antoine-le-guerisseur
Au Pays du Spiritisme - Antoine-le-Guérisseur (Gazette de Charleroi, 20 décembre 1908)(Belgicapress)
Au Pays du Spiritisme
ANTOINE-LE-GUERISSEUR
C'est à Jemeppe-sur-Meuse que le spirite fameux, et surnommé Antoine-le-Guérisseur habite.
Mérite-t-il le nom qui lui a été donné ? C'est ce dont nous avons tenu à nous rendre compte de visu, et c'est le résultat de notre visite chez lui que nous voulons exposer à nos lecteurs.
Grâce au bienheureux Antoine, le petit village de Jemeppe-sur-Meuse est connu aux quatre coins du pays, et il est devenu de centre d'une nouvelle religion qui déjà a son temple...
Pour me rendre chez le nouveau Messie, je n'avais guère eu besoin de me renseigner beaucoup. Une bonne femme à qui je demandai l'adresse d'Antoine parut surprise de mon ignorance.
– Suivez ces gens, me dit-elle, ils vont sûrement chez lui...
Et je suivis une multitude, dont le passage m'avait frappé et que j'attribuais à la célébration des funérailles d'un notable de la localité. Mais c'était le cortège habituel et journalier des visiteurs d'Antoine-le-Guérisseur.
Sa maison est modeste, mais elle est flanquée d'un vaste bâtiment ayant tout-à-fait l'aspect d'une chapelle. A l'intérieur, tout le rez-de-chaussée est garni de bancs. Une galerie fait le tour du hall, et de chaire de vérité est adossés au fond, face à l'entrée. Les murs sont garnis d'inscriptions en grandes lettres. L'une nous fait savoir immédiatement dans quel lieu nous nous trouvons. Elle porta : Ecole professionnelle de philosophie et de morale, et elle est accompagnés d'autres inscriptions.
J'en citerai quelques-unes : Un seul remède peut guérir l'humanité : La Foi. – C'est de la Foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis, Dieu lui-même. Ne pas Aimer ses ennemis, c'est ne pas Aimer Dieu. Car c'est l'Amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir. – C'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité.
Ces maximes en valent d'autres, et développer chez son prochain l'amour du semblable n'a rien de méchant. C'est la religion d'Antoine. Donne-t-elle de bons résultats ?
Nous sommes bien une centaine de personnes qui attendons. Quoi ? Mon voisin m'explique. A tour de rôle nous serons reçus par le Guérisseur, et il suffit pour l'approcher de se présenter à un guichet que l'on m'indique, et où un disciple d'Antoine me remet une plaque de plomb, avec un numéro. La mienne porte le numéro 410, et cela veut dire que, ce matin je suis le 410e qui s'est présenté pour voir le Guérisseur... Et je ne suis pas le dernier, à ce que je vois par les nouveaux arrivés qui viennent s'asseoir derrière moi.
La guichetier appelle les visiteurs par le numéro qu'ils portent. On en est au 250e. Il y a du bon, j'ai le temps de bavarder.
Mon aimable voisin m'explique que toutes ces personnes viennent pour elles-mêmes ou pour des parents malades. Lui vient pour sa fillette, qui souffre sans se plaindre. Mélancolie ou neurasthénie, il ne sait, mais on lui a dit qu'Antoine la guérirait, et il est venu.
Une autre personne, une dame d'un certain âge, me dit qu'elle vient de Maubeuge. C'est la troisième visite qu'elle fait à Antoine : sa fille était malade, on la soignait sans arriver à un mieux. Et maintenant ? Elle est en bonne voie de guérison...
Et que prend-elle ? Rien. Antoine prie pour elle, et il suffit qu'elle pense à lui, qu'elle espère...
Sapristi, cela devient sérieux. Qu'est-ce que je vais bien raconter à ce saint homme ? Vais-je me déclarer malade ou journaliste ? Je prends le premier de ces deux partis, car en cherchant bien je n'ai pas difficile à me découvrir un malaise, un bobo, là...
Le guichetier arrive à mon numéro. Je tends mon plomb, une porte s'ouvre et je me trouve en présence d'Antoine-le-Guérisseur. L'impression est bonne. Antoine a une figure de brave homme aux cheveux et à la barbe grisonnants.
– Que désirez-vous, mon ami ? C'est pour vous que vous venez ? Qu'avez-vous ? me demande-t-il.
Et moi de lui répondre, de bonne foi, je souffre de ceci, de cela. A bien chercher, je me suis découvert toute une collection de malaises...
