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Quelques notes sur Antoine et l'Antoinisme (Journal de Bruxelles, 25 juin 1911)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Quelques notes sur Antoine et l'Antoinisme (Journal de Bruxelles, 25 juin 1911)(Belgicapress)QUELQUES NOTES
sur
Antoine et l’“Antoinisme„

    Les journaux ont beaucoup parlé depuis quelque temps de l'« Antoinisme ».
    La « Tribune apologétique » publie en ce moment à ce sujet des notes qu'il nous paraît intéressant et utile de reproduire.

    Louis Antoine, dit le Guérisseur, est célèbre ; il n'est pas assez connu. Il prétend avoir découvert le remède à tous les maux du corps et de l'âme. Cette invention, qui fait l'étonnement des médecins et des prêtres, suffirait à illustrer un homme. Elle a porté le nom d'Antoine au delà des frontières de notre petit pays. L'antoinisme, grâce au zèle des adeptes, est aussi vanté que la verte curative des pastilles Poncelet.
    Néanmoins l'auteur de la panacée reste obscur. Comme tous les personnages considérables, il est discuté. Les uns le prennent pour un pieux ermite à l'ancienne manière, les autres pour un mystificateur ingénieux, certains pour un innocent illuminé.
    Nous avons étudié sur place l'homme et son œuvre ; avant que cette gloire n'entre dans la légende ou ne s'efface dans l'oubli, il était nécessaire de la voir de près. Nous sommes allés Jemeppe, nous avons interrogé les témoins, nous avons lu les enseignements qu'on attribue au fameux guérisseur : nous donnons impartialement le résultat de notre enquête, avec le sincère désir que l'homme et sa doctrine soient mieux connus.

L'HOMME
Premières années

    Plus tard peut-être les villages liégeois se disputeront le berceau d'Antoine. Cela s'est vu pour Homère, qui 'était qu'un poète. Prévenons ces conflits. Louis Antoine et né non pas à Jemeppe-sur-Meuse, mais à Mons-Crotteux, en 1846. (Voir les registres de l'état civil de cette commune.) Son père était mineur. Lui-même descendit dans la fosse à l'âge de 12 ans. Il devint ensuite ouvrier métallurgiste et voyages en Allemagne. Rien de particulier ne signala sa jeunesse. Il se maria, eut un enfant et souffrit de l'estomac. Il était catholique, même pieux, et le resta jusqu'à l'âge de 42 ans : « Il aimait à se recueillir profondément, écrit un de ses disciples, et à élever son cœur vers Dieu. »

Le spiritisme le séduit

    Les séances spirites eurent alors quelque vogue. Un cercle s'établit à Jemeppe. Un triste événement poussa Antoine dans l'occultisme. Son fils unique mourut à 20 ans. Ses parents désolés apprirent que le spiritisme fournissait aux vivants le moyen de converser avec les morts. Ils fréquentèrent les séances ; ils entendirent la voix de leur enfant disparu, lequel leur apprit qu'il était devenu pharmacien à Paris. Les braves gens avaient peut-être rêvé d'élever un jour leur rejeton à la dignité d'apothicaire, leur souhait se trouvait accompli.
    Malgré des recherches minutieuses, nous n'avons pu apprendre si ces bons parents, qui n'étaient pas sans une petite fortune, ont jamais entrepris le voyage de Paris, pour aller embrasser de fils adore. D'autre part, les journaux français n'ont pas mentionné, que nous sachions, cette subite apparition d'un pharmacien qui n'aurait point passé les écoles. Ce point est nébuleux.
    Quoi qu'il en soit, nous découvrons bientôt M. Antoine à la tête des Vignerons du Seigneur. Il édite un catéchisme spirite et publie des extraits d'Allan Kardec. Si vous passez sur le pont de Seraing, il vous invite chez lui, « aux quatre ruelles, à Jemeppe, ou chez M. Pierre Debroux, menuisier-entrepreneur à Crotteux-Mons ; vous pourrez, assure-t-il, vous entretenir avec vos chers disparus de ce monde ». Cette perspective d'une causerie avec les défunts était certes agréable, bien qu'un peu singulière. Pourquoi les morts donnaient-ils rendez-vous à leurs amis chez Antoine ou chez le menuisier-entrepreneur, « à 10 heures du matin ou à 5 heures de après-midi » ! Ou eût préféré les revoir sans témoins, chez soi.
    Du reste, les « Vignerons » recevaient des visiteurs d'importance. Les médiums n'évoquaient pas seulement la vieille mère Toinette ou le petit de chez Jules ; un de mes amis a pu converser avec Mgr Doutreloux, évêque de Liége, et avec le pape Léon XIII. Il a même remarqué que Léon XIII parlait un français négligé, avec un fort accent wallon. Je note ce fait précis, pour l'édification des flamingants ; c'est le wallon qui est parlé dans le monde des esprits : à preuve, les conversations des hôtes de M. Antoine. Il est sérieusement probable, d'après les Liégeois, que le wallon était le langage du paradis terrestre. M. Antoine serait seul capable de trancher cette question de linguistique ; car il a écrit quelque part :
    « Je ne puis dire, avec les Ecritures, qu'Adam a été le premier homme ; il en existait déjà d'autres à cette époque qui occupaient diverses contrées de ce globe et y formaient différents milieux de la même élévation. »
    Un homme si bien renseigné sur les habitants primitifs de la terre doit assurément savoir de quelle langue ils se servaient.

Thérapeutique des Esprits

    On n'allait pas chez M. Antoine dans l'unique dessein de causer avec les morts. On y trouvait, déclarait le prospectus, « le soulagement de toutes les maladies, afflictions morales ou physiques. » Des Esprits bienveillants, informes de tous les secrets de la médecine, donnaient des consultations. Un certain Dr Carita qui, lui aussi, faisait ses ordonnances en wallon, eut alors énormément de vogue. Les bonnes femmes étaient émerveillées de sa science.
    Nous ne savons si M. Antoine devint le jouet des séances spirites qu'il organisait. En tout cas, il convainquit son public crédule qu'il était en rapports continuels avec les esprits désincarnés.
    De temps en temps, il lançait des messages de l'autre monde, des façons d'encycliques dont la forme et le fond étaient également bizarres.
    Il se persuada, un jour, qu'il pouvait se substituer au Dr Carita, émettre des prescriptions, formuler des conseils d'hygiène combinés avec des recommandations morales.
    Les femmes du peuple, impressionnées par les scènes d'évocation, les crises des médiums, l'air extatique du président, acceptèrent les avis de M. Antoine. Elles expérimentèrent sur leurs enfants malades les remèdes familiers préconisés par le chef spirite. Elles virent bientôt en lui un personnage extraordinaire.
    Comme de coutume, les premières clientes firent à l'empirique une réputation de guérisseur habile, et même de saint. Sa vie retirée, presque mystérieuse, ses discours charitables, ses habitudes de végétarien (régime nécessité par sa maladie d'estomac), éveillèrent la curiosité publique dans la région de Jemeppe. La renommée de M. Antoine s'affermit. De toutes parts, les infirme affluèrent. On cita des guérisons merveilleuses, qu'il n'était d'ailleurs pas facile de vérifier.
    Enfin, l'autorité personnelle de M. Antoine devint assez considérable pour que le guérisseur crût pouvoir dorénavant se passer de l'aide des Esprits. Peut-être connaissaît-il mieux que ses « frères et sœurs en humanité » la valeur du Dr Carita et des autres messieurs qui, à son appel, surgissaient de dessous les guéridons et rendaient des oracles.
    M. Antoine de sépara donc du spiritisme classique. Il renonça aux évocations bruyantes, aux tables tournantes, à l'écriture directe. Il établit un schisme (1), fonda une école, se proposa de guérir les corps et d'endoctriner les intelligences par ses propres moyens.
    L'Antoinisme se dessinait. Avant de se formuler définitivement, il allait passer par plusieurs phases.
    Antoine avait été spirite durant huit ans. Vers 1906, il ébaucha « le Nouveau spiritualisme », qui remplace les Esprits par le Fluides. Suivons-le dans ses évolutions. Il ne trouva sa voie qu'après différents essais.

PREMIÈRE PHASE
La liqueur Coune

    M. Antoine n'était pourvu que d'une instruction rudimentaire : mais il était assez avisé pour s'apercevoir que le peuple veut être drogué. Un médecin est un homme qui ordonne des bouteilles : c'est le sentiment populaire sur les bords de la Meuse.
    M. Antoine découvrit un jour chez un pharmacien la liqueur Coune (2 fr. 50 la petite fiole), laquelle se prévalait d'une recommandation du Pape. Cette spécialité, à base de perchlorure de fer, jouit un moment de quelque vogue. On l'employait comme préservatif contre le choléra. Antoine y vit son avenir assuré. Il se mit à en prescrire l'usage : le nombre des gouttes variait d'après la maladie ; la liqueur guérissait une entorse aussi bien que la phtisie. Les pharmaciens du pays étaient dans la jubilation car cette panacée était assez coûteuse... pour les acquéreurs.
    Malheureusement, la justice vint mettre son nez dans l'affaire. Antoine fut poursuivi pour exercice illégal de la médecine Les prescriptions furent lues au tribunal. Il fut condamné à 52 francs d'amende. Ses amis lui firent une ovation : malgré la justice humaine, ils croyaient encore à la vertu du guérisseur et de sa recette.
    Antoine, édifié sur les mérites très fructueux de son remède, voulut continuer légalement son exploitation. Il demanda à des médecins de contresigner ses ordonnances, leur offrit de partager les bénéfices. Les docteurs refusèrent ce marchandage. Il fallut sacrifier la liqueur Coune et trouver un supplétif qui échappât au Code.

