Eklablog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Emile Verhaeren - Une statue

Publié le par antoiniste

On le croyait fondateur de la ville,
Venu des pays clairs et lointains
Vers ceux d'Europe — avec sa pauvre crosse en main,
Et grand, sous sa bure servile.

Pour se faire écouter il parlait par miracles,
En des clairières d'or, le soir, dans les forêts.
Où des granits carraient leurs symboles épais,
Et tonnaient leurs oracles.

Il était la tristesse et la douceur
Descendue autrefois, à genoux, du calvaire,
Vers les hommes et leur misère
Et vers leur coeur.

Il accueillait l'humanité fragile,
Il lui chantait le paradis sans fin
Et l'endormait dans le rêve divin,
Le front posé sur l'évangile.

Plus tard, le roi, le juge et le bourreau
Prirent son verbe et le faussèrent ;
Et les textes autoritaires
Apparurent, tels des glaives hors du fourreau.

Contre la paix qu'il avait inclinée
Vers tous, de son geste clément,
La vie, avec des cris et des sursauts déments,
Brusque et rouge, fut dégainée.

Mais lui resta le clair apôtre et le soleil
Tiédi, aux yeux de tous, de patience et d'indulgence
Et la pieuse et populaire intelligence
Venait puiser en lui la force et le conseil.

On l'invoquait pour les fièvres et pour les peines,
On le fêtait en mai, au soir tombant,
Et des mères apportaient leurs enfants
Baigner leurs maux dans l'eau de sa fontaine.

Son nom large et sonore d'amour
Marquait la fin des longues litanies
Et des complaintes infinies
Que l'on chantait, depuis toujours.

Il se définissait, près d'un portail roman,
En une image usée et tremblotante,
Qui écoutait, dans la poitrine
Haletante des tours,
Les bourdons lourds clamer au firmament.

Emile Verhaeren, Une statue, p.120
Les Villes tentaculaires (1895)
source : archive.org

Voir les commentaires

Ivan Illich - L'art de souffrir

Publié le par antoiniste

   Je veux chercher mon équilibre dans l'apprentissage de l'art de souffrir et de l'autolimitation dans la recherche du soulagement.

Ivan Illich, Le renoncement à la santé
Repris du site Sorceresses Reborn / Le Cercle des Sorcières Disparues

source : http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/illich/renoncement-sante.htm

Voir les commentaires

Simone de Beauvoir - L'attraction

Publié le par antoiniste

    Et saurait-on pourquoi les masses s'attiraient ? L'attraction : c'était un mot commode qui servait à tout expliquer ; était-ce autre chose qu'un mot ? Étions-nous vraiment plus savants que les alchimistes de Carmona ? Nous avions mis en lumière certains faits qu'ils ignoraient, nous les avions groupés en bon ordre ; mais nous étions-nous enfoncés d'un seul pas dans le coeur mystérieux des choses ? Le mot de force était-il plus clair que celui de vertu ? Celui d'attraction plus que le mot : âme ? Et quand on appelait : électricité, la cause de ces phénomènes qu'on provoquait en frottant l'ambre ou le verre, était-on mieux renseigné que lorsqu'on appelait Dieu la cause du monde ?

Simone de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels
Folio n°533, Paris, 1992 (p.417-18)

Voir les commentaires

Ralph Waldo Emerson - Qu'est-ce qui est moral ?

Publié le par antoiniste

    L'évolution d'une société destinée à des fins supérieures doit être morale ; elle doit suivre le sillon des roues célestes. Elle doit avoir des buts universels. Qu'est-ce qui est moral ? C'est de respecter en agissant les fins catholiques ou universelles. Écoutez la définition que Kant donne de la conduite morale : « Agis toujours de telle sorte que le motif immédiat de ton vouloir puisse devenir une règle universelle pour tous les êtres intelligents. »

La Civilisation
Ralph Waldo Emerson
traduit par Marie Dugard (1911)
source : http://fr.wikisource.org/wiki/La_Civilisation

