Jérôme Bosch - Le jardin des Délices - la vision du monde
Triptyque fermé :
volet gauche Ipse dixit et facta sunt,
volet droit Ipse mandavit et creata sunt
– Autrement dit :
Lui parle, ceci est.
Lui commande, ceci existe.
Triptyque fermé :
volet gauche Ipse dixit et facta sunt,
volet droit Ipse mandavit et creata sunt
– Autrement dit :
Lui parle, ceci est.
Lui commande, ceci existe.
Une heure ! Ils affluent de tous les points de la ville et de la Cité. Riches d'aujourd'hui, riches de demain et aussi riches de la veille, qui s'évertuent et luttent contre la débâcle, millionnaires dont l'herbe a fait du foin qu'ils engrangent dans leurs bottes, ou encore millionnaires dont le foin a flambé comme un simple feu de paille !
Va, cours, vole – parfois dans les deux sens du verbe – misérable suppôt de la Fortune ! La roue tourne, accroche-toi à ses rais, essaie d'en régler le mouvement ! Voyez-les se bousculer, se passer sur le corps, pour agripper la roue fatale, pour s'y cramponner avec l'opiniâtreté des rapaces ; aujourd'hui au-dessus, demain en dessous ! La roue tourne et tourne, et l'essieu grince et craque… Et ses craquements ont de sinistres échos : Krach !
Depuis le matin, boursiers, boursicotiers, vont et viennent, se croisent dans les rues, affairés, fiévreux, sans s'arrêter, échangeant à peine un bonjour sec comme le tic-tac de leur chronomètre : Time is money ! Avant la soirée les meilleurs amis ne se reconnaissent plus. To buy or not to buy ? That is the question ! monologue le sordide Hamlet du commerce. Il n'envisage plus l'univers qu'au point de vue de l'offre et de la demande. Produire ou consommer : tout est là !
Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage (1888)
Deuxième Partie : Freddy Béjard, Chapitre IX : La Bourse
Je connais des zautes qui ne vont pas à la messe et qui sont bien braves comme on le dit partout dans la rue. C'est vraie que c'est un peu des drolles : le dimanche ou même parfois un aute jour, ils s'habillent tout noir comme s'ils allaient à un enterrement et ils s'en vont comme pour aller faire des courses! Lui, il a mis un grand chapeau buse et ils montent la rue Boverie, je ne sais pas pour où aller. Ça fait, comme ça que je l'ai demandé à mon grand père qui sait bien tout ce que se passe puisqu'il est tout la journée assis sur sa chaise en paftant sur sa pipe, quand il ne pleut pas!
- Ça, m'fi, c'est des antoinisses.
- C'est quoi comme métier ?
Passe que j'ai déjà vu des gens tout noir habillé, mais jusse rien que des hommes. Ils montent sur les toits et vont ramoner ta cheminée pour pas qu'il y ait du feu dedans. Sinon, ce serait grave et ta maison brûlerait tout si tu ne les faisais pas venir chez toi. Je sais bien que mon père, il le fait parfois lui-même mais comme le disait un de ces hommes là, comme ce n'est pas un spécialisse, il risque d'oublier quelque chose.
Mon grand père, il ne me laisse pas tuser plus longtemps :
- C'est pas un métier. Les antoinisses, c'est des gens qui vont prier dans un temple pour faire du bien aux autres.
- Comme les protestans de la rue Ferrer ?
- Si tu veux, mais c'est pas la même religion.
Comme je vois l'affaire, j'aurais encore bien des tracas pour mettre de l'ordre dans ma tête pour comprendre qui na des autes religions que la bonne et que des gens y vont. Passe qu'il y a encore un autre temple rue Glacière que c'est même des Mormons et que nous zautes, on ne peut pas passer sur ce trottoir là quand tu vas dans cette rue passe que tu ne sais pas ce qui pourrait t'arriver si tu entrais chez eux. Sûr être damné pour le restant de tes jours.
Bon! Mais mon grand père, lui, il ramteye toujours sur les antoinisses.
- Voilà l'histoire du Père Antoine, qui me dit : Lui, c'était un ouvrier mineur. Il travaillait fort dur et quand il s'a marié, un peu après, il a eu un fils. Malheureusement, celui-ci est mort quand il avait vingt ans. Et Antoine a voulu e savoir plus sur ce qu'il était devenu et il est allé voir des spirites.