DEUXIEME PHASE
L'eau magnétisée

    La condamnation de M. Antoine, publié dans les journaux, augmenta naturellement la réputation de l'empirique. On imputa le coup à la mesquine jalousie des docteurs diplômés qui voyaient baisser leur clientèle. Antoine résolut d'en profiter. Il se dit très justement : « S'ils ont gobé la ligueur Coune, ils avaleront de l'eau claire. Les deux remèdes se valent. J'ai mis dans des bouteilles d'eau une substance matérielle, qui tombe sous le sens... et sous le domaine de la justice ; j'y mettrai désormais une qualité impondérable, imperceptible, qui déroutera les juges les plus fins ; j'y mettrai simplement du magnétisme animal. »
    Et c'est ce qu'il fit. Il persuada aux naïfs qu'il avait le pouvoir de magnétiser l'eau, qu'il envoyait dans les bouteilles une charge de fluide, qui, comme la liqueur Coune, devait supprimer les maladies les plus disparates. Il dosait la charge, d'après les dispositions du patient.
    Jemeppe offrait, en ce temps-là, un spectacle étrange. Comme les malades étaient nombreux, Antoine dut recruter un personnel pour puiser de l'eau aux fontaines publiques. On voyait des gens se relayer aux bornes, aller et venir avec des seaux et de bouteilles prêtes à recevoir la charge requis de magnétisme.
    La population ayant résisté à cette épreuve, M. Antoine pouvait tout entreprendre. Son crédit n'avait pas été atteint par ces puérilités. Il allait renchérir.

TROISIÈME PHASE
Le papier magnétisé

    Estimant sans doute qu'il se donnait trop de peine à magnétiser une bouteille d'eau pour chaque visiteur, Antoine recourut à un procédé plus expéditif et plus économique. Il prit de petits morceaux de papier et les dota de la force magnétique. Les malades n'étaient plus obligés d'apporter des bidons et de les remporter remplis d'eau d'effluves : ils recevaient des bouts de papier préalablement magnétisés, et dont chacun pouvait, à domicile, magnétiser un verre d'eau. Antoine put ainsi congédier son personnel des pompes. Il disait aux malades : Quand vous avez mal, pensez à moi. Revenez, quand vous en aurez l'inspiration.
    Ce changement de thérapeutique dut être favorable à la santé de M. Antoine, laquelle a toujours été fort délicate. Il magnétisait en public les bouteilles d'eau : cette opération, qui consiste dans l'extraction des fluides éthérés et bienfaisants, demandait au guérisseur quantité de pénibles contorsions et de passes fatigantes. C'était pitié de le voir se ployer et se redresser, à mesure que les effluves sortaient de son être et se transmettaient à la bouteille. Il se sacrifiait littéralement pour ses malades, qui lui étaient d'ailleurs fort reconnaissants.
    Avec le système des papiers, ce travail de gymnastique disparaissait. On suppose que M. Antoine ne ménageait point ses forces mais il ne donnait plus le spectacle attristant de ses effarantes gesticulations.
    Un de nos amis se souvient de cette troisième phase ; il a le plaisir de posséder quelques échantillons du fameux papier magnétisé. Il nous a raconté un trait, qui montre qu'Antoine ne se défendait pas de donner avec son papier, des conseils d'hygiène d'ailleurs inoffensifs.
    « Une dame, nous dit-il, vint un jour m'annoncer qu'elle se proposait de consulte Antoine. La clientèle du guérisseur était surtout féminine, à cette époque.
    Je demandai à cette personne :
    – Aimez-vous la pâtisserie ?
    – Je n'en prends jamais.
    – Mangez-vous beaucoup de pommes de terre !
    – Beaucoup ! Non Mais pourquoi ces questions ?
    – C'est que M. Antoine vous révélera que vous abusez de la pâtisserie et des pommes de terre. Il vous interdira cette alimentation jusqu'à votre prochaine visite.
    – Je verrai bien.
    Cette dame, conclut notre ami, alla chez Antoine ; elle revint guérie... de l'Antoinisme. Le coup de la pâtisserie avait tué sa confiance dans le voyant.
    Mais dans le monde ouvrier, combien de femmes ne mangent-elles pas avec plaisir les « frites » succulentes ? Combien n'ont pas un faible pour les tartes, les petits pâtés et les friandises de toute espèce ?
    En dénonçant ces inclinations gourmandes, M. Antoine était presque sûr de deviner juste.

QUATRIÈME PHASE
Les passes Individuelles

    La médication de M. Antoine de spiritualise de plus en plus. Elle n'a plus besoin de intermédiaires matériels : le guérisseur se contente d'imposer les mains à ses clients. Il élabore une vague théorie de la Foi et des fluides. Il manie lui-même les bons fluides et s'en sert pour guérir les personnes qui ont assez de foi. Les fluides font office de microbes : ils se tuent les uns les autres. Il s'agit d'assurer la victoire des bons fluides.
    « Tout guérisseur quelque peu expérimenté sent la foi du malade et peut lui dire : « Vous êtes guéri. » Il coupe littéralement de fluide qui le terrassait, c'est-à-dire son imagination ; il ne va pas directement au mal, mais à la cause. »
    On dit que M. Antoine était obligé, durant cette quatrième phase de son évolution médicale, d'imposer les mains à plus de cinquante personnes par heure. Il a dû faire une énorme dépense de fluides, pendant cette période, car les malades étaient nombreux. Il en arrivait de partout, même de l'étranger. Une savante réclame venait d'être organisée dans tout le pays. Des émissaires colportaient la réputation du Maître. Les visiteurs recevaient une petite brochure, contenant l'ébauche de la nouvelle doctrine et la rapportaient dans leur village.
    A Jemeppe, des séances dominicales sont fondées. M. Antoine s'entoure de disciples. Il leur explique son système. Les disciples recueillent pieusement la doctrine du prophète et la font imprimer. Ni le professeur ni les élèves ne se comprennent. Ces recueils sont de plaisants coq-à-l'âne, où il est malaisé de découvrir une théorie quelconque ; nous les examinerons plus loin. Notons seulement que M. Antoine ne s'occupe plus exclusivement des maladies et des infirmités corporelles. Il a trouvé le joint entre la médecine et la morale : il affirme que les maux physiques sont un produit de l'imagination. La thérapeutique va céder la place insensiblement à l'instruction religieuse.
    La clientèle s'élargit, et sa générosité permet d'ériger un vrai temple. Il ne s'agit plus de guérir les corps souffrants ; il faut éclairer les âmes. Antoine n'est plus un bienfaiteur de l'humanité ; il est prophète, il reçoit des révélations. Et comme le nombre des sots dépasse celui des malades, les fidèles de l'Antoinisme, définitivement fondé, se multiplient.
    Antoine alors inaugure sa cinquième phase, la phase actuelle, celle des passes collectives.

CINQUIEME ET DERNIÈRE PHASE

    Voici le spectacle auquel on peut assister gratuitement à Jemeppe, tous les dimanches depuis deux ou trois ans.
    Une tribune se dresse au fond du temple. Elle communique avec les appartements privés du voyant. Les fidèles et les curieux se placent dans des bancs, en face de cette tribune. Un monsieur se lève :
    « Notre bon père va venir. Avant d'opérer, il se recueille dans la prière. Respectez ce moment solennel. Ranimez votre Foi, car tous ceux qui ont la Foi seront guéris ou soulagés. »
    La porte s'ouvre. M. Antoine s'avance. Il est bien vieux. Il a laissé pousser ses cheveux et s'est composé une tête hiératique. La scène est admirablement machinée. Alors le prophète, que transfigure un air inspiré, se place au milieu de la tribune. Son regard est perdu dans l'au-delà. Il élève majestueusement les mains, étend les bras, remue les doigts pour laisser écouler sur son peuple tout le fluide qu'il a emmagasiné par sa prière ; il répand ce fluide à l'orient et à l'occident. I ferme les yeux, se retourne et rentre chez lui, sans avoir proféré une parole.
    L'autre monsieur se lève de nouveau :
    « L'opération est terminée. Les personnes qui ont la Foi sont guéries ou soulagées. »
    On renvoie toutes les personnes et l'on introduit d'autres spectateurs qui verront la même comédie. Généralement ce sont les mêmes gens qui sont guéris et soulagés chaque dimanche. (2)

(1) Les Antoinistes sont excommuniés par les véritables spirites.
(2) « Les jours fériés, sauf les dimanches, le Guérisseur a un plus grand pouvoir que dans ses opérations habituelles » (Préface de l’Auréole de la Conscience, p.16)

Journal de Bruxelles, 25 juin 1911 (source : Belgicapress)

La suite au numéro de juillet 1911.

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Le Pélerin, nouvelle de Mme Breusing de Liège (Le Fraterniste, 6 mars 1914)

Publié le par antoiniste

Le Pélerin, nouvelle de Mme Breusing de Liège (Le Fraterniste, 6 mars 1914)

Le Pèlerin

    Madame Breusing, de Liège, grande amie du « Fraterniste », nous a fait le plaisir de nous adresser la nouvelle suivante que nos lecteurs liront très certainement avec grand plaisir.
    Nous l'en remercions vivement.

