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Un Dieu va naître... (Le Monde illustré, 31 août 1912, N°2892)

Publié le par antoiniste

Un Dieu va naître... (Le Monde illustré, 31 août 1912, N°2892)

Un Dieu va naître…

par ANDRÉ ARNYVELDE

     Il y a quelques semaines — le lecteur s'en souvient-il ? – à cette même place, et signée du même nom, une chronique parut, intitulée : Un Dieu vient de mourir... Le « dieu », c'était le Père Antoine, de Jemmepe-sur-Meuse, Antoine le Généreux, Antoine le Guérisseur, Dieu belge à qui furent élevés, de son vivant, des temples, et qui compte dans le monde plusieurs centaines de milliers de fervents. Cette chronique valut à son auteur un certain nombre de lettres, qu'il lut avec le plus vif intérêt. La plupart de ses correspondants, s'étant accordés à trouver que le ton général de l'article, quoique teinté légèrement de scepticisme, n'était point ironique, ni démolisseur, se trouvèrent également d'accord pour inviter son rédacteur à se convertir à l'Antoinisme.
    A ces prosélytiques correspondants, il ne pourra être ici répondu, pour ce qui est de la conversion, ni oui tout à fait, ni tout à fait non ; mais seulement que c'est à voir... Quelques documents Antoinistes, joints aux lettres et que nous étudions consciencieusement, sont en train de nous éclairer sur ce grave problème, et de nous permettre d'asseoir honnêtement notre opinion, notre conviction, notre résolution.
    Pour ce qui est du scepticisme que l'on constata généralement au cours de l'article, veuillent les adorateurs d'Antoine admettre qu'il faut, quand on aborde des questions d'une aussi auguste espèce, aller avec beaucoup de circonspection. D'une part, il y a cette sacrée Raison moderne, cette sacrée Raison critique, qui, très avertie, très munie, très prémunie, ne s'enthousiasme pas (comme ça », à la hussarde, ou à la Pauline de « Polyeucte » : Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée !... quels que soient les événements, les phénomènes, les mouvements, fussent-ils de foules, fussent-ils de nations tout entières... D'autre part, il y a que cette Raison même, si exigeante soit-elle, n'a pas toujours les éléments indispensables pour réfuter ou pour nier. C'est pourquoi le scepticisme est pardonnable : il est un peu comme une distraction que prendrait un voyageur, entre deux trains - la Négation ou la Croyance comme une façon de passer le temps entre deux événements importants et qui ne peuvent être précipitamment accomplis.
    Ceci dit, qu'on nous permette de passer à un autre ordre de propos. Un « Dieu » donc venait, il y a quelques semaines, de mourir. Voici qu'un Dieu, d'ici quelques années, va naître. C'est là quelque chose, au demeurant, qui fait compensation, rétablit l'équilibre. Ainsi l'Humanité, quoiqu'elle fasse pour mener ses affaires toute seule, comme une grande personne, n'échappe pas à la tutelle des dieux. Un meurt, un autre naît. Ainsi soit-il... Parlons du Dieu prochain.
    Mais il est matériellement impossible de dire un mot plus avant, si l'on n'ouvre pas une parenthèse explicative. Il sied de se mettre en état d'être compris de tous, de lecteurs même ignorants de l'A B C de la question.

