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Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

Publié le par antoiniste

Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

                    FEUILLETON DE Tatène        N° 4

                   LE MARCHAND DE DJÈLE

Histoire authentique d’une Charrette en glaise

                    PAR TRONÇON DU FERAIL

Résumé du chapitre antérieur : Gaëtan di Vèye Gheûye di Souk croit que pour sortir de la panade, il ne lui reste qu’un moyen : épouser une riche héritière. Il se jette aux pieds du premier Monsieur connu qu’il rencontre et lui demande la main de sa fille. Horreur ! Le Monsieur est célibataire.

                                    CHAPITRE V.
    Chercher une héritière, et pour ce, s’adresser à un célibataire, c’est bien la déveine acharnée, semblable en tout point à celle de ce brave homme mort d’asphyxie pour s’être administré un trop copieux lavement !
    Gaëtan en eut une mine si piteuse que, décidément, elle ne pouvait plus passer pour la « bonne mine » annoncée par Antoine le Guérisseur.
    Selon sa vieille renommée d'amabilité, M. Ch. Francotte en fut très marri et cet instant fut peut-être le seul en sa vie où il regretta de n'être point marié et père de famille, afin de tirer ce garçon d'embarras.
    Il le consola de son mieux en lui affirmant qu'il ne manquerait pas de trouver à Liège un cœur pour le comprendre et qu'en attendant ce jour heureux, il ne manquait pas à Liège de petites femmes, dignes de jouer l'âme-sœur provisoire et intérimaire.
    Hélas ! tout ce verbiage sentimental n'était guère fait pour contenter Vèye-Gheûye : c'était à la bourse et non au cœur que se trouvait la blessure et le moindre louis eut bien mieux fait son affaire que tous les sermons aimables. Mais, décemment, il ne pouvait avouer sa détresse, lui Vicomte, dont la noblesse remontait à l'âge de la pierre et des calculs biliaires, à un simple conseiller municipal de la cité liégeoise, fut-il doré comme un Crésus américain. Il s'en fut donc, la mort dans l'âme à la recherche d'une autre héritière.
    Sous un réverbère du quai de l'Université, il vit se profiler le corps long et maigre d'une dame à la démarche élégante enveloppée dans un ample manteau du drap le plus fin. C'était sans doute quelque personne d'âge rassis qui s'était attardée dans un comité de bonnes œuvres.
    Cette brave dame devait être la maman de nombreuses filles bien dotées et Gaëtan résolut de tenter une seconde fois l'expérience qui avait si mal réussi la première.
    Il s'élança donc, s'approcha fébrilement, retira son dix-huit reflets dans un geste arrondi où il suit toute son élégance, puis il commença son boniment : « Madame, j'adore votre fille... »
    Il n'alla pas plus loin : l'interpellée s'était tournée et aux yeux ahuris du Vicomte, se montra l'œil perçant et le profil olympien d'une personnalité liégeoise bien connue. La vieille dame c'était... Monseigneur Schoolmeesters !! Gaëtan s'enfuit tel un chien qui entendrait rebondir derrière lui un batterie de cuisine complète.
    C'est que si encore, il avait été bon chrétien, il aurait pu se recommander à l'abbé, mais depuis la prédiction de la « bonne mine » il avait adhéré sans réserve à l'antoinisme le plus pointu et s'il n'avait pas encore arbore la redingote funèbre et le tuyau en feutre mat des fervents disciples de l'Arbre de la Science de la vue du Mal, c'est parce qu'il trouvait ce costume absolument trop désavantageux pour quelqu'un qui attend tout de son élégante prestance.
    Gaëtan s'enfuit, il alla s'affaler sur un banc du boulevard Frère-Orban.
    Il rêva, il rêva longtemps puis, l'air étant pur, le ciel limpide et l'atmosphère tempérée, le sommeil l'envahit et durant de longues heures l'arracha aux soucis qui le tenaillaient...

Feuilleton par Tronçon du Férail
publié dans Tatène (Journal satirique de Liège) n°38 du 1er au 7 novembre 1912)

Il manque des numéros dans la banque de numérisation https://donum.uliege.be/expo/tatene/, ce qui nous ne permettra malheureusement pas de savoir les détails de l’adhésion de Gaëtan à l’antoinisme.

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Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

Publié le par antoiniste

Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

                    FEUILLETON DE Tatène        N° 4

                   LE MARCHAND DE DJÈLE

Histoire authentique d’une Charrette en glaise

                    PAR TRONÇON DU FERAIL

Résumé du chapitre antérieur : Gaëtan di Vèye Gheûye di Souk croit que pour sortir de la panade, il ne lui reste qu’un moyen : épouser une riche héritière. Il se jette aux pieds du premier Monsieur connu qu’il rencontre et lui demande la main de sa fille. Horreur ! Le Monsieur est célibataire.

