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Un nouveau Dieu (L’Egalité de Roubaix-Tourcoing/Le Réveil du Nord, 4 mai 1914)

Publié le par antoiniste

Père Dor (L’Egalité de Roubaix-Tourcoing/Le Réveil du Nord, 4 mai 1914)

COMPTES DU LUNDI

UN NOUVEAU DIEU

    Surtout, ne tombez pas frappé d'apoplexie à la lecture de la nouvelle que je vais vous annoncer. Le Père Eternel est sur terre.
    Et à deux pas d'ici : à Roux, petit village du Hainaut Belge. Le Père Eternel délaisse la Terre Sainte qui est envahie par les touristes anglais, les guides allemands et les capucins internationaux. Il a préféré venir villégiaturer dans la patrie de Beulemans.
    Il habite une bonne maisonnette où il y a le chauffage à la vapeur et toutes sortes de commodités, car le Père Eternel aime avoir ses aises et il est sujet en hiver, aux rhumes de cerveau.
    On appelle sa maisonnette le « Temple de la Vertu ». Le Père Eternel se fait désigner tout simplement sous le nom de Père Dor, professeur de l'Ecole Morale de Roux.
    Il guérit les malades, sans médicaments, il console Ies affligés, donne des conseils pour vivre vertueux, pour avoir les enfants, pour soigner les panaris et pout raccommoder les ménages.
    Ça vaut mieux que d'aller au café, bien sûr.

    Pour expliquer plus commodément sa doctrine le Père a fait un petit catéchisme. Aujourd'hui, même le Bon Dieu est obligé de passer par l'imprimerie pour se faire connaitre. Ça fera sûrement du tort à ces Messieurs du clergé. La concurrence directe de Dieu, c'est comme qui dirait la suppression des intermédiaires et, dame, les intermédiaires : MM. le Pape, les évêques et autres, vont la trouver mauvaise.
    D'autant plus que le Père leur dit leurs quatre vérités, avec sa franchise bien connue :

    – « Je dois vous dire que le Christianisme tel qu'on l'a enseigne jusqu'à ce jour est souillé de toutes sortes d'absurdités, Mais j'espère que les faibles idées inculquées dans l’âme, l'ignorante du Vrai, du Beau, du Juste, s'évanouiront bientôt par la Connaissance de la Morale moderne, car celle-ci démolit la prière, la foi et le Dieu tourmenté.
    On doit avoir que le christianisme est de résultat de la prédication de l'Evangile, fait par les apôtres aux juifs et aux gentils (païens) après la mort de Jésus. (Ici je ne dirai pas la mort du Christ, parce que celui-ci n'est pas mort).
    « Ces résultats, ces révélations sont des fables, inventées par les hommes sectaires, religionnaires, c'est-à-dire par les hommes matériels. La preuve est qu'ils se contredisent les uns les autres. Le christianisme doit sa propagation à quelques rois fanatiques et il est reste debout grâce à leurs efforts et leur opiniâtreté à combattre et à détruire l'hérésie secondés aussi par leur Dieu : l'argent.
    « Et ces dirigeants sectaires, ces dignes de la foi, c'est-à-dire les chrétiens qui prétendaient enseigner une religion de paix, de pardon et de mansuétude, n'hésitèrent pas, pour assurer la prépondérance de leur croyance, d'immoler des milliers d'hérétiques en les vouant à des tortures atroces, n'épargnant ni vieux ni jeunes, pas même les enfants qui tétaient… »

    Il n'est pas si bête qu'on aurait pu le croire, ce vieux Père Eternel et quand la « Croix » prétendait le séquestrer dans le Paradis, c'est bien parce qu'elle redoutait cet accès de vérité, un jour ou l'autre.

