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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal (Bulletin 1974)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier, romancier

Le 18 octobre 1974, des amis de Robert Vivier se sont réunis à la Bibliothèque Royale Albert Ier pour fêter l'auteur de Chronos rêve à l'occasion de son 80e anniversaire. M. Roger Brucher introduisit cette amicale séance d'hommage ; M. Roger Foulon, Président de l'Association des Écrivains Belges, célébra Vivier poète ; enfin M. Albert Ayguesparse, Directeur de l’Académie, évoqua le romancier dans une allocution que nous publions ici.

 

[…]

    Le tissu des romans de Robert Vivier, faut-il le dire ? est le tissu de la vie de tous les jours, ourdi de détails quelque peu terre à terre, de péripéties en apparence insignifiantes mais dont le poids, si léger qu'il soit, agit sur le cours lent du récit. De fait, Robert Vivier est un écrivain intimiste, et il le reste paradoxalement jusque dans Délivrez-nous du mal, cette vie romancée du père Antoine, de ce guérisseur de la région liégeoise dont il a relaté l'étonnante aventure avec une curiosité qu'il ne songe guère à dissimuler.

    La parution de Délivrez-nous du mal, en 1936, constitue à mes yeux un événement assez inattendu dans l'œuvre de Robert Vivier. Le père Antoine, voilà bien un personnage qui sort de l'ordinaire, de la moyenne humaine, du gabarit propre aux héros du roman populiste. Il se dit détenteur du prestigieux pouvoir de guérir et, pourquoi le nier ? il est entouré d'une aura d'ambiguïté. A première vue, rien vraiment ne pouvait laisser prévoir que Robert Vivier pût s'attacher à pareil type d'homme. La manière de légende populaire qui entoure cet ancien ouvrier métallurgiste, l'émotion qu'il suscite en créant une secte religieuse « les Vignerons du Seigneur », ses pratiques de thaumaturge, tout, chez Louis Antoine, appelé d'abord le Généreux, puis le Guérisseur, et à qui l'on finit par donner le nom de Père, tout semble en contradiction évidente avec les théories que professe Robert Vivier à propos de la création romanesque. Et pourtant, cela ne l'empêchera pas d'écrire un livre dont l'ampleur et le lyrisme tempéré, mais soutenu, font songer par endroits à une fresque déployée autour d'un personnage qui, malgré sa renommée grandissante, ne posa jamais au messie. En dépit des apparences, c'est l'humanité du père Antoine qui a séduit Robert Vivier, plus que le destin hors-série que semble être la vie d'Antoine le Guérisseur. En racontant l'histoire de ce fondateur d'une nouvelle religion, c'est au premier chef l'histoire d'un homme qu'il raconte, l'histoire d'un homme très simple, issu du peuple, et qui resta proche du peuple, bien qu'il se crût investi d'une puissance et d'une mission surnaturelles.

    Robert Vivier, enfant, fut sans doute intrigué par quelque temple de briques fréquenté par une poignée de fidèles, comme je fus moi-même intrigué par le petit sanctuaire que ceux-ci édifièrent dans ma commune, au sud de Bruxelles. Robert Vivier entendit parler de l'antoinisme, de cette aventure insolite qui prit dans plusieurs régions de Wallonie le visage d'une religion, et cet événement singulier fit son chemin en lui et revêtit les couleurs d'une passionnante expérience humaine. Pour composer la vie romancée du père Antoine il fallait, au départ, un instinct de faiseur de romans, mais aussi une complicité sentimentale doublée d'une générosité secrète et agissante. Par le plus heureux des hasards, ces éléments disparates se trouveront rassemblés. Élargissant le cadre de cette biographie romancée, Robert Vivier s'est attaché à décrire, autour du père Antoine, le peuple des mineurs et des métallurgistes du pays de Liège au siècle dernier, tout un monde de travailleurs dont l'intelligence pour les choses de la mine, du fer et du verre est universellement réputée.

    Fidèle à ce qu'il appelle tantôt la « vérité des moyennes », tantôt « le réalisme des moyennes humaines », Robert Vivier observe avec une sorte de connivence fraternelle les ouvriers de son pays, les soldats des tranchées, les gens du peuple promus, par son génie créateur, au rang de personnages romanesques. Il nous introduit de plain-pied dans leur existence même et fait jouer comme sous nos yeux les ressorts les plus cachés de leur vie. Que cette vie soit d'apparence banale, qu'importe ! Ce qui compte pour ce peseur d'âmes, c'est la nature et la forme du bonheur dont rêvent ses personnages. Dans la solitude des jours de pluie, dans la boue du front, dans l'ennui d'une existence manquée ou mesquine, cet appétit de bonheur, si ténu qu'il soit, constitue, avec l'idée du temps qui passe, un autre thème majeur de l'œuvre de Robert Vivier. […]

 

Post-scriptum d'une lettre de Robert Vivier à Albert Ayguesparse.

    Permettez-moi, sur le terrain des faits, de préciser un peu ce que vous dites des raisons qui auraient pu m'amener à écrire une vie du Père Antoine.

    Au cours d'une conversation avec André Thérive, qui s'était intéressé aux adeptes parisiens du Père à l'occasion de son roman Sans âme, j'avais dit qu'un de mes professeurs à l'athénée de Liège se trouvait être Delcroix, l'un des principaux disciples du Guérisseur. « Vous avez connu Delcroix ? me dit Thérive. Vous connaissez donc l'antoinisme ? Pourquoi n'écririez-vous pas une vie du Père ? » Il songeait à une collection qui devait s'appeler « les Grands Illuminés ». Celle-ci s'arrêta après deux volumes parus, mais lorsqu'un an plus tard j'eus terminé mon enquête et mon livre, Thérive présenta le manuscrit aux éditions Grasset, et c'est sur rapport de Gabriel Marcel que celles-ci en décidèrent l'édition. Je n'étais pas un inconnu pour la maison de la rue des Saints-Pères, ayant reçu l'année d'avant, pour Folle qui s'ennuie... (paru chez Rieder), le prix Albert Premier, fondé à Paris à l'initiative de Grasset.

    J'ajouterai que je ne connaissais que très superficiellement l'antoinisme lorsque j'eus ainsi l'idée de le prendre pour sujet d'un livre. Mais je fus aidé par un second hasard, c'est que j'avais eu pour bon camarade le fils du professeur Delcroix. Il m'introduisit dans les milieux où l'antoinisme s'était développé et où les souvenirs étaient encore frais. Pendant six mois, j'allai fréquemment dans la région de Seraing et de Mons-Crotteux, village natal du Père, j'interrogeai beaucoup de gens, j'interrogeai aussi les paysages, et je me souvins aussi de ce que mon enfance de fils d'ingénieur et plus tard les fréquentations et camaraderies de la vie aux tranchées m'avaient appris de la vie ouvrière du pays de Liège.

