Sur un Antoiniste de Saint-Jean-Geest pendant la 2e Guerre mondiale
L'INSTITUT SAINT-ALBERT DE JODOIGNE
DANS LA TOURMENTE DE 1940 A 1945 ...
Robert WINAND
J'ai eu la bonne fortune, au cours de ces derniers mois, de pouvoir rencontrer deux anciens professeurs et un ancien de la rhétorique 1942 de l'Institut Saint-Albert de Jodoigne ... et de les interviewer au sujet de la vie quotidienne dans cette maison pendant la guerre de 1940 à 1945.
Le premier ancien professeur, c'est l'abbé H. Demolder, actuellement Révérend Père bénédictin à l'abbaye de Clervaux, au Grand-Duché de Luxembourg. Il fut l'économe de l'Institut durant cette période de restrictions alimentaires, conséquences du blocus du Grand Reich par l'Angleterre qui poursuivait presque désespérément la guerre. Malgré une situation proche de la famine, il parvint à nourrir de façon satisfaisante et inespérée les professeurs et les internes de l'Institut...
[...]
R.W. Comme je vois, Monsieur Demolder, vous faisiez partie de ces Belges qui en lisant une nouvelle loi ... réfléchissent déjà à un moyen de la contourner ?
H.D. Peut-être, mais c'était dans l'intérêt général !
J'avais encore un autre avantage : si je demandais l'expertise des récoltes, l'expert du ravitaillement pour la région, c'était un Antoiniste (1) qui, je crois, habitait Saint-Jean-Geest. Il avait une grande barbe noire et portait un chapeau noir à large bord ... C'est moi qui lui apprenais son tout nouveau métier !
Quand nous partions sur le terrain, nous traversions tout Jodoigne, lui avec sa grande barbe et son chapeau noir et moi... en soutane ! Pour les gens qui nous connaissaient, c'était d'un pittoresque ! Un jour, il m'annonce sa visite. De suite, je téléphone à Monsieur Jamart et lui demande : "Où est votre plus mauvais champ de froment ?" - "Ah ! Eh bien voilà un coin qui n'est pas très beau, le froment monte". Je me fais bien expliquer l'endroit pour y conduire mon Antoiniste sans l'ombre d'une hésitation et lui faire croire que c'est mon champ ! A notre arrivée, l'expert me dit : "Combien de sacs espérez-vous faire sur cette parcelle ?" - "Oh ... ici on ne fera pas plus de 20 sacs !" (Un sac de froment correspond à 100 Kg.) - "Mais ... vous ne ferez jamais cela, me rétorque-t-il, tout au plus 12 sacs". Et il inscrivit 12 sacs dans son rapport... Mais moi, sur ma parcelle, je faisais 46 sacs de seigle ... J'avais ainsi un bénéfice de 34 sacs que j'échangeais contre du froment !
Je pourrais vous en raconter pendant des heures. Je vais cependant terminer sur un record qui a fait parler de l'Institut dans le monde agricole de la région ! J'avais acheté des semences de froment l'année précédente. Il fallait qu'elles soient semées avant le mois de février ... Or, vu cet hiver rigoureux de l'année 1942, on n'avait pas pu travailler la terre avant le dégel... Je me suis dit : "On risque de ne plus pouvoir les utiliser et pas question de les manger parce qu'elles ont été désinfectées ... " Alors, risquant le tout pour le tout, je les ai fait semer à la main car, depuis le mois de décembre, les terres n'étaient plus accessibles ni aux animaux, ni aux machines ... En tout cas, on a fait une récolte formidable de 52 sacs, ce qui était énorme pour cette époque où les bons fermiers faisaient 42 à 43 sacs ! Les abbés Haté et Demeulemeester sont revenus de vacances pour faire marcher la fenne et tout ( car nous élevions aussi des cochons ... des déclarés et des camouflés ... dont je ne vous parlerai pas ici!). Une fois les blés coupés et battus, on a dû faire sécher les grains. N'étant pas outillés pour un tel travail, on les a fait sécher sur le sol de la salle d'étude ... Tous les cultivateurs des environs sont venus me demander de mes semences miracle, mais ils devaient me donner du bon froment en contrepartie ... à poids égal!
