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fernand delcroix

Le Mouvement (par le secrétaire M. Delcroix)

Publié le par antoiniste

                         LE MOUVEMENT
             Rue du Bois-de-Mont, No 2
    Quant à moi, ce que j'avais vu m'avait trop intrigué pour ne pas me confirmer encore dans mon désir de poursuivre mon enquête. Au sortir du temple, je me rends donc tout à côté, à la rue du Bois-de-Mont, No 2, où se trouve installé le bureau central de l'Antoinisme.
    J'y suis fort aimablement reçu par M. Delcroix, un des plus fervents adeptes du « culte » qui, tout comme Antoine, porte la « robe ».
    – Nous recevons ici, dit M. Delcroix, des centaines et des centaines de lettres par jour et ceci vous donne une première idée de l'importance du mouvement.
    – Et vous y répondez ?
    – Il nous est impossible, évidemment, de répondre à chacun. D'autant plus que les nombreuses visites que nous recevons absorbent encore une grande partie de notre temps.
    – Vous disposez, sans doute, pour votre propagande ?...
    – Nous ne faisons pas de propagande. Ceux qui viennent à nous sont les bienvenus, mais nous n'avons pas le droit d'aller à eux.
    – Soit, mais il vous a fallu cependant élever ce petit temple, organiser ce bureau et tout cela exige des ressources. Comment vous les procurez-vous ?
    – Nous ne nous procurons pas de ressources.
    – Ah...
    – L'argent vient à nous dès que nous en avons besoin, mais nous n'avons pas de caisse... Nous sommes tous frères et les frais qu'il nous faut faire pour le culte sont couverts sans que jamais nous n'ayons éprouvé de difficulté.
    – Vous venez, je crois, de décider la publication mensuelle d'une brochure ?
    – En effet. Le premier numéro de l'« Unitif » a paru en septembre et nous tirons en ce moment le second numéro. Ceci va me permettre de vous montrer notre imprimerie.

Extrait de l'article Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)

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Delcroix Ferdinand (dans les Statuts du Culte antoiniste en 1922)

Publié le par antoiniste

Delcroix Ferdinand (dans les Statuts du Culte  antoiniste en 1922)

Dans les Statuts du Culte Antoiniste, en 1922, le Frère Delcroix est cité sous le prénom Ferdinand. Il ne peut s'agir cependant du père de Frère Delcroix (Ferdinand Delcroix, spirite, meurt en 1891).

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Fernand Delcroix, Distribution des prix, Athénée royal, Humanités anciennes (La Meuse, 31 juillet 1906)(Belgicapress)

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Fernand Delcroix, Distribution des prix, Athénée royal, Humanités anciennes (La Meuse, 31 juillet 1906)(Belgicapress)

Ici, le Frère Delcroix est cité sous le prénom Fernand.

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Écrivains liégeois : Robert Vivier (La Wallonie, 4 avril 1936)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Écrivains liégeois Robert Vivier (La Wallonie, 4 avril 1936)(Belgicapress)