- Des spirites ?
- Oui, c'est des gens qui font revenir les esprits et tu peux même leur parler !
- Et toi, t'as déjà été voir des spirites ?
- Mi ? Nenni !
- Pourquoi ?
- Laisse moi continuer. Comme il était devenu spirite aussi, il a commencé à rassembler des gens chez lui. Les ceusses qui étaient malades il mettait ses mains dessus et ils étaient guéris. Sa fait que, comme ça, sa maison devenait trop petite pour les recevoir tous. C'est alors que les docteurs se sont fâchés passe qu'ils n'avaient plus personne à soigner et on a même fait passer Antoine au tribunal. Il a été condamné et il ne pouvait plus rien faire. Mais c'était un tigneu et les gens venaient maintenant de partout, même de l'étranger. Avec tout l'argent qu'on lui a donnait, il a fait construire un grand temple à Jemeppe. Et tous les jours y avait de plus en plus de monde. Parfois même plus de mille. Antoine, qui s'avait habillé tout en noir écoutait ce que les gens lui racontaient sur leur maladie et leurs emmerdements. Puis, il disait quelques mots et il te regardait comme s'il allait passer au travers de ton corps. Il te donnait aussi des papiers que tu devais mettre dans de l'eau. Elle devenait miraculeuse et t'était guéri. Puis il disait qu'il fallait être bon et toujours honnête.
Comme il y en avait de plus en plus qui le suivaient, il les a nommé ses disciples et il leur a dit d'aller prêcher partout et qu'ils devaient soulager le maladies et les drolles de pensées.
Maintenant, t'as des temples antoinisses comme au coin de la rue Tavier, dans d'autres villes et même à Paris ! Chaque année aussi, tous les antoinisses se réunissent aux Quabre-Bras et ils se voient tous pour que les autes deviennent meilleurs.
- Et lui, qu'esse qu'il est devenu ?
- Il est mort maintenant, mais il a donné ses pouvoirs à sa femme et c'est elle, qui, maintenant, guérit les gens à Jemeppe.
- Pourquoi qu'on n'y va pas quand je suis malade ?
- Sans doute pour faire viquer les docteurs aussi, qu'il me répond en tournant sa chaise et en paftant encore plus sur sa pipe.
N'a pas à dire, mais les grandes personnes c'est quand même des drolles. Faudrait peut-être deux ou trois Pères Antoine de plus !
Paul BIRON & Louis CHALON, Tout a changé, Mononke, p.61
source : Google Books
Les antoinistes, je reconnais que je n'en avais jamais entendu parler jusqu'au jour où Celestin le mononke de mon ami René, nous a emmené à Jemeppe, son neveu et moi, dans la camionnette qu'il avait racheté d'occasion la semaine avant. Quand il a eu fini de discuter avec les gens qu'il leur avait ramoné leur cheminée, il nous a dit qu'il allait nous montrer quelque chose. Et il nous a conduit au cimetière de la commune, pas loin de la ligne de chemin de fer. Là, il a acheté des fleurs au magasin qui fait le coin, et il a été les mettre sur la première tombe, juste à côté de l'entrée. ''Cet homme-là, c'était un saint !'', qu'il nous a dit en nous montrant sur un marbre la photo d'un barbu. Et je veux bien le croire, parce que la tombe était couverte de fleurs et de ''remerciements au Père pour une grâce obtenue''. Il y avait même une plaque qui remerciait le Père et la Mère. Moi, j'ai tout le même fait remarquer que je connaissais un Saint Antoine de Padoue, un autre qui élevait des cochons (il paraît même qu'il faut prier un des deux et lui brûler un cierge quand on a perdu quelque chose, mais je ne me souviens plus lequel), mais que le vicaire, au catéchisme, n'avait jamais parlé de Saint Antoine de Jemeppe, et que je ne connaissais pas beaucoup de saints qui étaient mariés et pères de famille. Alors le mononke à René a haussé ses épaules, et il a dit que le Père Antoine n'était pas un saint catholique, vu qu'il avait fondé sa propre Eglise, et que les curés lui avaient fait toutes les misères possibles parce que, comme tous ceux qui sont dans les affaires, ils n'aiment pas que la concurrence leur prenne leurs clients. Et, en sortant du cimetière, le mononke à tourné à gauche, puis à droite, pour nous montrer la première église que le Père a construit. On voit encore son nom au-dessus de la boîte aux lettres : Louis Antoine. Il paraît qu'il y recevait des dizaines et des dizaines de gens tous les jours. Et c'est justement ça qui chiffonnait les curés, que Célestin a fait remarquer. '' Et pas seulement les curés, savez-vous, les docteurs avec, parce qu'Antoine soignait les malheureux. Il faut même croire que les docteurs sont encore plus tigneux que les curés, parce que, quand ceux de Jemeppe et des environs 'ont rendu compte que leurs salles d'attente restaient vides pendant qu'il faisait massacre chez Antoine, ils n'ont pas hésité à traîner l'homme au tribunal de Liège. Deux fois de suite. Ça ne crie pas vengeance, ça ? Faire des misères aux petites gens quand elles ont trouvé plus mali qu'eux pour les soigner sans leur sucer jusque leur dernier franc !'' Célestin en était vert de rage, rien que d'y repenser. Allez, je crois que si un docteur avait passé à ce moment-là avec sa voiture et une croix rouge dessus, le mononke à René n'aurait pas pu s'empêcher de crier après en le traitant de rèkem.
