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Nantes - Encore une religion nouvelle (L'Echo d'Alger, 10 novembre 1929)

Publié le par antoiniste

Nantes - Encore une religion nouvelle (L'Echo d'Alger 10-11-1929)

 

ENCORE UNE RELIGION
       NOUVELLE !

    Nantes, 9 novembre. – Un curieux cortège de pèlerins belges a débarqué à Nantes, ce matin, amenant de Liège, cinq cents antoinistes qui sont venus assister à la consécration d'un temple édifié à Chantenay où un petit noyau d'adeptes constitue la religion antoiniste.
    Cette religion, en lutte avec les autres se propose de fondre tous les hommes de toutes religions. Dieu aurait révélé, en 1903, cette religion à Antoine, ouvrier mineur-métallurgiste à Jemmepe-sur-Meuse, comme autrefois il avait révélé sa loi à Moïse.
    Cette nouvelle religion est sans ministre, sans culte. Le seul enseignement transmis à Antoine en dirige les croyants.
    Avec leurs longues robes noires et leurs chapeaux demi hauts de forme à bords plats, les frères ont provoqué une vive curiosité.
    Les femmes sont simplement vêtues et drapées dans de grands manteaux. Elles sont coiffées d'un chapeau recouvert d'un voile de deuil.
    La mère Antoine, femme du fondateur de l'antoinisme, est venue malgré ses 80 ans, présider la cérémonie.

L'Echo d'Alger, 10 novembre 1929

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Gabriel Corin et Louis Lenger

Publié le par antoiniste

L.Lenger et G.Corin (Journal de Liège et de la province 31-03-1914)


 Professeur Gabriel Corin                        

 

Gabriel Corin et Louis Lenger

 
courte biographie de Gabriel Corin (décédé le 26 mars 1919)
et Louis Lenger (décédé le 11 mai 1933)
(La Meuse, 10 août 1911)

 

 

    En tant que médecins légistes à Liège, Louis Lenger et Gabriel Corin procèderont à l'enquête sur Louis Antoine en 1900 pour préparer son premier procès contre l'exercice illégal de la médecine.
    Ils seront également mandé pour autopsier le corps de Ferdinande Humblet dont la sœur et le mari auront consulté Louis Antoine à propos de sa disparition.

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Jules Bois - Un village spirite (1903)

Publié le par antoiniste

Poulseur - Maison du peuple    L'AU-DELA
ET LES FORCES INCONNUES
UN VILLAGE SPIRITE 