LA RÈGLE DE VERRE
OU
LA MESURE des LIVRES NOUVEAUX

ÉCRIVAINS LIÉGEOIS

    Robert Vivier vient d'écrire un grand livre. Nous emploierions le mot de chef-d'œuvre si le ton de la première partie avait pu être soutenu dans les deux autres ; mais la seconde, notamment, est une chute, qui fait trop apparaître l'application et le désir – ou le besoin – de fidélité au document. C'est, à n'en pas douter, le sujet qui en est cause. Quant au troisième compartiment, il est, dans son intention de glose et sa mémoire du développement de l'antoinisme profond aussi bien qu'extérieur, rituel, si spécial et méticuleux ! C'est pourtant ici que nous trouvons, parmi bien d'autres, le portrait le plus vrai et plus émouvant après celui de Louis Antoine et celui de son épouse : celui du professeur Delcroix. Nous pouvons l'assurer l'ayant longtemps connu.
    Ce qui porte notre préférence à la première partie du livre, c'est sa coloration, sa poésie, sa belle transposition de la vérité des lieux, des circonstances et des saisons, son émotion profonde et savamment conduite, – d'un style simple et parfait, de la plus harmonieuse nudité. Tout cela vous prend et vous conquiert dès la seconde page :
    « L'enfant connut le chaud, le froid, le bruit et le silence, les couleurs du jour et de la nuit, dans la cuisine dallée et dans la chambre à coucher base de plafond, cuisante en été sous la toiture. Il s'émerveilla d'un chat roux et blanc qui dormait au soleil, et de la blancheur des « jattes », où la mère versait le café et où Martin et les enfants trempaient leurs tartines. L'hiver, il était bon de se tenir tous ensemble auprès de l'âtre chaud, qui jetait de grandes lueurs par toute la cuisine. On entendait péter les pommes de terre qui cuisaient sous la cendre. Au printemps dès que le vent était moins sec, la mère poussait le bambin dehors lui fourrant dans la main une croûte de pain et une pomme :
    « – Allez jouer, il fait si beau. Il y a du soleil.
    Car les mères wallonnes disent vous à leurs enfants. C'est comme une caresse timide.
    Dehors, c'était le ciel bleu, le jardin. A la belle saison, on voyait des giroflées du réséda, des pois de senteur. Les plants des haricots montaient le long des perches où s'enroulaient leurs vrilles et portaient des fleurs blanches et rouges, comme des papillons. Un bourdon murmurait dans l'air, et le petit Louis essayait de chanter comme le bourdon, à lèvres closes. Une fourmi l'intéressait, puis deux, puis trois. Ce qu'il y en avait des fourmis... Elles marchaient toutes très vite, chacune fort occupée à son affaire, et n'avaient pas l'air de se connaître.
    « Mais l'essieu d'un tombereau criait sur le chemin, et les gosses couraient hors du jardin pour voir qui passait. Louis trébuchait derrière, pleurant pour qu'on l'attendit. Alors sa douce sœur Marie-Josèphe venait le prendre par la main et le ramenait dans le jardinet :
    « – Louis, venez ! Allons regarder dans le puits...
    « Elle retenait son petit corps contre la margelle. Penchés tous deux, ils voyaient danser le rond clair du ciel et, si l'on observait très longtemps, deux menues figures tout au fond : Louis et Marie-Josèphe ! Puis la fillette laissait descendre le seau au bout de sa longue chaîne. Au moment où le seau touchait les figures, tout s'effaçait.
    « Ces choses intéressaient prodigieusement le petit garçon. Qu'est-ce que c'était que ces deux figures ? On aurait dit que c'était eux et ce n'était pas eux. Ils étaient à l'envers comme s'ils allaient tomber dans le ciel, mais ils n'y tombaient jamais. Puis le seau venait et il n'y avait plus rien. Alors Louis regardait en l'air, et le ciel n'était plus en bas, mais en haut comme toujours. Ainsi le petit garçon pensait. S'il de demandait à Marie-Josèphe, elle le traitait de « sot » mais ne savait rien expliquer.
    « Il y avait beaucoup de questions à poser, sur les bêtes, sur les plantes, sur les étoiles et la lune. Il interrogeait la maman. Celle-ci ne l'appelait pas « sot ». Elle hochait la tête et répondait :
    « – C'est le bon Dieu.
    « En prononçant ces mots elle devenait grave, et l'on aurait dit que sa figure se fermait. »
    Et voici Antoine chez Cockerill :
    « Il fut employé comme marteleur, c'est-à-dire qu'à l'aide d'une longue et lourde pince, il maintenait et tournait le lingot incandescent sur lequel descendaient par à-coups l'énorme pilon d'acier. Le bloc chauffé à blanc devenait rose, puis rouge. Les contacts de la pince y marquaient des taches sombres, aussitôt effacées, et le pilon en faisait jaillir constamment des étincelles blanches, vertes et bleues. Cela éblouissait les yeux et brûlait le visage. Nus jusqu'à la ceinture, les marteleurs attentifs commandaient de la voix la manœuvre du pilon. Et peu à peu, sous les coups assénés d'en haut, le bloc tout d'abord si dur se faisait malléable. Comme s'il avait été un être vivant, il obéissait, il changeait de forme. C'est le feu tout-puissant qui amollit la dureté du métal. L'humble marteleur admirait cette puissance du feu.
    « Longuement, tandis qu'il surveillait le lingot, assourdi par le bruit du marteau-pilon, attentif à ramener la masse de métal à l'aide de ses tenailles, à l'empêcher d'échapper au marteau salutaire, il réfléchissait que la vie humaine, elle aussi, est un chose qui doit être redressée, maintenue à force d'attention, de clairvoyance. Mais maintenir suffit pas... Quel est le feu qui agit sur l'homme, qui défait en lui la rigidité du mal, qui permet à la vie mal formée de se refondre et de guérir ? Il sentait en lui ce désir et cette puissance d'agir, ce feu qui défait le mal, mais il n'aurait su dire quelle en était la source et qui l'avait allumé. »
    Parmi les épisodes les plus touchants et suggérés avec le plus de délicatesse, on retiendra celui au cours duquel Antoine s'unit à Catherine Collon, qui sera plus tard la Mère du culte :
    « Ils s'assirent sur un talus, au bord des labours. L'herbe n'était pas mouillée, vraiment, et la terre était à peine humide, douce à toucher. D'ici l'on pouvait voir toute la vallée, et en face les hauteurs et les bois. Déjà le crépuscule s'approchait, montant de partout, descendant aussi du ciel proche, ou couraient des nuages mous et mobiles.
    « Dans le soir qui tombait, connaissaient-ils encore leurs visages ? Mais il importait peu de voir. Quand l'homme écrasa les lèvres de la jeune fille, elle eut un sourd gémissement, et se laissa aller sur l'herbe. L'homme sentait sous lui ce corps de fille, doux et indistinct, qui se débattait à peine, et l'environnait de chaleur et d'ombre...
    « Beaucoup plus tard, ils redescendirent le chemin.
    « Entourée de son bras, elle lui abandonnait son poids charnel, dont il avait désormais la charge en ce monde ».
    L'œuvre offre à tous un intense intérêt, bien souvent pathétique. S'inspirant de notre contrée, animant notre population ouvrière d'autrefois, relatant la belle, la bonne et curieuse vie d'Antoine le Guérisseur que nous avons connu, écrite en outre par l'un des nôtres, elle s'impose à l'attention – puis à l'admiration de tous les Liégeois. Autre référence : elle est refusée par notre Ministère des Beaux-Arts, service des Bibliothèques, où l'on n'accueille généralement que poncifs et rebuts.

                                                                                                     Maurice MARCINEL

La Wallonie, 4 avril 1936 (source : Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

    La Gazette de Charleroi, annonce les 5 et 9 septembre 1906 à Liège la prochaine conférence "spirite" que le sujet "Qu'est-ce que le spiritisme et Maître Antoine le Guérisseur", organisée par les frère Hollange et Delcroix.

