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La source de Père et Mère dans le bois d'Esneux

Publié le par antoiniste

    La forêt avait retrouvé son aspect figé. Seules les hautes fougères et quelques cimes oscillaient doucement sous le vent.
    Il emprunta une sorte de raidillon strié de filets d’eau. Tout au fond, un étroit passage traversait des fourrés mais il fallait se courber et progresser dans la trouée à l’aveuglette jusqu’à un amphithéâtre naturel où s’écoulait une source parsemée de pierres recouvertes de mousse. Antoine remplit son bidon et pria :
   - Je sais que mes souffrances ne sont que le résultat de mes actes, Père Eternel, mais qu’ai-je fait de mal pour que mon unique enfant soit ainsi plongé dans la douleur… ? Puissé-je prendre sa souffrance dans la mienne – il referma ensuite le bouchon et porta le bidon contre son front – accordez-lui la guérison, ô Dieu tout puissant, pitié !
[...]
    La voiture s’arrêta un bref moment à l’orée du bois de la Vecquée puis obliqua vers un petit coupe-feu. Il se découpait dans l’ombre des frondaisons comme une porte lumineuse ouverte sur la forêt. L’Oldsmobile avançait en cahotant sur le chemin de terre pour disparaître bientôt comme absorbée dans cette embrasure lumineuse.
    Il faisait un temps superbe. Un vent tiède agitait doucement les cimes.
    Un frère quitta le véhicule en premier afin d’ouvrir la portière à Antoine.
    Il aspira goulûment cet air qui lui manquait tant puis demanda à entrer dans la clairière.
Les deux frères l’aidèrent à s’asseoir sur une souche non loin d’un filet d’eau.
    Catherine demeura silencieuse à ses côtés. Le soleil venait de disparaître derrière les nuages. Le vent se leva dans un frémissement d’herbe et de feuillages. Les deux frères s’étaient éloignés par respect pour leur intimité. Après de longues minutes, Antoine leva les yeux vers le ciel observant les nuages qui se formaient en visages furtifs puis s’étiraient en s’effilochant.
    - Rien ne dure, pensa-t-il en observant de jeunes pousses et des digitales. Il les effleura de la main, et pourtant la vie est éternelle.
    A ce moment, un frisson lui parcourut le corps.
    - Rentrons, dit tristement Catherine …
    Le chauffeur ôta son caban et le déposa sur les épaules du Père en tapotant doucement ses épaules, comme pour y faire entrer un peu de chaleur.
Quelques instants plus tard, l’automobile quittait le bois et reprenait la route. Antoine demanda à s’arrêter plusieurs fois pour admirer les bois et les champs de seigle qui s’étendaient à perte de vue.
    - Mes enfants, dit-il sur un ton plaintif en posant sa main sur l’épaule de Catherine, j’ai froid…
Roland A E Collignon, La Vie tourmentée de Louis Antoine


    Ce jour-là, pour le service des ateliers, on l'envoya à La Neuville, qui est un bourg sur le plateau du Condroz. Pour y aller, il faut traverser de grands bois. Tout le temps qu'il fut dans les bois, Antoine pensa à une seule chose : comme c'était malheureux pour Catherine et lui d'avoir leur fils malade à la maison, et comme c'était malheureux surtout pour le garçon, à cet âge où l'on pense qu'à vivre, à avoir des camarades, à aimer : en septembre, il aurait ses vingt ans... Antoine avait l'impression que tout cela pouvait durer des mois encore. Il portait sur son coeur la fatigue que finit par nous donner un long souci. Mais, à vrai dire, il n'avait pas ce qu'on peut appeler de la crainte. Il se disait : "Nous, les Antoine, nous sommes une famille où l'on s'est toujours bien porté." Et ce lui était une grande assurance que de se répéter que Martin et Tatène avaient largement passé les nonante ans.
    Occupé à ces pensées, il s'était à peine aperçu que le temps était doux, quoique gris, et qu'avril verdissait la lisière des bois.
    A La Neuville, il fit la ommission dont il était chargé, puis, comme il avait soif, il alla boire une limonade dans un estaminet. Il y avait des gens, debout au comptoir, qui parlaient entre eux de la maladie du bétail. Ils avaient l'air soucieux et résigné. L'intérieur de ce café était obscur, à cause du jour gris.
    Au retour, Antoine eut l'impression, tandis qu'il marchait dans les bois, que quelque chose de meilleur était survenu. Il ralentit le pas, il observa comme tout était gonflé de sève. Les taillis de jeunes chênes avaient encore leurs feuilles rousses de l'autre année, mais la mousse et l'herbe commençaient à montrer leur fraîche couleur. Doucement, sans éclat, la nature reprenait le cours de sa vie. Avec une confiance incroyable et tranquille, des arbustes, çà et là, laissaient pointer de petits bourgeons verts. Ainsi, pensa Antoine, nos âmes revivront avec la même confiance tranquille et sans surprise dans le printemps de l'au-delà. Il éprouva subitement une grande hâte de connaître ce printemps de l'autre vie, d'y déposer doucement tout la fatigue de son coeur. Il souhaita aussi que son fils fût ici, dans ces beaux bois de La Neuville, - et soudain il eut peur d'être mal compris, et que l'on crût qu'il souhaitait pour son Louis les bois de l'au-delà, le printemps de l'autre vie. Avec désespoir, il cherchait à formuler une prière efficace et explicite, qui ne laissât aucune place à la confusion. Mais il ne trouva pas la prière. Sans doute s'était-il trop laissé distraire par les choses qui frappaient ses yeux, et la faveur de l'invisible s'était détournée de son coeur.
    Il sortit des bois, traversa les prairies des Biens-Communaux. Par un chemin en pente raide, il descendit vers Seraing.
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.186

    - Ils vous tirent le mal du corps avec leurs mains, et ils n'ont même pas besoin de vous toucher. On ne voudrait jamais le croire, si les gens ne le disaient pas.
    - Antoine, je l'ai vu dans le bois de Seraing, l'autre jour. Il regardait tout droit devant lui, avec des yeux... Il est passé tout près, à me toucher, et je jure qu'il ne m'a pas plus remarqué que si j'avais été un arbre. Alors, tout d'un coup, voilà qu'il a commencé à faire ses gestes autour de la tête dans tous les sens, comme s'il avait eu une grosse mouche après lui. Il paraît que c'est comme cela qu'il chasse les mauvais esprits qui donnent les maladies.
    - Bien sûr, il regardait quelque chose que vous ne pouvez pas voir.
    - Cet homme-là ? Je vais vous dire, moi : il voit à travers les murs.
    - Il a toujours été comme ça ?
    - Pas du tout, il était comme tout le monde, mais c'est depuis que leur fils est mort. On prétend qu'ils ne veulent plus s'occuper que des esprits, maintenant qu'ils n'ont plus leur enfant.
    - Mais non, vous vous tromper, c'est en Russie qu'ils ont changé. De ces côtés-là on rencontre toutes sortes de gens, et il a appris leurs manières. Avant, il aimait de rire tout aussi bien qu'un autre.
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.205

