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Alain Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg - L'Antoinisme (1994)

Publié le par antoiniste

Du spiritisme à l'antoinisme

    " L'an mil huit cent quarante-six,  le huit du mois de juin à midi, par-devant nous, Nicolas-Joseph Jacquemin, Bourgmestre, Officier de l'état civil de la commune de Flémalle-Grande, canton de Hollogne-aux-Pierres, arrondissement et province de Liège, est comparu Martin Antoine, houilleur, âgé de cinquante ans, domicilié dans cette commune, hameau de Mons. " Qu'avait-on ce jour-là de si important à déclarer chez Martin Antoine dit 'Eloi' ? Un fils, bien sûr, et de sexe masculin. Catherine Castille, 49 ans, venait de mettre au monde à quatre heures du matin (le 7 ou le 8, il subsiste un léger doute) un enfant qu'on prénommerait Louis-Joseph, et dont le nom de famille officiel a, un court moment, été 'Eloi' : l'heureux géniteur, dans sa précipitation ou par ignorance, avait décliné le sobriquet dont on l'affublait plutôt que son identité véritable. 'Eloi' venait d'avoir son onzième (?) et dernier fils.
    Baptisé le jour même, Louis-Joseph est élevé rue des Priesses, au lieu-dit 'A la chapelle', et c'est à l'école primaire de Mons (Flémalle) qu'il reçoit sa maigre instruction. A douze ans, il descend à la mine, y exerce pendant deux ans les fonctions de pousseur de bennes, manoeuvre de fond, tailleur de veines. On le dit autodidacte et débrouillard, gentil euphémisme pour une inaptitude scolaire que ses hagiographes s'empressent de contester (1). Mais il est certainement de santé fragile et devient rapidement ouvrier métallurgiste, délaissant le pic. Devenu machiniste, il est inscrit à la milice en 1866, et remplit ses obligations militaires à Bruges, au 3e régiment de ligne. Il combat - et tue (2) - lors d'un rappel sous les drapeaux à l'occasion de la guerre franco-allemande, mais lorsqu'il revient dans la vallée de la Meuse, il n'a plus d'employeur et décide alors de s'expatrier en Prusse rhénane : il y travaille pour les usines Cockerill. C'est l'époque où il aurait découvert le 'phénoménologie' d'Hegel, qui imprégnera le discours antoiniste : conscience et intelligence, apparence contre réalité. Mais, comme le suggère délicatement sa biographe soeur Yvette, il avait "pris un pain sur la fournée". En d'autres termes, il se doit de revenir en Belgique et d'épouser le 15 avril 1873 une dame Jeanne Catherine Collon, qui lui donne une descendance dès le 23 septembre de la même année. L'enfant naît en Prusse et sera baptisé du nom de Louis-
Martin Joseph.
    En août 1876, Louis-Joseph Antoine revient en Belgique, à Jemeppe, et décide de s'installer comme marchand des quatre saisons. Erreur funeste, les affaires de marchent guère. Il repart alors pour la Pologne en février 1879 où il devient chef-marteleur pour les aciéries de Pragua, aux alentours de Varsovie.
    C'est une époque importante car il s'y enrichit de manière considérable : "Sa femme tint une pension qui fit fortune", rapporte sa biographie officielle. Soit. Toujours est-il qu'il rentra en Belgique, comme le veut la formule, "avec du foin dans ses bottes". Il s'installe rue du Bois-du-Mont et... fait bâtir vingt maisons ouvrières mais confortables. Est-ce en 1884, en 1889, voire même quelque temps plus tard que Louis-Joseph Antoine adhéra au spiritisme alors fort prisé dans la région liégeoise ? Difficile à dire. En tout cas, il prêche le catholicisme (3) jusqu'en 1888 et perd son fils unique le 23 avril 1893. Or celui-ci sera enterré selon le rite spirite. Portier-encaisseur à la fabrique de Lexhy, près de la gare de Jemeppe, celui qui allait devenir le 'père Antoine' a désormais une activité professionnelle réduite et se consacre de plus en plus à ce spiritisme. Il crée la société spirite liégeoise 'Les vignerons du seigneur' et, en 1896, édite le Petit catéchisme spirite. Le succès est tel qu'en 1900 il quitte toute activité extérieure et achète un immeuble situé au croisement des rue des Tomballes et du Bois-du-Mont, immeuble susceptible d'abriter ses fidèles.