Antoine-le-Guérisseur lève les yeux au Ciel, puis il les abaisse sur moi et il me dit :
– Espérez, je prierai pour vous. Cela ira mieux,
– Mais, objectai-je, et mes drogues ?
– Abandonnez-les, contentez-vous de penser à moi, cela suffira, me répond-il.
– Et combien vous dois-je ? demandai-je pour terminer l'entretien.
– Rien, Monsieur, dit Antoine de sa voix douce.
Comme je n'ai pas suivi le « traitement » d'Antoine, et pour cause, je ne sais quelle peut être son efficacité.
Mais il paraît que certains s'en trouvent bien. On cite des cas de guérison surprenante. Est-ce vrai ? Pourquoi pas, en somme, pour les malheureux qui ont la « foi », la grande, celle qui soulève les montagnes. Le zouave Jacob, dont il fut tant parlé il y a une vingtaine d'années, n'arrivait-il pas à guérir lui aussi...
Et Lourdes, de nos jours ?...
En tout cas, à Jemeppe-sur-Meuse, c'est un pèlerinage incessant. Antoine reçoit tous les jours de 7 heures du matin à midi, sauf le samedi et le dimanche. Ce jour, Antoine-le-Guérisseur monte en chaire pour enseigner le « Nouveau Spiritualisme »...
Mais il se tient à la disposition du public, tous les jours et à toute heure pour les cas urgents !
Ses « offices » sont suivis par une foule considérable, et parmi les visiteurs qui viennent à ses « consultations », on en voit de tous les coins du pays et même de l'étranger. Dame, on ne paye rien, et à ce prix on en redemande...
Le seul bénéfice, et je ne sais si cela peut en constituer un, – il est minime en tous cas – consiste dans la publication d'une revue mensuelle, « L'Auréole de la Conscience », dont l'abonnement annuel coute deux francs. Et encore, les visiteurs ne sont pas sollicités...
Dans cette revue, et sous forme d'entretiens, Antoine-le-Guérisseur préconise la charité, l'amour du prochain, la tolérance pour toutes les opinions, parce que, dit le Messie de Jemeppe : « La liberté et l'égalité sont inséparables de la foi ».
Ce n'est pas si mal et surtout, cela pourrait être médité avec avantage par beaucoup. NEMO.
Gazette de Charleroi, 20 décembre 1908 (source : Belgicapress)
De Jemeppe à Lourdes (La Libre Belgique, 26 novembre 1934)(Belgicapress)
Sur mon bureau deux livres voisinent. L'un s'intitule : « Antoine le Guérisseur et l'antoinisme, d'après des documents inédits », par Pierre Debouxhtay (lib. Fernand Gothier, à Liége) : c'est l'étude très fouillée d'un phénomène religieux qui, dans la Belgique d'il y a trente ans, fit grand bruit, et dont vingt-sept temples en Belgique, quinze en France, attestent le rayonnement. L'autre a pour titre : « La physionomie d'une voyante » ; il est signé Jean des Rochères (éditions du Foyer, à Paris). La « voyante », c'est sainte Bernadette : Jean des Rochères dessine avec amour la mystique figure ; et tout en même temps sa dialectique très précise déduit, du portrait même qu'il nous donne, certaines conséquences apologétiques. Si vous songer à ce que fut Bernadette, si vous vous rappelez la ténacité avec laquelle les partisans de l'antoinisme fermèrent leurs oreilles aux condamnations prononcées par l'Eglise, et si vous réfléchissez que l'un et l'autre thème nous mettent en contact avec la notion de miracle, vous constaterez sans doute que le hasard qui sous mes yeux les juxtapose ne laissent pas d'être suggestif. Une lumière fit jaillir du rapprochement de ces deux livres, comme de certaines suggestions d'idées.
En fait, rien n'est plus intéressant comme confrontation entre le chapitre de M. Pierre Debouxhtay sur les « guérisons et autres faits paranormaux » attestés par les historiens de l’antoinisme, et le chapitre de M. Jean des Rochères, qui a pour titre : La valeur apologétique des miracles de Lourdes ».
