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Un nouveau prophète au pays noir (Excelsior, 13 janvier 1913)

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Un nouveau prophète au pays noir (Excelsior, 13 janvier 1913)

Lundi 13 janvier 1913

   Un nouveau
      prophète
   au pays noir

C'est le père Dor, stimulateur
                des vertus.

    BRUXELLES, 12 janvier (Dépêche particulière d' « Excelsior »). – On n'a certes pas oublié Antoine le Guérisseur, ce brave homme mort l'an dernier et qui, dans son village natal, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liége, au cœur du pays wallon, avait fondé une religion nouvelle. De très loin venaient le voir de pauvres malades qui mettaient en lui, dans son curieux pouvoir de suggestion, leur dernier espoir de guérison.
    La grande presse, dans le monde entier, a consacré de nombreux articles au Père Antoine et à ses fidèles en lévite. L'antoinisme, sa religion, n'est pas mort avec lui. Sa veuve, la Mère Antoine, ainsi qu'on l'appelle, continue à professer, avec quelques lieutenants dévoués, son enseignement moral. Mais ils sont loin d'avoir cette autorité, cet incontestable prestige du maître qui furent pour beaucoup dans le succès de sa très simple doctrine de charité. D'ailleurs, l'antoinisme menace d'être détrôné par une religion nouvelle, celle de « la fraternité universelle », que professe, dans son temple, dans son « école morale », de Roux-lez-Charleroi, un nouveau thaumaturge, le Père Dor, surnommé le « Stimulateur des vertus » ou le « Docteur sans médicament ».
    Il y a là un nouvel avatar de ce mysticisme étrange qui persiste dans certaines régions industrielles de la Wallonie.
    La Flandre conserve farouchement, depuis la domination espagnole, sa foi dans la doctrine de l'Eglise catholique. Le Père Dor, qui a aujourd'hui une cinquantaine d'années, est originaire de Mons-Crotteux, près de Liége. C'est un parent d'Antoine le Guérisseur. Comme lui, après avoir exercé de durs métiers, et notamment celui de terrassier, il fut en Russie où, sans doute, il rencontra des moines guérisseurs en qui les moujiks ont une aveugle foi. Ils sont légion là-bas. D'aucuns ont une noblesse d'âme singulière (qu'on se souvienne du Père Zossima des Frères Karamazow). L'actuel Père Dor subit leur prestige et, revenu en Belgique, il voulut les imiter.
    Il affirme guérir les malades qui viennent le consulter de très loin, de partout et spécialement de la province de Namur et du nord de la France : pauvres femmes atteintes de maladies nerveuses, ouvriers rongés de tuberculose. Il ne m'étonnerait point que le Père Dor eût réussi dans certains cas, sur certaines malheureuses capables de grandes réactions nerveuses et facilement suggestionnées de réelles guérisons. Sa tête de Christ aux longs cheveux bouclés qui lui retombent sur les épaules, ses grands yeux noirs lui donnent un air fort imposant. Mais pour quelqu'un d'un peu intelligent, le prestige s'évanouit bien vite, car le nouveau prophète, être des plus incultes, s'exprime péniblement dans un charabia où reviennent sans cesse quelques clichés : amour, loi morale, le bien, le mauvais fluide, etc.
    Le dimanche après midi, a lieu au temple de Roux – un vaste temple tout neuf inauguré il y a quelques mois — un office qui s'ouvre par une « opération générale » — le Père fait agir les fluides sur l'assistance — suivie d'une consultation. L'un de ces derniers dimanches, nous avons assisté à un de ces offices. Il y avait là plus de 600 personnes. Le Père Dor était debout dans une vaste chaire haut suspendue, dans une attitude de profond recueillement. A chaque instant, un fidèle, se levant, rompait le silence et, d'une voix tremblante, posait au Père une question. On l'interroge sur les sujets les plus abracadabrants. Une bonne femme lui a demandé devant nous s'il fallait détruire les punaises quand on en a sur soi !... Un électeur voulut savoir s'il ne manquait pas à la loi morale en exerçant son droit de vote. La réponse fut affirmative.
    Vraiment, cette assemblée de pauvres gens, malades pour la plupart, n'avait rien de risible, mais, au contraire, de très attristant : quelle somme de détresses affolées elle représentait !
    A l'intérieur du temple, comme dans les tracts, on trouve l'avis suivant :
    Le Père vous recommande de ne rien lui présenter pas plus en cadeaux qu'en argent. De plus, il vous prie de ne rien lui envoyer, pas même anonyme. Car faire ceci, c'est encore croire qu'il aime l'argent ; c'est, en un mot, douter de sa personne. Or, douter de quelqu'un, c'est manquer de confiance et, par conséquent, c'est empêcher la satisfaction.
   