    Mais le corps médical l'a à l'oeil : c'est que le 'père Antoine' prétend guérir, et que, s'il se refuse à tout salaire, un tronc destiné aux 'oboles' est aménagé dans l'antichambre de son cabinet. Le Parquet, saisi d'une plainte, fait ouvrir à la police de Jemeppe une enquête discrète. En 1901, le père Antoine se retrouve devant les tribunaux pour pratique illégale de la médecine : "Depuis douze ans, dira le guérisseur au juge, je me livre journellement à la guérison des malades, je n'ai aucun diplôme, je guéris toute les maladies ou plutôt je soigne toute espèce de maladie. Chaque malade que je reçois entre dans mon cabinet, je lui pose la main sur la tête et je me recueille, je me livre à la prière et pendant ce temps m'arrive l'inspiration qui me permet de dire la maladie ou l'infirmité dont souffre le patient ; quand celui-ci a foi en moi, je ne me trompe jamais ; j'insiste et je répète que je crois fermement que je ne me trompe jamais sur la cause du mal. Quand le siège du mal est ainsi déterminé, je fais des passes avec la main sur la partie malade et, ce faisant, je me confine dans mon examen du malade... J'ai une recette générale ; elle consiste dans un morceau de papier que j'ai magnétisé par attouchements et par des prières ; en trempant ce papier dans de l'eau, celle-ci acquiert une vertu supérieure qui la rend propre à guérir les personnes qui la boivent : deux papiers sont bons pour magnétiser un litre d'eau... " (Le Soir, 9 juin 1934). Louis-Joseph Antoine est condamné à 60 francs d'amende avec un sursis de deux années.
    Cette condamnation aura pour effet de modifier profondément les activités du guérisseur : plus aucun recours aux prescriptions (Louis-Joseph prescrivait notamment la 'liqueur Koene' à ses adeptes), et une défiance absolue envers l'argent. D'autre part, la fédération des groupes spirites, qui pose problème aux antoiniste dès 1902, et la montée de la théosophie à l'intérieur des cercles spirites, poussent en définitive le 'père' à quitter le spiritisme de manière résolue dès 1906. La rupture est très nette : d'un seul coup, le 'père Antoine' a la révélation que le spiritisme, manifestation matérielle des esprits, est du domaine de la seule science, qu'il est périmé (4), et que lui doit s'occuper désormais de 'spiritualité'. La rupture antoiniste est amorcée, elle a exactement la même genèse que la théosophie : sur une souche spirite, l'éclosion d'un dogmatisme de l'âme (5). Il crée le Nouveau spiritualisme et déclare en 1907 au journal La Meuse : "Je ne suis plus spirite".
    La religion ainsi créée va bénéficier d'un essor considérable le 15 juin 1907, lorsque le fondateur se retrouve une seconde fois devant les tribunaux. Mêmes charges, mais un jugement opposé car le 'père' a retenu la leçon : on acquitte le prévenu le 22 octobre, l'antoinisme a désormais les mains libres. Sur quoi repose le culte ? En fait, le rite est assez simple : le dimanche et les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures précises, le 'desservant' ou ministre du culte procède à l''opération' en répandant sur la foule, de la main droite (6), le 'fluide éthéré du Père', ce même qui était utilisé auparavant par Louis-Joseph pour les guérisons. Puis il rappelle à voix haute les dis principes du Dieu révélés au Père. Enfin, un lecteur transmet une courte pensée du fondateur (7). Au total, le rite complet dure de 15 à 30 minutes. L'adepte quitte ainsi le temps avec un peu du 'fluide vert' (8) du père Antoine, ce fluide qui est 'la foi qui guérit'. Selon les rares chiffres dont on dispose, à partir de cette époque, le 'père Antoine' aurait reçu quotidiennement quelque 400 à 500 visiteurs, et de 500 à 1.200 à partir de 1910. Bien sûr, il n'est plus question d'imposer les mains individuellement : on procède désormais à des guérisons de foules.
