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antoinisme

Baisse du nombre d'antoinistes, réponse d'un catholique en 1938

Publié le par antoiniste

La vraie lutte commence là

par

François MAURIAC

27 novembre 1938

 

La menace qui pèse sur les Églises et dont nous avons si peu conscience, nul ne l’a mieux exprimée que M. Denis de Rougemont dans ces quelques lignes cruelles de son Journal d’Allemagne : « Chrétiens, retournez aux Catacombes. Votre « religion » est vaincue, vos cérémonies modestes, vos petites assemblées, vos chants traînants, tout cela sera balayé. Il ne vous restera que la Foi. Mais la vraie lutte commence là. »

Ce n’est pas que nous tenions pour assurée la ruine de cette façade auguste dressée par l’Église au-dessus du monde. Les cultes, les liturgies correspondent à une exigence qu’aucune révolution n’a pu tout à fait réduire : elles ont toujours fini par rouvrir les temples. La messe d’un prêtre réfractaire, dans un grenier ou dans une cave, cette bougie, ce livre éclairé, ces chuchotements, ce petit troupeau qui risque sa vie tandis qu’un homme fait le guet et que les paroles sacrées, se détachant du silence, livrent une fois de plus l’Agneau de Dieu à ceux qui l’aiment, ce drame dépouillé de tout ornement et réduit à quelques mots, à quelques gestes, garde sur les cœurs une séduction moins visible mais autrement puissante que le spectacle machiné qui fait se lever à la fois des milliers de poings fermés ou de mains ouvertes.

On l’a souvent noté : les grandes manifestations collectives conviennent à un âge de la vie, l’adolescence, une certaine adolescence et qui a la passion d’admirer, de servir et de ne penser à rien ensemble. Au delà de vingt-cinq ans, les garçons d’outre-Rhin n’éprouvent-ils quelque lassitude à crier et à acclamer en mesure ? Et, puis l’humanité entière ne tient pas dans sa jeunesse virile. Les peuples de demi-dieux n’existent pas. Dans chaque pays souffre une foule immense de créatures blessées, traquées par la maladie, par la faim, par les exigences féroces de l’État, par la misère secrète de toute vie, par le remords ; et beaucoup d’autres qui ne sont ni blessées ni traquées ont simplement le désir de Dieu et le cherchent : « J’ai faim de Vous, ô joie sans ombre, faim de Dieu... » C’est un vers de notre Jammes.

Il ne faut point s’étonner de ce que l’effort des chefs, en pays totalitaire, qu’ils l’avouent ou non, porte sur ce dernier retrait où la Grâce pénètre seule. La substitution de la Race au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob exige le don de l’homme intérieur à l’idole ; et le dialogue muet entre la créature et son Créateur devient criminel parce qu’il échappe à la police.

Le dictateur, pour atteindre au secret des cœurs, s’attaque donc d’abord à l’armature visible, aux œuvres sociales, aux groupes de jeunesse, à la hiérarchie. Dans cette première bataille, comment ne serait-il le plus fort ? Lorsque le sort du monde dépend de quelques affranchis, d’une bande qui campe par delà le bien et le mal et qui a partie liée avec des millions de petits hommes jaunes pour lesquels notre foi et notre espérance sont comme si elles n’avaient jamais été, la ruine matérielle des Églises s’insère alors dans un avenir prévisible et une parole que le Christ s’adressait à lui-même, brille soudain d’un éclat tragique – une de ces paroles qu’à ma connaissance, aucun prédicateur ne commente jamais : « Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il encore de la foi sur la terre ? »

Qu’est-ce donc que croire ? De quoi parlons-nous quand nous parlons de notre foi ? Rougemont nous aide à poser la question dans le concret : la question de savoir combien d’hommes seraient prêts à mourir pour une vérité abattue, dépouillée de son apparence auguste. Que subsisterait-il de notre fidélité à des rites abolis, de nos habitudes chrétiennes, le jour où leur objet n’apparaîtrait plus ? Et pourtant la vraie lutte commence là, en effet, au pied de trois gibets dressés à la porte d’une ville où trois condamnés de droit commun, trois Juifs agonisent, et lorsque tout est consommé et que tout semble fini de l’aventure chrétienne. La vraie lutte commence à ce néant. Le sort du christianisme est suspendu, peut-être, à la foi de quelques fidèles des diverses Églises qui, dans la ruine de tout ce qui, en les séparant les uns des autres, leur avait été occasion d’hérésie ou de schisme, croiront d’un même cœur, d’un même esprit, à une vérité écrasée et comme effacée du monde visible et, les yeux levés, attendront qu’apparaisse au zénith le signe du Fils de l’Homme.

 

François MAURIAC.

Paru dans Le Figaro du 27 novembre 1938
et recueilli dans Suites françaises
(New York, Brentano’s, 1945)
par Léon Cotnareanu.

source : www.biblisem.net

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Morale (guérison de l'âme) plutôt que la guérison (du corps)

Publié le par antoiniste

        Régis Dericquebourg, Les Antoinistes, p.111
    Le 'guérisseur de Jemeppe' parle peu de la maladie et du traitement spirituel. une telle réserve semble paradoxale quand on sait qu'il a consacré une partie de sa vie à recevoir les malades et qu'il a authentifié son prophétisme grâce au charisme de guérison.

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        Régis Dericquebourg, Les Antoinistes, p.116
    Dans l'antoinisme, à une exception près (l'appel du 15 juin 1970 aux professions de foi parmi les guéris), il n'existe pas de réunion de témoignage comme chez les disciples de Mary baker Eddy.

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        Régis Dericquebourg, Les Antoinistes, p.132
    Les occasionnels qui assistent de temps à autre - parfois de façon très espacée - à l'opération générale du dimanche. Un problème de santé ou un événement de la vie peut les faire retrouver un jour le chemion du temple. Ces personnes peuvent marquer leur attachement à l'antoinisme en commémorant la mort des fondateurs. Il arrive aussi que certain ne reviennent jamais.La guérison obtnue n'était-elle que leur seul but ? N'ont-ils pas trouvé ce qu'ils cherchaient ? Les guérisseurs antoinistes ne s'inquiètent pas de ces défections. la consultation unique ou épisodiqe fait partie de leur service. pour s'engager dans le 'travail moral', "il faut en avoir la pensée", cela viendra un jour, peut-être dans une autre vie.

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        Association politica hermetica - Esotérisme et guérison - L'AGE D'HOMME, 2005 (source : Google Books)
    En principe, la thérapie religieuse des maladies n'est pas un "à-côté" de la voie religieuse. En recourant à un religiothérapeute, le malade aurait l'occason de se palcer sur une voie du salut : se libérer maintenant du poids des incarnations et hâter le cycle des réincarnations, retrouver le christianisme par le biais de l'image du Christ guérisseur. Pourtant, il arrive qu'elle soit délaissée par des sollicitateurs occasionnels. nous avons dit ailleur que ce cas de figure illustre la tension entre l'offre de guérison et la proposition de salut, la première étant souvant priviliégiée par le public. Par exemple, nous avons entendu des guérisseurs antoinistes déplorer que beaucoup de personnes utilisent leurs temples comme un dispensaite de soins spirituels au détriment de la voie du salut antoiniste. Mais dans leur rationalité, les religiothérapeutes inscrivent quand même la consultation dans la sotériologie. Pour eux, la maladie a fourni l'occasion de se rapporcher de Dieu et ce qui a été "donné" lors du traitement religieux est une graine de spiritualité qui germera plus tard, dans la vie présente ou dans une autre vie future quand leur doctrine est réincarnationiste. Toutefois, les consultants savent qu'un dispositif religieux visant le salut est sous-jacent au traitement qu'ils sollicitent de la même façon que les patients d'un medecin connaissent l'existence de la recherche biologique et pharmacologique en amont d'un acte médical. Le guérisseur religieux est reconnu par une Eglise qui propose un but véritablement religieux : le salut des âmes, et auquel il oeuvre lui-même. En ce sens, il n'est pas un magicien qui vise le résultat sans se soucier du salut. Si la guérison, quand elle advient, valide la doctrine et l'Eglise qui est fondée sur elle, l'offre de salut est une des insctances de la plausabilité de la guérison religieuse car celle-ci est étayée par une sotériologie typiquement religieuse dont la plausablilité est partagée par d'immenses communautés de croyants.