*
*  *

    Il existe une Société qui s'appelle la Société Théosophique, et dont le but essentiel est d'épanouir la spiritualité de la Race humaine. Cette Société, qui compte environ 25.000 membres dans le monde, est née en 1875, à New York, des œuvres et des gestes de Mme H.-P. Blavatsky, fille d'un officier supérieur russe. Héléna Petrowna Blavatsky, que les membres de la Société Théosophique appellent pieusement H. P. B., de tempérament agité, complexe et bouillonnant, mena une vie aventureuse, voyagea considérablement, connut, au cours d'une chevauchée en Asie-Mineure, un magicien copte, Paulos Métamon, et se sentit attirée vers le Merveilleux. Au cours de cent aventures, qui n'ont point à faire ici, un jour, à Londres, où elle était dans une grande misère — tous subsides de sa famille épuisés — et pendant le séjour dans la capitale britannique d'une ambassade hindoue, envoyée par le souverain du Népaul à la reine Victoria, elle reçut une communication, par des voies surnaturelles, d'un être appartenant à une catégorie supérieure et mystérieuse d'humanité. Ainsi la Vierge Marie fut, dans les temps lointains, visitée par un ange qui lui annonça sa mission.
    L'être qui se manifestait à H. P. B. était un Mahatma. Les Mahatmas, selon l'enseignement théosophique — qui lui-même s'inspire abondamment des livres sacrés de l'Inde — sont des êtres, assez malaisés à concevoir pour notre intelligence européenne, doués de pouvoirs spirituels, psychiques, voire physiques, infiniment plus étendus, plus magnifiques, que ceux — si magnifiques, et profonds soient-ils —que nous pouvons rencontrer, ou avoir rencontrés, ou avoir supposés même, chez les hommes de notre humanité coutumière. Leur résidence ordinaire est en certaines parties inexplorées du Thibet. Ils assistent de là au spectacle de toutes les agitations humaines, et de temps en temps s'élancent de leur retraite sacrée, par des chemins immatériels, porter lumière ou secours au Monde, ou à l'un d'entre leurs frères inférieurs - les hommes ordinaires, vous, nous — et rétablir d'un coup de barre occulte l'ordre et la marche du vaisseau des politiques ou des passions, universelles, nationales ou individuelles.
    Un de ces êtres, donc, se manifesta à H. P. B. et fut l'incitateur de sa vie nouvelle. Autour d'H. P. B. se multiplièrent les phénomènes psychiques les plus extraordinaires, et son esprit déborda d'illuminations. Elle rencontra en Amérique, en 1874, un homme connu par certains articles spirites parus dans le New-York Sun et le New-York Graphic, et avec lequel sa pensée fraternisa d'enthousiasme. Il s'appelait le colonel Henry Steel Olcott. H. P. B. et le colonel Olcott joignirent leurs idées et leurs efforts ; et au bout d'un certain temps, temps pendant lequel, autour des expériences et des révélations d'H.P.B. se passionnèrent le monde et la Presse — surtout la Presse anglaise — les discutèrent, les combattirent, les assaillirent, les couvrirent de ridicule ou les auréolèrent de Foi, la Société Théosophique fut fondée.
    H. P. B. mourut en 1891, laissant un grand nombre d'écrits, confus mais extrêmement impressionnants. Elle y donnait, noyée dans un océan déchaîné de symboles extraits de toutes les théologies et de toutes les cosmogonies, la clef de la Création des Mondes, de la Nature occulte de l'Univers, de l'Homme, et des Races, de leur évolution dans le temps, y compris leur avenir le plus lointain; elle y expliquait Dieu, elle y expliquait l'Humanité, elle y expliquait les lois des Astres, de la Vie et de la Mort ; elle y expliquait Tout.
    Mme Annie Besant succéda à la présidence de la Société Théosophique à H. P. B. Mme Annie Besant est une femme très haute, une intelligence ruisselante, une oratrice magnifique. Elle a, hors de la Société Théosophique même, de passionnés admirateurs, et entre ceux-là notre illustre Pierre Loti, et d'autres beaux esprits. Mais arrivons au Dieu.
    Vous voici avertis qu'il est une Société Théosophique, que ses chefs prétendent tenir les plus antiques et les plus profonds secrets de la Vie et de l'Univers ; vous n'ignorez plus qu'il est des Mahatmas. La parenthèse peut être fermée.

