Jumet - Temple antoiniste
Antoinistes français au temple de Jumet le 23 juillet 1994
Antoinistes français au temple de Jumet le 23 juillet 1994
— Qu'y a-t-il, répétai-je.
— Mmmm, fit Jiri.
Je comprenais. Enfin, un peu... J'allumai. Le décor n'était pas celui que vous envisagiez déjà, car il est bien vrai que vous misiez sur la crasse, sur l'immonde saleté des détritus vieux d'une semaine. On la sentait venir, on la présageait, cette saleté. Déjà en montant l'escalier, on s'attendait au pire, tout annonçait le désordre, des moutards squelettiques attachés par des chaînes au pied d'un lit, des carpettes d'excréments amollis par l'urine, un sol rendu glissant par la glaire, on s'attendait aux puces, à des putains en guenilles et barbues, rampant sur leurs genoux, cherchant leur subsistance dans les disjointures des planches, et au lieu de tout cela, nous entrions dans l'univers nu et gris de Jiri, dont le visiteur impromptu ne pouvait qu'emporter une image austère et cause de malaise. Le bas des murs semblait avoir été léché. Nous entrions dans cet univers comme dans un roman composé uniquement de phrases sans adjectifs. Et quel écrivain n'a pas rêvé d'écrire un livre où il n'y aurait plus de tables vertes ou jaunes, de Sénégalais bons ou mauvais, mais où plutôt la table serait exclusivement table, et le Sénégalais exclusivement Sénégalais ? Une telle œuvre serait un foisonnement insoutenable de corps purs, strictement relatifs à eux-mêmes, sans liens mutuels, durs, même les plus mous, étincelants, même les plus ternes, muets, morts, serrés autour du lecteur criant en vain son angoisse à l'auteur, devenu fou, comme si ce qui nous maintenait en santé c'était précisément ces rallonges à la chose et à l'homme, leur écoulement jusqu'à nous, cette suppuration d'eux-mêmes appelés adjectifs et au fond, nous sentons bien que nous ne sommes présents et aliénés au monde que dans la mesure où l'adjectif avec une force de réseau prend possession de nous, non seulement de nos mots, mais aussi de nos images, de nos visions, de nos rêves, de nos démarches et de nos sensations ; ainsi, le sperme qui dégouline de l'urètre, les doigts du bourreau éborgnant la victime, et l'ébrouement frêle des fibres du mal qui est en moi quand je songe à la mort prennent valeur d'adjectifs par rapport à la Source qui les produit qui est pur étincellement. Essence indivise. En somme, sans que nous le sachions très clairement, l'adjectif est en nous comme une malédiction, il nous relie à des réalités solitaires mais fonde le mensonge par le fait même qu'au lieu de nous les faire toucher, il ne parvient qu'à nous les faire qualifier. C'est à son intervention puissante et irrévocable que nous devons de voir les apparences rouler les unes vers les autres et nous griser de l'illusion de vivre. Il est liens, raccords, froissements et chaînes, il nous pousse infatigablement dans le piège d'une harmonie qui n'aurait point d'existence sans l'intercession de ses manœuvres confondantes, il nous englue dans ses verts, dans ses jaunes, dans ses bons et dans ses mauvais, qui ruissellent à perdre haleine dans toutes les directions. nos cinq sens sont faits comme des rats. Dans la chambre de Jiri, notre première impression était pour le moins détraquantes, on voyait Jiri et à côté de lui, sa monstruosité, et non Jiri monstrueux, on voyait le mur, et séparé du mur, le blanc du mur, comme une chose dure et saisissable en soi, les objets se démultipliaient à l'infini, il y avait là le cuivre et le brillant de ce cuivre, la lumière et le vif de la lumière, etc., si bien que finalement, nous n'osions plus faire un pas, par recrutements et recrudescences d'éléments pleins, opaques et autonome créaient autour de nous Forêt et nous étouffions, littéralement, nous étouffions, nous succombions aux coups, de fouet, de fouet sec, le fouet de chaque chose intrinsèque, dépourvue de qualité, toutes ces choses, inqualifiées, neutres, qui ruinaient nos sens.
Puis tout rentrait dans l'ordre.
Marcel Moreau, La Terre infestée d'Hommes,
Mon frère Jiri, d'horreur illuminé, p.64-65
roman, Buchet/Chastel, Paris, 1966.