Voir les commentaires

Marcel Moreau, Monstre - J'étais prêt pour le cancer

Publié le par antoiniste

    Plusieurs fois, j'appelai doucement la mort sans ambages. Je me souviens, j'étais assis, un coude sur la table, devant un verre et mes manuscrits. J'écoutais, haletant, d'insignifiantes rumeurs montant en moi, de quelque organe en difficulté. Rien ne m'eût alors semblé plus accordé à ce que je venais décrire que d'être parcouru tout entier par un mal inexorable. J'étais prêt pour le cancer, l'infarctus, l'hémorragie cérébrale. Tout cela pouvait me prendre et m'emmener, moi et mes ultimes secrets, vers le pays d'où nul ne revient. La dernière page s'ouvrait : tombe, sépulture de mots, et c'est très bien ainsi, la métaphore en moins. J'étais même impatient : "Mais qu'attendez-vous donc ?" lançai-je au corps éberlué, ce lourd dadais plié sur la chaise, enténébré de virus. Je ne puis traduire une telle émotion. Je jure qu'elle n'est pas triste, pas ce que l'on pourrait croire. Quand j'aime la mort, je l'aime avec joie, et j'étonnerais plus d'un témoin par la beauté de mon sourire, par la qualité de la lumière, dans mon regard. Nul ne devrait regretter de me voir disparaître dans ces conditions-là, qui sont celles de l'enchantement poétiques. Elles consacrent une victoire plus qu'elles ne consomment une défaite. Bref, je vais bien quand je souhaite aller mal. C'est un moment de pur nostalgie, ou de griefs. Le corps a subi sans broncher, l'esprit a donné sans compter. Que demander à la vie qui soit encore plus fort, plus révélant ? Je suis né de peu et je vais au rien, la joie est dans le Tout, cette distance de l'un à l'autre, saturé de sensations.

Marcel Moreau, Montre (1986), p.193-94
Luneau Ascot Editeurs, Paris

Voir les commentaires

Nous voyons tous le monde différemment - Les Wallons de Suède

Publié le par antoiniste

Vers 1920, à une époque où la présence wallonne tend à s’effacer, naît dans le journal du syndicat des métallurgistes suédois le mythe du travailleur wallon à la fois fort et doté d’une vive conscience de classe transposé dans le passé. Ce journal, Metallarbetaren, écrit ces lignes étonnantes : « Les Wallons sont plus forts que les Flamands (les habitants germaniques de la Belgique), plus maigres, plus nerveux, plus sains, et ils vivent plus longtemps. Leur habileté et leur professionnalisme sont supérieurs à ceux des Flamands. Ils dépassent les Français en ténacité et ardeur – qualités qui ont favorisé leur immigration en Suède. Mais leur impétuosité passionnée les fait ressembler au peuple français. » (3 juin 1922). S’invente le mythe du Wallon capable de résister syndicalement, notamment par la grève, proposé comme modèle aux Suédois.

Anders Florén et Maths Isacson, dans De fer et de feu, l’émigration wallonne vers la Suède (2003), écrivent : « Sans doute existait-il, en ces temps difficiles de crise, un fort besoin de modèles, et les Wallons offraient-ils une incarnation idéale des valeurs que le syndicat des métallurgistes entendait promouvoir. » Le choc de l’émigration wallonne en Suède s’est donc révélé durable, jusqu’à incarner le mythe d’un wallon, héros syndical, qui ne correspond pas à la réalité historique des XVIIe et XVIIIe siècles ni à la réalité des années 20 en Suède.

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wallons_de_Su%C3%A8de

Voir les commentaires

l'Antoinisme est une religion de malade

Publié le par antoiniste

   Tandis que mes compagnons entretiennent la « soeur » aux yeux noirs, au visage amaigri, qui a « couru le monde » et qui « connaît la vie », je parcours la brochure contenant l'enseignement du Père et les confessions de quelques adeptes notoires, je constate que tous ceux-ci sont venus ici pour y chercher d'abord la guérison de leurs diverses maladies.
   Et c'est la maladie qui semble avoir aidé l'apôtre lui même à découvrir sa voie :
   — La maladie, a-t-il raconté, m'avait tellement affaibli que, par moments, je ne savais plus si j'avais un corps ; mon esprit était devenu d'une sensibilité incroyable ; alors je palpais tous les fluides dans lesquels je puisais les pensées me diriger.
   — Vos convertis, dis-je à la « soeur », sont tous d'anciens malades !
   Ou des malades actuels. Une religion de malades, tel est l'effet assez juste que produit l'Antoinisme à notre confrère.