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        Unitif n°8 - p.16 - N. témoigne
    J'aurais tant aimé dans le début, soulager leurs souffrances physiques. Que de fois ma pensée s'est envolée vers notre Père, sincère, ardente, pour demander la guérison des malheureux. Je n'avais pas encore compris que demander la guérison physique, la disparition de leurs souffrances, ce n'était pas là les aimer réellement, car je devais, delon l'Enseignement, chercher à leur en faire comprendre la cause, les aider à supporter courageusement leurs épreuves, leur donner les moyens de les surmonter et leur en demontrer l'efficacité.
    Depuis, tous mes efforts tendent à pénétrer mes frères de ce que j'ai comris de la morale, m'efforçant de leur faire entendre qu'il vaut mieux soigner la cause que l'effet, et de faire naître en eux le désir de connaître les Enseignements de notre Père, dans la pratique desquels ils trouveront à la fois le remède et le bonheur.

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        Unitif n°11 - p.3 - U.E. témoigne
    A leur contact la sensibilité du Père se développa rapidement et dans des proportions que notre faible raison ne pourrait apprécier. Par elle Il reconnut que les plaies du corps ne sont que la consécration des plaies de l'âme et Il ne s'occupa plus que de soigner celle-ci. Il s'entoura de fidèles disciples qu'Il instruisit de son savoir et son Enseignement inspiré par l'amour et reposant uniquement sur la morale c'est-à-dire sur l'expérience des êtres et des choses, est la vraie science, car Il a cherché Dieu avec Dieu lui-même à travers sa propre essence, tout l'opposé des sciences profanes qui cherchent la Vérité en dehors de nous, dans la matière.

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    La guérison des maladies n'est pas tout : c serait même un écueil si l'on s'arrêtait là, mais c'est une pierre de touche pour le nouveau venu.

Jean-Marie Defrance, Réveil - L'Apôtre de Jemeppe et sa Révélation (1932), p.27

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        Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.169
    Les adeptes, aux yeux de qui les guérisons ne sont que le côté accessoire de la mission du Père(1), furent-ils sensibles à ce reproche ?

(1) Beaucoup sont surtout frappés par les guérisons obtenues à Jemeppe ou ailleurs. Cette manifestation plus tangible de la puissance de notre Père impressionne davantage les foules et cependant, laissez-moi vous le dire, ce n'est là que le côté accessoire de sa mission. H. Bodin dans l'Unitif, I, 2, p.13.
    Certains attachent beaucoup d'importance à ces guérisons. Il est vrai qu'elles ont une grande signification puisqu'elles donnent une preuve tangible de la puissance de la foi ; mais il est un témoignage bien autrement significatif de cette puissance, c'est le sentiment de jour en jour plus profond que nous formons tous ensemble l'unité. L'Unitif, III, 4, p.5

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            Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.329
   "Mes enfants", disait-il. Il avait donc choisi d'être appelé "le Père". Tous les adeptes comprirent. Ils sentirent du coup que c'était bien là le vrai nom qui lui convenait, tant à cause de son âge, de son aspect, que de cette égalité d'amour dont il savait envelopper tous ses fidèles. Comme un père, il ne cherchait pas à se faire aimer, il usait à l'occasion d'un rudesse bienveillante. Il songeait avant tout à leur bien, même s'ils n'y songeaient pas eux-mêmes, et il voyait devant eux, plus loin que chacun d'eux.
    - Quoi qu'il vous arrive, dit-il pour terminer, si vous pensez à moi, je serai toujours avec vous pour sanctifier votre épreuve et vous aider à surmonter votre doute.
    C'est ainsi qu'Antoine le Guérisseur, que certains avaient appelé Antoine le Généreux, devint le Père. A partir de ce jour-là il ne fit plus de différence entre tous ses fils. Bientôt il ne reçut plus aucun malade en particulier, et toutes ses opérations furent remplacées par une "opération générale", qui se faisait chacun des quatre premiers jours de la semaine, à dix heures. Il continuait à guérir, mais tous sentaient que pour lui la guérison des corps n'était plus la chose importante. on allait à ses opérations, bien plus pour le fluide d'amour que pour être guéri.

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        Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.168
    Il faut remarquer que pour les antoinistes, ces guérisons extraordinaires ne sont pas miraculeuses, (c'est-à-dire supposant une intervention spéciale, surnaturelle quoad modum, de la Divinité). L'Unitif (III, 4, p.5) parle des "guérisons que le doute fait appeler miraculeuses", cependant le numéro suivant, (III, 5, p.6), annonce qu'à Nice "s'accomplit un vrai miracle"! (Cfr p.172) Pour Antoine comme pour les spirites le miracle n'existe pas. "Il n'y a pas de miracle. Les faits psychiques ne sont pas des miracles." déclare Le Messager, 1-11-1903, p.50.

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        Le Développement de l'OEuvre Révélée, L'arbre de la science de la vue du mal, le bien, interprété l'opposé de la réalité, p.263
    Dans cette question pas plus que dans tout autre il n'y a de miracle, dans le domaine matériel comme dans le domaine spirituel, tout repose sur des lois, il n'y a rien de surnaturel.

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        Historique du Culte Antoiniste, frère Jean-Marc Boffy, p.34 & 52
    Dès lors qu'il n'enseignait plus à la tribune, le Maître chargea un adepte de faire la lecture de la Révélation du Nouveau Spiritualisme, au Temple, chaque dimanche à 10 h.
    A ce moment, le Maître se retira dans la solitude durant 6 mois, ne faisant qu'un repas par jour. Par la force de sa prière et de son recueillement, il puisa dans l'Amour pur et put atteindre le fluide lui permettant de rédiger "Le Couronnement de l'Oeuvre Révélée".
    [...]
    Sentant que les adeptes ne comprenaient pas suffisamment la Révélation du Courronnement, Antoine rédigea le Développement afin de le leur rendre plus accessible. Il se retira à nouveau pendant plus de six mois, ne pangeant qu'une fois par jour, tout en travaillant pour ainsi dire continuellement, car il était déjà levé avant minuit.

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        Lourdes, comment expliquer les guérisons miraculeuses, p.36 - Louis Gastin, Directeur de l'Institut de Psycho-Physique Appliquée.
    Le problème des guérisons miraculeuses pose, tout d'abord, une question de principe : Qu'est-ce qu'un miracle ?
    Si l'on entend par miracle un fait contraire à toute loi naturelle, il doit être réputé impossible par quiconque admet l'harmonie universelle, basée sur la mise en jeu de lois stables dont nous ne connaissons qu'une très faible partie. Il convient toutefois, de spécifier que la "Nature" n'est pas limitée aux seuls phénomèmes physico-chimiques, aux seules forces et aux seules lois mécaniques, mais comprend, au-delà de ces faits, de ces forces et de ces lois, des phénomènes, des forces et des lois d'ordre moral et d'ordre spirituel. C'est, du moins, l'interprétation que j'admets, avec la majorité des spiritualistes libres, en opposan à Dieu (prince premier, absolu, incognoscible) le Cosmos (manifestation créationnelle, essentiellement relative et sensoriellement ou intellectuellement connue).
    Si, par contre, on entend par miracle un phénomène "merveilleux"
et incompréhensible en ce qu'il ne peut être expiqué par aucune des données acquises de la science, le miracle doit être admis en principe par quiconque reconnaît la relativité des connaissances humaines et leur limitation à l'égard des réalités universelles.
    C'est avec cette dernière acceptation seulement que je puis examiner la valeur des guérisons dites miraculeuses, que ces guérisons soient obtenues à Lourdes ou ailleurs, dans les milieux religieux, ou qu'elles soient le fait des ordinaires "guérisseurs". Tout problème doit être considéré, d'abord, de haut, en thèse générale, avant qu'en soient étudiées les aplications particulières.