    Mais dans sa retraite de Roux, le Père prépare désormais toute une série de révélations. Moyennant 2 fr. 75 en mandat-poste (0 fr. 25 en plus pour envoi recommandé) il vous envoie son « livre précieux » : Christ parle à nouveau.
    Le prospectus ajoute : « L'Administration n'est pas responsable des envois non recommandés ». Dieu peut tout, sauf s'y retrouver dans le gâchis des bureaux de poste !
    L'Administration du Nouveau Christ a bien raison de faire toutes réserves. La vie divine serait infernale s'il fallait que le Bon Dieu aille lui-même se chamailler avec les employés des postes qui sont souvent athées et l'enverraient au Diable…

    Réjouissons-nous.
    Il n'y aura bientôt plus d'athées, ni de faux prophètes, ni de faux dieux...
    Les apôtres du Père le proclament dans une brochure (0 fr. 30 par la poste) qu'ils ont eu la délicate pensée d'éditer « à l’occasion de la Toussaint jour de la Grande Opération pour les vivants et les morts » – ? –

    – Vous le dites, mon père : dans la morale comme dans l'art, dire n'est rien, faire est tout. Concevoir le bien, en effet ne suffit pas, il faut le faire réussir parmi les hommes. C'est là votre mission, mon Père et c'est de vos exemples que nous reconnaissons la grandeur de votre travail. Vous avez dû, mon Père, passer par bien des filières pour acquérir seul cette puissance qui fait reconnaitre en Vous, le Conducteur de ce Monde, ce qui veut dire : le Messie du XXe siècle...
    « Oui, cher et vénéré Père, Vous voulez nous cacher votre essence surnaturelle, c’est-à-dire qui vous êtes, mais vos enfants Vous ont reconnu et vous le crient bien haut : Vous êtes le Christ !
    Ah ! ouf, elles nous éclairent maintenant les paroles que vous avez prêchées, il y a deux mille ans et notamment celles-ci : Je m'en vais vous préparer le lieu et après que Je m’en serai allé et que je vous aurez préparé le lieu, Je reviendrai et Je vous retirerai à moi, afin que là où Je serais, vous puissiez y venir aussi ».

    Il y a deux mille ans qu'il dit cela, l'Eternel Père Dor, de Roux (Hainaut belge) ? Après tout, c'est bien possible. Je ne m'en souviens pas.
    Cette phrase biblique sans embrouille n’évoque en mes souvenirs que cette maxime analogue : « On est prié de toujours laisser le lieu comme on voudrait le trouver soi-même en y venant ».
    Et ce n'est pas dans l'Evangile que j'ai lu ça.

    Tout cela est bel et bien : il ne faut pourtant pas oublier l'essentiel.
    Le Nouveau Christ, le Père Eternel réincarné, le Père Dor, pour tout dire, est un spécialiste guérisseur pour toute maladie. Il nous dit dans son prospectus :

    « Je veux faire comprendre à l'Humanité que par le calme, la patience, la simplicité, la sobriété et la mise en pratique des instructions que renferme mon livre précieux intitulé : Christ parle à nouveau, on peut arriver à se guérir de tous ses maux, maladies, peines, embarras, etc., etc., à moins qu'on ne me consulte trop tard, car si le cas est mortel je ne peux malgré tout que donner un soulagement à seule fin que le moribond s'éteigne sans douleur et courageusement ».

    Le Père Eternel du Hainaut Belge empêche donc de trépasser, à moins qu'on ne meure. Il avait eu un précurseur dans la personne de M. de la Palisse.
    Son système curatif est simple : s'abstenir de viande, de beurre, d'œufs, de graisse, etc., et se vouer au végétarisme ou à la diète, et à l'eau sucrée. Par dessus le marché : croire au fluide du Père.
    D'innombrables attestations proclament les miracles accomplis.
    Un brave homme était asthmatique et poitrinaire. Le médecin se déclara impuissant. Les curés se mirent de la partie :

    « Le clergé ayant appris que ma mort était proche, écrit le miraculé de Roux, délégua un vicaire. Deux jours de suite j'eus à subir ses instances pour remplir les devoirs religieux, c'est-à-dire pour me confesser. Consulté à ce sujet par ma femme, vous (le Père Dor) lui dites que je ne pouvais recevoir absolument personne contre l'amour de bien faire, si je voulais guérir. Quand ces personnes se présentèrent de nouveau, ma compagne eut une lutte à soutenir pour les empêcher de se rendre à mon chevet : victoire fut pour elle, ils se retirèrent en la menaçant... »