Deux religions sont en présence : la chrétienne et l'antoiniste. Deux catégories de guérisons « curieuses et instantanées » – pour reprendre les mots de la revue spirite de Liége : « Messager » – se présentent à notre étude. La religion antoiniste, d'après M. Debouxhtay, considéra longtemps que le recours au contrôle de la science « constituerait un obstacle à la foi », – à cette foi qui chez les patients est nécessaire pour conquérir la guérison. Un jour pourtant, nous dit-il, « les antoinistes se décidèrent à faire constater certaines guérisons « miraculeuses ». C'était en 1910, lorsqu'ils s'efforcèrent d'obtenir pour leur culte la reconnaissance légale. A la requête adressée au Ministre, les adeptes joignirent des certificats, dont quelques-uns contrôlés par les médecins eux-mêmes. En quoi consistait ce contrôle des médecins ? Il nous est malheureusement impossible de le dire, ces certificats n'ayant pas été conservés dans les archives du ministère. L'abbé Bourguet, curé de Saint-Antoine, à Liége, dont le presbytère était voisin du temple antoiniste de Hors-Château, pouvait d'autre part écrire, dans la brochure qu'il publiait vers la fin de la Grande Guerre : « On ne saurait trop le dire : il n'existe aucun cas de guérison bien caractérisée d'une maladie organique à l'actif de Louis Antoine » ; et M. Debouxhtay, tout en ajoutant très loyalement la liste des guérisons, telle qu'elle fut publiée dans les diverses livraisons du périodique antoiniste l'« Unitif » entre 1911 et 1914, croit devoir mettre en relief cette remarque de M. l'abbé Bourguet. Se tournant vers Lourdes, M. Debouxhtay aperçoit à côté de la Grotte, « un bureau de constatation où des savants compétents peuvent soumettre à un examen minutieux les malades, avant et après la guérison » ; il observe qu'à Jemeppe, où le Père Antoine exerçait son office de guérisseur, un tel bureau n'existait pas.
Il y a sur le bureau de Lourdes dans le livre de M. Jean des Rochères, quelques lignes bien significatives de M le chanoine Bertrin : « Le Bureau des constatations devient, par prudence, de plus en plus difficile. C'est de plus en plus, par exemple, qu'il écarte les guérisons des maladies nerveuses, l'origine de ces maladies pouvant prêter au doute... Evidemment ce n'est pas le nombre des maladies nerveuses qui a fléchi, ni apparemment celui des guérisons dont elles sont l'objet. C'est la manière d'enregistrer ces guérisons suspectes qui est devenue de plus en plus rigoureuse et sagement défiante. Et déjà, il y a plus de quarante ans, le docteur Boissarie se montrait, à Lourdes, spécialement préoccupé « de ne pas assimiler aux miracles certaines guérisons, surprenantes peut-être, mais que les médecins voient partout se réaliser dans les hôpitaux ou ailleurs, sans l'intervention d'aucune cause surnaturelle. »
M. Jean des Rochères, commentant ces paroles, déclare avec insistance que « l'atmosphère de certains pèlerinages dans telles conditions données, peut être, pour des névroses sans lésion organique, le choc bienfaisant, capable de provoquer l'amélioration de l'état morbide ou même sa totale disparition », et qu'on ne peut, en pareils cas, parler de miracles. Et cette réserve initiale accroît l'autorité des pages où M. Jean des Rochères souligne la portée surnaturelle des guérisons des maladies organiques, et des guérisons des tumeurs ou des plaies, et la valeur des méthodes par lesquelles à Lourdes ces miracles sont constatés. Comment lui refuserait-on, même, le droit d'affirmer que de tels miracles, obtenus plus de soixante-dix ans durant, à la suite des visions de Bernadette, suffiraient à prouver la sincérité de la sainte et la réalité de ses visions ?
Celle qui, dans sa prière à Jésus, s'intitulait « la pauvre mendiante » fut la confidente et l'auxiliaire terrestre de cette initiative d'au delà qui, d'année en année, dans la piscine et dans le triomphal cortège qui porte l'Hostie, multiplie les grâces merveilleuses : la gratitude chrétienne va vers Bernadette, après s'être agenouillée devant celle dont elle fut la messagère. Mais l'Eglise veille rigoureusement au contrôle scientifique des faits de Lourdes : elle ne redoute pas, elle, comme l'antoinisme a paru le redouter, que l'intervention vigilante de la science médicale soit un obstacle aux guérisons ; elle lui fait appel, au contraire, pour donner à la gratitude des fidèles une robuste assise et lui imprimer un nouvel élan.
Georges GOYAU,
de l'Académie Française.
La Libre Belgique, 26 novembre 1934 (source : Belgicapress)
Antoine dit le guérisseur (L'Avenir du Luxembourg, 5 novembre 1911)(Belgicapress)
Antoine dit le guérisseur
Nous voulons parler de ce mystificateur ingénieux dont la célébrité a dépassé nos frontières et qui prétend avoir découvert le remède à tous les maux de l'âme et du corps.