Robert VIVIER

 

Bulletin de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Française,
Bruxelles, Tome LII - n°3-4, année 1974, p.283-285 & p.287-288

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La Mère (La Matin, 30 juin 1913)

Publié le par antoiniste

La Mère (La Matin 30 juin 1913)

 

APRÈS LA “DÉSINCARNATION”
D’ANTOINE LE GUÉRISSEUR....

LA “MÈRE”
qui succède à l’apôtre défunt
n’a point réussi de miracle

La foi des antoinistes réunis à Jemeppe-sur-
Meuse n’en est pas ébranlée

    Des fêtes antoinistes ont été célébrées hier à Jemeppe-sur-Meuse, en Belgique, à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Antoine.
    Il y a eu en effet un an mercredi dernier qu’est mort le visionnaire fameux, dont le renom est considérable tant en Belgique qu’à l’étranger : Antoine le Guérisseur.
    Cet homme, à qui son regard fulgurant et sa barbe de fleuve donnaient l’aspect d’un des anciens prophètes d’Israël, exerçait sur la plupart des gens qui l’approchaient un ascendant extraordinaire.
    Il disait posséder la révélation de la vérité. Il passait pour opérer, par le seul pouvoir de sa volonté, des guérisons miraculeuses.
    De tous côtés de pauvres gens s’adressaient à lui pour obtenir, par son intervention puissante et mystérieuse, la fin ou l’adoucissement de leurs maux. Et le culte antoiniste compta des adeptes un peu partout...
    Le 25 juin 1912, Antoine le Guérisseur mourait, ou plutôt, pour employer le vocabulaire des antoinistes, il se désincarnait.
    Mais l’antoinisme ne mourut pas avec Antoine, et le temple édifié à Jemeppe continue à être le centre d’un mouvement intense, centre où parviennent chaque jour, sous forme d’un courrier formidable, les plaintes et les vœux de l’humanité malheureuse.
    C’est qu’Antoine avait pris une sage précaution pour assurer la pérennité de son œuvre.
    Quand il fut sur le point de mourir, il fit savoir à ses disciples que sa femme lui succéderait, qu’elle pourrait s’assimiler à son fluide éthéré et il la chargea de recueillir et de lui transmettre les désirs des antoinistes.
    C’est en vertu de cette désignation que la veuve du guérisseur guérit à son tour, ou, du moins, s’y applique.
    Pour célébrer l’anniversaire de la désincarnation d’Antoine, celle qui fut sa femme conviait les antoinistes du monde entier à se rendre, mercredi dernier, à Jemeppe-sur-Meuse : elle annonçait que les malades obtiendraient de grandes guérisons.
    Les antoinistes vinrent au nombre de plusieurs milliers. La Belgique, les Pays-Bas, certaines provinces du nord de la France fournirent le gros de cette armée singulière, Paris, qui compte quatre ou cinq groupes antoinistes, avait, pour sa part, envoyé environ cent-cinquante pèlerins. L’empressement de tous ces pieux voyageurs était tel que plusieurs centaines d’entre eux, tout à leurs religieuses pensées, remirent, en arrivant à la gare de Jemeppe, leur ticket de retour en même temps que leur billet d’aller – ce qui détermina une belle confusion quand il fallut repartir.
    Tous aussi croyants – d’une foi qui leur fait non pas soulever des montagnes, mais passer des frontières, ce qui est déjà bien – les antoinistes ne sont pas tous également fervents.

L’uniforme antoiniste
    Les plus zélés suivent les recommandations du père Antoine à la lettre. C’est ainsi qu’ils s’imposent le port d’un costume disgracieux, dont le guérisseur fixa la couleur et la coupe : c’est, en serge noire, un vêtement sans nom, qui réalise une manière de compromis entre la soutane des prêtres maronites et la redingote de certains pasteurs américains ; comme coiffure, un « gibus » qui rappelle, avec moins d’ampleur, l’antique « bolivar », que nous pouvons voir, sur de vieilles gravures, couvrir le chef vénérable de nos arrière-grands-pères.
    Dans cette foule, il ne se trouva qu’un « esprit fort », et il n’avait certes point lu le chapitre de La Bruyère : c’est un joli bambin d’une dizaine d’années ; ses parents l’avaient trainé à Jemeppe pour le faire guérir de je ne sais quelle affection nerveuse ; arrivé devant le temple du guérisseur, le moutard refusa énergiquement d’entrer, et il se mit à pousser des hurlements tels que son antoiniste de père dut renoncer à le soumettre aux « opérations ».
    Les « opérations » sont cependant moins effrayantes au temple antoiniste que dans les salles de nos hôtels-Dieu.
    C’est la Mère qui procède. La Mère, c’est la veuve d’Antoine, lequel n’est désigné par les antoinistes que sous le vocable le Père.
    Les fidèles se tassèrent dans le temple. Dans le silence qui précède les grands événements, ils attendirent, regardant devant eux une tribune étroite et longue, sur le bord de laquelle était peint – blanc sur fond noir – l’arbre de la vie, symbole de l’antoinisme. Devant la tribune principale, quelques mètres plus bas, une autre tribune, plus petite.
    Au bout d’une demi-heure d’attente, un grand diable barbu et chevelu, avec les yeux perdus qu’on prête aux nihilistes russes, apparut sur la tribune la moins élevée et resta là, sans mot dire, le regard dans le vide.
    – C’est notre frère Deregnaucourt, me dit-on.

Voici la Mère !
    Le frère Deregnaucourt attendit... L’assismille antoiniste, l’héritier présomptif. Je veux dire que, ainsi que la Mère a remplacé le Père, il remplacera la Mère le jour où celle-ci se désincarnera à son tour.
    Le frère Deregnancourt attendit... L’assistance était haletante et recueillie. Seule, la béquille d’un infirme, en tombant sur le plancher, troubla un instant le silence.
    Mais soudain on entendit le tintement aigrelet d’une sonnette. Tous les pèlerins se dressent, d’un seul élan. C’est la Mère qui apparaît. Elle est sur la tribune. Toute blanche dans ses vêtements noirs, elle regarde vers le plafond, en se tordant les poignets... Avec un peu de bonne volonté, on peut retrouver dans l’expression de son visage l’air fatal et inspiré des anciennes sibylles... Cinq minutes, elle reste là, le regard fixe, les poings crispés... Puis elle s’en va... C’est fini. Les fidèles se retirent.
    C’est là l’opération annoncée. La mère dut la recommencer cinq fois, chaque fois devant cinq à six cents personnes.
    On avait aussi promis des guérisons. Mais c’est une autre affaire. J’ai vu sortir aussi claudicants les gens que j’avais vus entrer en boitant, et les rhumatisants ne m’ont pas paru plus alertes après l’opération qu’avant. Ce sera sans doute pour plus tard.
    Après les opérations, les antoinistes ont fait un pieux pèlerinage à travers le jardinet où, tout en repiquant ses salades et en échenillant ses choux, le père Antoine sentit naître sa vocation de Christ nouveau...
    Les fêtes antoinistes ont recommencé hier. Les fidèles, en cortège, conduits par la mère et le frère Deregnaucourt, ont fait le parcours que fit, il y a un an, la dépouille funèbre du guérisseur, de la maison au cimetière.