    On le vit plus d'une fois errer dans les bois à la recherche du silence et des fluides.
    Un jour, le docteur Delville l'y rencontra. C'était l'automne. Antoine marchait dans le chemin couvert de feuilles jaunes, et par moments il faisait de grands gestes de côté et d'autre pour attirer à lui les forces invisibles. Le docteur Delville connaissait bien Antoine : il l'avait soigné, il avait soigné les siens.
    - Que faites-vous par ici ? lui demanda-t-il.
    - Je cherche les esprits, répondit Antoine.
    Il ajouta :
    - Moi, je travaille avec les esprits.
    - On dit que vous me faites concurrence, observa le médecin.
    Antoine hocha la tête :
    - C'est parfois l'âme qui est malade, murmura-t-il d'un ton distrait et absorbé.
    Le docteur le regarda s'éloigner d'un pas saccadé, rapide. Avant le tournant, il avait repris ses grands gestes. Des feuilles attardées, quittant les branches d'un arbre, voletèrent autour de lui. Le docteur haussa les épaules et poursuivit son chemin.
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.245

    C'est pourquoi aussi, une fois ou deux, dans une auto de louage, le Père fit avec Mère une promenade sur les hauteurs, par la route qui traverse les bois, vers La Neuville et Nandrin.
    Le 8 de juin, ils partirent encore une fois de ce côté-là, accompagnés de deux adeptes, Nihoul et Deregnaucourt. Bientôt ils furent sur la hauteur. L'auto roulait lentement à travers les bois. Le ciel était gris.
    C'étaient ces bois où il était passé souvent, où il était venu méditer pendant les années du spiritisme. Alors son oeuvre ne lui apparaissait pas nettement, - il ne savait pas encore quelle sérénité l'attendait au-delà de la région des épreuves.
    Tandis que le moteur trépidait à petit bruit, Antoine laissait errer ses yeux sur l'horizon de la forêt. [...]
    L'air était un peu lourd, comme il arrive au mois de juin, et le vieillard avait de la peine à respirer. Il demanda qu'on s'arrêtât. Les deux adeptes l'aidèrent à descendre. Il but de l'eau d'une fontaine qui était là. Puis il s'assit sur un tronc d'arbre.
    Comme on était tranquille, ici. Les chants des oiseaux, actifs, paisibles, intarissables, détaillaient sans le blesser le silence du jour. Au sortir de son tuyau rouillé, le filet d'eau de la fontaine glougloutait doucement, et s'apaisait dans un petit bassin sombre. Alentour, l'herbe était lustrée. Les arbres immobiles semblaient couverts depuis l'éternité par l'épaisseur de leurs feuilles. A leur pied se balançaient imperceptiblement, sur leurs hampes droites, des digitales, mystérieuses.
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.342

    L'Antoinisme est encore à son aurore et déjà l'intelligence est en mouvement pour déformer la réalité. Dernièrement, on me fit part d'un pèlerinage antoiniste au lieu dit : Quatre-Bras, endroit où le Père affaibli s'est rendu en voiture un peu avant sa désincarnation afin de respirer un peu d'air pur; là, deux adeptes soutenaient le vénérable vieillard pour L'aider à marcher, Mère suivait en silence, résignée dans cette grande épreuve et combien recueillie ! Ah ! ne faisons pas de ce lieu de souffrance un lieu de réunion, si nous voulons faire revivre des instants d'épreuves, partons seuls ou en communion, silencieux et respectueux ! Certains ont découvert que le Père s'est rendu dans ces bois quatorze fois, qu'Il y a fait quatorze stations ! Je suis allé aux informations et quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre par les personnes qui ont accompagné le Père dans ses pénibles promenades, que le Père avait été à cet endroit une ou deux fois. Voilà comment débutent les pèlerinages, ils sortent en entier de l'imagination du peuple, voilà comment naissent les légendes, nous avons pour devoir de les extirper à leur naissance afin d'éviter pour l'avenir le mensonge et l'erreur.
L'Unitif, nov. 1913, p.10-11,
in Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.225

    Sortant de sa chambre un jour de mai 1912, il s'en va, en compagnie de la Mère et de deux ou trois adeptes proches, se promener en voiture dans les bois situés près de Neuville-en-Condroz. Là, avant de rentrer, il boit une gorgé d’eau fraîche à une source qui existe encore et où certains adeptes vont chercher de l'eau qu'ils considèrent comme étant un remède, et qui sert même parfois, à certains "d'eau bénite" pour exorciser (!) alors que le Culte lui-même ne lui reconnaît ni une valeur thérapeutique, ni aucun pouvoir que se soit. Cependant, aujourd'hui encore, des personnes superstitieuses se servent du buis bénit attaché au crucifix, pour asperger les mûrs de leur maison de cette eau de Neuville, disant en patois "Diâles è macrales, fout'chal!" ("Diables et sorcières, dehors!")
Jacques Cécius, Une religion de guérison, l'Antoinisme, p.34

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La divinisation du Père

Publié le par antoiniste

    La volonté affichée par Mère de diviniser le Père conduit à un rapport plus immédiat au divin. Ainsi, l’introduction de la photo de Père, au sein des Temples, va servir à visualiser la figure divine qu’est censée incarner Louis Antoine. Ces changements n’ont pas toujours été bien compris par les fidèles car, comme le souligne B. Narinx, « bon nombre d’antoinistes ne savent pas très bien s’ils doivent prier Dieu, appelé le Père, dont Antoine est le prophète ou bien si Antoine est Dieu lui-même, comme le Christ était Dieu ». L’instauration de rituels tels que le baptême, la communion et le mariage, rituels où le desservant transmet le « bon fluide du Père », vise à inscrire le parcours des antoinistes dans un rapport au sacré. Quant à l’organisation de la fête du Père, le 25 juin, date de son décès, elle est l’occasion de rappeler sa présence au sein de chaque Temple, présence symbolisée par la manifestation de « fluides ». Par ailleurs, il faut indiquer que l’œuvre de Mère se caractérise par la multiplication de pratiques magiques (cf. déposer la robe antoiniste sur le lit d’un malade pour le couper de mauvais fluides) où la réforme du comportement importe moins que la recherche de bénéfices immédiats.
    Les différentes modifications apportées par Mère avaient pour objectif de contrôler toute appropriation illégitime du charisme du Père Antoine par les desservants ou les guérisseurs en place. Elles ont ainsi permis d’éviter une crise de succession suite au décès de Louis Antoine sans toutefois être complètement légitimées de part et d’autre de la frontière franco-belge. Ainsi, au lendemain de la mort de Mère, en novembre 1940, la cultuelle antoiniste belge décide d’en revenir à un culte plus dépouillé, celui mis en place par Louis Antoine avant sa mort. Les Temples belges vont être débarrassés des tableaux où figurent Père et Mère pour ne conserver que l’emblème antoiniste, « L’arbre de la Science de la vue du mal ». Quant à la principale cérémonie religieuse, l’Opération, elle n’est donnée que les quatre premiers jours de la semaine, et non du dimanche au vendredi comme cela se pratique en France.
    La cultuelle antoiniste française s’inscrit dans la lignée de Mère. Il existe cependant une distinction majeure entre les écrits de L. Antoine et les « pensées » de Mère. Analphabète, Mère n’a pas pu rédiger les modifications qu’elle a apportées au culte antoiniste. Des fidèles s’en sont chargés. L’ensemble de ces modifications ainsi que diverses indications et prescriptions sont consignées dans les Tomes. Ces ouvrages sont présents dans chaque Temple mais inaccessibles aux fidèles ne portant pas le costume antoiniste. Circonscrite à un cercle d’initiés, l’œuvre de Mère ne peut prétendre à la même légitimité que celle de son mari (les livres du Père sont en vente dans le porche de chaque Temple). Alors que les écrits de Louis Antoine sont connus et reconnus par tous, ceux de Mère sont accessibles seulement à quelques-uns, les costumés. Dès lors, deux types de questions se posent. D’une part, quelle place occupe l’œuvre de Mère au sein de l’antoinisme français ? D’autre part, dans quelle mesure cette œuvre n’escamote-t-elle pas la dimension éthique préconisée par Louis Antoine ?