*
*  *

    Les Mahatmas, créatures douées de pouvoirs « supérieurs », ces frères de l'Humanité, ces gardiens de la Destinée, que sont-ils ?
    Ils sont, ou plutôt ils furent des hommes, de simples hommes, parvenus, au long des âges, et par une épuration de plus en plus resplendissante de leur spiritualité, à un degré spirituel et psychique qui leur permet de vivre sur un plan autre que le plan physique. 
    Mais comment sont-ils parvenus à cet état, que l'on peut dire privilégié ?
    Efforçons-nous d'être clair :
    L'homme, tout homme, possède un Moi (les Théosophes l'appellent l'Ego), un Moi, un Ego, spirituel, immortel, éternel. Nous ne sommes de chair et d'os, vous qui me lisez en ce moment, moi, en ce moment, qui vous raconte, qu'une certaine incarnation éphémère de notre Moi éternel, d'entre les innombrables incarnations qu'il a déjà effectuées et qu'il aura à effectuer au long des temps.
    Ce Moi, dès qu'il a commencé de s'éveiller à la conscience, n'a plus qu'un but — qu'il poursuivra à travers des siècles et des siècles -: atteindre sa pleine conscience, la Perfection définitive, qui est le Nirvana hindou, qui est la Réintégration dans l'Absolu, qui est la Conscience de la Réalité de Dieu.
    Il ne peut atteindre à cette Perfection, au Nirvana, qu'en triomphant successivement de toutes les attaches de la matière. C'est au cours des luttes qu'il aura à soutenir contre les attractions matérielles, qu'il prendra de plus en plus conscience de la divinité essentielle de sa nature.
    Ses incarnations dans des individualités corporelles ne sont que le moyen, pour lui, de lutter, et de vaincre, ou de retarder sa victoire... La qualité de ses incarnations successives est subordonnée à la vie qu'il mena dans chaque incarnation précédente. Ayant été noble, haut, héroïque, charitable, juste, bon, dans une incarnation, il se réincarnera dans un individu plus haut, plus hautement prédisposé, dans un corps mieux approprié à la haute vie qu'il va vivre ; ayant été vaincu par les attractions matérielles, le vice, le mal, il s'incarnera dans une individualité basse, vile, mauvaise, et aura d'autant à lutter pour une prochaine incarnation plus haute. Ainsi de suite...
    Ces incarnations, ces combats, ces rechutes, ces victoires exigent pour chaque Moi, pour chaque Ego, des siècles et des siècles de siècles. Un million d'années n'est que bagatelle de durée, dans la chronologie théosophique. On y apprend qu'un Ego, par exemple, s'incarne dans un individu qui vivra, de la vie normale humaine, 70 ou 80 ans. Puis l'Ego restera 800, 900, 1.000 ans dans l'attente d'une nouvelle incarnation. Ce qu'il fera pendant ces siècles de repos, de sommeil, d'attente, l'expliquer nous entraînerait trop loin. La Société Théosophique existe, et le pourra dire à qui se montrera curieux de le voir expliqué. Continuons notre évolution de l'Ego. Le Moi, l'Ego, qui est parvenu, à travers l'immensité des siècles, à se libérer de sa carapace matérielle au point de n'être plus qu'Amour et Spiritualité, devient l'un de ces Mahatmas qui protègent l'Humanité, la secourent, la guident, ou plutôt, aident de leurs pouvoirs supérieurs l'évolution spirituelle de la Race humaine.

*
*  *

    C'est ainsi qu'un de ces Egos, d'une spiritualité plus haute encore que celles des Mahatmas, va, paraît-il, s'incarner d'ici vingt ou trente ans dans un homme, digne de le recevoir, et qui, à partir de ce moment, apparaîtra Dieu aux hommes, et dira le Verbe divin.
    Celui en qui l'on croit, en qui l'on suppose que s'incarnera le nouvel Instructeur du monde, est un jeune Hindou nommé Khrisnamurti. Un jour, à la suite d'une conférence que Mme Annie Besant vint faire à la Sorbonne, le Monde Illustré publia le portrait de Khrisnamurti, qui est un adolescent admirablement beau.
    La place nous manque, à présent, pour vous donner sur Khrisnamurti les mille détails qui vous le feraient paraître comme un être véritablement en dehors de l'humanité ordinaire, vivant tout entier dans sa préparation à la Divinité...
    Mais la place nous manque aussi pour entamer le plus passionnant des débats. Dresser, à côté, en face de ce Dieu futur, de cet être très sacré, tout de spiritualité immarscessible, un homme, un simple homme d'homme, de chair, de cœur et de cerveau, avec ses passions, ses rêves, les coups de massue de la vie ; et voir si, vivant, respirant, aimant, souffrant, résistant, renaissant chaque matin, battu, rossé, pétri, fouaillé, et continuant de résister, aimer, respirer et vivre, ce ne serait pas le simple homme d'homme qui serait le vrai Dieu...   

                                                                                André ARNYVELDE.

