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Kuriose Vereinigung (Escher Tageblatt, 29. September 1924)(eluxemburgensia.lu)

Publié le par antoiniste

Kuriose Vereinigung (Escher Tageblatt, 29. September 1924)(eluxemburgensia.lu)

Aus dem Escher Bassin

    Elch-Alzette, den 29. September 1924.
    – K u r i o s e  V e r e i n i g u n g. Hier hat sich eine sogenannte Antoinisten-Vereinigung gebildet, in deren Studienzirkel, der bekannte wegen Kurpfuscherei vom Gericht verurteilte Wunderdoktor Vorträge über seine Lehre: Liebe, Gedächtnis, Gewissen, Glauben und Vertrauen hält. Diese Vorträge werden sich bald auf Spiritismus, Geistererscheinung, Erwecken vom Tode zum Leben, Enthauptungen und dergl. noch mehr ausdehnen. Die Antoinisten tragen sich mit dem Gedanken, in Esch einen Tempel zu errichten.

Escher Tageblatt, 29. September 1924 (source : eluxemburgensia.lu)

 

Traduction :

   Depuis le bassin d'Esch

    Elch-Alzette, le 29 septembre 1924.
    – C u r i e u s e  a s s o c i a t i o n. Il s'est formé ici une association dite antoiniste, dans le cercle d'études de laquelle le célèbre docteur miracle, condamné par le tribunal pour avoir pratiqué des soins curatifs, donne des conférences sur sa doctrine : amour, pensée, conscience, croyance et foi. Ces conférences s'étendront bientôt au spiritisme, aux apparitions d'esprits, au retour de la mort à la vie, à la décapitation et à d'autres sujets similaires. Les antoinistes envisagent d'ériger un temple à Esch.

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La Mort de Gustave Gony, l'Enterrement (Le Peuple, 22 août 1913)

Publié le par antoiniste

La Mort de Gustave Gony, l'Enterrement (Le Peuple, 22 août 1913)La Mort de Gustave Gony

L'ENTERREMENT

    L'enterrement du regretté Gustave Gony, secrétaire communal de Seraing, ancien échevin de l'instruction publique et des beaux-arts et ancien vice-président du conseil provincial de Liége a eu lieu jeudi, à 11 heures du matin, au cimetière des Biens-Communaux.
    Simplement, sans presque aucun apparat, comme l'homme qui n'est plus, il s'est déroulé entre deux haies de personnes silencieuses et émues.
    Malgré le caractère tout à fait intime de la funèbre cérémonie et bien que l'heure de la levée du corps n'eût pas été publiée, ses camarades, ses amis, ses collègues sont venus en foule et c'est tout un cortège ému et éploré qui l'a conduit de sa maison au champ des morts.
    La bière avait été exposée dans une place du rez-de-chaussée et disparaissait sous les fleurs exhalant le parfum pénétrant du souvenir. Aucune autre décoration que des plantes vertes.
    Gony avait rêvé cette simplicité poignante pour son départ.
    Mais ses camarades n'ont pu s'incliner totalement sous sa volonté et c'est ce qui explique qu'il s'en est allé parmi les fleurs.
    Nous avons admiré de splendides gerbes de fleurs naturelles de l'administration communale de Seraing à son secrétaire, de la Fédération communale socialiste de Seraing à Gustave Gony et de la Fédération liégeoise du Parti ouvrier à son militant, une couronne rouge et blanche des fonctionnaires et employés communaux à leur dévoué secrétaire et des bouquets petits et grands émanant de l'amitié et des intimes.
    Le deuil était conduit par les deux frères du défunt.
    M. Putzeys, bourgmestre, et les citoyens Pirotte, Henry, Delvigne et Merlot, échevins, suivaient ceux-ci.
    Dans la foule, nous avons noté la présence des conseillers communaux au grand complet, du camarade François Van Belle, secrétaire fédéral, représentant le P. O., de MM. Gauthier, directeur des écoles, Biefnot, directeur des travaux, Génard, commissaire de police et de nombreux compagnons de lutte de Gust. Gony.
    Tout le personnel, employés et ouvriers de l'administration communale, des travaux publics, de la police et un grand nombre de membres du personnel enseignant étaient aussi présents.
    A la nécropole, le cercueil a été porté jusqu'au caveau familial par des employés communaux et des militants socialistes.
    Pendant qu'on descendait les restes de notre ami sous la froide pierre du tombeau la foule se rangea en éventail.
    L'oraison funèbre avait été prononcée la veille à la séance publique du conseil communal.
    Pas un mot ne fut dit là. Toutes les têtes découvertes étaient inclinées et l'on entendait les oiseaux chanter leur chanson mélancolique.
    Ce fut une minute d'émotion poignante où chacun se sentit pris d'un étouffement subit et nous ne savons rien de plus tragique que cet adieu muet et collectif s'étranglant dans les gorges et refoulé vers les cours meurtris.