Moi, j'aurais bien voulu entrer pour coir à quoi ressemble une église antoiniste. mais c'était fermé à clé. Alors, Célestin m'a invité à aller un dimanche matin avec lui entendre l'enseignement du Père au culte de la rue Tilman. Mais ça, ce sera difficile, parce que ma mère m'engueulera si je ne vais pas à messe avec elle et ma soeur. Surtout pour aller entendre une messe qui n'est pas catholique. Avouez que ce n'est tout de même pas facile d'essayer de s'instruire, quand on a des parents aussi contrariants sur le dos !
Dans la camionnette, en rentrant à Herstal, Célestin (qui m'a tout l'air d'un antoiniste enragé) nous a raconté qu'un haut professeur de l'Université avait écrit un livre sur le Père Antoine quelques années avant la guerre (1), ce qui prouve bien que les gens instruits prennent ces histoires-là au sérieux. Même que son professeur de français à l'école moyenne du boulevard Saucy leur avait raconté un jour qu'il s'avait demandé des années au long qui étaient les hommes en deuil et en gibus et les femmes en deuil aussi avec un voile sur leur tête qui venaient de temps en temps trouver ce professeur-là dans on bureau à l'Université. Et bien, c'était des antoinistes qui venaient lui raconter la vie du Père pour l'aider à faire son livre. Quand j'en ai parlé le soir à la maison, mon père m'a dit que dans le temps, en effet, il en voyait tous les dimanches, habillés comme des croque-morts, qui descendaient la rue du 3 juin pour aller prier avec les autres au temple de la rue du Chou (c'est-à-dire de la rue Emile Tilman, mais mon père continue à l'appeler comme son père et son grand-père à lui), mais que maintenant ils ne mettent plus leurs buses et leurs costumes noirs que dans les toutes grandes occasions, comme aux fêtes et aux enterrements. C'est dommage, j'aurais bien voulu voir ça. Ma mère, elle, a grogneté - comme je m'y attendais - que je n'avais pas à m'intéresser à ces gens-là, que toute notre famille était catholique, et qu'elle comptait bien le rester. Alors j'ai compris qu'il était inutile de parler de l'invitation de Célestin. C'est vous dire si je me réjouis d'avoir dix-huit ans pour avoir le droit d'aller où il me plaît !
(1) Célestin a raison. Ce professeur s'appelait Robert Vivier (1894-1989). Sa biographie romancée de Louis Antoine, Délivrez-nous du mal, a paru en 1936. Elle vient d'être rééditée à Bruxelles, chez Labor, en 1989. (L. Chalon).
Paul BIRON & Louis CHALON, Tout a changé, Mononke, p.66
source : Google Books
La paille et la poutre.
M. le sénateur Magnette avait posé au ministre de la justice une question au sujet de la reconnaissance légale du culte antoiniste.
Et M. Carton de Wiart a répondu que ce culte « ne se rattache, dans son ensemble, à aucun service public du culte organisé par la loi du 4 mars 1870. La loi seule pourrait lui attribuer là reconnaissance légale ».
