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Régis Dericquebourg - Le frère André de l'Oratoire, Louis Antoine et les autres mystiques (2012)

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Régis Dericquebourg - Le frère André de l'Oratoire, Louis Antoine et les autres mystiques (2012)

Auteur : Régis Dericquebourg
Titre : Le frère André de l'Oratoire, Louis Antoine et les autres mystiques : les destins de la mystagogie et du prophétisme
Éditions : Presses de l'université de Bordeaux, 2011

Régis Dericquebourg
1 GSRL - Groupe Sociétés, Religions, Laïcités
Résumé : Le mystagogue est la personne qui fait des choses extraordinaires et merveilleuses. Il montre des capacités de guérison surnaturelles ou de divination et il les applique comme un entrepreneur individuel. Sa carrière dure tant qu'il donne la preuve de ses dons. Dans cet article, nous comparons la vie de Louis Antoine, fondateur du culte antoiniste (né en Belgique) à celle du Frère André de l'Oratoire (Canada) et à celle de l'abbé Julio. Nous décrivons ainsi trois destins de la mystagogie. Au départ, ce sont des mystagogues au sens wébérien mais par la suite ils ont eu des destinées différentes à cause d'un encadrement social différent de leurs dons. Cet article veut illustrer la fécondité de la notion de mystagogie dans l'interprétation des conduites religieuses mais aussi l'importance de son cadre institutionnel puisque c'est lui qui détermine la destinée de la mystagogie. La sanctification dans l'islam et dans le hassidisme est aussi l'aboutissement de la mystagogie selon des voies différentes. Finalement, nous concluons que la société choisit le destin des mystagogues en fonction de l'orientation qu'elle veut donner à l'action collective.


Régis Dericquebourg. Le frère André de l'Oratoire, Louis Antoine et les autres mystiques : les destins de la mystagogie et du prophétisme.. Centre d'étude Canadiennes Interuniversitaire de Bordeaux. Prophétie et utopies religieuses au Canada., Presses de l'université de Bordeaux., pp.63-83, 2011. ⟨halshs-00657643⟩
in Prophéties et utopies religieuses au Canada, Sous la direction de Bernardette Rigal-Cellard, Presses universitaires de Bordeaux, 2012 (310 pages)

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À l'ombre du temple, le Père Dor (La Dernière Heure, 28 mai 1922)(Belgicapress)

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À l'ombre du temple, le Père Dor (La Dernière Heure, 28 mai 1922)(Belgicapress)À l'ombre du temple, le Père Dor (La Dernière Heure, 28 mai 1922)(Belgicapress)