Le Monde illustré, 31 août 1912 (N°2892)

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Un Dieu vient de mourir... (Le Monde illustré, 13 juillet 1912, N°2885)

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 Un Dieu vient de mourir... (Le Monde illustré, 13 juillet 1912, N°2885)

Un Dieu vient de mourir…

par ANDRÉ ARNYVELDE

    Un dieu... Vous vous méfiez... L'auguste monosyllabe, de nos jours, est la plupart du temps une façon de parler, une sorte de qualificatif exaltatoire qu'on n'hésite point, quand on a usé tous les adjectifs, à employer pour être sûr qu'on se fera bien comprendre. Tel poète, tel comédien, tel danseur est facilement un dieu... mon dieu ! nous entendons cela tous les jours, dans la conversation courante. On sait bien, on sait généralement qu'au fond il n'y a plus de dieu ; ou tout au moins, s'il y en a, que c'en est un, toujours le même, qui courait déjà dans les versets de la Bible, il y a des cent mille ans.
    Et cependant l'on vous dit ici qu'un dieu vient de mourir, et l'on prétend n'être ni symbolique ni exaltatoire à la dernière puissance. Ce dieu-là était bien, paraît-il un dieu, puisqu'il avait des fervents, des sacerdotes et surtout des temples. Enfin il s'agit du Père Antoine, Antoine-le-Généreux, plus connu sous le nom d'Antoine-le-Guérisseur, mort ces temps-ci dans sa ville sacrée de Jemmepe, en Belgique.
    IL avait d'abord été mineur, puis, illuminé, IL répandit, avec un évangile, des guérisons et des miracles. Des foules vinrent à LUI qui s'en retournèrent, illuminées à leur tour, et conquises à SA foi. Depuis quelques années nul ne pouvait se vanter de l'avoir vu. Il vivait enfermé, servi par deux ou trois fidèles élus, entouré de mystère et de sainte majesté. Mais les miracles se faisaient comme avant. Ecoutez donc. Il y a un peu partout dans le monde des succursales du Culte Antoiniste de Jemmepe. Il me fut donné d'assister à la célébration de ce culte, à Paris, un dimanche dans une maison de la rue Saint-Denis. Rien à la façade de la maison n'indiquait ce qui se passait dedans. La porte cochère franchie, je me trouvai dans une vaste cour où des groupes parlaient bas, gravement. Je gagnai un petit escalier qu'on m'indiqua ; je commençai à le monter, mais bientôt je fus immobilisé derrière une foule qui se pressait sur les marches. Enfin, parvenant à me faufiler, degré à degré, avec beaucoup de peine, entre la rampe ou le mur et les gens qui faisaient la queue, serrés les uns contre les autres, j'atteignis le troisième étage.
    Là, force me fut d'abdiquer tout espoir d'avancer plus ; j'attendis bien sagement sur le palier une éclaircie dans le public compact qui encombrait la première pièce de l'appartement, et qu'on voyait par la porte laissée grande ouverte. J'entendais la voix d'un homme qui lisait des versets comme d'Evangile, dans un immense silence de l'assistance dense.
    Cette lecture m'arrivant trop confusément pour que je pusse prêter attention à ce qu'elle disait, je commençai bientôt à bavarder avec un de mes voisins de palier. Et ce voisin me raconta, quand je l'eus un peu questionné, qu'il était patron coiffeur, établi à Paris ; qu'il avait un enfant, lequel s'était d'abord très mal porté, tuberculeux, presque condamné ; que sur les conseils de personnes qu'il fréquentait et qui étaient Antoinistes, il avait écrit au Père, lisez à Antoine-le-Guérisseur... Et qu'à partir du jour où il pensait que sa lettre était arrivée à destination, son enfant commença visiblement à se mieux porter... Et que maintenant cet enfant était un enfant non seulement tout à fait guéri, sauvé, mais ardent à vivre, joufflu, et faisant l'admiration de tous ceux qui le voyaient, par sa mine, sa santé et sa robustesse.
    Voilà. — Mon interlocuteur avait l'air d'un bon homme, comme vous et moi, aux yeux tranquilles, et point égarés du tout. — « Et tous ceux qui sont ici vous raconteront des miracles pareils, achevait mon patron coiffeur. Personne ne voit le Père. Le Père ne répond jamais aux lettres. On jette sa prière à la poste, et il n'y a plus qu'à attendre. Il n'est pas d'exemple qu'une prière soit demeurée inefficace... »
    Cependant, le lecteur d'Évangile s'était tu. Les assistants commencèrent à se disperser. Ils avaient, en sortant, le visage recueilli comme celui des Chrétiens qui viennent de communier. J'entrai dans la petite pièce. J'abordai le lecteur de tout à l'heure, grand prêtre de cette section du culte Antoiniste. Il répondit très simplement à toutes les questions que je lui posai, et ses yeux brillaient d'une ferveur tranquille. J'étais un peu agacé. Tous les gens qui étaient là et qui nous regardaient ou nous écoutaient avaient de bonnes têtes ordinaires, et, sapristi ! point mystiques pour deux sous. Et cependant ils disaient : Le Père... Le Père... Notre Père... ma parole ! comme si c'était sérieux !
    On me remit des brochures cultuelles, et je les lus dès que je fus rentré chez moi. Je dois avouer que je ne fus pas convaincu. Au demeurant voici quelques principes de l'Evangile Antoiniste, que je vous extrais littéralement de L'UNITIF, bulletin mensuel de l'Antoinisme :

