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La foi qui guérit (Le Soir, 15 octobre 1903)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

La foi qui guérit (Le Soir, 15 octobre 1903)(Belgicapress)

La foi qui guérit #2 (Le Soir, 15 octobre 1903)(Belgicapress)

Encyclopédie du SOIR – 15 octobre 1903

LA FOI QUI GUÉRIT

Antoine le guérisseur. – Sceptiques et spirites. –  Miracles anciens et miracles modernes. – Narcose et suggestion. – Le périsprit. – Miracles scientifiques.

    La Justice instrumente, paraît-il, contre Antoine le guérisseur. Louis Antoine est un Belge dont la demeure, à Jemeppe-sur-Meuse, est devenue un lieu de pèlerinage, Découragés, désespérés, abandonnés « de tous » vont lui demander le salut.
    Louis Antoine procède par l'imposition des mains. Jamais il n'ordonne de remèdes ; et il opère gratuitement – si cela peut s'appeler opérer.
    Nous parlons d'après la légende, bien entendu.
    La Justice s'est demandé si soulager son prochain par la méthode d'Antoine ne tombe pas sous les coups de la Loi ?
    La fôôôôrme avant tout !
    les choses se passent à Jemeppe comme on les raconte, nous espérons un non-lieu ; non pour Antoine, à qui un peu de « persécution » ne déplairait point, sans doute, mais pour la justice belge.
    Le contraire advenant, la logique exigerait des poursuites contre les sanctuaires miraculeux et contre les médecins hypnotiseurs.
    Peut-être même contre les avocats – et les procureurs du Roi, qui s'emploient à obtenir condamnation ou acquittement par suggestion.
    La suggestion à l'état de veille est sans grand danger, mais procureurs et avocats n'opèrent pas toujours sur des magistrats à l'état de veille !

*
*     *

    Qu'est-ce que cet Antoine ?
    Un charlatan ou un toqué, disent les uns.
    Un être doué de merveilleux pouvoirs psychiques, un de « ces très privilégiés qu'une force très active du monde spirituel – supérieure à toute autre – protège... »
    Il est probable qu'Antoine n'est rien de tout cela, et qu'il ne mérite ni cet excès d'outrages, ni cet excès d'éloges. Son histoire nous apparaît toute simple.
    Vivant dans une région atteinte par l'épidémie spirite, ayant lu que les thaumaturges et les magnétiseurs guérissaient par l'imposition des mains et par la suggestion, Antoine a essayé. Il aura trouvé des sujets ayant la foi, donc guérissables. Et il a réussi. Les premières guérisons – il n'y a que les premières qui coûtent dans cette voie-là – ont augmenté sa foi en sa vocation, et la foi des souffrants dans son pouvoir.
    D'où la réputation et la vogue du guérisseur.
    D'où la joie des adeptes du spiritisme, et les sarcasmes, d'une certaine classe de sceptiques.
    Faut-il le dire ? La joie des disciples d'Allan Kardec est aussi peu fondée que les critiques de prétendus positivistes.
    Le Journal de Liége s'est contenté de railler.

    « Tous les témoignages recueillis jusqu'ici, imprime-t-il, démontrent plutôt que la clientèle du sieur Antoine se compose généralement de gens faibles d'esprit.
    » Un ouvrier d'usine souffrait d'un dérangement d'estomac, Il alla donc trouver Antoine, et dut faire le pied de grue pendant plus de deux heures. Notez donc, il avait le n° 220 ! Le médium plaça la main sur la tête du patient, ne-lui prescrivit aucun remède, aucun régime, et lui recommanda seulement de dire des prières.
    » Et le brave ouvrier est parti avec la conviction qu'il allait guérir, si bien qu'aujourd'hui il affirme avoir une telle confiance en cet homme que, s'il se trouvait encore malade, il n'hésiterait pas à aller encore le voir. »

    Le Laboureur, lui, s'est mis franchement en colère, et, sous le titre : Le spirite guérisseur et la bêtise humaine, il écrit :

    « L'Humanité, ignorante et souffrante, aura donc toujours les mêmes croyances ridicules et superstitieuses ! Actuellement, à Waremme, il y a un engouement insensé en faveur d'un soi-disant guérisseur de tous les maux, spirite de sa religion et omniscient. Des pauvresses et de bons bourgeois, des dames très cagotes et des indifférents s'en vont vers le Rivage (1) consulter l'homme tout-puissant.
    »... Que des gens, catholiques croyants, aillent déclarer croire sincèrement au spiritisme, religion tout autre, ce n'est déjà pas mal. Les curés leur donneront-ils encore l'absolution ?
    » Que ces gens admettent ensuite que, par un simple attouchement, un peu de graisse frottée sur les tempes et quelques paroles de rebouteux, phtisie, gastrite, rhumatismes, bras cassés, épaules démises, etc., tout cela va disparaître comme par enchantement, c'est d'une bêtise incommensurable. Pauvre Humanité qui ne sait sortir d'une superstition que pour retomber dans une autre !...
    » D'où vient donc cette aberration de la raison humaine ?
    » De l'ignorance d'abord. Combien de gens connaissent le corps humain et le fonctionnement des organes ? Combien savent les règles les plus simples de l'hygiène publique ou privée ? Combien connaissent les lois physiques et chimiques élémentaires de notre vie animale ? Et qu'ont fait et que font les pouvoirs publics et les particuliers pour répandre la vérité !
    » De la misère ensuite ! qui laisse dans la crotte et la débauche et le vice, tant de gens irresponsables. Et encore une fois qu'a-t-on fait pour relever ces misérables. L'Eglise les abêtit, et le capitalisme les meurtrit.
    » Etudions donc, camarades ; lisons, répandons la vérité partout. »

    A cela le Messager (organe spirite de Liége) répond ceci :

    » Franchement, quand on fait état de l'ignorance prétendue du prochain, il faudrait, au moins, ne pas fournir la preuve évidente de la sienne propre, dans l'article même où l'on semble se donner un brevet de capacité.
    » Le moindre bon sens, à défaut d'étude théosophique même élémentaire, suffit à faire justice de certaines assertions de cet étrange philosophe, qui ne sait pas distinguer entre un don naturel incommunicable, une faculté innée attachée à la personne, et un remède ou une méthode de nature toute matérielle, aisément divulgable.
    » Par un long entrainement, on acquiert aussi certains pouvoirs psychiques ; mais, précisément parce qu'ils sont psychiques, tout autre ne pourra se les assimiler qu'en suivant la même voie.
    » En voilà assez. »

    On le voit, le Laboureur et le Messager se reprochent mutuellement leur manque de connaissances physio-chimiques et physio-psychiques.
    Et ils pourraient bien n'avoir tort ni l'un ni l'autre.
    L'un crie au miracle, et l'autre à l'imposture, là où il n'y a probablement que suggestion.

*
*     *

    La foi des clients d'Antoine est une foi superstitieuse, puisqu'ils supposent le guérisseur doué d'un pouvoir surhumain. Mais la foi d'Antoine, surajoutée à celle de ses clients, guérit.
    Le phénomène a été décrit, et bien décrit, par Charcot dans la Foi qui guérit.
    Foi fondée ou foi erronée, la foi intense sauve. La conviction profonde que le dieu ou l'homme à qui on s'adresse a le pouvoir de guérir est presque toujours opérante – lorsque le croyant est guérissable, ainsi que nous le verrons plus loin.
    On savait cela du temps des Grecs et des Egyptiens déjà.
    Les murs de l'Asclépiéion d'Athènes, fils direct des sanctuaires de l'ancienne Egypte, étaient couverts d'ex-voto : bras, jambes, cous, seins en matière plus ou moins précieuse, objets représentatifs de la partie du corps qui avait été guérie par intervention miraculeuse.
    Sérapis, Asclepiéion, Antoine, dieu ou homme, celui qui sait inspirer la foi guérit.
    Mais ce miracle, les médiums hypnotiseurs savent l'accomplir aussi. Et voici qui prouve bien que ce n'est point par le pouvoir du médium, mais par la foi du malade que le miracle advient.
    Il s'agit de la suggestion pendant la narcose.
    On sait que de tous les procédés, le sommeil provoqué par l'hypnotisation est celui qui permet la suggestion la plus efficace.