D'abord houilleur, puis métallurgiste, Antoine devient président d'une société spirite nommée « Les vignerons du Seigneur. »
Il prétend causer avec les morts et apprendre d'eux la manière de guérir.
Les femmes du peuple, impressionnées par les scènes d'évocation, les crises des médiums et l'air extatique du président furent les premières à voir en lui un personnage extraordinaire et à faire à notre empirique une réputation de guérisseur habile et même de saint ! Aussi, de tous côtés, les infirmes affluèrent ! On cita des guérisons merveilleuses, mais difficile à vérifier.
Antoine se sépara du Spiritisme classique pour ébaucher « Le nouveau Spiritualisme » qui remplace les esprits par les « fluides ». Suivons-le dans ses évolutions.
Antoine n'a qu'une instruction rudimentaire ; mais il est assez avisé pour savoir que le peuple veut être drogué. Un médecin est un homme qui ordonne des bouteilles... C'est le sentiment populaire sur les bords de la Meuse. Antoine découvre un jour, chez un pharmacien, la « Liqueur Coune » et voit, dans cette spécialité, son avenir assuré ! Il se mit donc à en prescrire l'usage pour toutes les maladies. Malheureusement, il se vit, de ce chef, condamné pour exercice illégal de la médecine. Cette condamnation valut à Antoine une ovation qui augmenta sa réputation. Dès lors, Antoine se dit : « S'ils ont gobé la liqueur Coune, ils avaleront de l'eau claire additionnée simplement de magnétisme animal. »
C'est ce qu'il fit en persuadant aux naïfs qu'il avait le pouvoir de magnétiser l'eau ; on le voyait faire des contorsions et des passes fatigantes pour extraire de son être quantité d'effluves pour magnétiser.
Estimant, dans la suite, qu'il se donnait trop de peine, il recourut à un procédé plus expéditif et plus économique : il dota de force magnétique de simples morceaux de papier au moyen desquels chacun pouvait, à domicile, magnétiser un verre d'eau.
Entretemps, la médication d'Antoine se spiritualise de plus en plus. Elle n'a plus besoin des intermédiaires matériels. Le guérisseur se contente désormais d'imposer les mains à ses clients. On dit que, pendant cette quatrième phase, Antoine imposait les mains à plus de 50 personnes par heure, car les malades arrivaient de partout, d'autant plus qu'une savante réclame venait d'être organisée au moyen de brochures colportées partout dans le pays.
L'on a beau étudier ces brochures, l'on n'y comprend rien : néanmoins, la clientèle s'élargit, et ce n'est plus seulement pour la médecine qu'on vient chez Antoine, mais aussi pour la morale, car, Antoine est désormais un prophète qui reçoit des révélations.
Et comme le nombre des sots dépasse celui des malades, une nouvelle religion nommée l'Antoinisme est définitivement fondée ! Alors, Antoine inaugure la 5me phase ;... sa phase actuelle : celle des passes collectives ! Tous les dimanches, Antoine se contente de paraître devant une nombreuse assemblée et détendre majestueusement les bras en remuant les doigts pour laisser écouler sur son peuple tout le fluide qu'il possède en lui ; après quoi il se retire sans avoir dit une seule parole ! L'opération est terminée !... Les personnes qui ont la foi sont guéries et n'ont plus qu'à se retirer pour faire place à d'autres qui verront la même comédie.
Généralement, ce sont les mêmes gens qui sont guéris et soulagés tous les dimanches ?
Aujourd'hui, Antoine voit sa santé décliner, il a, paraît-il, communiqué à sa femme le don de manier les fluides. C'est ce qui a valu à Antoine, le qualificatif de « Généreux » à côté de celui de « Guérisseur ! »
L'Avenir du Luxembourg, 5 novembre 1911 (source : Belgicapress)
Cet article est tiré de la contribution de Kervyn, critique envers l’antoinisme, comme on s’en doute par ce résumé.
Auréole de la Conscience dans l'Enseignement (1905)
M. ANTOINE
Nous servons Dieu quand nous sommes fidèles à ses lois. Le croyant doit voir dans un ennemi Dieu lui-même. S'il n'aime pas son ennemi il n'aime pas Dieu, car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir, c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité.