1. Adepte d'une secte religieuse fondée par un mineur belge du nom de Louis Antoine, qui vécut de 1846 à 1912. La secte des Antoinistes ne connut qu'un succès tout relatif ...
in Revue d'histoire religieuse du Brabant wallon, 1991
tome 5 - fascicules 2 et 3 deuxième et troisième trimestres
Souvenirs de Dominique Mette - Angèle Antoine "Dit Gayot" Mette et son époux Eugène
Mon arrière grand-mère Angèle Antoine "Dit Gayot" Mette (voir le commentaire de Dominique Mette) et son époux Eugène, tous deux de culte antoiniste, vers 1946. Je suis très heureux de les ramener à la mémoire collective en ce jour, ils avaient assisté à l'évolution du mouvement pendant plusieurs décennies. Paix à leurs âmes.
Cette photo (du Père) d'époque me vient de mon arrière grand-mère Angèle, qui nous quitta à la fin des années 50. Angèle ne s'en séparait jamais. J'ai fini par comprendre de qui il s'agissait et pourquoi ce personnage était si important pour elle. Il a encore des fidèles de nos jours...
Elle habitait Guise, mais avant 1914, elle avait du vivre en Belgique. Je pense me souvenir qu'elle se rendait parfois près de Vervins, selon mon père lui aussi disparu. C'était probablement au 6 rue du Tour de ville 02140 Vervins.
Souvenirs de Dominique Mette
source : https://www.facebook.com
A.-C. Bégot - Science chrétienne et antoinisme : la question thérapeutique à l'épreuve du temps (2000)

Auteur : Anne-Cécile Bégot
Titre : Science chrétienne et antoinisme : la question thérapeutique à l'épreuve du temps (pp. 601-609)
Éditions : T. 30, No. 4, Octobre-Décembre 2000, LES NOUVEAUX MOUVEMENTS: RELIGIEUX (Ethnologie française)
Presses Universitaires de France
https://www.jstor.org/stable/40991515
Résumé :
La science chrétienne et l'antoinisme ont, à leur création, fait de la guérison une pratique centrale de leur culte. Or, en dépit de la place importante accordée à la santé dans les sociétés contemporaines, ces groupes, qui font toujours partie du paysage religieux français, sont actuellement sur le déclin. Leur histoire interne, examinée sous l'angle du prophétisme, et leurs rapports à la société globale constituent les principaux éléments permettant de comprendre ce phénomène.
Enterrement - Cercueil du Père dans le porche du temple (Excelsior)(médaillon)
Funérailles d'Antoine (Excelsior, 2 juillet 1912)
Je sens, donc je suis (Milan Kundera, L'Immortalité)
"Je pense, donc je suis est un propos d'intellectuel qui sous-estime les maux de dents. Je sens, donc je suis est une vérité de portée beaucoup plus générale et qui concerne tout être vivant. [...] Le fondement du moi n'est pas la pensée mais la souffrance, sentiment le plus élémentaire de tous. Dans la souffrance, même un chat ne peut douter de son moi unique et non interchangeable. Quand la souffrance se fait aiguë, le monde s'évanouit et chacun de nous reste seul avec lui-même. La souffrance est la Grande École de l'égocentrisme." (Milan Kundera, L'Immortalité)
C'est la raison pour laquelle l'acceptation de l'épreuve est importante, pour ne pas oublier que "rien n'est bien s'il n'est solidaire".
Avec la Vue du Mal, on s'oublie soi-même pour se concentrer sur ce que l'on perçoit de l'autre. Mais percevoir n'est pas atteindre la vérité. Pour atteindre la vérité, il faut aller chercher son "connais-toi", car c'est dans son connais-toi que l'on comprendra le mieux l'autre, et pourquoi on a pu ressentir cette Vue du Mal envers lui.