A ce propos, un organe de droite fait remarqué :
« S'il est fort probable que M. Antoine n'a jamais rendu d'autre service aux rnalades que de relever leur courage par la promesse d'une guérison et la vente d'une bouteille d'eau plus ou moins filtrée, il est certain que les enseignements de l'antoinisme ont pu et peuvent avoir les plus fâcheuses conséquences au point de vue de la santé publique. Pour quelques fanatiques de cette secte, la foi remplace tous les remèdes. »
Comme à Lourdes alors, où M. Carton de Wiart porte le baldaquin aux processions. Aussi comprenons-nous que le ministre ne veuille faire nulle peine, même légère, à la Vierge dont le petit commerce d'eau filtrée est si rémunérateur pour Notre-Mère la Sainte-Eglise.
L'Indépendance Belge - Jeudi 7 mai 1914 - n°127
- A propos, demanda Julien. Et le drame ? et votre fidèle Irène ?
M. Drémoncourt se rembrunit :
- C'est vrai ; je ne pouvais te raconter par lettre toute cette histoire incroyable. La pauvre vieille a passé juste le lendemain du 14 juillet, tandis qu'il y avait encore dans la cour des lanternes et un accordéon pour le bal des ouvriers. Elle avait eu déjà deux ou trois crises d'étouffement, mais elle ne voulait pas se reposer, encore moins se faire suppléer par une jeunesse. On peut dire qu'elle est morte avec son tablier bleu ! Je l'ai relevée moi-même, je lui au scarifié moi-même des ventouses ; et Dieu sais si je n'aime plus se métier-là ! (1) Elle disait juste : « Ça me fourmille, monsieur, ça me fourmille partout », avec sa langue pâteuse. Et puis : « Il faudra avertir à Caudry M. Meulemester. – Quoi donc ? c’est un parent ? – Non, non. – Un médecin ? non ? un notaire ? – Un adepte ! a-t-elle dit enfin.
« Je n’y comprenais rien du tout. Depuis vingt-cinq ans qu’elle me servait, elle ne m’a jamais parlé d’adeptes. Elle ne quittait non plus jamais la baraque. Tu sais qu’elle n’allait pas même à la messe, que je lui plaçais ses gages, et qu’elle me demandait vingt francs de temps en temps sur son magot, pour s’acheter de la laine à tricot. Quant elle a été morte, j’ai fait chercher à Caudry le sieur Meulemester.
« Il est arrivé le soir même, avec deux femmes bizarres, des espèces de nonnes, ou d’infirmières en noir. Ils ont passé la nuit à l’auberge, sans vouloir veiller la pauvre Irène. C’est moi qui suis resté auprès de son lit, à boire le café sans chicorée, qui état bon pour la première fois, car elle avait de sacrés goûts en cuisine ! (2) tu me vois devant les bougies, luttant contre le sommeil, farfouillant un peu dans ses nippes pour rassembler son héritage, avant de dénicher les héritiers. Belle corvée, mon ami ! J’étais attaché à cette bonne vieille, après tout : Vieille ? elle avait trois ans de plus que moi. Mais éreintée et une peu hébétée aussi. Qu’est-ce que je trouve dans ses paquets de linge : des brochures bleues ou vertes qu’elle recevait, écrites en un charabia impossible, et intitulées l’Unitif. Cela lui venait de Belgique, et cela m’avait l’air de prêcher l’Antoinisme, une espèce de nouvelle religion, oh une religion pour les pauvres bougres… Naturellement, j’ai jeté les papiers au feu : cela pourrait faire beaucoup de mal. Je n’ai su que le fin mot que le lendemain.