                                    CHAPITRE V.
    Chercher une héritière, et pour ce, s’adresser à un célibataire, c’est bien la déveine acharnée, semblable en tout point à celle de ce brave homme mort d’asphyxie pour s’être administré un trop copieux lavement !
    Gaëtan en eut une mine si piteuse que, décidément, elle ne pouvait plus passer pour la « bonne mine » annoncée par Antoine le Guérisseur.
    Selon sa vieille renommée d'amabilité, M. Ch. Francotte en fut très marri et cet instant fut peut-être le seul en sa vie où il regretta de n'être point marié et père de famille, afin de tirer ce garçon d'embarras.
    Il le consola de son mieux en lui affirmant qu'il ne manquerait pas de trouver à Liège un cœur pour le comprendre et qu'en attendant ce jour heureux, il ne manquait pas à Liège de petites femmes, dignes de jouer l'âme-sœur provisoire et intérimaire.
    Hélas ! tout ce verbiage sentimental n'était guère fait pour contenter Vèye-Gheûye : c'était à la bourse et non au cœur que se trouvait la blessure et le moindre louis eut bien mieux fait son affaire que tous les sermons aimables. Mais, décemment, il ne pouvait avouer sa détresse, lui Vicomte, dont la noblesse remontait à l'âge de la pierre et des calculs biliaires, à un simple conseiller municipal de la cité liégeoise, fut-il doré comme un Crésus américain. Il s'en fut donc, la mort dans l'âme à la recherche d'une autre héritière.
    Sous un réverbère du quai de l'Université, il vit se profiler le corps long et maigre d'une dame à la démarche élégante enveloppée dans un ample manteau du drap le plus fin. C'était sans doute quelque personne d'âge rassis qui s'était attardée dans un comité de bonnes œuvres.
    Cette brave dame devait être la maman de nombreuses filles bien dotées et Gaëtan résolut de tenter une seconde fois l'expérience qui avait si mal réussi la première.
    Il s'élança donc, s'approcha fébrilement, retira son dix-huit reflets dans un geste arrondi où il suit toute son élégance, puis il commença son boniment : « Madame, j'adore votre fille... »
    Il n'alla pas plus loin : l'interpellée s'était tournée et aux yeux ahuris du Vicomte, se montra l'œil perçant et le profil olympien d'une personnalité liégeoise bien connue. La vieille dame c'était... Monseigneur Schoolmeesters !! Gaëtan s'enfuit tel un chien qui entendrait rebondir derrière lui un batterie de cuisine complète.
    C'est que si encore, il avait été bon chrétien, il aurait pu se recommander à l'abbé, mais depuis la prédiction de la « bonne mine » il avait adhéré sans réserve à l'antoinisme le plus pointu et s'il n'avait pas encore arbore la redingote funèbre et le tuyau en feutre mat des fervents disciples de l'Arbre de la Science de la vue du Mal, c'est parce qu'il trouvait ce costume absolument trop désavantageux pour quelqu'un qui attend tout de son élégante prestance.
    Gaëtan s'enfuit, il alla s'affaler sur un banc du boulevard Frère-Orban.
    Il rêva, il rêva longtemps puis, l'air étant pur, le ciel limpide et l'atmosphère tempérée, le sommeil l'envahit et durant de longues heures l'arracha aux soucis qui le tenaillaient...

Feuilleton par Tronçon du Férail
publié dans Tatène (Journal satirique de Liège) n°38 du 1er au 7 novembre 1912)

Il manque des numéros dans la banque de numérisation https://donum.uliege.be/expo/tatene/, ce qui nous ne permettra malheureusement pas de savoir les détails de l’adhésion de Gaëtan à l’antoinisme.

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Pour les moeurs (Tatène 9 mai 1912)

Publié le par antoiniste

Pour les moeurs (Tatène 9 mai 1912)

POUR LES MŒURS.