    Et en 1910, l'antoinisme vient au Parlement : une pétition signée par 160.000 personnes est déposée le 2 décembre au greffe de l'assemblée et demande la reconnaissance légale du culte. "Jamais même pour le S.U. (suffrage universel) et pour l'instruction obligatoire on n'était parvenu à réunir autant de signataires", remarque le journal Le Soir. Le mouvement dit ne pas souhaiter de subsides, mais la simple reconnaissance du fait cultuel et de son patrimoine : le temple de Jemeppe-sur-Meuse élevé en 1910 rue Alfred Smeets aurait coûté la bagatelle de 100.00 francs de l'époque. La presse nationale commence à s'intéresser à ce 'dieu nouveau' qui est, au physique, "un homme de taille assez haute, mais au dos voûté. Il a les cheveux gris coupés ras. Il porte une redingote fermée jusqu'au cou par une seule rangée de boutons. Il mâche continuellement de la gomme. Son attitude est simple et franche. Pas de pose, pas de bluff. Il est modeste et convaincu" écrit Jean de Bruxelles. La Belgique lui jette ainsi un dernier regard, car... le 25 juin 1912, 'Antoine le Guérisseur' s'éteint. Davantage perçu comme un illuminé qu'un charlatan, il laisse derrière lui plusieurs dizaines de milliers de fidèles organisés tant en France qu'en Belgique, quelques relais en Allemagne, au Brésil, aux Etats-Unis, une imprimerie et plusieurs hebdomadaires dont l'un au moins atteint un tirage de 20.000 exemplaires. Le 25 juin devient ainsi une date clé du calendrier antoinistes (9) : les adeptes pensaient au départ qu'il se réincarnerait dans les trois jours (10). Ne voyant rien venir, ils optèrent pour la seule interprétation possible à leurs yeux : le père Antoine était devenu assez parfait pour ne plus nécessiter de réincarnation, le 25 juin est donc fête de la 'désincarnation".
    Pour mémoire, citons l'autre grande fête antoiniste : le 15 août, anniversaire de la consécration du premier temple, celui de Jemeppe. Mais tous les Liégeois savent que le 15 août est traditionnellement jour de fête mariale, fête qu'un culte de souche mosane se devait de récupérer. (11)
    L'antoinisme, qui prend en 1922 forme d'asbl et devient la même année établissement d'utilité publique sur proposition du ministre de la Justice de l'époque (?)(12), va devenir rapidement schismatique (13) : dès les premiers mois qui suivent le décès du 'père' et alors que la 'mère Antoine', alias Jeanne-Catherine Collon, est contrainte de reprendre tant bien que mal les rênes du mouvement, le propre neveux du fondateur, Pierre Dor, fait scission, et ouvre un temple similaire à Roux, dans le Hainaut. Ses adeptes témoignent qu'il soigne lui aussi par imposition des mains et même à distances, 'par la pensée'. Cela lui vaudra le 24 février 1914 une descente en règle du Parquet de Charleroi, escorté de huit gendarmes. Son public est de moyenne bourgeoisie, il vend effectivement des brochures prônant ce qu'on appelle alors à tort le végétarisme - il s'agit en fait de végétarisme, comme le pratiquait lui-même le 'père Antoine' - mais aucune trace de l'exercice illégal de l'art de guérir. Ce que les pandores ignorent peut-être et que soulignera en juillet 1936 notamment le journal d'extrême-droite Cassandre, c'est que les guérisons, chez les disciples d'Antoine, s'effectuaient en catimini, après les rite, dans un local annexe : chaque 'patient' a son numéro, et on appelle les clients à la criée. La secte Glaube und Hoffnung, de Luxembourg, ne procède pas autrement à l'heure actuelle.
    Autre schisme, survenu après la deuxième guerre cette fois : le desservant du temple situé quai des Ardennes, à Liège, devait ouvrir à Angleur un temple où il se proposait de revenir au 'culte antoiniste primitif' (14). H., non autrement désigné, sera assigné en 1949 devant le tribunal correctionnel, et le dossier ira en appel : les antoinistes auraient voulu qu'il soit condamné à fermer son temple, ce qui fut refusé en instance et en appel. Par contre, la Cour lui fit défense d'apposer l'enseigne 'culte antoiniste', le souhait d'induire une confusion entre les deux cultes étant évident.