    Le miraculé est tiré d'affaire, grâce au système du Père Eternel Dor. Celui-ci, qui connaît l’étendue de la puissance divine, déclare que son disciple « pourrait très bien commettre une infraction à la loi morale et de ce fait me pas farder à se désincarner ». L'avenir est ainsi garanti contre toute surprise fâcheuse.
    Les infirmes et affligés sauront désormais ou s'adresser.
    Surtout, insiste le Père Dor, qu'ils ne se trompent point : près de Roux, dans le Hainaut belge, il y a Jemmeppes : et à Jemmeppes, il y a le Temple du Père Antoine, de célèbre mémoire ; ne confondons pas : l'Antoinisme, c'est de la camelotte ; seul le culte du Père Dor, le « Nouveau Christ, le sauveur du Monde et le Créateur du Vrai, du Bon, du Juste, du Bien », est efficace.
    La maison est au coin du quai.

    Il y a un dieu de plus. Les derniers chiffres de statistique en recensaient trente-trois mille six cent dix-neuf qui tous se proclamaient le seul et l'Unique.
    Le Père Eternel de Roux proclame qu'il ne veut recevoir « ni cadeaux, ni argent ».
    Par là du moins il ne va ressembler à aucun de ses trente-trois mille six cent dix-neuf confrères !

                                                                            ALEX WILL

L’Egalité de Roubaix-Tourcoing / Le Réveil du Nord (éd. Lille), 4 mai 1914

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Les Sociétés Secrètes de Paris, Pierre Geyraud - Marianne (6 janvier 1937)

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Les Sociétés Secrètes de Paris, Pierre Geyraud - Marianne (6 jan 1937) Les Sociétés Secrètes de Paris, Pierre Geyraud - Marianne (6 jan 1937)

 

 

Les Sociétés Secrètes de Paris, Pierre Geyraud (auteur des livres Les Religions Nouvelles de Paris et Les petites Eglises de Paris)

Marianne (6 janvier 1937)

source : gallica.fr

 

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Mons Crotteux - Ecole Communale et place

Publié le par antoiniste

Mons Crotteux - Ecole Communale et place

Place des écoles (actuelle Place Victor Mottard)

Mons Crotteux - Ecole Communale et place

 

 

Place des écoles, Mons-Crotteux

Vue satellite de 1994, où les écoles sont encore présente.

(source : WalOnMap, Géoportail de la Wallonie, Voyage dans le temps)

 

La maison natale du Père est toute proche.

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Nice, Culte Antoiniste (flickr - olga dinetan)

Publié le par antoiniste

Nice, Culte Antoiniste (flickr - olga dinetan).jpg

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Où M.André Thérive parle du Populisme (Comoedia 12 mai 1932)

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OU M. ANDRE THERIVE
PARLE DU « POPULISME »

    M. Charles Chassé publie dans le Bulletin du livre français, un long article sur André Thérive. Cet article se termine en interview, et André Thérive parle des influences qu’il a subies et des « négatives » doctrines de populisme :
— Quelles influences littéraires avez-vous conscience d’avoir subies ?
— Celle des écrivains réalistes : Maupassant, Zola (j’écris pour une collection du Trianon une réception de Zola à l’Académie) mais particulièrement Huysmans. Cette influence de Huysmans est surtout sensible dans l’Expatrié. Dans ma jeunesse, j’ai beaucoup lu Anatole France et Moréas. Mais je me dois surtout, incontestablement aux écrivains réalistes et naturalistes. Aujourd’hui, parmi les œuvres qui me sont les plus sympathiques, je vous citerai les livres de Duhamel et les Thibaud de Martin du Gard.
— Ah ! Ah ! nous en venons au populisme !
— Si vous voulez. Il est certain que beaucoup de livres, parus au cours de ces dernières années ne m’ont pas enthousiasmé et je constate avec plaisir que lecteurs comme auteurs se détachent maintenant de la littérature soi-disant moderniste, celle dont on n’arrive pas à comprendre le sens.
— Et quelle est la doctrine populiste ?
— Il n’y a pas de doctrine populiste ou, si vous préférez, la doctrine populiste est purement négative. Nous sommes plusieurs qui pensons que les romans doivent être de préférence sociaux et qu’il est plus sain d’étudier l’homme de la rue que de se livrer à des recherches de psychologie précieuse et morbide. Une chose que je peux vous dire c’est que j’ai horreur de l’homme de lettres héros de roman. Remarquez que je ne tiens pas du tout au mot : populisme, je préférerais, le mot : socialiste, s’il n’avait, pas été accaparé par la politique, s’il était encore vierge. Ce qu’il ne faut pas, c’est que le romancier examine la psychologie d’un individu, sans tenir compte de la profession qu’il exerce, du groupe social auquel il appartient. Le roman d’amour est insupportable s’il n’est que roman d’amour, si l’amour qu’on y dépeint n’est pas lié à des questions sociales ou religieuses. (Tenez ! les petites religions, comme l’Antoinisme, m’ont beaucoup intéressé).