Mais, alors, de quoi vit le Père Dor, qui n'est pas riche ? Sans doute, de quelques subventions que lui versent des fidèles de condition aisée et du produit de la vente des brochures et du journal qu'il publie. On vend à Roux le portrait que nous donnons ici.
    Dès à présent, le temple de Roux a des succursales dans plusieurs communes du bassin industriel de Charleroi, à Bruxelles, à Lavaqueresse (dans l'Aisne) et même... à Porto-Félise, dans l'Etat de Sao-Paulo, au Brésil (quelque émigrant, sans doute...)
    Les médecins n'ont qu'à bien se tenir : ils vont avoir, dans le Père Dor, un redoutable concurrent. – PAUL DESENNE.

Excelsior, 13 janvier 1913

    Cet article repris par d'autres journaux est un résumé de l'article en deux parties publié dans Le Soir (8 et 9 janvier 1913).

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Un chef antoiniste passe en correctionnel - Wagner (L'Express de Mulhouse, 27 juin 1927)

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Un chef antoiniste passe en correctionnel - Wagner (L'Express de Mulhouse, 27 juin 1927)

METZ. – Un chef « Antoiniste » passe en correctionnelle. — Ces jours derniers a été jugé par la correctionnelle M. Nicolas Wagner, d'Esch-sur-Alzette, un chef du culte des Antoinistes. Il était accusé d'exercice illégal de la médecine en Moselle, où cette secte possède de nombreux adhérents. Son fondateur est un ancien serrurier, « le père Antoine », né à Liége en 1846.
    Après avoir fait le tour du monde et possédant assez d'argent, le père Antoine fonda sa religion qui consiste à réunir ses adeptes à la prière commune et à exercer la bienfaisance. D'aucuns parmi les Antoinistes ont le pouvoir de guérir. Pour être guéri, il faut être membre, payer 20 frs et avoir la foi.
    Des témoins sont venus parler des guérisons opérées par Wagner, guérisons pour le moins étranges.
    Le défenseur de Wagner, Me Ferrette a plaidé non coupable, son client ne donnant jamais de drogue, mais opérant ses cures par la suggestion et la prière. Le jugement sera rendu mercredi prochain.

L’Express de Mulhouse, 27 juin 1927

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Olivier Maillart - Les dieux cachés (2019)

Publié le par antoiniste

Olivier Maillart - Les dieux cachés (2019)

Auteur : Olivier Maillart
Titre : Les dieux cachés
Éditions : du Rocher, Paris, 2019

4e de couverture :

    «Il fallait qu'on eût calomnié Henri R. car, lorsqu'il se réveilla le dimanche matin... »
    Dans une charmante ville côtière de la Manche, signes étranges et lettres mystérieuses se multiplient, plongeant malgré lui un honnête professeur de philosophie dans une bien ténébreuse affaire. Complots, enlèvements et sacrifices humains se succèdent à un rythme inquiétant. Avec l'aide de deux petits chiens astucieux, de quelques amis et de beaucoup d'alcool, Henri R. parviendra-t-il à résoudre les énigmes qui l'entourent, et à deviner quel drame obscur elles recouvrent ?Aux confins d'une France perdue, où chacun semble chercher sa secte, on a en effet tout à craindre du retour des dieux cachés...

 