  La deuxième mort d'Antoine
    L'association Culte antoiniste de 1922 est sans doute la seule secte dont les comptes annuels figurent au Moniteur. Sa mauvaise santé actuelle n'est donc pas un mystère : les comptes bien sûr en équilibre, mais dénotent une activité minimale. 7,4 millions à 8,5 millions de nos francs selon les exercices... Et pourtant ! En 1912, lorsque le 'père Antoine' est porté en terre, les rues de Jemeppe sont noires de monde, les reportages photographiques sont éloquents. Une étude des implantations antoinistes de l'époque réalisée par sa biographe 'soeur Yvette' montre qu'au 1er septembre 1912 il y avait deux temples en Belgique, et 55 maisons de lecture dans notre pays et en France, sans compter les antennes ouvertes en Egypte et au Brésil ; qu'en août 1914 existaient désormais sept temples en Belgique et soixante et une maison de lecture, toutes situées en Wallonie exception faite de celle d'Ixelles. Août 1930 est en quelque sorte une apogée puisqu'il voit fonctionner 124 maisons de lecture, mais, et c'est le revers de la médaille, les coteries commencent à inquiéter les dirigeants de la secte, une limitation des maisons de culte est décidée. En 1934, on fait état de 27 temples (dont 19 dans la seule province de Liège) et 15 en France. L'antoinisme est désormais présent au Canada, au Congo, aux Etats-Unis. "Cent mille petits-bourgeois, artisans et femmes", tel serait le nombre des adeptes.
    En 1993, le coeur du culte de trouve rue Hors-Château à Liège, un temple qui ne reçoit plus guère que 300 adeptes chaque semaine. Il existe encore 30 temples en Belgique dont 20 en province de Liège et... un en Flandre, à Schoten-Deuzeld. Mais ce dernier, s'il existe, est fermé faute de fidèles. Le sort de celui de Stembert n'est guère plus enviable : il est fermé, faute de moyens pour le restaurer (15). Paradoxalement, les choses vont un peu mieux en France, où subsistent une trentaine de temples, ainsi qu'au Zaïre, au Canada, en Italie et en Allemagne, où il existent des maisons de lectures. Les adeptes ? 500 adeptes 'costumés' - portant lévite noire descendant jusqu'aux mollets pour les hommes, robe noire et bonnet surmonté d'un diadème pour les femmes - pour l'ensemble de la Belgique au grand maximum. Un premier signe d'inquiétude : alors que, statutairement, huit membres doivent siéger au conseil général qui préside le culte, seuls quatre siègent effectivement à l'heure actuelle. Un deuxième signe, plus funeste encore : au début du siècle, le 'père Antoine' recevait et prétendait guérir les personnes atteintes de troubles physiques (16). Les nouveaux adeptes antoinismes, eux, veulent guérir du chômage (17). Il n'est pas certain que le fluide du 'père' y puisse grand-chose.