Comoedia, 12 mai 1932

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Faiseurs de miracles (Regards, 21 septembre 1934)

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Regards 21 septembre 1934

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Pierre Geyraud - Les petites Eglises de Paris (1937)

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Pierre Geyraud - Les petites Eglises de Paris (1937)

 

Auteur : Pierre Geyraud (également auteur de Les Religions Nouvelles de Paris et de l'article Les Sociétés Secrètes de Paris)
Titre : Parmi les Sectes et les Rites : Les petites églises de Paris
Éditions Émile-Paul frères, Paris, c.1937, 249 pages

Pierre Geyraud - Les petites Eglises de Paris (1937)-recension

Recension :

    Les petites Eglises de Paris M. Pierre Geyraud a entrepris une exploration des sectes et des rites inconnus qui vivent à Paris, capitale des religions. Il nous conduit ainsi chez les Trappistes, les Pères blancs de Carthage, les Bénédictines, les Eglises catholiques romaines, mais non latines, l'Eglise catholique évangélique, les Saint-Simoniens, les Antoinistes, l'Armée de l'Eternel et le Petit Troupeau, chez les Mages et dans l'Ordre du Lys et de l'Aigle.
    Qui pourrait croire que, parmi tous les gens que l'on rencontre dans l'immense ville, tant de personnes puissent appartenir à des cultes secrets et presque inconnus, dont quelques-uns, à cause des guérisons qui leur sont imputées, sont soudain placés en pleine lumière par un procés correctionnel. Ainsi, les fervents du zouave Jacob et les flagellants de Bordeaux, qui connurent une heure de trop grande célébrité avec leur expédition punitive sur le curé de Bombon.
    Un curieux livre, en vérité, écrit par un ancien ecclésiastique « entraîné aux voies multiples de la vie mystique et rompu aux subtilités de la théologie ».

                        Edmond HOUZE.
Ce soir, 2 septembre 1937

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Les Antonins (La Nouvelle revue, mai 1911)

Publié le par antoiniste

    En France, depuis la loi de séparation des Eglises d’avec l’Etat, nous ne devons plus laïquement connaître que des Français, qu’ils soient ce qu’il leur plaira d’être, catholiques, protestants, juifs ou musulmans, voire sans aucune étiquette religieuse. 
    Cependant il ne faut pas oublier que la France d’aujourd’hui est une grande puissance musulmane, et s’il plaisait à quelques richissimes mahométans de venir à Paris affirmer leur foi, en élevant une mosquée sur la rive gauche de la Seine, en face du Sacré-Cœur de Montmartre, on ne saurait y trouver à redire, puisque tous les cultes qui n’offensent pas la moralité publique, peuvent être pratiqués librement chez nous, en se conformant aux lois. 
    Les Antonins, de Belgique (adeptes d’Antoine le Généreux), ont bien un temple à Jemmapes-sur-Meuse et, après les Vieux catholiques de 1870, les Nouveaux chrétiens élèvent la voix à leur tour. 
Ces modificateurs religieux sont des spirites-chrétiens qui rêvent la tâche extraordinairement difficile de relier plus étroitement (?) le spiritisme avec le christianisme. Les consciences sont libres, il ne faut pas rebuter les audacieux. Les spirites sont déjà divisés en un nombre respectable de sectes ne s’accordant guère entre elles que sur quelques points principaux. 
    Si l’on faisait, en France, un recensement consciencieux des groupements religieux portant un nom distinct, peut-être arriverait-on à un résultat approchant de bien près celui obtenu en 1906, aux Etats-Unis d’Amérique, où l’on a constaté le nombre, de 186 groupements. 
    O ! sainte Inquisition, où est-tu ? Toi, qui par une intuition de génie que nous, nous abstenons de qualifier, fut si effroyablement fortifiée par la confession auriculaire rendue obligatoire par acte du quatrième concile de Latran tenu en 1215. Par ce fait, ô sainte Inquisition ! tu devenais omnisciente, tu acquérais l’ubiquité, tu pénétrais ainsi dans toutes les affaires domestiques, aucun être ne se trouvait plus en sûreté, même à son propre foyer !...
    Nous n’osons espérer que l’apaisement, tel qu’il y en a qui le conçoivent à l’heure présente, nous ramène ces temps bénis. L’Inquisition a aujourd’hui disparu presque complètement de nos mœurs, bien que le cadre principal existe toujours ; mais la confession auriculaire subsiste et la perpétue, sous une forme évidemment moins sauvage mais non cependant sans danger pour la dignité morale humaine, sinon pour la sécurité de l’être. 