                             AU CONSEIL COMMUNAL
    La cérémonie d'adieu a eu lieu, avons-nous dit, mercredi soir. Tous les conseillers communaux étaient présents, sauf le citoyen Hans retenu à l'étranger.
    M. PUTZEYS, bourgmestre, présidait et a prononcé le discours suivant :
            Messieurs,
    Conformément à l'article 110 de la loi communale, le collège, en sa séance convoquée d'urgence, par suite du décès inopiné de notre regretté secrétaire communal, M. Gustave Gony, a nommé, à titre de secrétaire provisoire, M. Constant Nassogne, chef du bureau des finances.
    En conséquence et en exécution de la susdite loi, M. Nassogne est tenu de prêter le serment prescrit par l'article 2 du décret du 20 juillet 1831 ainsi conçu :
    « Je jure fidélité au roi, obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge ».
    J'invite M. Nassogne à prêter le dit serment.
    M. NASSOGNE. – Je le jure.
    M. LE PRESIDENT. – Je donne acte à M. Nassogne de sa prestation de serment et le déclare installé dans ses fonctions de secrétaire communal provisoire.
    Messieurs, une pénible mission m'est dévolue aujourd'hui. J'ai le devoir de vous annoncer qu'une mort presque foudroyante vient d'emporter notre secrétaire communal, M. Gustave Gony.
    Je ne vous parlerai pas de l'homme politique. Je veux seulement dire en quel estime je tenais ce fonctionnaire.
    Pendant le peu de temps qu'il m'a été donné d'être en rapport constants avec lui, je n'ai eu qu'à me louer, je le dis sincèrement, des nombreux services qu'il m'a rendus, comme des avis éclairés qu'il n'a cessé de me prodiguer, n'ayant jamais en vue que le bien de la chose publique.
    Je tiens, en cette circonstance, à le remercier publiquement : c'est le meilleur hommage que je puisse rendre à sa mémoire.
    Je crois me faire l'interprète du conseil communal en vous proposant l'envoi à la famille, si douloureusement éprouvée, d'une adresse lui exprimant nos vifs regrets et l'assurance de nos sympathiques condoléances.