La Matin, 30 juin 1913

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Funérailles du prétendu guérisseur (La Liberté, 2 juillet 1912)

Publié le par antoiniste

La Liberté, 2 juillet 1912

 

PETITE GAZETTE

Funérailles du prétendu guérisseur

    Antoine le Guérisseur, que ses adeptes appelaient aussi Antoine le Généreux, a été inhumé dimanche dans la localité où il exerçait sa mission et son culte, à Jemappes-sur-Meuse, province de Liége. Aux « antoinistes » du pays étaient venus se joindre nombreux des membres des autres communautés de Belgique.
    Le corps du défunt, qui avait été exposé plusieurs jours dans le temple ou il préchait et imposait les mains aux malades, a été accompagné au cimetière par un cortège évalué à quinze mille fidèles, pauvres superstitieux, dont beaucoup donnaient les signes de la plus vive douleur. Le cercueil, porte par douze hommes de la communauté, était précédé d’un tronc d’arbre figurant l’arbre de la science du bien et du mal, que portait l’an des plus qualifiés adeptes de l’antoinisme, M. Delcroix, libéral, professeur à l’athénée de Liége.
    Ainsi qu’Antoine l’avait prescrit, ses restes ont été enterrés dans la fosse commune.

La Liberté, 2 juillet 1912

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Gustaaf Vermeersch - Antoine le Guérisseur (1910)

Publié le par antoiniste

Titre : Antoine le Guérisseur (in Klosjes, klosjes... en andere verhalen)
Auteur : Gustaaf Vermeersch
Édition : Vlaamse pockets nr 143 (Hasselt, Uitgeverij Heideland) 1964

 

 

ANTOINE LE GUERISSEUR

 

DE mensen weten niet wat er in hun land omgaat, ze kennen de dansprocessie van Echternach, doch die van Jumet is hun onbekend - beide zijn weliswaar niet eender en men moet vroeg kunnen opstaan en een goede voetganger zijn om de plaats gezegd la terre à danse, gelegen tussen Vièsville en Gosselies, op het gestelde uur te kunnen bereiken. Toch is de processie van Jumet, die een ronde haalt van verscheidene uren (Jumet-Roux-Courcelles-Vièsville-Gosselies-Jumet), merkwaardig genoeg, hoewel ze niet op gans haar doortocht, doch slechts op dat vierkant stuk grond, la terre à danse, begint te dansen.

    Aldus zijn hier de santen en Christussen van Engeland en Amerika overbekend, doch onze sant, Antoine le Guérisseur, in ‘t Vlaams Antoine den Heeler, heeft nog de eer niet gehad, geloof ik, in enig blad van het land zijn naam vermeld te zien.

    Hij heeft echter de dagbladpers niet nodig om de roep van zijn faam te verspreiden; het gerucht van de wonderen die hij verricht overstroomt het land en ook kleine briefjes waarin beknopt over Antoine en over zijn godsdienst wordt gehandeld.

    Onlangs bereikte een van deze briefjes mijn afgelegen dorp en mijn aandacht werd aldus opnieuw getrokken op Antoine den Heeler, want het briefje was opgesteld in de Vlaamse taal.

    Ik zeg opnieuw, want ik kende de roem van Antoine sedert lang.

    Doch deze maal besloot ik af te reizen naar Jemeppe-sur-Meuse. Ik kwam daar aan om ongeveer halftien - juist om tien uur begint het ceremonieel. Onnodig de weg te vragen: reeds bij ‘t verlaten van de trein vormt zich werktuiglijk een hele stoet bedevaarders, zieken en gebrekkigen van allerlei soort en kunne, begeleid door gezonden, wandelen de zwarte straat op

    En, evenals overal waar bedevaarten voorbijtrekken, is de weg omzoomd door bedelaars, oude en jonge, blinde, manke, verminkte, ongeneesbare. Het schouwspel van deze lieden doet me twijfelen aan de kracht van de wonderdoener: de lieden komen van heel verre om genezing, en hier dicht bij hem zijn er zovele zieken, lammen, kreupelen... hoe wil hij die rond zich zien? Waarom geneest hij ze niet al ware ‘t maar als reclame?

    Doch de wonderdoener is barmhartig, hij ontneemt niemand zijn brood. Ziek of gebrekkelijk zijn is de stiel van deze lieden, hun broodwinning, het brengt hun op om te leven, ze hebben er geen belang bij te genezen, integendeel. En bovendien kunnen ze het gemoed der bedevaartgangers vermilderen, hen in de gelegenheid stellen een liefdedaad te plegen, iets dat de verdiensten altijd verhoogt, ook draagt hun aantal ertoe bij om de roem van de wonderdoener te verhogen en het geloof in hem te versterken; immers, ze wijzen op het feit dat zij kunnen leven door de mildheid alleen der dagelijkse bedevaartgangers, want de grillig, hoekige en hobbelige weg was met deze laatsten bezaaid!

   Stom en tragisch in hun ellende sleepten ze voort hun zieken en hun kinderen en soms ook nog zichzelf, uitgeput door de vermoeienis van een lange reis.

    Aan de hoek van een straat een nieuw huis en daaraan gebouwd een groter gebouw. Daar zie ik de mensen binnentrekken, ik kijk wat verbaasd: een tempel, de tempel van les Vignerons du Seigneur.

    Ik treed binnen, voel mij onthutst, ja, dat is het echte woord - en die onthutsing heb ik nog niet van mij kunnen krijgen; dat ontstaan van een nieuwe godsdienst lijkt ons, twintigste-eeuwers, zo vreemd, onthutsend... de zekerheid van die mensen dat ze het rechte pad gevonden hebben dwingt ons, twijfelaars, enige bewondering af, maar meer nog verbazing; wij hebben immers niet het geloof, we kunnen niet begrijpen, de grondvesten van dit gebouw ook schijnen ons zo wankelbaar...

    Ik heb mij neergezet in de tempel en kijk rond. De tempel is naakt, geen beelden noch gelijkenissen. In de grond van de zaal is de wand zwart en daar staat in witte letters de grondregel neergeschreven van de nieuwe godsdienst: Révélation de l’auréole de la conscience.

    Un seul remède peut guérir l’humanité: la Foi; c’est de la Foi que naît l’amour, l’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même...

    Vóór dit bord staat een verhoog en vóór dit verhoog een tweede, lager, als een bidstoel; de naakte wanden zijn met een galerij omgeven. Alles is nieuw, het gebouw wordt verwarmd door middel van stoom, verlicht met elektrische gloeilampen, zeer modern.