Recension
    Écrire un roman en 2019 : il faut être courageux. Olivier Maillart relève le défi. Il y a du cartoonesque dans son roman, du Tintin parfois : on imagine bien les bulles et les dessins. C’est un roman fantaisiste, parfois surréaliste qui mélange Hergé, Agatha Christie, Flaubert et Barbey d’Aurevilly.
    Scène de la vie de province, le roman est également une étonnante tentative de réenchantement du monde. La satire et l’analyse de types psychologiques le font parfois pencher du côté du réalisme. Mais le véritable propos du livre serait plutôt celui du conte.
    Le régime esthétique du roman fait penser au « jeu sérieux » cher à la Renaissance. Ce n’est pas un roman à thèses, même si l’aspect ludique n’est pas le seul du roman. S’il fallait trouver un genre dans lequel classer ce roman, la catégorie la plus proche serait certainement celle de la sottie. Ce genre médiéval, réemployé par Gide dans Les caves du Vatican, utilise le paradoxe, le contraste comme élément comique afin de rire des ridicules de personnages-types.
    Scène de la vie de province, ce roman est également une peinture sarcastique du désordre spirituel qui règne en Europe occidentale. Il y aurait presque du Huysmans dans ce roman, tant notre début de siècle a étrangement une atmosphère fin de siècle, parcourue par cette « fin des grands récits » dont parlait Lyotard.
    Le catholicisme semble épargné dans le livre, tandis que la franc-maçonnerie, le néo-paganisme sont objets de satire. À la fin du roman, la fête de Noël semble apaiser les âmes contrairement au solstice d’hiver néo-païen présenté comme une parodie de sacré. Le propos du livre semble donc être un appel à l’humilité métaphysique, sans tomber dans le relativisme philosophique.
    Le ton du livre fait penser au début de La peau de chagrin, lorsqu’un personnage se moque des débats philosophiques sans fin et unilatéraux afin de savoir si le matérialisme ou l’idéalisme sont les conceptions les plus véridiques du monde. Le propos du roman n’est cependant jamais relativiste : le bocage parfois s’anime, tel paysage semble habité par une signification surnaturelle. Et puis les chiens parlent.
    Surtout, et c’est là certainement l’élément le plus essentiel et le plus émouvant du livre : son étonnant art du portrait. Henri R. et Henri G. renouvellent le topos du double et de la gémellité en littérature. Ni Bouvard et Pécuchet, ni Dupond et Dupont, les deux Henri forment un excellent portrait de l’amitié. Certaines pages sont bouleversantes d’empathie. Car c’est ce que semble nous dire le narrateur : plus important que les dieux cachés, il y a l’humain révélé.

source : https://skholeus.wordpress.com/2019/01/19/les-dieux-caches-olivier-maillart/

 

Olivier Maillart - Les dieux cachés (2019)

Ouest France, 1er février 2019

 

    Le livre évoque l'antoinisme :

    Bref, il pleuvait ce soir d'automne sur Hirocherbourg lorsqu'une Renault Clio bleu ciel se gara en face d'un bâtiment qui eût pu passer pour industriel, quoique deux ou trois efforts décoratifs en attestassent l'usage cultuel. Une femme d'une cinquantaine d'années en sortit, vêtue d'une large housse de la même couleur que son véhicule, la pluie battante ne permettant pas, de loin, de déceler s'il s'agissait d'une burqa ou d'un vêtement de pluie particulièrement couvrant.
    La porte du bâtiment étant malheureusement fermée de l'intérieur, on entendit la femme pester puis, alors qu'une voix lui réclamait le mot de passe, répéter à trois reprises, de plus en plus fort afin de couvrir les mugissements du vent, la formule « Ja ja so blau blau blau blüht der Enzian », avec l'entrain de Heino au temps de sa splendeur, au cours d'une fête de la saucisse particulièrement arrosée. On lui ouvrit enfin la porte, et la femme put se mettre à l'abri.
    Dans le vestibule où elle venait d'entrer s'affairait déjà une autre femme, d'une cinquantaine d'années elle aussi. Elles n'échangèrent pas un mot, se dévêtant de leur cape de pluie bleutée pour enfiler un nouveau vêtement, semblable aux aubes des prêtres catholiques, entièrement bleu. Les murs étaient nus, d'aspect vétuste avec leur peinture écaillée. Une pancarte au-dessus de la porte qui menait à la pièce principale du temple indiquait qu'il était interdit de parler de « choses matérielles » dans le vestibule. Chantal, puisque c'était elle, finit par passer dans une petite pièce mitoyenne pour y prendre un fort volume dont la couverture disait qu'il contenait les Saints écrits du père Antoine. Elle attendit un instant, le temps que soeur Bénédicte lance le disque, puis, alors qu'une musique planante à la Vangelis se répandait dans tout le bâtiment, elle entra d'un pas mesuré, plein d'une noble dignité, et remonta l'allée principale de la grande salle qui séparait deux rangées de bancs vides. Elle arriva au niveau de l'autel, se prosterna, puis monta à la chaire. Relevant les yeux, elle reconnut soeur Bénédicte, soeur Brigitte et soeur Estelle. Les autres, une fois de plus, n'étaient pas venus.

