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Daniel-Rops - La nuit du coeur flambant (1953)

Publié le par antoiniste

Daniel-Rops - La nuit du coeur flambant (1953)

Auteur : Daniel-Rops
Illustrations photographiques : Guy
Titre : La nuit du cœur flambant
Éditions : Plon, Paris, 1947 (1953)

    Il paraît que l'on croise des touristes avec « La Nuit du Cœur flambant » de Daniel-Rops le livre à la main qui visitent le vieux Chambéry où cet auteur académicien a pris son premier poste au lycée de garçons.
    Au fond de la cour fermée de l'Hotel de la Pérouse du XVe siècle au numéro 72 de la Rue Croix d'Or, derrière une grille, se trouve la fontaine qui inspira la nouvelle de 1948.
    « A la lueur jaune qui tombait d'une fenêtre du premier étage, j'aperçus, pris dans le mur juste en face du corridor d'entrée, une étonnante sculpture baroque, un macaron hirsute, deux arcatures en forme de S, encadrant un cœur d'où une flamme jaillissait.» Daniel-Rops.
    Sur le pommeau de son épée d'académicien : un « Cœur flambant ».
    Une fontaine plus triviale sera le sujet d'un autre tour de pays, en attendant on fera le tour des hôtels particuliers au pied du château des Duc de Savoie.
Source : le riche livre de Anne Buttin et Nelly Gabriel :

« Dans les pas des écrivains en Rhône-Alpes chez Glénat.
[http://le-blog-de-pierre-fassbind.over-blog.com/article-chambery-le-coeur-flambant-72383245.html]

    Le livre évoque les Antoinistes de la Rue Basse du Château, p.17

    Et si des personnages se glissent au long des murs humides, affublés de costumes surprenants, coiffés de chapeaux plus étonnants encore, ce ne sont point les acteurs d'on ne sait quel sabbat, mais des membres de l'église antoiniste qui s'assemblent honnêtement pour réformer le monde...

 

    Le texte est disponible en ligne sur Gallica, dans la Revue des deux mondes de novembre 1929.

    Quelques photographies sont visibles sur Google Books.

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Daniel-Rops - La nuit du coeur flambant (1953), Photo de Guy - La rue Basse-du-Château

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Daniel-Rops - La nuit du coeur flambant (1953), Photo de Guy - La rue Basse-du-Château

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Anniversaire du Père Antoine (Le Rappel, 25 juin 1926)

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Anniversaire du Père Antoine (Le Rappel 25 juin 1926)

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Robert ROUQUETTE - Le Problème des sectes (Études, 88e année, Tome 285, Avril-Mai-Juin 1955)

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Inauguration du Temple de Tours (Figaro, 25 août 1921)

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Inauguration du Temple de Tour (Figaro, 25 août 1921)

Les Antoinistes continuent

    Il y a quelque vingt ans, un entrepreneur de miracles, nommé Antoine et surnommé le père Antoine par les adeptes qui se groupèrent autour de lui, fonda un culte nouveau et à la portée de tous. Le père Antoine, auquel vint s'adjoindre une mère Antoine, prétendait obtenir la guérison des maladies par la foi seule. Son institution vit le jour à Jemeppe, en Belgique, et de là rayonna dans toute l'Europe.
    Paris possède encore, en un quartier reculé, un temple d'Antoinistes. Mais il ne fait plus guère parler de lui et l'on croyait la doctrine usée. C'était une erreur. La secte existe toujours, bien que la publicité ne s'occupe plus d'elle. Et la ville de Tours vient d'inaugurer un temple antoiniste, édifié rue d'Amboise.
    A cette occasion, trois cents Antoinistes arrivèrent de Paris, du Nord et de la Belgique, escortant la « Mère », successeur du « Père », décédé. Ils donnèrent ainsi aux confrères tourangeaux une preuve d'estime et de solidarité.
    La cérémonie fut belle et impressionnante. Mais comme le temple était exigu, les fidèles ne purent y pénétrer que par fournées. Sur le seuil, la « Mère » bénit ses enfants, tandis qu'un « frère » tenait haut et ferme l'écusson symbolisant l'Arbre de la Science.
    Les Antoinistes portaient un costume spécial, participant de la tenue du Quaker et de l'uniforme de l'Armée du Salut. Les hommes, enveloppés d'une ample redingote, étaient coiffés d'un chapeau haut de forme à larges bords. Les femmes disparaissaient sous des robes de bure et des voiles noirs.
    Les Tourangeaux, qui sont fins, ne rirent pas, car il ne convient pas de se moquer des gens qui se guérissent sans dépenser d'argent, c'est simplement en se réunissant et en méditant que les Antoinistes mettent fin à leurs maux. Le procédé est commode et vaut la peine d'être pris en considération.