                             DISCOURS DU CITOYEN DELVIGNE
   
Le cit. DELVIGNE, échevin de l'instruction publique et des beaux-arts, a ensuite pris la parole en ces termes, au nom du groupe socialiste :
              Compagnons,
    Le groupe socialiste regrette, et les deux membres du conseil qui, sans être de notre parti, ont pu, depuis deux ans, approcher le secrétaire communal, regretteront comme nous, j'en suis sûr, que sa famille, se conformant du reste en cela aux désirs et au caractère simple et modeste du défunt, ait décidé de conserver un caractère strictement intime à son inhumation. Sans cela, nous eussions voulu que sa dépouille fut exposée à l'hôtel de ville qu'il a rempli de son activité et de sa pensée et l'administration communale lui eut fait des funérailles publiques comme au meilleur de ses enfants, car personne ne s'est plus dévoué pour elle.
    Nul, en effet, ne s'est plus intimement que lui incorporé les affaires de la cité. Il s'identifiait à elles et vivait pour elles.
    Dès avant, bien avant même son élection comme conseiller communal, le 17 novembre 1895, il s'en occupait. Il eut, avec Smeets et d'autres, l'honneur de s'attaquer à la ploutocratie qui régnait ici en maîtresse et il souffrit avec un stoïcisme digne des stoïciens antiques toutes les avanies imaginables sans se rebuter jamais. C'est qu'il était mû par une grande idée et une noble cause.
    Mais c'est surtout à partir de sa nomination d'échevin, le 30 décembre 1895, qu'il passa contrat, peut-on dire, avec l'administration communale.
    Jamais échevin de l'instruction public que et des beaux-arts et nous pouvons ajouter jamais aucun échevin de quelque département que ce soit ne se donna plus entièrement à sa tâche avec une érudition plus vaste, avec une habileté plus grande.
    Il s'assimila les choses administratives virtuosité incomparable en ce qui concerne les autres départements comme le sien propre et il prit sur toutes choses un si grand empire et les pénétra si intimement à la fois qu'il s'incarna en elles.
    C'est lui qui recréa le Cercle pédagogique auquel il donna une impulsion agissante et qui fut un jour expulsé « manu militari » d'un local d'école par une autorité hargneuse et courroucée.
    C'est lui aussi qui, le premier peut-être en Belgique, fit voter un barème nouveau pour le personnel enseignant consacrant l'égalité des sexes vis-à-vis des traitements.
    Quand, pour se dégager des entraves routinières et hostiles, il fallut donner au personnel une nouvelle direction, Gony entra ici, en qualité de chef des bureaux de l'administration communale, comme chez lui. Il s'imposa tout de suite et sans effort. Et quand il fut nommé, un an et demi après, le 6 février 1902, secrétaire communal, il l'était déjà en fait depuis bien longtemps.
    Il vivait déjà, il dirigeait déjà pratiquement tout le vaste organisme administratif, de telle sorte que, pendant vingt ans, malgré les régimes successifs si disparates et si opposés qui y ont vu le jour il a été l'âme vibrante et agissante de cette vieille maison.
    Tous les administrés qui l'ont approché ont proclamé à l'envi sa serviabilité et rien ne l'atteste mieux que l'étonnement que trahissaient les personnes qui l'avaient abordé, aux exagérations passionnées de la polémique dirigée contre lui lors des luttes intestines qui désolèrent le Parti ouvrier pendant plusieurs années. Il était accueillant et bon.
    Cet homme à la carrure d'athlète était tendre comme un agneau. Derrière le masque énergique où flambait un regard pénétrant et qu'illuminait un perpétuel sourire sardonique, s'abritait une âme encline à toutes les tendresses, à toutes les passions généreuses et fortes.
    Il eut la hantise de l'indépendance. Il avait appris, à l'étude de la grande révolution, l'amour des grandes causes et de la liberté. Il fut ce qu'il avait rêvé : un homme libre, sacrifiant tout ce qu'il possédait pour la cause qu'il avait embrassée et bravant tous les courroux et toutes les oppressions d'où qu'elles vinssent y compris les pires de toutes : celles de la faim et de la misère.
    Cet affamé de liberté resta jusqu'à la fin ce qu'il fut dans la jeunesse enthousiaste et fière : un indompté !
    Lorsque, devenu fonctionnaire, il se présenta devant les électeurs au conseil provincial comme aux polis socialistes, ce fut pour se rebeller contre l'infâme circulaire ministérielle interdisant aux fonctionnaires de se jeter dans la mêlée des partis.
    Là où la plupart s'étaient courbés devant l'ukase qui leur retranchait une partie de leurs droits et de leur liberté, lui, que des plumitifs sans vergogne, qui ne savent même pas s'incliner devant la noblesse des caractères, accusaient d'être devenu un satisfait, se redresse et s'arcbouta en posture de bataille contre le pouvoir. C'est ainsi qu'il fut doublement un exemple : comme fonctionnaire et comme homme.
    Il ne renia jamais, en aucune circonstance, ses idées socialistes. Il les arborait avec orgueil. Quand vint l'heure de la grève générale, le bouton du S. U. ornait sa boutonnière et le commandant du peloton d'installation du 11° régiment de ligne qui investissait notre cité, le 18 avril ne fut pas peu surpris de se trouver, lui et ses hommes, dans la séance du collège convoquée pour les recevoir, en présence de tous partisans de l'égalité politique y compris le secrétaire communal. Les deux états-majors, celui de l'armée et celui de la grève étaient face à face. Gony était l'homme de ces tête-à-tête avec l'ennemi.