\-/

    Un homme avait à faire un voyage vers un but, dont il ignorait s'il était proche ou éloigné : c'était au pays promis de félicité qu'il voulait aller. Il n'en connaissait rien de précis ; il savait seulement qu'au terme du voyage, il aurait à rendre compte de tout ce qu'il aurait fait en cours de route.
    Dans l'incertitude, le chemin direct était difficile à trouver ; il en fut bientôt convaincu. Il rencontra beaucoup d'hommes qui tendaient au même but, mais chacun prenait une route différente.
    Après avoir causé à plusieurs d'entre eux, il entendit une si grande quantité d'opinions différentes, qu'il résolut de poursuivre la route qu'il s'était tracée. Mais bientôt voici de nouvelles bifurcations. A chaque chemin se trouve bien un poteau indicateur, mais ils portaient tous : « Au Pays de Félicité » et encore d'autres indications, mais rendues illisibles, ayant subi quantité de remaniements.
    Une route plus large, noire de monde, attire ses regards. Il s'avance et il lit « AU PAYS DE FELICITE PAR ROME. » Tiens, se dit-il, ne serait-ce pas le chemin sans détours que je cherche ? Et au même instant un vieillard majestueux, recouvert d'un long manteau brodé d'or, portant sur la tête une mitre à trois couronnes, surmontée d'une croix étincelante de diamants s'approcha de lui et lui dit : « Tu veux aller au pays de félicité ? » – « Оui », répondit le pèlerin. Et le vieillard, élevant sa crosse ornée de pierreries, lui indiqua le chemin de Rome en lui disant avec autorité : « Voilà le seul et vrai chemin qui conduit au pays de félicité. »
    Rendu méfiant par cette si grande assurance, ajoutée à toutes les divergences d'opinions entendues jusque-là, le pèlerin lui demanda : « Es-tu certain de ce que tu avances ? »
    – « Tu ne sais donc pas qui je suis », répliqua son interlocuteur irrité. « Je suis le délégué du Maître, du pays de félicité ; il m'a donné procuration et plein pouvoir sur tous les hommes de la terre. Moi seul peux en indiquer la voie. »
    – « Veux-tu me laisser voir ta procuration ? » lui dit le pèlerin.
    – « Tu ne peux pas la voir, répondit le vieillard, elle se trouve dans un livre qui a été écrit il y a 1900 ans et qui est tellement sacré, que seuls, moi et mes délégués ordonnés, peuvent en prendre connaissance, et peu sont aptes à l'interpréter. Il leva de nouveau sa crosse et lui indiquant les autres pèlerins sur la route, il lui dit sèchement : « Va les rejoindre et poursuis ta route avec eux. »
    Le pèlerin, un peu interdit, vit en effet une multitude d'hommes et beaucoup d'enfants qui tenaient en mains, les uns des bâtons à crois dorées, d'autres, des étendards aux couleurs vives et où on y distinguait des figures et des cœurs ; il les entendit psalmodier « Ave Maria ! Ave Maria !... »
    Au moment de les rejoindre, il fit cette réflexion : « Mais pourquoi s'adressent-ils à une femme et non directement au Maître du pays de félicité ? » et cela lui déplut. Il revint auprès du vieillard et lui dit encore : « Mais as-tu toi-même parcouru le chemin que tu indiques ? » — « Non, fut la réponse, je ne l'ai pas parcouru, mais bien mon prédécesseur, « Saint Pierre. » Il est depuis assis à la porte du pays de félicité, et il ne laisse entrer que ceux qui ont pris ce chemin. Comme symbole de ce que je suis bien son successeur, je porte cette clef, qui est celle du pays de félicité. Le pèlerin remarqua seulement alors qu'il tenait dans l'autre main une énorme clef, artificiellement forgée (ce qui lui sembla étrange) et il lui dit : « Puisque tu n'as pas fais toi-même ce trajet, je ne vois pas bien que tu puisses me certifier, sans autres preuves, que c'est le seul et vrai chemin et je préfère encore continuer ma route, qui me conduit sans doute au but poursuivi. »
    A cette réplique, l'homme à la triple couronne, s'emporta en s'écriant : « Puisque tu doutes de mes paroles tu n'es qu'un mécréant, tu n'es qu'un hérétique !!! » Et la foule, se retournant vers lui, ils s'écrièrent tous : « Anathema sit ! Anathema sit !! »
    A cette rumeur de haine, le pèlerin, saisi d'effroi, s'enfuit à grands pas, mais au premier chemin qu'il rencontra, un homme vêtu de noir, portant une barette noire sur la tête, le menton appuyé sur un petit collet blanc, vint à lui et il lut sur le poteau indicateur : « AU PAYS DE FELICITE PAR VITENBERG ». Cet homme austère lui dit : « Si tu cherches la voie qui conduit à ce pays, c'est celle-ci que tu dois prendre. »
    – Es-tu bien sûr de ce que tu avances ? » répliqua le pèlerin étonné.
    – Certainement, reprit l'homme noir, le Maître de ce pays m'a mis ici pour détourner et ramener les hommes qui s'égarent sur de faux chemins », — « Le Maître te l'a-t-il dit, lui-même ? » questionna le pèlerin. – Non, répondit l'homme grave, mais cela est écrit depuis 1900 ans dans la Biblia sacra, et nous seuls l'interprétons, comme le Maître l'a voulu ». Et disant cela il ouvrit un gros livre noir, à la première page, et il y lut, imprimé : « Das neue Testament… Unseres Herra und Heilands Jesu Christi. Durch Doctor Martin Luther verteuschet. Druckte und verlegte Johann Delleffsen. Minden 1719. » Le pèlerin, perplexe, se souvenant des paroles de l'homme au manteau brodé d'or, jeta un regard sur la route qu'il lui indiquait ; il y vit moins de monde que sur celle de Rome, la route était aussi moins belle et moins large, les pèlerins y étaient sombres et silencieux. Il dit alors à son interlocuteur : « Un homme richement vêtu, posté au bord du chemin précédent, m'a aussi dit que la voie qu'il indiquait était consignée dans un livre sacré, écrit il y a 1900 ans, ne serait-ce pas le même ? »
    – « Oui, c'est le même, mais nous seuls avons compris ce qu'y a enseigné le Maître, et si tu ne nous crois pas, tu n'es qu'un impie, tu n'es qu'un hérétique ! »
    Le pèlerin, interdit par ces imprécations déjà entendues, lui dit doucement : « Je ne veux pas douter des vérités que contiennent ce livre sacré, mais, pendant 1900 ans, que de fois n'a-t-il pas été traduits, interprété, copié et recopié, et la tradition est sujette à des erreurs qu'on reconnaît avec les années. Je sais très bien, par expérience, que de simples contes, qui ont passé de bouches en bouches depuis quelques années seulement, finissent par s'altérer et ne plus contenir l'enseignement pur qu'on y trouvait dans le principe. Il s'agit ici de 1900 ans, alors... »
    – « Je vous assure, reprit l'homme à la mine rébarbative, que notre interprétation est la bonne et la vraie ». Il s'animait en disant cela.
    – « Eh bien, reprit le pèlerin, l'homme à la crosse disait exactement la même chose. Je ne tiens nullement à me mêler à vos dissentions, et je vais encore poursuivre ma propre route. » A ces mots, son interlocuteur, se fâchant, lui jeta à la face :
    – « Si tu ne crois pas ce que je te dis, et qui est écrit dans le livre sacré, tu es damné et tu ne pourras jamais entrer dans le pays de félicité. Tu n'es qu'un impie, tu es un hérétique... et tous ceux qui passaient à l'instant sur cette route, s'écrièrent à l'unisson. « Voilà un impie ! voilà un impie ! »
    Le pauvre pèlerin, tout marri d'avoir indisposé et mis en colère deux hommes qui avaient voulu chacun le mettre sur le bon chemin, tomba dans de profondes et graves réflexions. Tout attristé, marchant la tête basse, ses pensées se portèrent vers DIEU, et il l'implorait dans son for intérieur. Il sortit de sa profonde méditation au son d'une voix douce et compatissante, qui lui disait : « Tu es affligé, mon frère. Pourquoi doutes-tu ? »
    Levant les yeux vers l'inconnu, à cette interpellation amicale, il se sentit attiré vers lui, et il remarqua alors qu'il venait de la direction du pays de félicité. Il était vêtu d'une longue draperie blanche, rejetée en plis souples sur l'épaule gauche ; il marchait tête nue, laissant voir de longs cheveux partagés sur le front, un sourire ineffable se jouait sur ses lèvres, entourées d'une belle barbe soyeuse. Il attirait par la bonté, rayonnant de tout son être. Il se sentit conquis, enveloppé de fluides bienfaisants, et plein de confiance, il se jeta à ses pieds en disant : « Qui que tu sois, tu as gagné mon cœur, je veux déverser mes peines dans le tien si compatissant. Oui, je suis triste et fatigué... les hommes qui m'arrêtent en chemin me remplissent de doutes et de tristesse ; je viens encore d'en indisposer deux, qui, pleins d'aigreur, me traitent d'impie, parce que je trouve raisonnable de ne pas suivre leurs conseils ni leur route. Le cher compagnon répondit : « Ta sensibilité, ton affliction, prouvent que tu es sur la voie qui conduit au pays de félicité. Ce n'est qu'un sentier étroit, plein d'écueils et de précipices où il est difficile de marcher. »
    Le pèlerin, rempli du plus ardent désir, plein de nouvelles forces et de courage, envahi d'un bien-être indicible, les yeux perdus dans le vague, comme transformé, illuminé, s'écria : « Je supporterai tout, je braverai tout, et j'arriverai au port avec toi. » Ensemble, ils poursuivirent la route. Ils étaient l'un et l'autre muets devant les spectacles grandioses, mais souvent effrayants, qu'offrait la nature à leurs yeux éblouis et terrifiés.
    Le jour baissait, point de lune au firmament, bientôt l'obscurité complète les enveloppa. Quel ne fut pas l'étonnement du pèlerin en voyant son compagnon la tête auréolée et le corps entouré d'une lueur suffisante pour éclairer leurs pas. Ils côtoyaient des précipices où s'abimaient avec fracas les morceaux de roches qui se détachaient sous leurs pieds.
    Des mugissements terrifiants sortaient de ces abîmes. Le frôlement d'ailes immenses le faisait chanceler au bord de trous béants ; il trébuchait sur des corps visqueux et de sourds gémissements s'élevaient vers lui qui le remplissaient d'effroi. L'air se raréfia, il devint étouffant, un sourd grondement, suivi d'éclairs éblouissants, lui découvrent toute l'horreur des lieux les environnant. Bientôt une pluie douce et bienfaisante tombe et il aperçoit au loin, bien loin, un point lumineux, brillant, et son regard ne sait plus s'en détacher ; il pressent que c'est le présage du terme de son voyage, et poussant un soupir de soulagement, il veut exprimer toute sa reconnaissance à son compagnon, mais il s'aperçoit qu'il n'est plus à ses côtés. En revanche, il voit un homme, tout semblable à lui, qui le dévisage, et il reconnaît bientôt, non un inconnu mais un homme de son pays. Comment le trouve-t-il ici, complètement transfiguré, lui qui était si misérable, si bafoué ? Il paraît tranquille et heureux, comment est-il arrivé en ces lieux, qui a guidé ses pas ? Il va vers lui et en même temps, spontanément, ils se tendent les mains, ils se donnent le doux nom de frère, ils vont se conter les péripéties de la route. Tous deux reconnaissent qu'ils ont eu le même guide. Ils ont été conquis par les effluves d'amour que dégageait cet Etre surnaturel. Pleins de confiance, ils l'ont suivi et suivent encore ses traces. Ils en parlent avec amour et reconnaissance.
    Le chemin s'élargit, ils parcourent de vastes plaines et des champs promettant une récolte abondante. De gais ruisseaux serpentent, en répandant autour d'eux la fraicheur et la fertilité ; ils peuvent sans crainte se désaltérer à ces eaux pures et limpides.
    A force de fouler une herbe douce et tiède, la rosée s'évaporant lentement sous les pâles rayons du matin, leurs pieds perdent toute trace de meurtrissures. Ils se sentent frais et dispos, animés d'un courage grandissant. Ils n'ont pas assez de toutes leurs facultés présentes pour admirer la nature dans son complet épanouissement. Ils sont muets, ne trouvant pas les mots nécessaires pour dépeindre leurs sensations multiples, leur ivresse débordante ; ils se serrent la main, ils se comprennent, ils partagent les mêmes sentiments, ils sont unis par l'esprit et par le cœur. Ils sentent et ils comprennent qu'ils doivent être dans le pays de félicité ; ils n'ont cependant pas franchi de frontières, on ne leur a ouvert aucune portes, on ne leur a rien demandé.
    Pas un nuage au firmament, le ciel paraît de cristal parsemé d'étoiles étincelantes, leurs regards se perdent dans l'Infini. Une sensation étrange les étreint et les ravit. Ils ont conscience qu'ils sont près du Père Eternel, ils le sentent mais ils ne le voyent pas. Ils n'ont plus conscience de leur corps charnel, et cependant ils ont conservé leur personnalité. Ils se souviennent de toutes leurs vies passées et elles ont été nombreuses. Ils sentent que la plus sainte des missions leur est désormais dévolue : ils ont la connaissance et ils vont rebrousser chemin, afin de guider et d'aider, comme ils l'ont été, ceux qui cherchent et qui sont de bonne volonté.
    Quand le dernier des mortels aura la connaissance, il règnera une félicité universelle.
    L'enfant prodigue sera rentré au bercail, ce sera l'ère du Père, son règne sera rétabli sur la terre comme au Ciel.
    Un règne de Beauté, de Paix et d'Amour universel !