Figaro, 25 août 1921

    La presse belge reprend le texte par un article dans Le Soir, le 27 août 1921 :

Les Antoinistes - Tours (Le Soir, 27 août 1921)(Belgicapress)

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Le Temple - Culte antoiniste (Le Petit Parisien, 27 octobre 1913)

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Le Temple - Culte antoiniste (Le Petit Parisien 27 oct. 1913)

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Maison des Blanc-Talon à Aix, Plaine de Marlioz (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).jpg

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Maison des Blanc-Talon à Aix, Plaine de Marlioz (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr)

Maison des Blanc-Talon à Aix, Plaine de Marlioz (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).jpg

Maison des Blanc-Talon à Aix, Plaine de Marlioz (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr)

Villa de Mme Blanc-Talon, rue Isaline. Surélévation d'un étage. 1er étage. Combles. Façade sur rue / S.n. Aix-les-Bains : [1932]. Ech. 1 : 50. 1 dessin sur calque ; 45 x 50 cm (AC Aix-les-Bains. 1 O 245, n° 844)

Aix-les-Bains - Plaine de Marlioz - 10 rue François-Ponsard - en ville - Cadastre : 1879 E 138 p., 139 p. 2006 CE 419

Liste des propriétaires :
1927 : Mme veuve Blanc-Talon Ernest
1959 : Blanc-Talon Ernest Marius, époux Brunet Alice Eugènie, électricien SNCF
1968 : Mme veuve Blanc-Talon Ernest, née Brunet Alice, et ses enfants : Maurice et Monique, épouse Dunoyer Michel
2006 : copropriétaires

source : https://patrimoine.auvergnerhonealpes.fr/dossier/maison/0f552762-9c9f-49ce-ae66-f4194f9da956

   Le Temple, construit vers 1923-24, est situé également dans le Lieu-dit "Plaine de Marlioz" (3 chemin Saint-Exupéry).

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Maison des Blanc-Talon à Aix, Les Hauts de Marlioz (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr)

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Maison des Blanc-Talon à Aix, Les Hauts de Marlioz (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr)

Commune : Aix-les-Bains
Lieu-dit : Les Hauts de Marlioz
Adresse : 33 chemin des Burnet
Cadastre : 1879 E 871 p. ; 2004 AV 113 

Paul Yvroud fait bâtir une maison en 1903, agrandie dès 1904. En 1924, celle-ci est signalée comme villa dans les matrices cadastrales. L'architecture extérieure du bâtiment a depuis fait l'objet de modifications.

Liste des propriétaires :
1903 : Yvroud Paul, à Chambéry
1911 : Blanc-Talon Ernest, cultivateur
1912 : Yvroud Paul
1918 : Yvroud Louise, la veuve
1921 : Perillat François
...

source : https://patrimoine.auvergnerhonealpes.fr/dossier/maison/9ca07149-1ff2-4448-acd4-a5b7c610c7d2

 

    S'agit-il de cette maison dont parle Henri Cossira dans Sciences et Voyages en 1919 :
    Convertissant la plus grande pièce de sa maison en temple, il y plaça l'Arbre de la Science de la Vue du Mal, et le tableau sur lequel on lit le précepte fondamental de l'antoinisme :
    « Un seul remède peut guérir l'humanité : la Foi ; c'est de la Foi que nait l'Amour : l'Amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ces ennemis c'est ne pas aimer Dieu, car c'est l'Amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »
    Et revêtu de la lévite noire de l'antoiniste, Ernest Blanc-Talon, se croyant nanti d'une procuration de la Mère, se mit à opérer. 

    Ou encore cette article de L'Abeille de la Nouvelle-Orléans de 1912 :
    Autour d'une grange, qui leur sert de temple, les fidèles de la religion belge viennent écouter la parole de leur prêtre improvisé. 
   "Seulement, comme la grange de Marlioz était trop peu pratique, je fis parqueter un local qui étai libre chez moi ; j'y fis disposer des bans et des chaises. C'est là que tous les dimanches à 3 heures, une trentaine de prosélytes ayant sous les yeux "l'arbre de la Science de la Vue du Mal" viennent écouter la lecture que je leur fais."