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    Dans les démonstrations du Représentant du Père, Soeur Ghislaine Dumont, on lit que la déperdition du nombre d'adeptes est du au fait d'avoir abandonné le côté par trop supersticieux du culte et des consultations que demandaient parfois les adeptes.
    Mais on peut se réjouir maintenant de n'avoir garder que les adeptes qui cherchent leur progrès moral, et que le culte continu d'être guidé par la foi et le désinteressement et d'être assuré par des gens de bonnes volontés.

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Le prophète

Publié le par antoiniste

    La manière de décrire les prophètes ainsi que les différents termes employés par la Bible à leur sujet insistent sur leur rôle socio-religieux et  sont souvent semblables, ce qui permet au lecteur de reconnaître la nature exacte du personnage. Le terme "prophète" est la traduction du mot hébreu nâbî, qui signifie sans doute orateur ou porte-parole.
    La vocation première du prophète n'est donc pas d'être un devin prédisant l'avenir - bien qu'il en ait certainement le pouvoir -, mais plutôt le héraut de Dieu, comme l'indique le préambule particulier : "Ainsi parle Yahvé".
    La fonction essentielle du prohète biblque est d'aider la nation à conserver une juste relation avec la divinité et, par se sparoles et se sactes, de cimenter cette relation.
    Le verbe dérivé de nâbî signifie "agir en prophète" et s'applique souvent en comportement incontrôlé appelé "extase". L'emprise de l'"esprit" de Dieu ou l'imposition de sa "main" sont toujours à l'origine de la prophétie. Le prophète ressent la compulsion d'énoncer le message divin, parfois même contre son gré. Un tel comportement n'est pas réservé aux prophètes de Yahvé : au XIe siècle avant J.C., l'histoire égyptienne d'Ounamon relate comment, dans la cité phénicienne de Byblos, un jeune homme est saisi d'une transe prophétique pendant une cérémonie rituelle afin de délivrer un message émanant de la divinité.

    Également appelé "voyant" ou "visionnaire", le prophète a le don de double vue et peut interpréter des présages à partir de phénomènes naturels. Une autre dénomination fréquente est "homme de Dieu", car il est toujours en contact avec l'univers spirituel. Selon la tradition juive, le prophète peut siéger à l'assemblée des conseillers divins qui entourent Yahvé et devenir son "messager". Aussi, lorsqu'il rend un oracle, commence-t-il fréquemment par la formule consacrée qu'emploie l'émissaire parlant au nom d'un supérieur.

    Le prophète biblique émerge dans des contextes sociaux différents. Il peut être attaché à un lieu particulier - un sanctuaire -, comme Samuel à Rama. Il peut également faire partie d'une confrérie de prophètes parcourant le pays d'un lieu saint à l'autre, comme ce fut le cas aux premiers temps de la monarchie.

Histoire Universelle - J.R. Porter, La Bible
VI Les Prophètes - Le Rôle du prophète, p.94
Evergreen Taschen, Cologne, 2007

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Origine du mot ''Antoinisme''

Publié le par antoiniste

    * ANTOINISME, subst. masc.
Religion fondée par le mineur belge Louis Antoine (dont les écrits sont parus de 1905 à 1910) qui considère l'individu comme un être divin, affirme que les hommes se « réincarnent » à leur mort et fait une place importante à l'imposition des mains et à la prière pour la guérison des malades :
Du boudhisme au pythagorisme, du christianisme à l'antoinisme d'aujourd'hui, les religions reconnaissent cette réaction du physique sur le mental et l'allègement de l'esprit qu'apporte l'allègement des humeurs.
Van der Meersch, Invasion 14, 1935, p. 295.
Rem. 1re attest. 1935 supra; du nom propre Antoine, suff. -isme*.

DÉRIVÉ.
Antoiniste, adj. et subst.(Adepte) de l'antoinisme : ,,Elle abandonna une église aussi compliquée. Elle fut au temple réformé deux fois, séduite par le contraste de l'austérité et de la simplicité, s'y ennuya bientôt, rendit visite aux Antoinistes et ne retourna plus les voir ...`` (Van der Meersch, Invasion 14, 1935, p. 201). (1re attest. infra; du rad. de antoinisme*, suff. -iste*).
STAT. − Fréq. abs. littér. : Antoinisme. 1. Antoiniste. 1.
BBG. − Foi t. 1 1968. − Masson 1970.
source : http://www.cnrtl.fr/definition/antoinisme

    Il s'agit ici de la première occurrence dans un texte de la base de données de ce dictionnaire. En effet, en 1934, Pierre Debouxhtay est déjà bien familiarisé avec les mots antoinisme et antoiniste.
    Le titre "Les Vignerons du Seigneur" était encore employé en septembre 1906 (Unitif, I, 5, p.12), en octobre 1907 (Auréole, p.95, 96), en décembre 1907 (p.126). En 1912, on voyait encore au-dessus de l'entrée du temple l'inscription "Les V. du S." (Gazette de Liége, 1er juillet 1912). D'autre part, la société était, déjà à l'époque spirite, appelée "La société spirite Antoine" (Le Messager, 15 mars 1902, p.139; 15 mai 1905, p.160). C'était marquer l'influence prépondérante d'Antoine.
Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.123, note 39

    A partir de 1906, dans le temple qui venait d'être construit, les séances prirent un caractère de plus en plus religieux.
    "Lorsqu'il nous faisait l'instruction à la tribune du Temple, sa sensibilité palpait tous les fluides de l'assemblée et s'il n'y en avait de contraires, Il faisait appel à notre recueillement pour les remplacer par de meilleurs qui nous ramenaient dans l'unité. Le Père s'efforçait toujours de nous faire apprécier la valeur du recueillement" (L'Unitif, III, 2, p.8).
Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.137

    En 1909, parut la Révélation, Pierre Debouxhtay précise que le nom Antoine le Guérisseur fut changé en Antoine le Généreux, et cela en 1911, nous précise l'Historique du Culte Antoiniste. Mais on ne sait pas si dès 1909, Culte Antoiniste paraissait sur la couverture.
    En tout cas, en 1910, date inscrite sur le temple, figure également Culte Antoiniste. Un article du New York Times du 14 décembre, nous précise également qu'à cette époque les Antoinists sont connus sous ce nom, pratiquant l'antoinisme. En 1911-1912, tous les journaux relatent les faits concernant cette nouvelle religion, indiquant le nom entre guillemets.

    Antoine le Généreux devenait "le Père", et il n'était plus question des "Vignerons du Seigneur", dont successivement avaient disparu les cotisations, les statuts, les cérémonies, enfin la bannière où l'on eût pu voir un symbole de parti. On commençait à parler un peu partout des "Antoinistes".
        Robert Vivier, Délivrez-nous du mal
        Ed. Labor - Espace Nord, p.311

    Notons que le terme antoiniste est employé comme dérivé du nom Antoine, ainsi il existe une grande des Antoinistes à Metz, dédié à Saint-Antoine, qui fut également guérisseur. Le Théâtre Antoine de Paris donna également le dérivé antoiniste.

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Père, mère, frère, soeur

Publié le par antoiniste

    Quand vous entrez dans un temple pour la première fois, on vous saluera d'un : Bonjour, Frère ou Bonjour Soeur.
    Et entre Antoinistes, on fera précéder son nom ou prénom de cette marque de fraternité.
    D'où vient cette tradition ?