Les Antoinistes rue Christine. - La rue Christine ne manque pas de titres de gloire. On sait que, tracée depuis le XVIIème siècle sur une partie de l'emplacement de l'Hôtel et des jardins du Collège de Saint-Denys, elle porte le nom d'une fille de Henri IV. C'est bien au souvenir de cette fille royale qu'allusionne bien sûr, la somptueuse enseigne de fer forgé au coin de la rue, du côté de la rue des Grands-Augustins. Encore que surgisse dans l'esprit, à l'appel de ce nom, la mémoire d'une autre Christine, cette étonnnante Christine de Stommeln, à laquelle J.-K. consacre de nombreuses lignes du chapitre XIV de "la Cathédrale". Dans ce même coin (soit la grande salle actuelle) à un temple Antoiniste, lequel à son tour avant la deuxième guerre, fut remplacé par le restaurant actuel. Depuis 1948, les fidèles de Huymans y célèbrent, chaque 1er jeudi du mois, leur auteur de dilection. Le jeudi 7 janvier dernier, notre éminent ami André Thérive a fait un petit historique fort savoureux sur ce coin de la rue Christine, un lieu où, rappelait-il, a « soufflé l'esprit ». Et où il souffle toujours, car, c'est dans cette même salle, où s'assemblaient les fidèles Antoinistes pour écouter les prêches du Père, et recevoir le fluide envoyé de Jemmeppes-sur-Meuse, que les huysmansiens tiennent leurs réunions. Ce Culte Antoiniste est une sorte de néo-gnosticisme, précisa André Thérive et a toujours de nombreuses chapelles. Paris en comptait trois : rues Vergniaud, du Château, du Pré-Saint-Gervais. Seul le temple rue Vergniaud subsiste. Il en existe en province : Nice, Chambéry, Lyon, Valenciennes, Reims, Tours, Vichy, Monaco, et la Belgique compte vingt-sept temples.
André Thérive fit lecture de nombreuses pages de son roman "Sans Ame", consacré à cette petite religion. Ce roman qui parut en 1927 à la Revue de Paris, et fut édité en 1928, chez Grasset, puis en 1933 chez Ferenczi, pourrait être placé sur un rayon déjà chargé, non loin des "Petites Religions de Paris" de Jules Bois.
Notre ami remporta le plus grand succès.
G.-U.-L.
Bulletin de la Société J.-K. Huysmans
n° 27 (27e année) - 1954, p.111
Eloge de la poussière
Terminer le livre que l'on a cru devoir écrire, et ensuite pqsser un bon moment qvec la poussière, c'est ce que j'appelle la fin honorable d'une aventure.
La poussière qui grisaille mes meubles, dans cet appartement qui en assure la déposition. Cette poussière, j'ai appris à la désirer pour un certain nombre de raisons, dont quelques-unes me demeureront à tout jamais obscures. Mais elle est là, sur les surfaces boisées, sur les vitres, d'où j'ai scrupule à la chasser, comme si d'en déchirer seulement du bout du doigt l'irréel manteau clochardesque me gênait. Epousseter, pour le semi-célibataire que je suis, c'est devenu aujourd'hui un acte hésitant qui consqcre moins ma paresse à prendre en charge les tâches ménagères que ma propension à observer dans leur légèreté les dérives de la mort.
Si je trouve la poussière fascinante, c'est aussi parce que sa douce et méconnue beauté prend silencieusement et patiemment sa place au rendez-vous que je fixe chaque jour aux objets que j'aime, compagnons de mes phantasmes et autres témoins de ma solitude ou de mes amours. Je ne sais d'où elle tombe ainsi, mais ma certitude est que son voile presque illusoire n'est soulevable que par l'imagination aiguë que j'ai de mon déclin et de ma fin.
Ce dressoir qui semble plus l'attirer sciemment que l'accueillir indifféremment, c'est déjà une chose qui voudrait que mon regard s'éteigne sur elle, c'en est aussi une autre qui invite ce même regard, sans brusquerie, à s'allumer à la perceptio de ma chute. L'empoussièrement tisse entre toutes les pièces du décor dont la familiarité m'importe une toile dont je sais à présent qu'elle est la délicatesse d'un scandale, celui-là même que découpe pour moi en visions abruptes ma relation avec le néant.