\-/

       Faites bien et vous trouverez bien.
    La morale tout entière repose sur la Charité, l'amour du prochain et le respect de soi-même, le reste n'est dû qu'à des différences d'usages et de dogmes.

                                                                            Le 7 Juillet 1911.

Le Fraterniste, 6 mars 1914

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Antoinisme (La Gazette de Liège, 28 juin 1914)

Publié le par antoiniste

Antoinisme (La Gazette de Liège, 28 juin 1914)-couv

Sectes de l'occultisme

    Sous la signature Amiens et le titre : « Antoinisme », la Gazette de Liège publie, en tête de son numéro du 28 juin 1914, un remarquable article que nous croyons devoir reproduire intégralement :

    La preuve la plus palpable que le ridicule ne tue plus, c'est que l'Antoinisme vit encore. La secte, fondée par « Père », continuée par « Mère », exploitée par « Fils », ramasse les laissés pour compte de la médecine, et forme une sorte de Cour des miracles où s'étalent des éclopés de toutes sortes, surtout les éclopés de l'intelligence. On me dit qu'à Paris, capitale de la badauderie universelle, où pullulent toutes les théurgies les plus cocasses, les Antoinistes se recrutent à un échelon supérieur parmi les détraqués qui ont avalé sans succès toutes les cures d'eaux et, en désespoir de cause, échouent au temple antoiniste, pour se reposer dans le nirvâna du gâtisme le plus complet.
    Comme spécimen de déliquescence cérébrale, on nous a inondés ces jours-ci d'une petite feuille intitulée : « Culte Antoiniste », avec un billet jaune d'invitation aux fêtes des 25 et 28 juin, anniversaires de la désincarnation du Père et de sa réincarnation dans je ne sais qui, peut-être Demblon, si ce n'est Lambrichts. Mère, que j'ai baptisée « la Matriarche », il y a un an, fera « au nom du Père plusieurs opérations générales pour la foule des malades et des affligés qui ont foi en Lui (avec majuscule ). »
    Il serait bien intéressant, à cette occasion, d'instituer un bureau des constatations, à l'instar de celui de Lourdes, qui permit d'évaluer exactement le nombre des guérisons obtenues, fut-ce de la plus vulgaire colique, et surtout le chiffre des morts, particulièrement d'enfants, immolés en hécatombes aux mânes du Grand Charlatan.
    La feuille qui accompagne l'invitation est brève de phrases, mais drue d'extravagances béates. C'est toujours la vieille rengaine de l'« amour », qui est toute la religion, toute la croyance. Misérable plagiat de la doctrine catholique stupidement déformée, cet amour, qui hennit sans cesse dans toutes les élucubrations antoinistes, est fait de la plus baroque indifférence, jusqu'à professer « les mêmes égards pour toutes les religions et même pour l'incroyance ». Ces gens sont si débordants d'amour, qu'ils jugent leur religion également honorée par celui qui y voit un bréviaire d'idiotie, et par celui qui y reconnait le code de la plus haute sagesse !
    L'inspiré qui lance ces propos charentonesques dit tantôt que la foi naît de l'amour, et tantôt que l'amour naît de la foi, et il termine son oraison par cette perle : « Nous ne posséderons la vérité que lorsque nous ne prétendrons pas l'avoir ».
    D'ailleurs, tout ce charabia, intraduisible en langue nette, a un sens caché, ésotérique, mais aisément pénétré par les initiés et même par les profanes : « Croyez tout ce que vous voulez, mais aimez, aimez, aimez la boutique de Mère ! »
    Et l'escarcelle de Mère se gonfle des versements des gogos, croyants ou incroyants, chrétiens désaffectés ou libres penseurs en mal de religion.
    L'Antoimisme, mixture du scientisme de M" Eddy, de spiritisme, de mesmérisme et de théosophie, le tout à l'usage des imbéciles, est une poussée de l'instinct religieux, incoercible, mais dévié. C'est là qu'il aboutit en s'affranchissant de la raison. Déshéritées des croyances positives, livrées néanmoins à l'inquiétude religieuse. Saisies du tourment du divin, des âmes simplistes obéissent à une suggestion aveugle, se laissent gagner par la contagion, suivent la foule que la vogue appelle et en arrivent ainsi à une certaine foi irraisonnée qui ne se distingue pas du sentimentalisme religieux.
    Comprenez-vous, lecteurs, le danger qu'il y a, devant ces aberrations, à prôner la foi comme une affaire de sentiment et de suggestion et à décliner en cette matière le contrôle de l'intelligence ? Avec pareille théorie, il faut légitimer toutes les folies de la religiosité et faire la révérence à tous ces dévoyés qui se proclament le plus sincèrement du monde des « inspirés ».
    Les adeptes convaincus de l'Antoinisme sont des bergsoniens sans le savoir. Bergson frappe de discrédit l'intelligence et donne la primauté à l'instinct. C'est dans les nuages de l'intuition instinctive que les Antoinistes peuvent découper à leur gré toutes les silhouettes fantastiques qu'il leur plait de rêver.
    Voilà pourquoi l'Eglise ne permettra jamais qu'on s'attaque à la puissance de la raison ; elle sait trop bien qu'en la démolissant, on supprimerait le sujet auquel la foi s'adresse, et sans la libre adhésion duquel l'acte de foi ne peut exister. Dieu réclame de nous un hommage intelligent. Il a muni ses ambassadeurs auprès de nous de lettres de créance, et nous avons le devoir de les vérifier avant d'accueillir le message de la Révélation.
    La triste aventure du pseudo-converti Paul Lœwengard, retourné au judaïsme après avoir chanté dans un livre fastueux et boursouflé, qui ne nous a jamais plu, « Les Magnificences de l'Eglise », fournit une preuve de plus que le sentiment ne peut fonder les inébranlables convictions de la foi. Le malheureux l'abjure, dit-il, parce qu'il a découvert que saint Paul est antisémite et que l'Eglise s'est séparée du judaïsme sous Constantin ! Pareille défaite trahit le profond égarement d'une pensée qui s'est laissé emporter au gré de l'imagination et que ressaisit facilement l'obscure domination de l'atavisme.
    Il y a aussi beaucoup de braves gens par le monde qui escomptent et prédisent la conversion de M. Barrès, comme l'étape dernière et logique de son itinéraire intellectuel. Ah ! quelle erreur totale ! Et comme « la Grande Pitié des églises de France » devrait les décevoir ! M. Barrès, qui mène en faveur des églises une brillante campagne, ignore, ne soupçonne même pas ce qu'est la foi. Pour lui, croire ou sentir, c'est la même chose, et il en fait la déclaration formelle : « Notre religion, c'est le langage de notre sensibilité ». Pas de dogmes précis, pas de solutions fermes aux problèmes de la destinée ; mais des rêveries, des symboles et des émotions. Avec tout cela, faute de pouvoir étancher sa soif du divin, comme l'observe judicieusement Louis de Mondadon, il vient la tromper dans nos temples.
    N'entendant pas, d'ailleurs, réserver aux églises catholiques un hommage exclusif, il voudrait opérer dans un syncrétisme sans limite la fusion de toutes les charmantes pensées religieuses de tous les temps. Et Barrès se berce de ces mots magiques : sens du divin, enthousiasme, amour, unité, prenant partout un plaisir délicat d'imagination, laissant sa pensée se jouer autour de tous les symboles de la vie religieuse, mais ne se souciant pas du tout de vérité absolue.
    Au fond, et c'est une constatation navrante, Maurice Barrès, en dépit de sa vaste culture, en dépit de son merveilleux talent d'écrivain, ne dépasse pas, sur la question essentielle, la question religieuse, le cerveau d'un vulgaire antoiniste. Lui aussi vide la foi de son facteur intellectuel ; lui non plus ne réclame pas de motifs de crédibilité valables au tribunal de la raison ; lui aussi ne voit dans la religion que sensibilité, et s'il exécute sur l'amour des variations artistiques, il ne possède pas sur son clavier religieux une touche de plus.
    Et tous les pontifes des religions laïques en sont là, les Paul Desjardins, les Paul Sabatier, les deux Reinach et les Tolstoï, et les brûlants adorateurs de Tolstoï : sur la question religieuse, ils donnent congé à la raison, lui refusent audience, et n'accordent voix au chapitre qu'au sentiment, à l'instinct, à l'amour. C'est l'invasion de ces théories parmi les catholiques eux-mêmes qui a produit le modernisme, et c'est le devoir élémentaire des catholiques de dénoncer cette erreur partout où elle apparaît et de lui faire bonne guerre.


in Revue Internationale des Sociétés secrètes
Organe de la Ligue Franc-Catholique
Contre les Sociétés secrètes Maçonniques ou Occultistes et leur Filiales
Tome VIII, N°2 - 5 août 1914 (index occultistes)

source : http://iapsop.com/archive/materials/revue_internationale_des_societes_secretes/revue_internationale_des_societes_secretes_v8_n2_aug_5_1914____partie_judeo-occultiste.pdf