Première version du texte de l'Auréole de la Conscience dans l'Enseignement (1905) qui sera reprise pour figurer sur le mur du fond du Temple d'antoine le Guérisseur, puis à son exemple sur celui de tous les temples antoinistes.
Conseil d'Administration du Temple (1910)
Tiré de Historique du Culte Antoiniste de Frère Jean-Marc Boffy.
Congrès Spirite de Liège (1905)

Le site spiritisme.net met plusieurs comptes-rendus de congrès spirites notamment celui tenu à Liège les 11 & 12 juin 1905.
adresse du site : https://sites.google.com/spiritisme.net/encyclopedie-spirite/livres/congrès-et-conférences
Adresse du document PDF direct : https://drive.google.com/file/d/1Dc8OaWzPS73J6w6dHGCJsOy7BbC7Ucd5/view
ou encore ici :
https://www.autoresespiritasclassicos.com/Gabriel%20Delanne/Congresso%20Espirita%20de%20Liege-Belgica%20(1905)/Congr%C3%A8s%20Spirite%20Li%C3%A8ge%20(1905).pdf
On lit que la date du dernier Congrès tenu à Liège remonte à trente ans. Donc en 1875, Louis Antoine était en Prusse et ne s'intéressait pas encore au spiritisme. C'est donc certainement en 1905 qu'il rencontra Léon Denis. Le congrès suivant à Liège sera en 1923 (cf. le site L'ésothentique.
Dans ce compte rendu, on lit la recommandation suivante (p.5) : "Permettez-moi de vous recommander les livres qui sont en vente ici, à l'entrée de la salle, livres de M. Antoine, livres de M. Léon Denis et livre des prières. Chaque spirite voudra posséder ces ouvrages qui doivent figurer dans la bibliothèque de tous ceux qui veulent sincèrement pratiquer et encourager le spiritisme. (Applaudissements.)
Mais lors de la réunion du 11 Juin après-midi (p.22), "un léger incident est soulevé par MM. Delcroix et Hollange qui expliquent l'abstention de M. Antoine et de son groupe. Cet incident menaçant de faire perdre un temps précieux, M. le Président déclare ne pouvoir continuer la parole aux interrupteurs et l'ordre du jour est repris."
Une note de bas de page précise que "Le Comité Fédéral a reçu depuis du Groupe Antoine une lettre qui donne une excellente solution à la difficulté soulevée".
Enfin une large part est faite aux guérisons obtenues par les Médiums guérisseurs. Ce chapitre (p.81) commence par les mots suivants : "Outre les certificats dont nous donnons la reproduction, nous en avons reçu une quantité d'autres délivrés aux mêmes médiums. L’exiguïté des ressources financières dont nous disposons ne nous permettant pas de les publier, nous en donnons ici le résumé succinct avec un mot sur chacun des guérisseurs de notre pays, parmi lesquels M. Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, occupe le premier rang, par le nombre de malades qu'il reçoit chaque jour et celui des guérisons qu'il obtient." Suivent la liste des médiums et attestations de guérisons, la plupart de la région de Charleroi et quelques-uns de Liège.
Dans le compte rendu du Congrès spirite de Liège en 1908, alors que le Père s'est séparé du spiritisme, le témoignage du médium guérisseur Jean Dumoulin (qui reçoit avec sa fille à Liège, rue de Waremme) qui nomme le Père "notre frère Antoine de Jemeppe". L'animosité des spirites envers l'antoinisme n'a donc pas toujours été aussi tranchée.
Cependant le Rapport de la F. S. de Liége, donné dans le compte rendu du Congrès spirite de Namur en 1912 (p.30), annonce les raisons de la périclitation des groupes spirites : "L'autoritarisme ou l'ignorance du chef de groupe, l'orgueil et la rivalité des médiums, l'influence de l'antoinisme, l'irrégularité des profanes à nos séances, profanes insuffisamment préparés, l'éloignement ou la mauvaise situation du local des réunions, et surtout le manque d'organisation (défaut de règlement, de comité, de bibliothèque, etc."
C'est au cours du Congrès de 1913 à Namur que le Président M. Fraikin dénonce les causes de l'affaiblissement du spiritisme qui sont en premier lieu "l'antoinisme qui, pour des raisons
peu avouables, refusa toujours de marcher avec nous".
Pourtant une communication de M. Debie cite en exemple l'antoinisme et l'Institut des Forces Psychosiques et pose la question :
"Que faut-il pour rallier les nombreux malades qui passent par les mains de nos guérisseurs.