A L'OMBRE DU TEMPLE

LE PÈRE DOR NE S’OCCUPE PLUS QUE DE MORALE
…MAIS IL GUÉRIT LES CHEVAUX MALADES

    Une allée ombreuse aux confins d'Uccle, en ce charmant quartier du Fort-Jaco, où la verdure s'étale, tapissant les vallons, étoilant la cime des arbres.
    – C'est ici, nous dit un passant. Et il nous indique une claire maisonnette en briques rouges, précédée d'un jardinet et flanqué d'un portique. Un écriteau : « L'Ecole Morale » désigne à l'étranger la retraite du messie.
    Le messie du XXe siècle : ni plus, ni moins. C'est ainsi que s'intitule Celui (typographes, accordez une majuscule à cet homme-dieu) qui va bientôt nous recevoir.
    – Bientôt, dans quelques minutes, à votre tour, nous a dit l'accorte jeune fille tout de blanc vêtue qui est accourue à notre coup de sonnette.
    La salle où nous faisons antichambre est simple et proprette. Deux rangers de dix bancs, une horloge, un tronc et un poêle constituent tout le mobilier. Il y a aussi un bureau où s'étagent de multiples volumes sous bandes et devant lequel s'est remise à broder la jeune portière. Aux murs blanchis à la chaux sont appendus quelques cadres où se lisent des préceptes et un tableau où le messie du XXe siècle est représenté, grandeur naturelle, la main droite inclinée, d'un geste protecteur, vers une pauvre femme tenant en ses bras un enfant malade.
    Nous attendons. Un homme en deuil, un enfant, trois femmes d'âge mûr et deux jeunes filles – l'une modestement vêtus, l'autre en brouillard de dentelles – nous ont précédé.
    A chaque « consultation », une porte s'ouvre au fond de la salle, sur un petit cabinet et dans l'entrebâillement apparaît le messie prêt à recevoir le visiteur.
    Notre « tour » est venu ; mais il ne s'agit point pour nous d'une consultation : notre but est uniquement de nous rendre compte de l'épilogue véritable d'un grand procès.
    Et le Père Dor, très aimablement, nous accueille. Sa taille élevée, sa barbe de fleuve, ses yeux gris-fer, son bonnet d'apothicaire, son veston de coutil n'ont rien qui puisse laisser soupçonner un messie, fût-il du XXe siècle. Les cheveux raccourcis à la longueur normale ne donnent même plus l'air d'apôtre ou de grand initié que le Père Dor prenait autrefois.
    Cet autrefois, c'était au temps des procès : celui qui eut lieu devant le tribunal correctionnel de Charleroi, le 16 novembre 1916 ; celui qui se déroula, en appel, à Bruxelles, le 16 mai 1917. Condamné pour exercice illégal de la médecine, le père Dor fut acquitté de la prévention d'escroquerie.
    – J'ai compris ce jugement, nous dit-il. Je ne m'occupe plus que de morale.
    Dans une lettre qu'il adressait sa sœur, Louis Veuillot (qui n'avait point connu le Père Dor) signalait une statistique d'après laquelle « le bon Dieu se permet de tuer encore neuf cents personnes, bon an, mal an, rien qu'en France, avec son tonneur ». Et il concluait : « La science ne serait donc qu'un vain mot ? »
    L'opinion du Père Dor n'est guère différente de celle de l'écrivain catholique. Il estime que la science n'est rien sans la foi :
    – Vous n'êtes donc plus guérisseur ? lui demandons-nous.
    – Je veux détruire ce mot en faisant comprendre qu'il ne suffit pas de supprimer les effets de la maladie, comme font les médecins. Il faut remonter à la cause. Et c'est ici que la morale intervient. Chacun doit se guérir en faisant disparaître ses défauts, ses vices, ses mauvaises habitudes qui engendrent le mal...
    – Votre doctrine est donc celle de l'amélioration du « moi » ?
    – Oui. Mais j'opère aussi sur les effets en coupant la douleur.
    – Ah ! et quelle est votre thérapeutique ?
    – Tout simplement la foi que l'on a en moi. En réalité, je soulage mais je ne guéris pas puisque, comme je l'ai dit, pour guérir, il faut traiter la cause. Néanmoins, je guérir des chevaux que des fermiers m'aconduisent.
    – Il ne peut cependant plus être question de la foi en pareil cas ?
    – Alors, c'est mon fluide qui agit par transmission ; car, vous le savez, nous avons tous un fluide, bienfaisant ou malfaisant, comme la fleur qui dégage une odeur. C'est un fluide d'amour que j'ai en moi ; alors, il suffit que je mette la main comme vous voyez sur cette gravure et paf ! je fais sauter le fluide mauvais. Mais, je le répète, ma force est surtout de démontrer la cause du mal.
    – Au point de vue philosophique, quelles sont vos idées ?
    – Je crois à l'âme, simplement, à l'âme désincarnée et à la réincarnation. Pour moi, Dieu est une invention et c'est pourquoi, contrairement à feu Antoine, mon oncle, le fondateur de l'Antoinisme, j'estime que la prière est nuisible, parce qu'elle ne contribue pas à l'amélioration de l'individu. Je suis l'ennemi du fanatisme, quoique tolérant.

Ancien restaurateur...