    L’an dernier, la Ville, apparemment sur la proposition de quelque édile prude et austère, eut la malencontreuse idée de faire placer un régiment de réverbères, à la lumière profuse et indiscrète, au Jardin du Tir et au Quai de Coronmeuse.
    Ces endroits étaient, comme chacun sait, durant les belles soirées sans lune le lieu de prédilection des amoureux.
    Ceux-ci y trouvaient des coins charmants et des bancs propices à leurs muets ébats...
    Mais voici que l’invasion des becs Auer municipaux vint impitoyablement faire la lumière aux bons endroits !
    Ce fut d’abord très ennuyeux pour les couples qui refluèrent prudemment vers la solitaire et obscure Ile Monsin.
    Cela ne dura qu’un temps et, bientôt les endroits trop rapidement désertés virent, peu à peu, revenir leurs clients enamourés.
    En dépit de leurs clartés artificielles, le Quai et le Jardin redevinrent rapidement la terre promise des amoureux qui n’ont plus cesse de les fréquenter assidument.
    Voici qu’une effarante nouvelle nous arrive.
    On nous assure qu’il vient de se créer, sous le titre « Ligue de défense de la vertu », une association dont les membres s’engagent à aller par un roulement judicieusement combiné, occuper chaque soir, de 9 heures à minuit, tous les bancs du Quai et du Jardin.
    Ils espèrent ainsi, par leur vigilante présence purger à bref délai ces endroits si fréquentés par les couples en mal de solitude.
    Notre Gouverneur D. V. B. P. D. F. a été nommé président d’honneur de cette ligue dont on appréciera la haute portée morale.
    Parmi les membres qui se proposent d’être les plus actifs, on cite les noms d’Antoinistes notables, de cléricaux en vue, d’austères protestants, de bedeaux honoraires et de vieilles bigotes à la vertu éprouvée.
    Si cette silencieuse et pacifique croisade donne de bons résultats, la Ligue créera des sections pour veiller de même à la bonne tenue de nos autres parcs liégeois...
                                                    
Feu Tchantchet.

Tatène (Journal satirique de Liège) n°13 du 9 au 16 mai 1912

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Les os de la duchesse (Tatène, juin 1913)

Publié le par antoiniste

Les os de la duchesse (Tatène  14 juin 1913)

LES OS DE LA DUCHESSE

    Le comte de la Rochefoucauld, noble fils d’une vénérable douairière, jugeait qu’il était offensant pour la mémoire de celle-ci de laisser enterrer ses vieux et aristocratiques os dans le cimetière communal. Mais son frère le Duc, de goûts plus simples, estimait que la dépouille maternelle serait abritée aussi bien par les gazons verts et les saules pleureurs que par les froides dalles du caveau bâti dans la chapelle du château et où se trouvent réunis 1.s membres de la famille plus pressés qu’elle d’en finir avec cette chienne de vie. Les juges étaient perplexes. Ils cherchèrent en vain dans l’œuvre de l’illustre ancêtre une maxime qui les eût tirés d’embarras. Ils songèrent aussi à demander l’aide d’un spirite, disciple du Père Antoine, cet homme étant capable d’aller rechercher jusque dans l’au-delà l’âme de l’honorable duchesse. Mais, comme elle était morte depuis peu de temps, ils pensèrent avec juste raison que le résultat de ce long et dangereux voyage était très aléatoire, le nonagénaire esprit ayant pu se tromper de voie et ne pas arriver à la gare destinatrice : Paradis, Enfer, Purgatoire, ou s’arrêter en chemin pour faire une ultime confession. Comme en tout autre cas, une sentence était nécessaire pourtant. On ne pouvait décemment laisser les os à mi-chemin du cimetière et de la chapelle. Heureusement on retrouva une lettre dans laquelle la défunte affirmait son horreur de la mort, du triste et du noir. Aussi, pour satisfaire à son suprême désir, on la plaça sous les herbes fleuries, où elle pourra reposer en paix. Et son fils cadet fut furieux !

Tatène (journal satirique de Liège) n°18, du 14 au 21 juin 1913

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La farce du miracle (Tatène 26 avril 1912)

Publié le par antoiniste

La farce du miracle (Tatène 26 avril 1912)LA FARCE DU MIRACLE

    Dans ce journal suave qu’est le Bulletin Diocésain, un Monsieur Monniot s’en prend avec amertume à l’Antoiniste qu’il appelle « une farce qui a trop duré » et à laquelle, ajoute-t-il, quelques catholiques se sont laissé aller. C’est montrer le bout de l’oreille... et se plaindre naïvement de la concurrence.
    «La recette antoiniste est des plus simples, écrit cette plume autorisée : on écrit au père Antoine et immédiatement on se sent déjà soulagé.
»
    Or, c’est absolument le procédé employé à l’égard de cette création très catholique de St-Gérard.
    Il est dit aussi : « Si la guérison n’est pas obtenue, c’est que vous n’avez pas la foi ».
    Tout-à-fait comme à Lourdes, à Trou-Louette, à Chèvremont et ailleurs, où les marchands de miracles ont installé leur boutique.
    Mais gageons que, dans les cliniques sacrées, la farce n’a pas cessé de durer.