Développement, Quelle est la conception qu'on peut se faire de Dieu, p.28 (2)
La Révélation, La charité bien comprise, p.44
Le Père Antoine et les Antoinistes (La Gazette provençale, 29 janvier 1949)
A TRAVERS AVIGNON
LE PERE ANTOINE ET LES ANTOINISTES
Il y a quelques années, sur le boulevard Saint-Michel, nous aperçûmes deux couples qui allaient prendre l'avenue Monclar. Les hommes portaient chacun un gibus et une redingote, les femmes strictement vêtues de robes noires arboraient sur la tête un béguin de même couleur, Les passants s'imaginèrent que ces gens à l'aspect sévère dans leurs habits de cérémonie, se rendaient probablement à des obsèques. Pas du tout, il s'agissait d'adeptes de la religion Antoiniste domiciliés à Orange, où la secte venait d'installer un petit temple.
L'Antoinisme, du nom de son fondateur Louis Antoine né à Liège en 1816, a été créé au début du vingtième siècle, à la suite d'une dissidence avec la Fédération Spirite Belge.
Le père Antoine est mort en 1912, laissant sa succession à sa femme et à un de ses disciples, lesquels, en 1913, inaugurèrent un temple à Paris et un autre à Monaco.
Cette religion, basée sur les principes du spiritisme, a de nombreux adeptes en Belgique et dans le Nord de la France, mais en Vaucluse elle n'en a pas beaucoup.
Les Antoinistes sont des végétariens, mais ils n'aiment guère les animaux, puisqu'il leur est interdit d'en avoir chez eux. « L'animal, disait Antoine, n'est pas digne d'avoir sa demeure où résident les humains ».
La moral Antoiniste conseille d'aimer son prochain comme soi-même. C'est là un précepte qui n'a rien d'inédit puisqu'il a été énoncé voilà deux mille ans.
Le père Antoine a dit également qu'il fallait croire à la réincarnation : « L'âme imparfaite reste incarnée jusqu'à ce qu'elle est surmonté son imperfection... Avant de quitter le corps qui se meurt, l'âme s'en est préparé un autre pour se réincarner... Nos êtres chéris soi-disant disparus ne le sont qu'en apparence, nous ne cessons pas un instant de les voir et de nous entretenir avec eux. La vie corporelle n'est qu'une illusion ».
Tel est le principal de la doctrine Antoiniste, qui comprend des préceptes du Christianisme et de la philosophie spirite.
Antoine fut aussi un guérisseur réputé. Il avait inventé « l'eau magnétisée », capable, d'après lui, d'apporter un soulagement aux différentes sortes de maladies.
La Gazette provençale, 29 janvier 1949
L'Antoinisme dans le roman (Le Soir, 27 juin 1932)(Belgicapress)
L'ANTOINISME DANS LE ROMAN
Dans « La Vie wallonne » (12, rue Saint- Mathieu, Liége), M. Pierre Landelies, à propos d'un livre : « Sans Ame », publié naguère par M. André Thérive, parle de l'antoinisme dans le roman :
Religion éclose sur les coteaux de Meuse, à quelques kilomètres de la Cité, l'antoinisme porte en soi les marques du paysage qui l'a vu naître. A la douceur des ciels gris appuyés sur les collines roses succèdent les nuits traversées des lueurs ardentes et cyclopéennes des hauts fourneaux au travail : étrange union des contraires, spiritualité et matière mêlant leur rythme en un perpétuel acte de foi pour créer la vie. Ainsi l'antoinisme : religion de foi simple et fruste, sans grand apparat, entourée d'une spiritualité assez vague et informe pour plaire aux humbles et les conquérir. Religion touchant à la lumière en la niant. Il serait assez curieux de rechercher ce que l'antoinisme doit aux autres religions et philosophies, depuis Epictete jusqu'à Allan Kardec, amalgame d'idées hétéroclites et parfois contradictoires. Il serait plus intéressant encore de suivre, dans la foule souffrante à qui il s'adresse, son influence ascendante.
Le Soir, 27 juin 1932







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