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Les guérisseurs (Informations sociales, août 1956)

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Titre : Les guérisseurs
Éditions : Informations sociales, bulletin mensuel à l'usage des services sociaux
Union nationale des caisses d'allocations familiales, août 1956

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François Ouellet - Les possibilités de l’âme (sur André Thérive)

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Les possibilités de l’âme

[C]e que j’ai mal à l’âme !
— Joris-Karl Huysmans, En route1


    Sans âme donne à lire la question religieuse sur deux plans, mais d’inégales valeurs aussi bien en ce qui a trait à l’évolution du héros qu’à l’élaboration de l’intrigue. Je parlerais ici d’une ambiance mystique, toile de fond d’un drame à l’avant-scène duquel se pose la question de l’âme.
    Julien Lepers, trente ans, est préparateur au Laboratoire de Physiologie des religions. À vrai dire, on l’y voit assez peu, et chaque fois moins pour travailler que pour bavarder avec le directeur, qui y accumule et étudie diverses expériences mystiques. Outre son travail, d’autres événements placent Julien en contact avec des manifestations religieuses, sans qu’il montre un très grand intérêt. Quand M. Pardoux, son propriétaire et voisin de palier, amateur d’ouvrages mystiques, l’invite à l’accompagner « à notre petite Fraternité », Julien refuse, mais s’y rend ensuite en catimini, mû par la simple curiosité et le désir de « surprendre des âmes2 ». Julien n’en tire guère de profit, mais soupçonne peut-être une vérité moins fortifiante que ce qu’il attendait en ne reconnaissant pas M. Pardoux, « ce fidèle insolite qui plongeait sa tête dans ses bras et donnait l’aspect d’une soumission anéantie à une lassitude amère, à une torpeur désolée, proche du désespoir3 ». Il interroge aussi Mme Lormier, la tante antoiniste de Lydia Lemège, une danseuse dont Julien va s’éprendre peu à peu ; mais encore une fois Julien n’agit que par curiosité, sans jamais penser qu’il pourrait en tirer profit pour son propre compte, lui qui n’a guère d’âme. Aussi Henri Martineau n’a-t-il pas tout à fait tort lorsqu’il ironise :

Dans son dernier roman [Sans âme] on rencontre ainsi à chaque page des Antoinistes. En comptez-vous beaucoup parmi vos relations ? M. Thérive, lui, ne peut remuer un pied sans marcher sur eux. C’est donc qu’il a buté dans un guêpier : pas du tout, ces différents Antoinistes ne se connaissent pas du tout entre eux et surgissent par le seul effet du hasard. […] Je ne chicanerais même pas du tout l’auteur sur l’arrivée de ses Antoinistes s’ils avaient une part véritable à l’action de son livre. Mais ils ne sont là que pour enjoliver un peu, si l’on peut dire, la toile de fond4.