Une Flamine, Conflits religieux et laïques, p.196 (La Nouvelle revue, mai 1911) pp.195-202

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Un nouveau prophète, le Père Dor (Le Radical 14 jan 1913)

Publié le par antoiniste

Un nouveau prophète, le Père Dor (Le Radical 14 jan 1913)

UN NOUVEAU PROPHÈTE

Le Père Dor – A l'instar du Père Antoine
Le « Messager de l'Amour-Dieu »
Les fluides

    BRUXELLES, 11 janvier. – De notre correspondant particulier. – Un nouveau prophète nous est né. On l'appelle le Père Dor et il prêche la bonne nouvelle au pays de Charleroi. Il prétend guérir les maux physiques comme les peines morales par la seule vertu de sa parole. Chose curieuse, ce personnage opère surtout au pays noir, dans ces grandes régions industrielles de la Wallonie qui offrent une si puissante image de notre civilisation moderne. Il correspond au rebouteux, au berger magicien de la campagne, qui est légion.
    Toujours, en Wallonie, se sont développées, en marge des religions ancestrales, en marge du catholicisme et du protestantisme, de curieuses croyances qui se traduisent par des manifestations impressionnantes ou... baroques. Ce n'est ni le lieu ni le moment de parler ici des associations spirites du pays de Charleroi, des darbistes du Borinage, ou de cette explosion de foi farouche qui précipite aux calvaires du pays de Mons, dans la nuit du réveillon, des centaines de pauvres gens à des cérémonies au cours desquelles on « étrenne » le bon Dieu et d'où les prêtres sont rigoureusement bannis. (La même coutume se retrouve sur notre littoral.)
    Qu'il nous suffise aujourd'hui de rappeler brièvement le règne éphémère de Jules Buisseret, dit Baguette, le bon Dieu de Ressaix, dont la divinité se compromit lamentablement dans les aventures amoureuses et les ennuis de la correctionnelle ; Antoine le Guérisseur, le Père Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, créateur d'une religion, d'un culte organisés, dont la presse a parlé dans le monde entier. L'antoinisme n'est pas mort avec son créateur ; l'influence de celui-ci persiste, sa réelle autorité morale, son incontestable puissance de suggestion agissent encore. Mais son enseignement, que professent encore la mère Antoine et quelques lieutenants fidèles, est fortement concurrencé par celui du Père Dor.
    Le nouveau thaumaturge publie un journal mensuel, le Messager de l'Amour Dieu, directeur de la fraternité universelle.
    A l'aide de cette publication, on parvient à formuler la doctrine – pour autant qu'on puisse employer ce grand mot – du Père Dor.
    C'est un mélange de tolstoïsme et de spiritisme, la croyance à la loi d'amour total, à la charité chrétienne, poussée au suprême degré, et aux fluides.
    Les idées actuelles du nouveau prophète ont mis du temps à se préciser. Au début, dans les premiers numéros du Messager, on parle souvent de l'enseignement du Christ, on cite des passages de l'Evangile. Aujourd'hui, il n'est plus question de cela. On trouve même dans les instructions du Père des opinions qui témoignent de l'influence qu'a exercée la propagande rationaliste au pays de Charleroi. Le Père Dor ne croit pas à un Dieu créateur. Dieu, pour lui, c'est un mot, une entité morale : « J'ai déjà dit et je répète que Dieu n'est qu'un mot. Je ne veux pas par là détruire la loi qui conduit à lui. Mais, au lieu de dire Dieu, je dis : Amour, Charité, Désintéressement. »