"Un bel exemple nous est donné par les Antoinistes d'une part et par l'Institut psychosique de Douai, d'autre part ; nous serait-il si difficile de suivre ces exemples ?"
Le Mouvement (par le secrétaire M. Delcroix)
LE MOUVEMENT
Rue du Bois-de-Mont, No 2
Quant à moi, ce que j'avais vu m'avait trop intrigué pour ne pas me confirmer encore dans mon désir de poursuivre mon enquête. Au sortir du temple, je me rends donc tout à côté, à la rue du Bois-de-Mont, No 2, où se trouve installé le bureau central de l'Antoinisme.
J'y suis fort aimablement reçu par M. Delcroix, un des plus fervents adeptes du « culte » qui, tout comme Antoine, porte la « robe ».
– Nous recevons ici, dit M. Delcroix, des centaines et des centaines de lettres par jour et ceci vous donne une première idée de l'importance du mouvement.
– Et vous y répondez ?
– Il nous est impossible, évidemment, de répondre à chacun. D'autant plus que les nombreuses visites que nous recevons absorbent encore une grande partie de notre temps.
– Vous disposez, sans doute, pour votre propagande ?...
– Nous ne faisons pas de propagande. Ceux qui viennent à nous sont les bienvenus, mais nous n'avons pas le droit d'aller à eux.
– Soit, mais il vous a fallu cependant élever ce petit temple, organiser ce bureau et tout cela exige des ressources. Comment vous les procurez-vous ?
– Nous ne nous procurons pas de ressources.
– Ah...
– L'argent vient à nous dès que nous en avons besoin, mais nous n'avons pas de caisse... Nous sommes tous frères et les frais qu'il nous faut faire pour le culte sont couverts sans que jamais nous n'ayons éprouvé de difficulté.
– Vous venez, je crois, de décider la publication mensuelle d'une brochure ?
– En effet. Le premier numéro de l'« Unitif » a paru en septembre et nous tirons en ce moment le second numéro. Ceci va me permettre de vous montrer notre imprimerie.
Extrait de l'article Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)
M. de Poncey, carte postale du temple en Avril 1909
Par un heureux hasard, j'ai fait l'acquisition d'une carte postale postée par la médium-guérisseuse Mme A. de Poncey de Paris qu'elle a envoyé du temple de Jemeppe en Avril 1909.
Elle envoie une bonne pensée de Jemeppe à M. et Mme Bouzerot de Paris 18e.
Léandre - Antoine (Le Matin, 18 décembre 1910)(Belgicapress)
A travers le village houiller, ses étroites rues tortueuses, ses raidillons montant vers les terris, le long du quai pierreux qui étreint mal la Meuse souvent rebelle, l'homme va, de son pas égal. Il est vieux déjà, ses cheveux gris seront demain tout blancs ; s'il les portait longs, en auréole, ils lui feraient une auréole de neige ; mais ils sont ras, formant sur le sommet du front ridé une petite brosse... L'homme va, de son pas égal. Il a été grand, mais l'âge l'incurve de plus en plus vers la terre, le dos se voûte, la tête s'incline. Cependant, il en impose encore ; ce n'est pas là un vieillard. L'œil, dans la face banale, type caractéristique des gens du pays, brille, a des ardeurs vivantes, et son regard est extraordinaire. Toute la force de ce grand corps s'est retirée dans ce regard, semble-t-il. Et c'est un regard à la fois d'énergie et de bonté, où le rêve passe par moments, où plus fréquemment la volonté luit. Toujours étreint dans une redingote noire fermée jusqu'au col par une seule rangée de boutons, cet homme, que ce détail seul distingue de ses concitoyens, va de son pas égal, salué à droite, à gauche, salué sans cesse, et répondant de la même inclinaison de tête sans trêve répétée, tandis que la bouche mâche de la gomme, mâche de la gomme, toujours. Très simple, ignorant de toute pose et de toute attitude, l'air d'un vieil employé bon enfant mis à la retraite et jouissant en paix de sa liberté dans le pays où il est né et où chacun l'estime, tel est cet homme, hier connu seulement de la banlieue liégeoise, aujourd'hui célèbre de par le monde.
Il n'y a pas si longtemps que Jemeppe-sur-Meuse considérait encore Antoine comme un rebouteux sans importance. Il s'agit évidemment de la partie intelligente de la population. Car le peuple la rapidement élu comme son guérisseur, au grand dam des médecins de la localité. Aujourd'hui des instituteurs, des professeurs, des prêtres marchent derrière la bannière antoniste et exaltent le vieux bonhomme. Toute la rive mosane, Liége et le pays de l'Ourthe s'inclinent à son nom. Et nous avons vu récemment parvenir à la Chambre une pétition recouverte do 160,000 signatures, réclamant la reconnaissance du nouveau culte, Antoine est dieu.