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Nombre de costumés au temple de Paris 13e

Publié le par antoiniste

    Les adeptes, appelés des « costumés », majoritairement des femmes, sont au nombre de 49 à servir bénévolement au temple de la rue Vergniaud.

source : https://www.unadfi.org/groupes-et-mouvances/sectes-de-moon-a-la-scientologie-comment-elles-s-implantent-dans-le-13e/

 

    Le texte dans sa totalité :

L’antoinisme est-il une secte ?
Un temple du culte antoiniste, facilement repérable à sa couleur blanche, se dresse rue Vergniaud dans le 13e arrondissement.
La journaliste s’est jointe, un lundi matin, à la quinzaine de fidèles venus assister à la lecture des « dix principes de Dieu par le Père », autrement dit le « credo antoiniste ».
Le « Père » en question, Louis Antoine, est le créateur du culte. En 1884, il s’intéresse au spiritisme puis, se découvrant des dons de médium, rompt avec la religion catholique pour se consacrer à des pratiques de « guérison » sur ses disciples, tout en leur prescrivant des remèdes. Après des ennuis avec la justice, seuls des « moyens spirituels » seront employés par la suite. Aujourd’hui, ce sont des « guérisseurs » qui sont censés avoir hérité du don du Père Antoine. Ils reçoivent en « consultation ». Pour Anne-Cécile Bégot, une sociologue qui a fait une étude sur le culte antoiniste, la formation de ces « guérisseurs » est très sommaire : « ils ne sont pas là pour guérir » mais servent « d’intermédiaire » avec le Père Antoine.
Les adeptes, appelés des « costumés », majoritairement des femmes, sont au nombre de 49 à servir bénévolement au temple de la rue Vergniaud. Il existe 32 temples en France.
Le culte antoiniste figurait dans la liste des sectes du rapport parlementaire de 1995. Pour sa part, le président de la Miviludes, Serge Blisko, signale que ce culte n’a pas fait l’objet de signalements.

Source : Le 13 du mois, Rozenn Le Carboulec, n°28, 13 avril / 13 mai 2013

cf. le billet suivant

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Catherine Gris - Les ombres chuchotent (1962)

Publié le par antoiniste

Catherine Gris - Les ombres chuchotent (1962)

Auteur : Catherine Gris
Titre : Les ombres chuchotent
Éditions : Le Courrier du livre, Paris, 1962 (217 pages)
In-8 Broché. Avec quelques illustrations en noir et blanc hors texte.

Extrait de la Préface de Claude Barbat :
    Mais plus qu'une évocation envoûtante des réalités de la vraie vie et de la vraie mort, Catherine Gris élève pour nous une lumière sur ces réalités. Ce témoignage sur la mort est paradoxalement à la genèse d'un véritable art de connaître, ou plutôt, de reconnaître, les ressources de la vie.
    L'active confidente des « Cœurs Malheureux » se plaît aussi à dire « que ce sont justement les morts qui lui ont rendu intelligibles les vivants ». On le croira d'autant plus volontiers lorsqu'on saura que, comme une musique beethovénienne, ces pages ont conquis leur humour, leur sérénité et leur joie sur des pleurs et le sang de l'âme, sur des fatigues et des épreuves à la limite des forces d'un être exceptionnellement doué de résistance morale.

Introduction :
    Le « moi » est haïssable. Que l'on veuille bien me pardonner de transgresser la bienséance littéraire qui veut qu'un auteur use du « nous » moins présomptueusement subjectif.
    Mon vœu sera comblé si le lecteur, acceptant cette connivence, veut bien me suivre dans ce « reportage » autour des vivants et des morts, tout comme il accorde préalablement créance à qui rapporte des impressions de voyage en des lieux ignorés ou mal connus.
    De nombreuses personnalités disparues, ou bien heureusement en vie, sont évoquées dans ces pages, non point à titre figuratif, mais parce que chacune d'elles s'est trouvée une seconde ou à jamais dans un monde de sensations surprenantes et inexplicables.
    Le témoignage offert aujourd'hui, après 17 ans de maturation, n'est pas la narration romancée d'événements personnels. Mon dessein est autre : prêter ma voix aux Ombres en d'authentiques conciliabules, faire entendre celles des vivants, sortis du doute et de la peur, avant d'aborder à la rive, entrevue par Rilke de « ce peu profond ruisseau décrié, la Mort ».
 
    Catherine Gris est également l'auteure de Les Secrets dévoilés de la géomancie : Une science vieille comme la terre... (1960) et de quelques épisode de Jouons le jeu sur la chaîne parisienne de la RTF.
    Ici, l'auteure évoque une sœur antoiniste – Mme P. – notamment dans le chapitre II :

        « Et s'il ne trouvait pas tout de suite c'est qu'il devait y avoir
        des raisons – des raisons auxquelles les vivants ne
        comprennent rien, mais qui sont les raisons des morts. »
                                                (MONIQUE SAINT-HÉLIER : Le Cavalier de Paille).
    M'ouvrant sa porte, Mme P. m’accueillit en ces termes :
    – Vous nous avez fait une belle peur. Sans Roland vous passiez un mauvais quart d'heure. Votre horoscope est prêt. Parcourez-le en m'attendant, j'ai quelqu'un.
    Pour me remettre de ce préambule, je sortis une cigarette de mon sac. René, tout jubilant, m'avait fait cadeau d'un paquet venu à lui par des voies hasardeuses. Des Camel. Leur parfum s'étendit dans la petite pièce. Quand Mme P. m'y rejoignit, elle me dit dans un sourire :
    – Du rêve à la réalité. Je croyais que vous pouviez vous contenter de l'odeur, je vois que cela ne suffit pas.
    Cette réflexion m'ahurit autant que la précédente.
    Sans que je l'interroge, elle me raconta la scène du balcon, l'intrusion de ma petite ombre fidèle et attentive, du plaisir qu'il avait eu à fumer près de moi une cigarette américaine et de m'en laisser le sillage odorant.
    A personne, je le jure, je n'en avais fait part.
    J'eus en elle, de ce jour, une confiance aveugle, et si souvent encore, ma raison vigilante, mon rigoureux sens de la logique combattit ses présages, je doutais moins des évidences qui marquèrent dorénavant les jalons de ma montée vers l'Inconnaissable. Mais j'anticipe.
    Ce jour-là, nous discutâmes de mon horoscope. Il était à la fois exact, dans des faits contrôlables, obscur dans ses hypothèses. Au demeurant, très agréable à connaître pour qui serait imbu de soi. Elle m'y décrivait comme un être doté d'une personnalité magnétique, de qualités artistiques, sensible, passionné, charitable, rancunière et coquette. J'acquiesçai. Elle en vint à des remarques plus précises, à d'autres qui l'étaient moins, pour arriver enfin à une découverte surprenante : j'étais un métagnome en puissance. Traduction : un médium qui s'ignorait. Barbara allait triompher.
    Les questions se pressaient sur mes lèvres, en même temps que s'éveillait une humilité non feinte envers cette femme, qui dans son langage simple, son très particulier humour et la pureté de sa Foi, me sortait d'une gangue de croyances plus superstitieuses que spiritualistes. Pieuse, mais non dévote, elle amenait beaucoup de ses pratiques au culte du Père Antoine. Par elle, je suis devenue épisodiquement antoiniste, puis, de cœur, chrétienne.
    Je n'osais formuler une demande qui m'étouffait. Je n'eus point à le faire.
    – Donnez-moi sa photo. Je ne crains plus rien. Vous l'avez dégagé sept jours après son accident, il vous en est reconnaissant.
    Je restais coite. Pour la deuxième fois j'entendais ce mot. Une astrologue, saisissante, je l'avoue, par la justesse de ses attendus, mais affreusement antipathique, m'avait annoncé mon opération, et bien d'autres choses qui n'ont pas à être dévoilées ici. Quand j'étais allée la voir, sur la recommandation d'une vague camarade de théâtre, elle m'avait fraîchement reçue, tout occupée qu'elle était à « dégager » sa mère décédée d'une grippe infectieuse. Une seconde visite s'était soldée par du mépris pour ces sciences dites conjecturales. Compulsant des fiches où la mienne n'avait pas pris place, elle énonça au passage des noms que j'aurais préféré ignorer, me prédit les pires calamités, par pure vindicte, persuadée que je lui avais, la première fois, donné un faux nom. J'avais été assez bête pour lui livrer mon identité. J'ajoute que je n'eus jamais l'occasion de m'en repentir.
    « Dégager » un défunt c'est lui faciliter le passage dans l'Au-delà, dans cette sphère mal connue des vivants, ce tunnel, où il séjournera un temps plus ou moins long, qui s'éclaire selon son degré d'évolution, ou s'assombrit s'il y arrive sans préparation. C'est en somme l'éveiller à une seconde naissance, le réveiller.
    Écoutons Rilke :
    « Sans doute est-il étrange de n'habiter plus la terre de
    n’exercer plus des usages à peine appris,
    aux roses et à tant d'autres choses, précisément prometteuses,
    de n'accorder plus le sens de l'humain avenir ; Si bien qu'alors, dans l'espace effrayé,
    que jeune et presque dieu, il quittait pour toujours
    le vide, ébranlé, connut soudain la vibration
    qui nous devient extase, réconfort, secours. »