    « Malheureusement, écrit le docteur Farez dans la Revue de l'Hypnotisme, malheureusement, chez certains malades, c'est en vain qu'on s'acharne à vouloir produire l'hypnose ; trop concentrés ou trop distraits, ils sont mal ou peu impressionnés par les procédés psycho-physiologiques communément employés. Pour ces cas rebelles, on a proposé, comme ressource suprême, la chloroformisation.
    » Il est vrai que la thérapeutique morale a enregistré un certain nombre de guérisons survenues à la suite de suggestions faites pendant la narcose chloroformique. Mais le chloroforme est d'un maniement fort délicat ; il comporte, pour nos malades spéciaux, des complications et des inconvénients multiples, surtout au réveil. En somme, nous ne l'employons qu'exceptionnellement et après bien des hésitations.
    » Pour les malades justiciables de la psychothérapie et réfractaires à l'hypnotisation je propose de remplacer le chloroforme par quelques dérivés halogénés (2) de l'éthane et du méthane, en particulier par un mélange dont je me sers couramment dans ma pratique, depuis plusieurs mois, et qui est ainsi constitué : chlorure d'éthyle, 65 ; chlorure de méthyle, 30, et bromure d'éthyle, 5. »

    Ce mélange est inoffensif, et met promptement le malade dans un état favorable à la suggestion curative – surtout à la suggestion indirecte pratiquée avec succès par le docteur Farez.

    « De nombreux malades, rapporte le collaborateur de M. Bérillon, des neurasthéniques, par exemple, s'acharnent à réclamer de l'hypnotisme la guérison de leurs misères ; mais aucun médecin n'a pu les endormir à fond, et ils s'en plaignent amèrement ; ils sont persuadés en effet, que seule pourra les guérir la suggestion qui leur sera faite pendant qu'ils dormiront d'un sommeil profond, avec inconscience, et, au réveil, amnésie complète. Suggestionnés pendant l'hypernarcose, ils guérissent, non pas, bien entendu, par la vertu de la suggestion elle-même, mais en vertu de la « faith healing » ; ils ont foi en la puissance curative de la suggestion faite dans ces conditions : leur état d'esprit opère la guérison. »

    Le Laboureur a tort de nier les miracles de la foi, mais le Messager est loin d'avoir raison lorsqu'il les attribue à la médiumnité.

*
*     *

    Ces miracles sont de simples miracles, relevant de la « faith healing », dont le domaine est connu, limité. Pour produire ses effets, elle doit s'adresser à des cas dont la guérison n'exige aucune autre intervention que la puissance que possède l'esprit sur le corps.

    « Ses limites, dit Charcot, aucune intervention n'est susceptible de les lui faire franchir, car nous ne pouvons rien contre les lois naturelles. On n'a, par exemple, jamais noté, en compulsant les recueils consacrés aux guérisons dites miraculeuses, que la « faith healing » ait fait repousser un membre amputé. Par contre, c'est par centaines qu'on y trouve des guérisons de paralysies, mais je crois que celles-ci ont toujours été de la nature de celles que le professeur Russell Reynolds a qualifiées de terme général de paralysies dependent on idea. »

    Oui, mais les tumeurs, les ulcères ? Ne sont-ils pas guéris par la foi aussi ?
    Charcot est loin de le nier, mais il ajoute que, dans certains cas, le « faith healing » peut parfaitement faire disparaître, des ulcères et des tumeurs, mais des ulcères et des tumeurs, qui, en dépit de l'apparence, sont de la même essence que les paralysies dont parle Russell Reynolds :

    « La guérison plus ou moins soudaine des convulsions et des paralysies était autrefois considérée comme un miracle thérapeutique du meilleur aloi. La science ayant démontré que ces phénomènes étaient d'origine hystérique, c'est-à-dire non organiques, purement dynamiques, la guérison miraculeuse n'existerait plus en pareille matière. Pourquoi cela ? Et s'il était démontré encore que ces tumeurs et ces ulcères, autour desquels on mène tant de bruit, sont aussi de nature hystérique, justiciables, eux aussi, de la même « faith healing » que les convulsions et les paralysies, c'en serait donc fait du miracle. »

    Et Charcot conclut très logiquement qu'on a tort de jeter tant de défis à la face de la science, qui finit, en somme, par avoir le dernier mot en toutes choses.

*
*     *

    Ceux qui se targuent d'être des « gens de bon sens » ne le sont pas toujours.
    Nier le soulagement par l'imposition des mains est ridicule.
    D'autre part, les spirites prennent volontiers leurs désirs pour la réalité. Il existe, sans nul doute, des forces inconnues, des sens en formation, mais c'est assurément se hasarder beaucoup de conclure de cela à un monde de désincarnés, intervenant plus ou moins directement dans les affaires des incarnés.
    Le périsprit existe peut-être, mais il nous faut d'autres preuves que des affirmations pour l'admettre comme une vérité mathématique.
    M. Léon Denis (3), penseur bien intentionné s'il en fût, nous en fait cette description, d'après M. Gabriel Delanne :

                     L'esprit et sa forme  
    « En tout homme , vit un esprit.
    » Par esprit, il faut entendre l'âme revêtue de son enveloppe fluidique ; celle-ci a la forme du corps mortel, et participe de l'immortalité de l'âme, dont elle est inséparable.
    » De l'essence de l'âme nous ne savons qu'une chose : c'est qu'étant indivisible, elle est impérissable. L'âme se révèle par ses pensées et aussi par ses actes, mais pour qu'elle puisse agir et frapper nos sens physiques, il lui faut un intermédiaire semi matériel, sans quoi son action nous paraîtrait, incompréhensible. C'est le périsprit, nom donné à son enveloppe fluidique, invisible, impondérable. Il faut chercher dans son action le secret des phénomènes spirites.
    » Le corps fluidique, que chaque homme possède en lui, est le transmetteur, de nos impressions, de nos sensations, de nos souvenirs. Antérieur à la vie actuelle, survivant à la mort, c'est l'instrument admirable que l'âme se construit, se façonne elle-même à travers le temps ; c'est le résultat de son long passé. En lui se conservent les instincts, s'accumulent les forces, se groupent les acquisitions de nos multiples existences, les fruits de notre lente et pénible évolution.
    » La substance du périsprit, est extrêmement subtile ; c'est la matière à son état le plus quintessencié ; elle est plus raréfiée que l'éther ; ses vibrations, ses mouvements dépassent en rapidité et en pénétration ceux des substances les plus actives. De là la facilité des esprits à traverser les corps opaques, les obstacles matériels, et à franchir des distances considérables avec la rapidité de la pensée. »

    Le concept est consolant à certain point de vue, mais il témoigne, chez son auteur, de plus d'imagination que de méthode scientifique.
    La moindre preuve ferait mieux notre affaire.
    Oh ! nous connaissons les arguments des spirites. Ils ne sont pas sans valeur, hâtons-nous d'en convenir.
    Il est ridicule de demander des apparitions ou des phénomènes d'apport ou de lévitation à heure fixe.
    Il y a des nageurs adroits ; jetez-le plus habile d'entre eux dans l'eau glacée ou dans l'eau bouillante : il se noiera. Cela permet-il d'affirmer que notre homme ne savait pas nager ?
    Prenez deux individus, l'un parlant uniquement l'anglais et l'autre ne connaissant que le russe ; placez-les aux deux bouts d'une ligne téléphonique. Ils ne parviendront pas à s'entendre. Cela signifie-t-il que le téléphone n'existe pas ?
    La production de tel ou tel phénomène exige telles ou telles conditions. Il faut probablement, pour produire des phénomènes de lévitation, des conditions d'ambiance que nous ignorons, qui ne se rencontrent fortuitement qu'à de rares moments.
    Doit-on pour cela, comme le font les hommes de bon sens crier à l'impossible et à la tromperie ?
    Non point, répondons-nous.
    Mais si le plus sage est de ne rien nier, ne serait-il pas au moins tout aussi sage de ne pas donner pour miraculeux des phénomènes dont nous ignorons les causes ?
    On ignorait les procédés permettant la cristallisation de la glycérine. Un jour un baril e glycérine se cristallisa en cours de route, entre Paris et Vienne. Personne ne s'est avisé de prononcer le mot miracle à ce propos.
    La guérison opérée en dehors des moyens dont la médecine curative semble disposer d'ordinaire est un fait acquis, incontestable.
    Mais que démontre-t-il, ce fait ?
    Le miracle ?
    Soit.
    Mais ce miracle, la science l'opère.
    Et cela prouve évidemment l'influence de l'esprit sur la matière, mais cela n'établit pas l'existence d'esprits et de périsprits.
    Avec un seul mot on peut faire rire ou pleurer son semblable, c'est-à-dire lui donner peine ou joie.
    Où est le miracle ?
    Mais encore, objectera-t-on, l'homme connait si peu de choses.
    On s'en aperçoit bien en lisant ce qui s'écrit !
    Il faut toujours être en garde contre le vieux levain misonéiste qui fermente en nous, mais il faut aussi se méfier de l'imagination – la folle du logis.
    L'inconnu n'est pas nécessairement l'inconnaissable.
    L'inconnu n'implique nullement le miracle.