DIX PRINCIPES RÉVÉLÉS
en prose
par
Antoine le GÉNÉREUX :
DIEU PARLE :
PREMIER PRINCIPE
Si vous m'aimez
Vous ne l'enseignerez à personne
Puisque vous savez que je ne réside
Qu'au sein de l'homme.
Vous ne pouvez témoigner qu'il n'existe
Une suprême bonté
Alors que du prochain vous m'isolez...

……………………………………………………………….
SIXIÈME PRINCIPE
Quand vous voudrez connaître la cause
De vos souffrances
Que vous endurez toujours avec raison,
Vous la trouverez en l'incompatibilité de
L'intelligence avec la conscience...

……………………………………………………………….
DIXIÈME PRINCIPE
Ne pensez pas faire toujours un bien
Lorsqu'à un frère vous portez assistance :
Vous pourriez faire le contraire,
Entraver son progrès.
Sachez qu'une grande épreuve
Sera votre récompense,
Si vous l'humiliez, en lui imposant le respect,
Quand vous voudrez agir,
Ne vous appuyez jamais sur la croyance,
Car elle pourrait vous égarer ;
Rapportez-vous seulement à votre conscience
Qui doit vous diriger et ne peut se tromper.

……………………………………………………………….
*
*  *

    Voici encore un fragment d'une espèce de profession de foi, rédigée par le Père :

    « Étant allé à l'étranger, en Allemagne et en Russie, comme ouvrier métallurgiste, j'avais pu, malgré la maladie d'estomac dont j'étais affligé, économiser un petit pécule qui me permettait de vivre sans travailler. Je compris que je me devais à mes semblables, c'est alors que je ressentis la foi qui m'affranchit de toute crainte au sujet de l'âme, j'étais convaincu que la mort est la vie, le bonheur que j'en éprouvais ne me laissait plus dormir, je m'inspirais ainsi le devoir de me dévouer toujours davantage envers ceux qui souffrent moralement et physiquement et je continue la tâche car leur nombre augmente sans cesse. Je leur raisonnais l'épreuve, sa cause et son efficacité. Sans la foi qui me soutenait, j'aurais été bien souvent embarrassé et tracassé devant la foule de malades qui, nuit et jour, pendant plus de vingt-deux ans, sont venus me demander assistance. Mais ma longue expérience me fit reconnaître que les plaies du corps ne sont que la conséquence des plaies de l'âme. C'est à celle-ci que j'ai donc appliqué le remède ; je n'ai jamais cessé de la raisonner aux malheureux qui se trouvent dans la même situation que celle que j'ai pu traverser et qui se désespèrent... »

    Comme on s'en peut apercevoir, Bossuet écrivait mieux que le Père Antoine...
    Nonobstant, ainsi que le racontait naguère dans un article paru à cette place même, M. Riccioto Canudo, cent soixante mille Belges présentaient en 1910 à la Chambre des Représentants et au Roi une pétition, demandant de « reconnaître comme officiel, le culte nouveau institué par leur Messie : Antoine-le-Guérisseur. »

*
*  *

    Cet homme-là, donc, ce Dieu, dont le culte a su, de la Belgique gagner la France et Paris, le Père Antoine, vient de mourir, et ce n'est point, comme on pourrait le croire sa disparition qui diminuera son Eglise. Bien au contraire. Déjà, nous raconta l'autre jour l'Intransigeant, un avis a été affiché sur les murs de son temple :