                                                  Feu Tchantchet.

Tatène (journal satirique de Liège), n°11 du 26 avril au 2 mai 1912

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Incidents dinatoires (Tatène, 29 juillet 1911)

Publié le par antoiniste

Incidents dinatoires (Tatène 29 juillet 1911)

INCIDENTS DINATOIRES

    La réunion du Comité ne se prolongea pas t plus longtemps ce matin là. Chacun avait aussi faim que soif. Aussi, un diner fut servi en l’honneur de Charlemagne et des autres personnalités historiques. Je ne donnerai pas ici le détail du menu, il suffira de dire qu’il fut préparé par « l’homme mature » revenu pour la circonstance, et sous la haute surveillance du docteur Schuind, chef de la chronique médicale de La Meuse, ce qui veut dire que tout fut exquis.
    Je dois à la vérité, de relater un incident qui s’est produit au cours de ces agapes ; incident qui aurait eu des suites très fâcheuses, sans l’heureuse intervention de Tatène.
    A l’heure des toasts, l’archevêque Turpin, levant sa coupe de sinalco, but à la santé de Pie X, et proposa de lui envoyer un télégramme pour lui demander la bénédiction apostolique ; Charlemagne et le chevalier Valentin opinèrent du bonnet, tandis que le géant Ferragus, qui ne jure que par Mahomet, et les quatre fils Aymon, qui appartiennent à l’armée du salut, protestèrent avec la dernière énergie, chacun voulant donner le pas à sa religion. Et déjà nos fougueux guerriers avaient la main sur la garde de l’épée, tandis que l’archevêque brandissait sa croix, celle qui jadis brisa tant de cimeterres.
    Tatène qui prévoyait « ine trâlêye » eut une inspiration aussi subito qu’heureuse : elle put rétablir le calme en criant, à la manière des marchands de moules, qu’elle appartenait à une religion nouvelle qui mettrait tout le monde d’accord.
    Ce fut le professeur Delcroix, le compagnon du St-Antoine de Jemeppe qui révéla cette religion à Tatène Notre patronne ne résista pas longtemps à l’éloquence persuasive du professeur, et devint Antoiniste.
    Pour convertir avec succès tous ces nobles chevaliers et l’archevêque elle leur offrit la prose de quelques opuscules intitulés : L’Auréole de la Conscience.
    Les convives, qui n’avaient absolument rien compris de ces chefs-d’œuvre d’éblouissante clarté, furent néanmoins subjugués par la puissance du nouvel apôtre et décidèrent, à l’unanimité, d’envoyer un télégramme au Père Antoine pour le prier de faire une bonne opération pour eux.
    Et ce fut la conscience auréolée, que nos illustres personnages furent emportés, dans plusieurs Pipes, au Plateau d’Ans, où ils furent reçus très aimablement par le gouverneur de l’Aérodrome.

Tatène (journal satirique de Liège) n°24 du 29 juillet au 4 août 1911

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Inauguration de l'Église Antoiniste (Le Radical, 27 octobre 1913)

Publié le par antoiniste

Inauguration de l'Église Antoiniste (Le Radical 27 octobre 1913)

Encore un Messie

INAUGURATION
             de
l’Église Antoiniste

    Il y a toujours des messies. A peine le fabuleux zouave Jacob est-il mort que s’inaugure à Paris le temple du culte antoiniste.
    L’antoinisme est moins une religion mystique qu’une suite de pratiques thérapeutiques et médicinales.
    Son fondateur mourut, l’an dernier, à Jemeppe-sur-Meuse, en Belgique.
    Mais sa femme, la « mère » Antoine, est venue hier à Paris, escortée de six cents disciples tout de noir vêtus propager le culte d’Antoine.
    Non point l’Antoine de Padoue monopolisé par la « bonne presse », mais bien Antoine le Guérisseur, messie des gueux et des « simples en esprit ».

             La nouvelle église
    Les antoinistes ont inauguré hier, à Paris, à l’angle des rues Vergniaud et Wurtz, quartier de la Maison-Blanche, leur nouvelle église. Il n’y a ni croix, ni statues, ni tableaux, ni symboles religieux d’aucune sorte. A l’extérieur comme à l’intérieur, les murs sont nus. On y lit des inscriptions comme celles-ci. Sur la façade : « 1913. Culte antoiniste. » Dans le temple, à l’entrée, et mise là comme une enseigne, cette autre : « Le père Antoine, le grand guérisseur de l’humanité, pour celui qui a la foi. »
    Dans le fond, cette maxime : « Un seul remède peut guérir l’humanité : la foi. C’est de la foi que nait l’amour. L’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. Ne pas aimer ses ennemis, c’est ne pas aimer Dieu, car c’est l’amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c’est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu’il est pur et de vérité. »
    Il n’y a point d’autels dans ce temple. Au fond, s’élève une chaire en bois très simple. Cloué au panneau de face, un cadre renferme sous vitrine, peint en blanc, un petit arbre. Une inscription en lettres blanches avertit que c’est « l’arbre de la science de la vue du mal », unique symbole du culte antoiniste.