    « Tout d'abord, a dit Lodge, les choses paraissent mystérieuses. Une comète, la foudre, l'aurore, la pluie sont autant de phénomènes mystérieux pour qui les voit la première fois. Mais vienne le flambeau de la science, et leurs relations avec d'autres phénomènes mieux connus apparaissent ; ils cessent d'être des anomalies, et si un certain mystère plane encore sur eux, c'est le mystère qui enveloppe les objets les plus familiers de la vie de chaque jour. »

    Les mystères d'aujourd'hui deviennent thème d'enfant demain.
    Le phonographe, la télégraphie sans fil, la suggestion auraient été catalogués comme authentiques miracles il y a cent ans.
    De ces miracles, on en a fait des numéros de foire. Combien d'autres auront le même sort !

                                                                                                 D’ARSAC.

(1)  Jemeppe-sur-Meuse et les rives industrielles du fleuve.
(2) On appelle halogènes Les métalloïdes qui se combinent directement avec les métaux pour former, des sels ; les produits, qui, en résultent sont, dits : dérivés halogènes ; tels sont les chlorures, bromures, etc.
(3) L’invisible. Spiritisme et Médiumnité. Les fantômes des vivants et des morts.

Le Soir, 15 octobre 1903 (source : Belgicapress)

    Le Messager publiera une réponse de la part de Victor Horion dans son édition du 1er novembre 1903.

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H. Art - Guérisseurs (La Meuse, 20 octobre 1908)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

H. Art - Guérisseurs (La Meuse, 20 octobre 1908)(Belgicapress)

GUERISSEURS

(Chronique inédite)

    Avez-vous déjà eu mal aux dents ? Si oui, vous avez sans doute reçu, dans ces moments pénibles et orageux, la visite, écrivons les visites de charitables voisines : « Ecoutez-moi bien, vous disait-on invariablement. Suivez un bon conseil. Je souffrais plus que vous. J'avais tout fait sans résultat. Un jour, une voisine qui avait souffert des dents, elle aussi, me dit (voir plus haut.) Eh bien ! savez-vous ce qui m'a guéri ? Tout simplement une infusion de corde de pendu dans un demi-litre d'huile épurée. Je le conseille à toutes mes connaissances. Vous me croirez si vous voulez, tout le monde s'en est bien trouvé. »
    C'est inouï ce qu'il y a de remèdes infaillibles contre les maux de dents. On se demande comment il y a encore des dents malades. Elles doivent y mettre de la mauvaise volonté.
    D'autres se sont guéris en s'introduisant dans chaque narine un cornet en papier brun. On y met le feu, – au cornet, bien entendu, – et on aspire la fumée à pleine bouche et plein nez. Essayez, vous m'en direz des nouvelles, si vous n'êtes pas mort suffoqué.
    D'autres emploient des talismans, des pierres magiques. Il y a, dans une commune une Clef qui favorise la dentition chez les nouveau-nés. Quel rapport peut-il y avoir entre une clef et des dents ? Je l'ignore. Mamans et nourrices y apportent de partout les nourrissons. La dentition ne s'en fait pas moins normalement, c'est-à-dire avec pleurs et grincements de gencives. Mais le bébé ne souffre pas toujours. C'est à la clef et non à la nature qu'on attribue ces accalmies.
    Certaines personnes, quand elles souffrent, crachent trois fois en l'air. D'autres, qui ne sont pas les plus sottes, ne font rien du tout et attendent que le mal s'en aille, disent-elles, comme il est venu. Et parfois, il s'en va, mais comme c'est pour une raison qui leur échappe, elles en trouvent une, qui est le moyen employé.
    Le remède familier a échoué vingt fois. Mais, enfin, une fois, une miraculeuse fois, il opère, ou, plus exactement, le mal cesse. Aussitôt, merveille ! On oublie les vingt échecs bien réels pour ne se souvenir que du succès apparent. On recommande le remède à ses voisins, à ses parents, proches et éloignés. On a soin de spécifier, par amour de la vérité, qu'il est tout à fait infaillible. On dit : « Ecoutez-moi bien. Suivez un bon conseil (voir la suite plus haut). » Il y a pas mal de vanité dans cet enthousiasme pour les conseils que l'on donne ; car on veut avoir l'air de ne donner que des remèdes infaillibles. On veut apparaître, chez le voisin malade, comme une providence, intelligente dispensatrice des biens, comme une espèce de grand Manitou. Et comme il n'y a rien de démoralisé à l'égal d'un homme, et surtout d'une femme (oh ! mon Dieu !) gui a une rage de dents, le voisin, même Intelligent, même incrédule, essaie le remède. Si celui-ci ne réussit pas, le voisin en essayera un autre, tout aussi infaillible.
    Il s'en trouve parfois bien. Mais, si le mal s'obstine, au lieu d'aller chez le dentiste qui demeure dans sa rue, il court, il vole chez le guérisseur. Du temps de La Fontaine, la devineresse et le rebouteux habitaient un galetas. C'était une nécessité du métier. Sans galetas, sans balai infernal et sans marmite aux clous, devineresse ne pouvait deviner l'avenir, rebouteux ne pouvait guérir. Aujourd'hui, le guérisseur n'a qu'une condition à remplir : il doit être spirite.
    Le guérisseur guérit parfois, comme la corde de pendu, et pour les mêmes raisons. Il guérit aussi par la confiance qu'il inspire. N'est-il pas l'homme qui tient en son pouvoir les esprits bons et mauvais ? La foi produit des miracles, elle influe sur les maladies nerveuses et peut, par là, influer parfois sur d'autres fonctions organiques.
    Un voyageur anglais écrivait :

    « On ne comprend rien aux religions de l'Orient, si l'on ne se rend pas compte de la facilité avec laquelle une tête orientale sait loger des contradictions. C'est I'A B C de l'histoire religieuse dans ces pays. »

    L'Anglais a eu tort de faire honneur de ces contradictions aux seuls Orientaux. Sans doute, il y a encore, en Turquie, des gens très instruits et même intelligents qui croient que Mahomet a mis la moitié de la lune dans sa manche. Ils savent bien pourtant que la lune est plus grande qu'une assiette.
    Mais, en Belgique, nous en faisons autant.
    Une femme logeait au-dessus de la chambre d'un guérisseur célèbre, auquel elle avait jusque-là confié le soin de sa précieuse santé. Un jour, elle s'alita pour accoucher. On appela, comme d'habitude, le guérisseur. Celui-ci vint, mais il conseilla le médecin. Les purs esprits n'entendaient rien aux accouchements. Eh bien ! parions que c'est le guérisseur qui aura été chargé de faire venir les dents à l'enfant.
    On sait qu'autrefois, comme aujourd'hui, il y avait des guérisseurs : Dans la Grèce ancienne, bien avant notre ère, c'étaient les prêtres du dieu Esculape, demi-médecins et demi-thaumaturges. En remerciement, le guéri consacrait au dieu, comme ex-voto, l'image de la partie malade. Les temples d'Esculape devenaient ainsi de petits Musées pathologiques. Les prêtres tenaient la chronique des guérisons.
    On gravait sur des colonnes de marbre le récit miraculeux propre à exciter la foi du pèlerin et à accroître la réputation du sanctuaire. Les fouilles ont mis à jour, non seulement des ex-voto, mais certaines des inscriptions relatant les guérisons. Il y a des aveugles qui voient, des boiteux qui marchent, des chauves dont les cheveux repoussent, des muets qui parlent. Voici la traduction de quelques passages d'une inscription trouvée en Grèce, à Epidaure, où se trouvait un lieu de pèlerinage célèbre :