    Ayant cité le nom d'Antoine, le Père Dor nous raconte alors longuement comment, de restaurateur établi près du temple de son oncle à Jemeppe-sur-Meuse, il lâcha son commerce qui lui rapportait plus de 50 francs par jour pour se révéler lui aussi, nouveau messie.
    Un jour, nous explique-t-il, sa compagne étant souffrante, il parvint à la guérir, grâce « à son fluide supérieur à celui d'Antoine ».
    Comme son oncle, Dor s'en fut alors en Russie. Il s'installa ensuite à Bruxelles, rue du Vautour, puis à Roux, pour revenir définitivement à Uccle en 1916.
    – Ici, ajoute-t-il, je ne donne plus qu'une « instruction » par an, le jour de la Toussaint ; mais je donne des « consultations », d'ailleurs gratuites, quatre jours par semaine. Il n'est pas permis de m'offrir ou de me promettre de l'argent ou des cadeaux.
    – Ce tronc qui se trouve dans le temple...
    – Ça, ce sont les oboles pour l'entretien du temple : la peinture, les réparations.
    – Et vous donnez de nombreuses « consultations » ?
    – Des centaines par semaine. J'en donnais des milliers à Roux ; mais je préfère dix adeptes qui me comprennent à dix mille qui ne me comprennent pas. Je ne veux pas, moi, fonder une religion. Je suis adversaire des religions.

    L'auteur de « Christ parle à nouveau » nous remet alors quelques brochures relatives à ses « instructions ». Il y est question de morale, d’esprits dématérialisés, de passions, de sports, d'élections et aussi de la femme qui « doit, après toute querelle, s'avouer coupable comme, en effet, elle l'est toujours » (sic).
    Nous prenons congé du Père Dor et nous revoici, comme devant, attendant le messie qui nous tendra les mains, avec, au bout des doigts, l'ombre et la fraîcheur.
    Car il règne, en cette matinée caniculaire, une chaleur à faire sécher l'encre sur la plume d'un journaliste.          R. H.

La Dernière Heure, 28 mai 1922 (source : Belgicapress)

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Temple antoiniste de Seraing (siseraing.be)

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Temple antoiniste de Seraing (siseraing.be)

UNE RUE, UNE HISTOIRE : LA RUE DE LA COLLINE

Vous y habitez depuis toujours, vous passez souvent par-là, vous y rendez visite à vos grands-parents, à des amis. Mais peut-être ignorez-vous tout du nom de cette rue ? Les origines et significations des noms de rue sont souvent méconnues.
Pour y remédier, le Syndicat d’initiative vous propose chaque semaine de revenir sur le nom d'une rue de Seraing et d'évoquer son histoire. En sa séance du 20 novembre 1851, le conseil communal donna le nom de la Colline au Chéra de Lize (chemin empierré)  depuis la rue du Pairay jusqu’à la limite des Biens Communaux. Aujourd’hui ce n’est pas le nom de la rue e la Colline qui nous intéresse, mais bien ses monuments et l’un de ses habitants, devenu célèbre…

La Belle Pierre
À l’angle de la rue de la Colline et de la rue de Tavier se trouve un modeste monument, «  la Belle Pierre ». Celui-ci rappelle la catastrophe survenue le 08 décembre 1881, lorsque soixante-neuf mineurs périrent à la houillère Marie. Le « malheur de Marie » comme on l’appelait, suscita la commisération publique et une souscription populaire fut entreprise pour ériger un monument destiné à commémorer l’évènement. Dans le langage des houilleurs, une « belle pierre » était un échantillon de roche avec une empreinte fossile. Le conseil communal du 14 décembre 1910 décida de l’embellir par un parterre de fleurs.

Le Père Antoine
Toujours à l’angle de la rue, vous pourrez remarquer une construction assez curieuse dont le modeste clocher était naguère surmonté d’une colombe : le temple antoiniste. Un peu d’histoire : le « Père », Louis-Joseph Antoine, voit le jour en 1846 à Flémalle-Grande. Cadet d’une famille de onze enfants, il débute dans la mine à l’âge de douze ans et épouse en 1873 celle qui deviendra « la Mère », Jeanne-Catherine Collon. Tour à tour guérisseur et prophète, le père Antoine enfièvre l’âme des houilleurs et des ouvriers du pays de Liège. En 1901, il est poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Il délaisse alors la prescription de remèdes et d’eau magnétisée. En 1906, il fonde une nouvelle doctrine. Cette religion donne une place centrale à la guérison des malades à travers l’imposition des mains et à la prière. Le père Antoine décède le 25 juin 1912. Sa femme Catherine, dite « la Mère », prendra les rênes du culte, qui demeure la seule religion jamais fondée en Belgique et dont la renommée a su s’exporter au-delà des frontières du pays. Alors qu’il comptait quelques 300.000 adeptes en Belgique et en France dans les années 1920, il a connu le déclin au cours de la seconde moitié du vingtième siècle et est aujourd’hui presqu’oublié.  