             L’inauguration
    De nombreux curieux assistèrent, hier matin, à l’inauguration.
    Elle fut très simple, décente dans l’ensemble, et moins échevelée, certes que les terribles et dolentes processions de malades qui s’en vont vers la grotte de Lourdes solliciter des miracles.
    Là aussi, de pauvres loques humaines s’en vinrent, en quête de la guérison miraculeuse.
    Il ne se passe rien que de très ordinaire. Les miracles modernes, on le sait, n’ont plus lieu dans les églises, mais bien plutôt dans les laboratoires.
    Et chacun s’en retourna content, car chez les antoinistes, comme ailleurs, il n’y a que la foi qui sauve.

Le Radical, 27 octobre 1913

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Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921)

Publié le par antoiniste

Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921).JPG

    Au pied de la Butte-aux-Cailles, les Antoinistes ont édifié un petit temple. Une inscription, placée près de la porte, le proclame ouvert jour et nuit à ceux qui souffrent. J'y entre un dimanche matin, à l'heure de l'office. La petite salle, qui peut contenir un peu plus d'une centaine de personnes, est emplie de fidèles : une vingtaine d'hommes et de femmes, tous vêtus de noir ou d'étoffes sombres. Immobiles, le regard fixe, ils écoutent, dans un recueillement profond, la lecture des « Œuvres » du « père » Antoine, que leur fait l'officiant, un homme déjà âgé, vêtu d'une longue lévite noire, assis dans une petite chaire au-dessus de laquelle s'étale, peint sur un panneau de verre, un arbre défini par cette formule : « L'arbre de la science de la vue du mal. » Et le mur du fond porte, écrit en lettres capitales : « L'enseignement du Père, « c'est l'enseignement du Christ révélé à cette « époque par la Foi. Un seul remède peut « guérir l'humanité, la Foi. C'est de la Foi « que naît l'amour... »
    D'une voix lente et monotone, nue et grise comme les murs de cette salle, le lecteur laisse tomber les phrases obscures où, revenant sans cesse, les mots « foi », « croyance », « Dieu », « conscience », « Providence », « le Père », s'amalgament. Mais, tout d'un coup, dans cette rédaction brumeuse, fulgure l'erreur infâme : «... Ce n'est que par la forme que les religions différent... Si Dieu ne peut faire le mal, il n'est pas libre... C'est nous qui faisons Dieu à notre gré.., Croyons que nous sommes Dieu nous mêmes ; croyons que nous pouvons ce que nous voulons... Je puis maintenant vous révéler ce qu'il en est de la conversion d'Adam. Il est faux que nos premiers parents aient péché. Adam, c'est le moi conscient ; Eve, le moi intelligent. Tout être doit passer par l'incarnation pour jouir du vrai bonheur... Adam vivait en Dieu, mais ne pouvait le comprendre parce qu'il était inconscient. Adam est venu apprendre sur la terre le bonheur dont il n'avait pas conscience. Le serpent est la loi de la liberté. La loi divine n'interdisait pas à Adam d'aller à Eve. Nous allons à Dieu par l'amour du prochain. L'amour vrai anéantit toute loi , Nous ne ressentons l'amour qu'à travers notre semblable. En se rapprochant d'Eve, Adam fonde l'édifice de la solidarité. Disons, comme Eve, que le serpent était le vrai Dieu. C'est par un effet de la Providence qu'Adam va vers Eve pour développer l'embryon de l'amour... Eve lui apparaît avec l'arme de la vérité, le serpent. On ne peut aller à Dieu que par son semblable. Eve l'apprend à Adam. Lui montrant le serpent : Voilà, lui dit-elle, le vrai Dieu, auquel vous ne pouvez aller que par moi, par la solidarité ; alors les lois n'existeront plus pour nous ; l'amour les aura surmontées... » 
    Ainsi donc, « le Serpent, voilà le vrai Dieu ». Il est « la loi de la liberté». Libre, il « peut faire le mal ». Or, « nous sommes Dieu nous-mêmes », et par conséquent libres, et libres de faire légitimement le mal : « nous pouvons ce que nous voulons ». C'est « l'incarnation » qui permet aux êtres de « jouir du vrai bonheur » — donc, le bonheur charnel — dans « l'amour du prochain », amour que nous ne ressentons qu'à travers notre semblable », comme « Eve l'apprend à Adam »; et cet « amour vrai anéantit toute loi ». « Croyons que nous pouvons ce que nous voulons. » 
   Les élucubrations, dont Antoine a noirci des pages d'une incohérence rédactionnelle fatigante, cachent le vieux levain panthéiste et aphrodisiaque des manichéens et des cathares, et la perversion secrète de ces doctrines apparaît tout à coup, à certains détours du texte, en formules infernales. Autodidacte et à demi dément, Antoine retrouve dans ses rêves confus les vieilles inspirations familières aux religions sataniques et au Maçonnisme ; et il leur recrute, par des promesses de cures corporelles, tous les Imaginatifs, ignorants, crédules, névropathes, que les milieux populaires offrent toujours comme une proie toute prête pour les charlatans qui passent : le service rituel terminé, l'officiant se rend dans une petite pièce où il reçoit ceux qui viennent le consulter pour leurs troubles d'âme, leurs peines de cœur ou les maladies dont souffre leur corps. Ainsi s'établit la légende de l'antoinisme guérisseur qui, à l'imitation de la secte protestante des « Christian scientists », spécule sur les guérisons apparentes que la suggestion produit. A la porte du temple, à l'issue du service, se vendent un « Bulletin » mensuel et des brochures, comme L'Unitif, où je lis : « Nous sommes tous des dieux »(1). 
    Ainsi, dans ces milieux populaires, ignorants et déchristianisés, foisonnent et pullulent, comme sur un fumier de misère intellectuelle et morale, tous les champignons du Mal et du Pire. 