    Aussi si l'administration communale de Seraing perd le meilleur de ses serviteurs, notre parti est-il douloureusement éprouvé.
    Gony ne fut pas seulement pour nous le secrétaire communal habile, plein de ressources et de dévouement, il restera surtout à nos yeux l'éclaireur, celui qui fit briller le flambeau de l'aurore socialiste dans le sépulcre des damnés de la terre dans notre bassin.
    Nous voudrions ici, où tout le monde se sent atteint par la perte irréparable d'un homme d'une incontestable valeur, n'affleurer la susceptibilité de personne, ne froisser aucun parti en égrenant nos souvenirs ; mais pouvons-nous mettre en lumière le lutteur sans évoquer l'arène et ses adversaires ?
    Le grand Gony, pour nous, celui dont la silhouette massive et impétueuse passe devant nos yeux, c'est celui qui se dressait jadis sur les tribunes improvisées aux carrefours, drapé dans la beauté de sa misère, et qui, nouveau Christ souffrant pour tous les hommes, appelait tous les damnés de l'enfer social aux espérances sublimes et aux pures lumières de l'idéal socialiste.
    C'est celui qui, pour défendre la cause que nous essayons de servir après lui, avec le même cœur sinon le même talent, était traqué comme une bête fauve et réduit au plus noir dénuement, c'est le Gony qui chaussait, tour à tour, avec Smeets, la paire de souliers légendaires et, bravant les représailles capitalistes et la prison gouvernementale, allait évangéliser les prolétaires ; c'est celui, enfin, qui, dans les meetings contradictoires, affrontait les maîtres du barreau accourus pour défendre la ploutocratie industrielle et clamait tout haut les révoltes et les colères que criaient tout bas dans les poitrines comprimées de nos pères ou de nos frères.
    Ce Gony-là est inséparable de cet autre, grand éveilleur des foules sacrifiées et assoupies : Alfred Smeets. Ils furent les frères siamois de l'idéal, de la souffrance et de la misère. Ils ont vécu la même période héroïque, les mêmes dénuements, les mêmes prisons, les mêmes joies et les mêmes espoirs.
    Si, par la suite, de malencontreuses dissidences ont pu les séparer et amener entre eux un nuage sombre, l'avenir les dissipera dans les mémoires ouvrières. De même que la postérité a réuni dans une même gloire Jean-Jacques Rousseau et Voltaire, la classe ouvrière réunira, dans un même souvenir, ceux qui sur un plan moins vaste, mais avec un courage et une abnégation insurpassables, ont lutté côte à côte et souffert pour elle. Les larmes qu'elle a versées pour l'un se mêleront aux larmes qu'elle verse aujourd'hui pour l'autre et il restera de ce mélange comme une rosée pure dont la parure jettera son éclat lumineux sur la pourpre endeuillée de notre drapeau.
    Nous voudrions terminer, là, cette évocation du souvenir fraternel et reconnaissant. Mais quelle que soit l'élévation du sentiment qui a dicté à la famille du cher disparu de broyer sa douleur dans l'intimité, il nous sera permis de soulever légèrement le voile du « home » et de dire que Gony, s'il fut un administrateur intègre, un militant socialiste ardent et convaincu, fut aussi le meilleur des pères et le modèle des époux.
    Une certaine presse s'est réservée le triste monopole de fouiller la vie privée des hommes publics et d'exposer à la curiosité malsaine et à la malignité les tares qu'elle inventait ou grossissait démesurément. Elle n'a rien trouvé chez Gony et pour cause. Celui que nous pleurons ne vivait que pour les siens. Il avait pour sa femme, qui l'aima alors qu'il était pauvre et calomnie, un véritable culte et pour ses enfants, une passion frisant l'idolâtrie. Ceux qui, parmi nous, furent ses intimes, peuvent seuls savoir les inépuisables trésors d'affection que renfermait le cœur de cet homme.
    Si notre parti perd l'un de ses meilleurs et plus héroïques lieutenants, les siens perdent un monde et nulle pire catastrophe ne pouvait les atteindre.
    Aussi nos condoléances, les condoléances de toute la population sérésienne et les regrets navrés du Parti socialiste ne peuvent-ils suffire même à attiédir leur douleur.
    La pensée de notre pauvre ami était inséparable de celle de ses enfants et de sa femme. Quand il s'occupait des affaires de la commune, il songeait aux siens, à son jeune Raoul, à sa petite Andrée et il aimait ainsi par-dessus tout sa tâche dans laquelle se profilaient sans cesse les êtres qu'il affectionnait.
    Les cloches du destin ont sonné beaucoup trop tôt pour eux comme pour nous. Son cœur a cessé de battre comme une machine qui se brise en plein effort, comme un roc brusquement abattu. Sa vaste pensée s'est éteinte et c'est maintenant que la place qu'il occupait nous apparaît dans son vide immense.
    Sa mort creuse un abîme qu'on ne pourra combler. Il était comme ces grands chênes de la forêt : quand l'un deux est abattu, il faut attendre des années avant qu'un autre ait poussé et rempli sa place. Et notre deuil ne peut, hélas, se consoler que de nos propres larmes et de l'exemple impressionnant et beau de sa trop courte vie.
    Il aima le Peuple, le Peuple le pleurera !