André Renard
Le syndicaliste André Renard, né le 21 mai 1911, habita longtemps au n°244 de la rue de la Colline.
[...]

Les histoires des noms de rue vous fascinent ? Au Syndicat d’Initiative, nous vendons l’ouvrage très complet de René Crine, En parcourant les rues de Seraing (7€). Nous mettons également en consultation le livre Les rues de Seraing : histoire, toponymie, folklore écrit par Eugène Dounan et Nicolas Pirson (1952).

Sources :
Crine R. et Crine J-F, Les rues de Seraing - premier complément, p. 70.
Douan E. et Pirson N., Les rues de Seraing : histoire, toponymie, folklore, p. 153.
Image : Eklablog.

source : http://siseraing.be/blog/?--une-rue%2C-une-histoire---la-rue--de--la--colline


    Les antoinistes les mieux renseignés n'ont pas de souvenir de cette colombe girouette sur le clocheton du temple.

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The ''Antoinists'' Meet (The Paris Times, 26 juin 1924)

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The ''Antoinists'' Meet (The Paris Times, 26 juin 1924)The ''Antoinists'' Meet

CURIOUS HEALING CULT

    One of the most curious cults of modern times and one of the least-known is that of the followers of “Antoine le Guerisseur,” or “Anthony the Healer,” who yesterday made their annual pilgrimage to Paris on the anniversary of the founder's death.
    More than 5,000 persons, most of them of humble station, gathered in the quiet Rue Vergniaud, in the Glacière quarter of the city, near the Gentilly gate, before the “temple” set up there to “The Healer.”

From Every Region.

    They came from every region in France and Belgium. Among them were scores of the lame, the halt, and the blind, for fundamental tenet of their faith, as laid down by the founder is that the ills of the flesh can be cured by the believer through prayer and meditation. Many marvellous cures are claimed.
    Antoine, a poor Belgian miner, founded the religion which bears his name in 1906, when he gave up working underground to convert his fellow-men to his belief.
    At Jemeppe-sur-Meuse, his native village, he easily made a number of disciples, and these disciples, with him, displayed such zeal for proselytising that at the death of Antoine, in 1912, thousands of converts had been made to the new faith.

Number Over 1,000,000.

    At the present time, it is estimated, there are more than 1,000,000 “Antoinistes” in France and Belgium together, and the cult has some fifteen “temples” in the two countries. These are located in such cities outside of Paris as Vervins, Tours, Vichy, Lyons, and Aix-les-Bains. There is one in the Principality of Monaco.
    “La Mère Antoine,” widow of “The Healer,” conducted the ceremonies yesterday in the little building in the Rue Vergniaud. They consisted principally of silent prayer in which all present joined and of an enunciation of the moral principles, laid down by “Le Père Antoine.”
    One of these, not the least curious, by sets forth: “Let not yourselves be mastered by your intelligence.”

The Paris Times, 26 juin 1924

 

Traduction :

Les ''Antoinistes'' se rencontrent

UN CURIEUX CULTE DE GUÉRISSEURS

    L'un des cultes les plus curieux des temps modernes et l'un des moins connus est celui des adeptes d'"Antoine le Guerisseur", qui ont fait hier leur pèlerinage annuel à Paris à l'occasion de l'anniversaire de la mort du fondateur.
    Plus de 5.000 personnes, la plupart de condition modeste, se sont rassemblées dans la tranquille rue Vergniaud, dans le quartier de la Glacière, près de la porte de Gentilly, devant le "temple" érigé là au nom du "Guérisseur".

De toutes les régions.

    Ils sont venus de toutes les régions de France et de Belgique. Parmi eux, des dizaines de boiteux, d'invalides et d'aveugles, car le principe fondamental de leur foi, tel qu'énoncé par le fondateur, est que les maux de la chair peuvent être guéris par le croyant par la prière et la méditation. De nombreuses guérisons merveilleuses sont revendiquées.
    Antoine, un pauvre mineur belge, a fondé la religion qui porte son nom en 1906, lorsqu'il a renoncé à travailler sous terre pour convertir ses semblables à sa croyance.
    A Jemeppe-sur-Meuse, son village natal, il se fit facilement un certain nombre de disciples, et ces disciples, avec lui, déployèrent un tel zèle pour le prosélytisme qu'à la mort d'Antoine, en 1912, des milliers de convertis à la nouvelle foi avaient été faits.