« Le sieur Meulemester arrive donc avec ses acolytes : vêtu d’une lévite jusqu’aux talons, il apportait un drap vert-chou dont il a fat couvrir le cercueil, au grand épatement des gens d’ici ; et il s’est prélassé devant la charrette en promenant une espèce d’écriteau carré où il y avait un arbre peint et ces mots : La science de la vue du mal. Il m’a montré un papier signé (si on peut dire), de la pauvre Irène, qui exigeait des funérailles « antoinistes », c’est-à-dire ce carnaval, et en fin de compte, la fosse commune (tu entends, Julien !) le trou au bout du cimetière, le silo où l’on jette ici que les os déterrées et les vieilles couronnes, avec défense de jamais avoir son nom sur ce misérable tombeau. Tu penses si j’étais furieux ! J’avais d’abord l’air d’un pingre, d’un abominable dégoûtant, devant tous les gens de l’usine qui regardaient le cortège et qui n’en croyaient pas leurs yeux. Heureusement que le sieur Meulemester, avec son attirail, éveillait l’attention, me sauvait la mise. Il a récité au cimetière des phrases ridicules en langage d’école du soir : la conscience, la matière, le développent intellectuel, que sais-je ? Le bruit s’est répandu vite que ce gibier représentait des Antoinistes ; et il y a eu des gens pour trouver que des funérailles pareilles, c’était crâne, c’était grand… et que la vieille Irène avait été une sainte à sa façon. Le nommé Meulemester a replié son drap vert ; ses donzelles ont distribué des papiers. Le curé, m’a-t-on dit, contemplait l’affaire derrière ses rideaux, d’où il voit la porte du cimetière. Les crétins qui se disent ici bolchevistes ont raconté le soir, à l’estaminet, que la fosse commune devrait être rendue obligatoire. Et puis tout cela s’est oublié ; le notaire s’occupe de trouver des ayant-droits au petit magot de la pauvre Irène. Rendons cette justice au sieur Meulemester et à sa nouvelle religion : c’est qu’ils n’ont pas capté le testament ni réclamé de casuel… mais faut-il qu’il existe des abrutis en ce monde !
A ce moment, la nouvelle servante se montra sur le perron. C’était une grosse Flamande, veuve d’un marin disparu, et qui avait été cordon-bleu à Dunkerque.
- Celle-là au moins, dit M. Drémoncourt, elle n’a rien de la prophétesse. Tu verras sa cuisine ! Il faut avouer qu’elle se boissonne tous les samedis, et le chauffeur la console de ses malheurs quand il l’emmène faire son marché. J’aime mieux cela. Mais je pense à la pauvre Irène qui soufflait en se traînant de pièce en pièce, et qui maintenant dort comme un chien à l’endroit des pots cassés et des grilles en morceaux… Ah ! pouah ! c’est joli, ce qui nous attend tous !
[La famille de Gouin arrive de Wazemmes]
- Connaissez-vous l’antoinisme ? demanda M. Drémoncourt à brûle-pourpoint.
Les trois filles prirent un air surpris et scandalisé. M. de Gouin lissait sa moustache avec un sourire superbe.
- C’est, poursuivit l’autre, une espèce de secte belge, où on vous enterre sous un drap vert, et qui adore un arbuste pour dieu. De bien braves gens, je vous assure.
- Oh, s’écria douloureusement la mère de famille. Ne parlons pas de ça, je vous prie. Ne seraient-ils pas au fond protestants ? Les protestants font par chez nous de grands ravages, depuis la paix : les Américains ont installé des baraques, des foyers, comme ils disent, où ils servent le thé aux jeunes filles, prêtent des livres et font marcher le phonographe. Ils donnent aussi la pièce aux renégats Le gouvernement encourage cela. C’est épouvantable.
- Moi, si j’ouvrais une baraque, dit M. Drémoncourt, je ne ferais pas boire de thé à mes élèves. Vous croyez que nos culs-terreux prennent une foi ardente en buvant de l’eau tiède ?
[Dans la voiture des de Gouin, sur la retour]
« … Il a le bras long, l’excellent Drémoncourt. Je reconnais qu’il y a des braves gens dans tous les partis, et même dans toutes les opinions.
« Mais je ne sais pas s’il fait un oncle à héritage ; il a reçu beaucoup d’argent pour son usine ; mais, entre nous, il paie des hypothèques d’avant la guerre, et il a perdu un procès au sujet d’une promesse de vente. Un beau jour, qui sait ? il n’aura plus rien. En tout cas, il ne fera pas de vieux os. Il se goberge trop. Sa vieille servante est morte. Elle le menait dur, elle le rationnait C’était une sainte, pas commode. Il m’a raconté sur l’enterrement des histoires où je n’ai rien compris.
- Moi, j’ai entendu, fit Bernadette ; ce n’était pas une sainte du tout. Son corps n’a même pas passé à l’Eglise. Il paraît que cela à fait scandale à Saint-Achille, une espèce de fête communiste.