             « Frères,
    « Le Conseil d'administration du culte Antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner... Avant de quitter son corps il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que la Mère le remplacera dans sa mission... Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures. »
    Peut-on concevoir ce que sera devenu l'Antoinisme dans un siècle, si Mère le sait convenablement entretenir ! Ah ! la folle époque que la nôtre. Naturellement, je ne vous invite point ici à croire à la divinité du Père Antoine. Je fais office d'honnête raconteur, sans plus. Mais vous conviendrez qu'il y a lieu de considérer avec quelque attention le fait que deux ou trois cent mille Européens modernes peuvent s'agenouiller dans un temple et élever le meilleur de leur âme vers un « Notre Père » qui n'est pas le bon Dieu de toute éternité.
    Nous vivons dans une époque sans foi... et cependant il semble bien qu'aucun temps n'ait été plus enclin à adorer que ce temps-ci. Adorer, adorer n'importe qui, n'importe quoi... Ce fut la Raison, la Science, ce fut l'Humanité, l'Individu, ce fut la Cité future... Il nous souvient très bien qu'il y a un an, Mme Annie Besant, théosophe et bouddhiste, étant venue à Paris faire une conférence, philosophique et religieuse dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, fut écoutée religieusement par plus de cinq mille assistants... Adorer, adorer... Ces tout derniers jours, nous adorâmes Nijnski... Qui ou quoi sera-ce, l'hiver qui vient ?... Allons, allons, les dieux, préparez-vous. Vous avez tout l'été pour vous préparer. Il y a une place à prendre, à la « saison » prochaine...

                                                                                André ARNYVELDE.

Le Monde illustré, 13 juillet 1912 (N°2885)

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Temple de Bernay - Photo de jour de l'Inauguration

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Temple de Bernay - Inauguration

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Le Fruit et l'Arbre (Le Fraterniste, 24 avril 1914)

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Le Fruit et l'Arbre (Le Fraterniste, 24 avril 1914)

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Chaire de lecture (Temple de Schaerbeek, arch. Jean Tombeur)

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Chaire de lecture (Temple de Schaerbeek, arch. Jean Tombeur)

détail du plan du Temple par Jean Tombeur
Il s'agit d'une projet, voici à quoi elle ressemblait.

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Connais-toi toi-même (Le Fraterniste, 15 septembre 1927)

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Connais-toi toi-même (Le Fraterniste, 15 sept 1927)

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Un Souvenir de Jemeppe

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Un Souvenir de Jemeppe

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Luciano Folpini - È incredibile (2007)

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Luciano Folpini - È incredibile (2007)

Auteur : Luciano Folpini
Titre : Le radici - È incredibile - Indagine sul mistero dell’uomo 3 - Le proposte alternative
Éditions : Centro culturale Kairòs - Aderente al Progetto Culturale della Cei - Gavirate – maggio 2017

    L'auteur évoque p. 105-106 en ces termes le culte antoiniste :

Il Culto Antoinista
Il belga Louis Antoine, dopo oltre 40 anni di lavoro come operaio specializzato si imbatte nello spiritismo. Nel 1890 decide di diventare medium e fonda un gruppo spiritico chiamato Les Vignerons du Seigneur.
Nel 1893, dopo la morte del figlio ventenne, cominciò a curare le malattie con pezzi di carta magnetizzati o con l’acqua, con l’aiuto di spiriti di medici.
La sua fama crebbe ma nel 1901 fu condannato per esercizio abusivo della professione medica.
Fu allora che decise di non usare più il contatto fisico col paziente ma di operare in un procedimento non più di tipo medico ma religioso. Così quando nel 1907 fu di nuovo giudicato per esercizio abusivo della medicina, è assolto perché si tratta di una questione di fede.
Nel 1906, Antoine, ha abbandonato lo spiritismo per dare vita al Culto Antoinista dove lui è il Padre che non nega lo spiritismo, ma lo confina a un livello inferiore nella sfera morale dei suoi insegnamenti.
Il movimento ha successo con più di 100mila aderenti in Belgio e si espande in altri paesi.
Quando nel 1910 la fila di quelli che attendono un incontro con lui comincia ad allungarsi troppo, costruisce il Tempio Antoinista dalla cui tribuna, vestito in tunica nera e cilindro, fa scendere il suo fluido contemporaneamente su tutta la folla.
Poi nel 1912 muore e il movimento continua con la moglie Jeanne Catherine Collon.
Attualmente, pur essendo il movimento in calo, esistono ancora alcuni templi e sale di lettura in Belgio e in altri paesi, gestiti da un desservant, una specie di diacono, spesso una donna, che veste come il Padre anche fuori del luogo di culto.
In tutti i templi tutte le domeniche alle dieci, e nei quattro primi giorni della settimana alle sette di sera, si leggono gli insegnamenti del Padre, mentre negli stessi giorni alle dieci del mattino il desservant, fa scendere il flusso di Antoine dalla tribuna sui presenti dopo qualche momento di preghiera e al termine dà consigli personali a chi li richiede.
Sono anche previsti dei riti antoinisti per: funerali, battesimi e matrimoni, ora abbastanza rari. In Francia si è affermato il rito di Mère con le innovazioni introdotte dalla moglie e l’uso di ritratti di Antoine.
L’antoinismo afferma che se Dio non esiste al di fuori di noi, anche noi non esistiamo al di fuori di Dio. La materia, il male e la malattia non esistono perché si tratta solo di errori della nostra immaginazione o credenze che le fanno immaginare reali.
Per superarle bisogna opporre la coscienza e la fede nell’efficacia che ancor oggi ha il fluido che continua a emanare dal Padre Antoine tramite i desservant, e nelle credenze kardeciste sul progresso, la solidarietà, la fraternità, e il lavoro morale, che consentono la crescita anche attraverso reincarnazioni successive.