(source : Belgicapress)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

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Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

    La Gazette de Charleroi, annonce les 5 et 9 septembre 1906 à Liège la prochaine conférence "spirite" que le sujet "Qu'est-ce que le spiritisme et Maître Antoine le Guérisseur", organisée par les frère Hollange et Delcroix.

(source : Belgicapress)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

Liège - Rue de la Station - Hôtel de l'Espérance (1905)

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Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)(Belgicapress)

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Chez Antoine le Guérisseur (La Meuse, 28 octobre 1911)(Belgicapress)CHEZ
ANTOINE LE GUERISSEUR

    On lit cet intéressant article dans la belle revue belge illustrée : le « MOIS CHEZ NOUS » :

    Nos lecteurs auront certes entendu parler d'Antoine, ce doux philosophe qui, à Jemeppe-sur-Meuse, fit tout d'abord métier de « Guérisseur », attirant à lui les malades, les névrosés surtout et les faibles et les guérissant par la force de sa suggestion. Peu à peu, cependant, Antoine a élevé ses aspirations ; ses malades ont voulu voir dans sa philosophie une religion nouvelle et il compte, tant en France qu'en Belgique, des milliers d'adeptes. Nous avons donc jugé curieux d'exposer à nos lecteurs l'origine, la nature et le caractère de ce mouvement.

LA NAISSANCE DE
                       L'« ANTOINISME ».
             Antoine le Guérisseur
    « Louis Antoine est né en 1846 à Mons-Crotteux (province de Liége), de parents pauvres et très simples. Il est le cadet de sa famille qui comptait onze enfants. Il débute, à 12 ans, dans la mine, accompagnant son père et un frère qui étaient également mineurs. Ne voulant plus descendre dans la fosse, il devint ouvrier métallurgiste. A 24 ans, il quitte la Belgique pour aller travailler en Allemagne où il séjourne pendant cinq ans.
    Deux ans plus tard, il va à Prague, près de Varsovie (Pologne russe) et y accomplit un nouveau terme de cinq ans, puis il s'installe définitivement en Belgique, à Jemeppe-sur-Meuse. Avant de partir pour la Pologne, il était revenu au pays épouser une femme qu'il connaissait de longue date. De leur union naquit un garçon, que la mort leur ravit à l'âge de vingt ans. Mais grâce à leur grande foi, aucun des deux époux n'en fut découragé ; au contraire, ils se dévouèrent davantage. Leur séjour à l'étranger leur avait permis d'amasser une petite fortune, ils la sacrifièrent pour venir en aide aux malheureux, éprouvant plus de bonheur à la dispenser à tous, qu'ils en avaient trouvé en l'acquérant par leur labeur. Car ils avaient déjà compris le but de la vie et leur conscience les sollicitait, sans trêve ni merci, d'aller de l'avant dans cette voie ».

             A Jemeppe-sur-Meuse
    J'extrais cette biographie d'une petite brochure qui, tout récemment m'était tombée sous les yeux. Déjà à diverses reprises, J'avais entendu parler de cet homme qui s'entourait d'une auréole de mysticisme. Des gens s'en moquaient ouvertement, d'autres semblaient y croire, mais les explications que je recueillais à distance étaient par trop vagues.
    Je décidai donc, la semaine dernière, de me rendre à Jemeppe-sur-Meuse et, en cours de route, j'achevai mon éducation, en parcourant la petite brochure que j'avais sur moi. J'ai appris ainsi qu'Antoine est un végétarien endurci : non seulement il ne mange pas de viande, mais il s'abstient également de beurre, d'œufs et de lait. Cela ne l'empêche pas d'ailleurs de se porter à merveille dans sa solitude. Car cet homme, qui a déjà tant fait parler de lui, vit dans un isolement absolu. Quant à sa femme, elle habite avec deux orphelines qu'ils ont élevées et elle partage en tout les idées de son mari. Les antoinistes l'appellent « notre mère »...
    J'appris encore que ce philosophe sorti du peuple fut de tout temps d'une sensibilité aiguë et qu'il prit tout jeune l'habitude de se recueillir profondément. Catholique jusqu'à quarante-deux ans, il se livra ensuite au spiritisme ; mais les expériences, qu'il fit ne parvinrent pas à le convaincre et il en vint à se forger une morale dont la conception absorba dès lors toutes ses facultés. A partir de 1906, il entreprit de prêcher ce qu'il appelait le « nouveau spiritualisme » et il changea de nom, pour prendre celui d'Antoine-le-Généreux.
    Mais nulle part il n'était dit que l'apôtre du nouveau spiritualisme avait eu recours à des livres : c'est donc à peine si Antoine sait lire et écrire et il dut s'assimiler avec beaucoup de difficultés les vagues notions de morale évangélique et de philosophie qu'il possède.
    Mais me voici en gare de Jemeppe, petite commune industrielle très populeuse et où, à première vue, le mysticisme semble avoir quelque peine à prendre racine. Je descends et le premier passant que j'interroge m'indique la route à suivre pour me rendre au Temple.