    Toutes les négations, toutes les railleries des matérialistes se briseront à des faits. L'orgueil scientifique, qui ne permet plus que de croire en ses dogmes, souvent précaires et changeants, trouvera de vives résistances dans la naïveté populaire ; elle construira d'autres temples avec les ruines des précédents. Là où le, catholicisme faiblit, le spiritisme se lève. 
   C'est une « leçon de choses » qui vient de m'être donnée et que je veux rapporter ici, en tête de cette enquête. Il existe en Belgique, ou mieux en Wallonie, tout près de Liège, un village d'ouvriers carriers qui est en grande partie spirite. Ces travailleurs, qui ont échappé à la tutelle de l'Eglise, n'ont pu se contenter de la libre-pensée et de l'athéisme pur et simple, et ils ont reconstitué, au début de notre vingtième siècle, ce culte des morts qui fut, d'après Fustel de Coulanges, l'auteur de la Cité antique, la première religion de l'humanité. 
   Dimanche, étant à Liège, je fus rendre visite au citoyen Foccroule, directeur du Messager, journal spirite. C'est un brave homme, sans prétentions, qui a été et est encore, malgré son âge, un excellent mécanicien. Il gagne sa vie avec ses mains et il ne rougit pas d'être du peuple. En ceci il se rencontre avec Tolstoï qui, quoique grand seigneur, préfère a la vie oisive le métier de cordonnier. Je crois bien qu'il est aussi socialiste, et il a l'amitié de M. Demblon, un des leaders de ce parti. Je serrai sa main ronde avec plaisir : j'appréciai sa mine d'honnête homme encadrée d'une barbe blanchissante. 
   - Puisque vous êtes curieux de nos phénomènes, venez donc avec moi à Poulseur. Aujourd'hui je me repose, et je crois que vous ne perdrez pas votre temps en voyant un village spirite et en assistant à ses cérémonies. Seulement pressons-nous, car il faut prendre notre train à Guillemins tout de suite afin d'arriver avant neuf heures. C'est alors que les esprits se manifestent et que tous les nôtres vont au temple. 
   En route, le citoyen Foccroule m'édifia sur les progrès de la religion des morts dont il est, en Wallonie, un des pontifes. 
    - « Le quart à peu près de la population de Liège est spirite. Ah ne croyez pas que nos fidèles soient capables, comme nos premiers chrétiens, de mourir pour leur foi ni même de l'avouer. Les Liégeois sont avant tout prudents. Par exemple, j'ignore le nom d'un bon nombre de mes abonnés ils se font adresser poste restante, sous des initiales, notre journal. Etant des avocats, des juges, des personnages officiels ou encore des colonels ou des généraux, ils n'osent se compromettre devant la majorité bien-pensante, conservatrice, catholique qui nous gouverne. N'empêche que, lorsque Léon Denis ou Gabriel Delanne viennent chez nous donner des conférences, nous réunissons plus d'un millier d'assistants. Récemment même, Léon Denis, le grand apôtre spiritualiste, a parlé dans l'élégante salle de l'Emulation, et il a eu assez de succès pour que le président lui fît l'honneur de le raccompagner presque chez lui. Ah ! monsieur, c'est que nous travaillons pour les idées, sans intérêt personnel. Ma femme écrit elle-même les bandes des invitations et ma fille empaquette les livres de propagande. Tout ça pour la cause. Il en est de même chez les gens simples que vous allez voir. Ils ont souffert pour leur croyance aux esprits ; mais la persécution ne fait qu'augmenter le zèle des personnes sincères. 
    Je regardai par la portière le délicieux paysage, pittoresque sans âpreté, les rives de l'Ourthe, les vallons frais, les collines auprès desquelles les villages se groupent. Maisons blanches et propres sous leur toit d'ardoise, petites rues placides où des groupes endimanchés causent sans fracas. 
   - Je suis né ici, me dit le citoyen spirite avec une naïve fierté. C'est là que près de la terre, au bruit des sources, j'ai écouté les petites voix de la nature qui m'ont appris que rien ne meurt. 
   Enfin les carrières de Montfort dressent leurs cimes horizontales et nues le grès apparaît sur leur versant, les entrailles de la terre se révèlent. Ces pierres rempliront les wagons de la gare pour devenir les pavés, des grandes villes. Malgré moi, je songe aux vieilles légendes du paganisme. Avant que Jésus n'eût tué le dieu Pan, les peuples croyaient que des esprits' habitaient dans les cavernes naturelles et dans celles que creuse la main des hommes. C'étaient de petits dieux qui se vengeaient d'être dérangés de leurs silencieux domaines par des espiègleries de gnomes et de follets Maintenant ils sont devenus les esprits. 
   Nous voilà attablés à la petite auberge du village, devant une pinte de bière de saison. Le liquide inoffensif mousse dans nos verres. C'est la cousine du citoyen, une spirite naturellement, qui tient l'estaminet. A elle, vint se joindre une femme en tablier, aux yeux intelligents et aux joues émaciées que, Foccroule me présenta comme la plus ardente spirite du pays. C'est la veuve de Joseph Leruth qui, avec le cousin de Foccroule, importa le culte des esprits chez les carriers de Poulseur. Tout de suite je sentis que j'avais affaire à une apôtre elle en avait la familiarité, la parole abondante, le geste expressif. 
   - Vous tombez bien, monsieur : nous allons commencer la cérémonie tout à l'heure, pendant que « les autres » seront à la messe. Nous avons choisi la même heure pour leur tenir tête. Venez chez moi, vous allez voir le drapeau. 
  Nous entrons dans une maisonnette bien modeste, mais tenue avec cette propreté stricte qui est le luxe des pauvres. Le portrait d'Allan Kardec s'étale au-dessus de la cheminée, bien en évidence. Contre le mur, un travail de femme, gauche, et touchant sur un carton, des fils de couleur entrelacés représentent une masure, comme il y en a tant en ce village, et l'habitant est une tête d'enfant avec des ailes. Au-dessous il est écrit : « Moi et ma maison nous servirons l'Eternel. » 
   L'horloge de l'église sonne neuf heures. Sur la porte, des familles de carriers attendent que le drapeau soit sorti de sa boîte pour former le cortège. La fille des Mme Leruth, une vraie « demoiselle de la ville » en corsage clair, aide sa mère à sortir l'enseigne. L'étoffe noire se déploie avec ses devises dorées. J'y lis : « La mort n'est que la fin d'une de nos étapes vers le mieux. » Et encore : « Craindre la mort, c'est la méconnaître. » La mère adapte à la hampe l'écusson, où est peinte une main qui tient un flambeau. « Vers Dieu -par la science et la charité » y est-il écrit. Elle-même lève la bannière, et me voilà mêlé au cortège, sous la garde du mécanicien Foccroule. Je suis entouré de femmes d'enfants et d'ouvriers en bourgeron bleu repassé pour la circonstance manœuvres qui travaillent loin du soleil, dans tes abîmes du grès ; épinceurs, qui ont laissé à la maison leur marteau ; appareilleurs, en tenue presque de bourgeois, comme des contre-maîtres. Nous sommes bien une centaine.
    - J'ai été une fameuse catholique avant de devenir spirite, m'avoua la bonne Mme Leruth ; mais maintenant, comme on dit chez nous, c'est « malé », c'est fini ! La rupture a eu lieu avec le curé, le jour de la Sainte-Barbe. Nous étions tous les spirites ensemble dans l'église ; alors, le curé mit la main sur l'épaulé de mon mari, qui était le premier, comme toujours, et lui dit : « Leruth et votre compagnie, je ne peux pas vous confesser. »  – « Ne me touchez pas ! » qu'il dit. Et nous sommes sortis tous et nous ne sommes jamais revenus depuis. 
   Nous passions en ce moment devant l'église. D'autres habitants de Poulseur s'y rendaient, Les deux troupes se jetaient des regards de côté, mais il n'y eut aucune provocation, car l'habitude arrondit les angles du fanatisme. 
    Le temple spirite est tout près de là, un peu plus haut, sur le versant d'une colline verdoyante de sapins, que domine un vieux château écroulé, palais, d'après la légende, de Charlemagne et des quatre fils Aymond. Il est situé entre le cimetière et la Maison du Peuple, C'est un édifice plus élevé que les autres, avec un toit d'ardoise très aigu qui simule un clocher. Dans l'angle du sommet, un œil rayonne ; deux devises y convergent, partant de la base du toit et suivant l'ardoise. L'une dit : « Il n'y a de foi inébranlable que celle qui peut regarder la raison face à face dans tous les âges de l'humanité. » L'autre dit la phrase fameuse qui résume l'évangile d'Allan Kardec, et que j'ai lue aussi sur sa tombe au Père-Lachaise : « Naître, mourir, renaître, progresser sans cesse, telle est la loi. » Au centre, deux mains en plâtre se joignent et, au-dessus, une frise de vigne en fleur atteste la renaissance de ce paganisme antique et du culte de Dymisos dans les mystères… Le spiritisme est bien la renaissance du dieu Pan.
    Le président prend place dans l'unique fauteuil : c'est Léon Foccroule, le cousin de mon mécanicien et le propriétaire du terrain où est bâti le temple. « Prions », dit-il. La demoiselle au corsage clair ouvre un petit livre noirci comme un grimoire et lit une invocation au « Dieu clément et miséricordieux qui permet le commerce avec le monde spirituel pour notre avancement ». Et elle le supplie de sa voix chantante pour qu'il « éloigne les esprits légers et moqueurs ». 
   Maintenant, on parle à voix basse, comme dans une véritable église j'examine la salle. Elle est ornée de devises encore ! Décidément ces braves carriers les aiment. Elles affichent une libre pensée, sœur du protestantisme. Il est dit, par exemple, que « la conscience ne doit ses comptes qu'à Dieu et que « son domaine est interdit à tous les tyrans ». Une carte astronomique, un poêle, une table de bois, une clochette, des pliants forment tout le mobilier. Le mécanicien me chuchote à l'oreille :
    - Nous avions autrefois un crucifix au-dessus du buste d'Allan Kardec, mais depuis nous l'avons remplacé par un Jésus magnétiseur. 
   En effet, je distingue dans la demi-obscurité une chromo, représentant le Christ qui guérit le paralytique. 
   Un « chut» énergique rétablit le silence. Mme Leruth pâlit encore elle a fermé les yeux et il me semble que ses joues émaciées ont un rayonnement. 
   - C'est un cantique que les esprits eux-mêmes nous ont donné… et tout entier, musique et paroles. 
   La médium prélude en effet : ce chant est d'une lenteur énervante et les vers pourraient être signés par un maître d'école devenu décadent. L'impression n'en est pas moins profonde. Ces fronts, recueillis, creusés par de longues rides, ces mains noircies de prolétaires, ces visages émerveilles et anémiques d'enfants, ces beaux yeux pâles d'ouvrières, dans cette pénombre de catacombe, reportent à des époques mystiques, alors que les premiers chrétiens, aussi simples que ces pauvres, célébraient leur rite secret. La foi y est ardente, presque visible, réellement comme un fluide épars.
Heureux celui qui croit,
Heureux qui marche droit 
   Dans tes chemins. 