    Rondom mij een bont gewemel dat steeds aangroeit, de tempel vult zich. Vóór en achter mij Flaminds, zij mengelen er Leuvens, Tongerens enz. dooreen. Nevens mij een juffrouw die reeds uit Frankrijk komt en mij de wonderen verhaalt van de Guérisseur. Ze wees op haar eigen moeder, door alle geneesheren verlaten, die nu reeds in staat is zelf de bedevaart te doen na jarenlang te bed te hebben gelegen. Achteraan stond een vrouw genezen die sedert jaren met krukken liep; die genezingen waren niet te tellen.

    Rondom mij zuchtte men vol hoop en suste de wegkwijnende, geelzuchtige kinderen die jammerlijk huilden, halve doden rechtten zich een ogenblik en volgden met hoop in de blikken een soort suisse die gestadig rondwandelde.

    Tussen de ruggen door van uitgemergelde of uitgekinderde vrouwen zag ik hoe de tempel zich vulde met een zeer verscheiden menigte: officieren in dienstkledij, spoorwegmannen van allerlei graad, dames uit de hoge wereld en toeristen die ik, vóór mijn vertrek, in Brussel gezien had.

    Doch daar treedt uit een poortje, in de linkerwand aangebracht, een man gekleed als een Engelse pastoor, doch met grote neervallende knevels. Dit is Antoine le Père niet, verzekert me de juffrouw, nevens mij. Antoine draagt lang haar en volle baard, evenals Christus. Hij eet nooit vlees, eieren, melk, noch iets wat van dieren voortkomt, hij is volledig vegetariër en leeft opgesloten in eenzaamheid.

    De man heeft zich neergezet achter een soort bidstoel en laat de blikken dolen over de menigte. Hij spreekt de mensen aan: mes frères, slaat enige bladen geel papier om en leest luide, de aanstaande komst aankondigend van Notre Père die op het verhoog zou verschijnen een korte wijle, om tien ure. Hij vervult de rol van Johannes de Doper. De vader, zegt hij nog, komt er een ogenblik zich afzonderen en allen die iets te vragen hebben bekomen voldoening, innerlijk moet men de vraag stellen.

    Van tijd tot tijd herhaalt hij dit, allen zullen voldoening bekomen. Hij voegt erbij dat de Guérisseur niet meer afzonderlijk ontvangt; een dame vervangt hem, wie in hem vertrouwt bekomt evengoed voldoening door deze vrouw.

    Een paar vrouwen in ‘t zwart gekleed, bijzondere kledij, wandelen tussen de lieden en maken kond dat de Révélation du Guérisseur te bekomen is nevens de tempel.

    Doch daar is het uur: de deur gaat open, Antoine komt binnen, iedereen staat recht. Hij stapt met veerkrachtige tred naar het verhoog. Een dichte haartooi, peper en zout, daalt hem over de schouders, zijn gezicht is dicht met baard bewassen, hij heeft het uitzicht van een aartsvader, zoals die op oude prenten staan afgebeeld.

    Midden op het verhoog blijft hij rechtstaan, richt zijn blikken star in de hoogte. Na een tijdje strekt hij de hand uit over ‘t midden van de zaal, vervolgens links, daarna rechts, zeer traag en met statig gebaar.

    Daarop trekt hij weg.

    ‘Broeders,’ zegt de voorloper, ‘gij hebt allen voldoening bekomen!’

    Hiervan schijnen er velen niet overtuigd, ze scharen zich links, tegen een deur waarachter de dame zit die optreedt in ‘Zijn’ naam. Een van de priesteressen komt deze mensen verzekeren dat zij bij dit bezoek geen voordeel kunnen halen, dat het slechts voor dezen is die te laat komen. Al de aanwezigen hebben voldoening bekomen, daar valt niet over te praten, blijkt dit niet onmiddellijk dan zal het blijken binnen een uur, een dag, maar toch zal het blijken.

    Die arme drommels laten zich niet overtuigen, ik ook niet. Na een beetje wachten word ik binnengeleid. Een klein kamertje, zwart bord op de tegenovergestelde muur, zelfde lering als in de tempel; een lange, grijze, magere vrouw gekleed met het bijzonder kostuum staat er recht.

    Ze vraagt of ik sedert lang de wens koesterde te komen, ‘k geef een vaag antwoord. Ze draait en wringt, als bemerkt ze iets in de tegenovergestelde hoek, ik keer me werktuiglijk om, maar zie niemendal. Ik wens te weten, vraag enige inlichtingen over een bijzonder geval. Niets gekort: het brave mens antwoordt maar steeds: ‘Ayez confiance en lui, le Père, appelez-lui en aide partout et toujours, il vous aidera.’

    Onder ‘t spreken schijnt ze gestadig iets te zoeken in die hoek, alsof haar antwoord gedicteerd stond in een voor mij onzichtbaar schrift.

    ‘k Zie dat aandringen nutteloos is en ik neem afscheid van het brave mens – ‘t ziet er mij een heel goede ziel uit - ze reikt me de hand.

    Nevens de tempel koop ik het zwarte boek, gedrukt met heel grote letters; Culte Antoiniste, is de titel, révélation par Antoine le Guérisseur.

    Ik sla het boek open en zie dat Antoine God aanroept, zijn volgelingen echter zeggen: ‘Appelez lui, le Père, le Guérisseur.’ ‘Alzo,’ dacht ik, ‘ontstaan de afwijkingen...’

 

Uit De Week, 5 november 1910, p. 1-2.

 

Traduction :

    LES gens ne savent pas ce qui se passe dans leur pays, ils connaissent la procession dansante d'Echternach, mais ils ne connaissent pas la procession de Jumet – les deux ne sont pas les mêmes et il faut pouvoir se lever tôt et être un bon piéton pour atteindre le lieu appelé la terre à danse, situé entre Viesville et Gosselies, à une heure déterminée. Pourtant, la procession de Jumet, qui fait un tour de plusieurs heures (Jumet-Roux-Courcelles-Viesville-Gosselies-Jumet), est assez curieuse, bien qu'elle ne soit pas dansée sur tout son passage, mais seulement sur la terre à danse, ce carré de terrain.
    De la même façon, on connaît ici les Saints et les Christs d'Angleterre et d'Amérique, mais notre Saint, Antoine le Guérisseur, en flamand Antoine den Heeler, n'a pas encore eu l'honneur, je crois, de voir son nom mentionné dans aucun magazine du pays.
    Cependant, il n'a pas besoin de la presse quotidienne pour répandre l'appel de sa gloire ; la rumeur des miracles qu'il accomplit inonde le pays et aussi de petites notes traitant brièvement d'Antoine et de sa religion.
    Récemment, l'une de ces notes est parvenue dans mon village éloigné et mon attention a de nouveau été attirée sur Antoine le Guérisseur, parce que la note était écrite en langue flamande.
    Je dis de nouveau, parce que je connaissais la renommée d'Antoine depuis longtemps.