Qu'elle s'apparente à une décalcification des murs ou aux sécrétions sèches d'un vieux tapis afghan (mais est-il vraiment afghan, qu'en sais-je ?), la pousière s'incruste ou se pose là où je n'ai d'oeil que pour le coeur arrêté des ornements, là où je n'ai de mots que pour des conciliabules languissants avec mes os. Je ne devrais éprouver envers elle qu'horreur, je ne devrais avoir de cesse qu'elle ne s'évanouisse, sous les coups d'un chiffon, par la grâce d'une cire. Mais quand il en va ainsi, je sais que son retour est déjà une évidence. Que sa stratégie de l'interpellation lancinante triomphe à l'instant précis où je crois revoir, sous le nouvel éclat d'un meuble, le superbe visage du chêne.
Et pourtant, au centre de tant de manoeuvres impalpables, je continue mon combat contre les grandes contagions de la vanité de vivre. Au moment où j'écris, j'ai comme l'impression que la poussière est trop subtile pour la violence des pulsions qui dictent à ma démarche son sens tragique. Qu'il est trop tôt pour que la rage et l'écume du verbe prennent à leur compte cette espèce de cendre paradoxale, venue du froid, descendue d'une absence de feu. L'oeuvre de la poussière, passé la création, est de m'environner d'un langage qui n'appartient pas encore à l'écriture et qui semble lui avoir été soufflé, jusqu'ici, par le prodigieux mutisme des passions mortes ou des corps périssables. Cette oeuvre, je ne puis la négliger, qu'elle m'apparaisse comme le « film » triste qui estompe l'ardeur amollie d'un envahisseur qui aurait l'éternité devant lui. Si j'ai appris à l'aimer, c'est peut-être aussi pour la tendresse poudeuse avec laquelle elle me prépare à une érosion sans remords.
Marcel Moreau, Eloge à la poussière
in Discours contre les entraves
Christian Bourgeois Editeur, 1979

Une Nouvelle Religion
C’est Mistral, je crois, qui pleurait sur le manque d’enthousiasme, sur la banalité, sur le prosaïsme de l’époque.
L’excuse des grands poètes – de certains grands poètes – c’est qu’ils ressemblent à l’astrologue de la fable. Ils regardent si haut si loin, qu’ils ne voient point ce qui se passe près d’eux, en bas, chez nous.
Quelle est la marque la plus authentique de l’enthousiasme poètique dans une société ? C’est incontestablement que des prophètes, que des fondateurs de religion puissent trouver des disciples dans une société.
Or, si j’en crois le Temps, car, de Cannes, je n’ai pu voir cela, Paris posséderait depuis hier une nouvelle Eglise, un nouveau culte, un nouveau Messie. Une brave femme de Jemeppe-sur-Meuse, en Belgique, est venue, suivie de six cent fidèles, tout de noir habillés propager en France le culte d’Antoine : non point du saint personnage dont Flaubert, après Téniers et Jacques Callot, immortalisa les tentations, mais d’un bon vieillard qui mourut l’an dernier, entouré du respect et de la reconnaissance d’un peuple entier.
Qu’était le père Antoine ? Un jour, un obscur ouvrier reconnut en lui la vertu qui fait les prophètes. Il s’en alla vaticinant, et comme il était convaincu, il persuada les hommes qui l’entendaient. Il y avait parmi ceux-ci des malades, des infirmes. A la voix du nouveau Messie, les paralytiques se levèrent, les aveugles virent : ils l’assurent du moins. Car des six cent fidèles qui, un petit sac à la main, vêtus, les hommes d’une lévite noire et coiffés d’un chapeau mat à bords plats, les femmes d’une robe noire et couverte d’un voile, débarquaient hier à Paris, au grand émoi des badauds, il n’en est guère qui ne soient prêts à témoigner du miraculeux pouvoir du père Antoine.
Miraculeux en effet, le culte antoiniste dédaigne les formes extérieures qui sollicitent l’admiration des foules. Il suffit de posséder la foi pour être guéri des maux du corps et de ceux de l’âme. Foin des drogues, des thérapeutiques grossières, des chirurgies sanglantes ! La mère Antoine, dépositaire après décès du pouvoir spirituel de son mari, étend la main sur la foule recueillie et chacun s’en retourne guéri ou amélioré selon la ferveur de sa foi ; le mécréant seul s’en va comme il était venu, car les dieux ne prennent soin que de leurs fidèles.
Pour les croyants français, on a donc institué, au fond de la Glacière, rue Vergniaud, un temple que la mère Antoine inaugurait ce matin. C’est un vilain petit monument de style indéterminé, surmonté d’un clocheton minuscule et possédant pour tout mobilier une manière de chaire adossée au chevet, devant laquelle est un panneau portant l’image sommaire d’un arbre avec cette inscription : « L’arbre de la science de la vue du mal ». Langage hermétique évidemment. Le plus grand miracle de la foi antoiniste est sans doute de le rendre clair aux sectateurs du vieil ouvrier guérisseur.