Aussi toujours, Seigneur,
Règne dans notre cœur,
Car notre vrai bonheur
Est dans tes mains ! 

Pour toi rien n'est couvert :
Lis dans le livre ouvert 
   De notre cœur. 

Donn' nous l'amour, la foi,
Et l'espérance en toi
Avec la charité
Envers l'humanité. 

Mais un grand jour viendra
Que tous on s'aimera (sic)
En véritables frères…
L'épreuve du malheur,
Rend tous les hommes frères. 

    Je ne souris même pas à ces couplets crédules et puérils. La voix faiblit, comme mourante, Je sens tout le rêva que peuvent fournir ces cerveaux, à planer dans l'air. Plusieurs fillettes tombent en transes : l'une change de personnalité, prend une frêle voix plaintive pour raconter l'aventure d'une pauvre enfant perdue dans les bois, en attendant sa mère qui était allée mendier pour elle et qui est morte de faim. 
   - Elle vient souvent dans nos séances, m'explique le mécanicien ; cette désincarnée recommence sans cesse chez nous, dans le corps du médium, la douloureuse aventure qui précéda son abandon et son dernier soupir. 
   Et les plaintes reprenaient… « J'ai faim, j'ai faim ! disait la voix. Petite fille, n'avez-vous pas vu ma mère ? Elle est habillée en noir' avec un fichu rose dans son cou. Je cherche après depuis hier soir. Petite fille, dites-lui qu'elle m'apporte à manger… » 
  Dans le corps d'une autre enfant tombée en extase, un autre esprit raconte l'histoire d'une noble dame emmurée dans son château : une séquestrée romantique !
    D'autres fillettes, médiums-écrivains, sont agitées d'un délire graphomane. Leurs mains crispées au crayon bondissent sur un papier grossier pris à l'épicier, et c'est la détresse racontée des pauvres femmes qui furent, pendant leur vie, battues par des maris ivrognes, ou des conseils, des principes de morale d'esprits anonymes. Alors, c'est comme une trouée dans l'au-delà. 
   - On serait trop malheureux, s'il n'y avait que cette vie, me disait Mme Leruth. 
   Et je m'explique l'attention pieuse de ces ignorants qui pensent écouter à travers les crises de leurs propres « éfants » ils ne sauraient les tromper, pourtant –  la voix des morts qui, comme eux, autrefois, souffrirent quand ils vécurent, et goûtent enfin le repos tant attendu, le long dimanche éternel…
    L'heure passe, en ce trouble qui tient à la fois de la religion et du magnétisme. Une nouvelle prière pour les « esprits souffrants » clôture la séance. La porte s'ouvre, une bouffée d'air nouveau arrive l'oppression qui me tenait s'allège. Mme Leruth reprend son drapeau ; elle est redevenue parleuse et les fantômes se sont dissipés :
    - Joseph est venu me parlait aujourd'hui encore ; les morts ne sont pas des absents, mais des invisibles. Il m'a expliqué ce qui se passait quand on s'en va. « Il semble, m'a-t-il dit, qu'on s'endort dans une chambre et qu'on se réveille dans une autre. C'est pas plus malin que ça !» Vous ne voulez pas voir le drap mortuaire et le brancard où nous mettons nos défunts ? Ces jours-là sont de grandes cérémonies spirites. Ah ! les esprits, nous leur devons tout. Quelquefois les patrons nous font la guerre à cause d'eux, mais ils finissent toujours par arranger nos affaires. Ainsi tenez, ma grande fille, elle est venue au monde un jour de séance. A peine née, on l'a portée dans le temple, et les esprits l'ont bénie ; aussi c'est le seul enfant que je n'ai pas perdu. Et c'est d'elle – ils me l'avaient bien dit – que me vient tout mon bonheur. 
   Cependant le cortège s'est reformé derrière le drapeau dont la mère Leruth est si fière, et les poitrines réconfortées par le souffle de l'Invisible entonnent avec une ardeur nouvelle le long des rues du village de Poulseur où quelques Vierges restent encore dans leur niche au-dessus des portes – le chant des résurrections :
    Nous mourrons mais pour renaître : 
   La vie n'est qu'un doux sommeil. 

Jules Bois. Le Matin, 26 juillet 1901.

Jules Bois - Un village spirite (1903) Jules Bois - Un village spirite (1903)

 

Reparu dans Le monde invisible en 1902. On constate peu de changement. Les deux derniers vers deviennent cependant :

    Nous mourrons mais pour renaître : 
    La mort n'est qu'un doux réveil. 