                             DISCOURS DE MERLOT
    Le citoyen MERLOT, échevin des finances, prit à son tour la parole.
    Je m'excuse bien sincèrement, dit-il, de ne pouvoir laisser les membres du conseil sous l'impression que nous a causée à tous la magnifique oraison funèbre que vient de prononcer le citoyen Delvigne. Mais la loi a des exigences auxquelles nous devons nous soumettre. Le collège a pris d'urgence des résolutions que nous devons soumettre au conseil pour que celui-ci les ratifie. Le collège a décidé d'envoyer à la mortuaire une gerbe de fleurs pour être déposée sur le corps de notre regretté secrétaire ; il a décidé d'arborer le drapeau à la façade de l'hôtel de ville. En signe de deuil, il a donné congé à tous les services communaux qui chômeront demain jeudi. Nous vous demandons de ratifier ces décisions.
    Approuvé.
    Le citoyen DUBART s'exprima comme suit :
    Il serait difficile d'exprimer mieux que l'a fait le compagnon Delvigne, les sentiments que nous éprouvons tous en ce moment. Je désire cependant faire une proposition. Puisque la famille a décidé que les obsèques auront lieu dans l'intimité, je demande à tous mes collègues de nous rendre, ce soir, en corps à la mortuaire, pour rendre une dernière visite à celui que nous pleurons. (Adhésion unanime.)
    M. LE PRESIDENT. – En signe de deuil, je lève la séance.
    La séance fut levée à 19 h. 45.