- Et moi, je me souviens d’elle, ajouta Chantal. Elle avait l’air folle, cette vieille Irène. En avril, quand nous sommes venus, et que je me suis tordu le pied, elle m’avait tirée dans la cuisine ; assise sur deux chaises, et au lieu de m’apporter l’arnica, elle me regardait dans les yeux en disant : – « Faut des fluides, mon petit, faut des fluides… Il n’y a que ça ! »
Les autres filles rirent de bon cœur ; leur rire seul état frais et doux. Mais la mère reprit froidement :
- Je ne vois pas là de quoi faire les folles. Vous vous tenez mal en voiture ; nous sommes sur une route.
- Mais, maman, il n’y a personne, fit une voix.
- On ne rit pas des morts, reprit Mme de Gouin ; D’ailleurs, taisez-vous, il doit être l’heure de l’Angelus. Récitez-le, mais tout bas.
Elles obéirent, tandis que M. de Gouin, chargé du temporel, gouvernait son volant, les sourcils froncés, la moustache virile, et levant les deux coudes.
(1) M. Drémoncourt a été pharmacien à Saint-Omer. La scène se passe à Saint-Achille, où il possède maintenant une sucrerie.
(2) Le récit se déroule juste après la Première Guerre mondiale.
André Thérive, Sans âme.
Chapitre III, p.45 et p.51.
Grasset, Paris, 1927.

La seule religion belge, l'Antoinisme
R.Gaspard, E. Seffer.
Un texte neutre mais les Antoinistes n'y apprendront rien. Les cartes postales sont intéressantes, notamment celle de l'inauguration du temple de Verviers (le 12 juillet 1914) par Mère Antoine, et celle d'une Antoiniste verviétoise en costume.
A se procurer sur le site de Temps Jadis (www.tempsjadis.be)
par Marc-Alain DESCAMPS
La croyance en la réincarnation des êtres humains divise l'humanité : deux tiers de convaincus (l'Asie et l'Afrique) et un tiers d'opposants (surtout parmi les Blancs). Mais jusqu’à récemment on n'en avait jamais discuté et l'on n'avait jamais cherché des preuves, ni pour ni contre. Il s'agissait d'une croyance collective donc d'une conviction inébranlable, tenue soigneusement hors de la science et de toute tentative de vérification. Dans le monde occidental le débat commence à peine et son étude nous réserve bien des surprises, que ce soit en Occident ou en Orient.
A. Histoire en Occident
1. La croyance initiale
2. Notre vocabulaire et la période du refus
3. La mode des vies antérieures
B. Les Arguments en faveur de la réincarnation
1. L'argument logique
2. Les vérifications scientifiques des souvenirs spontanés
3. La réincarnation volontaire chez les lamas tibétains
C. La Mode occidentale de la réincarnation
1. Les récits provoqués
2. L'étude au second degré
3. Les remarques
Conclusion
Références
A lire sur : http://www.europsy.org/marc-alain/r%E9incarnation.html
Le desservant du temple de Saint-Etienne en 1937, Vital Coutin, est l'auteur d'un écrit mystique à partir de la Révélation : Le maître de grande pyramide annoncé par le langage des pierres. Cent-cinquante trois clés de l'énigme, démonstration scientifique et morale des deux passages du sauveur de la race humaine (Éditeur : Paul Leymarie).
Une version plus complète de 1940, intitulée Le Sauveur de la race humaine, Annoncé par la grande pyramide, les textes égyptiens et les Évangiles avec preuves à l'appui a été distribuée à certains desservants.
Ce livre annonce le retour du Père, étant le deuxième messie pour l'année 1945, mêlant dans ces calculs divers livres saints, ainsi que des dates de la vie de Louis Antoine et de la propre vie de l'auteur (l'année de sa conversion à l'antoinisme, celle de son acquittement par le tribunal de Chambéry, celle de la publication de son livre, le chiffre 44, puisque le temple de Saint-Etienne était le 44e temple antoiniste).
Ces deux écrits sont succinctement décrits par Régis Dericquebourg, dans Les Antoinistes, au chapitre Vers un retour du Père ? (p.52-56) montrant l'importance que cette idée a pu avoir sur une partie des adeptes.
Signalons encore qu'un certain Vital est l'auteur de Connaître ce n'est pas savoir, dans l'Unitif n°7, p.11-14. Il s'y décrit comme aimant les lettres et ayant étudié les différents philosophies et morales avant de rencontrer le Père.
Qui voit la fleur, doit voir le soleil.
Honoré de Balzac, La Messe de l'athée (1836)
source : Wikipedia