Suit une note que voici : M. Lanne, pasteur au consistoire de la Mothe-Saint-Hervey [correction manuelle : la Mothe-Saint-Héray, près de Niort, Deux-Sèvres], frappé de certaines ressenblances entre sa religion et certaines formules spirites, m’écrivit lorsque ce chapitre eût paru dans le Matin pour me demander si le spiritisme de Poulseur et même le spiritisme en tant que doctrine n’étaient pas les fils prodigues de la religion réformée. Je lui répondis que dans le cas présent il se pouvait que quelques cantiques protestants aient été adoptés par les spirites, sans doute sous l’influence du temple, qui, à Sprimont, village très voisin de Poulseur, réunit un groupe assez considérable de fidèles, et encore, plus je pense, par une  opposition commune contre le catholicisme. Mais comme les protestants n’ont pas de prières pour les morts et pensent qu’après le jugement qui suit le dernier soupir, il ne reste plus rien à faire pour l’âme, j’imagine qu’il y a un abîme entre le christianisme réformé et le nouveau spiritualisme.

Note 5 (paru en complément dans Le monde invisible, 1902)

L'église spirite.
    Après avoir visité Poulseur et Jemmeppe-sur-Meuse, je m'assurai qu'ils n'étaient point en Belgique des cas isolés et que deux autres agglomérations importantes pratiquaient aussi l'évangile d'Allan Kardec : Chapelle-les-Herlaimont, près de Morlanwez, et Gohissard. Mais il suffisait d'esquisser le type de village spirite. A Poulseur, les spirites, d'accord avec les socialistes, gouvernent la commune et sont échevins. C'est là un cas spécial, mais je puis dire, sans exagération, que dans chaque ville de Belgique, de France, d'Italie, de Hollande, d'Angleterre (je parle des pays qu'en Europe j'ai plus particulièrement visités), il existe des groupes spirites. En dehors et à côté se forme une petite élite qui est occultiste ou théosophe. 
   En tout cas occultistes, théosophes, spirites sont certainement en France, à eux tous, bien plus nombreux que les israélites et les protestants réunis.
    Ces groupes croient tous à l'existence de Dieu et de la survie et pensent en avoir des preuves expérimentales.

NÉCROLOGIE 

M. LÉON FOCCROULLE 

Un de nos frères en croyance les plus dévoués, M. LÉON FOCÇROULLE, Vice-Président de la Fédération spirite Liégeoise, s'est désincarné à Poulseur (Belgique), le 4 avril dernier (1903), à l'âge de 63 ans. 

Le 6 avril, au seuil du modeste temple spirite élevé à Poulseur par nos amis, M. Oscar Henrion a dit « la prière à Dieu pour ceux qui viennent de quitter la terre ». Puis, il a prononcé le discours que nous reproduisons ci-après : 

       Discours de M. Oscar Henrion. 

 

Mesdames, Messieurs, f. et s. en croyance, 

    La mort vient encore de ravir à notre affection un de nos plus anciens et des plus dévoués frères en croyance, l'enlevant en même temps, à la reconnaissance de ses nombreux amis et à la cause du spiritisme. En effet, notre ami Léon Foccroulle, depuis plus de 30 ans, appartenait à cette phalange de la première heure, dont les rangs s'éclaircissent chaque jour, des propagateurs de la consolante Doctrine à laquelle il avait consacré tous les instants de sa vie depuis le jour où, avec son regretté ami Joseph Leruth, il lui avait été donné d'en comprendre les bienfaits. Sans cesse sur la brèche pour la répandre, il ne recula jamais devant aucune peine, ne s'effraya jamais devant aucun sacrifice pour faire partager aux autres les convictions qui étaient sa force et sa consolation. C'est de lui surtout, Frères et Sœurs, Mesdames et Messieurs, qu'il est permis de dire qu'il a passé en faisant le bien, et je ne crains pas d'affirmer que sa mémoire vivra longtemps encore dans le cœur de ceux qu'il a réconfortés par sa parole, relevés par sa charité. Quoique ne jouissant que d'une modeste fortune, il ne refusa jamais son obole lorsqu'il s'agit d'une œuvre de propagande ou d'une action charitable. Sa bourse était comme son cœur, toujours ouverte à ceux que le sort avait frappé, et son désir le plus ardent était de voir tous ceux qui l'entouraient partager sa confiance en Dieu et sa certitude d'une autre vie. N'est-ce pas dans ce but qu'il bâtit dans cette commune la première et la seule salle de réunion spirite, propriété aujourd'hui de son groupe à qui il l'a léguée par testament ? N'est-ce pas par ses soins que tant de conférences ont été données dans ce milieu, que son groupe a pu faire face aux dépenses nécessitées par les funérailles de ses membres ? Modeste à l'excès, jamais Léon Foccroulle ne voulut accepter dans le mouvement spirite que des fonctions secondaires, et c'est malgré lui qu'il fut nommé Président de l'ancienne Fédération et Vice-Président de la Fédération actuelle. Son jugement sain, sa raison éclairée n'étaient jamais consultés en vain par ses frères en croyance des différents comités dont il fit partie, de même que jamais il ne fut vainement fait appel à son dévoûment pour tout ce qui concernait la diffusion du Spiritisme. La perte de son ami Leruth fut pour lui une grande affliction, mais il sut la supporter en véritable croyant, et de nombreuses communications qu'il en obtint depuis sa désincarnation n'ont fait que fortifier sa foi et grandir son espérance. 

    Que de regrets il va laisser dans les cœurs qu'il consolait par sa parole et dans les milieux où sa charité s'exerçait sous les formes les plus bienveillantes et les plus discrètes ! Si son esprit, dégagé de ses liens matériels, plane en ce moment au-dessus de sa dépouille, qu'il doit être heureux de voir l'affliction causée par sa disparition, et que de vœux ne doit-il pas former pour que ses successeurs continuent l'œuvre à laquelle il avait voué sa vie ! 

    Vous qui l'avez connu, vous qui l'avez aimé, ne le pleurez donc pas, car nous avons la certitude que la vie dans laquelle il vient d'entrer sera pour lui la récompense de ses travaux, de ses sentiments si conformes à sa foi. 

    Hors la Charité, pas de Salut, telle fut sa devise, et à aucun moment de sa vie ses actes n'ont été en opposition avec elle. Aussi, Frères et Sœurs, avons-nous la ferme confiance, la certitude absolue dirai-je, que dès ce moment il se trouve dans la compagnie de nos bons guides et prend en pitié les misères de la vie terrestre. Sachant qu'il nous entend, je ne veux pas blesser davantage sa modestie en m'étendant sur son caractère et ses œuvres, je me contenterai donc de terminer cet éloge funèbre par l'expression de toute la sympathie qu'il nous avait inspirée et en lui disant l'espoir que nous avons qu'il nous continuera, du monde spirituel où il est, son concours fraternel. 