Le Peuple, 22 août 1913

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Le Père est mort (Gazette de Charleroi, 27 juin 1912)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Le Père est mort (Gazette de Charleroi, 27 juin 1912)(Belgicapress)Le Père est mort

    « Le Père est mort ! » C'est ainsi que les proches d'Antoine le Guérisseur ont annoncé, mardi matin, au monde, la fin de l'étrange et doux vieillard de Jemeppe.
    La mort d'Antoine était prévue, depuis quelques jours. L'apôtre avait, au moment d'un prêche, dans son temple, été pris d'une syncope et avait dû s'aliter. On annonça qu'il avait été frappé d'apoplexie : mais les collaborateurs d'Antoine assurent que celui-ci succomba au surmenage.
    Antoine Louis était un petit homme, d'allure paysanne, aux bons yeux vifs et intelligents. Il avait gardé jusqu'en ces dernières années, des allures simples, distribuant ses conseils sans aucune des manies chères aux inspirés. C'était un sage qui vivait sagement, dédaigneux de sa gloire.
    Cependant celle-ci le troubla quelque peu, récemment. Le développement subit de l'Antoinisme, en France, en Angleterre, dans les pays du Nord, eut alors sur le guérisseur une influence qui se manifesta par une certaine recherche dans le costume d'Antoine qui se vêtit d'une lévite noire et se laissa croître une chevelure et une barbe de mage. Il vivait en reclus, se promenant dans le jardin de sa maison, dictant ses réflexions à un secrétaire. Longtemps il s'était refusé aux interviews, recevant les savants, les écrivains, les journalistes attirés par sa renommée, tout comme les autres personnes qui avaient recours à son pouvoir. Mais depuis qu'à Paris et en Angleterre, ses adeptes avaient créé, eux-mêmes, des groupements, il avait, peut-être, compris la nécessité de rester le chef ; il permit ainsi à d'indiscrets photographes et à des reporters de l'approcher.
    Quoi qu'il en soit. Antoine n'eut jamais, dans une vie qui fut celle d'un brave homme généreux et désintéressé, des manies de charlatan ou de rebouteux campagnard. C'était un apôtre, il avait combiné une doctrine et passa toute son existence à la divulguer.
    Antoine Louis était né à Mons-Crotteux en juin 1846. Ses parents étaient de petits cultivateurs très estimés. Il avait fréquenté la petite école du village, mais savait à peine lire quand il dut aller travailler aux machines du charbonnage. Soldat en 1869, il dut se rendre, l'année suivante, à la frontière. Là, un pénible accident auquel le mêla le hasard, devait influer considérablement sur son caractère. Au cours d'une manœuvre, un coup de feu frappa un soldat qui fut tué. On chercha qui avait tiré, Antoine Louis se présenta, son fusil était parti seul. Il n'y eut aucune suite judiciaire, Antoine étant un excellent soldat connu pour sa douceur et pour son intelligence. Cependant le souvenir de cet accident le poursuivit longtemps.
    Antoine revint à Mons-Crotteux, puis fut machiniste au puits d'extraction d'un charbonnage de Flémalle. Il épousa Jeanne Collon, de Bois-de-Mont-Jemeppe, et partit pour l'Allemagne aux usines belges Pastor à Stolberg. Quatre ans plus tard, rentré à Jemeppe, il acheta un cheval et se fit marchand de légumes. Son commerce ne marchait guère ; Antoine signa un nouvel engagement avec les mines Pastor et fut chef marteleur à Praga, près de Varsovie.
    Là, sa femme tint une pension qui fit fortune.
    A Varsovie, Antoine rencontra quelques illuminés, ouvriers comme lui, qui discutaient de lourdes idées religieuses et économiques.
    Avant de partir, il avait pris le goût de la lecture d'ouvrages scientifiques ; c'était un admirateur des méthodes de Raspail et de la médecine par le camphre ; ce qui lui donnait déjà une réputation de guérisseur habile.
    A Varsovie, Antoine assista à une émeute dont la répression fut terrible ; on accrochait des icônes aux fenêtres pour se sauver de la fureur des soldats ; on pendit des hommes sur les places publiques.
    Ces événements dont il fut témoin, épouvantèrent Antoine et l'amenèrent à de nouvelles idées de réformation de la société par la bonté ; l'influence des idéalistes slaves se manifestait ainsi chez le calme paysan wallon.
    Puis ce fut le retour au pays. Antoine fut agent d'assurance et représenta l'« Union de Paris ». Il se lia, à Seraing, avec Gustave Gony qui était alors menuisier et tous deux se rendirent à Tilleur dans un petit café très honorablement estimé dont le patron, M. Ghaye, était spirite. Là on interrogeait les esprits et on avait pour guide d'au-delà tantôt le cure d'Ars, tantôt Victor Hugo lui-même.
    Antoine était le richard de ce petit cercle, il acheta des livres, forma une petite bibliothèque spirite, réunit les adeptes dans une de ses maisons de Jemeppe – car Antoine était propriétaire de trois immeubles – et de là sortit le groupe des Vignerons du Seigneur.
    M. Gony fonda un petit journal, « Le Tombeau », qui vécut un an, et soutint une polémique ardente avec le pasteur évangéliste de Lize-Seraing, polémique qui se termina par une conférence contradictoire au local de la Fanfare de Jemeppe. L'ami d'Antoine était un spirite militant ; il ne parvint cependant pas à convertir M. Smeets, qui était magasinier à la Coopérative de Jemeppe. Gustave Gony se jeta alors dans la bataille politique et oublia les esprits.
    Pendant ce temps, Antoine après avoir été concierge aux Forges et Tôleries liégeoises à présent transportées à Jupille, après avoir été encaisseur, abandonna ces occupations pour se consacrer entièrement à sa destinée qui lui apparut bien déterminée. Antoine qui avait toujours été porté à la compassion et s'était toujours dépensé à la guérison des malheureux, considéra cette forme du caractère comme une obligation venue de Dieu. Dès lors, il crut que tous les intermédiaires, remèdes, gestes rituéliques, massages, dont il s'était servi jusqu'ici pour guérir, étaient inutiles. Il se souvint d'un homme qui, lui avait-on dit en Russie, soulageait les malades par la seule force de la volonté. Antoine essaya et réussit ; il avait enfin trouvé sa voie.
    Un fils unique, âgé de 20 ans, lui fut enlevé par la phlébite, Antoine ne pleura pas et son attitude émut le peuple de Jemeppe qui déjà le vénérait comme un médecin des pauvres et un cœur charitable.