Luciano Folpini - È incredibile (2007)


Traduction :
Le culte antiniste
Le Belge Louis Antoine, après plus de 40 ans de travail en tant qu'ouvrier qualifié, découvre le spiritisme. En 1890, il décide de devenir médium et fonde un groupe spirituel appelé Les Vignerons du Seigneur.
En 1893, après la mort de son fils de 20 ans, il a commencé à traiter les maladies avec des morceaux de papier magnétisé ou de l'eau, avec l'aide des esprits des médecins.
Sa notoriété grandit mais en 1901, il est condamné pour exercice illégal de la profession médicale.
C'est alors qu'il a décidé de ne plus utiliser le contact physique avec le patient mais d'opérer selon une procédure qui n'était plus médicale mais religieuse. Ainsi, lorsqu'en 1907 il a été à nouveau jugé pour exercice illégal de la médecine, il a été acquitté du fait qu'il s'agissait d'une question de foi.
En 1906, Antoine abandonne le spiritisme pour donner vie au Culte antoiniste où il est le Père qui ne nie pas le spiritisme, mais le confine à un niveau inférieur dans la sphère morale de ses enseignements.
Le mouvement a connu un grand succès avec plus de 100 000 adhérents en Belgique et s'est étendu à d'autres pays.
Lorsqu'en 1910, les rangs de ceux qui attendaient une rencontre avec lui commencèrent à grandir, il construisit le temple antoiniste dans lequel, depuis la tribune vêtu d'une tunique noire et d'un haut-de-forme, il laissait descendre son fluide sur toute la foule en même temps.
Puis en 1912, il meurt et le mouvement se poursuit avec son épouse Jeanne Catherine Collon.
Aujourd'hui, bien que le mouvement soit en déclin, il existe encore quelques temples et salles de lecture en Belgique et dans d'autres pays, dirigés par un serviteur, une sorte de diacre, souvent une femme, qui s'habille comme le Père même en dehors du lieu de culte.
Dans tous les temples, tous les dimanches à dix heures, et les quatre premiers jours de la semaine à sept heures du soir, on lit les enseignements du Père, tandis que les mêmes jours à dix heures du matin, le serviteur fait descendre le fluide d'Antoine de la tribune vers les personnes présentes après quelques moments de prière et à la fin il donne des conseils personnels à ceux qui le demandent.
Des rites antoininistes sont également prévus : funérailles, baptêmes et mariages, aujourd'hui assez rares. En France, le rite de la Mère s'est établi avec les innovations introduites par sa femme et l'utilisation des portraits d'Antoine.
L'antoinisme affirme que si Dieu n'existe pas en dehors de nous, nous n'existons pas non plus en dehors de Dieu. La matière, le mal et la maladie n'existent pas parce qu'ils ne sont que des erreurs de notre imagination ou des croyances qui les rendent réels.
Pour les surmonter, il faut opposer la conscience et la foi dans l'efficacité qu'a encore le fluide qui continue à émaner du Père Antoine à travers les serviteurs, et dans les croyances kardecistes sur le progrès, la solidarité, la fraternité et le travail moral, qui permettent la croissance aussi à travers les réincarnations successives.