    Voilà comment se termine un article de L'Écho du merveilleux du 15-05-1913.

    Et voilà comment se termine un article d'Ivan Illich :


    J'en appelle à l'expérience personnelle de chacun, à la sensibilité des gens ordinaires, par opposition au diagnostic et aux décisions des professionnels. J'en appelle à la mémoire populaire, par opposition aux illusions du progrès. Prenons en considération les conditions de vie dans notre cercle familial et dans notre communauté, et non pas la qualité des prestations de «soins de santé»; la santé n'est pas une marchandise qu'on distribue, et les soins ne peuvent être prodigués par un système.
    Oui, nous avons mal, nous tombons malade, nous mourons, mais également nous espérons, nous rions, nous célébrons; nous connaissons les joies de prendre soin les uns des autres; souvent nous sommes rétablis et guéris par divers moyens. Nous n'avons pas à suivre un chemin uniformisé et banalisé de notre vécu.
    J'invite chacun à détourner son regard, ses pensées, de la poursuite de la santé, et à cultiver l'art de vivre. Et, tout aussi importants aujourd'hui, l'art de souffrir, l'art de mourir.

Ivan Illich
L'Agora, Juillet/Août 1994.

    Oui, l'Antoinisme est une religion de malade.

Voir les commentaires

Hans Seeling - Wallonische Industrie-Pioniere in Deutschland

Publié le par antoiniste

Hans Seeling : Wallonische Industrie-Pioniere in Deutschland. Historische Reflektionen. Mit 140 Abbildungen

Klappentext:
Durch ihre Vergangenheit prädestiniert und eine Reihe von Umständen begünstigt, schwangen sich die Wallonie und Lüttich während der ersten Hälfte des 19. Jahrhunderts nicht nur im Bergbau und im Eisenhüttenwesen zum Vorbild und Lehrmeister des Kontinents auf, wurden mit einem Transfer von Technologie wallonische Unternehmer, Ingenieure und Facharbeiter über Deutschland hin bis zum Ural als Promoter und «Männer der ersten Stunde» tätig.
Auf dem Wege Deutschlands zu einem Industrieland ersten Ranges breitete sich über ihre Erfindungen, Werke und Taten mit der Zeit ein Schleier des Vergessens.
In der Literatur finden sie sich meist nur en passant erwähnt, obschon eine ganze Phalanx technisch gebildeter Spezialisten und Gründer aus der Wallonie nicht nur während der Anfangsjahre bei Giganten wie Pygmäen der Industrie in Deutschland Pate stand.
Der historische Rückblick reiht Name an Namen, die als Schöpfer jener Epoche noch heute beiderseits der Sprachengrenze lebendig dazu verlocken, auf Entdeckungen durch Zeiten und säkulare Wandlungen zu gehen.

Aus dem Inhalt:
Belgiens Weg zum Industriestaat - Energie aus Feuer und Wasser: Dampfkessel und Dampfmaschine - Dampf revolutioniert Transporte zu Wasser und zu Lande - Den Bahnlinien folgen Eisenhütten, Schienenfabriken und Walzwerke - Bergbau auf Kohle, Zinkerz, Salz und Glassande

Voir les commentaires

H. L. Mencken - Être amoureux

Publié le par antoiniste

« Être amoureux c'est simplement être dans un état d'anesthésie perpétuelle — prendre un homme ordinaire pour un dieu grec et une femme ordinaire pour une déesse. »

H. L. Mencken, Prejudices, First Series, 1919

(en anglais : « To be in love is merely to be in a state of perpetual anesthesia — to mistake an ordinary young man for a Greek god or an ordinary young woman for a goddess. »)

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/H._L._Mencken

Voir les commentaires

Ivan Illich - La réalité frabriquée

Publié le par antoiniste

    Je vis dans une réalité fabriquée, constamment plus éloignée de la création. Je sais aujourd'hui ce que cela signifie et quelles horreurs menacent chacun de nous.

Ivan Illich, Le renoncement à la santé
Repris du site Sorceresses Reborn / Le Cercle des Sorcières Disparues

source : http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/illich/renoncement-sante.htm

Voir les commentaires