En effet, le discours autour de l’antoinisme constitue finalement une sorte de décor, les traces de mysticisme ou d’occultisme étant disséminées un peu partout dans le texte sans arriver à prendre une forme réellement consistante. Le Laboratoire, l’antoinisme, la présence de M. Pardoux installent une ambiance qui sans doute relève de ces déviations de la mystique dont parlait Charpentier au sujet du Troupeau galeux5, mais que Thérive souhaite néanmoins placer en résonance avec la question de l’âme. C’est cette question qui fait le pont entre les deux « plans religieux » du roman, question par laquelle, par ailleurs, Sans âme croise En route.
    Dans En route, au moment de l’une de ses nombreuses crises qui le trouvent insatisfait aussi bien de lui-même que des ecclésiastiques, dont il déplore l’ignorance et la médiocrité, Durtal rappelle à quel point la mystique du Moyen Âge est en « parfait désaccord » avec le modernisme6. Mais Durtal, par l’entremise de l’art, parvient à combler cet écart : « Enfin Durtal avait été ramené à la religion par l’art. Plus que son dégoût de la vie même, l’art avait été l’irrésistible aimant qui l’avait attiré vers Dieu7 ». Or, cet intermédiaire, qu’il fût sous la forme de l’art ou d’autre chose, fait défaut chez Thérive. Ici, Dieu n’est accessible d’aucune manière ; et les déviations de l’occultisme que donnent à voir les antoinistes ne prouvent pas Dieu, ils seraient au contraire les signes les plus évidents de la dégénérescence de la foi, de la déliquescence de la valeur et de la grandeur religieuses. Dans cet univers sans âme, Julien ne saurait d’aucune façon faire ce pas que réalise Durtal vers l’Église, cet « hôpital des âmes8 », et ne pourrait encore moins envisager « une cure d’âme dans une Trappe9 », ce à quoi Durtal consentira dans la deuxième partie d’En route.
    Le populisme de Sans âme ne reconduit donc pas En route ; on ne refait pas davantage du Huysmans que du Zola trente ans plus tard. Mais dans l’esprit de Thérive et de Lemonnier, la fiction contemporaine maintient un lien plus évident avec l’auteur d’En route qu’avec celui de L’Assommoir, précisément parce que le vacillement du sentiment religieux ou la perte de la foi, qui contribue de manière décisive au « mal du siècle10 » et à « l’inquiétude11 » de l’après-guerre, trouve, dans le romanesque de la modernité qui s’impose à la fin du XIXe siècle, son exemple le plus convaincant chez Huysmans. Le but de la mystique, selon Durtal, est de rendre Dieu « visible, presque palpable12 ». Dans le roman de Thérive, c’est ce rôle que joue, en somme, le Laboratoire de Physiologie des religions. Or, cette « discipline nouvelle », dont les travaux se rattachent au Collège de France, est évidemment une bouffonnerie qui vise peut-être, dans l’esprit de Thérive, à caricaturer les travaux positivistes dont se réclamait Zola13. Le « roman expérimental » ne serait pas plus sérieux que les expériences du Laboratoire ou encore les croyances de pacotille des antoinistes.
    De la sorte, substituer Huysmans à Zola comme maître du populisme était pour Thérive la meilleure façon de circonscrire la spécificité du roman moderne. Dans cet essai de redéfinition, qui conduit Thérive vers la « théorie » populiste, Sans âme se trouve à problématiser l’écriture du roman moderne en approfondissant l’écart entre Durtal et Julien Lepers, héros tourmenté et impuissant à faire entrer la foi dans la vie. Cet approfondissement, Thérive y parvient au moyen de la trame amoureuse qui traverse le roman, et qui permet d’aménager une certaine forme de spiritualité, fût-elle désespérée. C’est sur cette base que s’élabore le second plan du roman.
    Julien entretient une relation avec Lucette Fauvel, dont il fait la connaissance à la sortie d’un cinéma. Mais peu à peu il se désintéresse de celle-ci au profit de la jeune Lydia, cousine de Lucette. Lydia provoque en lui un sentiment nouveau, une forme de jalousie qui engendre chez Julien « une mélancolie, un désespoir abattu, un dégoût de vivre ; c’était comme la menace d’une solitude, moins cuisante, mais plus durable que la menace d’une atteinte à sa personnalité14 ». Cette représentation que Julien se fait de Lydia introduit entre eux une émotion qui, lui semble-t-il, leur offre une âme en partage, qui à tout le moins le place dans des dispositions à la fois charnelles et existentielles qu’il n’a jamais connues auparavant. Un jour qu’il surprend Lydia « au meilleur moment de la mélancolie, de la misère15 », et peut-être parce que, comme le dirait Durtal, il est inapte à orienter vers l’Église « les affections refoulées par le célibat16 », il la force à se donner à lui. En revanche, elle a exigé qu’il disparaisse de sa vie pour toujours. Néanmoins, un an plus tard, Julien cherche à revoir Lydia, sans savoir si ce qui le guide est « la jalousie du présent, ou le remords du passé17 ». Il la trouve chez elle sur le point de mourir des suites d’un avortement qu’elle s’est imposé. Il comprend aussi, à ce moment-là, que Lydia l’avait aimé et qu’il était passé à côté d’un amour qui aurait pu donner un sens à sa vie.
    La mort de Lydia agit profondément sur Julien ; elle lui donne enfin ce qu’il ne savait trouver, ce qu’il avait cherché en vain et à tort auprès de l’expérience des religions populaires : une âme. Cette âme lui permet dès lors de rejoindre l’humanité souffrante : « Jamais il ne s’était senti moins seul ; une présence universelle l’entourait, la conscience d’une souffrance humble et nécessaire, qui rachetait l’ignominie et l’aveuglément des gens heureux18 ». La leçon à laquelle conduit le parcours de Julien est donc tragique : il aura fallu la honte de soi et l’ignominie de son propre comportement assassin pour rendre à l’être humain un peu de sa propre vérité. Cette leçon paraît sans rémission, puisque seule la responsabilité de la mort de l’autre, et donc la souffrance que cette situation engendre, conduisent à l’âme. Julien Lepers apprend ainsi, brutalement et dans la douleur, que les possibilités de l’âme ne sont pas plus du côté de la bourgeoisie que dans l’ésotérisme ou l’antoinisme, « une religion faite pour les pauvres et les infirmes19 », mais qu’elles seront plutôt à saisir dans une attitude humble envers la vie, dans une disposition d’esprit qui témoigne que seule la souffrance, dans un monde sans amour, peut venger les humiliés de l’existence. C’est ce que Julien découvre au terme d’une aventure qui l’a mené à une sorte de renoncement définitif et de pessimisme intégral. C’est par ce déplacement de l’âme religieuse (Huysmans) vers l’âme de cœur, si l’on peut dire, et qui n’est accessible qu’à la conscience souffrante, que Thérive fait du roman populiste. Mais ce populisme est profondément désespéré, comme on l’a souligné20.

