• L'Antoinisme (La Libre Parole, dir. Edouard Drumont, 1er mars 1912)

    L'Antoinisme (La Libre Parole, dir. Edouard Drumont, 1er mars 1912)L'Antoinisme
    UNE FARCE QUI A TROP DURÉ

        L'Antoinisme, dont je parlais il y a quelques jours, n'est pas de date récente, comme on pourrait le croire : un prêtre de nos amis nous signale qu'il sévit depuis quelque temps en province, et que même des mesures ont été prises déjà pour enrayer la contagion.
        Il y a plusieurs années que l'Antoinisme a fait son apparition, dans la vallée du Grésivaudan, une des plus pittoresques du Dauphiné.
        Là, le père Antoine se fit d'abord connaître comme guérisseur. « La recette est des plus simples, nous dit notre correspondant. Vous souffrez d'un mal de dents, d'un embarras gastrique, d'une fatigue d'intestin, vous avez une pneumonie, une fièvre typhoïde, un membre fracturé, le cerveau fêlé : laissez de côté toutes les prescriptions de ces charlatans diplômés qui s'appellent médecins et chirurgiens, faites un acte de foi à Antoine et écrivez-lui. Quand votre lettre est écrite, dûment signée et paraphée, déjà vous éprouvez du soulagement ; votre lettre est mise à la poste ou confiée au facteur, le mieux s'accentue ; le surlendemain votre lettre est parvenue à Jemappe-les-Liège : vous êtes radicalement guéri. »
        Le procédé est infaillible. Si la guérison n'est pas obtenue, c'est que vous n'avez pas la foi ou qu'on ne l'a pas autour de vous ; s'il arrive que le malade meure, c'est sans souffrance ; s'il se débat dans une agonie atroce, c'est un faux-semblant, mais en réalité il ne souffre pas.
        Vous voyez comme c'est simple, et vous commencez à comprendre pourquoi M. Guist'hau avait fermé l'Ecole de médecine.
        Dans cette vallée du Grésivaudan, l'Antoinisme a son apôtre en la personne de Mme Marguerite Casset, du village de La Flachère, et il a son temple au chef-lieu de canton, Le Touvet.
        Quelques catholiques ayant pris cette farce au sérieux, une instruction fut lue en chaire l'an dernier par tous les curés, rappelant la conduite à observer par les paroissiens.
        Les choses en sont là.
        Peut-être apprendrons-nous que d'autres contrées sont contaminées. Il est bon que les catholiques soient prévenus, mais il n'y a pas lieu de prendre l'aventure au tragique, quoique les plus courtes plaisanteries soient les meilleures.
                                                                              Albert Monniot.

    La Libre Parole, dir. Edouard Drumont, 1er mars 1912


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