 

(1) L'Unitif, n°6, page II. Dans l'Invasion, où M. Louis Bertrand a fait une description si approfondie de la vie et de la psychologie ouvrières, on remarquera, au milieu de traits d'une exactitude rigoureuse et évocatrice, l'étude de l'influence exercée sur quelques ouvriers par les sociétés théosophiques, filiales, comme la secte antoiniste, de la Franc-Maçonnerie. 

 

Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre : observations vécues
Chapitre premier, La quartier de la gare (XIIIe arrond.)
Nettoyeurs de chaudières, §4. - La vie du quartier (p.76-81)
Arthur Rousseau, Paris / René Giard, Lille, 1921

Auteur également de Les mineurs où il évoque les Psychosistes.

Recension :

Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921)

Ouvriers parisiens d’après-guerre, 
    par J. Valdour, 1 vol. 89 p. 4 fr. 50 
     (Rousseau, édit., Paris et Giard, édit., 
    Lille, 1921). 

    A l’aide de la même méthode que celle suivie dans ses enquêtes précédentes, J. Valdour a expérimenté en 1920, le travail du nettoyeur de chaudières dans le quartier de la Gare (XIIIe arr.), du décapeur de métaux à Vaugirard, enfin du tourneur dans une fabrique d’outils de Saint-Ouen. Il n’a vu que la vie de l’ouvrier célibataire. 
    Les manœuvres gagnent de 15 à 20 francs pour une journée de huit heures, et les ouvriers qualifiés se font de 24 à 32 francs. Les salaires et le prix de la vie ont triplé depuis 1914, et l’ouvrier se trouve à peu près dans la même situation, c’est-à-dire que le manœuvre qui mange au restaurant arrive à mettre les deux bouts ensemble. Comme changements, J. Valdour note que l’ouvrier met de l’eau dans son vin en mangeant et que le cabaret est concurrencé par le cinéma. L’agitation communiste a atteint son maximum fin 1919 et début de 1920 et va en décroissant. 
    L’auteur note la disparition presque complète de l’anticléricalisme depuis la guerre, mais l’esprit religieux ne semble avoir fait quelque progrès que sous la forme de l’antoinisme, de la théosophie, 
etc. 
                                                                   P. D. 

La Science sociale suivant la méthode de F. Le Play, 1926 (A41, FASC7).