             Le Temple d'Antoine
    Car, depuis 1905, Jemeppe s'honore de posséder un temple consacré au culte de l'antoinisme. C'est la curiosité de l'endroit, les guides de renseignent aux étrangers et les Jemeppois en conçoivent une certaine fierté.
    Ce temple s'élève à front de la rue du Bois-de-Mont. Il est construit dans un style plutôt négatif, mais la disposition intérieure, tout en étant fort simple, ne manque ni de confort, ni de dignité.
    C'est une grande salle rectangulaire dont les murs sont peints à huile. Toutes les portes sont capitonnées. Le plafond repose sur une double rangée de poutrelles en fer. Sur le sol s'étend un parquet, et des radiateurs, qui courent le long des murs, entretiennent une douce chaleur dans la salle.
    Dès l'entrée, les regards s'arrêtent sur une inscription en lettres d'un pied, qui couvre tout le mur du fond. C'est la « révélation de l'auréole de la conscience » et j'ai eu soin d'en prendre copie : « Un seul remède », y est-il dit, « peut guérir l'humanité : la foi ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de Le servir : c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité ». C'est un peu long peut-être, mais cela vous donne déjà une idée de la philosophie lénitive à laquelle s'est arrêté cet ancien ouvrier mineur.
    Contre ce même mur s'élève une sorte de perron orné au centre d'une draperie noire qui porte, en blanc, le symbole de la antoinisme : l'« arbre de la science de la vue du mal ».
    Au pied du perron, que seul Antoine a le droit de gravir, une modeste chaire et, face à cette chaire, une trentaine de rangées de bancs et de chaises.
    C'est tout.

             Comment Antoine opère
    Le temps n'est plus où Antoine recevait ses malades « en consultation », les soignant un à un par la seule force de sa persuasion. Depuis bientôt deux ans, sa retraite est fermée à tous, même à ses plus fervents adeptes. Tous les jours, à dix heures, fidèles et malades se groupent dans le temple et le guérisseur n'opère plus qu'en masse.
    Bien entendu, j'avais pris mes dispositions pour me trouver vers dix heures à la rue Bois-de-Mont. J'arrive donc à temps pour voir la foule s'engouffrer dans le temple et pour y pénétrer à mon tour... alors que toutes les places sont déjà prises.
    Et force m'est de le reconnaître, puisqu'après tout, ma mission est de rapporter ici ce que j'ai vu et rien de plus : il plane sur cette assemblée une atmosphère de parfaite sérénité, qui, lorsqu'Antoine paraît pour gravir lentement les marches du perron, se transforme en un profond recueillement.
    Quel homme extraordinaire que cet Antoine ! Ses traits, adoucis par la retraite et l'absolue sobriété, semblent s'être épurés encore dans le recueillement et sa chevelure soyeuse se confond avec une barbe d'apôtre qui lui couvre tout le bas du visage.
    L'œil est plutôt petit, mais le regard est d'une rare limpidité. L'austère vêtement – une sorte de redingote noire à double collet et boutonnée à la façon d'une soutane – qu'Antoine ne quitte plus depuis dix ans contribue encore à donner du relief à cette tête plus étrange, peut-être, que vraiment belle. Tel qu'il est cependant, on conçoit aisément que des malheureux affaiblis par la maladie ou la misère se laissent vivement impressionner au seul aspect de cet homme, qui paraît d'ailleurs très pénétré de son pouvoir spirituel.
    Le voici donc au haut du perron. Un de ses adeptes, revêtu de la même robe, a pris place à la chaire et tous deux se recueillent longuement au milieu d'un silence religieux. Enfin, Antoine se redresse et, d'un geste auguste, il étend les mains sur la foule. La minute est impressionnante. Puis le guérisseur se retire, avec la même lenteur et sans avoir un seul instant desserré les lèvres. Car, s'il ne reçoit plus personne, il ne parle pas davantage et c'est désormais dans ce seul geste de bénédiction que les malades qui viennent à lui doivent trouver leur guérison.
    C'est un spectacle bien pénible, hélas ! que de voir dans cette foule quantité de pauvres gens au teint pâle, au visage émacié, au dos voûté par de longues souffrances, qui viennent là, poussés par un ultime espoir et qui mettent ce qui leur reste de confiance dans cette dernière tentative.
    Mais le « service » est fini et silencieusement, le temple se vide. Dans certains regards, une flamme s'est allumée. C'est que, chez ces malheureux, la suggestion a opéré : ils iront désormais, se persuadant que leurs douleurs physiques ne sont plus et ils se proclameront guéris.

                         LE MOUVEMENT
             Rue du Bois-de-Mont, No 2
    Quant à moi, ce que j'avais vu m'avait trop intrigué pour ne pas me confirmer encore dans mon désir de poursuivre mon enquête. Au sortir du temple, je me rends donc tout à côté, à la rue du Bois-de-Mont, No 2, où se trouve installé le bureau central de l'Antoinisme.
    J'y suis fort aimablement reçu par M. Delcroix, un des plus fervents adeptes du « culte » qui, tout comme Antoine, porte la « robe ».
    – Nous recevons ici, dit M. Delcroix, des centaines et des centaines de lettres par jour et ceci vous donne une première idée de l'importance du mouvement.
    – Et vous y répondez ?
    – Il nous est impossible, évidemment, de répondre à chacun. D'autant plus que les nombreuses visites que nous recevons absorbent encore une grande partie de notre temps.
    – Vous disposez, sans doute, pour votre propagande ?...
    – Nous ne faisons pas de propagande. Ceux qui viennent à nous sont les bienvenus, mais nous n'avons pas le droit d'aller à eux.
    – Soit, mais il vous a fallu cependant élever ce petit temple, organiser ce bureau et tout cela exige des ressources. Comment vous les procurez-vous ?
    – Nous ne nous procurons pas de ressources.
    – Ah...
    – L'argent vient à nous dès que nous en avons besoin, mais nous n'avons pas de caisse... Nous sommes tous frères et les frais qu'il nous faut faire pour le culte sont couverts sans que jamais nous n'ayons éprouvé de difficulté.
    – Vous venez, je crois, de décider la publication mensuelle d'une brochure ?
    – En effet. Le premier numéro de l'« Unitif » a paru en septembre et nous tirons en ce moment le second numéro. Ceci va me permettre de vous montrer notre imprimerie.