Anne-Cécile Bégot, « Les Mutations de la représentation du divin au sein d’un groupe à vocation thérapeutique », Archives de sciences sociales des religions, 111 (2000) - Varia, [En ligne], mis en ligne le 19 août 2009. URL : http://assr.revues.org/index20222.html. Consulté le 11 janvier 2010.

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Travaille à Ruhrort

Publié le par antoiniste

    Jean Leplat, de Seraing lui parle d'un article de la Meuse, "où l'on disait que la main d'oeuvre se faisait rare dans la région du Rhin et de la Roer : les Prussiens avaient eu trop de leurs ouvriers pris pour la guerre, et c'était au point qu'ils faisaient travailler des prisonniers français dans leurs fabriques."
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.86
 
    "Cela n'avait pas été difficile. On demandait justement des hommes pour aller à Ruhrort, en Prusse rhénane, où il y avait des usines de la société Cockerill."
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.94

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Superstitions (La Calotte, comique illustrée de Paris, 2 août 1912)

Publié le par antoiniste

 Superstitions - La Calotte, comique illustrée de Paris, le 02 août 1912       SUPERSTITIONS

            _____
    De la Lanterne :
    - Ah ! la bonne Sainte Vierge, il est donc mort, notre pauvre Antoine !
    - Mort ! Mort ! Que dites-vous là, mâme Pluchot ! Mort ! Apprenez à parler : Antoine n'est point mort, il s'est désincarné.
    - Tout ce que vous voudrez, mâme Béchu, n'empêche qu'il ne sera plus là pour nous guérir.
    - Pourquoi donc, mâme Pluchot ?
    - Alors Antoine pourrait à la fois être mort et continuer ses miracles ! Ah ! j'avais toujours bien pensé que c'était un grand saint !
    - Pour sûr que c'était un grand saint, mâme Béchu, mais tenez, lisez donc l'avis qui vient dêtre affiché au temple antoiniste.
    Les deux bonnes femmes s'approchèrent de la porte du temple antoiniste - les antoinistes sont une des innombrables sectes qui pullulent sur le corps de la religion agonisante - et lurent :
        « Frères,
    « Le conseil d'administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner... Avant de quitter son corps, il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que la Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous ; Mère mintera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures. »
    Admirable, n'est-il pas vrai, cette religion si accomodante ! Antoine est mort d'une attaque d'apoplexie, sa veuve continue le commerce. Antoine guérissait, en vertu d'une grâce particulière, les malades. A peine mort, c'est sa femme qui hérite de cette grâce particulière. Et quand Mme Antoine sera morte ?
    Sera-ce le petit animal favori du maître qui héritera de la grâve particulière ?
    Peu importe à Mme Béchu et à Mme Pluchot. L'essentiel, c'est d'être roulé au nom de la religion, du miracle, du mystère, etc.
    La couleur des billets que l'on prend à la loterie truquée n'ôte rien au plaisir des joueurs : on ne garde pas les mêmes, mais on recommence toujours.

La Calotte, comique illustrée de Paris, 02 août 1912
source : Gallica

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L'Eglise racontée par les biographes de Louis Antoine

Publié le par antoiniste

    Il n’y avait pas grand monde dans l’église. Antoine et Catherine se prosternèrent en bon paroissien puis regagnèrent leur rangée respective, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Antoine trempa ses doigts dans le bénitier de l’entrée principale et se signa. Il y avait deux confessionnaux néogothiques le long d’un mur, non loin de la chaire de vérité. Quelques femmes agenouillées récitaient leur chapelet et des prières avec dévotion. Cette forme de religiosité persistait dans les faubourgs comme si l’épreuve renforçait la ferveur des pauvres gens. Le curé célébra la messe en latin, le dos tourné aux fidèles qui n’y comprenaient rien mais qu’importe quand la foi est ardente. Dans son homélie, le curé vilipendait contre les cabaretiers et les usines qui ne respectaient pas le jour du Seigneur – ce qui ne remplissait pas les églises – ouvrant plutôt la porte aux comportements socialistes qu’il haïssait tant.
    La messe terminée, les femmes se levèrent dans un bruissement d’étoffe et de bruits de chaises que l’on traîne. Catherine s’attarda devant l’église. Il était de coutume d’échanger quelques potins et de prendre des nouvelles de ceux que l’on n’avait pas vu depuis longtemps ou que l’on ne voyait pas assez souvent.
    A l’intérieur, Antoine sentit le doute l’envahir en apercevant un grand jeune homme sanglé dans une soutane noire qui tombait jusqu’aux pieds. Ce vicaire du christ aux propos emphatiques dissimulait mal son inexpérience de la vie. Un visage imberbe et tout en longueur dévoilait un esprit romantique comme celui des poètes ou les rêveurs qui vivent dans leur propre monde.
    Antoine le vit s’approcher, les mains croisées, la tête penchée de côté avec affectation.
    L’apparition surnaturelle semblait glisser sur le sol.
    - Monsieur le vicaire, dit-il avec embarras, pourrais-je vous parler ? [...]
    - Alors, expliquez-moi.
    Antoine hésitait.
    - Croyez-vous… qu’il y a… une… euh… vie après la mort ?
    Le curé fit un bond en arrière.
    - Que racontez-vous là ? Seul Notre Seigneur Jésus Christ est ressuscité d’entre les morts !
Antoine insista. Le sourire du curé se transforma en un rictus et ses paupières se mirent à clignoter sous l’emprise d’une très vive émotion.
    - Voilà que vous parlez comme ces spirites, maintenant ?
    L’ombre du curé se détachait à contre-jour.
    - Est-ce vraiment un péché, monsieur le vicaire ?
    Le curé s’empara brusquement d’une petite bible qu’il se mit à feuilleter d’une main fébrile puis son doigt s’arrêta en haut d’une page. Il reprit alors d’une voix haut perchée :
    - Si un homme a un esprit de divination, qu’il soit puni de mort et que son sang retombe sur sa tête. Lévitique, chapitre XX, verset 27. Croyez-moi, mon ami, c’est bel et bien un péché !