Un nombre supérieur à 1.000.000.

    A l'heure actuelle, on estime qu'il y a plus de 1.000.000 d'Antoinistes en France et en Belgique réunies, et que la secte compte une quinzaine de "temples" dans les deux pays. Ceux-ci sont situés dans des villes hors de la région parisienne telles que Vervins, Tours, Vichy, Lyon et Aix-les-Bains. Il y en a un dans la principauté de Monaco.
    "La Mère Antoine", veuve du "Guérisseur", a dirigé les cérémonies hier dans le petit bâtiment de la rue Vergniaud. Elles ont consisté principalement en une prière silencieuse à laquelle se sont joints tous les assistants et en l'énoncé des principes moraux, laissés par "Le Père Antoine".
    L'un d'entre eux, et non le moins curieux, dit : "Ne vous laissez pas dominer par votre intelligence."

The Paris Times, 26 juin 1924

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Las grandes chifladuras (La Época (Madrid), 16-12-1913)

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Las grandes chifladuras (La Época (Madrid), 16-12-1913)

Las grandes chifladuras.

    PARÍS 13. La mère Antoine, como la llaman los que profesan el ridículo culto antoinista, el cual ha construído ya varios templos, el último en París, el verano pasado, ha llegado á Niza, donde con toda solemnidad se ha inaugurado una nueva iglesia de dicho culto en el bulevar del Oeste.
    Una numerosa concurrencía asistió al acto, asegurando muy formalmente los que lo presencíaron, que por mediación de la mamá Antonia se habían curado milagrosamente dos enfermos en la solemnidad de que nos ocupamos.

La Época (Madrid), 16 décembre 1913

 

Traduction :

Les grandes folies.

    PARIS 13e – La Mère Antoine, comme l'appellent ceux qui professent le ridicule culte antoiniste, qui a déjà construit plusieurs temples, dont le dernier à Paris l'été dernier, est arrivée à Nice, où une nouvelle église dudit culte a été solennellement inaugurée sur le boulevard de l'Ouest.
    Une grande foule assista à la cérémonie, et ceux qui en furent témoins affirmèrent formellement que, par la médiation de Mère Antoine, deux malades avaient été miraculeusement guéris dans la solennité dont nous parlons.

La Época (Madrid), 16 décembre 1913

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Guérisseurs et charlatans (Le Mémorial de Lombez, 7 juillet 1912)

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Guérisseurs et charlatans (Le Mémorial de Lombez, 7 juillet 1912)GUÉRISSEURS ET CHARLATANS