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Los antonistas en Francia (Diario español, 21 de noviembre de 1913)

Publié le par antoiniste

 Los antonistas en Francia (Diario español, 21 de noviembre de 1913)CEREMONIA CURIOSA

Los antonistas en Francia

Visiones y otros excesos

    Paris.–Los adeptos del culto antonista, fundado en Jemmapes (Bélgica), por el famoso magnetizador, herrero de oficio, Antonio el Generoso, decidieron hace algunos meses levantar un templo en Paris.
    El antonismo cuenta en Bélgica con cientos de miles de prosélitos, muchos de ellos en buena posición.
    Es jefe de la secta, desde la muerte del fundador, una parienta suya, muy vieja, llamada Antonia.
    Días pasados celebróso la inauguración del primer templo antonista parisiense.
    Vinieron de Bélgica, Antonia y unos cien fieles.
    Acudieron también bastantes Antonistas de diversos puntos de Francia.
    Antonia, una vez estuvo el templo lleno, mandó cerrar las puertas.
    Subió al púlpito y arrodillóse.
    Vestia de negro, y llevaba tendida sobre su cuello y espalda su blanca y larguisima cabellera, que no habia peinado.
    Empezó á recitar oraciones de las e que Antonio dejó escritas.
    Luego se puso en pié, y extendiendo los brazos y abriendo mucho los ojos, quedóse inmóvil.
    Al cabo de algunos minutos declaró que acababa de ver á Antonio, entre nubes.
    Otros antonistas dijeron que no habían visto á Antonio, pero sí una nube blanca.
    De pronto, una mujer de treinta años, natural de Vichy, que habían llevado en un carrito, levantóse y empezó á gritar:
    –Llevaba ocho años paralítica. Acabo de curarme.
    Y comenzó á dar saltos.
    Otras tres personas empezaron á gritar a su vez:
    –Estamos curados, estamos curados.
    So trataba de sedicentes enfermos de dolencias nerviosas.
    Prodújose gran alboroto.
    Parecía aquello una reunión de locos.
    Al fin todos se calmaron y fueron saliendo.
    Y así ha comenzado el culto antonista en París.

Diario español, 21 de noviembre de 1913

 

Traduction :

CÉRÉMONIE CURIEUSE

Les Antonistes en France

Visions et autres excès

    Les adeptes du culte Antoiniste, fondé à Jemmapes (Belgique) par le célèbre magnétiseur, forgeron de métier, Antoine le Généreux, ont décidé il y a quelques mois d'élever un temple à Paris.
    L'Antoinisme compte en Belgique des centaines de milliers de prosélytes, dont beaucoup sont de bonne situation.
    Le chef de la secte, depuis la mort du fondateur, est une de ses parents, très âgée, appelé Antoine.
    Il y a quelques jours, elle a célébré l'inauguration du premier temple Antoiniste à Paris.
    Antoine et une centaine de fidèles sont venus de Belgique.
    Il y avait également de nombreux Antoinistes venus de différentes régions de France.
    Antoine, une fois l'église pleine, a ordonné la fermeture des portes.
    Elle est montée sur la chaire et s'est agenouillée.
    Elle était vêtue de noir, et ses longs cheveux blancs, qu'elle n'avait pas peignés, étaient drapés sur son cou et son dos.
    Elle a commencé à réciter certaines des prières qu'Antoine avait laissées.
    Puis elle se leva, et, étendant les bras et ouvrant grand les yeux, elle resta immobile.
    Au bout de quelques minutes, elle déclara qu'elle venait de voir Antoine parmi les nuages.
    D'autres antoinistes ont dit qu'ils n'avaient pas vu Antoine, mais qu'ils avaient vu un nuage blanc.
    Soudain, une femme de trente ans, originaire de Vichy, qui avait été emmenée dans une charrette, se lève et se met à crier :
    –Je suis paralysé depuis huit ans. Je viens d'être guéri.
    Et elle a commencé à sauter de joie.
    Trois autres personnes se sont mises à crier à leur tour :
    –Nous sommes guéris, nous sommes guéris.
    Il s'agissait de personnes prétendument souffrantes de maladies nerveuses.
    Il y a eu une grande agitation.
    On aurait dit une réunion de fous.
    Finalement, tout le monde s'est calmé et est parti.
    C'est ainsi qu'a commencé le culte antoiniste à Paris.

Journal espagnol, 21 novembre 1913

Le récit est très librement adapté d’autres articles français, comme celui du journal Le Voltaire.

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Panneau annonçant la Fête de Mère (le 3 novembre)

Publié le par antoiniste

Fête de Mère. Le 3 novembre (Tweet @culteantoiniste)

source : Tweet @culteantoiniste

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