    Tout d'abord dans le spiritisme, il est également d'usage de se dénommé de cette façon. On parlera de ses frères spirites. Il est donc normale que cette pratique ait perduré dans l'antoinisme, que l'on traite comme une branche du spiritisme, de l'occultisme ou de la théosophie. D'ailleurs, dans la franc-maçonnerie, également, on se dénomme frère et soeur.
    Dans la religion catholique, l'homme est considéré en tant que membre de la famille chrétienne. "Frères en Jésus-Christ. Tu es le père des êtres; en toi tous les êtres sont frères". Dans la religion musulmane, on se donnera aussi du frère.

    Mais une autre tradition peut expliquer ce fait. On a déjà parlé de la perte de la figure paternelle du fait de l'industrialisation de la société. Cela peut expliquer la facilité avec laquelle on nomma Louis Antoine, le Père. Rappelons à ce propos qu'on surnomma Staline "le petit Père des peuples". L'image du père de famille disparaissant, il en fallait une autre.
    Dans les extrait de Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET, on lit l'anecdote suivante :
Un jour le Père dit à sa fille adoptive Louise : "Il ne faudrait plus m'appeler Papa".
- Et comment alors ?
- Père
- Tout le monde va vous appeler Père ?
- Non, celui qui en aura la pensée.
    Mais aussi celle-ci :
Recevant l'inspiration au sujet de l'enseignement, Il lui arrivait de demander Mme Desart au milieu de la nuit. Son travail fait, Il la raccompagnait chez elle. un soir, répondant aux remerciements de Madame Desart pour les grâces et l'Amour qu'elle recevait auprès de Lui, il lui dit : "Je suis plus près de vous encore que si j'étais votre père." C'est à partir de ce jour que les adeptes l'appelèrent "Le Père".
    Puis très vite, il devint normal de nommé Catherine Antoine, la Mère.

    Dans Délivrez-nous du mal, de Robert Vivier, p.328-29, on lit :
    Ils étaient là tous, autour de leur maître, et, tandis qu'ils penchaient la tête dans le recueillement, chacun d'eux se sentit rejoint à lui par un lien qui partait du plus secret de son coeur. Chacun l'appelait en soi-même d'un nom différent, selon la nature particulière de ce lien. Certains voyaient en lui l'homme généreux, le Bienfaiteur. Pour un Lacroix, pour un Dubois, c'était l'ami par excellence, le Frère. Pour Hollange, pour Musin, pour Deregnaucourt, pour Nihoul, pour tant d'autres, c'était le Maître qui sait la vérité. Les femmes, comme les bonnes gens du peuple, le nommaient déjà le Père. Et plus d'un adepte, écrasé par la grandeur infinie de cette minute, se tenait immobile parmi la foule, conscient de son humilité, et l'appelait à vois basse "le Seigneur".
[...]
    "Mes enfants", disait-il. Il avait donc choisi d'être appelé "le Père". Tous les adeptes comprirent. Ils sentirent du coup que c'était bien là le vrai nom qui lui convenait, tant à cause de son âge, de son aspect, que de cette égalité d'amour dont il savait envelopper tous ses fidèles. Comme un père, il ne cherchait pas à se faire aimer, il usait à l'occasion d'un rudesse bienveillante. Il songeait avant tout à leur bien, même s'ils n'y songeaient pas eux-mêmes, et il voyait devant eux, plus loin que chacun d'eux.
    - Quoi qu'il vous arrive, dit-il pour terminer, si vous pensez à moi, je serai toujours avec vous pour sanctifier votre épreuve et vous aider à surmonter votre doute.
    C'est ainsi qu'Antoine le Guérisseur, que certains avaient appelé Antoine le Généreux, devint le Père. A partir de ce jour-là il ne fit plus de différence entre tous ses fils. Bientôt il ne reçut plus aucun malade en particulier, et toutes ses opérations furent remplacées par une "opération générale", qui se faisait chacun des quatre premiers jours de la semaine, à dix heures. Il continuait à guérir, mais tous sentaient que pour lui la guérison des corps n'était plus la chose importante. On allait à ses opérations, bien plus pour le fluide d'amour que pour être guéri.

    Le Père est aussi une expression servant à désigner Dieu, comme dans "Notre Père qui es au cieux...".
    C'est aussi l'appellation donnée à certains prêtres, principalement dans le clergé régulier (rappelons en mémoire le Padre Pio).

    Mais il est aussi une pratique à la campagne, peut-être plus souvent dans le nord de la France et en Wallonie qu'ailleurs. C'est de nommer son père, "le père", et sa mère, "la mère". Cf. le Trésor de la Langue française Informatisé :

[À la campagne, comme appellation utilisée par les enfants parlant de leur père ou par la mère parlant de leur père aux enfants] Le père. Elle toucha le bras de la mère, qui s'éveilla : − Estelle? Hein? Ah... oui. Ah mon Dieu! Elle se levait, passait ses pantoufles, suppliait : − Pas de bruit... Le père, n'éveille pas le père... Elle suivit sa fille dans les ténèbres (Van der Meersch, Invasion 14, 1935, p. 24).

    Remarquons que la citation est d'un auteur du Nord.

    Voyons également Émile Zola, dans Germinal :
    Catherine avait trouvé sa mère agitée d'un pressentiment ; et, dès les premiers mots balbutiés, celle-ci cria :
    "Le père est mort !" (Troisième partie, chapitre V, p.211, Éditions Presses Pocket, Lire et voir les classiques)

    "Eh bien, que se passe-t-il donc, mes enfants ? demanda-t-il à pleine voix. Qu'est-ce qui vous fâche ? Expliquez-moi ça, nous allons nous entendre."
    D'ordinaire, il se montrait paternel pour ses hommes, tout en exigeant beaucoup de travail. (Cinquième partie, chapitre I, p.317, Éditions Presses Pocket, Lire et voir les classiques)

    On en voit quelques exemples dans Robert Vivier :
    La mère disait d'ailleurs que la meilleure prière était encore de faire la charité, d'être honnête et d'aimer tout le monde (p.19).
    - Et notre Louis ? dit la mère. Où est-il par ce temps ? A-t-il ce qu'il lui faut ? Est-ce qu'il pense à nous ? (p.49)
    M. Delcroix, professeur d'athénée est évoqué :
    Un jour qu'il rentrait de l'école, il alla tout droit trouver sa femme, qui était à la cuisine, occupée à essuyer un plat.
    - Mère, dit-il, j'ai eu une idée. Je devrais abandonner l'école et me consacrer à la propagande. (p.290)

    Durant déjà la période spirite, on lit :
    Le docteur Carita, c'était sûr, n'était plus en lui. Mais il lui restait de son passage une autorité, une certitude qui donnait un grand poids à ses paroles.
    - C'est bon, m'fi. Revenez dimanche prochain, et encore l'autre dimanche, toujours avec la foi, comme aujourd'hui, et je vous promets que vous retournerez travailler. (p.211)

    Dans le même auteur, on apprend aussi une autre tradition particulière :
    - Vous avez raison, m'frè* Antoine. Vous n'êtes pas un homme comme les autres, vous... C'est parce que vous avez été au régiment (une note indique : "Mon frère". Locution simplement amicale, en pays wallon). (p.88)

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culte antoiniste, centre d'émulation morale

Publié le par antoiniste

N'est pas un culte public au sens fiscal de la loi, le culte qui ne repose pas sur un corps de doctrine particulier et suffisant à lui-même, dans les cérémonie duquel aucun hommage n'est rendu publiquement à la divinité et dont les rites et cérémonies sont pour ainsi dire inexistants et se bornent à des lectures moralisantes qui ne revêtent pas le caractère de religion. L'existence de temples et de pasteurs est sans influence dans ces conditions (Liège, 21.11.1949, ASBL "Le culte Antoiniste", Pas. 1950, II, 57) (Comm. I.R., n°253/26).