Alain Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg (p.45-49)
Editions Aden - 1994 - 238 pages
source : Google Books

(1) Cependant, pour un houilleur, devenir machiniste puis chef-marteleur, et émigrer à l'étranger, n'était pas chose commune.
(2) C'est pendant un exercice que Louis Antoine tuera. Ce n'était donc pas un ennemie, mais un camarade. On comprend que cet évènement ai pu le tourenter.
(3) On dirait plutôt qu'il pratiquait le catholicisme. La biographie due au Frère Deregnaucourt et Soeur Desart dit qu'il "professa la religion catholique jusqu'à l'âge de 42 ans", il exposé publiquement son catholicisme.
(4) Il ne prétendait pas que le spiritisme était "périmé", mais qu'il n'était plus de son ressort.
(5) Je ne sais pas si l'on peut parler de dogmatisme, quand on met en avant le libre-arbitre. Le seul dogme que Louis Antoine loue est la réincarnation, dogme qui lui vient du spiritisme.
(6) Il me semble que même en France, le desservant serre les mains à la grande tribune, mais ne tend pas une main.
(7) On confond ici l'Opération et la Lecture de l'Enseignement. En France, L'opération est faite, puis la récitation des dix principes. En Belgique, l'opération seule. Le soir a lieu la lecture de la Révélation.(8) Joli expression qui n'est pas utilisé, me semble-t-il, par les antoinistes. Les temples sont verts, mais le fluide ne connait pas de couleur, il est lourd ou éthéré.
(9) Actuellement, c'est encore vrai du côté français.
(10) Pas tous les adeptes, mais certains adeptes. C'est une précision analysée par Pierre Debouxhtay.
(11) La majeur partie des premiers adeptes étaient déchristianisés comme le rappelle Régis Dericquebourg.
(12) En fait, le ministre de la Justice de l'époque proposait de créer cette association d'utilité publique pour faire face au vide juridique : en effet, la Constitution belge ne reconnait alors que les religions établies lors de sa création. L'antoinisme ne pouvait donc pas être reconnu religion par l'état. Puis le statut d'asbl, à sa création, fut donner au culte.
(13) La scission avait déjà lieu lors de l'incarnation du Père (Pierre Dor s'installe à Roux en 1909), qui déclarait à propos de son neveux "qu'il suivait son chemin".
(14) Il semble que ce soit l'inverse, puisque à la désincarnation de Mère, le 4 novembre 1940, le frère Nihoul et le Conseil d'Administration décide de retirer les photos des temples, donc celui du Quai des Ardennes n'en avait plus. Ainsi H. voulait revenir au temple tel que Mère l'avait laissé, donc avec photos.
(15) Ce temple est actuellement en cours de rénovation, des Solidarités de groupes y ont déjà cours tous les 15 jours.
(16) Le Père voulait guérir l'âme, plutôt que le corps. L'âme guéri, devait permettre la guérison du corps.
(17) Racourci déloyal, car le culte veut guérir, non du chômage, mais des problèmes liés au chômage : manque de confiance en soi, tristesse sociale, désenchantement, etc.

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Benoîte Groult, Ainsi soit-elle (p.34)

Publié le par antoiniste

    Il faut enfin guérir d'être femme. Non pas d'être née femme, mais d'avoir été élevée femme dans un univers d'hommes, d'avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes, selon les critères des hommes. Et ce n'est pas en continuant à lire les livres des hommes, à écouter ce qu'ils disent en notre nom ou pour notre bien depuis tant de siècles que nous pourrons guérir.

Benoîte Groult, Ainsi soit-elle (p.34)
Le Livre de Poche, Paris, 1975

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Paulo Coelho - L'Alchimiste

Publié le par antoiniste

    Personne ne peut fuir son coeur. C'est pourquoi il vaut mieux écouter ce qu'il dit.

Paulo Coelho, L'Alchimiste, p.152
Le Livre de Poche, Paris, 2001

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Les mots de la mine en français