[...]

    La messe dominicale avait beau être un acte religieux pour les paroissiens, peu en fait s’approchaient de la sainte table pour y consommer le pain bénit. Déjà que les vêpres étaient boudées… Bref, on fréquentait de plus en plus rarement le temple de Dieu. Et puisque les tabernacles avaient été forcés, le curé refusait de confier la clé du clocher tout neuf au sonneur ainsi qu’à l’horloger chargé par la municipalité de remonter l’hor-loge rien que parce qu’il voyait en eux des ivrognes.
    A Jemeppe comme partout ailleurs, les coups de langues allaient bon train, remplaçant les coups de fusils ou de couteaux dans le dos. Si la presse figurait au rang des ennemis du curé, il fallait tout de même bien admettre que la plume anticléricale se trempait dans l’encrier de la médisance pour parler de ces vestibules de l’enfer qu’étaient devenues les églises.
    Le curé montait donc à l’autel comme à l’accoutumée, tournant le dos à deux ou trois fidèles. Sa voix résonnait de façon toujours aussi lugubre, du haut de sa chaire où il tentait désespérément de réveiller leur foi.
Roland A E Collignon, La Vie tourmentée de Louis Antoine

    L'air du dehors lui rafraîchit le visage. Il se dirigeait vers l'Eglise de Jemeppe. [...]
    La grille grinça. Deux femmes en noir, le livre de messe à la main, pénétrèrent dans le cimetière. Tout proche, impressionnante, la cloche de l'église se mot à sonner pour l'office du soir. Antoine vit arriver le vicaire, puis d'autres personnes. Il entra derrière elles dans l'église assombrie.
    Ecouterr le salut ne lui apporta pas le soulagement. Plusieurs fois il se surpris à être distrait. En sortant, il fut secoué d'un grand frisson entre les épaules, comme s'il avait pris froid. [...]
    Ainsi songeait-il, et il attendait à la grille. Enfin un pas fit crier le gravier et monsieur le vicaire apparut, long et pâle dans sa soutane noire, et d'aspect si jeune, tout d'un coup, qu'Antoine regretta de l'avoir attendu. [...]
    - Monsieur le vicaire, fit Antoine, excusez e dérangement. Pourrais-je vous parler quelques instants ? [...]
    - Vous qui êtes instruits, monsieur le vicaire... Et puis, vous connaissez les choses de la religion... Voilà, vous alleé vous moquer de moi, sûrement. Mais je ne dors plus, monsieur le vicaire. Ma prière n'est pas bonne, je crois... [...]
    - Je ne comprends pas bien, murmura-t-il enfin. Je ne comprends pas bien vos scrupules. Vous pratiquez, vous priez... [...]
    - Avez-vous fait vos Pâques, mon ami ? [...]
    Le vicaire donnait des conseils
    - Vous devriez faire des aumônes.
    - Hé ! j'en fais, monsieur le vicaire. Mais ne croyez-vous pas qu'une neuvaine...
    La main blanche monta et s'abaissa, évasive.
    - Sans doute. Une neuvaine...
    Il se leva, et, posant les deux mains sur les épaules d'Antoine, dit d'un ton changé, où il y avait une sorte de camaraderie très légèrement paternelle :
    - Surtout, ne pensez pas tant, cher monsieur Antoine. Cela ne fait pas de bien, croyez-moi. Pratiquez, et vivez en paix. [...]
    - Méfiez-vous, mon ami. Il est très dangereux de penser, quand on n'a pas assez d'instruction pour le faire. Laissez penser pour vous ceux qui savent, et n'oubliez pas que Dieu punit les orgueilleux.
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.138-144

    Le pays de Liège semblait particulièrement ouvert à cette inspiration. Pays où le peuple a abandonné l'église parce qu'elle ne lui semblait plus sa maison, parce que dans sa vie trop dure il sentait le prêtre trop loin de lui, parce que le prêtre lui est apparu comme l'hôte du château et l'ami du directeur d'usine, mais où il a gardé des mains prêtes à se joindre, et son ancien coeur.
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.226-227

Liste des curés de Jemeppe du temps de Louis Antoine :
 Jean Hubert Schoofs, de 1858 à 1867
 Guillaume Gryz, 1 mois de février à mars 1867
 Jean Hubert Wynands, 9 mois de mars 67 à décembre 1867
 Henri van Roey, de 1867 à 1872
 Joseph Claes, de 1872 à 1873
 Emile Grieten, de 1873 à 1881
 Joseph Deckers, de 1881 à 1889
 Hubert Spirlet, de 1890 à 1891
 Johannes Gyr, de 1891 à 1892
 Joseph Collinet, de 1892 à 1895
 Louis Hendrix, de 1895 à 1898
 Hubert Hauseux, de 1898 à 1901
 Arsenius Dogne, de 1901 à 1912
 Joseph Jacob, de 1912 à 1918
Marcel Peters, Il était une fois Jemeppe-sur-Meuse, p.79

    Pierre Debouxhtay évoque Henri Van Roey (p.281) :
    Dès les débuts du Guérisseur, le curé de Jemeppe, feu l'abbé Van Roey, avait mis ses paroissiens en garde contre l'enseignement et es pratiques des Vignerons ; dans les conférences qui réunissent périodiquement les curés de chaque doyenné, il documentait ses confères sur le péril antoiniste, qu'il signala aussi à l'Evêché où l'on n'y attacha guère d'importance. Les notes que M. Van Roye recueillit serviront plus tard à M. Crowley (Kervyn), aumônier du travail, pour écrire sa brochure sur ou plutôt contre Antoine [Révélations sur Antoine le Guérisseur, Bruxelles, 1911, 31 p.].
    Pour se documenter, M. Van Roey avait prié un de ses paroissiens, en relation d'affaires très fréquentes avec les antoinistes, de se renseigner soigneusement sur les pratiques des Vignerons. Ce paroissien est devenu antoiniste.

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Huta - Fotoreportaż Cz.2

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Les métiers de Louis Antoine

Publié le par antoiniste

Illustration : Tombe de de Lexhy (vieux cimetière de Jemeppe, rue Aripette)

    Il devient mineur à 12 ans, en 1858. Il travaille certainement au charbonnage de la Concorde (ou des Makets) au Bois-de-Mont, ou de Baldaz à Flémalle-Grande (Robert Vivier, p.20). Louis fut d'abord un "gamin", qui aidait son père et son frère Eloi, emmenant les pierres du déblai, apportant les bois d'étayage, puis un "hiercheur" poussant la benne pleine et ramenant en sifflant la benne vide (Robert Vivier, p.29).