    Et cette fois, j'ai décidé de me rendre à Jemeppe-sur-Meuse. J'y suis arrivé vers dix heures et demie – la cérémonie commence à dix heures du soir. Inutile de demander le chemin : déjà à la sortie du train, tout un cortège de pèlerins, malades et infirmes de toutes sortes et de tous sexes, accompagnés de personnes en bonne santé, se forment sur la rue noire.
    Et, comme partout où passent les pèlerinages, le chemin est bordé de mendiants, vieux et jeunes, aveugles, boiteux, mutilés, incurables. Le spectacle de ces gens me fait douter de la puissance du faiseur de miracles : les gens viennent de loin pour guérir, et ici près de lui il y a tant de malades, de boiteux, de paralysés.... Comment ne peut-il les voir autour de lui ? Pourquoi ne les guérit-il pas en gage de publicité ?
    Mais le faiseur de miracles est miséricordieux, il ne prend le pain de personne. Être malade ou déficient, c'est le style de vie de ces gens, c'est leur gagne-pain, c'est leur donner vie, ils n'ont aucun intérêt à guérir, bien au contraire. Et en outre, ils peuvent réduire l'humeur des pèlerins, leur donner l'occasion de leur donner l’occasion de commettre un acte d'amour, ce qui augmente toujours leurs mérites, et aussi aider à augmenter la gloire du faiseur de miracles et à renforcer la foi en lui ; après tout, ils soulignent le fait qu'ils ne peuvent vivre que de la bonté des pèlerins quotidiens, car la route capricieuse, anguleuse et cahoteuse en était toute parsemée !
   Stupides et tragiques dans leur misère, ils ont traîné leurs malades et leurs enfants et parfois même eux-mêmes, épuisés par la fatigue d'un long voyage.
    Au coin d'une rue, une maison neuve et un bâtiment plus grand ont été construits. Là, je vois les gens entrer, j'ai l'air un peu surpris : un temple, le temple des Vignerons du Seigneur.
    J'entre, je me sens déconcerté, oui, c'est le vrai mot – et je n'ai pas encore réussi à me détacher de cette confusion ; cette création d'une nouvelle religion nous semble, au XXe siècle, si étrange, déconcertante... La certitude de ces gens qu'ils ont trouvé le bon chemin nous oblige, sceptiques, à un peu d'admiration, mais encore plus d'étonnement ; car nous n'avons pas la foi, nous ne pouvons pas comprendre, les fondations de cet édifice nous semblent aussi si instables....
    Je me suis placé dans le temple et j'ai regardé autour de moi. Le temple est nu, sans images ni ressemblances avec aucun autre. Au niveau du sol de la pièce, le mur est noir et de là, en lettres blanches, la règle de base de la nouvelle religion est écrite : Révélation de l’auréole de la conscience.
    Un seul remède peut guérir l’humanité : la Foi ; c’est de la Foi que naît l’amour, l’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même...
    Devant cette plaque, il y a une tribune et devant elle une deuxième, plus basse, comme une chaire de prière ; les murs nus sont entourés d'une galerie. Tout est neuf, le bâtiment est chauffé à la vapeur, éclairé par des ampoules électriques, très moderne.
    Tout autour de moi, un essaim coloré qui grandit tout le temps, le temple se remplit tout seul. Avant et derrière moi des Flamands, s’attroupent des gens de Louvain, de Tongres, etc. A côté de moi, une enseignante qui vient même de France et me raconte les miracles du Guérisseur. Elle a montré du doigt sa propre mère, abandonnée par tous les médecins, qui est déjà capable de faire le pèlerinage elle-même après avoir été alitée pendant des années. À l'arrière, se tenait une femme qui marchait avec des béquilles depuis des années.
    Autour de moi, ils soupiraient d'espoir, et les enfants languissants, au teint jaunis, qui pleuraient misérablement, à moitié morts se redressèrent un instant, et avec de l'espoir dans les yeux, ils suivaient une sorte de garde suisse qui marchait sans cesse.
    Entre les dos de femmes émaciées ou enfantines, j'ai vu comment le temple était rempli d'une foule très diverse : officiers en tenue de service, cheminots de tous grades, dames du haut monde et touristes que j'avais vus à Bruxelles avant mon départ.
    Mais là, par une petite porte dans le mur gauche, un homme vêtu en curé anglais, mais avec une grosse moustache tombante. Ce n'est pas Antoine le Père, m'assure la dame, à côté de moi. Antoine a les cheveux longs et la barbe pleine, comme le Christ. Il ne mange jamais de viande, d'œufs, de lait, ni rien provenant d'animaux, il est complètement végétarien et vit confiné dans la solitude.
    L'homme s'est placé derrière une sorte de chaire de prière et passe en revue du regard la foule. Il s'adresse aux gens : mes frères, retourne quelques feuilles de papier jaunes et lit à haute voix, annonçant la venue de Notre Père qui apparaîtra sur l'estrade un peu plus tard, à dix heures. Il remplit le rôle de Jean-Baptiste. Le père, dit-il, vient un moment pour se recueillir, et tous ceux qui ont quelque chose à demander obtiennent satisfaction, il faut se poser la question en soi.
    De temps en temps, il le répète, tout le monde sera satisfait. Il ajouta que le Guérisseur ne recevait plus séparément ; une dame le remplaçait, et quiconque lui faisait confiance obtenait aussi satisfaction de cette femme.
    Quelques femmes, vêtues de noir, vêtues de vêtements spéciaux, marchent parmi les gens et annoncent que la Révélation du Guérisseur est disponible à côté du temple.
    Enfin c’est l'heure : la porte s'ouvre, Antoine apparaît, tout le monde se lève. Il avance à un rythme soutenu jusqu'à la tribune. Des cheveux denses, poivre et sel, tombent sur ses épaules, son visage est couvert par une barbe, il a l'apparence d'un patriarche, comme le montrent les anciennes gravures.
    Au milieu de la tribune, il s'arrête, il dirige son regard vers le haut. Au bout d'un moment, il étend la main au milieu de la pièce, puis à gauche, puis à droite, très lentement et d'un geste majestueux.
    Puis il disparaît.
    ‘Frères’, dit le premier, ‘vous avez tous obtenu satisfaction !’
    Beaucoup n'en semblent pas convaincus, ils se rassemblent à gauche, contre une porte derrière laquelle se trouve la dame qui agit en ‘Son’ nom. Une des prêtresses est venue assurer à ces personnes qu'elles ne pouvaient pas profiter de cette visite, c'est seulement pour les retardataires. Toutes les personnes présentes ont eu satisfaction, inutile d'en dire plus, si cela ne se voit pas immédiatement, alors cela se passera dans une heure, un jour, mais ce sera toujours le cas.
    Ces pauvres bougres ne sont pas convaincus, et moi non plus. Après un peu d'attente, je suis appelé. Une petite pièce, un tableau noir sur le mur opposé, le même enseignement que dans le temple ; une femme longue, grise, maigre, vêtue du costume spécial se tient droite.
    Elle me demande si cela fait longtemps que je voulais venir, je donne une réponse vague. Elle se retourne et se tortille, comme si elle remarquait quelque chose dans le coin opposé, je me retourne mécaniquement, mais je ne vois aucune rien du tout. J'aimerais savoir, demander des informations sur un cas particulier. Peine perdu : cette brave personne répond mais toujours : ‘Ayez confiance en lui, le Père, appelez-lui en aide partout et toujours, il vous aidera.’
    Tout en parlant, elle semble constamment à la recherche de quelque chose dans ce coin, comme si sa réponse était dictée dans un scénario qui m'est invisible.
    Je vois qu'insister est inutile et je dis au revoir à la brave personne – il me semble que c'est une très bonne âme – elle me tend la main.
    A côté du temple, j'achète le livre noir, imprimé en très grandes lettres ; Culte Antoiniste, est le titre, révélation par Antoine le Guérisseur.
    J'ouvre le livre et je vois qu'Antoine fait appel à Dieu, mais ses disciples disent : ‘Appelez lui, le Père, le Guérisseur.’ ‘Et bien, pensai-je, ‘les désaccords commencent...’