L'Antoinisme constitue plutôt un centre d'émulation morale à caractère désintéressé et un cercle de conférence d'étique à base religieuse et spiritualiste; ces manifestations n'ont pas complètement le caractère de l'exercice d'une religion, c.-à-d. d'un culte public. La disposition de l'art. 13, $ 1er, C.I.R. est de nature exceptionnelle et ne souffre pas d'interprétation extensive; elle n'est pas applicable à un immeuble affecté à l'exercice du culte antoiniste (Liège, 7.1.1944, ASBL "Le culte Antoiniste")(Comm. I.R., n°253/26 et 27).

Le financement des cultes et de la laïcité : comparaison internationale et: perspectives
Husson J.-Fr., Jean-François Husson, la laïcité organisée et l'Etat Observatoire des relations Administratives entre les cultes
Presses universitaires de Namur, 2004
source : GoogleBooks

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Fêtes du culte

Publié le par antoiniste

Fêtes du culte

    Les fêtes du culte antoiniste sont :
- le 15 août, jour anniversaire de la consécration du temple de Jemeppe-sur-Meuse (BELGIQUE) et de la sanctification du culte antoiniste (le 15 août 1910) ;
25 juin, fête du Père (désincarné le 25 juin 1912) ;
- 3 novembre, fête de Mère (désincarnée le 3 novembre 1940).

    En France, les Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la Toussaint et la Noël sont les autres fêtes célébrées dans le culte antoiniste.

    En Belgique, revenu à ce que faisait le Père, il n'y a que 15 août qui soit fêté. Lire à ce sujet, un extrait de l'Unitif :

    L'antoinisme ayant le plus grand respect du libre arbitre de chacun, ne condamne en rien les us et coutumes des différentes cultes existant sur le globe ; n'obéissant qu'à la conscience, il ne fait aucune distinction entre telle ou telle secte ou religion, ne contrarie aucune des règles qui y sont établies. Mais il n'en prescrit particulièrement aucune, il n'impose à ses adeptes aucune obligation.
    Un seul jour, cependant, doit nous être sacré, à nous qui nous disons antoinistes : c'est le 15 août, jour anniversaire de la sanctification du culte et de la consécration du temple. Le 15 août doit être pour nous une date à jamais mémorable, il serait bon que celui qui peut se déplacer assiste à l'opération ce jour-là, ce serait un bon accomplissement du devoir, afin de perpétuer dans les siècles à venir la cérémonie qui a eu lieu le 15 août 1910.

    L'Unitif n°11, p.15 - signé Un adepte encore novice

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Guillermin - Consolatrices. Scènes actuelles (1917)

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R. P. J. GUILLERMIN. – Consolatrices. Scènes actuelles. Paris, Lethielleux, 1917. In-12. Prix 2 fr. 25.

    Mme Solange Landey, professeur brevetée ès sciences, libre penseuse, engouée de théosophie et de spiritisme, écrit ses Cahiers de Vacances : 1913, 1914, 1915. C'est la confession de ses déboires progressifs. Au fur et à mesure de la marche des événements, qui vont à rebours de ses pronostics humanitaires et pacifistes, elle se rend compte, son orgueil de plus en plus dépité, que les consolations appuyées sur la seule raison ne donnent aucun repos aux esprits. L'âme de son élève, Jeanne, comtesse de Vertavonne, moulée à son image, ne trouve pas une compensation à la perte de son mari, disparu à la guerre, dans le rêve des métempsychoses et des réincarnations. Petit à petit, au contraire, la prière et le spectacle de la foi sincère attirent son cœur à une doctrine faite de promesses de revoir dans l'au-delà, à la doctrine chrétienne.
    Ce roman, où le sens de la nature est vif et charmant, a des richesses d'analyse psychologique qui lui donnent une valeur d'art très appréciable. Il vaut encore par l'opportunité de la thèse, beaucoup d'esprits distingués se réfugiant volontiers dans l' « amusette » spirite, par besoin d'une croyance, mais pour échapper aussi aux obligations du dogme et de la morale évangéliques. (Henry COURBE.)


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En nos jours d'angoisse et de deuil, combien d'âmes et de mains se firent consolatrices! Consolations de formes diverses, de diverses valeurs aussi. Elles se rencontrent mêlées, et néanmoins discernables, en ces pages d'angoisse intime et presque de confession, mais qu'on a voulu livrer telles qu'elles sortirent des âmes et des choses, dans l'espoir que d'autres âmes peut-être en seraient aidées et consolées.

[...]

    Bonne leçon en somme pour moi d'abord j'ai appris, non sans quelque amertume, combien peu l'on doit se fier à une femme, fût-elle élevée sur mes genoux, comme Jeanne, ou, comme l'autre, dans le ruisseau. Leçon aussi pour Jeanne. Dès que son esprit aura retrouvé l'équilibre, je ne doute plus qu'aux jets de fiel dont cette femme l'éclaboussait, elle ne tire quelque profit. En les filtrant un peu, elle y verra un filet de vérité. Ah! la couleuvre a du venin contre le bon Dieu, et cela va de soi!
    Si Dieu existe, il est bon, puisque infini, c'est-à-dire infiniment parfait. Mais tout de suite on voit, par tant de misères injustifiées, tolérées par ce Dieu, qu'il manquerait précisément de bonté pour nous. Donc il n'existe que dans une incohérente idée, dans l'idée d'une couleuvre, joli rêve parfois, mais fantaisie d'imagination. Le bon Dieu ! ces deux mots se tiennent, cette femme faisait bien de ne point les séparer s'il existe, il est nécessairement bon. Ah! je comprends la haine furieuse de ce reptile, assez rampant pour croire à l'existence de ce Dieu, comme d'une personne distincte de la Nature, et s'occupant d'une porteuse de pain, un Dieu infini penché sur cette couleuvre, voyez-vous ça?
    Non, la haute religion de la Science n'est point pour ces êtres grossiers. Esprits à peine évolués, ils ne sauraient aspirer à la pure et reposante clarté qui nous baigne. L'altruisme fait bien de s'occuper d'eux, mais sans espoir ni effort pour les élever au-dessus des vieilles religions, et je comprendrais presque le chapelet de Jeanne, dans un moment d'oubli, trop altruiste néanmoins. Notre dignité ne permet pas tous les abaissements. Récemment, on fit
effort pour éclairer ce bas peuple : l'Antoinisme, une vulgarisation de notre sublime doctrine, incohérente sans doute, mal étayée par cet Antoine qui se dit guérisseur, qui fut catholique, spirite et n'importe quiste, je pense, avant de tomber, ébloui, dans nos bras. Il a fait un bon travail cependant, par son effort à débarrasser le populaire des vieilleries chrétiennes, en l'initiant aux dogmes des réincarnations. Il y va carrément, ce guérisseur-là, il ne ménage point comme nous les susceptibilités, les langages catholiques; l'Antoinisme, à coups de boutoir assez adroits, démolit prières, charités, croyances, morales, tout l'échafaudage des curés et des sacristains. La haute théosophie suit avec intérêt ce progrès de la lumière parmi les humbles, et la consolatrice clarté va grandissant, surtout auprès de nos villes d'eaux Royat, Aix-les-Bains; Monte-Carlo. Peut-être, au contact de la haute société et de la grande vie, les âmes frustes s'éveillent-elles mieux; je préfère cette explication à celle qui prétend constater, autour de nos villes d'eaux et de jeux, une floraison particulière de pratiques superstitieuses.
    Cette femme que Jeanne visitait en son taudis n'est assurément point touchée encore de cette lumière; elle imagine un Dieu personnel! Alors la méchanceté de ce Dieu est incompréhensible. Problème si clair aujourd'hui : naître, c'est renaître, commencer sa vie, c'est la continuer. Mon âme existe et circule depuis les toujours éternels en route, elle a fait des chutes, elle doit donc se relever, sinon l'équilibre final serait violé; grande loi de la conservation de l'énergie! Aussi bien, les tout petits enfants souffrent déjà, ils ont des tendances, des vices, des qualités aussi, du génie parfois. On s'en étonne, mais que l'on regarde donc au-dessus et au delà des berceaux; cet enfant vient d'ailleurs, ce génie est le fruit de lentes et magnifiques évolutions, je ne sais où, je ne sais quand, mais je sais... ou bientôt l'on saura... comment. Travail des incarnations successives. Cette malechance acharnée sur celui-ci, est-ce donc un Dieu jaloux, une malveillante providence ? Ces mots jurent. Tout simplement ses propres fautes, ses faiblesses d'une vie antérieure et qui fatalement se doivent réparer. O splendeur de l'immanente justice !