    En 1860, Louis Antoine est employé à la division des forges et martelage de la Société Cockerill à 14 ans. "Tout change. Les fils de sont pas les pères. Et si même son frère Eloi allait à la mine, ainsi que son parrain Louis Thiry, est-ce que Jean-Joseph y allait, lui ? Louis n'était pas pire que Jean-Joseph" (Robert Vivier, p.32). Il sortira au grade machiniste.

    Il fait son service militaire à 19 ans, en 1866.

    Il travaille un temps au chantier de cordage de M. Arnold de Lexhy. Les de Lexhy sont une famille riche de Liège et Jemeppe où les tantes de Lexhy possèdent le château Courtejoie. Un Lambert de Lexhy est maire de Jemeppe de 1802 à 1808, puis un Arnold de Lexhy de 1867 à 1882 (Marcel Peters, p.8). La rue de Jemeppe où se trouve ce château Courtejoie (près de la rue de la Station) porte le nom rue A. de Lexhy. C'est durant cette période que Rolland A E Collignon fait intervenir la mort d'un ami, socialo-anarchiste, que Louis Antoine ne pourra sauver car son patron , M. Pasteur, où travaille également Catherine comme "boniche", ne voudra pas appeler de docteur.

    Il est appelé sous les drapeaux pendant la guerre franco-allemande de 1870 (nous reviendrons sur cette période dans un autre billet). C'est durant cet appel qu'il tue par accident un camarade.

    En 1871, un ouvrier, Jean Leplat, lui parle d'usines qui manque d'ouvriers en Prusse, une fabrique de Cockerill les embauche dans le "pays de fer et de feu" (Robert Vivier, p.97). "- Vous travaillez ? - A l’usine Cockerill, s’empressa de répondre Catherine. - Aux presses, corrigea-t-il. - On y gagne bien sa vie, admit la mère. - Moins bien qu’à l’étranger, Madame. - Alors, vous allez partir ?" (Roland A E Collignon). A son retour au bout de 19 mois, il "hantait" toujours Catherine Collon, qui tombe enceinte. Ils se marient donc le 15 avril 1873. Louis Antoine est alors marteleur.

    Repart comme ouvrier métallurgique à l'usine Cockerill, il habite avec Catherine à Meiderich-Hamborn, 6, Vorwinkelstrasse. Leur fils naît le 23 septembre septembre 1873, la même année de leur arrivée.

    En 1876, ils rentrent et louent une maison à  Jemeppe, en haut de la rue Bois-de-Mont. "Il y a un petit terrain autour de leur maisonnette. Ils y plantèrent des légumes" (p.114). Louis Antoine retrouve une place de machiniste au charbonnage des Kessales à Jemeppe (il existe toujours l'entrée des Kessales, c'est la division du froid de Cockerill, vers Flémalle. Elle cessa toutes activités en 1966). Puis il vend des légumes de son jardin sur une charrette à travers "les rues et les corons" (Robert Vivier, p.121).

    En 1879, ils repartent comme ouvrier de Monsieur Pastor, de l'usine Cockerill de Seraing. Celui-ci l'envoie en Pologne russe, comme chef-marteleur, à Praga (près de Varsovie), où Catherine tiendra une pension pour ouvriers étrangers. Roland A E Collignon fait appeler le premier patron d'Antoine Monsieur Pasteur. Celui-ci l'aurait déjà embauché dès son premier emploi à Cockerill en 1860. Rolland A E Collignon raconte : Le vieux Martin avait observé Antoine pendant qu’il leur parlait de l’Allemagne et de la Pologne. Ses mains calleuses, durcies, meurtries, déformées par le travail trahissaient des journées exténuantes dans les immenses hangars. Il devina aussi les difficultés de trouver un logement sitôt arrivés, et les fumées sales qui asphyxiaient les ouvriers. On n’en sortait pas in-demne. Le vieux savait qu’on ne distribuait pas de bons salaires aux ouvriers sans raison… Non seulement, ils risquaient leur vie, mais ils y laissaient la santé à coup sûr. [...] - Il fallait voir Catherine s’activer dans l’estaminet, reprit gaiement Antoine, il y avait parmi les hôtes un grand gaillard qui s’appelait Dimitri, une espèce de cosaque… il nous aimait bien et parlait sans cesse des choses de la religion. Il disait à qui voulait l’entendre que nous sommes tous une parcelle de Dieu mais tant qu’ils n’en prendraient pas conscience, ils ne seraient jamais libres… Il disait aussi que c’était faire offense à Dieu de ne pas respecter ses commandements et qu’il fallait avoir beaucoup souffert pour consoler… Il parlait aux gens simples afin de les instruire de ces choses sublimes auxquelles il croyait tant, il tentait de les éveiller et cela provoqua des manifestations puis des émeutes et le sang coula… Un soir, des soldats firent irruption et l’emmenèrent de force. Le lendemain, des corps gelés pendaient au bout d’une corde sur la place publique. On les voyait osciller faiblement. Dimitri. Je n’oublierai jamais son visage si doux, livide, et son cou distendu… Avec lui disparaissait cette parcelle de Dieu dont il parlait si souvent. Le dernier cathare venait de rendre son dernier soupir…

    En 1884, achète une maison et en fait construire une vingtaine, en bas de la rue Bois-de-Mont, où sera édifié le temple, il est portier et encaisseur à la fabrique d'Arnold de Lexhy, les tôleries liégeoises (ce sont les premières installations des laminoirs à tôles en fer qui deviendront ensuite la Société des Laminoirs à tôles et fonderies liégeoises, transférée de Jemeppe, près de la station, à Jupille vers 1896 (Debouxhtay, p.50). Catherine Antoine y travaillera aussi comme concierge (Robert Vivier, p.178 et 194). Il rencontre son fils sur le retour à la maison, à la fin du travail. Il lui arrive de se rendre à La Neuville, sur le plateau du Condroz. Il doit donc traverser les prairies des Biens-Communaux, là où se trouve maintenant le temple de Seraing, et le bois de la Neuville, où se trouve la source du Père Antoine (et d'autres sources)(Robert Vivier, p.186). Il restera encaisseur jusqu'en 1900, année où il décidera de se vouer exclusivement au spiritisme (Debouxhtay, p.50). Il s'occupe aussi un temps d'assurance, il représente l'Union de Paris, mais les source ne disent pas quand exactement (Marcel Peters, p.124 & Debouxhtay, p.43). Roland A E Collignon lui fait voir le maire, nommé Debleyer dans le roman, pour son dispensaire qui ne verra pas le jour. Or d'après la liste constituée par Marcel Peters, il n'y eut pas de maire de ce nom à Jemeppe (p.8).