François Ouellet, Le « naturalisme interne » d’André Thérive
Études littéraires – Volume 44 No 2 – Été 2013, 19–36.
https://doi.org/10.7202/1023748ar

 

1. Joris-Karl Huysmans, En route, Paris, Plon, 1947 [1895], p. 153.
2. Ibid., p. 139.
3. Ibid., p. 140.
4. Henri Martineau, « André Thérive : Sans âme », Le Divan, 1928, p. 132. Même commentaire de François Le Grix dans La Revue hebdomadaire : « N’est-ce pas en vertu d’un hasard étonnant, et même arbitraire, que Julien Lepers, où qu’il se tourne, se cogne à des antoinistes, comme si c’était, en notre temps, la seule forme de l’aberration religieuse ? » (« Sans âme, par André Thérive », op. cit., p. 632).
5. « Son livre est une réussite, et non seulement par le style qui reproduit à s’y méprendre celui du XVIIe siècle, mais par l’intelligence d’une des époques de notre histoire où l’inquiétude religieuse se manifesta avec tant d’âpreté. Cette inquiétude M. Thérive la partage-t-il ? Il n’y paraît pas, encore que l’on sache quel intérêt il porte à l’hérésie, en général, et singulièrement aux déviations de la mystique » (John Charpentier, « André Thérive : Le Troupeau galeux », Mercure de France, 15 décembre 1934, p. 578).
6.
Joris-Karl Huysmans, En route, op. cit., p. 45.
7. Ibid., p. 29.
8. Id.
9. Ibid., p. 163.
10. Voir le fameux texte de Marcel Arland, « Sur un nouveau mal du siècle » : « Mais un esprit où cette destruction de Dieu est accomplie, où le problème divin n’est plus débattu, par quoi comblera-t-il le vide laissé en lui et que maintient béant la puissance des siècles et des instincts ? » (« Sur un nouveau mal du siècle », La Nouvelle revue française, février 1924, p. 157).
11. Voir les essais de Daniel-Rops (Notre inquiétude, 1927) et de Benjamin Crémieux (Inquiétude et reconstruction, 1931). Crémieux fait cette distinction intéressante : alors que les jeunes gens de 1825 étaient des « inadaptés sociaux », ceux de 1920 sont des « inadaptés métaphysiques » (Inquiétude et reconstruction, Paris, Gallimard (Les Cahiers de la NRF), 2011, p. 90-91).
12. Joris-Karl Huysmans, En route, op. cit., p. 93.
13. Davidou, un ami et collègue de Julien au Laboratoire, expose ainsi le paradoxe de leur situation : « Moi je trouve ça grotesque ; nous autres qui avons la formation positive, nous devons étudier les formes religieuses qui ont de la spiritualité, qui recouvrent des approximations du réel social » (André Thérive, Sans âme, Paris, Grasset, 1928, p. 123).
14. Ibid., p. 109-110
15. Ibid., p. 149
16. Joris-Karl Huysmans, En route, op. cit., p. 73.
17. André Thérive, Sans âme, op. cit., p. 160.
18. Ibid., p. 189.
19. Ibid., p. 97.
20. « La fleur se dégage ici du fumier, peut-être pas avec assez d’élan, à mon gré ; et l’on reste, le livre de M. Thérive fermé, sur une impression bien pessimiste — je dirais même désespéré » (John Charpentier, « André Thérive : Sans âme », Mercure de France, 1er avril 1928, p. 147). Sans âme révèle « le nihilisme de l’écrivain qui porta Schopenhauer dans sa musette pendant quatre années de guerre » (Henri Clouard, Histoire de la littérature française, Du symbolisme à nos jours, Paris, Albin Michel, 1949, t. 2, p. 388).

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