             Une Imprimerie sans ouvriers
    Nous sortons du bureau et de l'autre côté du temple, nous pénétrons dans un étroit couloir qui aboutit à un atelier d'imprimerie proprement installé et où deux jeunes filles s'occupent à rogner des brochures.
    – C'est l'heure où vos ouvriers se reposent ?
    – Nous n'avons pas ouvriers.
    – ... ?
      Des fidèles de bonne volonté nous prêtent fraternellement leur concours et, comme vous le voyez par la brochure que voici, la besogne n'en est pas plus mal faite. Le premier numéro de l'« Unitif » a cependant été imprimé ailleurs, parce qu'il nous en fallait trois cent mille exemplaires... Mais voici déjà les paquets du second numéro qui sont prêts à être expédiés.
    – Et combien vendez-vous cette brochure ?
    – Je ne vends rien.
    – ... ?? 
    Et comme, machinalement, j'examine un de ces bulletins, je lis, en tête de la première page : « Le numéro : 15 cent. ».
    M. Delcroix a suivi mon regard.
    – Oui, fait-il, le prix s'y trouve renseigné ; mais c'est au bureau que l'on s'occupe de ces choses-là. Je n'y prends aucune part.

             Le mouvement Antoiniste
    – Mais, pour avoir tiré à trois cent mille exemplaires, combien d'adeptes comptez-vous donc ?
    – Nous en ignorons nous-mêmes le nombre. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, dans toute la province, vous trouverez, dans le plus petit village, des malheureux que notre père a guéris. Ce sont d'autant d'adeptes et ainsi le culte se répand de lui-même.
    – Avez-vous des temples ailleurs encore qu'à Jemeppe ?
    – Sans doute. Nous en devons partout où le besoin s'en fait sentir. Il y en a déjà à Liége, à Ougrée, à Kinkempois, à Bruxelles, à Verviers, à Jumet, à Farcienne...
    – Vous n'êtes guère sorti encore des frontières belges ?
    – Au contraire. Nous comptons de très nombreux fidèles en France et il ne se passe pas de jour sans que des Français viennent nous rendre visite.
    D'ailleurs, nous y avons également plusieurs temples à Paris, notamment à Monaco, à Nice, à Grenoble, à Vichy, à Aix, à Maubeuge, à Douzies...
    – Et Antoine se rend-il dans chacun de ces temples ?...
    – Il se borne à les consacrer.
    – Il vous a donc fallu créer un « ordre » pour les desservir ?
    – Nullement. L'Antoinisme est basé sur la plus absolue liberté. La « robe » que je porte nous a été révélée par notre père, mais elle n'est imposée à personne. Chacun, dès l'instant où il en reçoit l'inspiration et s'il se sent digne de la porter, est libre de la prendre.
    Je l'ai dit, cette robe est en somme une étroite redingote à double collet. L'uniforme se complète d'un chapeau-tromblon fort disgracieux et il rappelle de singulière façon l'accoutrement des « demi-solde » vers 1818...

  QUELQUES MOTS SUR L'ANTOINISME
             Le principe fondamental
    J'étais au terme de ma visite. Mais il me restait à user de l'extrême bonne grâce de mon guide, pour obtenir de lui quelques renseignements sur la philosophie d'Antoine.
    – L'Antoinisme, fit M. Delcroix, est entièrement basé sur l'amour fraternel. L'« auréole de la conscience » que vous avez lue dans le temple vous en donne la preuve. « Il nous faut aimer nos ennemis » : tel est notre grand principe. Et pour y parvenir, nous devons perdre la notion fausse que nous avons du bien et du mal. Dans ses révélations, Antoine dit : « Dieu est tout amour. Il ne peut avoir créé le mal. Si le mal existait, il serait l'œuvre de Dieu, puisque tout est créé par Lui ; or, dès l'instant qu'Il crée le mal, Il cesse d'être Dieu, parce qu'Il cesse d'être bon ; Lui seul est alors la cause de nos souffrances ». Ou encore : « Quand nous ne verrons plus le mal, nous serons avec Dieu : mais si peu que nous le voyions, nous devenons incompatibles avec Lui ». Ainsi la cause de toutes nos souffrances est en nous ; les épreuves que nous imposent nos ennemis contribuent à notre progrès moral et c'est pourquoi nous devons les aimer.