    Antoine fut, en effet, un homme de bien qui ne tira jamais de son pouvoir et de sa renommée un profit matériel. En cachette, sa femme alla souvent porter des aliments à des miséreux, et Antoine voulut, à la mort de son fils, avoir, en dépit du sort, une famille ; il adopta deux petites orphelines.
    On sait la gloire du guérisseur de Jemeppe. Une Parisienne qu'il guérit, donna 20 000 francs pour la construction d'un temple. D'autres dons venus de tous les coins de l'Europe soutinrent la revue L'Auréole de la Conscience.
    Partout les admirateurs du Père formèrent des milieux d'où la religion d'Antoine se répandit. La grande presse aida à cette renommée et, il y a deux ans, cent mille fidèles belges demandaient, par une pétition au Roi et aux Chambres, la reconnaissance par une loi du culte antoiniste.
    Ce culte a ses cérémonies, ou tout au moins ses séances publiques, il a ses publications sous forme de circulaires et de brochures et une imprimerie est jointe au temple. Antoine était entouré d'actifs collaborateurs ; on cite parmi ceux-ci un professeur d'Athénée, une dame française venue lu Midi, après guérison d'un mal grave.
    La Révélation d'Antoine-le-Guérisseur s'exprime par un mot : l'amour du prochain, mais il ne s'explique que par de longues analyses d'une lecture assez pénible. En voici cependant un résumé fait par les Antoinistes eux-mêmes :
    « L'enseignement d'Antoine le guérisseur a pour base l'amour ; il démontre la loi morale, la conscience de l'humanité ; il rappelle à l'homme les devoirs qu'il a à remplir envers ses semblables ; fût-il arriéré même jusqu'à ne pouvoir le comprendre, il pourra, au contact de ceux qui le répandent, se pénétrer de l'amour qui en découle ; celui-ci lui inspirera de meilleures intentions, et fera germer en lui des sentiments plus nobles.
    « La vraie religion, dit le guérisseur, est l'expression de l'amour pur puisé au sein de Dieu, qui nous fait aimer tout le monde indistinctement. Ne perdons jamais de vue la loi morale car c'est par elle que nous pressentons la nécessité de nous améliorer. Nous ne sommes pas arrivés tous au même degré de développement intellectuel et moral et Dieu place toujours les faibles sur notre chemin pour nous donner l'occasion de nous rapprocher de Lui. Il se trouve parmi nous des êtres qui sont dépourvus de toute faculté et qui ont besoin de notre appui ; le devoir nous impose de leur venir en aide dans la mesure où nous croyons en un Dieu bon et miséricordieux. Leur développement ne leur permet pas de pratiquer une religion dont les enseignements sont au-dessus de la portée de leur compréhension, mais notre manière d'agir à leur égard les rappellera au respect qui lui est dû et les amènera à chercher le milieu le plus avantageux à leur progrès. Si nous voulons les attirer à nous, par une morale qui repose sur des lois inaccessibles à leur entendement, nous les troublerons, nous les démoraliserons et la moindre morale leur deviendra insupportable : ils finiront par ne plus rien comprendre ; doutant de la religion, alors ils recourront au matérialisme.
    « Voilà la raison pour laquelle notre humanité perd tous les jours de sa croyance en Dieu en faveur de la matière. Antoine le guérisseur a révélé qu'il était autrefois aussi rare de rencontrer un matérialiste qu'aujourd'hui, un vrai croyant.
    « Aussi longtemps que nous ignorerons la loi morale, par laquelle nous devons nous diriger, nous la transgresserons.
    « L'enseignement d'Antoine le Guérisseur raisonne cette loi morale, inspiratrice de tous les cœurs dévoués à régénérer l'humanité ; il n'intéresse pas seulement ceux qui ont foi en Dieu, mais tous les hommes indistinctement, croyants et non-croyants, à quelque échelon que l'on appartienne. Ne croyez pas qu'Antoine le Guérisseur demande l'établissement d'une religion qui restreigne ses adeptes dans un cercle, les obligeant à pratiquer sa doctrine, à observer certain rite, à suivre une opinion quelconque, à quitter leur religion pour venir à lui. Non, il n'en est pas ainsi : nous instruisons ceux qui s'adressent à nous de ce que nous avons compris de l'enseignement du Guérisseur et les exhortons à la pratique sincère de leur religion, afin qu'ils puissent acquérir les éléments moraux en rapport avec leur compréhension. Nous savons que la croyance ne peut être basée que sur l'amour ; mais nous devons toujours nous efforcer d'aimer et non de nous faire aimer, car ceci est le plus grand des fléaux. Quand on sera pénétré de l'enseignement d'Antoine le Guérisseur, il n'y aura plus de dissension entre les religions parce qu'il n'y aura plus d'indifférence, nous nous aimerons tous parce que nous aurons enfin compris la loi du progrès, nous aurons les mêmes égards pour toutes les religions et même pour l'incroyance, persuadés que nul ne peut nous faire aucun mal et que, si nous voulons convertir nos semblables, nous devons leur démontrer que nous sommes dans la vraie religion en respectant la leur et en leur voulant du bien. Nous serons alors convaincus que l'amour nait de la vraie foi qui est la vérité ; mais nous ne la posséderons que lorsque nous ne prétendrons pas l'avoir. »
    Chaque jour des centaines de croyants venaient consulter le Père. Chaque matin, aussi, des paquets de lettres et de télégrammes parvenaient au temple, car Antoine guérissait à distance.
    Mais Antoine continuera son œuvre. Au temple, où son corps est exposé, une affiche dont le texte a été reproduit dans une circulaire publiée hier soir, annonce ainsi la mort du guérisseur :
                          CULTE ANTOINISTE
                Frère,
    Le Conseil d'administration du Culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui, mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps, il a tenu revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère Le remplacera dans sa mission, qu'Elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous, Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures.
    L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain 30 juin, à 3 heures.
                        Le Conseil d'administration.