    Et, ailleurs : « De tout ceci, tâchez de vous convaincre que Dieu n'est qu'un mot et non le créateur de toutes choses. Ce problème est à résoudre, mais la solution ne se trouve que dans son amélioration. S'il ne dépendait que de Dieu pour notre bonheur, nous aurions le droit de le traiter de cruel, de laisser ainsi ses rejetons dans la souffrance, malgré le grand désir qu'ils ont de ne plus souffrir.
    « On ne comprend pas le pourquoi de cette vie, parce qu'on ignore qu'une seule chose est nécessaire pour être sauvé : l'amour du bien, sentiment de justice et de progrès de l'être pensant. »
    Le Père Dor croit aux fluides bons et mauvais. Il fait agir les bons pour guérir les maux et les peines morales. Dans son esprit, fluide est parfois synonyme d'âme.
    Et il croit non pas à l'immortalité, mais, comme les colinsiens, à l'éternité de l'âme.
    « J'ai déjà pu dire que l'homme existe depuis toujours. Quand je dis homme, comprenez-moi bien, je veux dire âme ou plutôt fluide-homme. »
    Voilà ce qu'on lit dans les instructions du Père Dor, reproduites dans le Messager, et l'on avouera qu'il y a là-dedans une certaine élévation de pensée.
    C'est à Roux, une grosse commune industrielle du bassin de Charleroi, que se trouve le temple du Père Dor, inauguré il y a quelques semaines. Au-dessus de la porte d'entrée, on lit cette inscription : L'Ecole morale.
    Toute la semaine, les fidèles y affluent : pauvres paysans de l'Entre Sambre-et-Meuse et même du Nord de la France, vieux ouvriers du Centre et du pays de Charleroi, rongés par la tuberculose, femmes de mineurs atteintes de maladies nerveuses.
    Tous viennent voir le Père dans l'espoir de trouver la guérison que n'ont pu leur donner les médecins.
    Le Père Dor est âgé de quelque quarante ans. Il est originaire de Mons-Crotteux, près de Liége, se dit le neveu d'Antoine le Guérisseur, a exercé plusieurs métiers, dont celui de terrassier, a séjourné trois fois en Russie, où les guérisseurs de son genre pullulent, a bâti, il y a quatre ans, à Roux, avec ses économies, le premier temple, puis le vaste temple inauguré à la Toussaint. On vient le voir de partout. Il travaille même par correspondance. « Non seulement, dit-il, je guéris les hommes, mais aussi les bêtes : cochons, vaches, chevaux. »
     Non frères inférieurs, sans avoir la foi, sont touchés par le fluide.
    Dès à présent, il existe des succursales de l'Ecole morale de Roux dans un grand nombre de communes belges, dans l'Aisne et jusqu'à Porto Felice, au Brésil...
    Tous les dimanches, en gare de Roux, les trains déversent de nombreux pèlerins.

Le Radical, 14 janvier 1913

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Moderne magie - De Voorpost 28 februari 1975

Publié le par antoiniste

Moderne magie - De Voorpost 28 februari 1975

Extrait :