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Le docteur Antonin Delville

Publié le par antoiniste

Illustration : Tombe d'Antonin Delville

    Selon Robert Vivier, le petit Louis Antoine, "s'il avait pu s'instruire, il aurait voulu devenir un grand médecin, un "docteur" ; il aurait connu toutes les bouteilles, le drogues qu'il faut, et il aurait guéri. Il aurait donné ses bouteilles pour rien aux pauvres gens." (p.24-25) "Quand il était enfant, il rêvait d'être un grand docteur, de guérir tous les malades. Ce qui le frappe maintenant, c'est comment cela peut être simple, ce geste sur le front, la main du docteur. Après, même s'il n'est pas guéri, l'homme est plus tranquille ; il a rassuré son âme. Et si on lui donne un remède, une pilule, le voilà plus fort. Il a un outil, une aide pour lutter contre la douleur (p.52).
    En 1878 environ, Louis Antoine lit l'ouvrage de Raspail sur les qualités du camphre pour la médication. Il se soigne avec ce produit pendant qu'il vend ses légumes dans Jemeppe. Le docteur Delville, qu'il consulte, lui conseille un métier moins dur (p.124).

    A son retour de Russie, il consulta le docteur Delville : "une maladie de l'estomac, dont il ne parvint jamais à se guérir, le faisait souffrir, donnait à son visage un teint grisâtre et terne, décolorait le feu de son regard, entretenait en lui une nervosité toujours en éveil qui hachait sa parole et la faisait trembler. Son indisposition a pu avoir certains retentissements fâcheux sur la vie du cerveau". Le Dr Delville confirma à Debouxhtay qu'Antoine était neurasthénique, et souffrait de l'estomac (p.53).
    Roland A E Collignon romance ce qui pu arriver en Russie : - J’exploitais une petite pension de famille non loin de la ville, ça marchait bien, mais Antoine aurait tout distribué si je l’avais laissé faire.
- Des gens étranges venaient chaque dimanche, en-chaîna-t-il, ils se prétendaient les ancêtres des Cathares et enseignaient des méthodes curatives très efficaces.
Catherine prit tendrement sa main…
- Ils t’aimaient beaucoup, tu souviens-tu la veille de notre départ ?
- Le plus âgé nous attendait devant la porte. Le jour venait à peine de se lever. Je n’oublierai jamais l’expression de son visage. Un géant à la chevelure et à la barbe immaculée l’accompagnait, l’émotion les empêchait de parler.

    Les Antoine consultèrent un médecin pour leur fils, certainement s'agissait-il dès le début du Dr Delville (pp.178, 179, 181) : "M. Delville revint. Il était embarrassé. Il tordit sa barbe, longuement, puis il reprit son bloc à ordonnances, et écrivit, de sa main poilue. - C'est une bouteille pour l'appétit. Il faudra le faire manger, ce gaillard." Puis le médecin dit que la blessure avait "fort vilain aspect". Louis Antoine, alors déjà spirite, décide d'invoquer le Docteur Demeure (et peut-être le docteur Carita) qui lui fut souvent d'un bon secours dans ses séances. Cet esprit ne se montre pas. Le docteur Delville accompagne le petit jusqu'à la fin. Il assistera certainement à l'enterrement, selon le rite spirite, du petit Louis.

    "On le vit plus d'une fois errer dans les bois à la recherche du silence et des fluides.
    "Un jour, le docteur Delville l'y rencontra. C'était l'automne. Antoine marchait dans le chemin couvert de feuilles jaunes, et par moments il faisait de grands gestes de côté et d'autre pour attirer à lui les forces invisibles. Le docteur Delville connaissait bien Antoine : il l'avait soigné, il avait soigné les siens.
    "- Que faites-vous par ici ? lui demanda-t-il.
    "- Je cherche les esprits, répondit Antoine.
    "Il ajouta :
    "- Moi, je travaille avec les esprits.
    "- On dit que vous me faites concurrence, observa le médecin.
    "Antoine hocha la tête :
    "- C'est parfois l'âme qui est malade, murmura-t-il d'un ton distrait et absorbé.
    "Le docteur le regarda s'éloigner d'un pas saccadé, rapide. Avant le tournant, il avait repris ses grands gestes. Des feuilles attardées, quittant les branches d'un arbre, voletèrent autour de lui. Le docteur haussa les épaules et poursuivit son chemin.
    "Antoine repensa à cette rencontre. Quelle singulière expression : "faire concurrence"... Il y avait eu une gêne indéfinissable entre eux, Antoine l'avait senti. Un fluide froid avait passé, et c'est pourquoi il s'était éloigné si vite, sans répondre clairement.
    "On ne peut pas tout dire aux médecins. Ils ont des idées qui leur viennent de leur métier, et il est naturel qu'ils les aient : chacun chercher à gagner sa vie. Leur métier, à eux, est d'examiner les malades et de dire de noms qu'ils ont lus dans leurs livres. Ils indiquent aussi des remèdes, et, quand le malade guérit, ils sourient d'un air entendu. Mais ils ne sont que des hommes, et ils ne veulent pas faire appel à l'aide des esprits qui sont plus puissants que nous. Aussi leur science est-elle seulement une science de cette vie, qui ne voit que les corps." (Robert Vivier, p.245-46)

    Le 2 mars 1901, après son premier procès, Louis Antoine écrivit - en pure perte - à des médecins de la région, dans l'espoir que l'un d'eux accepterait de régulariser par sa présence ce que les consultations pouvaient avoir d'illégal. Le Dr A. Delville, qui fut sollicité par Antoine, confirma à Pierre Debouxhtay l'exactitude de ce fait signalé par Bourguet (Debouxhtay, p.92). Il fit paraître un article, également en vain : "Nous apprenons que M. Louis Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, se propose d'établir chez lui un dispensaire dirigé par des médecins diplômés. Lui écrire à ce sujet. Les praticiens belges désireux de s'initier à la pratique du magnétisme curatif peuvent également compter sur une clientèle assurée en dehors du dispensaire. La population de Jemeppe est de 10.000 habitants et les communes voisines sont très populeuses" (Robert Vivier, p.257).

    Le docteur Antoine Delville, chargé par la commune de constater les décès, déclara, le 12 janvier 1907, qu'aucune de ces morts ne lui avait paru suspecte ; il ajouta qu'en 1906 il y avait eu à Jemeppe une épidémie d'entérite, dont beaucoup d'enfants avaient été atteints. On apprend également, lors de sa déposition en 1906, que Martin Jeanfils consulte lui-même le docteur Delville (Debouxhtay, pp.144 et 147 ; Robert Vivier, p.265). Louis Antoine dit que quand il s'aperçoit "que le malade n'a pas la foi et qu'il est pauvre", il l'envoie chez le docteur. Le docteur Delville comparaîtra comme témoin lors de ce procès (Debouxhtay, p.150).