    Le 30 juin dernier, avaient lieu, en pays walon, à Jemmapes-lès-Liège, au milieu d'une foule énorme de fidèles que les trains amenaient de tous les points de la Belgique, les obsèques d'un thaumaturge vraiment extraordinaire, Antoine-le-Guérisseur, qui n'avait fait rien de moins que de fonder une religion, variété de christianisme mélangé de théosophie. Il guérissait par la prière et l'imposition des mains à la manière des christian scientists d'Angleterre et d'Amérique.
    Peu à peu les malades de l'âme comme les malades du corps, les incurables, les déséquilibrés, les névropathes, tous ceux que les médecins avaient abandonnés, avaient appris le chemin du petit pays de Jemmapes où Antoine avait son temple et tenait ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmapes comme les foules de Lourdes et les « antoinistes » formaient une communauté éparse en divers lieux, même hors de Belgique, et fort nombreuse.
    Ce n'est que fort tard, déjà un vieillard, qu'Antoine se révéla le « prophète » et « l'homme de Dieu ». Pendant nombre d'années, petit bourgeois, presque du peuple, il était un homme comme un autre, un simple employé à la division des forges et martelage de la Société Cockerill. Il fut ensuite encaisseur à la société anonyme des tôleries liégeoises. Puis il s'occupa d'assurances. Enfin vinrent la grâce, l'action et la prédication publiques.
    Bien que les fonds affluassent à son culte, Antoine-le-Guérisseur a toujours vécu modestement et exemplairement. Ses ressources, il les employa à la construction de son temple et des maisons ouvrières qui l'entourent ; il avait aussi organisé une imprimerie où se publiait chaque semaine un journal qui tirait à plus de 20.000 exemplaires et répandait la doctrine.
    Il y a quelques mois les « antoinistes » de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition recouverte de cent mille signatures et demandant que la religion nouvelle fut reconnue par l'Etat.
    Le corps du prophète défunt, qui avait été exposé plusieurs jours dans le « sanctuaire », ainsi qu'il le nommait, où il prêchait et imposait les mains aux malades, a été porte par douze hommes de la communauté. L'un des plus qualifiés adeptes du maître, M. Delcroix, professeur à l'athénée de Liège précédait, élevant à bout de bras une tige d'arbuste figurant l'arbre de la science du bien et du mal. Ainsi qu'Antoine l'avait prescrit, ses restes ont été enterrés dans la fosse commune.
    C'est pendant un prêche que « l'homme de Dieu » – aujourd'hui le « désincarné » – fut terrassé par une attaque d'apoplexie. Il put néanmoins avant de mourir proférer ses paroles : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux ». Aux colonnes du temple, encore en deuil, l'affiche suivante a été apposée pendant l'exposition du cercueil : « Frère, le conseil d'administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui mardi matin 25 juin. Avant de quitter son corps, il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous. Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures ».
    Il semble bien que devant ce personnage singulier que se révéla sur le tard Antoine-le-Guérisseur, on se trouve plutôt en face d'un illuminé que d'un vulgaire charlatan ; dans tous les cas, ce serait un charlatan d'une jolie force et qui n'aurait plus rien d'un guérisseur ordinaire. La légende du zouave Jacob s'efface elle-même devant celle-ci, car le prestige religieux du mystagogue du pays walon s'est exercé non seulement sur des foules, mais aussi sur des gens de l'élite sociale, et il est destiné à durer, semble-t-il.
    Au fond, du reste, n'y a-t-il pas une sorte de religion, un acte quasi-religieux dans la visite que le malade, comme il s'en pressaient tant au temple de Jemmapes, rend au sorcier, au guérisseur non patenté ? Le premier médecin fut le prêtre, comme l'a dit Spencer ; et longtemps la médecine a été retardée dans son essor par cette notion que la maladie est un maléfice, une œuvre de mauvais esprit que seul le prêtre peut chasser. Si le populaire ne croit plus la plupart des maladies dues à de mauvais esprits, il a en tout cas retenu la notion du pouvoir magique du prêtre, ou de quiconque doit posséder une influence particulière : de là le succès persistant des guérisseurs.
    Il y a toujours des charlatans, en médecine, en politique et même en littérature, mais des sorciers de l'envergure d'Antoine-le-Guérisseur, l'espèce devient rare. Il est vrai que le moyen âge en brûla beaucoup... Le père de l'Antoinisme, s'il eut vécu de ce temps-là, était destiné au bûcher. Il y a, de nos temps, plus d'avenir pour la sorcellerie.

                                                                             Robert DELYS.

Le Mémorial de Lombez, 7 juillet 1912

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Henri Lormier - Méditation (Le Fraterniste, 1er mars 1930)

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Henri Lormier - Méditation (Le Fraterniste, 1er mars 1930)

MEDITATION

    Nous avons un compte à tenir en bon ordre : celui de nos actions constituant l'actif et le passif de notre vie. Il faut bien équilibrer son budget. L'actif, c'est toutes nos bonnes actions. Le passif, toutes les mauvaises. Sachons opérer en bons comptables. Faisons toujours bien, de mieux en mieux, il y aura intérêt. Cet intérêt, c'est la Puissance : amour par la Bonté envers tous. Il s'ajoute au capital : Dieu-Amour.            H. LORMIER.

Le Fraterniste, 1er mars 1930

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Culte antoiniste (La Meuse, 27 août 1910)(Belgicapress)

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Culte antoiniste (La Meuse, 27 août 1910)(Belgicapress)

CULTE ANTOINISTE
    Lecture de l'Enseignement révélé par Antoine le Guérisseur, tous les samedis, 7 heures 1/2 du soir, grande Salle de la Légia, Passage Lemonnier.