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Guy Faverdin - Ils ont tant de belles choses à nous dire (2015)

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Guy Faverdin - Ils ont tant de belles choses à nous dire (2015)

Auteur : Guy Faverdin et ses guides
Titre : Ils ont tant de belles choses à nous dire - Expériences spirites vécues

Guy FAVERDIN, 07.07.2017 - 194 pages

à lire en partie sur Google Books [https://books.google.fr/books?id=WOhijgEACAAJ&lpg=PA1&hl=de&pg=PA1#v=onepage&q&f=false]

 

Ce livre retrace mes expériences spirites, vécues depuis 2011 et offre de magnifiques messages de nos guides spirituels. Sans être une méthode, ni un enseignement, il invite à l'écoute de leur guidance et tente de démystifier le spiritisme, loin des clichés et dogmes traditionnels. "Un espoir pour les personnes en recherche spirituelle et dans la souffrance du deuil."
Les messages ont été obtenus lors de séances de spiritisme (ouija et channeling) à 4, en compagnie d'une médium ou seul par écriture automatique ou inspirée.

Je suis convaincu que le spiritisme est accessible à tous, à condition de se laisser guider par l'amour et le respect et d'observer certaines règles. Attention, ce n’est pas un jeu, mais il et bien moins dangereux que la majorité des activités humaines, contrairement aux idées reçues, véhiculées par la peur, l'ignorance ou le désir de pouvoir.
Nos guides spirituels sont toujours avec nous, près de nous. Ils sont toujours heureux de communiquer avec nous. Ils nous aiment sans jamais nous juger. Ils nous accompagnent, ils nous aident et ils nous le font savoir, pour peu que nous apprenions leur langage, celui du cœur.

Voici ce que m'expliqua mon guide "Annabel" :
« Ce n'est ni l'endroit, ni le lieu, ni l'heure qui ont de l'importance mais bien le lien qui nous unit. Rien de matériel ne peut couper ce lien. Seule votre imagination peut vous atteindre dans vos doutes. Soyez certains que nous sommes au-dessus de vos préoccupations matérielles et l'amour du vrai, l'amour du divin ne s'encombre pas des considérations qui vous tourmentent. »

 

Voici un extrait (p.16) :

La période des lectures assidues succéda à celle du mal être ; Allan Kardec, Léon Denis et d'autres, au gré des découvertes en librairie me rassuraient et confortaient de plus en plus. Je n'étais pas « seul ». La philosophie antoiniste, basée sur le désintéressement et la réincarnation me guida pendant plusieurs années. 

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Intérieur d'un Temple Antoiniste (Sciences Occultes, 1955)

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Temple français (Sciences Occultes, 1955)

Merci à Frère Pierrefeu qui fait preuve encore une fois d'une grande connaissance sur l'histoire du culte Antoiniste. Il nous signale qu'il s'agirait du Temple de Verviers

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Caudry - The Express and Telegraph (Adelaide, Di 7 Mai 1912)

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Caudry - The Express and Telegraph (Adelaide, Di 7 Mai 1912)

“Anthony, the Healer.”

    The former blacksmith of Jemeppe, known as “Anthony the Healer,” is again in the public eye by reason of a remarkable cure which he is supposed to have effected.
    In Caudry (French Department of the Nord) a group of the Anthony sect was established, and several of its women members took to Jemeppe a young girl who had been lame from birth, and could only walk a few steps with great trouble.
    After her visit to “Anthony the Healer” the girl obtained the use of her limbs. When she returned home a crowd gathered in front of the house, and to prove that she was no longer a cripple she threw up the window and walked across the room.
    The girl declared that as soon as she entered the healer’s house she was seized with excitement, and was moved to cry out her faith in him. To her great joy she found that she could walk.
    The sect of Anthony is increasing, and a year ago he approached the Government with a view to obtaining official recognition of his power of healing.

The Express and Telegraph (Adelaide, Di 7 Mai 1912)

 

Traduction :

"Antoine, le guérisseur".

    L'ancien forgeron de Jemeppe, connu sous le nom d'"Antoine le guérisseur", est de nouveau sous les feux de la rampe en raison d'une guérison remarquable qu'il est censé avoir effectuée.
    A Caudry (département français du Nord), un groupe de la secte d'Antoine s'est établi et plusieurs de ses membres féminins ont emmené à Jemeppe une jeune fille qui était boiteuse de naissance et ne pouvait marcher que quelques pas avec beaucoup de difficulté.
    Après sa visite à "Antoine le guérisseur", la jeune fille retrouva l'usage de ses membres. Lorsqu'elle rentra chez elle, une foule se rassembla devant la maison et, pour prouver qu'elle n'était plus infirme, elle se montra à la fenêtre et traversa la pièce.
    La jeune fille a déclaré que dès qu'elle est entrée dans la maison du guérisseur, elle a été saisie d'excitation, et a été poussée à crier sa foi en lui. À sa grande joie, elle a constaté qu'elle pouvait marcher.
    La secte d'Antoine est en augmentation, et il y a un an, il a approché le gouvernement dans le but d'obtenir une reconnaissance officielle de son pouvoir de guérison.

The Express and Telegraph (Adélaïde, Di 7 Mai 1912)

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Article d'André Thérive (Le Journal, 20 février 1928)

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Le Journal 20 février 1928 - article d'André Thérive

300.000 ADEPTES
demandent
à l’Etat belge
de reconnaître l'antoinisme

On sait que l’« antoinisme », cette étrange religion qui a des adeptes en France comme en Belgique, naquit en 1906 d’une expérience de spiritisme, au cours de laquelle la révélation fut faite à un ouvrier mineur, le « père Antoine », de la réincarnation de son fils.

    Dans l’article qu’on va lire, M. André Thérive, le brillant écrivain, raconte la visite qu’il vient de faire à Jemeppe-sur-Meuse, berceau de l’ « antoinisme ».