Le docteur Antonin Delville

Décès de Mme Antonin Delville (La Meuse, 12 octobre 1908)(source : Belgicapress)



    Roland A E Collignon, dans sa biographie, avance, de façon romancée une explication à l'accusation contre Antoine après l'épidémie d'entérite :
    "L'homme s'approcha et avoua discrètement qu'il s'agissait d'une odieuse machination. Des notables avaient ourdi une conspiration contre lui, beaucoup de monde le savait, certains gardaient le silence allant même jusqu'à s'en délecter car Antoine ne s'était pas attiré que de la sympathie.
- De simples ouvriers jaloux de votre notoriété ont déjà témoigné… que pourrait faire un simple agent comme moi pour empêcher ces horribles choses de se produire, demanda-t-il, j'ai honte de ce métier.
Antoine se contenta de sourire. Tout cela, il le savait et depuis longtemps.
Le policier parlait à voix basse d’un air embarrassé.
- Alors, monsieur Antoine, il faut tout tenter pour vous sortir de cette embrouille, tout mettre en œuvre afin de disposer le tribunal en votre faveur et je voudrais vous aider - il regarda de nouveau sur les côtés -  Ils veulent que nous parlions du tronc, celui que des adeptes ont placé dans votre cabinet malgré vos protestations. Il contenait peu d'argent, je peux en témoigner, celui que les plus riches y déposait et qui devait servir à aider les plus pauvres, n'est ce pas ? Alors, il faudra leur dire. Et ces nombreux malades que vous envoyez chez les médecins, est-ce votre faute si ces braves gens ne s'y rendent pas ? Non, puisque tout le monde sait que personne n'a jamais eu confiance en eux !
- Vous êtes un brave homme, répondit Antoine. Votre tache d'aujourd'hui aura été une bien pénible épreuve.
Les yeux de l'agent se troublèrent."

    Un autre passage du récit de Roland A E Collignon raconte pourquoi le dispensaire ne put se faire et comment l'entérite se propagea. Deux médecins gravitent autour de Louis Antoine. Claes, opposé à Antoine et s'occupant de la société des médecins, et Moshé Peretz, "un juif grassouillet d’assez petite taille". Antoine l'ayant secouru contre un attentat lors d'un mouvement ouvrier gréviste, il sera du côté du guérisseur.
    "Les Peretz s’étaient installés dans la propriété du docteur Mougeot, un riche propriétaire foncier parti en retraite au Congo. Le vieil humaniste lui avait cédé, en plus d’une partie de son mobilier, de nombreux livres et dictionnaires médicaux ainsi que divers instruments dont une pharmacie portative. Contrairement à Claes qui s’était installé en ville, avec des consultations à heures fixes réservées à des patients huppés, la clientèle de Peretz, répartie dans les faubourgs était faite de pauvres."
    "Claes avait conservé les mêmes traits d’un visage vigoureux, taillé dans la masse. Sa chevelure coupée en brosse et une grosse moustache lui donnaient un air respectable bien que tout observateur un tant soi peu adroit aurait remarqué dans ce personnage la physionomie générale d'un homme rusé capable de se montrer très violent. Contrairement aux autres médecins qui vivaient loin de la pollution, Claes avait décidé de rester en ville. Il s’était fait bâtir une grande maison à plusieurs étages en plein milieu d'un immense parc entouré d'un mur rehaussé. A cette époque, comme les riches ne craignaient ni le fisc ni les signes extérieurs de richesse, il s'en était donné à cœur joie en décorant les façades de balcons ajourés, d'astragales et de tourelles qui se dressaient aux quatre coins du bâtiment."
    Foncièrement opposait à Antoine, on lit : "Ca alors, hurla de nouveau le conseiller de l'opposition, vous ne manquez pas de culot, Claes ! A vous entendre, il ne reste plus qu'à voter une loi visant à écarter les indésirables mais surtout ceux qui osent vous faire concurrence, comme Antoine, qui n'a pas hésité à faire construire des logements pour des ouvriers et sans demander des fonds à la députation ni à personne puisqu'il y est allé de ses propres deniers, lui ! Vous devriez plutôt prendre exemple, messieurs, plutôt que de réclamer sa tête. Nous disons : Chapeaux bas ! Il y a des leçons à tirer !"
    Dans une entrevue entre le guérisseur et le médecin, Antoine proposait la création d'un dispensaire. Claes lui promit mais ne fit rien pour concrétiser le projet. Peretz soutenait également cette action, mais se fit berner par les autres médecins de la société des médecins.
    En effet, Claes et Steen, le président de la société des médecins, fomenteront une intrigue en faisant jouer leurs connaissances haut-placées : afin d'évincer Antoine en le faisant condamner, les deux malfaiteurs ont décidés de laisser se propager l'épidémie après les inondations (contre lesquelles rien n'aura été fait non plus).
    Lors du procès contre Louis Antoine après l'épidémie d'entérite, le docteur Claes paya un faux témoin. Mais celui-ci se "débinera" et avoua la manoeuvre de Claes.
    Sa technique ayant échoué, il continuera à fustiger Antoine et finira seule dans sa demeure, seul et enviné. Sa femme et ses domestiques consultaient Antoine. Il se suicida et légua 5000 francs pour le culte antoiniste.
    Peretz visita le temple et avait "reconnu non seulement les dons d'Antoine mais surtout la valeur de ses enseignements."
    Dans son récit, Peretz est clairement associé à Delville : "Le juge demanda les rapports signés par le docteur Peretz et constata avec stupéfaction qu'ils faisaient plutôt état de morts naturelles ne mettant nullement en cause la responsabilité d'Antoine."
    "Il titrait que Peretz avait repris le flambeau [de la présidence du club des médecins]. Claes ne le supporta pas. Si la science méritait une place au pouvoir comme le prétendait naguère le président Steen, c'était bien à un homme tel que Peretz qu'elle revenait, à un praticien dépourvu de cupidité. Malgré son mode de vie bourgeois, il avait toujours gardé des goûts simples et des habitudes modestes. Toute sa vie, il avait aspiré à la dignité et grâce à lui, l'horizon de la médecine s'élargissait enfin. A défaut d'un dispensaire, Peretz créa une clinique en souvenir d’Antoine qui devint rapidement un lieu privilégié de soins spéciaux."

    En 1912, "à la fin de mai, on entend dire :
    "- Le Père se soigne, maintenant. Il a repris de la viande.
    "Une nouvelle plus étonnante circule :
    "- Il est sorti... Il a fait une promenade. C'est sur le conseil du docteur : il doit prendre l'air, il s'était trop affaibli" (Robert Vivier, p.341).

Le docteur Antonin Delville

(Journal de Liège et de la province 07 mars 1914)


    Bourgmestre de Jemeppe en 1912 (jusqu'en 1921, Marcel Peters, p.8, une rue du quartier de Bois-de-Mont de Jemeppe s'appelle rue Antonin Delville), le médecin Antoine [cela doit être une erreur de Debouxhtay] Delville ne dû pas intervenir pour faire enterrer Antoine (contrairement à la rumeur selon laquelle des Antoinistes refusaient l'inhumation, croyant à une résurrection du Père). A. Delville a seulement dû refuser aux antoinistes la permission d'organiser un cortège à travers la commune. Le cortège se limitera aux rues limitrophes du temple et du cimetière, proche l'un de l'autre (Debouxhtay, p.199).

    En 1920, son fils Gaston meurt à 37 ans :

Le docteur Antonin Delville

Le docteur Antonin Delville

 

   Acte de naissance de Gaston Delville, fils d'Antonin.