    « Ambrosia d'Athènes était borgne. Elle vint supplier le dieu de la guérir. Or, en se promenant dans l'enceinte du sanctuaire, elle se moqua de quelques-unes des guérisons, car, prétendait-elle, il était invraisemblable, impossible, que des boiteux marchassent et que des aveugles vissent simplement pour avoir eu un songe. Mais pendant qu'elle dormait, elle eut une vision. Il lui sembla que le dieu lui apparaissait et lui disait : « Je te guérirai, mais j'exige de toi, à titre de salaire, que tu places dans le temple un cochon d'argent, souvenir de la stupidité dont tu as fait preuve. » Alors, le dieu entr'ouvrit l'œil malade et y versa un remède. Quand le jour parut, elle sortit guérie. »

    Voici pour les chauves qui ont tout tenté :

    « Héraius de Mitylène n'avait pas de cheveux sur la tête, mais il en avait beaucoup sur les joues. Honteux des railleries dont on de couvrait à ce propos, il s'endormit dans le dortoir du temple : le dieu lui frotta la tête avec un onguent et les cheveux repoussèrent. »

    Par exemple, mes cheveux repousseraient ? J'y cours !

                                                                                                                                 H. ART.

La Meuse, 20 octobre 1908 (source : Belgicapress)

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Les Antoinistes (Journal de Bruxelles, 12 janvier 1911)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Les Antoinistes (Journal de Bruxelles, 12 janvier 1911)(Belgicapress)Les Antoinistes

    Antoine-le-Guérisseur a fondé une religion nouvelle dans notre pays wallon. Ses adeptes sont nombreux. Ils ont envoyé aux Chambres belges une pétition recouverte de cent soixante mille signatures ; c'est un beau chiffre. Antoine est un ancien mineur. J'ignore dans quelles conditions il a quitté la pioche du houilleur pour se livrer à la propagande de sa religion. Tout ce que je sais, c'est qu'il impose les mains aux malades qui viennent le trouver et qu'il a, paraît-il, opéré un certain nombre de guérisons. Cela ne doit étonner personne. On sait que certaines maladies nerveuses peuvent être guéries par la suggestion et qu'il y a d'autant plus de chances de guérison que la « foi » du malade est plus vive. Mais Antoine ne se contente pas de guérir. Il prêche une religion, qui, à la vérité, est assez obscure ; elle n'est point l'œuvre méthodique d'un théologien. Quant à la partie morale, elle s'inspire du Sermon sur la Montagne, dont elle délaie assez piteusement les divines maximes. Il n'importe ! Ce n'est point l'essence de cette religion que j'ai le dessein d'examiner ici ; il me suffit de constater sa fondation et son développement rapide. Voilà le phénomène intéressant, digne de suggérer mainte réflexion.
    N'est-il pas singulier, en effet, de voir se propager avec rapidité une religion nouvelle dans nos régions minières où le socialisme et le rationalisme se vantaient d'avoir étouffé la foi chrétienne ! Nos populations wallonnes ne passent point pour mystiques. La tournure un peu railleuse de leur esprit a favorisé la propagation des sarcasmes voltairiens et des blasphèmes matérialistes. On s'accorde généralement à reconnaître que leur scepticisme est à peu près le même que celui des Français et personne ne se fut avisé d'y découvrir un terrain favorable à la germination d'une conviction religieuse. Au contraire, l'anticléricalisme a fait chez eux d'innombrables recrues, tandis qu'il entamait bien plus difficilement nos populations flamandes. Aussi M. le comte Goblet d'Alviella, interviewé dernièrement touchant le culte Antoiniste, s'étonnait-il de le voir se répandre ailleurs que dans un milieu germanique, tant est commun ce préjugé que seules, en Occident, les populations de race germanique ont gardé une âme religieuse.
    C'est une grande erreur. Les populations celtiques ne sont pas moins religieuses : songez aux Bretons de la France ; songez aux Irlandais ; songez aux habitants du pays de Galles, en Angleterre, où dernièrement, chez les mineurs, se développait une agitation religieuse dont, un instant, toute l'Europe s'est occupée. Il est vrai qu'aujourd'hui l'on n'en parle plus ; mais il y a cinq ou six ans, on était si frappé de l'intensité de ce mouvement que l'on voyait déjà ce « revival » s'étendre à l'Angleterre entière, à peu près comme le puritanisme des compagnons de Cromwell.
    Ne nous étonnons donc pas de voir un renouveau religieux se produire chez nos Wallons.

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    Ce qui est piquant, c'est de constater que les efforts de nos anticléricaux et de nos athées, qui ont si déplorablement travaillé à déchristianiser les ouvriers wallons, n'ont abouti qu'à leur faire adopter, dans le pays de Seraing, une religion singulièrement plate et grossière en regard de la foi catholique qu'on leur a ravie. Messieurs les partisans des lumières et du progrès ont fait là, vraiment, un bel ouvrage ! En ruinant la religion traditionnelle dans l'âme de tant de pauvres gens, ils n'ont fait que les livrer à une croyance d'une nature inférieure. Ils ont remplacé la plus grande religion civilisatrice que la terre ait connue par une superstition rurale, où certes se rencontrent encore de bons éléments, mais dont les ressorts supérieurs ont été enlevés ou faussés. Ils ont ôté aux humbles une religion qui a suffi aux plus grands génies de notre civilisation pour les voir se ruer vers une croyance que seuls peuvent accepter les cerveaux incultes.
    Quelle leçon pour les spectateurs attentifs ! La propagation de ce culte nouveau montre à quel point les hommes, au milieu de leurs durs travaux, de leurs douleurs, de leurs peines, ont besoin d'une croyance sur laquelle ils puissent appuyer leur cœur. Ils se soucient bien des doctrines des savants sur la formation de l'univers et des grandes phrases des philosophes qui leur proposent chaque jour un nouveau système de morale ! Ce qu'il leur faut, c'est une croyance fondée sur leurs sentiments ; et ces sentiments, rien ne les touche aussi profondément que la vieille morale de l'Evangile. Cela est si vrai que seuls les ressasseurs des maximes évangéliques parviennent à fonder des sectes nouvelles. En Russie, c'est Tolstoï ; en Angleterre, c'est le mineur Ewans ; en Belgique, c'est Antoine le Guérisseur. Je défie bien M. Fouillée et M. Bourgeois de fonder une religion !
    Et croyez bien que les guérisons d'Antoine-le-Guérisseur ne sont que le vestibule qui mène au sanctuaire de sa foi. Certes, elles lui ont donné du prestige. Mais s'il s'était contenté de guérir quelques malades, il ne serait qu'un rebouteux comme il y en a tant. Ce qui lui a valu l'engouement de tous ces milliers d'hommes, c'est qu'il prêche une foi avec tant de persuasion qu'il la fait pénétrer dans le cœur simple des bonnes gens qui l'écoutent. Et ce faisant, il n'est peut-être pas sans procurer quelque bien à de pauvres âmes désemparées qui ne connaissent que l'indifférence et ses incertitudes.

*
*     *

    Mais si tel est l'effet que produit une « religion » quelconque, fût-elle bonne seulement pour les esprits incultes, quelle n'est point la bienfaisance de la religion qui a enfanté la civilisation dans laquelle nous vivons ! La richesse de ses ressources est infinie. Elle peut satisfaire les esprits les plus profonds aussi bien que les plus simples ; plus que toute autre elle parle au cœur ; enfin, elle peut montrer la longue suite de ses saints et les innombrables asiles de ses cloîtres en témoignage des satisfactions qu'elle offre aux âmes altérées de sentiments mystiques.
    A ces sentiments mystiques, parfois si impérieux et si violents, elle ouvre des canaux réguliers où ils s'épancheront sans rien détruire, tout au contraire, en développant leur puissance pour le bien général de la société, comme le prouvent tant d'œuvres charitables et tant de mouvements intellectuels et sentimentaux qui tirent de là leur origine. Quand on obstrue ces issues, les sentiments mystiques en cherchent d'autres : le socialisme et l'anarchie les leur fournissent. Beaucoup d'apôtres des sectes destructives ne sont que des mystiques dévoyés. On en peut dire autant de la plupart de leurs disciples. Mieux vaut encore peut-être pour leur propre bonheur et pour la paix de la société qu'ils suivent les enseignements Antoine-le-Guérisseur !