Une fois de plus, l'Aventure recommence ; elle recommencera de la sorte tant que la terre tournera... Et c'est comme un conte de fées, à l'usage des grands enfants.
Il y avait une fois, dans un pays bien noir, plein de fumée âcre, de grondements de machines et d'explosions sourdes, un petit ouvrier mineur que rien ne distinguait des autres mineurs, ses frères. Et cependant, un jour, le sort voulut que ce petit mineur héritât. Une Voix lui dit : "Te voilà riche ; quitte la bure et fais tourner les tables."... Peut-être eût-il préféré faire tourner les têtes, le pauvre Antoine... Mais ce lui eût été plus difficile. Il écouta la Voix et imposa les mains à un guéridon, qui volta de la meilleure sorte. Antoine comprit son destin. Le spiritisme le hanta. Il s'installa médium, organisa des réunions, écrivit sur le papier, devant ses amis hébétés, les communications de l'au-delà. Ces choses-là, après vingt siècles de science et de civilisation, prennent encore. Antoine fit parler et écrire les morts. Ils le récompensèrent en s'incarnant en lui. Le médium épistolier devint médium à incarnations. Autour de lui, le groupe de sympathies, intéressées d'abord, bien vite respectueuses, finalement craintives, se resserra. La réputation du bonhomme se répandit. Il put alors pressentir sa gloire.
Il la pressentit sûrement, car il se découvrit un nouveau don : l'art de guérir, que lui conféraient les Esprits. De même que les voix célestes avaient dit à Jeanne : "Arme-toi et fais sacrer ton gentil roy", les voix tabulaires lui dirent : "Va et guéris !" Et Antoine alla. Il s'approcha des malades, posa dessus ses mains comme il faisait aux tables, et la tête des malades tourna, et ils guérirent. On voit aussi cela à Lourdes ; ils crurent en Antoine comme en l'eau de la piscine sacrée, et ils se rétablirent. Deux, trois miracles de cette nature assurèrent au personnage des disciples bientôt sans nombre. Il ne dut plus quitter sa petite maison, on l'assaillit, on fit queue à sa porte. Un culte nouveau naissait. Il naissait d'autant plus vite que, contrairement à l'habitude, sa pratique ne coûtait pas un centime. Car jamais Antoine n'a reçu d'argent, jamais Antoine n'a voulu être payé. Antoine soigne et guérit par vocation et non pour gagner sa vie, sa vie modeste, indifférente au confort, au luxe, sa vie de petit Jemeppien du peuple…
Comment Antoine guérit-il ? Allez le voir, mais prévenez-le, si vous ne voulez pas attendre une, deux heures devant son huis. Ah ! ce n'est pas une sinécure que le métier de guérisseur !... Songez qu'on vient à Antoine de partout, même de France, qu'on l'interroge par lettres, qu'il doit répondre sans répit aux questions anxieuses d'une foule... Allez le voir ; il vous recevra avec bonhomie, affabilité ; sa gloire, sa puissance ne l'ont pas grisé... Il vous regardera longuement, plongeant en vous son regard extraordinaire, et il vous dira de quoi vous souffrez, exactement le plus souvent ; car Antoine n'est pas bête, c'est un physionomiste averti, très habile ; il sait aussi faire adroitement parler et tirer des paroles apparemment les plus simples la révélation de votre mal. Il lui arrive également de vous découvrir un mal d'ailleurs inexistant ; mais c'est le propre de tous les guérisseurs. Souvent aussi, il déjoue votre ruse et vous reconduit jusqu'à son seuil en vous reprochant doucement d'être venu pour vous moquer de lui, de lui avoir fait perdre un temps précieux, qu'il eût pu consacrer à des souffrances réelles. Et cela le plus sincèrement du monde ; car Antoine est convaincu – et il faut noter cela. Les procès qui lui furent faits du chef "d'exercice illégal de l'art de guérir", et desquels il est d'ailleurs sorti victorieux, l'ont profondément affligé et indigné. Antoine remplit une mission sacrée et il ne permet pas qu'on l'assimile aux charlatans.