   On n’a pas encore proclamé, par voie de concours, le paysage le plus triste du monde. Il paraît qu’on pourrait choisir la pointe du Raz au temps de l’équinoxe, ou bien Whitechapel un jour de brume, ou certaines landes de notre plateau de Millevaches. Moi, je voterais pour un coin de la banlieue de Liège, où se trouve Jemeppe-sur-Meuse, la petite Rome de la religion « antoiniste ».
   Les lieux où souffle l’Esprit ne sont pas, d’habitude, les lieux gais, mais celui-ci, qu’une révélation a, dit-on, favorisé, semble tout à fait en deuil. La boue y est à peine plus noire que les maisons basses, dont les briques ont le ton de la suie, et où les boutiques cachent leurs étalages dans de pauvres fenêtres borgnes. Le ciel pèse sur des amas de fumées à peine plus opaques que lui. Toutes les enseignes de la ville sont en blanc et noir, funéraires… et la première qu’on lit au sortir de la petite gare offre ces mots : Meubles et cercueils en tout genre…
   Jemeppe-sur-Meuse n’est qu’un alvéole dans la grande ruche du pays minier. Les amateurs d’artificiel peuvent s’y plaire, car ici l’homme a tout fabriqué, jusqu’aux montagnes… En d’autres pays de plaine, les cônes de détritus, issus du charbonnage, ne font guère plus d’illusion que des taupinières. Ici, ils imitent à merveille une chaîne de volcans. La pluie a raviné ces crassiers, la géologie les a tassés et modelés selon ses lois ; on y voit des failles, des strates, des couloirs d’avalanches. Une herbe jaunâtre les colore, quelques arbres ont poussé dessus, et une erreur de perspective les unit à quelques collines véritables qui se trouvent là, sur la rive droite de la Meuse, pour en former un système gigantesque.
   Sept collines, peut-être ? En tout cas, voici un faubourg dans ce faubourg, un hameau dans ce grand village, le quartier Bois-de-Mont, Tous les indigènes vous indiqueront le temple antoiniste, avec sympathie ou avec fierté. On ne le trouverait pas tout seul dans ces petites rues désertes, où quelques épiciers arborent simplement des cartes postales aux effigies sacrées. Pas de boutiques de plein vent, aucun attirail de pèlerinage : l’antoinisme est une religion austère. Mais le vagabond en casquette, aux yeux pâles, qui traîne sur le trottoir, vous dira : « La Mère ? elle habite ici dedans ! » 
    C’est une petite communauté, à un coin de rues, cernant une chapelle modeste à deux entrées. On pourrait croire à un couvent si le clocher portait une croix, mais il n’y a plus de croix, à peine une girouette. 
    Vous voici dans le vestibule. Il est d’une propreté parfaite, d’une propreté belge. On dirait d’un couloir d’école : des espèces de tableaux d’honneur, des préceptes et avis sous vitrine, la liste des temples antoinistes dispersés par le monde : il y en a plus de cent du Canada à Monaco. Justement, dans un coin, une petite maquette en carton : la réduction du second temple qu’on élève à Paris, rue du Pré-Saint-Gervais. L’adepte de service est un jeune homme discret, propret, moustache noire, soutanelle impeccable. Il parle à mi-voix, il joint les mains. Il vous introduit dans la chapelle bien cirée où deux tribunes superposées attendent, l’une, le lecteur de l’enseignement du Père Antoine, l’autre, la Mère, quand, les mains chargées de fluides, elle procède à « l’opération »…
   Deux icônes : l’emblème de l’antoinisme, un arbre en pot, peinturluré sur verre dépoli : l’Arbre de la Science de la Vue du Mal. Car l’essentiel de la doctrine enseigne que le mal ni la matière ne sont réels. Il suffit de s’en persuader pour être guéri des maux du corps et de l’esprit, et se lancer dans un cycle d’évolutions spirituelles, à la suite du Père, dont voici le portrait. Son image ne préside aux temples que depuis trois ans, bien qu’il ait été désincarné en 1912, le 25 juin, à l’âge de 65 ans, ce qui est jeune pour un guérisseur. Mistress Eddy, qui fonda en Amérique la Christian Science, devint, elle, nonagénaire. Mais quoi, le Père Antoine, ancien mineur, ancien concierge aux tôleries, survit assez : il a la barbe et le cheveu blancs comme feu le zouave Jacob, la prestance d’un moujik vénérable, l’œil flambant, le geste bénisseur. Son portrait est un agrandissement photographique au fusain, à vingt-quatre francs quatre-vingt-quinze, et dans un coin, l’artiste a signé de son paraphe superbe. A l’entrée de la chapelle, là où l’on attend le bénitier, une vasque et un robinet de cuivre avec gobelet. L’inscription spécifie que la source n’est là que pour désaltérer les fidèles. Jemeppe n’est, point Lourdes et l’eau miraculeuse a été abandonnée par l’antoinisme dès l’an 1901, époque où les médecins du lieu firent condamner M. Antoine pour usurpation de leur art, magnétisme incongru et concurrence fluidique. 
   L’antoinisme est une religion en train de s’épurer sans cesse. A l’origine, il était spirite. Un adepte m’a appris que, tel saint Jean-Baptiste annonçant Jésus, Allan Kardec avait été l’avant-coureur du Père Antoine. Aujourd’hui, il suffit de croire aux fluides. Ils sont excellents, surtout pour guérir les aphtes de la bouche La foi les attire seule, et à leur tour ils nourrissent la foi, telle la grâce suffisante des jansénistes. Il y a en Belgique 300.000 personnes accessibles aux fluides et qui ont signé une pétition pour faire reconnaître l’antoinisme par l’Etat. A Paris, on compte quatre ou cinq lieux du culte ; et vous en trouverez dans toutes les villes où le travail est dur, où la maladie abonde, à Saint-Etienne ou à Vichy. A Tours aussi et à Lyon, parbleu, qu’on s’attendait à voir en cette affaire, car Lyon est la grande ville des hérésies et Tours la capitale française du spiritisme (le saviez-vous ?). Une dure hiérarchie et centralisation pèsent sur l’antoinisme- J’en ai vu les statuts, ils sont draconiens et tout adepte, gérant d’un temple, peut être remercié après un trimestre de préavis. La forme des églises, l’heure des offices obéissent à un règlement unique, pour que le fluide opère plus aisément. Comme en T.S.F., il faut de l’exactitude à émettre et à recevoir. Les rites, mariage, baptême, sont prévus à merveille. Meurt-on, on vous enterre sous un drap vert, à la fosse commune. Enfin le costume des antoinistes initiés a été ordonné par une révélation spéciale : les femmes, sortes de novices en deuil, ont droit à un bonnet ruche de 22 centimètres et à des manches, pagode de 70. Les hommes ont un chapeau noir, une buse solennelle, fort rare dans les magasins des gentils.
    Mais pour tout cela il faut une volonté, une régence : nous y voici. La Mère, à qui son mari en mourant a transmis le don des fluides et l’autorité, vit à Jemeppe. Elle a soixante-dix-sept ans. C’est cette petite vieille vêtue de noir qui glisse dans le corridor et rejoint dans sa cuisine d’autres adeptes préposées au fricot. Sa figure maigre, ses yeux doux et puissants, on les retrouve sur toutes les cartes postales. Après elle, que deviendra l’antoinisme ? Il n’y a plus d’héritier direct. Les schismes, les querelles, les conciles, la théologie vont-ils diviser cette heureuse religion ?
    Mais ne comptez pas qu’elle s’éteigne si vite. Le ciel pèse plus bas que jamais sur Jemeppe. Le soir tombe. Des coulées de hauts fourneaux flambent par instants sous les nuages et dans le silence accablé de ce faubourg lugubre, deux petites filles en haillons sabotent sur le trottoi : ce sont deux manœuvres de la mine, la face barbouillée de charbon, une loque sur la tête et le dos courbé sous des sacs, comme porteuses de la misère humaine.