                                                                          ZADIG.

Journal de Bruxelles, 12 janvier 1911 (source : Belgicapress)

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Maurice des Ombiaux - Rebouteurs (La Meuse, 11 février 1910)(Belgicapress)

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Maurice des Ombiaux - Rebouteurs (La Meuse, 11 février 1910)(Belgicapress)

REBOUTEURS

(Chronique inédite)

    On s'étonne de ce que dans notre siècle vingtième il se trouve encore au fond des campagnes des gens qui, lorsqu'ils sont malades, s'adressent au rebouteur, tandis qu'ils sont remplis de méfiance envers le médecin.
    Les sermons et les raisonnements n'y font rien : le médecin reste dépourvu de mystère, tandis que le charlatan paraît toujours investi d'un pouvoir surnaturel ; c'est pourquoi le paysan reste fidèle à ses superstitions plusieurs fois séculaires.
    Ne rions pas trop du rustre. Si nous ne croyons plus à la thérapeutique du barbier, au savoir du guérisseur populaire, ni aux remèdes de bonnes femmes, nous sommes toujours une proie facile pour le charlatan muni d'un diplôme ; au nom de la science, il nous fait souvent avaler toutes les couleuvres qu'il lui plaît. Les pilules et les drogues annoncées à grand renfort de certificats et de brevets à la quatrième page des journaux par des médicastres pourvus de beaucoup de titres, n'ont pas de vertus spécifiques plus grandes que la poudre de perlimpinpin et les recettes cabalistiques. Plus la bourde aura de dimensions, plus nous serons disposés à l'avaler. Combien d'entre nous, tourmentés par un mal, conservent le bon sens de se dire que le médecin ne peut donner plus que la plus belle fille du monde ? Nous n'admettons chez le médecin ni doute ni hésitation ; il faut qu'il caractérise aussitôt l'affection dont nous souffrons et qu'il nous donne la certitude que nous serons bientôt guéris. Dans la plupart des cas, notre guérison dépend presque uniquement de cette certitude. Dès que nous avons perdu la confiance en l'esculape qui nous soigne, il nous faut nous adresser ailleurs ou nous restons malades comme par plaisir. Au fond, c'est nous-mêmes qui réclamons sans cesse le charlatan et qui le créons lorsqu'il n'existe pas.
    Il y avait, il y a encore dans chaque village, un homme ou une femme qui possèdent les remèdes contre toutes les maladies. Ils les tiennent de vieux guérisseurs un peu sorciers qui, en mourant, leur ont légué leurs secrets. Les ingrédients qu'ils prescrivent vont, en général, aucun rapport avec la maladie en cause. N'en est-il pas de même pour les drogues auxquelles nous croyons, parce qu'elles sont recommandées par une vaste publicité ? C'est la manière d'administrer ces remèdes qui opère plus que leur qualité intrinsèque. Il faut les prendre après avoir, par exemple, fait trois ou sept fois le signe de la croix et récité une prière souvent fort drôle.
    Je me rappelle d'un remède contre le mal de ventre qu'un cul-de-jatte vendait à des pèlerinages du pays wallon. La prière était d'une bêtise fort commune, mais la recette en elle-même vaut d'être citée : « Après avoir dit cette prière trois fois et s'être dévotement signé, il faut se frotter le ventre avec une peau de taupe séchée ou avec de la confiture de groseilles. Le mal s'en ira si on a la foi. »
    J'ignore l'effet que peut avoir en de telles conjonctures la confiture de groseilles et je ne me chargerai pas de renseigner les lecteurs à ce sujet.
    On se trouve peut-être en présence de ce que les savants appellent une interpolation, c'est-à-dire une ajoute due à la fantaisie de quelque scribe facétieux ou malhonnête. La peau de taupe étonne moins, non que l'on soit renseigné sur ses bienfaits, mais elle est réputée comme un des plus puissants agents thérapeutiques de la médecine populaire.
    Les recueils de traditions populaires nous apprennent qu'elle est fréquemment employée contre le mal de dents. Le mal disparaîtra si vous coupez les pattes d'une taupe de sexe masculin et si vous vous les appliquez sur la tête. Une seule patte suffit à la rigueur, mais laquelle ? Nous n'en savons rien.
    Pour être sûr d'avoir la bonne, il vaut mieux se les coller toutes sur l'occiput. Le doigt qui a passé entre la peau et la chair d'une taupe guérit le mal de dents par simple contact. La bête est encore utilisée contre les convulsions et les maux de tête des enfants.
    En Normandie, la taupe disputait aux rois de France sacrés à Reims par l'attouchement de la sainte Ampoule, le privilège de guérir les écrouelles. On prend trois taupes vivantes ; on les tue, on les fait sécher au four dans un pot ferme, puis on les réduit en poussière.
    On mélange la poudre avec de la graisse d'oison que l'on applique sur les scrofules. On guérit si l'on a la foi.
    La foi, tout est là, dans la médecine des médecins comme dans celle des rebouteurs ; seulement, on l'appelle du nom plus moderne de suggestion, ce qui lui a donné un aspect scientifique que nous jugeons tout à fait acceptable.
    Je n'irai toutefois pas jusqu'à prétendre que nos superstitions nouvelles soient d'un calibre aussi fort que celles des paysans inspirés par les rebouteurs, car il y a des degrés dans la crédulité. Mais si l'on nous trompe avec des apparences de logique, nous sommes tout de même trompés en fin de compte. Certes, l'incantation à l'entorse, en usage dans certaines contrées françaises, nous fait sourire :

    « Entorse, entorse, entorse, si tu es dans le sang, saute dans la moelle ; si tu es dans la moelle, saute dans l'os ; si tu es dans l'os, saute dans la chair ; si tu es dans la chair, saute dans la peau ; si tu es dans la peau, saute dans le poil, et si tu es dans le poil, saute dans le vent. »

   On y ajoute des invocations aux saints et à la Vierge, ainsi que des signes de croix. Mais il y a parfois des rebouteurs qui ajoutent aux paroles et aux gestes rituels un massage habile, grâce auquel l'entorse est rapidement réduite.
    Je ne crois pas que celle qu'on appelait, il y a trente ou quarante ans, la sorcière de Tellin, récitait une formule aussi baroque, mais il est certain qu'elle guérissait les entorses mieux que n'importe quel médecin de son temps.
    Selon la théorie populaire, la maladie est un principe qui peut passer d'un objet dans un autre, du malade dans une matière reconnue propre à l'absorption.
    Ainsi, l'on fait passer la méningite de la tête du patient dans le corps d'un pigeon mâle fendu vivant en deux et appliqué tout chaud sur le crâne du malade. Le bec du pigeon doit être tourné vers le front.
    Sur un cancer, on met une tranche de viande fraîche. Le cancer mange son bifteck et, ainsi rassasié, laisse tranquille sa victime. Le guérisseur populaire n'opère pas toujours au hasard. Souvent, il a sa doctrine et il base sa thérapeutique sur l'idée qu'il se fait du corps humain. Cette idée est parfois cocasse. Pour certains, le tronc de l'homme contient deux sortes d'organes ; il y a les foies qui sont dans l'abdomen, et l'estomac qui est dans le thorax. Au travers du tout, les nerfs circulent et s'avisent quelquefois d'être plus forts que le sang, ou de se « ramousseler » gros comme le poing, ou de s'enchevêtrer.
    D'autres parlent d'une grande veine qui se trouve un peu partout et qui a souvent besoin d'être remise. D'autres encore parlent du crochet de l'estomac qui s'est déplacé ; il s'agit de lui faire reprendre sa place pour que disparaissent les mauvaises digestions et les douleurs épigastriques.
    Mais nos derniers thaumaturges opèrent plutôt par la persuasion. Antoine le Guérisseur et le bon Dieu de Ressaix dit Baguete n'usaient que de leur magnétisme personnel. Ils disaient au paralytique : « Levez-vous et marchez ! », et le paralytique, pour peu qu'il eût la foi, abandonnait ses béquilles.
    La justice n'est pas tendre pour les illuminés, les rebouteurs, produits de la crédulité populaire, qui ne demande qu'à être exploitée ; je ne dis pas qu'elle a tort, mais ce qui étonne, c'est qu'elle donne carte blanche à n'importe quel charlatan dès l'instant qu'il est pourvu d'un diplôme.