D'ailleurs, les esprits l'ont récompensé de cette foi en eux. Ils lui ont conféré, outre le pouvoir guérisseur, le moyen d'enseigner. Cet ouvrier mineur, sans instruction, enseigne et écrit. Chef de religion, propageant la doctrine physique et morale des Esprits, Antoine prononce des discours, fait des sermons, rédige des opuscules. Cette merveille a renversé les suprêmes remparts de l'incrédulité. La foule grossie s'est ruée à l'entour du vieillard. Elle a réuni les fonds nécessaires ; elle a bâti un temple, là-bas, au fond du grand village noir et roux, à côté de la petite maison d'Antoine ; – elle a bâti un temple modern style, où, chaque jour, elle se presse pour écouter et voir le Maître, et l'on ne se pressait pas avec plus d'impétuosité et de foi pour écouter le Discours sur la Montagne. Dans ce temple, Antoine parle et guérit. Il impose les mains, dit : "Pensez à moi", car tout le secret de son pouvoir est là ; il faut rester en communion de pensée avec lui pour être guéri et sauvé. Antoine, qu'on a comparé justement à une pile électrique chargée de fluide guérisseur par les Esprits, communique ce fluide à ceux qui pensent à lui. Ainsi peuvent-ils se guérir à distance, par un simple acte de foi, une pensée fervente à Antoine. Evidement, dans la guérison, celui-ci fait également intervenir les Astres ; mais il leur accorde cependant moins d'importance que ses devanciers. C'est surtout le fluide qui opère.
Quant à sa doctrine morale, elle s'inspire, comme celle du maréchal Booth, de l'évangile chrétien et des théories spirites. Aimez votre prochain, le bien c'est l'amour, la possession de Dieu récompense les bons, etc. On voit le thème. Cela, Antoine le développe congrûment dans le silence de son temple ; parfois l'orateur est un peu obscur, mais on ne saurait reprocher cela à un thaumaturge.
Tel est Antoine, telle est sa doctrine, telle est sa puissance. On en a ri longtemps. On n'en rit plus. Vous avez lu la pétition adressée à la Chambre et signée par 160.000 antonistes, et réclamant la reconnaissance de leur culte. Ils ne demandent pas de subsides, mais l'autorisation d'élever de nouveaux temples, où ce culte sera organisé.
"Nous avons l'honneur de vous demander de reconnaître par une loi le culte antonin, fondé à Jemeppe-sur-Meuse par Antoine le Généreux, et qui compte actuellement plusieurs centaines de milliers d'adeptes.
"Si Antoine le Généreux et ses adeptes demandent la reconnaissance de leur culte, ce n'est pas pour obtenir des subsides ou des rémunérations pour les membres de ce culte. La religion antonine est fondée sur le désintéressement le plus complet ; Antoine le Généreux et les membres de son culte ne peuvent recevoir ni subsides ni rémunérations ; mais ils veulent assurer l'existence de leur temple de Jemeppe, lequel a coûté 100,000 francs.
" D'autres temples vont être érigés aux frais des adeptes. La reconnaissance du culte aura pour effet de transférer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires qui en auront la gestion matérielle. Leur existence légale sera ainsi assurée. Il n'y aura donc ni droit de mutation, ni droit de gestion à acquitter.
"Le temple de Jemeppe est administré par un comité de neuf membres composé de signataires de cette protestation. Mais le comité n'en a pas la propriété légale. Il importe que cette propriété lui soit conférée.
"Il est inutile que nous insistions sur le caractère si moral et si élevé de l'enseignement d'Antoine le Généreux et sur les merveilleuses guérisons, tant morales que physiques, qu'il a obtenues et obtient chaque jour.
"Un simple examen d'un des certificats joints à cette pétition fera comprendre pourquoi nous considérons Antoine le Généreux comme un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité qui puissent se rencontrer."
Comme je l'ai dit, parmi les signataires de cette curieuse pétition – la plus importants qu'ait jamais reçue la Chambre, quant au nombre des signatures – on trouve des instituteurs, des professeurs d'athénée, des médecins, et jusqu'à des prêtres catholiques.
Tous ces fidèles veulent des temples où Antoine, hebdomadairement, leur apportera sa parole et son fluide.
Et l'on ne prévoit pas que la Chambre puisse ne pas faire bon accueil à leur demande. De sorte que le culte d'Antoine le Généreux, approuvé et reconnu, dotera notre pays d'une religion nouvelle, avant que l'instruction obligatoire lui ait été donnée.....
LÉANDRE
Le Matin, 18 décembre 1910 (source : Belgicapress)







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