             Une étrange théorie
    – Comment Antoine explique-t-il ses guérisons ?
    – Par les fluides. Toute pensée a son fluide et, suivant la nature de nos pensées, ce fluide sera plus ou moins ténébreux ou plus ou moins éthéré. Par les pensées impures, notre atmosphère s'alourdit et nous perdons le fruit de longues méditations.
    Notre devoir est de nous élever sans cesse vers des fluides plus limpides. Ainsi, en cas de désaccord, c'est grâce au fluide dégagé par nous que l'adversaire se rend à la raison. S'il constate qu'un de nos actes lui a porté préjudice, il est de son devoir de nous le faire remarquer, « mais le nôtre n'est pas de nous disculper, car ce serait nous servir du même fluide et puiser dans les ténèbres. »
    – Usez-vous de prières ?
    – La meilleure prière, a dit Antoine, est dans le travail. D'ailleurs, encore une fois, la base de notre culte est l'absolue liberté. N'allez donc pas croire surtout que je cherche à vous prêcher. Nous respectons toutes les croyances et aussi les incrédules. Notre père l'a dit : « Il me suffit de vous éclairer sans chercher à vous convaincre, car il est plus grand et plus méritoire de vouloir être honnête. »

    Ni Sacrements, ni Rites, ni Cérémonies
    – Vous parlez de liberté ; mais votre culte ne va pas cependant sans vous imposer des devoirs ?
    – Au delà de notre conscience il n'en existe pas.
    – Quels sont vos rites, vos cérémonies ?
    – Nous n'en avons pas. Tous les jours à dix heures, l'enseignement est lu ici par l'un de nous à ceux qui veulent bien se rendre au temple.
    – Quels sont vos sacrements ?
    – Nous n'en avons pas.
    – Mais le mariage ?
    – Ceux qui veulent se marier ont pour eux le mariage civil. Ils ont en se mariant à faire œuvre d'absolu désintéressement et c'est tout !
    – Vous approuveriez donc au besoin l'union libre ?
    – jamais !... Mais aussi vous me posez là des questions ! L'idée de mariage suppose toujours un amour charnel dont nous voulons nous affranchir. Bien entendu, aussi longtemps que cet amour existe encore en nous, nous devons nous marier en nous basant sur la morale et sur la pureté. Mais nous parviendrons à nous épurer suffisamment pour « ne plus passer par le mariage ». Je vous l'ai dit : notre culte est bâti sur l'amour « fraternel », et nous trouvons cruel d'aimer une femme et des enfants plus que tous nos semblables...

              CONCLUSION
   
Me voici loin de Jemeppe, loin du temple et loin de M. Delcroix. Et, après avoir cherché à concentrer mes impressions sur tout cela, voici à peu près à quoi je me suis arrêté.
    Cet Antoine est indubitablement sincère. Pendant plus de vingt ans, il s'est absorbé dans de profondes pensées et sa morale, émanant d'un homme sans instruction aucune, représente une prodigieuse somme d'effort et de volonté.
    Mais en agissant ainsi, il n'a fait en somme – et cela, chose curieuse, en plein vingtième siècle – que ce que faisaient jadis les premiers philosophes de l'antiquité.
    Comme eux, il a puisé en lui tous les éléments de sa morale ; comme eux, il a longuement concentré ses pensées sur des problèmes dont il s'est refusé à chercher la solution ailleurs que dans ses propres raisonnements. Comme eux encore, il s'est borné pendant des années à « causer » avec ses disciples, car jamais il n'a écrit une ligne et pour posséder son enseignement, il a fallu sténographier, tandis qu'il parlait.
    C'est donc un philosophe des temps anciens, mais un philosophe très candide et très naïf. Il a peur de l'intelligence dont il fait la source de nos erreurs, car l'intelligence a une tendance à s'appuyer sur ce qui est matériel et la vérité est « de l'autre côté ».
    Bref, quelle qu'en soit la valeur, sa philosophie a l'avantage d'être très douce, très apaisante et elle prête à ceux qui s'en sont pénétrés, un calme et une onction tels, qu'ils semblent s'être détachés de tout souci matériel et vivre dans une atmosphère de rêve...
    Souhaitons-leur, puisqu'ils se disent heureux, de ne pas se réveiller...
                                                                           Georges Dolnay.

La Meuse, 28 octobre 1911 (source : Belgicapress)

 

    Une illustration de la revue Le Mois chez nous a été reproduite sous forme de carte postale.

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L'Antoinisme - Correspondance (La Meuse, 8 décembre 1910)(Belgicapress)

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L'Antoinisme - Correspondance (La Meuse, 8 décembre 1910)(Belgicapress)

CORRESPONDANCE

L'ANTOINISME

    M. F. Deregnaucourt, président du Comité du Temple, antoiniste de Jemeppe-sur-Meuse, nous prie de bien vouloir insérer l'article suivant :