                                                                   Maurice DES OMBIAUX.

La Meuse, 11 février 1910 (source : Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

    La Gazette de Charleroi, annonce les 5 et 9 septembre 1906 à Liège la prochaine conférence "spirite" que le sujet "Qu'est-ce que le spiritisme et Maître Antoine le Guérisseur", organisée par les frère Hollange et Delcroix.

(source : Belgicapress)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

    La Gazette de Charleroi, annonce les 5 et 9 septembre 1906 à Liège la prochaine conférence "spirite" que le sujet "Qu'est-ce que le spiritisme et Maître Antoine le Guérisseur", organisée par les frère Hollange et Delcroix.

(source : Belgicapress)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

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Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)(Belgicapress)

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Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)(Belgicapress)CHEZ
ANTOINE LE GUERISSEUR

    On lit cet intéressant article dans la belle revue belge illustrée : le « MOIS CHEZ NOUS » :

    Nos lecteurs auront certes entendu parler d'Antoine, ce doux philosophe qui, à Jemeppe-sur-Meuse, fit tout d'abord métier de « Guérisseur », attirant à lui les malades, les névrosés surtout et les faibles et les guérissant par la force de sa suggestion. Peu à peu, cependant, Antoine a élevé ses aspirations ; ses malades ont voulu voir dans sa philosophie une religion nouvelle et il compte, tant en France qu'en Belgique, des milliers d'adeptes. Nous avons donc jugé curieux d'exposer à nos lecteurs l'origine, la nature et le caractère de ce mouvement.

LA NAISSANCE DE
                       L'« ANTOINISME ».
             Antoine le Guérisseur
    « Louis Antoine est né en 1846 à Mons-Crotteux (province de Liége), de parents pauvres et très simples. Il est le cadet de sa famille qui comptait onze enfants. Il débute, à 12 ans, dans la mine, accompagnant son père et un frère qui étaient également mineurs. Ne voulant plus descendre dans la fosse, il devint ouvrier métallurgiste. A 24 ans, il quitte la Belgique pour aller travailler en Allemagne où il séjourne pendant cinq ans.
    Deux ans plus tard, il va à Prague, près de Varsovie (Pologne russe) et y accomplit un nouveau terme de cinq ans, puis il s'installe définitivement en Belgique, à Jemeppe-sur-Meuse. Avant de partir pour la Pologne, il était revenu au pays épouser une femme qu'il connaissait de longue date. De leur union naquit un garçon, que la mort leur ravit à l'âge de vingt ans. Mais grâce à leur grande foi, aucun des deux époux n'en fut découragé ; au contraire, ils se dévouèrent davantage. Leur séjour à l'étranger leur avait permis d'amasser une petite fortune, ils la sacrifièrent pour venir en aide aux malheureux, éprouvant plus de bonheur à la dispenser à tous, qu'ils en avaient trouvé en l'acquérant par leur labeur. Car ils avaient déjà compris le but de la vie et leur conscience les sollicitait, sans trêve ni merci, d'aller de l'avant dans cette voie ».

             A Jemeppe-sur-Meuse
    J'extrais cette biographie d'une petite brochure qui, tout récemment m'était tombée sous les yeux. Déjà à diverses reprises, J'avais entendu parler de cet homme qui s'entourait d'une auréole de mysticisme. Des gens s'en moquaient ouvertement, d'autres semblaient y croire, mais les explications que je recueillais à distance étaient par trop vagues.
    Je décidai donc, la semaine dernière, de me rendre à Jemeppe-sur-Meuse et, en cours de route, j'achevai mon éducation, en parcourant la petite brochure que j'avais sur moi. J'ai appris ainsi qu'Antoine est un végétarien endurci : non seulement il ne mange pas de viande, mais il s'abstient également de beurre, d'œufs et de lait. Cela ne l'empêche pas d'ailleurs de se porter à merveille dans sa solitude. Car cet homme, qui a déjà tant fait parler de lui, vit dans un isolement absolu. Quant à sa femme, elle habite avec deux orphelines qu'ils ont élevées et elle partage en tout les idées de son mari. Les antoinistes l'appellent « notre mère »...
    J'appris encore que ce philosophe sorti du peuple fut de tout temps d'une sensibilité aiguë et qu'il prit tout jeune l'habitude de se recueillir profondément. Catholique jusqu'à quarante-deux ans, il se livra ensuite au spiritisme ; mais les expériences, qu'il fit ne parvinrent pas à le convaincre et il en vint à se forger une morale dont la conception absorba dès lors toutes ses facultés. A partir de 1906, il entreprit de prêcher ce qu'il appelait le « nouveau spiritualisme » et il changea de nom, pour prendre celui d'Antoine-le-Généreux.
    Mais nulle part il n'était dit que l'apôtre du nouveau spiritualisme avait eu recours à des livres : c'est donc à peine si Antoine sait lire et écrire et il dut s'assimiler avec beaucoup de difficultés les vagues notions de morale évangélique et de philosophie qu'il possède.
    Mais me voici en gare de Jemeppe, petite commune industrielle très populeuse et où, à première vue, le mysticisme semble avoir quelque peine à prendre racine. Je descends et le premier passant que j'interroge m'indique la route à suivre pour me rendre au Temple.

             Le Temple d'Antoine
    Car, depuis 1905, Jemeppe s'honore de posséder un temple consacré au culte de l'antoinisme. C'est la curiosité de l'endroit, les guides de renseignent aux étrangers et les Jemeppois en conçoivent une certaine fierté.
    Ce temple s'élève à front de la rue du Bois-de-Mont. Il est construit dans un style plutôt négatif, mais la disposition intérieure, tout en étant fort simple, ne manque ni de confort, ni de dignité.
    C'est une grande salle rectangulaire dont les murs sont peints à huile. Toutes les portes sont capitonnées. Le plafond repose sur une double rangée de poutrelles en fer. Sur le sol s'étend un parquet, et des radiateurs, qui courent le long des murs, entretiennent une douce chaleur dans la salle.
    Dès l'entrée, les regards s'arrêtent sur une inscription en lettres d'un pied, qui couvre tout le mur du fond. C'est la « révélation de l'auréole de la conscience » et j'ai eu soin d'en prendre copie : « Un seul remède », y est-il dit, « peut guérir l'humanité : la foi ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de Le servir : c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité ». C'est un peu long peut-être, mais cela vous donne déjà une idée de la philosophie lénitive à laquelle s'est arrêté cet ancien ouvrier mineur.
    Contre ce même mur s'élève une sorte de perron orné au centre d'une draperie noire qui porte, en blanc, le symbole de la antoinisme : l'« arbre de la science de la vue du mal ».
    Au pied du perron, que seul Antoine a le droit de gravir, une modeste chaire et, face à cette chaire, une trentaine de rangées de bancs et de chaises.
    C'est tout.

