la foi. » « L'intelligence est seule l'imperfection de l'être. » ! !
Il faut dire à la décharge de l'auteur qu'il est à peu près illettré. Né en 1846 dans la province de Liège, onzième et dernier venu d'une famille pauvre, il descendait à douze ans dans la mine. Puis il travailla comme ouvrier métallurgiste en Allemagne et en Pologne russe, d'où il rapporta une petite fortune, bientôt dépensée à faire du bien. Il se fixa alors à Jemeppe sur Meuse, près de Liège, avec sa femme et un fils qui leur fut enlevé à vingt ans. Catholique jusqu'à quarante-deux ans, puis spirite, il découvre enfin en 1906 le « Nouveau spiritualisme » et devient un Révélateur.
Et voilà l'homme qui attire des foules. Certains jours, les trains qui arrivent à Jemeppe, de Liège et de Namur, sont bondés. On a compté jusqu'à un millier de visiteurs, et, le jour de l'Ascension, il y en avait 25 000. Des gens de toutes conditions viennent le consulter. Je me suis faufilé un jour dans le joli temple qui sert de salle d'attente pendant les consultations. Il était neuf heures et quart, et c'était la cent-quarantième personne qui passait. — Tous les dimanches, il y a un culte. Dans mainte localité belge, comme à Jemeppe, on lit des passages de la « Révélation d'Antoine » avant et après, on pense à Lui pendant un moment de silence ; et l'on s'en va. A Jemeppe, il apparaît lui-même un instant, monte en chaire, bénit l'assemblée, et se retire. Cela suffit à ses adeptes, qui lui prodiguent les épithètes que nous ne donnons qu'à Jésus-Christ. « Nous faisons de Lui notre Sauveur ; disons qu'il est notre Dieu ». C'est un disciple autorisé.
Antoine le Guérisseur, très connu en Belgique, est devenu célèbre depuis la pétition de 160 000 signatures qui parvint peu avant le Nouvel An à la Chambre belge 1. Dès lors, tous les journaux ont parlé de lui. Le Matin, de Paris, a dépêché un envoyé spécial à Bruxelles. L'Excelsior, le nouveau quotidien français, a reproduit les traits d'Antoine (il ressemble à Tolstoï, en moins bien), et des reporters connus ont pris le train pour Jemeppe. Il ne faut pas se tromper à propos de 160 000 signataires. Un très grand nombre d'entre eux ne savent pas ce qu'ils ont signé. On a fait passer des listes partout dans les usines et les ateliers, et l'on a été de porte en porte. Mais il reste que ses adeptes se comptent par centaines.
On peut expliquer dans une certaine mesure l'influence du dieu de Jemeppe. D'abord, il se pose en guérisseur ; et, en faisant le décompte des exagérations, il semble bien qu'il ait accompli quelques cures remarquables, par des procédés analogues à ceux des scientistes. Les 8/10 des gens qui vont le voir sont entourés par des maladies physiques ou morales. Dans ce pays, les « meiges » de plus ou moins grande envergure sont très estimés. On les préfère souvent aux médecins. La crédulité, en maint endroit, est sans bornes.
Et puis Antoine doit avoir une puissance personnelle assez grande et dégager ce qu'il appelle des fluides bienfaisants. Il y a chez lui une spiritualité incontestable, par laquelle il s'impose. C'est d'ailleurs un très honnête homme, qui paraît vraiment pénétré du désir de faire du bien.
Enfin, il ne demande rien à ceux qui viennent le voir. Ses guérisons sont gratuites. Si elles ne l'étaient pas, il serait poursuivi. Mais naturellement, il n'est pas défendu de mettre quelque chose dans le tronc du temple. Comment aurait-on pu bâtir cette maison, qui a coûté 100 000 fr. ? De plus, les « Antoinistes » ne sont soumis, que je sache, à aucun renoncement spécial dans leur vie de tous les jours.
La grande vogue du Guérisseur n'en est pas moins extraordinaire ; elle déconcerte ceux qui prêchent l'Evangile en Belgique depuis tant d'années, non certes sans succès, mais au milieu de tant d'obstacles qui ralentissent la marche en avant. Car franchement, quand on compare l'Evangile, si simple, aux élucubrations mystiques de « l'Auréole de la conscience », quand on mesure la distance qui sépare Jemeppes de Golgotha, on sent monter de l'amertume, et presque de l'indignation. E. F.
1 On voudrait obtenir la personnalité civile pour assurer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires de la nouvelle secte.
L'Essor, Lausanne, 11 février 1911