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G.A. Mann - La force-pensée (1910)

Publié le par antoiniste

G.A. Mann - La force-pensée (1910)

Auteur : G. A. Mann
Titre : La force-pensée : la faculté unique, mécanisme de la télépathie, extériorisation de la volonté, appel et captation des forces cosmiques, théorie nouvelle de l'influence de l'homme sur l'homme
Édition : G. A. Mann Éditeur, Paris, 1910, in-8, 234 pages
cf. l'édition originale en anglais sur archive.org

    L'auteur analyse la pensée et la force dont elle peut se caractériser et nous donne quelques conseils avisés comme ceux-ci : "Pensez toujours et constamment à ce qui est bien, à ce qui est bon, à ce qui est beau. Ne mélangez pas vos pensées, ne mangez pas en même temps du fruit hybride de l'arbre du bien et du mal. Devenez maître de vous-même en suivant strictement les indications détaillées qui vous sont données dans l'ouvrage : Le Développement de la Volonté par l'entraînement de la Pensée, et donnez à l'esprit la maîtrise absolue sur vos désirs, sur vos penchants, sur vos joies et sur vos peines ; vous verrez ces dernières disparaître sous cette influence puissante et vos désirs, comme autant d'échelons, vous feront suivre la marche ascendante qui vous mènera vers le bien, vers la santé et vers un succès constant, sans lacune, dans toutes les choses bonnes que vous entreprendrez dans un but humanitaire."

Source : https://www.cslak.fr/bibliotheque-edition/78-livres/1368-george-arthur-mann-la-force-pensee

 

    Evoque en fin d’ouvrage (page 216), Louis Antoine dans le cadre de l’étude sur la science chrétienne :

CHAPITRE X

LA FOI EN THÉRAPEUTIQUE

La Science chrétienne. — Pas de guérison sans la foi.

    Il nous reste maintenant à traiter une question importante : elle a trait à la valeur thérapeutique de la foi. Pas de question plus discutée. Beaucoup en accueillent le simple énoncé par des haussements d'épaules, des rires ironiques ; ceux-là considèrent la foi comme n'ayant d'effet que sur les faibles d'esprit. Cependant la « foi » est un des moyens les plus employés par ceux qui guérissent.
    Il n'est pas de pays qui ne possède un ou plusieurs guérisseurs utilisant comme seul médicament la combinaison a foi et amour». En Belgique, nous avons « Antoine » pour qui l'amour découle de la foi. Antoine, le guérisseur, c'est le titre sous lequel il est le mieux connu, a ses disciples, ses croyants. Comme ses prédécesseurs et ses contemporains, il a connu les succès et les insuccès ; comme eux, il a ses admirateurs et ses détracteurs et cela suffit pour démontrer que ses idées sont personnelles, qu'il ne craint pas de vivre conformément à ses croyances et de partager son savoir avec ses semblables.

 

 

La Revue des grands procès contemporains évoque le procès de l’auteur G.A. Mann :

    Vous ne pourrez pas, vous ne voudrez pas condamner un système que vos experts ne connaissent pas, qui leur échappe parce que leurs traditions ne leur permettent pas d'en proclamer les effets, un système qui, malgré les dogmes de l'école, a amené des résultats tels que des incurables ont été guéris. Que m'importe si ces incurables sont des imaginaires ! Plus souffrants encore que d'autres, il leur a suffi d'une heure de foi bienfaisante, foi mystique ou crédulité quelconque, pour établir et installer dans leur organisme cérébral et nerveux un état de repos absolu capable de chasser les influences morbides et les excitations maladives.
    Et tenez ! je reçois à l'instant, dans cet ordre d'idées, un document d'actualité qui trouve ici sa place : c'est le Matin de ce jour même. Permettez-moi d'analyser l'article que peut-être déjà vous avez parcouru : « La Belgique possède une nouvelle religion. Une pétition de 160.000 signataires demandent la reconnaissance d'un culte. Il provient des disciples d'Antoine le Généreux, un homme doué d'un pouvoir guérisseur extraordinaire et qui, dit-on, a rendu la santé à des milliers de malades. Les adeptes se comptent par centaines de milliers ; ils considèrent cet homme comme un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité... »
    Un député interrogé par le rédacteur déclare :

    Jamais pétition aussi importante n'est parvenue à notre Chambre ; presque tous les adhérents du culte antonin sont des gens estimés, et il y a parmi eux beaucoup d'hommes cultivés : professeurs, médecins, etc. Des milliers d'attestations de guérisons sont jointes à la pétition. Des médecins réputés en ont signé plusieurs. Nous ne pouvons donc pas traiter légèrement un mouvement de cette importance qui persiste et progresse depuis plus de 20 ans, d'autant plus que la personnalité de son chef est digne de respect.