             Comment Antoine opère
    Le temps n'est plus où Antoine recevait ses malades « en consultation », les soignant un à un par la seule force de sa persuasion. Depuis bientôt deux ans, sa retraite est fermée à tous, même à ses plus fervents adeptes. Tous les jours, à dix heures, fidèles et malades se groupent dans le temple et le guérisseur n'opère plus qu'en masse.
    Bien entendu, j'avais pris mes dispositions pour me trouver vers dix heures à la rue Bois-de-Mont. J'arrive donc à temps pour voir la foule s'engouffrer dans le temple et pour y pénétrer à mon tour... alors que toutes les places sont déjà prises.
    Et force m'est de le reconnaître, puisqu'après tout, ma mission est de rapporter ici ce que j'ai vu et rien de plus : il plane sur cette assemblée une atmosphère de parfaite sérénité, qui, lorsqu'Antoine paraît pour gravir lentement les marches du perron, se transforme en un profond recueillement.
    Quel homme extraordinaire que cet Antoine ! Ses traits, adoucis par la retraite et l'absolue sobriété, semblent s'être épurés encore dans le recueillement et sa chevelure soyeuse se confond avec une barbe d'apôtre qui lui couvre tout le bas du visage.
    L'œil est plutôt petit, mais le regard est d'une rare limpidité. L'austère vêtement – une sorte de redingote noire à double collet et boutonnée à la façon d'une soutane – qu'Antoine ne quitte plus depuis dix ans contribue encore à donner du relief à cette tête plus étrange, peut-être, que vraiment belle. Tel qu'il est cependant, on conçoit aisément que des malheureux affaiblis par la maladie ou la misère se laissent vivement impressionner au seul aspect de cet homme, qui paraît d'ailleurs très pénétré de son pouvoir spirituel.
    Le voici donc au haut du perron. Un de ses adeptes, revêtu de la même robe, a pris place à la chaire et tous deux se recueillent longuement au milieu d'un silence religieux. Enfin, Antoine se redresse et, d'un geste auguste, il étend les mains sur la foule. La minute est impressionnante. Puis le guérisseur se retire, avec la même lenteur et sans avoir un seul instant desserré les lèvres. Car, s'il ne reçoit plus personne, il ne parle pas davantage et c'est désormais dans ce seul geste de bénédiction que les malades qui viennent à lui doivent trouver leur guérison.
    C'est un spectacle bien pénible, hélas ! que de voir dans cette foule quantité de pauvres gens au teint pâle, au visage émacié, au dos voûté par de longues souffrances, qui viennent là, poussés par un ultime espoir et qui mettent ce qui leur reste de confiance dans cette dernière tentative.
    Mais le « service » est fini et silencieusement, le temple se vide. Dans certains regards, une flamme s'est allumée. C'est que, chez ces malheureux, la suggestion a opéré : ils iront désormais, se persuadant que leurs douleurs physiques ne sont plus et ils se proclameront guéris.

                         LE MOUVEMENT
             Rue du Bois-de-Mont, No 2
    Quant à moi, ce que j'avais vu m'avait trop intrigué pour ne pas me confirmer encore dans mon désir de poursuivre mon enquête. Au sortir du temple, je me rends donc tout à côté, à la rue du Bois-de-Mont, No 2, où se trouve installé le bureau central de l'Antoinisme.
    J'y suis fort aimablement reçu par M. Delcroix, un des plus fervents adeptes du « culte » qui, tout comme Antoine, porte la « robe ».
    – Nous recevons ici, dit M. Delcroix, des centaines et des centaines de lettres par jour et ceci vous donne une première idée de l'importance du mouvement.
    – Et vous y répondez ?
    – Il nous est impossible, évidemment, de répondre à chacun. D'autant plus que les nombreuses visites que nous recevons absorbent encore une grande partie de notre temps.
    – Vous disposez, sans doute, pour votre propagande ?...
    – Nous ne faisons pas de propagande. Ceux qui viennent à nous sont les bienvenus, mais nous n'avons pas le droit d'aller à eux.
    – Soit, mais il vous a fallu cependant élever ce petit temple, organiser ce bureau et tout cela exige des ressources. Comment vous les procurez-vous ?
    – Nous ne nous procurons pas de ressources.
    – Ah...
    – L'argent vient à nous dès que nous en avons besoin, mais nous n'avons pas de caisse... Nous sommes tous frères et les frais qu'il nous faut faire pour le culte sont couverts sans que jamais nous n'ayons éprouvé de difficulté.
    – Vous venez, je crois, de décider la publication mensuelle d'une brochure ?
    – En effet. Le premier numéro de l'« Unitif » a paru en septembre et nous tirons en ce moment le second numéro. Ceci va me permettre de vous montrer notre imprimerie.

             Une Imprimerie sans ouvriers
    Nous sortons du bureau et de l'autre côté du temple, nous pénétrons dans un étroit couloir qui aboutit à un atelier d'imprimerie proprement installé et où deux jeunes filles s'occupent à rogner des brochures.
    – C'est l'heure où vos ouvriers se reposent ?
    – Nous n'avons pas ouvriers.
    – ... ?
      Des fidèles de bonne volonté nous prêtent fraternellement leur concours et, comme vous le voyez par la brochure que voici, la besogne n'en est pas plus mal faite. Le premier numéro de l'« Unitif » a cependant été imprimé ailleurs, parce qu'il nous en fallait trois cent mille exemplaires... Mais voici déjà les paquets du second numéro qui sont prêts à être expédiés.
    – Et combien vendez-vous cette brochure ?
    – Je ne vends rien.
    – ... ?? 
    Et comme, machinalement, j'examine un de ces bulletins, je lis, en tête de la première page : « Le numéro : 15 cent. ».
    M. Delcroix a suivi mon regard.
    – Oui, fait-il, le prix s'y trouve renseigné ; mais c'est au bureau que l'on s'occupe de ces choses-là. Je n'y prends aucune part.

             Le mouvement Antoiniste
    – Mais, pour avoir tiré à trois cent mille exemplaires, combien d'adeptes comptez-vous donc ?
    – Nous en ignorons nous-mêmes le nombre. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, dans toute la province, vous trouverez, dans le plus petit village, des malheureux que notre père a guéris. Ce sont d'autant d'adeptes et ainsi le culte se répand de lui-même.
    – Avez-vous des temples ailleurs encore qu'à Jemeppe ?
    – Sans doute. Nous en devons partout où le besoin s'en fait sentir. Il y en a déjà à Liége, à Ougrée, à Kinkempois, à Bruxelles, à Verviers, à Jumet, à Farcienne...
    – Vous n'êtes guère sorti encore des frontières belges ?
    – Au contraire. Nous comptons de très nombreux fidèles en France et il ne se passe pas de jour sans que des Français viennent nous rendre visite.
    D'ailleurs, nous y avons également plusieurs temples à Paris, notamment à Monaco, à Nice, à Grenoble, à Vichy, à Aix, à Maubeuge, à Douzies...
    – Et Antoine se rend-il dans chacun de ces temples ?...
    – Il se borne à les consacrer.
    – Il vous a donc fallu créer un « ordre » pour les desservir ?
    – Nullement. L'Antoinisme est basé sur la plus absolue liberté. La « robe » que je porte nous a été révélée par notre père, mais elle n'est imposée à personne. Chacun, dès l'instant où il en reçoit l'inspiration et s'il se sent digne de la porter, est libre de la prendre.
    Je l'ai dit, cette robe est en somme une étroite redingote à double collet. L'uniforme se complète d'un chapeau-tromblon fort disgracieux et il rappelle de singulière façon l'accoutrement des « demi-solde » vers 1818...

  QUELQUES MOTS SUR L'ANTOINISME
             Le principe fondamental
    J'étais au terme de ma visite. Mais il me restait à user de l'extrême bonne grâce de mon guide, pour obtenir de lui quelques renseignements sur la philosophie d'Antoine.
    – L'Antoinisme, fit M. Delcroix, est entièrement basé sur l'amour fraternel. L'« auréole de la conscience » que vous avez lue dans le temple vous en donne la preuve. « Il nous faut aimer nos ennemis » : tel est notre grand principe. Et pour y parvenir, nous devons perdre la notion fausse que nous avons du bien et du mal. Dans ses révélations, Antoine dit : « Dieu est tout amour. Il ne peut avoir créé le mal. Si le mal existait, il serait l'œuvre de Dieu, puisque tout est créé par Lui ; or, dès l'instant qu'Il crée le mal, Il cesse d'être Dieu, parce qu'Il cesse d'être bon ; Lui seul est alors la cause de nos souffrances ». Ou encore : « Quand nous ne verrons plus le mal, nous serons avec Dieu : mais si peu que nous le voyions, nous devenons incompatibles avec Lui ». Ainsi la cause de toutes nos souffrances est en nous ; les épreuves que nous imposent nos ennemis contribuent à notre progrès moral et c'est pourquoi nous devons les aimer.