Publié le par antoiniste

    La plupart des termes de l'industrie minière sont empruntés aux dialectes des pays picards et wallons où se trouvent les principaux charbonnages ; ils datent de la deuxième moitié du XVIIIe siècle ; la première mine ayant été ouverte en France à Anzin en 1716. Dès le XVIe toutefois on trouve houille sous la fore de oille de charbo. Il s'agit d'un vieux mot liégeois hulhes, hoye qui représente le mot germanique hukila "tas, monceau". Le mot est toujours vivant dans les patois wallons sous des formes houye, houyot, huquelot que désignent "un tas (de foin, de blé)", "une motte (de beurre)", "un quignon (de pain)". Une "houille de charbon", a du désigner une "motte de charbon" ; on a dit ensuite "charbon de houille" par opposition à "charbon de bois" ; et enfin "houille".
   Grisou est de même un m wallon ; c'est une forme du français grégeois. Le feu grégeois (ou grec) désigne dans l'Antiquité diverses sortes de mélanges inflammables. On rencontre les formes grézois, grieux et en Wallonie feu grizou pour désigner les mofettes qui s'enflamment subitement dans les mines de houille. Le mot pénètre dans la technologie minière française sous une première forme : feu brisou ; de toute évidence par une étymologie populaire qui y voit "un feu qui brise tout".
    Gailletin au sens de "petit morceau de houille" est un diminutif de gaille "noix". Le mot remonte à gallca, c'est-à-dire noix de galle. Le rouchi et wallon noix gaille correspond au français noix jauge, gauche, jaille...
    Voici la liste des termes miniers d'origine picardo-wallone : buse (XIIIe), houille (XVIe), benne (1611), bure (1751), hercher (1769), escarbille (1780), grisou (1796), faille (XVIIIe), borin (1803), porion (1838), bourgeron (1842), galletin (1853), borinage (1864), galibot (1871), coron (1885), bossoyer (XXe), cufat (XXe), estouffée (XXe), coumaille (XIXe), rescapé (1925).
    Benne représente une forme ardennais de banne et désigne "une voiture, une tombereau" ; mais le mot a été popularisé dans son sens technique de "benne à charbon".
    Buse, "conduit" est un mot d'origine néerlandaise et il a pénétré par le Nord où il a pris le sens spécial de "tuyau d'aération" en particulier pour les galeries de mine (et pour les hauts fourneaux).
    Bourgeron, "sarreau" remonte à bourge (latin burrica, étoffe "bourrue") et désigne une blouse de travail en Picardie.
    Coron est un dérivé de cor (latin cornu) au sens de "aile d'un bâtiment, extrémité" ; en Wallonie le mot a pris le sens de "quartier d'une mine" puis "maisons de mineurs".
   Cufat désigne le "tonneau d'extraction dans les mines" ; c'est une forme liégeoise de cuve.
    Escarbille est un mot rouchi (dialecte de Lille) ; c'est un dérivé d'un verbe néerlandais schrabben, "râcler, gratter" ; et le mot désigne les "débris de charbon" recueillis en grattant les cendres du foyer.
    Faille est un terme de mineur wallon ; c'est un déverbal du verbe faillir et le mot désigne un "manque", un espace vide dans le rocher.
    Galibot, "jeune manoeuvre dans les mines" est un mot artésien, d'origine incertaine.
    Hercheur "ouvrier qui pousse les berlines dans les mines" est un dérivé de hercher forme wallonne de herser [travailler le sol avec une herse].
    Enfin la terrible catastrophe de Courrières en 1906 est à l'origine de rescapé, forme wallonne de réchappé reprise par les journalistes de la bouche des sauveteurs.
    Cette même région du Nord, qui est le plus grand et le plus ancien centre de notre industrie textile, a fourni aussi de nombreux termes techniques pour désigner des instruments ou des opérations de filage et de tissage : séran (XIe), canevas (1281), carde (XIIIe), fauder (XIIIe), rouir (1340), cacheron (XIVe), maquer (XVe), broquette (1565), tricoter (1560), écrouir (1685), époule (1723), stopper (1730), bougeau (1751), carqueron (1784), faille (1829), canon.

Pierre Guiraud, Patois et dialectes français, p.96-98
Que sais-je ? n°1285, Paris, 1978

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Complainte des Houyeux dè l'fosse di Bai-Jonc (1812)