    Ami Léon, au nom des Spirites Liégeois en général et particulièrement au nom du Cercle Liégeois d'Etudes Spirites, reçois l'assurance que ton nom et tes œuvres vivront dans nos cœurs, lit maintenant, ami, que tu n'es plus emprisonné dans le lourd vêtement de la chair, nous te disons non pas adieu, mais au revoir. 

    « Après ce discours, dit le Messager de Liège, le cortège se forme, drapeau spirite et de sociétés diverses en tête, précédant le cercueil recouvert du beau drap du cercle de Poulseur. La fanfare joue ses airs funèbres, et là-haut, vers le sommet de la côte pittoresque souvent décrite par les touristes de la vallée de l'Ourthe, au milieu d'un cadre magnifique de hauts rochers qui reverdissent çà et là, notre ami Léon Foccroulle voit s'acheminer ce qui fut son enveloppe terrestre. Sa tombe est là, et, autour d'elle, chacun a pu entendre les bonnes paroles élogieuses tour à tour prononcées par MM. Nuss, Horion. Cl. Leruth et Casterman. 

    « Le meilleur souvenir restera dans le cœur de tous ceux qui ont pu assister à cette touchante cérémonie. » 

Le Progrès spirite : organe de la Fédération spirite universelle, 20 mai 1903, p.78-79

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Père à la tribune

Publié le par antoiniste

Père à la tribune

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Seraing, faire des églises ''des maisons du peuple''

Publié le par antoiniste

Seraing, faire des églises ''des maisons du peuple''

Seraing : faire des églises "des maisons du peuple" ?

Erik Dagonnier

Publié le lundi 05 mars 2018 à 18h12

Faire de l'église Saint Lambert de Jemeppe, une bibliothèque... C'est le souhait du bourgmestre de Seraing. Alain Mathot négocie avec l'Evêché, la réaffectation partielle d'un tiers des 15 églises de la commune dont certaines sont souvent vides. On sait que le bourgmestre socialiste s'oppose depuis des années à l'Evêché à propos de l'entretien des établissements de culte. C'est une obligation légale mais qui, selon lui, coûte trop cher aux finances de la ville. Depuis 2013, il bloque tout financement d'entretien. Et veut négocier un accord global avec l'Evêché et les fabriques d'église. Visiblement, le dossier avance puisque le conseil communal a finalement voté une intervention de 210 000 euros pour réparer la toiture de l'église Saint Lambert. Un geste d'apaisement.  

"Si pas désacraliser, amener au moins une autre activité"
Le bourgmestre Alain Mathot voudrait d'abord "si pas désacraliser, au moins amener une autre activité que l"activité religieuse dans 5 églises de la commune." Par exemple, faire une bibliothèque dans l'église Saint Lambert à Jemeppe. Autre volonté du bourgmestre: "c'est d'avoir un état des lieux de l'ensemble des églises restantes, de partir sur une rénovation, une remise à niveau de l'ensemble de ces établissements et de ces églises et puis alors de négocier une somme annuelle -qui pourrait évidemment être indexée- qui serait versée aux fabriques d'église ou à l'Evêché et qui leur servirait pour entretenir leurs établissements. Nous ne serions plus responsables de l'entretien des églises."

"Faire des églises, des maisons du peuple" 
"On va faire des églises, des maisons du peuple" lance en boutade Eric de Beukelaer. Accueil de mouvements associatifs, cours de yoga ou réunions de pensionnés... Le vicaire épiscopal n'est pas opposé à l'idée d'étendre les activités des églises: "Elles n'appartiennent pas qu'aux gens qui vont à la messe, elles appartiennent à tous les citoyens. Le tout, c'est que les lieux soient vivants! Comment faire en sorte que dans certaines églises comme Jemeppe par exemple -mais il y en a d'autres qui sont de grandes églises qui nécessitent de grandes réfections qui coûtent quand même relativement cher- comment faire en sorte donc qu'une partie de l'église reste affectée au culte -voire toute l'église- mais qu'en même temps, d'autres utilisations soient possibles. C'est vraiment ça l'idée."

Voici la liste 5 églises concernées par une réaffectation :
1. Lize – Notre Dame ( située au Pairay, propriété de la Ville)
2. Jemeppe Saint-Lambert (propriété Ville)
3. Saint Joseph (Place Merlot, propriété Ville)
4. Notre Dame de l’Assomption (propriété Ville)
5. Val Saint Lambert (propriété fabrique)

10 autres églises maintiennent le culte :

1. Boncelles Notre Dame
2. Saint Léonard (Chaqueue, propriété fabrique)
3. Christ-Ouvrier (propriété fabrique)
4. ONR Vierge des Pauvres (fabrique)
5. Saint-Eloi (fabrique)
6. Saint Antoine (Renory, propriété ASBL décanale)
7. Saint-Martin (Ougrée, propriété fabrique)
8. Sainte Thérèse (Ougrée, propriété fabrique)
9. Notre Dame de Lourges (propriété ASBL décanale)
10. Saint Joseph du Ruy (propriété Fabrique)

source : https://www.rtbf.be/info/regions/liege/detail_seraing-vers-un-accord-sur-l-entretien-et-la-reaffectation-des-eglises?id=9858142

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Temple Antoiniste de Vichy (Allier)

Publié le par antoiniste

Temple Antoiniste de Vichy (Allier)

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Willy Grimmonprez - Le poids du soupçon, Roman noir (2015)

Publié le par antoiniste

Auteur : Willy Grimmonprez
Titre : Le poids du soupçon
Éditions Dricot, 2015, 167 pages

    John se trouve à la tête d'une société de construction immobilière florissante. Il a tout pour être heureux, une jeune et jolie femme, une fille de dix ans affectueuse et docile, une superbe villa entourée d'espaces verdoyants qui scellent un bonheur tranquille.
    Pourtant, toute cette plénitude va basculer par une nuit d'été… 