    Antoine-le-Guérisseur, de Jemeppe-sur-Meuse, et ses adeptes, viennent de déposer sur le bureau de la Chambre des représentants, une pétition qu'ils adressent au Roi et aux Chambres pour demander la reconnaissance légale du culte antoiniste. Cette pétition est signée par 160,000 adeptes d'Antoine, tous Belges et majeurs.
    Les progrès rapides de l'Antoinisme en Belgique et en France tiennent du prodige. La religion nouvelle, fondée à Jemeppe-sur-Meuse depuis quelques années, compte aujourd'hui plusieurs centaines de milliers d'adeptes. Tous les Liégeois connaissent le Temple de Jemeppe-sur-Meuse, dont la gestion matérielle appartient à un Comité de neuf membres dont j'ai l'honneur d'être le président ; dont M. Delcroix, professeur à l'Athénée Royal de Liége, est le secrétaire, et dont M. Delaunoy, lieutenant d'infanterie à Bruxelles, est le trésorier. D'autres temples vont être érigés, notamment à Bruxelles et dans le Hainaut, aux frais des adeptes. Le Nord de la France se convertit rapidement à la religion nouvelle. Il y a un millier d'adeptes à Tours, autant à Vichy, autant à Nice et à Monaco. Un adepte de l'Isère fait construire, au Touvet, un temple sur le modèle de celui de Jemeppe.
    Il s'agit donc là d'un mouvement religieux très sérieux. Mais il faut assister aux exercices du culte, au temple de Jemeppe-sur-Meuse, pour se convaincre du grand sentiment de piété qui anime les adeptes. Les lundi, mardi, mercredi et jeudi de chaque semaine, le Maître opère sur tous les malades réunis dans le temple. C'est à peine si l'édifice peut contenir la foule recueillie. A dix heures, Antoine entre dans le temple, monte en chaire et l'opération s'accomplit devant environ deux mille personnes debout qui attendent, du Maître, avec une ferveur inexprimable, la guérison de leurs souffrances morales ou physiques. Tous les dimanches, à dix heures, un adepte donne lecture d'un chapitre de l'Enseignement. C'est la même affluence et le même recueillement.
    Si Antoine le Guérisseur et ses adeptes demandent la reconnaissance légale de leur culte, ce n'est pas pour obtenir des subsides ou la rémunération de ses ministres. L'antoinisme est basé sur le désintéressement le plus absolu, mais nous vivons sous une législation qui confère aux cultes reconnus par la loi de très grands avantages. Jusqu'ici, seuls les cultes catholique, protestant et juif ont demandé et obtenu la reconnaissance légale et joui des avantages afférents à cette reconnaissance.
    L'antoinisme a les mêmes droits de jouir de ces avantages.
    Le plus grand de ces avantages est d'assurer l'existence légale des édifices consacrés aux cultes. Dans les cultes reconnus, les fabriques ou consistoires ont la personnification civile, peuvent recevoir des dons et legs : ils sont propriétaires des églises, temples ou synagogues. Il n'y a plus de transmission de propriété à effectuer, plus de droits de mutation ou de succession à payer. La reconnaissance de l'antoinisme aura donc pour effet d'assurer l'existence légale du temple de Jemeppe-sur-Meuse et des autres temples qui seront érigés ultérieurement.
    Cette considération suffit pour démontrer l'intérêt que les 160,000 signataires de la pétition ont à voir la Chambre des représentants et le Sénat accueillir leur demande et voter une loi qui assimilerait l'antoinisme, quant à la reconnaissance légale, aux cultes catholique, protestant et juif.
    Nous ne voyons pas, d'ailleurs, qui pourrait s'y opposer. Le droit des antoinistes est évident et qui voudrait prendre la responsabilité d'un véritable déni de justice ? Ce ne seront certainement pas les catholiques de la Chambre, qui doivent être heureux de constater cette renaissance du sentiment religieux dans notre pays. Et quant aux libéraux et aux socialistes, nous savons qu'ils sont, comme nous, partisans de la séparation de l'Etat et des Eglises ; mais tant que nous vivons sous la législation actuelle, voudront-ils refuser à l'antoinisme les avantages que la loi confère aux autres cultes ? Nous ne pouvons pas le croire et nous sommes convaincus que tous seront d'accord pour voter la loi demandée.
    Et ainsi seront réalisés les vœux du saint de Jemeppe-sur-Meuse, devant qui tous doivent s'incliner avec vénération. N'est-il pas la plus grande force morale qu'il y ait au monde ?

DEREGNAUCOURT.

La Meuse, 8 décembre 1910 (source : Belgicapress)

 

    Ce texte du frère Florian Deregnaucourt suit le témoignage d’Hélène Defrance paru dans la revue Wallonia (Tome XVIII, n°12, déc. 1910).

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Funéraille du Père - mise en fosse (Roland AE Collignon)

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Funéraille du Père - mise en fosse (Roland AE Collignon)
(Archives de Roland AE Collignon)


Au cimetière, pas de chants, pas de prières psalmodiées ;
mais le recueillement, mais la gravité des visages étaient, pour qui savait entendre,
le plus formidable plain-chant. La solennité l'emportait sur la détresse, tous sentaient,
plus ou moins confusément, que l'éternité ne connaît pas de rupture.

    À droite, la main sur le cercueil, on reconnaît le frère Florian Deregnaucourt. À l'extrême gauche, il peut s'agir du frère Fernand Delcroix. La même photo est dans les Archives du Temple de Retinne.

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F.Delcroix - Aurore d'une civilisation moral (La Meuse, 26 octobre 1905 & Revue spirite, 1er décembre 1905)

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F.Delcroix - Aurore d'une civilisation moral (Revue spirite, 1er décembre 1905)

F.Delcroix - Aurore d'une civilisation moral (La Meuse, 26 octobre 1905 & Revue spirite, 1er décembre 1905)Aurore d'une civilisation morale