ZO WORDT EEN SEKTE GEBOREN

Als voorbeeld hebben we gekozen de sekte der Antoinisten die een grote invloed heeft gehad in eigen land (8).
Louis Antoine werd geboren te Mons Crotteux in 1846 als zoon van een mijnwerker. Hij was zeer vroom, katholiek, verslond alle mogelijke boeken.
Hij huwde met Catherine Collon, bracht vijf jaar door in Warschau en vestigde zich nadien als huisbewaarder in Jemeppe-sur-Meuse. Hij had, onvrijwillig, een werkmakker gedood en leed aan een pijnlijke maagkwaal. Hij maakte kennis met het spiritisme en zocht daar een antwoord voor zijn bekommernissen. In 1893 verloor hij zijn enige zoon. Hij begon de mensen door handoplegging te genezen van alle mogelijke kwalen. Zijn bezoekers bleven in stijgende lijn gaan. Hij verscheen voor de rechtbank voor het uitvoeren van onwettige geneeskunde en werd voorwaardelijk veroordeeld. Toen begon hij de mensen to genezen door het gebed en werd aldus 'n mysticus. In 1906 werd de zaal waar hij zijn bezoekers ontving omgebouwd tot een tempel. Voortaan verscheen hij in een zwarte toga en elke zondag predikte hij de « Openbaring ». in 1910 werd het Antoinisme definitief ingesteld. Het werd een nieuwe, godsdienst onder leiding van Pére Antoine. Hij stierf in 1912 na zijn echtgenote als opvolgster te hebben aangesteld. Meer dan 100.000 personen brachten hem een laatste groet. Tempel na tempel rees op en dertig jaar lang zou zijn vrouw de godsdienstige leiding in handen houden. Scheurgroepen ontstonden; onder meer die van Pierre Dor, een neef, die beweerde dat Antoine een voorloper was en dat hij de eigenlijke Kristus was. Momenteel zijn er in Belgie meer dan 30 tempels en de genezingen worden ofwel kollektief of wel individueel voortgezet.
Een feit was dat hij oprecht was. Hij weigerde geldelijke tegemoetkomingen. Ook zijn discipelen waren doorgaans ter goeder trouw en legden dezelfde menslievendheid aan de dag. Het zou onrechtvaardig zijn om alle sekten over dezelfde kam van bedriegerij, erotisme, zwakzinnigheid te scheren. Misschien is het een zekere vorm van hoogmoed die hen vroeg of laat ten gronde richt.

(8) Van Hageland: Moderne Magie en Hekserij

De Voorpost, 28 februari 1975

 

Traduction :

ET C’EST AINSI QU’EST NE UNE SECTE

A titre d'exemple, nous avons choisi la secte des antoinistes qui ont eu une grande influence dans notre propre pays.
Louis Antoine est né à Mons Crotteux en 1846 en tant que fils d'un mineur. Il était très dévot, catholique, dévorant tous les livres possibles.
Il a épousé Catherine Collon, a passé cinq ans à Varsovie et s’est installé par la suite à Jemeppe-sur-Meuse. Il avait involontairement tué un collègue de travail et souffrait de maux d'estomac douloureux. Il s'est familiarisé avec le spiritualisme et a cherché une réponse à ses préoccupations. En 1893, il perd son fils unique. Il a commencé à guérir les gens de tous les maux possibles en leur imposant les mains. Ses visiteurs ont continué à grandir. Il a comparu devant le tribunal pour médecine illégale et a été condamné à une peine conditionnelle. Puis il a commencé à guérir le peuple par la prière et est ainsi devenu un mystique. En 1906, la pièce où il a reçu ses visiteurs a été convertie en temple. Dès lors, il est apparu dans une robe noire et chaque dimanche, il prêchait la "Révélation". En 1910, l'antoinisme est définitivement institué. C'est devenu une nouvelle religion sous la direction de Père Antoine. Il mourut en 1912 après avoir nommé son épouse comme successeur. Plus de 100 000 personnes l'ont salué une dernière fois. Temple après temple, la religion grandit pendant 30 ans, sa femme tenait la direction religieuse entre ses mains. Des dissidences sont apparues ; dont celle de Pierre Dor, un neveu, qui a prétendu qu'Antoine était un précurseur et qu'il était le Christ actuel. Il existe actuellement plus de 30 temples en Belgique et les guérisons se poursuivent soit collectivement, soit individuellement.
Le fait est qu'il était sincère. Il a refusé des avantages monétaires. Ses disciples, aussi, étaient habituellement de bonne foi et montraient le même genre d'humanité. Il serait injuste de mettre toutes les sectes sur un pied d'égalité en matière de tromperie, d'érotisme, de démence. C'est peut-être une certaine forme d'orgueil qui, tôt ou tard, les détruit.

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