    Dans cette neuvième production, l'auteur explore, avec la précision d'un orfèvre, la mécanique complexe de l'âme humaine. Par la magie des mots, il nous révèle ses excès, mais aussi toute sa fragilité. 
   Willy Grimmonprez n'a jamais à ce jour déçu son public, il voudrait le faire vibrer une fois encore.
Jean Louvet
http://www.dricot.be/162-le-poids-du-soupcon.html

 

Extrait : 
   Il avait ce jour-là passé au crible tous les Javeau repris à l’annuaire téléphonique… Un seul de ses appels était resté sans réponse, la ligne était branchée en permanence sur un répondeur. Il avait noté l’adresse et s’était rendu sur place, le coeur battant. La maison était modeste, une affiche à la fenêtre annonçait une cérémonie religieuse chez lez Antoinistes. Il avait hésité à sonner, de crainte de voir sa visite importune. Il s’était toutefois décidé, poussé par ses sentiments passionnés. Amandine l’obsédait depuis leur première rencontre, mais il ne savait comment le lui dire ; il craignait un échec, qu’elle le trouvât sympathique sans plus.
    L’homme qui lui avait ouvert était âgé, il avait crié sur un chien de petite taille aboyant furieusement à ses pieds. Il avait fini par repousser l’animal derrière une porte.
    « Oui, c’est pourquoi ? »
    « Excusez-moi de vous déranger, monsieur. C’est bien ici qu’habite Mademoiselle Javeau ? »
    L’homme avait froncé les sourcils et dévisagé cet inconnu à l’allure rassurante :
    « De quelle Mademoiselle Javeau parlez-vous ? »
    Ignorant à ce moment le prénom de la jeune femme, John avait précisé :
    « Elle est employée à la compagnie d’assurance, la GKM. »
    « Vous parlez d’Amandine, ma petite nièce ? Que lui voulez-vous ? »
    « Prendre simplement de ses nouvelles, elle est souffrante, m’a-t-on dit ! »
    Le vieil homme avait pris un air embarrassé :
    « Amandine, je la vois rarement ! Mais qui êtes-vous, Monsieur ? »
    Avec plus d’assurance, John avait répondu :
    « Nous nous sommes rencontrés à l’agence où elle travaille et nous avons sympathisé. J’aimerais savoir comment elle se porte. »
    Le grand oncle avait montré un certain ennui, il avait confié sur un ton désabusé :
    « Je ne savais même pas que ma petite nièce était malade… Ça vous donne une idée des relations que nous entretenons ! Le père d’Amandine ne me parle plus depuis des années, alors vous comprenez… »
    « Vous savez tout de même où ils habitent ? »
    « Bien sûr, ils habitent Lombe, dans l’allée des Ormes, mais je ne saurais plus vous dire le numéro de la maison. Je me souviens d’un passage latéral et d’une grille sur le côté. »
    « Merci, Monsieur, vous êtes bien aimable, excusez-moi de vous avoir dérangé !
    L’homme l’avait suivi du regard jusqu’à sa voiture, puis il avait lentement refermé la porte. »

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Robert Vivier - Délivrez-nous du mal (Bulletin 1974)

Publié le par antoiniste

Robert Vivier, romancier

Le 18 octobre 1974, des amis de Robert Vivier se sont réunis à la Bibliothèque Royale Albert Ier pour fêter l'auteur de Chronos rêve à l'occasion de son 80e anniversaire. M. Roger Brucher introduisit cette amicale séance d'hommage ; M. Roger Foulon, Président de l'Association des Écrivains Belges, célébra Vivier poète ; enfin M. Albert Ayguesparse, Directeur de l’Académie, évoqua le romancier dans une allocution que nous publions ici.

 

[…]

    Le tissu des romans de Robert Vivier, faut-il le dire ? est le tissu de la vie de tous les jours, ourdi de détails quelque peu terre à terre, de péripéties en apparence insignifiantes mais dont le poids, si léger qu'il soit, agit sur le cours lent du récit. De fait, Robert Vivier est un écrivain intimiste, et il le reste paradoxalement jusque dans Délivrez-nous du mal, cette vie romancée du père Antoine, de ce guérisseur de la région liégeoise dont il a relaté l'étonnante aventure avec une curiosité qu'il ne songe guère à dissimuler.

    La parution de Délivrez-nous du mal, en 1936, constitue à mes yeux un événement assez inattendu dans l'œuvre de Robert Vivier. Le père Antoine, voilà bien un personnage qui sort de l'ordinaire, de la moyenne humaine, du gabarit propre aux héros du roman populiste. Il se dit détenteur du prestigieux pouvoir de guérir et, pourquoi le nier ? il est entouré d'une aura d'ambiguïté. A première vue, rien vraiment ne pouvait laisser prévoir que Robert Vivier pût s'attacher à pareil type d'homme. La manière de légende populaire qui entoure cet ancien ouvrier métallurgiste, l'émotion qu'il suscite en créant une secte religieuse « les Vignerons du Seigneur », ses pratiques de thaumaturge, tout, chez Louis Antoine, appelé d'abord le Généreux, puis le Guérisseur, et à qui l'on finit par donner le nom de Père, tout semble en contradiction évidente avec les théories que professe Robert Vivier à propos de la création romanesque. Et pourtant, cela ne l'empêchera pas d'écrire un livre dont l'ampleur et le lyrisme tempéré, mais soutenu, font songer par endroits à une fresque déployée autour d'un personnage qui, malgré sa renommée grandissante, ne posa jamais au messie. En dépit des apparences, c'est l'humanité du père Antoine qui a séduit Robert Vivier, plus que le destin hors-série que semble être la vie d'Antoine le Guérisseur. En racontant l'histoire de ce fondateur d'une nouvelle religion, c'est au premier chef l'histoire d'un homme qu'il raconte, l'histoire d'un homme très simple, issu du peuple, et qui resta proche du peuple, bien qu'il se crût investi d'une puissance et d'une mission surnaturelles.