D’autres inscriptions ornent le chevet : ce sont des formules dogmatiques : L’enseignement du père, c’est l’enseignement du Christ révélé à cette époque par la foi... Un seul remède peut guérir l’humanité : la Foi ; c’est de la foi que nait l’amour, qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même.
Le rédacteur du Temps qui est allé voir cela et nous conte ces détails a profité du voyage pour interroger un des prêtres de la religion nouvelle, un frère antoiniste.
Celui-ci lui a dit :
– « Le Christ venant après les prophètes, marquait une étape nouvelle dans l’évolution morale : à la rigoureuse loi du talion, il substituait le pardon des offenses. Le Père (c’est Antoine) a fait mieux : comme nos ennemis sont les meilleurs auxiliaires et les seuls guides de notre progrès, en nous révélant à nous-mêmes les défauts qui ternissent la netteté de notre conscience, ils sont les véritables instruments de notre épuration. Il ne suffit plus de leur pardonner ; nous devons reconnaître en eux nos fidèles amis et les aimer comme tels.
« Il faut, ajoutait notre interlocuteur, retourner à l’essence même, au principe initial des religions : à la loi de la conscience ; il faut dégager cette loi de toutes les formes extérieures, de tous les rites, de toutes les liturgies qui en obscurcissent la notion. Puisque nous vivons entourés d’un fluide fait de tous les actes et de toutes les pensées commis ou conçues pendant nos existences antérieures – fluide que le Père maniait à sa volonté et d’où il tirait ses guérisons, – il faut l’exalter au cours de l’existence actuelle en pratiquant le désintéressement le plus absolu. La douleur, les épreuves nous sont envoyées pour nous permettre de nous élever successivement jusqu’à la quasi-perfection morale et à l’amour universel...
– Mais dit notre confrère, inquiet, ce dogme des réincarnations n’est-il point hérétique. Ne sentez-vous pas quelque peu le soufre ?
– Nullement, cher monsieur, nous respectons toutes les religions : nous remontons seulement à leur principe commun.
– Mais vous ne les pratiquez pas ?
– Nous sommes les fidèles du Père. Il est pour nous la réincarnation du prophète qui parut plusieurs fois pour révéler au monde la loi de la conscience…
– Et votre foi justifie vos miracles ?
– Assurément.
– Et vos miracles justifient votre foi ?
– Sans doute... comme dans toutes les religions, ajoute le frère antoiniste.
Et voilà, pour le moment, ce que je puis vous répéter sur le propos de cette religion nouvelle.
Je dis « pour le moment ».
Il est en effet plus que probable que les antoinistes viendront quelque jour nous apporter la bonne parole sur la Côte d’Azur.
NICOLAS JOSEPH.
Littoral, 06/11/1913 - Page 02
(archivesjournaux.ville-cannes.fr)

En restant dans la religion, nous noterons aussi le présence du Temple Antoiniste, construit en 1927, en souvenir du Père Antoine qui, quinze ans plus tôt, fit sa dernière promenade à Nandrin ; pris de malaise, il fût accueilli chez madame Dardenne, qui fit une flambée pour le réchauffer, bien qu'on fût au mois de juin en pleine fenaison. Il décéda quelques jours plus tard. Nous ne sommes pas ici pour analyser les différentes philosophies, mais on peut penser, que disparaissait ainsi un grand humaniste, peut-être trop mystique pour être plus connu.
Patrimoine du Pays de Nandrin, Numéro 84 - Hiver 2001-2002

La mort d’Antoine le Guérisseur
Un homme de Wallonie, un petit bourgeois, presque du peuple, est mort mardi, qui avait acquis non seulement en Belgique même, mais un peu partout où il y avait des malades et des désespérés ne célébrité et un crédit exceptionnels, c’est ce qu’on appelait Antoine le Guérisseur. Il n’avait fait rien de moins que de fonder une religion, une espèce de variété de christianisme mélangée de théosophie. Il guérissait par la prière et l’imposition des mains, à la manière des « christian scientists » d’Angleterre et d’Amérique.