Publié le par antoiniste

Quand j'song à l'destinaie
D'on misèrab' houyeû
Qu'ouveur' tot' li journaie
Po châffer les Monsieurs ;
S'i fât qu' wâgne in' moûnaie
I pins' cint feïes pèri ;
I vint à l'fin d'l'annaie
Ossi pauv' qui todi.
         2.
L'an dihe hût cont et doze,
Li vingt hût' dè p'tit meû,
On d'hind bonn' mint ès l'fosse,
Todi bin corègeux.
Quoiqu' tot hàzârdant s'veïe,
On n'kinoh' nin l'dangî ;
In z-ouveure à l'èveïe
Sins jamâïe songî.
         3.
Nos n'nos attindîs wère
A çou qu'esst arrivé,
Quand nos ètindans braire
Qu'i n'y a pus qu'à s'sâver.
Divin n' pareye hisdeûre
Nos corans â hàzârd;
Qwand n's arrivans â beûre,
Il est dèjà trop târd.
          4.
Goffin n'jambe ès l'coufâte
Est tot prèt à r'monter :
I song' qu'i fret in' fâte
S'i vint à nos qwitter :
I sôrte et d'on ton grâve
S'adressant à turtos,
I dit qu'fât qu'i nos sâve
Ou qu'perihe avou nos.
          5.
C'est lu qui plein d'corège
Ossi bin qu't'ètind' mint
Fait trawer l'beùr' d'airège,
C'est l'affair' d'on moumint.
C'est por là qu'on s'èchappe,
Qu'on z-évit' dè pèri ;
Mais d'vant d'ess' foû dè l'trappe
N'y a co bin à soffri.
          6.
Les vîs tot comm' les jônes
Qwand on z-est rassônné,
Houbert Goffin, qu'nos mône,
Dit po nos refrener :
" Colson noss' camarâde
" Nos abandonn'reut-i ?
" Seyîs sùrs qu'i n'a wâde;
" C'est lu qu'nos fret sòrti. "
          7.
" Ovrans donc sins rattinde ;
" Habeye ! vite attaquans ;
" I fât qu'on nos ètinde,
" Qu'on sèp' qui nos vikans.
" Qwand  sàret in feïe
" Ouis' qui nos nos trovans,
" Les autes â pus habeye
" Ouverront enn' avant."
          8.
On l'hoûte, on s'apnteïe
N'y a nouk qui n'vôye ovrer.
On prind chaque ine usteye,
On qwîre à s'disterrer.
On vint à fer n'trawaie,
On est tot mervyeux ;
On n'a fait qu'in' corwaie,
On trouv' li feû grieûx.
          9.
I s'fait on grand tapage
Qu'on dobel' par on cri ;
On jett' la hache et mache,
On pinse aller pèri.
Goffin, qui n'pièd' nin l'tièsse
Coûrt vit' sitoper l'trô ;
I falléf si hardièsse
Personn' n'eûh' paré l'côp.
          10.
I fât qu'on moûre ès beûre
Si c'est qu'on n'ouveûr' nin ;
Et si c'est qu'on z-ouveûre
On craint co n'accidint.
On pleûre, on désèspère,
Et paou dè manquer
On dîreût qu'on préfère
Dè mori qu'dè viker.
           11.
N'y a pus nolle espèrance ;
On s'résout à pèri.
On veût l'moirt qui s'avae
Prète à nos v'ni qwèri.
Les vîs turtos essône
Fet n'act' di contrition,
Et so c'timps là les jônes
D'mandet l'bènèdiction.
           12.
Onk met' si confiince
Es l'bennïe vièrg' di Hâ,
Promet' po si assistince
On voyège à pîs d'hâs.
In aut', divin s'misére,
S'adresse à Saint Lînâ.
Mathî (1) dit : " Hoûtez m'père !
Taihîs-v', vos n'polez mâ. "
           13.
" Si n's avans dè corége, "
Nos dit li p'tit Mathî,
" Qu'on sèp' par noste ovrège
" Tot çou qu'nos mèritîs.
" Si nos estans esclâves,
" Si nos d'vans mori d'faim,
" Qu'on n'ritrouv' nos cadâves
" Qu'avou l'usteye ès l'main. "
           14.
Ces raisons là sont bonnes,
I fât bin l'avouer ;
Mâgré çoula personne
No ois' pus s'rimouer :
Goffin tot d'on côp s'dresse
Et nâhi d'nos veyî
Happ' si fi d'vin ses bresses
Et vout s'aller neyî.
           15.
On l'ritind, on l'assûre
Qu'on fret çou qu'i vôret ;
Qui n's estans prèt à l'sûre
Tot ouis' qu'i nos monret.
Vint ine aute avinteûre,
Deux chandell' distindet
Et l'treusinm' qui nos d'meûre
Distind d'abôrd après.
           16.
Personn' n'a pus èveïe
Dè rik'mincî d'ovrer ;
On s'plaint, on r'nonce à l'veïe,
On n'fait pus qu'dè plorer.
Mathî n'jett' nin n'seûl' lâme
Et nos apostrophant,
Dit : " vos n'avez nolle âme,
" Vos fez comm' des èfants.
           17.
Ci valet là qu'affronte
Tote espéc' di dangî,
I fât l'dîre à noss' honte,
Sé nos rècorègî :
n rassônn' tot' ses foices
Pon' nin s'leyî brokter.
Goffin inteûre ès l'roisse
Et nos fait tos monter.
            18.
Qwand on z-esst à l'copette,
On pins' qu'on z-ôt on brut.
Ci brut là, qui s'rèpette,
Fait qu'on z-est tot foû d'lu.
I n'y a nouk qui n'ètinde
Haver, côper, hotter ;
I n'fât pus wèr' rattinde.
On va ressusciter.
            19.
On trawe, on nos fait vôïe,
On creïe : i sont sâvés !!
Po bin jugî d'noss' jôïe,
I faléf s'y trover.
On s'wain' divin l'aut' beûre
Les cis qu'nos ont d'lîvrés,
Fait à fait' qu'on z-inteûre,
Nos r'cevet comm' des frés.
            20.
A fait d'jôïe, c'esst apreume
Qwand c'est qu'on z-est r'monté ;
Nos èfants et nos feummes
Accoret d'tot coestés.
I n'y a sôrt' di caresse
Qu'i n' qwèresse à nos fer.
I nos t'net d'vin leûs bresses
A n'poleûr' s'ennès d'fer.
            21.
En attindant on k'mince
A r'ovrer pi viker ;
N'y a comme in' providince
Qui n'nos lait rin manquer
On n'fait rin à moiteïe,
On nos l'a bin prové ;
On nos a sâvé l'veïe,
On vout nos l'conserver.
            22.
On crût d'veûr si surprinde
D'in' pareye charité ;
On n'pout d'abord comprinde
Tant d'gènèrosité.
N'y a portant rin d'si simpe
On n's'enn' èmerveye pus ;
Li préfet (2) donn' l'eximpe,
Tot l'mond' vout fer comm' lu.