Études / publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus
Avril 1916
source : gallica

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Antoinistes : leur nombre

Publié le par antoiniste

Pour Albert Caillet (Traitement mental et culture spirituelle - 1912) : "plusieurs milliers d'adhérents, on dit même Centaines de Milliers, en Belgique."
Pour Lucien Roure (Au Pays de l'Occultisme - 1925) : 18.000
Pour Pierre Debouxhtay (Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme - 1934) : 40.000
Pour Robert Vivier (Délivrez-nous du mal - 1936) : 300.000
Pour Alain Woodrow (Les nouvelles sectes - Seuil - 1977) : 150.000 en 1900
Pour Claude Petit-Castelli (Les sectes : Enfer ou Paradis - Ed. de Messine - 1977) : 20.000
Pour Jean Vernette & René Girault (Des sectes à notre porte - Chalet - 1987) : 20.000 (dont 2.000 en France)
Pour le Centre Roger Ikor (Les sectes - Etat d'urgence - Albin Michel - 1995) : 2 500 à 3 000 antoinistes « costumés » ; 20.000 pratiquants (dont 2.500 en France) ; nombre indéterminé de consultants.
Pour l'UNADFI (1995) : 200.000 (dont 2.500 en France)
Pour Wikipedia : 2.500 en France (antoinistes actifs)
Pour le Quid (2001) : Adeptes : 2.500 à 3.000, revêtus du costume religieux antoiniste et chargés d'assurer le travail moral que comporte l'activité du culte. Pratiquants : 150.000 (France 100.000).
source : http://pagesperso-orange.fr/eric.chopin/report.htm
Pour Human Rights Without Frontiers International (2003) : fait partie des groupes de moins de 150 croyants
source : http://www.hrwf.net/religiousfreedom/publications/ext/belgium.pdf


En 1989, la note additionnelle pour Délivrez-nous du mal, de Robert Vivier,  précise que le "25 juin 1989, date anniversaire de la "désincarnation" du Père Antoine, alors que la cérémonie dite de l'"opération" se répétait trois fois sur la matinée, la séance à laquelle nous avons assisté au temple de Jemeppe rassemblait à peu près 400 personnes." (p.360)


Le 25 avril 2005, on lit sur le site http://antoinisme-documentation.skynetblogs.be :
"Depuis 1960, il faut bien reconnaître que le CULTE ANTOINISTE stagne en Belgique. Les deux derniers Temples inaugurés l’ont été dans les années 1950 ( celui de MONS en 1956 et celui de RETINNE en 1958 ). A noter que le Temple de RETINNE n’appartient pas au CULTE ANTOINISTE mais à l’ASBL «  Les Disciples de Père et de Mère ANTOINE ».
Cette stagnation est due à la rigueur de comportement du CULTE ANTOINISTE qui s’interdit tout prosélytisme même vis-à-vis des visiteurs des Temples ! Il faut bien admettre aussi que le CULTE ANTOINISTE subit les mêmes problèmes de désaffection et de manque de bénévoles pour exercer dans les Temples que les autres religions, sauf l’Islam.
Toutefois, dans certains pays, l’ANTOINISME connaît un regain de popularité depuis les années 1990. En France, notamment, plusieurs Temples ont été ouverts ces dernières années. Au CONGO ( ex-belge), une petite église comptant+/- 10.000 membres s’est convertie à l’ANTOINISME. Il y a des implantations au BRESIL et des fidèles dans divers pays."
Et comme commentaire de Jacques Cécius : "L'Eglise dont vous parlez, comptant =- 10.000 membres, en Afrique, n'a finalement pas rejoint le Culte Antoiniste. En Belgique, celui-ci est en perte de vitesse, voire en perdition. Le dimanche dans le Temple de Jemeppe, une vingtaine de personnes assistent à la Lecture... Beaucoup de temples n'ont plus de desservants. On peut estimer le nombre de pratiquants réguliers à environ 200, toujours en Belgique."
"J'ajoute, au sujet de l'Antoinisme en France, que si quelques temples ont été créés, d'autres ont grand mal à trouver des desservants. Ce fut le cas de Marseille et de Lille. Il ne semble pas que le Culte soit en expansion en France. Cependant il n'est pas dans le même triste état qu'en Belgique."

Sur la Fédération des Maisons Médicales, on lit cependant :
Une enquête rapportée en 2001 montre que l’impact du culte antoiniste ne se dément pas. En vingt jours, un guérisseur antoiniste a vu 216 personnes, (60% de femmes, 40% d’hommes), la plupart par ailleurs suivies par un médecin ; 47% consultaient pour des problèmes de santé physique, 19% pour des problèmes psychologiques notés comme « dépression », 13% pour des problèmes sentimentaux, 13% pour des difficultés professionnelles. Plus rarement la demande portait sur des
conseils spirituels ou des questions matérielles. C’est donc bien l’image d’une religion thérapeutique que véhicule l’antoinisme. La guérison demeure au premier plan de ses préoccupations et constitue la porte d’entrée des adeptes.
source : http://www.maisonmedicale.org/Croire-et-guerir.html

Le 10 Mars 2007, "Claude le Liseur", sur le site http://www.forum-orthodoxe.com, précise, concernant le Bön (une religion tibétaine préexistant au bouddhisme) : "En ce sens, et seulement en ce sens, ils ne sont pas différents des adeptes d'une religion beaucoup plus fantaisiste, mais bien de chez nous puisqu'elle n'existe que dans des pays francophones: l'antoinisme si longtemps et si durement persécuté par l'Eglise catholique romaine en Belgique. Le desservant antoiniste se doit d'apporter son aide à tous ceux qui souffrent et qui font appel à lui, et il n'est pas freiné dans cette tâche par la considération qu'il n'y a plus que 20'000 ou 30'000 antoinistes à travers le monde."
"Les choses seraient tout de même plus simples si ce clergé assumait jusqu'au bout son tribalisme et son racisme, s'il était capable de s'affranchir en même temps de l'illusion du nombre et de l'obsession de "faire du chiffre", et de prendre au moins modèle sur les bœunpo, les antoinistes ou les Juifs, qui ne se soucient pas d'avoir de faibles effectifs, plutôt que de continuer à aligner des statistiques fantaisistes. Ce serait au moins un moyen d'assumer la situation que ces clercs ont eux-mêmes créée, par l'obstination à refuser de transmettre une tradition si précieuse et si menacée."