    Il est difficile de faire comprendre ce qu'est une célébration antoiniste à qui n'a jamais assisté à l'une d'entre elles. L'Église antoiniste est une religion relativement récente, née dans la seconde moitié du xixe siècle. C'est la seule religion au monde, et cela mérite d'être relevé, qui soit jamais née en Belgique (pays d'apparition récente lui-même, il est vrai). Elle fut l'ouvre du père Antoine, un honnête homme ainsi qu'un être inspiré, si l'on en croit les antoinistes du moins, principale source d'information sur la question. Le père Antoine avait pour ambition de forger une religion syncrétique qui réconcilierait, au-delà des bornes du christianisme au sein duquel il était né, toutes les spiritualités du monde. Il plaçait une foi toute particulière dans ce qu'il appelait les « fluides ». Ceux-ci se trouvent un peu partout, dans les êtres et les éléments, passant par-ci, revenant par-là, à la manière des petits lapins des dunes chassés par Ippolit et Jean-Petit. Le père Antoine se livrait-il lui-même à la chasse au lapin lorsqu'il eut l'intuition de sa religion fluidique ? Il serait difficile de l'affirmer avec certitude, sans qu'on puisse pour autant rejeter catégoriquement cette hypothèse.
    Quoi qu'il en soit, le culte antoiniste, qui possède des antennes en Belgique, en région parisienne et en Normandie, se porte modestement. Dans ses temples, on croise des personnes vêtues de bleu qui peuvent parler à certains endroits, mais pas à d'autres. Chantal y avait le grade de chanoinesse et elle remplissait avec sérieux toutes les obligations attenantes à sa fonction. Seul le recrutement peinait un peu, malgré des efforts méritoires du côté de ses collègues de lycée.

    Une fois l'oraison finie, Chantal repartit en élevant devant elle les Saints écrits du père Antoine. Les autres soeurs avaient formé une procession derrière elle et, comme le disque n'était pas encore tout à fait fini et que la musique leur plaisait bien, elles avaient encore accompli plusieurs tours de la salle de prière avant de rejoindre le vestibule pour se changer. Une fois les aubes rangées, ces dames, toujours de bleu vêtues, s'étaient mises dans le seul coin du bâtiment où il était autorisé d'échanger des propos triviaux. On quittait les fluides pour retrouver les « choses matérielles ». Estelle avait une nouvelle recette de cake aux lardons dont elle voulait faire profiter les copines. Brigitte demandait à ce qu'on organise les trajets pour la réunion d'équipe.
    « Pour l'adresse, tout le monde sait, c'est bon, mais moi je ne veux pas me retrouver en carafe !
    - Oui, pas de problème, tu monteras avec Bénédicte. Par contre, il nous manque toujours une cinquième femme, et je vous rappelle qu'il nous faut une jeune fille pour le rite.
    - Oui, oui, on sait, mais comme tu sais aussi ce n'est pas si simple d'en attraper une, ici !
    - Oui, ce n'est pas faute d'avoir essayé. - Au Temple de Saint-Lô, il paraît qu'ils y sont arrivés...
    - Mais à Saint-Lô il y a quatre hommes, alors pour attraper des jeunes filles c'est plus facile !
    - Oui, mais en attendant, au-dessus (à ce moment-là, Brigitte fit mystérieusement un signe du doigt qui désignait le plafond et, bien au-delà, comme toutes le comprirent sur-le-champ, les hautes sphères du culte antoiniste), ils s'impatientent... Ils parlent de fermer notre temple si cette année on n'arrive pas à plus de résultat !
    - On sait, Brigitte, on sait. Écoutez, les filles, ne paniquons pas, on peut encore y arriver. Et si ça se trouve, ce soir même...
    - Ce soir même, tu as vraiment la foi, Chantal !
    - Bien sûr que j'ai la foi, sinon je ne serais pas ici. Allez les filles, aux voitures, et en route ! »

    Et tandis que les beaux oiseaux bleus du culte antoiniste s'égayaient par les rues hirocherbourgeoises en entonnant en choeur « Blau blau blau blüht der Enzian », dans une autre partie de la ville tout aussi battue par la pluie et les vents, Henri G. arrivait à l'entrée de l'Igloo pour le vernissage de l'exposition « La photographie new-yorkaise des années 2000, entre luttes post-urbaines et discriminations genrées ».