    Traiterez-vous, vous magistrats soucieux des intérêts privés, une telle question à la légère ? Le cas de M. Mann, toutes proportions gardées, est analogue à celui d'Antoine le Généreux. Son ambition est moins vaste ; il ne songe point à fonder une religion, comme Antoine ou comme Mrs. Eddy, fondatrice de la « Christian Science », secte qui rejette les secours médicaux et prétend que la foi seule suffit à triompher de toutes les maladies qui affligent le genre humain, Mrs. Eddy dont les Journaux nous annoncent la mort; il songe uniquement à utiliser son pouvoir et ses connaissances pour le service de ses concitoyens, libres d'ailleurs de s'adresser ou non à lui. Il ne s'agit pas ici de Lourdes, du tombeau de Saint-Louis, de neuvaines, de miracles réalisés par l'effort d'une foi exacerbée. Il s'agit d'une foi plus simple, d'ordre physiologique plus contrôlable, et qu'on ne veut pas contrôler, parce qu'il est plus simple sinon plus cruel de la supprimer. C'est la foi d'ordre physiologique dont les effets sont assimilables à ceux des globules homéopathiques, à la mie de pain dont Bottey se servit pour guérir un paralytique, au protoxyde d'oxygène, aux eaux minérales, aux potions fulminantes d'eau pure ; procédés empiriques qui n'agissent que par l'auto-suggestion, procédés psychiques qui, combinés avec l'exercice d'une méthode neuve et réelle, produisent d'efficaces résultats. 
    Il importe donc de respecter ici les limites de l'article 405 et d'éviter les entraînements de l'arbitraire. Il me parait impossible d'en appliquer ici les éléments caractéristiques sans affirmer : 1° que Mann a employé des moyens ou procédés frauduleux ; 2° qu'il les a employés sachant qu'ils n'étaient que frauduleux et qu'ils ne pouvaient avoir d'autres effets que de dépouiller des malades abandonnés.

LE MAGNÉTISME ET L'ESCROQUERIE. - L'AFFAIRE MANN. - Tribunal correctionnel de la Seine (10e Chambre). - Réquisitoire de M. le Substitut Tortat. - Plaidoirie de Me Cornet
(Revue des grands procès contemporains, 1911, p.249)

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Antoine le Guérisseur (Le Rappel, 19 février 1909)

Publié le par antoiniste

Antoine le Guérisseur (Le Rappel 19 février 1909)

CARNET DU LIBRE PENSEUR

On a perdu la dent
              de Sainte Appoline

    Il existe toute une collection de saints qui se sont fait chacun une spécialité dans l’art de guérir les maux dont notre pauvre humanité est affligée ; et, plus sages que les médecins de la terre, leurs confrères, les morticoles du Paradis évitent soigneusement de se faire concurrence. C’est ainsi que saint Roch guérit les maux de jambes, que saint Mayol rend la raison aux fous. Il en est même que les femmes qui ont perdu tout espoir de connaître les joies de la maternité n’invoquent pas en vain, surtout si leur culte est célébré par quelque curé de campagne bien portant et solide au poste.
    Plus modestes sont les vertus de sainte Apolline, dont c’était la fête il y a quelques jours. La spécialité de cette sainte est de guérir les maux de dents, et il fut un temps où les bourgeois de Bruxelles en Brabant, qui avaient les molaires douloureuses, ou qui avaient des canines un peu longues contre leurs belles-mères, se rendaient en foule à l’église des Augustins, où l’on conservait pieusement une dent authentique – oh ! combien – de cette sainte ignorée mais bienfaitrice de l’humanité.
    Ils s’agenouillaient devant l’autel, raconte notre confrère la Gazette de Bruxelles, ouvraient une large bouche, et le prêtre de service au prix d’une légère offrande – naturellement ! – leur frottait à la file la bienfaisante relique sur les gencives, les perles et les chicots avariés. Ils rentraient chez eux guéris de toute douleur pour le moment et préservés pour l’année entière.
    L’église des Augustins a disparu, et l’on se demande, dans les milieux bien pensants, ce qu’est devenue la précieuse dent ! Supposer que les dentistes bruxellois l’aient fait disparaitre, ce serait outrager leur piété... On redemande la dent de sainte Apolline pour le soulagement public, n’en déplaise aux gens dégoûtés.
    On la retrouvera certainement un de ces jours, car les gens d’église ne laissent jamais disparaître les reliques dont ils tirent profit. J’ai récemment cité des exemples qui prouvent qu’ils savent au contraire les multiplier outre mesure.
    On retrouvera la dent de Sainte Apolline, et tout comme cet Antoine qui assure la guérison aux pèlerins qui le viennent visiter en sa chapelle de Jemmeppes-sur-Meuse, ainsi que le raconte un de nos confrères, elle opèrera des guérisons comme par le passé. La foi, qui engendre la crédulité, a un avantage sur notre scepticisme, c’est de rester toujours jeune et naïve, ce qui a fait dire avec raison du Christ qui s’y connaissait : « Bienheureux les pauvres d’esprit ! » P. G.

Le Rappel, 19 février 1909

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