De même un commentaire de malag22 sur le site http://antoinisme-documentation.skynetblogs.be/post/6513811/temples-antoinistes-photo-dune-ancienne-plaqu#comments, daté du 09 décembre 2008, on lit : "Cependant, nous sommes confrontés à une certaine désaffection, c’est une évidence.
D’une part, le Père nous dit quelque part que le nombre de personnes, à une Lecture ou une Opération, n’est pas signe de qualité. Quantité n’est pas qualité, c’est une évidence, il me semble.
D’autre part, le Père nous dit aussi que c’est par notre exemple que nous aurons de nouveaux adeptes.
Je rajouterais que ce n’est pas l’Enseignement du Père qui prime, mais la « Force » qui la générée au travers de sa bouche. Il y a eu le Père Antoine « matériel » et il y a le Père Antoine « spirituel » qui a rejoint la Conscience Universelle, l’Unité du Grand Tout.,… (le Père Antoine, comme chacun de nous, n’a jamais quitté cette Conscience Universelle, mais bon, c’est pour l’image). Bref, l’Enseignement a eu et a toujours sa raison d’être (selon moi en tout cas). Cependant, s’il venait à disparaître, ilréapparaîtrait sous une autre forme, comme il était déjà apparu au travers du Père après être apparu au travers d’autres Prophètes.
Ceci dit, je m’imprègne de cet enseignement, je me bas aussi avec mon intelligence contre cet enseignement, mais toujours j’en retire quelque chose. Et souvent, il me vient la question : « Pourquoi sommes-nous si peu nombreux alors que cet Enseignement a encore tant à apporter pour nous nourrir dans une société en manque de valeurs ? ».
Individuellement, je n’ai pas l’impression d’avoir épuisé le fluide d’Amour qui découle de cet enseignement, c’est une évidence. Cependant, il en va de même collectivement, il y a tellement à découvrir pour tous dans cet Enseignement pour vivre au 21ème siècle."

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L'antoinisme, religion burlesque (La Croix, 5 janvier 1932)

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L'antoinisme, religion burlesque (La Croix, 5 janvier 1932)

La Croix - mardi 5 janvier 1932 (Numéro 14986)
journal quotidien catholique
source : gallica


L'antoinisme, religion burlesque

    Dans la Cité Chrétienne de Bruxelles, M. Louis Timmermans montre l'extravagance des théories philosophiques et
religieuses de l'antoinisme où s'égarent malheureusement des esprits trop crédules.

    Louis-Antoine est né à Flémalle-Grande le 8 juin 1846. Il devient ouvrier métallurgiste, voyage en Allemagne, épouse en 1873 Jeanne-Catherine Collon, dont il a un fils cinq mois plus tard. Revenu en Belgique, il s'installe comme concierge aux « Tôleries Liégeoises », à Jemeppe. Amené à fréquenter des séances spirites, il devient président d'une secte et se fait médium guérisseur. Bientôt il se lasse et se passe des esprits, et distribue lui-même conseils et ordonnances. Il prescrit contre toutes les maladies une certaine liqueur Coune. Condamné pour exercice illégal de la médecine, ce qui lui vaut la sympathie de ses malades et de leurs amis, il change de méthode et prescrit de l'eau claire, à laquelle il communique, dit-il, un fluide magnétique. La renommée grandit. Antoine change de nouveau de méthode prescrit du papier magnétisé, moins encombrant qu'un bidon d'eau. La renommée grandit toujours, et le guérisseur, voulant aller de l'avant, rêve de devenir prophète et fondateur de religion. Il supprime tout intermédiaire matériel et se contente d'imposer les mains aux malades pour faire passer le fluide bienfaisant.
    Mais toute religion s'accompagne d'une doctrine et d'une morale. De 1905 à 1910, Antoine écrit quatre ouvrages qui sont le plus incompréhensible baragouin qu'il est possible d'imaginer. Le culte s'établit en mème temps que la morale et la doctrine; partout, des temples se fondent. Cela fatigue le « bon père » qui meurt en 1912, âgé de 66 ans. Avant
son décès, il a eu le temps de passer son pouvoir à sa femme. Ses dernières paroles: « Après Mère. il y aura de grands guérisseurs. On pourra en choisir un pour remplacer Mère. Mère suivra toujours mon exemple; elle ira sur la tribune comme j'y vais, mais pour le nouveau guérisseur, il n'en sera pas de même : il montera à la tribune par l'escalier opposé, et quand il l'aura mérité, il ira par où je vais. »

La philosophie antoiniste
    On trouve dans les ouvrages d'Antoine quelques propositions fondamentales qui peuvent être considérées comme la base philosophique de cette religion bizarre. Le plus important de ces ouvrages est le Couronnement de l'œuvre révélée (1910). « Il faut en convenir, tout ce qui a été révélé jusqu'à ce jour n'est qu'un acheminement vers la réalité, tendant à nous rendre plus aptes à la comprendre et à l'apprécier. Le Couronnement est à lui seul tout l'enseignement ». Voilà une formule type de la littérature antoiniste. D'abord l'affirmation tranchante : il faut en convenir. Rien de plus contraire à l'antoinisme que la forme interrogative, que le point d'interrogation, que le simple doute méthodique. Il faut en convenir, rien ne dépasse l'assurance d'Antoine; son assurance est son principal et son seul argument. Mais j'ai tort, dans cet article sur l'antoinisme, d'employer des mots tels qu'argument, ou que philosophie, ou que doute méthodique. Antoine, en effet, détestait l'intelligence. Dans tous ses écrits, il l'a terriblement malmenée, comme s'il sentait qu'elle était sa principale adversaire. « L'intelligence, dit-il dans la Révélation, l'intelligence considérée par l'humanité comme la faculté la plus enviable à tous les points de vue, n'est que le siège de notre imperfection. » Et dans le Couronnement, qui est à lui seul tout l'enseignement, il nous apprend que « l'intelligence suprême n'est autre que le démon en qui nous sommes incarnés » et que « la loi morale est opposée à l'Intelligence ». Qu'Antoine me pardonne, mais je ne parviens pas à trouver dans ses ouvrages une page qui soit intelligente, ni une page qui soit morale. Bien plus je crois que son immoralité foncière provient de sa bêtise. Ce brave homme était sans doute orgueilleux, peut-être ambitieux, mais ce qu'il était certainement, c'est bête comme il n'est pas permis de l'être quand on fonde une religion. De sorte qu'il ne lui restait plus qu'une ressource canoniser la stupidité.
    Avec beaucoup de bonne volonté, on pourrait dire que les ouvrages d'Antoine contiennent, en philosophie trois notions fondamentales: sa conception de Dieu, du monde et de l'homme.
    Ses idées sur Dieu sont très vagues. Antoine semble être panthéiste et adhérer, pour autant qu'il les a comprises, aux théories de Hegel. « Rien n'est sorti de Dieu qui ne soit Dieu; s'il n'en était pas ainsi, Dieu ne serait pas pur. Il remplit tout l'univers et seul il existe réellement. »
    Deuxième idée générale d'Antoine: le monde matériel n'est qu'apparence. Combien de fois cette idée ne revient-elle pas dans ses livres ? « Pourquoi voyons-nous la matière et qu'elle est en dehors de nous ? Parce que nous ne  percevons tout que par les sens qui sont seuls matière, illusion de notre esprit. Disons plutôt que tout se résume en nous; c'est notre imperfection seule qui nous rend accessibles à la matière, qui nous fait imaginer qu'elle existe tandis que c'est le contraire.» La même idée revient des centaines de fois sous des formes différentes. Je demande pardon à mes lecteurs de leur rapporter encore la suivante: « L'animal n'existe qu'en apparence... il n'est que l'excrément de notre imperfection. » Voilà pour le monde matériel.
    Quant à la philosophie antoiniste de l'homme, elle est absolument simpliste. Il y a dans l'homme deux individualités: le « moi conscient et le moi intelligent ». Avant d'arriver jusqu'à la pureté absolue de l'être », il nous faut passer par des milliers d'existences. Le passage d'une vie à l'autre est appelé désincarnation et réincarnation. Mais ces termes ne peuvent être entendus au sens habituel des spirites, puisque la matière est pure représentation subjective. La mort et le passage d'une ancienne vie à une nouvelle ne sont que le remplacement d'une illusion par une nouvelle, et il en sera ainsi tant que nous ne serons pas dépouillés de l'intelligence.