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Pascal - Pensées, édition de Port-Royal, 1670, p.303

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Pascal - Pensées, édition de Port-Royal, 1670, p.303

    [§] Dieu a créé l’homme avec deux amours, l’un pour Dieu, l’autre pour soi-même ; mais avec cette loi, que l’amour pour Dieu serait infini, c’est à dire sans aucune autre fin que Dieu même, et que l’amour pour soi-même serait fini et rapportant à Dieu.
    L’homme en cet état non seulement s’aimait sans péché, mais il ne pouvait pas ne point s’aimer sans péché.
    Depuis, le péché originel étant arrivé, l’homme a perdu le premier de ces amours ; et l’amour pour soi-même étant resté seul dans cette grande âme capable d’un amour infini, cet amour propre s’est étendu et débordé dans le vide que l’amour de Dieu a quitté ; et ainsi il s’est aimé seul, et toutes choses pour soi, c’est à dire infiniment.
    Voilà l’origine de l’amour propre. Il était naturel à Adam, et juste en son innocence ; mais il est devenu et criminel et immodéré ensuite de son péché.

Pascal, Pensées, édition de Port-Royal, 1670, p.303
source : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Pascal_-_Pens%C3%A9es,_%C3%A9dition_de_Port-Royal,_1670.djvu/383

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Boris Cyrulnik - le monde mental

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    Ce qui remplit notre monde mental, ce n’est pas le réel, c’est la représentation du réel par la rêverie et le récit.

 

Boris Cyrulnik, La nuit, j'écrirai des soleils,
Odile Jacob, Paris, 2019 - 304 pages

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André Thérive (Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 25 août 1928)

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André Thérive (Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 25 août 1928)André Thérive (Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 25 août 1928)

LES “SANS-AME”

Vers une religion nouvelle

                     par PIERRE MAC ORLAN.