(1) Mathieu, fils de Hubert Goffin.
(2) M. le baron de Micoud, chevalier de la légion d'honneur.


Choix de chansons et poésies wallonnes, p.116 (1844)
source : archive.org

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La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales (p.113)

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La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales (p.113)

    On est supérieur par son amour, d'aimer ceux qui nous témoignent de l'indifférence, voire même de l'hostilité.

La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales, p.113

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La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales, p.112 (§1, l.8)

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    L'amour qui nous unit par le mariage et qui nous est indispensable cependant, doit aussi se surmonter ; il est plus matériel que moral, trop enclin à favoriser les intérêts de sa propre famille, même aux dépens du prochain. Mais au fur et à mesure que nous travaillerons à notre avancement, nous le démolirons insensiblement, faisant place ainsi à l'amour divin que est le seul réel. Le cercle de ceux que nous aimons s'élargira et parvenus à un certain degré d'élévation, nous abdiquerons toute préférence ; l'amour s'exerce alors envers tous indistinctement et rien ne peut l'interrompre.

La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales, p.112 (§1, l.8)

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    L'amour qui nous unit par le mariage et qui nous est indispensable cependant, doit aussi se surmonter ; il est plus matériel que moral, trop enclin à favoriser les intérêts de sa propre famille, même aux dépens du prochain. Mais au fur et à mesure que nous travaillerons à notre avancement, nous le démolirons insensiblement, faisant place ainsi à l'amour divin que est le seul réel. Le cercle de ceux que nous aimons s'élargira et parvenus à un certain degré d'élévation, nous abdiquerons toute préférence ; l'amour s'exerce alors envers tous indistinctement et rien ne peut l'interrompre.

La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales, p.112 (§1, l.8)

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La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales, p.112 (§1, l.1)

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    Nos imperfections, avons-nous dit, nous sont utiles aussi longtemps que nous n'avons pas acquis cet amour. Sans l'orgueil, puisqu'il nous manque, aurions-nous le courage de marcher de l'avant ? Sans l'égoïsme, acquerrions-nous la sobriété ? Par le progrès, ces imperfections se dématérialisent et font place au désintéressement.

La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales, p.112 (§1, l.1)

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    Nos imperfections, avons-nous dit, nous sont utiles aussi longtemps que nous n'avons pas acquis cet amour. Sans l'orgueil, puisqu'il nous manque, aurions-nous le courage de marcher de l'avant ? Sans l'égoïsme, acquerrions-nous la sobriété ? Par le progrès, ces imperfections se dématérialisent et font place au désintéressement.

La Révélation, Le devoir impose la pratique des lois morales, p.112 (§1, l.1)

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