             Une étrange théorie
    – Comment Antoine explique-t-il ses guérisons ?
    – Par les fluides. Toute pensée a son fluide et, suivant la nature de nos pensées, ce fluide sera plus ou moins ténébreux ou plus ou moins éthéré. Par les pensées impures, notre atmosphère s'alourdit et nous perdons le fruit de longues méditations.
    Notre devoir est de nous élever sans cesse vers des fluides plus limpides. Ainsi, en cas de désaccord, c'est grâce au fluide dégagé par nous que l'adversaire se rend à la raison. S'il constate qu'un de nos actes lui a porté préjudice, il est de son devoir de nous le faire remarquer, « mais le nôtre n'est pas de nous disculper, car ce serait nous servir du même fluide et puiser dans les ténèbres. »
    – Usez-vous de prières ?
    – La meilleure prière, a dit Antoine, est dans le travail. D'ailleurs, encore une fois, la base de notre culte est l'absolue liberté. N'allez donc pas croire surtout que je cherche à vous prêcher. Nous respectons toutes les croyances et aussi les incrédules. Notre père l'a dit : « Il me suffit de vous éclairer sans chercher à vous convaincre, car il est plus grand et plus méritoire de vouloir être honnête. »

    Ni Sacrements, ni Rites, ni Cérémonies
    – Vous parlez de liberté ; mais votre culte ne va pas cependant sans vous imposer des devoirs ?
    – Au delà de notre conscience il n'en existe pas.
    – Quels sont vos rites, vos cérémonies ?
    – Nous n'en avons pas. Tous les jours à dix heures, l'enseignement est lu ici par l'un de nous à ceux qui veulent bien se rendre au temple.
    – Quels sont vos sacrements ?
    – Nous n'en avons pas.
    – Mais le mariage ?
    – Ceux qui veulent se marier ont pour eux le mariage civil. Ils ont en se mariant à faire œuvre d'absolu désintéressement et c'est tout !
    – Vous approuveriez donc au besoin l'union libre ?
    – jamais !... Mais aussi vous me posez là des questions ! L'idée de mariage suppose toujours un amour charnel dont nous voulons nous affranchir. Bien entendu, aussi longtemps que cet amour existe encore en nous, nous devons nous marier en nous basant sur la morale et sur la pureté. Mais nous parviendrons à nous épurer suffisamment pour « ne plus passer par le mariage ». Je vous l'ai dit : notre culte est bâti sur l'amour « fraternel », et nous trouvons cruel d'aimer une femme et des enfants plus que tous nos semblables...

              CONCLUSION
   
Me voici loin de Jemeppe, loin du temple et loin de M. Delcroix. Et, après avoir cherché à concentrer mes impressions sur tout cela, voici à peu près à quoi je me suis arrêté.
    Cet Antoine est indubitablement sincère. Pendant plus de vingt ans, il s'est absorbé dans de profondes pensées et sa morale, émanant d'un homme sans instruction aucune, représente une prodigieuse somme d'effort et de volonté.
    Mais en agissant ainsi, il n'a fait en somme – et cela, chose curieuse, en plein vingtième siècle – que ce que faisaient jadis les premiers philosophes de l'antiquité.
    Comme eux, il a puisé en lui tous les éléments de sa morale ; comme eux, il a longuement concentré ses pensées sur des problèmes dont il s'est refusé à chercher la solution ailleurs que dans ses propres raisonnements. Comme eux encore, il s'est borné pendant des années à « causer » avec ses disciples, car jamais il n'a écrit une ligne et pour posséder son enseignement, il a fallu sténographier, tandis qu'il parlait.
    C'est donc un philosophe des temps anciens, mais un philosophe très candide et très naïf. Il a peur de l'intelligence dont il fait la source de nos erreurs, car l'intelligence a une tendance à s'appuyer sur ce qui est matériel et la vérité est « de l'autre côté ».
    Bref, quelle qu'en soit la valeur, sa philosophie a l'avantage d'être très douce, très apaisante et elle prête à ceux qui s'en sont pénétrés, un calme et une onction tels, qu'ils semblent s'être détachés de tout souci matériel et vivre dans une atmosphère de rêve...
    Souhaitons-leur, puisqu'ils se disent heureux, de ne pas se réveiller...
                                                                           Georges Dolnay.

La Meuse, 28 octobre 1911 (source : Belgicapress)

 

    Une illustration de la revue Le Mois chez nous a été reproduite sous forme de carte postale.

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Culte antoiniste (La Meuse, 27 août 1910)(Belgicapress)

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Culte antoiniste (La Meuse, 27 août 1910)(Belgicapress)

CULTE ANTOINISTE
    Lecture de l'Enseignement révélé par Antoine le Guérisseur, tous les samedis, 7 heures 1/2 du soir, grande Salle de la Légia, Passage Lemonnier.

La Meuse, 27 août 1910 (source : Belgicapress)

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Antoine the Healer dans On the Watch-Tower (The Theosophist, v32, n2, nov.1910)

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Antoine the Healer dans On the Watch-Tower (The Theosophist, v32, n2, nov.1910)

1910                   ON THE WATCH-TOWER                              165

    A very powerful religious movement has sprung up in Belgium, round the person of a young workman, Antoine the Healer, as he is called; his father was a miner, and he himself worked in the mines for two years, and then at other industries, in which he realised a small livelihood; his only son died in 1893, and he then resolved to give up the world and devote himself to the helping of the sick and poor, physically and morally. He became an ascetic, began healing diseases, never accepting any payment for his cures, and preaching a holy life. Now from 500 to 1000 sick people come to him daily, and he cures cancer, lupus, eczema, consumption, blindness, paralysis and epilepsy. On Ascension Day this year some 15,000 people crowded into and round his church, and four times he cured the sick en bloc. Such is the remarkable story, as told in a Belgian materialistic newspaper, La Meuse.

The Theosophist, v32, n°2, November 1910

 

Traduction :

    Un mouvement religieux très intense est né en Belgique, autour de la personne d'un jeune ouvrier, Antoine le Guérisseur, comme on l'appelle ; son père était mineur, et lui-même a travaillé dans les mines pendant deux ans, puis à d'autres industries, dans lesquelles il a obtenu une petite subsistance ; son fils unique est mort en 1893, et il a alors résolu de renoncer au monde et de se consacrer à l'aide aux malades et aux pauvres, physiquement et moralement. Il devint un ascète, commença à guérir des maladies, sans jamais accepter de paiement pour ses cures, et prêcha une vie sainte. Aujourd'hui, 500 à 1000 malades viennent le voir chaque jour et il guérit le cancer, le lupus, l'eczéma, la tuberculose, la cécité, la paralysie et l'épilepsie. Le jour de l'Ascension, cette année, quelque 15 000 personnes se sont pressées dans son église et autour d'elle, et à quatre reprises, il a guéri les malades en bloc. Telle est la remarquable histoire, telle qu'elle est racontée dans un journal matérialiste belge, La Meuse.

The Theosophist, v32, n°2, Novembre 1910

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Tribune Apologétique - La doctrine antoiniste (1911)

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Titre : Faits et Doctrines : La doctrine antoiniste
Éditions : Tribune Apologétique, juin & juillet 1911 (Nos 35, 36, 37, 38)

    On parle de ce texte critique de la part de cette publication de l'organe du Secrétariat général des Œuvres Apologétiques dans un article du Journal de Bruxelles du 13 août 1911, ainsi que dans un article de La Croix 23 janvier 1912.

Tribune Apologétique - La doctrine antoiniste (1911)

    Cette publication, dont on ne peut en connaître l'auteur (un article de l'Echo de la Presse signale qu'il s'agit d'André Kervyn), a été reproduite (au moins en partie) dans le Journal de Bruxelles en juin et juillet 1911 sous le titre Quelques note sur Antoine et l'Antoinisme. Elle n'est pas sans rappeler le petit fascicule publié par Hubert Bourguet en 1918 ou la contribution d'Albert Monniot dans la Revue internationale des Sociétés secrètes en 1914.

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