Peu à peu les malades de l’âme comme du corps, les incurables, les déséquilibres, les névrophates, tous ceux que les médecins avaient abandonnés, avaient appris le chemin du petit pays de Jemmappes où Antoine avait son temple et tenait ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmappes comme les foules de Lourdes et les « antoinistes » recrutés parmi les inquiets d’un culte nouveau et augmentés des guéris reconnaissants formaient une communauté éparse en divers lieux, mais fort nombreuse.
Le prophète et guérisseur belge n’est plus. Il y a quelques jours, la santé d’Antoine était devenue précaire et lundi matin un incident inattendu a encore accrues craintes de son entourage. Vers dix heures trente, comme il se trouvait dans son temple, il s’affaissa subitement, frappé d’apoplexie. On dut le transporter chez lui où reprit peu à peu ses esprits.
Sur tes entrefaites, un grand nombre de ses disciples, vêtus de soutanelles d’une coupe spéciale et coiffés d’immenses chapeaux, étaient accourus près du lit de leur maître. Antoine alors proféra : « Demain quelque chose de sérieux se produira. » Puis ajouta d’une voix sourde : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux. »
Antoine avait tarde beaucoup avant de faire sa révélation et de se déclarer l’homme de Dieu. Pendant nombre d’années, il était un homme comme un autre, un simple employé à la division des forges et martelage de la Société anonyme des tôleries liégeoise. Puis il s’occupa d’assurances
Enfin vinrent la grâce, l’action publique, les prédications publiques. Antoine était alors déjà dans l’âge mûr. On le dit propriétaire des maisons ouvrières qui entourent son temple. D’aucuns estiment sa fortune à 80,000 fr. Quoi qu’il en soit, Antoine le Guérisseur a toujours vécu modestement.
Au temple où il prêchait, Antoine avait adjoint une imprimerie et publiait chaque semaine un journal populaire qui tirait plus de 20,000 exemplaires et répandait les doctrines de l’apôtre.
Il y a quelques mois, les antoinistes de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition demandant que la religion nouvelle fût reconnue par l’Etat.
La pétition des fidèles du culte antoiniste portait cent mille signatures.
L’œuvre d’Antoine ne sera pas arrêtée par sa mort. Au temple, son corps a été exposé, l’affiche suivante a été apposée disant que « le conseil d’administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd’hui mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu’elle suivra toujours son exemple. Il n’y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous, Mère montera la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures. »
L'impartial N°9689, vendredi 28 juin 1912 (La Chaux-de-Fonds)
L'appréhension des « sectes » par le système d'administration de la justice pénale belge
Benjamin Mine, Direction Opérationnelle Criminologie, Institut National de Criminalistique et de Criminologie, benjaminmine@yahoo.fr
Comment certaines pratiques ou certains groupements sont-ils appréhendés en tant que « sectes » par le système d'administration de la justice pénale belge ? Il s'agit plus particulièrement de rendre compte de la manière dont s'opère en Belgique le découpage de l'« objet-secte » au niveau judiciaire en s'appuyant sur l'analyse de 179 dossiers ouverts au sein de cinq parquets correctionnels entre 1991 et 2005. Ces développements conduisent à soutenir l'hypothèse selon laquelle la puissance des pouvoirs publics peut s'apprécier à un autre niveau, non dénué d'efficacité dans la régulation de la matière, que celui de la pénalité.
Pourtant, à mesure que le pays s'indus-trialise et qu'avec l'industrie se répand le socialisme, l'incré-dulité fait des progrès. Mais si le catholicisme est en recul, du moins ne recule-t-il pas devant une autre Église. Ceux qui l'abandonnent ne le remplacent pas. La propagande protestante n'a abouti qu'à des résultats sans proportion avec ses efforts. Dans les derniers temps, une secte piétiste, les Antoinistes, a gagné quelques adeptes dans certaines parties des régions wallonnes. En somme, le sentiment religieux, comme il arrive habituel-lement dans les pays catholiques, ne semble s'alimenter que par l'Église. Il ne survit guère dans les âmes de ceux qui s'éloignent d'elle. A cet égard, l'expérience arrive à des résultats iden-tiques dans toutes les parties du pays. Il paraît inexact de dire que le Flamand est plus religieux que le Wallon. La vérité est que l'Église conserve mieux son empire sur le premier que sur le second. Mais l'un et l'autre, s'ils en sortent, s'abstiennent également de substituer une autre foi à celle qu'ils délaissent.
Henri Pirenne, La Belgique et la Guerre Mondiale,
PUF, Paris, 1928,
Chapitre Premier, La Belgique à la veille de la guerre
§ I. Le pays et ses habitants, p.11
source : www.digibess.it/