 

Faire-part de décès de Gaston Delville.

 

 

Voici la liste des bourgmestres de Jemeppe du temps de Louis Antoine :

Bourgmestre de Jemeppe de 1860 à 1867

Guillaume Albert Pierre Maximilien Joseph de La SAULX. Né à Liège, le 16 mars 1803. Décédé à Jemeppe, le 25 octobre 1890. 

 

Bourgmestre de Jemeppe de 1867 à 1882 

Arnold Lambert Joseph de LEXHY. Né à Jemeppe, le 6 août 1808. Décédé à Jemeppe, le 18 juillet 1888. 

Le docteur Antonin Delville

 

Bourgmestre de Jemeppe de 1882 à 1912 

Eustache Valentin Joseph Napoléon BOUGNET. Né à Jemeppe, le 6 juillet 1834. Décédé à Soumagne, le 10 août 1917. 

Le docteur Antonin Delville

 

Bourgmestre de Jemeppe de 1912 à 1921

Antonin Lambert Joseph DELVILLE. Né à Hollogne aux Pierres, le 5 mai 1854. Décédé à Jemeppe, le 9 mars 1938.

Le docteur Antonin Delville

 

Bourgmestre de Jemeppe de 1921 à 1947

Léon WETTINCK - Né en 1882. Décédé en 1948.

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Dévotion au Père - les biographies

Publié le par antoiniste

    Une autre marque de dévotion peut être le nombre de biographie pour une seule vie d'homme.
    Nom seulement chaque livre sur l'antoinisme se fait un devoir de rappeler les faits marquants de sa vie (ainsi Jacques Cécius et parfois en la rapprochant de la vie de Mary Baker, qui fonda la Science Chrétienne, ainsi Régis Dericquebourg ou Anne-Cécile Bégot). Mais en plus, on lui compte pas moins de 5 biographies :
- la biographie officielle (publié d'abord dans l'Unitif, puis reprise en introduction de la Révélation, en 1910) ;
- la biographie de Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme. Les Faits, d'après des Documents inédits (1934) ;
- la biographie (proche de l'hagiographie) de Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, Antoine le guérisseur (1936) ;
- Louis Antoine et l’antoinisme. Données historiques rassemblées par le frère J. M. Boffy, document interne à l’antoinisme (1997-2003), et également d'autres moins plus anciennes et moins facile d'accès ;
- Roland A E Collignon, Un homme est venu, La vie tourmentée de Louis Antoine (2009) (plus disponible).
- On peut aussi y inclure ce site qui évoque en détail tous les événements de la vie de Louis Antoine, illustré abondamment.

    Encore une fois, rappelons ce passage de la Révélation, La foi comparée à la croyance :
  "Aussi longtemps que nous nous attachons au prophète plutôt qu'à ce qu'il nous a révélé, notre amour ne pourrait être réel, nous aimerons ceux qui partagent nos idées et nous n'aimerons pas les autres, nous sèmerons la division. Cependant aucun n’a le droit de blâmer personne puisque si arriérés que nous soyons, nous croyons tous être dans la vérité."

    C'est la raison pour laquelle l'antoinisme français conserve les photos dans les temples, pour permettre au personne qui le désire encore, d'avoir une figure pour progresser. Viendra le temps où ils pourront s'en passer. En Belgique, revenu au culte comme au temps du Père, l'Enseignement est pris à la lettre, et on considère que les photos ne doivent pas être nécessaires aux antoinistes.

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Dévotion au Père - Le Père

Publié le par antoiniste

    Père. C'est la peut-être la seule marque de dévotion que Louis Antoine ait accepté pour sa personne. Cependant il aura aussi rappelé ce fait :
  "Aussi longtemps que nous nous attachons au prophète plutôt qu'à ce qu'il nous a révélé, notre amour ne pourrait être réel, nous aimerons ceux qui partagent nos idées et nous n'aimerons pas les autres, nous sèmerons la division. Cependant aucun n’a le droit de blâmer personne puisque si arriérés que nous soyons, nous croyons tous être dans la vérité."
La Révélation, La foi comparée à la croyance

    On a déjà évoqué l'origine de cette marque de respect (Comment on nomma le Père | 21 juin 2009 et Père, mère, frère, soeur | 21 juin 2009). C'est vers 1910 que l'on pris l'habitude de le nommé Père.

    "Mes enfants", disait-il. Il avait donc choisi d'être appelé "le Père". Tous les adeptes comprirent. Ils sentirent du coup que c'était bien là le vrai nom qui lui convenait, tant à cause de son âge, de son aspect, que de cette égalité d'amour dont il savait envelopper tous ses fidèles. Comme un père, il ne cherchait pas à se faire aimer, il usait à l'occasion d'un rudesse bienveillante. Il songeait avant tout à leur bien, même s'ils n'y songeaient pas eux-mêmes, et il voyait devant eux, plus loin que chacun d'eux.
    - Quoi qu'il vous arrive, dit-il pour terminer, si vous pensez à moi, je serai toujours avec vous pour sanctifier votre épreuve et vous aider à surmonter votre doute.
    C'est ainsi qu'Antoine le Guérisseur, que certains avaient appelé Antoine le Généreux, devint le Père. A partir de ce jour-là il ne fit plus de différence entre tous ses fils. Bientôt il ne reçut plus aucun malade en particulier, et toutes ses opérations furent remplacées par une "opération générale", qui se faisait chacun des quatre premiers jours de la semaine, à dix heures. Il continuait à guérir, mais tous sentaient que pour lui la guérison des corps n'était plus la chose importante. on allait à ses opérations, bien plus pour le fluide d'amour que pour être guéri.
Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.329

    Une tradition peut expliquer ce fait. On a déjà parlé de la perte de la figure paternelle du fait de l'industrialisation de la société. Cela peut expliquer la facilité avec laquelle on nomma Louis Antoine, le Père. Rappelons à ce propos qu'on surnomma Staline "le petit Père des peuples". L'image du père de famille disparaissant, il en fallait une autre.
    Dans les extrait de Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET, on lit l'anecdote suivante :
  Un jour le Père dit à sa fille adoptive Louise : "Il ne faudrait plus m'appeler Papa".
- Et comment alors ?
- Père
- Tout le monde va vous appeler Père ?
- Non, celui qui en aura la pensée.
    Mais aussi celle-ci :
  Recevant l'inspiration au sujet de l'enseignement, Il lui arrivait de demander Mme Desart au milieu de la nuit. Son travail fait, Il la raccompagnait chez elle. Un soir, répondant aux remerciements de Madame Desart pour les grâces et l'Amour qu'elle recevait auprès de Lui, il lui dit : "Je suis plus près de vous encore que si j'étais votre père." C'est à partir de ce jour que les adeptes l'appelèrent "Le Père".
    Puis très vite, il devint normal de nommé Catherine Antoine, la Mère.

    Plusieurs sources nous montre donc que ce serait bien Louis Antoine qui aurait "choisi" de se faire (ou de se laisser) appeler Père.

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