La religion antoiniste
    Toute religion sérieuse, qu'elle soit dogmatique ou qu'elle soit une réaction contre le dogmatisme, a toujours le dogme pour base. Le scepticisme lui-même est une forme de dogmatisme, puisque douter sincèrement et se moquer de ceux qui ne doutent pas est une attitude de partisan. Sans doute existe-t-il des esprits raffinés qui ne se contentent pas de douter, mais qui vont jusqu'à douter de leurs doutes ce sont des exceptions qui ne se rencontrent qu'au milieu de peuples trop civilisés.
    Antoine, lui, ne doutait pas. Sa religion est basée sur une certitude inébranlable, une certitude absolue et qui est le point de départ de toutes ses extravagances: cette certitude, c'est qu'Antoine doit être glorifié comme un dieu. Au commencement il se contente de révéler, car sa mission, raconte-t-il, est de compléter l'œuvre des prophètes et d'adapter leur enseignement au développement actuel de l'humanité. D'où des révélations telles que celles-ci: « Je vous ai révélé qu'Adam n'existait que spirituellement; il est le moi conscient et Eve, qui n'existait qu'en apparence, le moi intelligent. Telles sont les deux individualités qui sont en nous, l'une réelle et l'autre apparente... J'ai révélé que la défaillance d'Adam ne lui permettait plus de supporter la réalité; il en souffrait et cherchait partout le moyen de s'y dérober. Il la cachait et s'imaginait que chez ses semblables il en était de même à son égard. En dissimulant la réalité, croyant se faire estimer avec l'apparence, Adam agissait tout contrairement à son avenir. » Adam et Eve sont l'objet constant des révélations d'Antoine. Leur histoire est pour lui une obsession. Adam n'a pas été le premier homme, « il en existait d'autres à cette époque, qui occupaient diverses contrées, formant différents milieux de la même élévation ». Néanmoins, c'est Adam qui a créé le monde où nous vivons, car il nous a transmis en héritage l'état d'incarnation où nous sommes. La faute d'Adam fut « d'imaginer Dieu en dehors de lui, en croyant le voir dans le serpent ». Par là, il se créa une « individualité personnelle »; il se forma un corps en y mettant « des milliers d'années »; il se dota d'intelligence et de sens qui sont « les attributs de l'intelligence »; il fut envahi par l'illusion que la matière et le mal existent; « Il chercha de quoi se revêtir pour se soustraire à la rue de ses semblables et s'imagina voir un arbre »; ainsi naquit dans Adam la notion de la distinction des sexes, et il connut « l'amour de la bestialité »; le père de l'humanité incarnée fit partager son erreur à ses compagnons. car « ils avaient confiance en lui ». Depuis lors, le genre humain vit dans « l'affreux cauchemar qu'est l'incarnation ». On voudrait savoir, en lisant cela, ce que le prophète de Jemeppe aurait « révélé », s'il n'avait pas été chargé d'adapter ses extravagances au développement actuel de l'humanité.
    Toutes ces révélations ne sont cependant pas de foi pour le disciple d'Antoine, car le bon père entend être tolérant et prudent. « Ce qui est aujourd'hui la lumière sera demain l'obscurité », tel est un de ses adages favoris. Il est cependant une vérité qu'il a voulu inculquer à ses disciples: une vérité qui n'est ni relative, ni lumière éphémère, mais la seule grande vérité; c'est celle que l'on trouve dans la préface de la Révélation : « Nous ne voulons pas faire d'Antoine le guérisseur un grand seigneur, nous faisons de lui notre sauveur; disons qu'il est notre Dieu ». Et dans le même ouvrage, il est appelé le messie du XIXe siècle, venu en mission pour régénérer l'humanité !
    S'il suffit, pour être régénéré, d'appliquer les préceptes antoiniste, le travail ne sera pas difficile. Antoine, en effet, supprime l'essentiel de la morale : les devoirs envers Dieu. « Nous sommes autant indépendants de Dieu qu'il l'est de nous », dit-il à plusieurs reprises, dans la Révélation et dans le Couronnement. Par ailleurs, il nie la réalité du mal moral: « Le bien et le mal n'existent pas ». Antoine affirme une partie des devoirs envers le prochain; il prêche la douceur, l'affabilité, le désintéressement et surtout le pardon des injures. Vit-à-vis de lui-même, l'homme n'a qu'un devoir, et c'est de suivre les penchants de sa nature : « La pudeur est un sentiment factice »; « On ne peut faire le mal, du moment qu'on suit les penchants de sa nature »; « Agissez d'après votre naturel, ne vous arrêtez pour personne, c'est ainsi que vous serez le plus rapprochés de la vérité ». On peut conclure, que « la morale antoiniste est beaucoup trop voisine de l'immorale ». Elle est immorale parce qu'elle méconnaît nos devoirs envers Dieu; immorale parce qu'elle nie la réalité du mal moral; immorale parce qu'elle supprime toute sanction; immorale, enfin, parce que le « messie du XIXe siècle » chargé de régénérer l'humanité et d'adapter à notre temps les révélations des prophètes, s'est contenté, pour toute morale, de reprendre la maxime du philosophe païen : Sequere naturam.
    Antoine, avons-nous vu, nie l'existence de Dieu. « Ne croyons pas en Dieu, mais croyons en nous et agissons naturellement. Sachons que nous sommes Dieu nous-mêmes », lit-on dans le Couronnement. Dès lors, pourquoi un culte ? C'est qu'Antoine a détourné sur sa personne les honneurs qui sont dus à Dieu seul. De son vivant, il s'est laissé proclamer le messie; depuis sa mort, les honneurs se sont accentués. En même temps que les honneurs, s'est accentuée la stupidité des cérémonies. Dans les cérémonies courantes, le desservant donne lecture des dix principes antoinistes; il commente ensuite à sa façon un passage de la Bible. Après quoi, recueillement prolongé de l'assemblée qui se retrempe dans la foi au père, afin de bénéficier de  ses inspirations et de s'imprégner de son fluide éthéré, qui finit par l'inonder. A la fin de l'inondation: les malades invités apprennent qu'ils sont soulages ou guéris. Les cérémonies importantes, telles que les inaugurations de nouveaux temples, sont beaucoup plus compliquées. Le public, « oublieux de la matière, y communie dans le fluide éthéré du père. Voilà pourquoi la consécration d'un nouveau temple antoiniste a une signification si sublime: elle nous réunit dans notre commune aspiration à la divinité, elle témoigne que nous nous remettons à notre père du soin de nous diriger et de nous protéger, afin que nous soyons comme lui assis sur la gloire de nos œuvres ».
    Le dieu Antoine a son collège de ministre, collège, dont les femmes ne sont pas exclues. Au sommet de la hiérarchie, il y a le « représentant du père », qui est inamovible; pour l'aider, un Conseil de huit membres. Actuellement, la mère Antoine porte le titre de « représentant du père ». Pour se rendre aux réunions cultuelles, le antoinistes portent un costume spécial, qui a été « révélé » par le père. Leur emblème est « l'arbre de la vue du mal », qui rappelle aux adeptes que la grande tâche est de s'épurer de la vue du mal, seule cause qui précipita Adam dans l'apparente incarnation.
    « S'épurer de la vue du mal ? demandera un lecteur trop zélé. Antoine n'a-t-il pas nié l'existence du mal, à différentes reprises et de façon formelle ? La contradiction est flagrante, comme sont flagrantes bien d'autres contradictions dans la religion antoiniste. » A quoi je répondrai par le grand, le seul, le véritable argument. Cet argument est le huitième précepte du père Antoine : « Ne vous laisses pas guider par l'intelligence ».

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