    Robert Vivier, enfant, fut sans doute intrigué par quelque temple de briques fréquenté par une poignée de fidèles, comme je fus moi-même intrigué par le petit sanctuaire que ceux-ci édifièrent dans ma commune, au sud de Bruxelles. Robert Vivier entendit parler de l'antoinisme, de cette aventure insolite qui prit dans plusieurs régions de Wallonie le visage d'une religion, et cet événement singulier fit son chemin en lui et revêtit les couleurs d'une passionnante expérience humaine. Pour composer la vie romancée du père Antoine il fallait, au départ, un instinct de faiseur de romans, mais aussi une complicité sentimentale doublée d'une générosité secrète et agissante. Par le plus heureux des hasards, ces éléments disparates se trouveront rassemblés. Élargissant le cadre de cette biographie romancée, Robert Vivier s'est attaché à décrire, autour du père Antoine, le peuple des mineurs et des métallurgistes du pays de Liège au siècle dernier, tout un monde de travailleurs dont l'intelligence pour les choses de la mine, du fer et du verre est universellement réputée.

    Fidèle à ce qu'il appelle tantôt la « vérité des moyennes », tantôt « le réalisme des moyennes humaines », Robert Vivier observe avec une sorte de connivence fraternelle les ouvriers de son pays, les soldats des tranchées, les gens du peuple promus, par son génie créateur, au rang de personnages romanesques. Il nous introduit de plain-pied dans leur existence même et fait jouer comme sous nos yeux les ressorts les plus cachés de leur vie. Que cette vie soit d'apparence banale, qu'importe ! Ce qui compte pour ce peseur d'âmes, c'est la nature et la forme du bonheur dont rêvent ses personnages. Dans la solitude des jours de pluie, dans la boue du front, dans l'ennui d'une existence manquée ou mesquine, cet appétit de bonheur, si ténu qu'il soit, constitue, avec l'idée du temps qui passe, un autre thème majeur de l'œuvre de Robert Vivier. […]

 

Post-scriptum d'une lettre de Robert Vivier à Albert Ayguesparse.

    Permettez-moi, sur le terrain des faits, de préciser un peu ce que vous dites des raisons qui auraient pu m'amener à écrire une vie du Père Antoine.

    Au cours d'une conversation avec André Thérive, qui s'était intéressé aux adeptes parisiens du Père à l'occasion de son roman Sans âme, j'avais dit qu'un de mes professeurs à l'athénée de Liège se trouvait être Delcroix, l'un des principaux disciples du Guérisseur. « Vous avez connu Delcroix ? me dit Thérive. Vous connaissez donc l'antoinisme ? Pourquoi n'écririez-vous pas une vie du Père ? » Il songeait à une collection qui devait s'appeler « les Grands Illuminés ». Celle-ci s'arrêta après deux volumes parus, mais lorsqu'un an plus tard j'eus terminé mon enquête et mon livre, Thérive présenta le manuscrit aux éditions Grasset, et c'est sur rapport de Gabriel Marcel que celles-ci en décidèrent l'édition. Je n'étais pas un inconnu pour la maison de la rue des Saints-Pères, ayant reçu l'année d'avant, pour Folle qui s'ennuie... (paru chez Rieder), le prix Albert Premier, fondé à Paris à l'initiative de Grasset.

    J'ajouterai que je ne connaissais que très superficiellement l'antoinisme lorsque j'eus ainsi l'idée de le prendre pour sujet d'un livre. Mais je fus aidé par un second hasard, c'est que j'avais eu pour bon camarade le fils du professeur Delcroix. Il m'introduisit dans les milieux où l'antoinisme s'était développé et où les souvenirs étaient encore frais. Pendant six mois, j'allai fréquemment dans la région de Seraing et de Mons-Crotteux, village natal du Père, j'interrogeai beaucoup de gens, j'interrogeai aussi les paysages, et je me souvins aussi de ce que mon enfance de fils d'ingénieur et plus tard les fréquentations et camaraderies de la vie aux tranchées m'avaient appris de la vie ouvrière du pays de Liège.

Robert VIVIER

 

Bulletin de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Française,
Bruxelles, Tome LII - n°3-4, année 1974, p.283-285 & p.287-288

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La Mère (La Matin, 30 juin 1913)

Publié le par antoiniste

La Mère (La Matin 30 juin 1913)

 

APRÈS LA “DÉSINCARNATION”
D’ANTOINE LE GUÉRISSEUR....

LA “MÈRE”
qui succède à l’apôtre défunt
n’a point réussi de miracle

La foi des antoinistes réunis à Jemeppe-sur-
Meuse n’en est pas ébranlée

    Des fêtes antoinistes ont été célébrées hier à Jemeppe-sur-Meuse, en Belgique, à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Antoine.
    Il y a eu en effet un an mercredi dernier qu’est mort le visionnaire fameux, dont le renom est considérable tant en Belgique qu’à l’étranger : Antoine le Guérisseur.
    Cet homme, à qui son regard fulgurant et sa barbe de fleuve donnaient l’aspect d’un des anciens prophètes d’Israël, exerçait sur la plupart des gens qui l’approchaient un ascendant extraordinaire.
    Il disait posséder la révélation de la vérité. Il passait pour opérer, par le seul pouvoir de sa volonté, des guérisons miraculeuses.
    De tous côtés de pauvres gens s’adressaient à lui pour obtenir, par son intervention puissante et mystérieuse, la fin ou l’adoucissement de leurs maux. Et le culte antoiniste compta des adeptes un peu partout...
    Le 25 juin 1912, Antoine le Guérisseur mourait, ou plutôt, pour employer le vocabulaire des antoinistes, il se désincarnait.
    Mais l’antoinisme ne mourut pas avec Antoine, et le temple édifié à Jemeppe continue à être le centre d’un mouvement intense, centre où parviennent chaque jour, sous forme d’un courrier formidable, les plaintes et les vœux de l’humanité malheureuse.
    C’est qu’Antoine avait pris une sage précaution pour assurer la pérennité de son œuvre.
    Quand il fut sur le point de mourir, il fit savoir à ses disciples que sa femme lui succéderait, qu’elle pourrait s’assimiler à son fluide éthéré et il la chargea de recueillir et de lui transmettre les désirs des antoinistes.
    C’est en vertu de cette désignation que la veuve du guérisseur guérit à son tour, ou, du moins, s’y applique.
    Pour célébrer l’anniversaire de la désincarnation d’Antoine, celle qui fut sa femme conviait les antoinistes du monde entier à se rendre, mercredi dernier, à Jemeppe-sur-Meuse : elle annonçait que les malades obtiendraient de grandes guérisons.
    Les antoinistes vinrent au nombre de plusieurs milliers. La Belgique, les Pays-Bas, certaines provinces du nord de la France fournirent le gros de cette armée singulière, Paris, qui compte quatre ou cinq groupes antoinistes, avait, pour sa part, envoyé environ cent-cinquante pèlerins. L’empressement de tous ces pieux voyageurs était tel que plusieurs centaines d’entre eux, tout à leurs religieuses pensées, remirent, en arrivant à la gare de Jemeppe, leur ticket de retour en même temps que leur billet d’aller – ce qui détermina une belle confusion quand il fallut repartir.
    Tous aussi croyants – d’une foi qui leur fait non pas soulever des montagnes, mais passer des frontières, ce qui est déjà bien – les antoinistes ne sont pas tous également fervents.