La Meuse, 27 août 1910 (source : Belgicapress)

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Avec une ''soeur'' du temple Antoiniste de la Butte aux Cailles, Paris, 18 décembre 2013 - Photo by Nils Labadie. - Avec Sudor (FaceBook Joël Sueur)

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Avec une ''soeur'' du temple Antoiniste de la Butte aux Cailles, Paris, 18 décembre 2013 - Photo by Nils Labadie. - Avec Sudor (FaceBook Joël Sueur)

Avec une ''sœur'' du temple Antoiniste de la Butte aux Cailles, Paris, 18 décembre 2013

Photo by Nils Labadie. - Avec Sudor (FaceBook Joël Sueur)

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Robert Vivier (Commune, revue de l'AEAR, 1er jan 1936)

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Robert Vivier (Commune, revue de l'Ass.des écrivains et des artistes révolutionnaires, 1er jan 1936)

DÉLIVREZ-NOUS DU MAL (Antoine le Guérisseur), par Robert Vivier (Grasset).

    Pour ceux – et je pense qu'ils sont nombreux qui sont peu ou aucunement initiés à l'antoinisme, l'ouvrage de M. Robert Vivier apportera les notions complémentaires nécessaires et leur apprendra avec profit ce qu'est ce culte antoiniste, véritable religion en marge du catholicisme, comment il fut créé, quelles en furent les origines et quelle fut surtout la personnalité de son fondateur, ce Louis Antoine, surnommé par la suite le Guérisseur.
    Ouvrier belge, des environs de Liége, Antoine se servit de son fluide, de son pouvoir magnétique pour guérir certains malades et fonder une secte religieuse basée uniquement sur la guérison des maux. Il réussit à acquérir un nombre suffisant d'adeptes pour construire un Temple. Il y en a aujourd'hui quarante, dont deux à Paris. Le processus par lequel passa Antoine au cours de son existence nous est relaté fort bien par M. Vivier. Conçu sous forme de vie romancée, l'ouvrage se lit avec facilité.
    On pourrait seulement reprocher à l'auteur de n'avoir pas su – ou pas voulu – prendre parti. Cette vie d'Antoine, il nous la raconte en effet sans commentaire aucun, sans que l'auteur intervienne en quelque façon au cours du récit. A aucun endroit, on ne trouve trace de quelque scepticisme, d'ironie voilée, d'objections à certains faits, de réserves plus ou moins justifiées. Par exemple, M. Vivier nous rend compte de la séance de spiritisme au cours de laquelle le guéridon s'agite et où des voix se font entendre sans qu'il exprime le moindre doute sur la réalité de l'expérience. Plus tard, il n'essayera pas d'entrer dans la pensée d'Antoine. Nous ne connaissons le héros du livre que par l'extérieur, c'est-à-dire par ses faits et gestes, mais son état d'âme intérieur nous reste complètement étranger. Antoine était-il aussi convaincu, sincère, désintéressé qu'on veut bien nous le montrer ? A la fin de sa vie, devenu grand-prêtre d'une nouvelle Eglise, il avait bâti un temple où se pressait la masse des fidèles et recueillait des oboles. Tout cela n'est pas sans amener quelques réserves, je veux dire sans que nous mettions en doute la pureté du « saint ». On eut admis de la part de M. Vivier moins d'objectivité envers la figure dont il retraçait la vie.
    Enfin mais là l'auteur n'est plus en cause on regrette que la question sociale ne se soit posée à Antoine, ancien ouvrier de la mine, à aucun moment. On en vient à penser que voilà une vie presque aussi inutile que d'autres, puisqu'elle ne fut qu'au service de quelques-uns et non de l'humanité entière, puisque de la bouche d'Antoine n'est sortie aucune parole pour flétrir la société capitaliste, les possédants, cette minorité qui gouverne le monde et tient sous sa férule la masse de ceux qui travaillent et produisent. Avec le pouvoir que possédait Antoine, peut-être eût-ce été à guérir le monde, et non une poignée de malades, qu'il eût travaillé.

                                                                              Manuel LELIS.

Commune, revue de l'AEAR, 1er janvier 1936

    Organe officiel de l'AEAR (Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires), la revue Commune — proche également du Parti communiste français — tenta de définir ce que pouvaient être, en France, la culture et la littérature prolétariennes.

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