    Par mes questions, mes reproches, mes retombées dans notre passé si proche, mes angoisses de le perdre, et mes espérances de le voir m'apparaître, j'avais « dégagé » Roland. Il avait tenté de se montrer, en rêve, à sa pauvre maman, et n'avait réussi qu'à l'épouvanter, sautant, dansant dans la chambre pour lui prouver qu'il était là, invisible mais présent, perceptible aux yeux de l'amour maternel. Elle m'avait confié sa terreur, persuadée que la démence l'emportait vers le néant où son fils avait fui.
    Je ne lui disais rien de mes recherches. Je les savais dangereuses pour qui ne reste pas lucide. Je guettais le moment opportun pour lui en glisser un mot. Il est venu tardivement, et si fugitivement que je n'ai jamais osé insister.
    Pour moi, je ne rêvais pas. Le sommeil m'a obstinément quittée durant sept mois. J'ai gardé, jour et nuit, les yeux largement ouverts, somnambule consciente, posant à tous les médecins, thérapeutes, masseurs, hypnotiseurs un problème qui se résolut tout seul quand je tins pour certaine la survie.
    J'avais cet air de statue en marche, apanage d'une héroïne d'un roman de Monique Saint-Hélier qui plaisait tant à Roland. Sa préférence allait au caractère de Carole, belle jeune fille, pleine des plus nobles vertus, mais il avait un faible pour la troublante Catherine, et me donna son prénom. Associé au nom de Gri (amputé de sa moitié) qui figure dans chacune de ses lettres, il est devenu totalement mien.
                                *
    Fermant les yeux, Mme P. s'imprégna des fluides de l'image. D'une voix toute changée, elle murmura :
    – C'est papa qui en fera une tête quand il me retrouvera. Pauvre papa. Laisse-moi tout de même en paix, Catherine. Ne m'appelle pas. Je suis toujours à tes côtés, et près de maman aussi puisque je puis être partout à la fois. Tu en auras bientôt la preuve formelle, mais il faut que j'apprenne, moi aussi, à me manifester. Nous sommes comme deux écoliers. Nos classes ne sont séparées que par une mince cloison. Sois patiente. Je t'ai promis de veiller sur toi. Vivant, je ne le pouvais. Esprit, j'aurai tous les pouvoirs. Poursuis tes promenades au Bois, je marche à tes côtés. Je ne m'arrête qu'à la porte du cimetière. C'est un endroit horrible. Bientôt, je t'enverrai un oiseau. Ne lui donne pas mon nom.
    C'était difficile, car je le nommai, lui, Zoizeau.
    Dans la rue du retour, je gambadais comme une petite folle, soutenue par un bras ferme dont je sentais l'étreinte sans pouvoir fixer son dessin.
    Nous étions convenus, quelques semaines plus tôt, de nous rendre ensemble à une représentation d'Antigone. on jouait à bureaux fermés.
    Je retins deux orchestres au Théâtre de l’Atelier tout fourmillant pour moi de souvenirs, n'en occupai, bien entendu, qu'un seul.
    Les spectateurs, faute de place, étaient assis par terre. Une dame s'étonna de cette vacance, parlementa avec moi qui, du geste, lui faisait signe de s'abstenir, puis, autorisée par une ouvreuse, s'assit enfin, se redressa avec un léger cri, comme mordue par un aspic. Durant les trois actes, malgré la gêne éprouvée par l'inconfort de la position, nul ne se risqua à occuper ce fauteuil. Mes doigts, sur une main invisible, se resserraient aux passages qui nous avaient, isolément, bouleversés, et je sanglotais sans retenue lorsque j'entendis Monelle Valentin dire à Le Gall (Hémon) : « On est tout seul, Hémon, le monde est nu. » Brusquement je redécouvrais qu'en vérité je l'étais, perdue moi aussi, affreusement, dans une salle de spectacle, fantôme de vivante, escortée par un fantôme de mort.
    Mes amis, j'en avais beaucoup à l'époque, remarquaient à peine la modification de mon caractère et de toute ma personne. Si l'on veut bien se reporter à l'époque, on comprendra que chacun déchiré par ses propres deuils, dévoré d'espoir, pris dans la tornade des tourments sinon des soucis de révision civique, avait d'autres chats à fouetter. Ce que la guerre avait préservé fut détruit par la libération. D'éclatantes ruptures clôturaient des dîners bon-enfant, des réconciliations spectaculaires auguraient d'accords nouveaux. J'excepte mon ami René-M. Lefebvre, tellement au-dessus de la mêlée qu'il décourageait les moins ostracistes.
    Dignimont, que je fréquentais assidûment, me conta un jour sa visite à une voyante. Elle lui avait lu dans les mains. Nous courions tous ces antres plus ou moins cotés, plus ou moins clandestins, échangeant des adresses, d'où nous revenions ravis ou furards. Lucette, sa femme, présente à notre entretien, venait de s'entendre dire qu'elle pourrait bien être la victime d'une vilaine jalouse. J'examinai sa paume, et, forte de mes récentes études, sérieusement conduites, lui annonçai une blessure par arme à feu, ajoutant qu'elle ne toucherait pas son visage. Je doute qu'elle eût préféré être (hypothétiquement) défigurée par une rivale inconnue, ce qui eut eu plus de panache, du moins prit-elle légèrement mon avertissement.
    Vingt-quatre heures plus tard, alors que se déroulaient autour de Notre-Dame des combats de rues, elle reçut, par ricochet, une balle qui lui traversa la main, lui coupant un doigt. Elle était, je le précise, dans l'atelier de son mari, au troisième étage, et non à la fenêtre. Ma réputation s'établit sur ce fait, car on en parla beaucoup, et désormais l'on m'accorda un peu plus de considération.
    A intervalles réguliers, j'allais reprendre courage et crédibilité chez Mme P... Entre temps, les deux s'effondraient. Roland m'était apparu pour me signifier que je n'avais plus droit qu'à un quart d'heure de conversation quotidienne, amplement suffisant pour guider mes premiers pas vers une application de mes facultés. J'étais atterrée.
    L'oiseau promis brillait par son absence.
    Les battements de mon cœur scandaient mon ascension vers le logis. La courte attente à la porte me paraissait interminable. Introduite, je caressais distraitement les fourrures amoncelées, repoussées pour faire place à un étrange appareil : un oui-ja, sorte de plaquette de bois pourvue de roulettes, qu'elle dirigeait vers les lettres d'un alphabet. En bas du carton, un Oui et un Non. Véloce, sa main courait sur le clavier, formant des mots qu'elle énonçait, volubile interprète de visiteurs invisibles, impatients de se faire connaître. Mon sang se glaçait dans mes veines. Je sentais comme une bousculade où manquaient les vociférations pour la rendre effective. Ces phrases qui s'enfilaient les unes au bout des autres, sans ordre, ne me convainquaient guère de la véracité des messages. On n'y parlait pas de moi.
    Je fus ramenée à plus d'humilité.
    – Priez, me dit Mme P. Les esprits se plaignent de votre tiédeur. C'est le tout-venant qui se manifeste, et nous allons être envahies par les larves.
    Après plusieurs essais infructueux, j'en vins à user de cet instrument. Des picotements gagnaient le bout de mes doigts, et le oui-ja partait dans toutes les directions. Je sus qu'il n'y avait point de subterfuge. Une force incontrôlable s'emparait de moi.
    Je notai une phase ordurière, suivie d'un nom « Nénesse » et bornai là mes tentatives.
    – Vous êtes pourtant un médium écrivain, m'assura Mme P. Nous recommencerons l'expérience avec d'autres moyens. Ne soyez pas trop pressée.
    Je partis cependant sur une meilleure impression. Elle m'annonçait le programme de la semaine. Il se vérifia exact en tous points. Exact et terrible, car en permanent contact avec les défunts, je n'éprouvais plus qu'indifférence pour ceux qui profitaient largement de la vie. Le pauvre Raoul était de ceux-là. Il fallait que je fusse devenue bien cruelle pour lui en faire grief.

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Lettre de Belgique (L'Essor, Lausanne, 11 février 1911)

Publié le par antoiniste

Lettre de Belgique (L'Essor, Lausanne, 11 février 1911)

Lettre de Belgique.

ANTOINE LE GUÉRISSEUR

DIEU PARLE

Premier principe.
Si vous m'aimez,
Vous ne l'enseignerez à personne.
Puisque vous savez que je ne réside
Q'au sein de l'homme,
Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
Une suprême bonté,
Alors que du prochain vous m'isolez.

Deuxième principe.
Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi
Dans l'intention de vous convertir.
Si vous respectez toute croyance et celui qui
                                                       [n'en a pas,
Vous savez, malgré votre ignorance,
Plus qu'il ne pourrait vous dire.

... et ainsi de suite ; il y a, pour le moment, dix principes, qui sont la dernière expression de la doctrine d'Antoine le Généreux (ou le Guérisseur). Et tout ce qu'on recueille pieusement de sa bouche est écrit de la même manière. On comprend bien les mots ; on saisit même parfois des phrases, mais impossible de savoir en somme ce qu'il veut dire. En lisant sa revue, l'Auréole de la conscience, on croit errer dans certains pâturages de nos Alpes, où il y a mille chemins qui ne conduisent nulle part. On les suit un instant ; et puis, ils se perdent, et vous perdent. C'est une espèce de bavardage, où les mots de foi, d'amour, reviennent à chaque instant, sans qu'on puisse toujours dire ce qu'ils signifient. De telle sorte qu'il est impossible de résumer cette doctrine du « Nouveau spiritualisme » : mixture à base de christianisme, où entrent du spiritisme, du scientisme, de la théosophie et du panthéisme. Tenez, voici encore, comme échantillon, les deux propositions qui sont en tête de sa dernière circulaire : « La croyance en Dieu est opposée à la foi. » « L'intelligence est seule l'imperfection de l'être. » ! !
    Il faut dire à la décharge de l'auteur qu'il est à peu près illettré. Né en 1846 dans la province de Liège, onzième et dernier venu d'une famille pauvre, il descendait à douze ans dans la mine. Puis il travailla comme ouvrier métallurgiste en Allemagne et en Pologne russe, d'où il rapporta une petite fortune, bientôt dépensée à faire du bien. Il se fixa alors à Jemeppe sur Meuse, près de Liège, avec sa femme et un fils qui leur fut enlevé à vingt ans. Catholique jusqu'à quarante-deux ans, puis spirite, il découvre enfin en 1906 le « Nouveau spiritualisme » et devient un Révélateur.
    Et voilà l'homme qui attire des foules. Certains jours, les trains qui arrivent à Jemeppe, de Liège et de Namur, sont bondés. On a compté jusqu'à un millier de visiteurs, et, le jour de l'Ascension, il y en avait 25 000. Des gens de toutes conditions viennent le consulter. Je me suis faufilé un jour dans le joli temple qui sert de salle d'attente pendant les consultations. Il était neuf heures et quart, et c'était la cent-quarantième personne qui passait. — Tous les dimanches, il y a un culte. Dans mainte localité belge, comme à Jemeppe, on lit des passages de la « Révélation d'Antoine » avant et après, on pense à Lui pendant un moment de silence ; et l'on s'en va. A Jemeppe, il apparaît lui-même un instant, monte en chaire, bénit l'assemblée, et se retire. Cela suffit à ses adeptes, qui lui prodiguent les épithètes que nous ne donnons qu'à Jésus-Christ. « Nous faisons de Lui notre Sauveur ; disons qu'il est notre Dieu ». C'est un disciple autorisé.
    Antoine le Guérisseur, très connu en Belgique, est devenu célèbre depuis la pétition de 160 000 signatures qui parvint peu avant le Nouvel An à la Chambre belge 1. Dès lors, tous les journaux ont parlé de lui. Le Matin, de Paris, a dépêché un envoyé spécial à Bruxelles. L'Excelsior, le nouveau quotidien français, a reproduit les traits d'Antoine (il ressemble à Tolstoï, en moins bien), et des reporters connus ont pris le train pour Jemeppe. Il ne faut pas se tromper à propos de 160 000 signataires. Un très grand nombre d'entre eux ne savent pas ce qu'ils ont signé. On a fait passer des listes partout dans les usines et les ateliers, et l'on a été de porte en porte. Mais il reste que ses adeptes se comptent par centaines.
    On peut expliquer dans une certaine mesure l'influence du dieu de Jemeppe. D'abord, il se pose en guérisseur ; et, en faisant le décompte des exagérations, il semble bien qu'il ait accompli quelques cures remarquables, par des procédés analogues à ceux des scientistes. Les 8/10 des gens qui vont le voir sont entourés par des maladies physiques ou morales. Dans ce pays, les « meiges » de plus ou moins grande envergure sont très estimés. On les préfère souvent aux médecins. La crédulité, en maint endroit, est sans bornes.
    Et puis Antoine doit avoir une puissance personnelle assez grande et dégager ce qu'il appelle des fluides bienfaisants. Il y a chez lui une spiritualité incontestable, par laquelle il s'impose. C'est d'ailleurs un très honnête homme, qui paraît vraiment pénétré du désir de faire du bien.
    Enfin, il ne demande rien à ceux qui viennent le voir. Ses guérisons sont gratuites. Si elles ne l'étaient pas, il serait poursuivi. Mais naturellement, il n'est pas défendu de mettre quelque chose dans le tronc du temple. Comment aurait-on pu bâtir cette maison, qui a coûté 100 000 fr. ? De plus, les « Antoinistes » ne sont soumis, que je sache, à aucun renoncement spécial dans leur vie de tous les jours.
    La grande vogue du Guérisseur n'en est pas moins extraordinaire ; elle déconcerte ceux qui prêchent l'Evangile en Belgique depuis tant d'années, non certes sans succès, mais au milieu de tant d'obstacles qui ralentissent la marche en avant. Car franchement, quand on compare l'Evangile, si simple, aux élucubrations mystiques de « l'Auréole de la conscience », quand on mesure la distance qui sépare Jemeppes de Golgotha, on sent monter de l'amertume, et presque de l'indignation.    E. F.