    J'emprunte le titre de cette chronique au livre de M. André Thérive. Il me paraît s'appliquer non seulement au remarquable roman d'un grand écrivain, mais encore à tous ceux qui errent dans les rues ou à travers les accessoires de la rue, comme des « corps sans âme ». Vulgairement, un corps sans âme est un personnage désemparé. C'est un fantôme provisoire, qui appartient, quand il a dépassé un certain âge, aux romanciers, et qui irrite les parents quand il est jeune. Cette phrase : « As-tu fini de tourner comme un corps sans âme ? » ne fait présager rien de bon pour un enfant. Ce malaise, qui parfois précède les enthousiasmes saugrenus de la puberté, chez un adolescent isolé, s'empare quelquefois de l'humanité quand il arrive à celle-ci de retomber dans cet état de transition qui n'est plus l'enfance et qui n'est pas encore l'adolescence.
    En ce moment, l'humanité, secouée par quelques crises parfaitement connues, cherche, comme un corps sans âme, une issue pour sortir de ces vieilles chambres à coucher. Mis à part les paysans qui appartiennent aux choses du sol, comme l'arbre et l'herbe, le reste des hommes travaille parce que le travail est une obligation sociale qui entraîne la mort quand on se refuse à l'accepter. Mais personne ne sait plus très bien vers quelle apothéose morale le travail de chacun doit aboutir. Beaucoup craignent que des guerres nouvelles ne soient le résultat de leurs petits efforts quotidiens et d'autres pensent que vingt années de bureau consciencieusement vécues au goût de l'administration se convertiront en un phénomène instantané d'insécurité absolue.
    Je pense que cette insécurité, devinée et crainte, est la seule raison qui le puisse expliquer l'inquiétude générale. Nous sommes encore loin d'une religion nouvelle, qui pourrait enfin donner une expression à la fois littéraire et morale aux petits mystères sociaux de notre temps.
    Pour l'instant, nous connaissons de nombreuses petites religions, que l'on pourrait dire de poche, car on emporte avec soi les objets du culte. Le scapulaire cède la place à l'éléphant blanc, au sou percé et à toutes les matérialisations plus ou moins décoratives de l'espoir de conjurer le mauvais sort. Au moment même où la science nous donne la T. S. F., la télévision et toutes les merveilles qui attendent dans des laboratoires leur forme définitive et publique, la croyance en la fatalité triomphante domine les hommes. On conduit une vingt-cinq chevaux sous la protection d'une poupée-mascotte, et l'on prend la route en touchant du bois. Tout cela éparpille cette force, la crédulité humaine, en mille petites chapelles qui, réunies au profil d'une entreprise sentimentale, pourraient cette fois constituer une force capable de bâtir, elle aussi, des cathédrales. Rien n'est plus émouvant et plus séduisant qu'un effort formidable quand il aboutit à la réalisation d'une œuvre qui ne s'adapte à rien de pratique, mais dont on peut dire qu'elle a été édifiée avec toutes les forces sentimentales, secrètes et inemployées, d'un nombre illimité d'individus.
    Quelques-uns se dirigent bien encore vers les anciens temples. Mais dans cette foule qui prie, combien sont prêts aux suprêmes sacrifices pour la défense de leur foi ? Il est évident qu'une religion nouvelle, et qui tiendra compte vraiment de la présence du pauvre et du riche pourra ressusciter cet état de grâce qui insensibilise les fidèles contre les supplices des bourreaux et les boniments goguenards des sceptiques. Des mots seront revalorisés, en quelque sorte, des mots usés jusqu'à la corde comme : honneur, vertu, fidélité, fraternité, justice, etc. Le mot liberté a tout de même gardé un peu de sa valeur sentimentale, et je crois qu'il restera l'idéal le plus pur d'une société qui va excessivement vite vers un destin que j'ignore.
    Ce qu'on pourrait espérer de cette religion nouvelle serait qu'elle fût moins soumise à cet hypocrite amour de l'humanité pour elle-même. Il est convenu de présenter la race humaine en un seul bloc. Si au point de vue physique cette estimation, peut paraître assez logique, il n'en est pas ainsi au point de vue spirituel. L'expérience a prouvé qu'en général les hommes n'étaient point organisés pour vivre ensemble. La peur, et quelquefois des cas assez prévus de folie collective peuvent les rapprocher pour quelque temps. Ils tâchent alors, et sincèrement, de donner un sens pratique aux mots cités plus haut. L'indifférence – quand ce n'est pas la haine – des hommes pour les autres hommes est malgré tout impressionnante. Mais c'est de cette haine, ou simplement de cette indifférence que naît cette bonté purement littéraire qui donne à certaines personnes sensibles des regrets distingués. Ces regrets distingués, soumis aux exigences de la liberté de penser, deviennent des romans qui sont émouvants, parce que chacun, en les lisant, se sent un peu responsable de cette angoisse, de cette tristesse et de ce mystère, qui donnent aux créations littéraires une vérité qu'il est difficile de découvrir sans le secours de certains intermédiaires, bons conducteurs des petites forces secrètes qui nous animent.
    M. André Thérive vient d'écrire un roman tel que l'époque l'exige, c'est-à-dire un témoignage devant quelques cas de désespoir, que la plupart des hommes ne peuvent contrôler que par l'intermédiaire d'un écrivain. L'honnêteté d'un écrivain est l'équivalent, à elle seule, de l'honnêteté de sept mille personnes. Ce qui indique déjà un « tirage » satisfaisant. Le livre de Thérive me paraît – je ne suis pas un critique littéraire, et c'est pour cette raison que je prends quelques précautions – ce roman, Sans âme, me parait un des livres les plus curieux de notre époque. C'est un livre d'aventures qui pénètre en profondeur dans l'arrière-boutique cérébrale de deux filles et de quelques hommes parfaitement dépourvus de ce pittoresque social qui facilite les recherches. Il est difficile d'émouvoir plus honnêtement ; sans ruse et sans se mêler soi-même à la misère des autres.
    Lucette et Lydia sont deux jeunes femmes absolument réduites aux apparences de toutes celles qui peuplent la rue, pour un soir... un soir de 14 juillet, par exemple. Elles n'offrent rien de conventionnel, cependant, car s'il y a des lois dans la vie des hommes, rien de conventionnel n'existe réellement. Et c'est ce qui donne à notre existence cet attrait dont les plus déshérités demeurent les esclaves...
    Lucette et Lydia, jeunes filles, ne sont pas des filles publiques. Leur sentimentalité est d'une qualité plus fine. Elle est même tout à fait délicate chez Lydia. Les deux femmes cherchent à se défendre de l'homme, mais par des moyens qui reflètent très bien le désarroi sentimental de notre temps. Autour de ces trois personnages – les deux femmes et l'homme qui est entré dans la vie de ces deux femmes – un décor assez commun et très familier prend une qualité extraordinaire et se peuple de fantômes grâce à M. Comte, qui mesure les réactions motrices et sexuelles des sergentes salutistes, grâce à M. Pardoux, qui sait se déboîter légèrement les parois de la fontanelle comme Philoxénès, mage autrichien, et grâce à la présence de Mme Lormier et des fidèles de l'antoinisme. Le fantastique, qui emprunte souvent les formes les plus mesquines pour se glisser sous les portes les mieux closes, entre par quelques fissures, dans ce livre, qu'un autre écrivain aurait peut-être – je pense à Charles-Louis Philippe – mieux fermé. C'est pourquoi je préfère la sensibilité de M. Thérive et son art qui n'est pas imperméabilisé.
    Ce livre est mobile comme la vie et la mort. Thérive a tenu compte de la mobilité de la matière. Ces personnages sont maintenus au rythme de la vie. En lisant ce roman, on n'éprouve pas cette impression de trébucher comme celui qui, sans habitude, tente de poser le pied sur un escalier roulant. Notre propre part de mystère et de tragique se mêle sans effort aux créations de l'écrivain. C'est ainsi qu'il faut voir et aimer la rue ; c'est du moins ainsi que j'aime à entendre parler de la rue, d'une ville que je connais, et de fantômes qui, çà et là, semblent agir inutilement pour le plaisir pervers d'on ne sait qui. Dans le livre de Thérive, chacun cherche à sa façon la connaissance de Dieu. Cette recherche de la connaissance de Dieu pour des gens qui n'ont plus confiance dans les anciennes directives est encore un des éléments du fantastique social de notre temps. Certains, parmi les plus pauvres en imagination vont jusqu'au couperet de la guillotine pour atteindre la révélation. C'est tout cela et autre chose que je ne peux juger et qui appartient à André Thérive, qui font de son dernier roman une œuvre dont l'importance a déjà été soulignée, sans doute depuis longtemps.
                                                       Pierre MAC ORLAN.

Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 25 août 1928

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Le Culte des Automistes (Excelsior, 4 décembre 1910)

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Le Culte des Automistes (Excelsior, 4 déc 1910)

Le Culte des Automistes

    BRUXELLES, 3 décembre. — La Chambre vient de recevoir une pétition signée de 60,000 personnes, réclamant la reconnaissance légale d'un nouveau culte : le « culte automiste ». Le grand-prêtre en est un rebouteux de Jemmeppe-sur-Meuse, connu sous le nom d'Antoine-le-Guérisseur.

Excelsior, 4 décembre 1910

 

Les communications n’étaient pas toujours très précises à l’époque. On ne sait pas ce qui s’est passé dans la tête du typographe pour déclarer qu’Antoine-le-Guérisseur est le grand-prêtre du culte automiste…

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Sprimont - Rue du Centre

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Sprimont - Rue du Centre

La rue Jean Schinler était anciennement la Rue du Centre.

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Ohey - La Grand' Rue

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Ohey - La Grand' Rue

La Route d'Havelange était anciennement la Grand'Rue d'Ohey.

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Monaco, inauguration (Le Matin, 15 déc 1913)

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Monaco, inauguration (Le Matin, 15 déc 1913)

A MONACO, LA MÈRE ANTOINE
    INAUGURE UN TEMPLE ANTOINISTE

    NICE 14 décembre. — Dépêche particulière du « Matin ». — Ce matin a eu lieu à Monaco l'inauguration d'un temple pour la célébration du culte antoiniste, édifié sur le boulevard de l'Ouest. Le temple a été inauguré par la mère Antoine elle-même venue tout exprès de Jemeppe-lès-Liége (Belgique) avec une escorte nombreuse de pratiquants dévoués au culte antoiniste.
    Une foule imposante d'adeptes ou de curieux assista à cette cérémonie qui se déroula pendant plusieurs heures.
    Puis la foule s'écoula lentement, commentant les miracles qui venaient d'être accomplis. Deux malades, en effet, ont déclaré avoir été guéris. C'est enchantée de cette heureuse intervention que la mère Antoine reprit le train cet après-midi pour rentrer à la Jemeppe-lès-Liége.

Le Matin, 15 décembre 1913

    Le même article dans le journal Le Soir du 16 décembre 1913 (source : Belgicapress) :

Monaco, inauguration (Le Matin, 15 déc 1913)

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