                                                        ANDRE THERIVE. 

Le Journal, 20 février 1928

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La Paix Universelle n°347-348 (mai 1903)

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La Paix Universelle n°347-348 (mai 1903)

    Il y a quelques années, la majorité des membres de l’Académie de médecine affirmait que le magnétisme était égal à zéro. Que les temps sont changés !... Aujourd’hui il est devenu curatif, et à ce titre, la propriété exclusive des médecins !... N’est-ce pas charmant ?
    Et plus charmant encore l’arrêt de la Cour de Rennes. La Cour d’Angers avait appuyé son jugement sur une loi ; la Cour de Rennes, elle, plus perspicace, base le sien sur une déclaration d’un congrès de médecins !...
    Jemeppe-sur-Meuse, un grand village aux environs de Liège (Belgique), possède un médium guérisseur stupéfiant, M. Antoine. Rien n’est comparable au succès qu’il obtient ; il reçoit chez lui deux cents malades chaque semaine. Le chemin de fer du Nord, les vicinaux, les bateaux à vapeur, les voitures de luxe et autres transportent vers Jemeppe une quantité de gens de toute classe, venant de l’étranger même réclamer ses soins... N’en soulagerait-il, n’en guérirait-il que la dixième partie, que sa renommée se justifierait absolument.
    Ah ! qu’une plume autorisée, qu’un écrivain humoristique surtout nous décrive un jour la physionomie des cinq membres du Parquet liégeois qui, en septembre 1901, se sont assis dans le cabinet où ont passé à ce jour plus de cent vingt mille personnes, pour assister, pendant deux heures, aux magnétisations (considérées comme illicites) du médium guérisseur Antoine, et qui sont retournés chez eux emportant la conviction qu’il existe des choses que l’on n’enseigne ni dans les Académies ni dans les Universités ! C’est bien là la réflexion que ces messieurs ont dû se faire qu’Antoine était réellement doué d’une faculté que des lois qui se respectent ne peuvent atteindre dans son exercice humanitaire.
    Aussi le Parquet de Liège a jugé que la philanthropie et le désintéressement de ce brave guérisseur devaient être tolérés.... et Antoine n’est plus inquiété.

La Paix Universelle n°347-348 (mai 1903)

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Kwakzalverij (De Volksgazet 1 januari 1911)

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Kwakzalverij (De Volksgazet 1 januari 1911)

 

Kwakzalverij

    Wistet gij, beste lezer, dat er in Belgie eenen nieuwen godsdienst bestaat ? Neen ? Wij zullen het u dan uiteendoen.
    De stichter van dien godsdienst noemt : Antoon de genezer, een woonderbaar man, volgens het schijnt, die het eene mirakel na het andere verricht, en die woont te Jemeppe aan Maas.
    De volgelingen van den wonderen man hebben een verzoekschrift naar de Kamers gestuurd, dat geteekend is door 160,000 burgers, wij zeggen honderd zestig duizend Belgen, en 't moetzijn, want deszelfs voorzitter is de heer Heer de Ragnancourt, grondeigenaar te Jemeppe ; F. Delcroix, professor aan het Atheneum van Luik, is secretaris, en C. Delannoy, luitenant bij het voetvolk, schatbewaarder.
    Het verzoekschrift verzekert dat de nieuwe godsdienst gesteund is op de volstrekte zelfverloochening, dat Antoon de genezer dagelijks wonderen verricht, op stoffelijk en zedelijk gebied, en dat hij aanzien moet worden als eens der grootste weldoeners van het menschdom.
    En zeggen dat zulke kwalzalverij onderteekend is door 160,000 namen, 't is te zegen dat hooit, behalve over 25 jaar, toen de priesters gansch Belgie optrommelden tegen de schoolwet, een verzoekschrift naar de Kamer is gezonden geweest, door zoovele burgers ondergeteekend.
    Onze klerikalen zullen waarschijnlijk met den nieuwen godsdienst den spot drijven, zij zullen gelijk hebben, want dat zulke dingen in onze verlichte XXe eeuw kunnen gebeuren, is eene ware schande voor ons land, maar zij zullen vergeten van er bij te voegen, dat de allerhande bijgeloovigheden en dwaze bedevaarten, die van t'allen kanten in ons land hoekeren, even belachelijk en schandalig zijn. Maar met die schanden zullen zij niet lachen ; zij leven er immers meê.

De Volksgazet, 1 januari 1911

 

Traduction :

Charlatanisme

    Saviez-vous, cher lecteur, qu'il existe une nouvelle religion en Belgique ? Non ? Nous voulons réparer cette erreur pour vous.
    Le fondateur de cette religion appelé : Antoine le guérisseur, un homme aimable, semble-t-il, qui accomplit un miracle après l'autre, et qui vit à Jemeppe sur Meuse.
    Les partisans de l'homme miracle ont envoyé une pétition aux Chambres, signée par 160.000 citoyens, nous disons cent soixante mille Belges, ce qui doit être le cas, car le président de cette pétition est M. Monseigneur de Ragnancourt, propriétaire terrien à Jemeppe ; F. Delcroix, professeur à l'Athénée de Liège, qui est secrétaire, et C. Delannoy, lieutenant d’infanterie, trésorier.
    La pétition nous assure que la nouvelle religion est basée sur le renoncement total de soi-même, qu'Antoine le guérisseur accomplit des miracles quotidiens, tant sur le plan matériel que moral, et qu'il doit être considéré comme l'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.
    Et dire que cette charlatanerie a été signé par 160.000 noms, c'est pour le moins une bénédiction, car, il y a 25 ans, quand les prêtres de toute la Belgique se sont battus contre la loi scolaire, une pétition a été envoyée à la Chambre, soussignée par autant de citoyens.
    Nos clercs se moqueront probablement de la nouvelle religion, ils auront raison, car que de telles choses puissent arriver dans notre XXe siècle éclairé est une véritable honte pour notre pays, mais ils oublieront d'ajouter que toutes sortes de superstitions et de pèlerinages stupides, qui se pressent dans notre pays de tous côtés, sont tout aussi ridicules et scandaleux. Mais de cette honte, ils ne riront pas, car après tout, ils le vivent tous les jours.

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