 1 On voudrait obtenir la personnalité civile pour assurer la propriété des temples aux fabriques ou consistoires de la nouvelle secte.

L'Essor, Lausanne, 11 février 1911

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Temple de Paris - rue du Pré Saint-Gervais (FaceBook Historia Nuntius)

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Temple de Paris - rue du Pré Saint-Gervais (FaceBook Historia Nuntius)

Het Antoinisme

Louis Antoine (1846-1912) werd geboren in Bergen (België), in een katholiek gezin. Hij werkte in verschillende beroepen (mijnwerker, fabrieksarbeider, plantaardige koopman ...) in België, Pruisen en Polen. In 1888: vestigt hij zich definitief in Jemeppe (België); sticht hij een spiritualistische groep, Les Vignerons du Seigneur, breekt met het katholicisme, ontdekt hij zichzelf zo snel als geschenken van de middelgrote en genezing - door middel van spreuken en toverdrankjes. In zijn kleine spirituele catechismus (1896), beweert hij dat de “wijnboeren des Heers” de zieken genezen, demonen uitdrijven, de doden opwekken en spreken met de “verdwenen” van deze wereld. . Hij werd beïnvloed door de geschriften van Allan Kardec.

In 1901 werd Louis Antoine veroordeeld voor illegale uitoefening van de geneeskunde Hij werd veroordeeld tot een boete van 60 FR, hij keerde daarna richting ”magnetische genezing”, dit beperkt zich alleen tot het geloof van de genezer en die van zijn patiënt. Er worden regeneratieve golven uitgezonden door goede ”geesten”. In 1906 breekt hij met spiritisme. Hij plaatst een tempel op zijn eigendom in Jemeppe. Hij is de ”Vader” die profeteert, geneest vanaf zijn tribune en per brief zijn volgelingen ”Antoinisten ”. Hij geneest door het gebruik van gemagnetiseerd papier en thee. Hij schreef zijn ervaringen in zijn geschriften, die door zijn volgelingen worden gelezen in de tempels en de zogenaamde 'leeszalen' (gebed kamers). De supporters noemen oprichter Louis Antoine ”de vader” en zijn vrouw ”de moeder”. Na de dood van Antoine's, nam zijn vrouw, Jeanne-Catherine Collon, het landgoed over. Er waren toen twee antoinistische tempels en een paar dozijn ”leeszalen” in België en Frankrijk. Er was sterke groei onder leiding van J.-C. Collon, de ”Moeder”, ”vertegenwoordiger van de Vader”; bij haar dood (1940). Er waren 26 tempels in België. De beweging wordt voornamelijk vertegenwoordigd in Frankrijk en België, waar er 64 tempels zijn, waarvan 31 in Frankrijk. In Frankrijk zijn er 2.500 Antoinisten actief.

Gebed neemt een belangrijke plaats in de religieuze praktijk van de Antoinisten. Een zeer eenvoudige religieuze ceremonie: het lezen van de geschriften van ”Vader Anthony ”, lofzangen. Genezing getuigenissen tijdens ”samenkomsten” in tempels. Viering van dopen van kinderen, bruiloften en begrafenissen, maar niet van de maaltijd van de Heer. De leden zijn niet verplicht om de vergaderingen bij te wonen, en ze mogen bij andere bewegingen. Op de top van de algemene christelijke feesten, hebben de Antoinisten twee andere feesten van hun eigen geloof: ter ere van het oprichtingspaar. 25 juni is voor ”de vader” en 3 november is voor ”de moeder”. Ze vieren ook de inwijding van de tempel in Jemeppe en de aanbidding van de beweging op 15 augustus. Het doel van deze beweging is om hulp te geven aan lijdende mensen door middel van gebed en zonder enig doel van bekering. Het bestaan van God, het kwaad, materie, ziekte en dood (geloof in reïncarnatie) word ontkend. Het is intelligentie (en dus de wetenschap) dat lijden creëert, het geloof in zichzelf dat onderdrukt is; Niettemin, mensen die denken dat ze ”ziek ” mogen deel nemen aan collectieve of individuele healing sessies, de zogenaamde ”operaties ”, om schadelijke stromen af te snijden. Strikte naleving van de natuurwetten: noch arts, noch apotheker, maar uniek beroep op het geloof (uitzondering voor de aftreksels van planten).

ORGANISATIE Vandaag, collegiaal leiderschap zonder een”vader 's vertegenwoordiger”: 61 tempels (waaronder 34 in Frankrijk) en 190 leeszalen in België, Frankrijk (93 kamers), Engeland, Duitsland, Italië, Luxemburg, Polen, Congo, Australië, Brazilië; 2.500 tot 3.000 ”gekostumeerde ” Antoinisten (Leviet en hoge hoed voor mannen, zwarte jurk, hoed voor vrouwen); 20.000 beoefenaars (waarvan 2.500 in Frankrijk); onbepaald aantal consultants. Erkenning van Antoinisme In Frankrijk: Vereniging Culturelle antoiniste du Collège des desservants de France, (wet van 1901); gevestigd te Parijs (19e). 1910: instelling van een ”Antoinistische cult”. In België werd het een vereniging van openbaar nut. (Koninklijk Besluit van 3 oktober 1922)

Verhaal & Foto: Ronald & Antoinette van Grinsven

source : https://www.facebook.com/112752513569750/photos/a.116233006555034/116556479856020/?type=3&theater

 

Traduction :

Antoinisme

Louis Antoine (1846-1912) est né à Mons (Belgique), dans une famille catholique. Il a travaillé dans diverses professions (mineur, ouvrier d'usine, marchand d'usine...) en Belgique, en Prusse et en Pologne. En 1888 : il s'installe définitivement à Jemeppe (Belgique) ; il fonde un groupe spirite, Les Vignerons du Seigneur, en rupture avec le catholicisme, se découvre aussi vite que les dons du médium et de la guérison - par des invocations et des formules magiques. Dans son petit catéchisme spirite (1896), il affirme que les "vignerons du Seigneur" guérissent les malades, exorcisent les démons, ressuscitent les morts, et parlent aux "disparus" de ce monde.... Il a été influencé par les écrits d'Allan Kardec.

En 1901, Louis Antoine est condamné pour exercice illégal de la médecine. Il est condamné à une amende de 60 FR, il se tourne alors vers la "guérison magnétique", qui se limite à la seule foi du guérisseur et à celle de son patient. Les ondes régénératrices sont émises par les bons "esprits". En 1906, il a rompu avec le spiritisme. Il a placé un temple sur sa propriété à Jemeppe. Il était le "Père" qui a prophétisé, guéri depuis sa tribune et a répond aux lettres à ses disciples "Antoinistes". Il guérit grâce à l'utilisation de papier magnétisé et de thé. Il a consigné ses expériences dans ses écrits, qui sont lus par ses disciples dans les temples et dans les "salles de lecture" (salles de prière). Les partisans appellent le fondateur Louis Antoine "le père" et sa femme "la mère". Après la mort d'Antoine, sa femme, Jeanne-Catherine Collon, a repris le flambeau. Il y avait alors deux temples antoinistes et quelques dizaines de "salles de lecture" en Belgique et en France. La croissance a été forte, sous l'impulsion de J.-C. Collon, la "mère", "représentante du père", à sa mort (1940). Il y avait 26 temples en Belgique. Le mouvement est principalement représenté en France et en Belgique, où l'on compte 64 temples, dont 31 en France. En France, 2.500 antoinistes sont actifs.