    D'aucuns dont les conceptions sont pacifistes et humaines, se plaignent de la cruauté du présent et inclinent à croire au néant de tout effort qui a pour but de transformer l'humanité. Ils s'effraient du sang et des larmes que coûte le plus léger progrès. L'individu change peu, à leur avis, restant au fond cette bête de proie qui s'approprie aux dehors d'une prétendue civilisation et substitue la ruse à la force. Que les circonstances le libèrent, soit sur le champ de bataille, soit dans les milieux lointains de l'expansion coloniale, le fond meurtrier réapparaît. La convoitise et la haine sommeillent dans les cœurs ; l'occasion ou le moindre froissement les réveille, l'impunité les débride. La lutte fratricide des intérêts divise les enfants d'une même patrie et la guerre, plus destructive que jamais, fauche par milliers des vies jeunes et vigoureuses, alors que notre monde, ô ironie, déplore la dégénérescence des races.
    Dans les villes, la corruption grandit et s'étale sans vergogne ; partout, dans le livre, au théâtre, aux vitrines, on exploite la sensualité. Et c'est une surprise pour qui réfléchit que tant de passions, aguichées par toutes les tentations modernes, ne parviennent pas à dissoudre les sociétés.
    – Voilà précisément la meilleure réponse aux doléances des pessimistes. Notre résistance morale s'est accrue. De même que la jeune femme se garde plus malaisément dans le luxe et le sourire des villes où elle jouit de plus de liberté que sous les regards ombrageux de la médiocrité campagnarde ; de même les vertus sont autrement méritoires au sein de notre âge d'or économique, dont les merveilles auraient fasciné nos misérables ancêtres.
    Notre sensibilité est plus fine et plus intelligente. La plupart des hommes craignent de faire souffrir, et cette bonté sert de mesure à leurs instincts. Les rapports sociaux imposent plus de ménagements ; il règne une sorte d'opinion moyenne de l'honneur qu'on ne heurte ni volontiers, ni impunément. Mais où apparaît clairement l'adoucissement des meurs, c'est dans la naissance et le développement d'œuvres toujours plus nombreuses de protection et de préservation sociales. Les sanatorias et les dispensaires de tuberculeux, les ligues en faveur de l'enfance, de la jeune fille, les colonies scolaires, les patronages de tous genres, réalisent des formes plus délicates de la bienfaisance et sont comme les signes d'une orientation nouvelle. Le même mouvement d'avant-garde se dessine par ailleurs. La médecine évolue dans le sens de l'étiologie et de la prophylaxie ; elle espère plus de l'hygiène des milieux et de l'esprit de prévoyance général que de la thérapeutique individuelle. L'école prenant de plus en plus contact avec la vie ambiante, s'inquiète davantage de la formation du cœur et des caractères. Elle reconnaît qu'il ne suffit pas d'utiliser les intelligences pour les triomphes matériels, qu'il importe autant, dans nos sociétés policées, de cultiver les penchants altruistes, d'aviver le sentiment de l'étroite solidarité qui unit les individus et les groupes sociaux. Ces tendances rénovatrices se sont affirmées dans tous les derniers Congrès internationaux de Liège, où a passé comme un souffle d'espérance. On dirait qu'une pensée d'unité cherche à se faire jour, que ces organismes épars sont en marche vers un même but, qu'ils se rejoindront bientôt pour former une puissante ligue offensive et défensive contre les lois d'airain de la nature et du champ de bataille économique.
    Les sociétés qui propagent ce mouvement de pitié et de solidarité humaine rencontrent partout mille encouragements. Des protecteurs illustres leur offrent leur appui moral et financier ; les comités d'action, et parfois de représentation, se composent des plus grands noms de la noblesse, de la politique, de la finance. Combien cette tâche paraît aisée cependant, en regard de la mission que M. Antoine a eu le courage d'assurer au cœur des idées ouvrières (1). Il a fondé une société spirite dans des vues toutes chrétiennes, résolu à négliger les manifestations physiques et les médiumnités bruyantes dont, ailleurs, on s'occupe un peu trop. Il aime mieux former des caractères. Il détache du cabaret et fortifie la vie de famille. Il détourne les esprits de la guerre des classes et des préoccupations utilitaires pour les aiguiller vers l'étude des problèmes intellectuels et moraux. Il habitue les adeptes à réfléchir sur les obstacles de chaque jour, enseignant la résignation, qui est à la fois une noble vertu et un acte de bon sens ; il leur conseille partout et toujours, par la parole de l'exemple, la réforme de soi qui est bien la question primordiale dans l'amélioration des sociétés. Les fidèles se réunissent dans leur temple trois fois par semaine : deux soirées sont consacrées à la lecture et aux instructions pratiques que suscitent des questions variées précises et surtout vivantes, puisque l'activité quotidienne les suggère. Dans la matinée du dimanche a lieu la moralisation des esprits qui se communiquent par l'intermédiaire de médiums écrivains. Le silence recueilli qui règne dans cette assemblée de chrétiens est véritablement émouvant, et cette émotion grandit quand l'expérience nous révèle qu'il ne s'agit en rien d'idées toutes platoniques et que nous avons affaire à un intense foyer d'énergie morale. Les fidèles sont agissants. Ils pratiquent le bien avec émulation. L'ardeur que d'autres dépensent pour des joies frivoles et passagères est donnée tout entière à l'acquisition des vertus qui fondent le vrai bonheur. Ces cœurs dévoués honorent M. Antoine comme un père ; ils l'entourent de la plus vive affection. C'est l'unique et douce récompense de cet homme de bien qui, loin de bénéficier des encouragements du monde officiel et du respect sympathique des honnêtes gens en place, n'a guère récolté jusqu'ici que sourires, indifférence ou dédain.
    Faut-il s'en étonner, puisque, de son vivant, toute vraie grandeur a été méconnue ?

                                                                                 F. DELCROIX.

(1) M. Antoine dirige la Société spirite : les Vignerons du Seigneur, qui comptent des milliers d'adhérents en Belgique. Il vient de publier un livre de questions et de réponses, travail collectif des adeptes et de leur chef. Ce livre est intitulé : Enseignement, par Antoine le guérisseur, de Jemeppe-sur-Meuse.

 

Revue spirite, 1er décembre 1905
La Meuse, 26 octobre 1905

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