L’uniforme antoiniste
    Les plus zélés suivent les recommandations du père Antoine à la lettre. C’est ainsi qu’ils s’imposent le port d’un costume disgracieux, dont le guérisseur fixa la couleur et la coupe : c’est, en serge noire, un vêtement sans nom, qui réalise une manière de compromis entre la soutane des prêtres maronites et la redingote de certains pasteurs américains ; comme coiffure, un « gibus » qui rappelle, avec moins d’ampleur, l’antique « bolivar », que nous pouvons voir, sur de vieilles gravures, couvrir le chef vénérable de nos arrière-grands-pères.
    Dans cette foule, il ne se trouva qu’un « esprit fort », et il n’avait certes point lu le chapitre de La Bruyère : c’est un joli bambin d’une dizaine d’années ; ses parents l’avaient trainé à Jemeppe pour le faire guérir de je ne sais quelle affection nerveuse ; arrivé devant le temple du guérisseur, le moutard refusa énergiquement d’entrer, et il se mit à pousser des hurlements tels que son antoiniste de père dut renoncer à le soumettre aux « opérations ».
    Les « opérations » sont cependant moins effrayantes au temple antoiniste que dans les salles de nos hôtels-Dieu.
    C’est la Mère qui procède. La Mère, c’est la veuve d’Antoine, lequel n’est désigné par les antoinistes que sous le vocable le Père.
    Les fidèles se tassèrent dans le temple. Dans le silence qui précède les grands événements, ils attendirent, regardant devant eux une tribune étroite et longue, sur le bord de laquelle était peint – blanc sur fond noir – l’arbre de la vie, symbole de l’antoinisme. Devant la tribune principale, quelques mètres plus bas, une autre tribune, plus petite.
    Au bout d’une demi-heure d’attente, un grand diable barbu et chevelu, avec les yeux perdus qu’on prête aux nihilistes russes, apparut sur la tribune la moins élevée et resta là, sans mot dire, le regard dans le vide.
    – C’est notre frère Deregnaucourt, me dit-on.

Voici la Mère !
    Le frère Deregnaucourt attendit... L’assismille antoiniste, l’héritier présomptif. Je veux dire que, ainsi que la Mère a remplacé le Père, il remplacera la Mère le jour où celle-ci se désincarnera à son tour.
    Le frère Deregnancourt attendit... L’assistance était haletante et recueillie. Seule, la béquille d’un infirme, en tombant sur le plancher, troubla un instant le silence.
    Mais soudain on entendit le tintement aigrelet d’une sonnette. Tous les pèlerins se dressent, d’un seul élan. C’est la Mère qui apparaît. Elle est sur la tribune. Toute blanche dans ses vêtements noirs, elle regarde vers le plafond, en se tordant les poignets... Avec un peu de bonne volonté, on peut retrouver dans l’expression de son visage l’air fatal et inspiré des anciennes sibylles... Cinq minutes, elle reste là, le regard fixe, les poings crispés... Puis elle s’en va... C’est fini. Les fidèles se retirent.
    C’est là l’opération annoncée. La mère dut la recommencer cinq fois, chaque fois devant cinq à six cents personnes.
    On avait aussi promis des guérisons. Mais c’est une autre affaire. J’ai vu sortir aussi claudicants les gens que j’avais vus entrer en boitant, et les rhumatisants ne m’ont pas paru plus alertes après l’opération qu’avant. Ce sera sans doute pour plus tard.
    Après les opérations, les antoinistes ont fait un pieux pèlerinage à travers le jardinet où, tout en repiquant ses salades et en échenillant ses choux, le père Antoine sentit naître sa vocation de Christ nouveau...
    Les fêtes antoinistes ont recommencé hier. Les fidèles, en cortège, conduits par la mère et le frère Deregnaucourt, ont fait le parcours que fit, il y a un an, la dépouille funèbre du guérisseur, de la maison au cimetière.

La Matin, 30 juin 1913

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Funérailles du prétendu guérisseur (La Liberté, 2 juillet 1912)

Publié le par antoiniste

La Liberté, 2 juillet 1912

 

PETITE GAZETTE

Funérailles du prétendu guérisseur

    Antoine le Guérisseur, que ses adeptes appelaient aussi Antoine le Généreux, a été inhumé dimanche dans la localité où il exerçait sa mission et son culte, à Jemappes-sur-Meuse, province de Liége. Aux « antoinistes » du pays étaient venus se joindre nombreux des membres des autres communautés de Belgique.
    Le corps du défunt, qui avait été exposé plusieurs jours dans le temple ou il préchait et imposait les mains aux malades, a été accompagné au cimetière par un cortège évalué à quinze mille fidèles, pauvres superstitieux, dont beaucoup donnaient les signes de la plus vive douleur. Le cercueil, porte par douze hommes de la communauté, était précédé d’un tronc d’arbre figurant l’arbre de la science du bien et du mal, que portait l’an des plus qualifiés adeptes de l’antoinisme, M. Delcroix, libéral, professeur à l’athénée de Liége.
    Ainsi qu’Antoine l’avait prescrit, ses restes ont été enterrés dans la fosse commune.

La Liberté, 2 juillet 1912

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