La prière occupe une place importante dans la pratique religieuse des antoinistes. Une cérémonie religieuse très simple : lecture des écrits du "Père Antoine", textes de louange ; témoignages de guérison lors de "rencontres" dans les temples : célébration des baptêmes, des mariages et des enterrements d'enfants, mais pas du repas du Seigneur. Les membres ne sont pas obligés d'assister aux réunions, et ils sont autorisés à rejoindre d'autres mouvements. En plus des fêtes chrétiennes générales, les antoinistes ont deux autres fêtes de leur propre foi : en l'honneur du couple fondateur. Le 25 juin est pour "le père" et le 3 novembre est pour "la mère". Ils célèbrent également la consécration du temple de Jemeppe et la création du mouvement le 15 août. Le but de ce mouvement est d'apporter une aide aux personnes en souffrance par la prière et sans but de conversion. L'existence de Dieu, du mal, de la matière, de la maladie et de la mort (foi en la réincarnation) est niée. C'est l'intelligence (et donc la science) qui crée la souffrance, la croyance en soi qui est alors supprimée ; néanmoins, les personnes qui se croient "malades" sont autorisées à participer à des séances de guérison collectives ou individuelles, appelées "opérations", pour couper les fluides nocifs. Stricte observation des lois de la nature : ni médecin ni pharmacien, mais unique appel à la foi (exception pour les infusions de plantes).

ORGANISATION Aujourd'hui, direction collégiale sans "représentant du père" : 61 temples (dont 34 en France) et 190 salles de lecture en Belgique, France (93 pièces), Angleterre, Allemagne, Italie, Luxembourg, Pologne, Congo, Australie, Brésil ; 2 500 à 3 000 antoinistes "costumés" (lévite et haut-de-forme pour les hommes, robe noire, chapeau pour les femmes) ; 20 000 praticiens (dont 2 500 en France) ; nombre indéterminé de consultants. Reconnaissance de l'antoinisme en France : Association Culturelle antoiniste du Collège des desservants de France, (loi de 1901) ; basée à Paris (19ème). 1910 : Création d'un "culte antoiniste". En Belgique, elle est devenue une association d'utilité publique. (Arrêté royal du 3 octobre 1922)

Histoire et photo : Ronald & Antoinette van Grinsven

    On croit pouvoir reconnaître frère Jeannin et sa famille à droite du groupe. Il utilisa encore longtemps une béquille.

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Antoinisme (M.M. Thiollier, Dictionnaire des religions, 1971)

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Antoinisme (M.M. Thiollier, Dictionnaire des religions, 1971)

Auteur : Marguerite-Marie Thiollier
Titre : Dictionnaire des religions
Éditions Le  Sycomore - L'Asiathèque, Paris, 1971 (à lire sur numilog.com [http://excerpts.numilog.com/books/9782901795070.pdf])

    antoinisme, religion fondée par le Père Antoine (1845-1912), ancien mineur belge, de tendance théosophique et spirite, dont le but est surtout la guérison des malades par la prière et l'imposition des mains. — L'Église antoiniste possède un clergé organisé. Elle s'est répandue dans toute l'Europe.

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Les secrets de l'Antoinisme (Soirmag, mercredi 12.02.2020, par Philippe Delorme)

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Les secrets de l'Antoinisme (Soirmag, mercredi 12.02.2020, Philippe Delorme)

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    On a pu lire un article intéressant dans le magazine Soir Mag du mercredi 12.02.2020 (version en ligne avec abonnement) sur l'Antoinisme par Philippe Delorme. Ce dernier s'était déjà intéressé à la figure du Père dans son livre Les Aventuriers de Dieu.

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Claude Petit-Castelli - Les sectes, Enfer ou paradis (1977)

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Claude Petit-Castelli - Les sectes, Enfer ou paradis (1977)

Auteur : Claude Petit-Castelli
Titre : Les sectes : Enfer ou paradis
Éditions : Ed. de Messine, Paris, 1977 (191 pages)

    Un livre qui évoque les sectes au sens large, dont les Antoinistes. Pratiquement sans erreur en ce qui concerne les antoinistes (quelques généralités et indications imprécises), il mérite d'être lu dans son entier pour comprendre le phénomène.

    Voici le chapitre consacré aux Antoinistes :

    Parmi les sectes issues du christianisme, la secte des Antoinistes est l'un des mouvements les plus sympathiques, presque une bouffée d'air pur. En effet à la différence de ses consœurs, cette secte ne demande aucune participation financière à ses fidèles, ne pratique pas l'endoctrinement à outrance, ne cherche nullement à combattre qui que ce soit, ni les religions, ni les hommes.
    Qui est cet Antoine, l'inspirateur, le chef d'une secte qui compte aujourd'hui environ vingt mille fidèles, notamment en France et en Belgique, berceau du culte ?
    Louis Antoine est né le 7 juin 1846 à Mons-Crotteux en Belgique, cadet d'une famille de onze enfants, famille de mineurs catholiques pratiquants, il fut élevé selon les principes de charité et d'humilité. A douze ans, le jeune Louis Antoine descendit à son tour dans la mine mais, trop faible, il dut travailler dans une chaudronnerie jusqu'à l'âge de vingt ans. Depuis longtemps il aimait la lecture, et préférait volontiers la solitude et le recueillement aux joies de la vie. Après son service militaire et la guerre de 1870 contre l'Allemagne, durant laquelle il tua malencontreusement un de ses camarades, il choisit de s'exiler en Allemagne pour tenter d'oublier et mieux gagner sa vie. Là, il se maria avec celle qui est devenue plus tard la mère et qui perpétua son œuvre, Catherine Collon, la sœur d'un de ses amis. Un enfant naquit de leur union. Ils revinrent vivre en Belgique, mais l'argent manquant de plus en plus, la famille Antoine s'expatria de nouveau, en Pologne cette fois. A Varsovie, ils restèrent cinq années, le temps de mettre un petit pécule de côté et de rentrer à Jemeppe-sur-Meuse en Belgique où Antoine trouva un travail de concierge dans une usine. Intervint alors dans sa vie un événement qui bouleversa sa vie.
    Un ami lui fit découvrir un cercle spirite, et lui donna à lire le livre d'Allan Kardec, le Livre des esprits. Sa voie était trouvée. Il se découvrit medium et fonda un groupe spiritualiste, les Vignerons du seigneur.
    Il s'intéresse au problème de la maladie, entre en contact spirite avec deux médecins qui lui dictent les thérapeutiques à appliquer aux patients qui commencent à venir le voir. Il impose les mains aux malades, distribue des bouts d'étoffe magnétisée. Pour Antoine, le corps ne représente rien, la guérison du corps est la conséquence de la guérison de l'âme. L'homme est naturellement bon et altruiste. Dieu n'existe pas si ce n'est dans chacun de nous. Il pense que la mort terrestre n'est qu'une désincarnation suivie presque aussitôt d'une réincarnation.
    Lorsque Antoine parle de son fameux médecin-esprit, il dit : « Il m'apparaît comme un visage lumineux. C'est la foi qui guérit. Si, par la volonté, on arrive à se persuader que l'on n'est plus malade, alors la maladie s'en va. Mais quand ceux qui viennent à moi n'ont pas la foi, alors mon guide s'en va et je reste seul. »
    Les malades en question viennent de plus en plus nombreux. Cela n'est pas du goût des médecins pratiquants qui intentent à Antoine un procès pour escroquerie et exercice illégal de la médecine.
    Louis Antoine va donc, afin de poursuivre sa mission salvatrice, abandonner sa démarche spirite pour un enseignement doctrinal plutôt philosophique, voire prophétique. En 1906, est construit le temple des Antoinistes premier de la série ; il en existe maintenant cinquante-cinq en Belgique et vingt-cinq en France. Antoine impose les mains désormais devant une assemblée et non plus individuellement. Sa vie de prophète commence : il dicte la Révélation de l'auréole de la conscience, véritable bible des Antoinistes, recueil des pensées des révélations plutôt, du père – c'est ainsi qu'on l'appelle – pour lequel « la valeur d'un enseignement réside non dans les mots mais dans le fluide qui en découle ».
    Pour les Antoinistes, la mort n'existe pas, la matière n'existe pas : l'homme, par voie de conséquences, ne peut mourir. Le fluide passe, véritable substance intemporelle qui doit amener l'homme à la pureté. Le mal est la conséquence d'un manque de foi ; or le manque de foi vient d'une hypertrophie de l'intelligence, intelligence et conscience étant incompatibles ; le mal vient donc de la science. Théorie simpliste certes, mais qui touche les gens simples épris de charité.
    Le culte est aussi réduit à sa plus simple expression. Les quatre premiers jours de la semaine, a lieu l'opération : au temple, un officiant lit les dix principes de Dieu et c'est tout, l'opération ayant pour but d'arrêter les « fluides » négatifs. Après la cérémonie, desservants pratiquent la consultation, ils donnent des conseils de tous genres. Le dimanche, est célébré le culte du recueillement durant lequel les officiants lisent des morceaux choisis dans la vie du père. Il n'y a pas de sacrements.
    Après la désincarnation d'Antoine, devenu par la force des choses une sorte de personnage mythique, c'est sa femme appelée mère qui a continué son œuvre avant de se désincarner à son tour en 1941. On assiste alors à plusieurs querelles, notamment entre les temples belges et français. Les premiers voulaient remettre en vigueur les guérisons collectives ; les autres, au contraire, se contentaient de recevoir les malades individuellement. C'est la seconde orientation qui l'emporta.
    Les frères, sont habillés de noir comme le père, avec une lévite, un chapeau haut-de-forme aux bords recourbés ; les sœurs, en jupe plissée, corsage noir, portant un châle et un bonnet, restent discrètement à l'écart. Les Antoinistes sont pour une réunification de tous les groupements religieux. « Quand nous serons pénétrés de l'enseignement du père, il n'y aura plus de dissensions entre les religions. Nous nous aimerons tous car nous aurons tous compris la loi du progrès. »
    Bien entendu, il est difficile de prendre très au sérieux le culte antoiniste tant ses dogmes semblent puérils et primaires, mais la bonté et la charité ne peuvent-elles pas parfois prendre l'aspect le plus déroutant ? Entre un Antoiniste sincère, pur et sage et un catholique décadent, est-il possible d'hésiter.

Claude Petit-Castelli - Les sectes, Enfer ou paradis (1977)

 

Catherine Collon appelée encore « Laurie ».
C’est elle qui a perpétué le culte Antoiniste après la désincarnation de son mari.
Louis Antoine, Père spirituel des Antoinistes.
Ce beau vieillard auréolé de lumière préconisait l’amour et l’amitié entre tous les hommes.

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