Gazette de Charleroi, 27 juin 1912 (source : Belgicapress)

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Jemeppe et le Café de la Renaissance, dans la Rue de la Station

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Jemeppe. Rue de la Station (avec le Café de la Renaissance)

Jemeppe. Rue de la Station (avec le Café de la Renaissance)

Jemeppe-sur-Meuse - Le café de la Renaissance (près de la gare, dans les années 1925)(FB Angelo Tessaro)

Jemeppe-sur-Meuse - Le café de la Renaissance (près de la gare, dans les années 1925)(FB Angelo Tessaro)

Procession antoiniste à Jemeppe -Devant le Café de la Renaissance

Procession antoiniste à Jemeppe - Devant le Café de la Renaissance

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Temple de Verviers (Photo Anna Brejon)

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Temple de Verviers - Mur du fond (Photo Anna Brejon)Temple de Verviers - Alignement de bancs (Photo Anna Brejon)

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Temple Antoiniste de Jemeppe (FB Belgicana)

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Temple Antoiniste de Jemeppe (FB Belgicana)
Le 1er temple antoiniste, à Jemeppe sur Meuse...

source: FaceBook Belgicana

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De Jemeppe à Lourdes (La Libre Belgique, 26 novembre 1934)(Belgicapress)

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De Jemeppe à Lourdes (La Libre Belgique, 26 novembre 1934)(Belgicapress)DE JEMEPPE A LOURDES

    Sur mon bureau deux livres voisinent. L'un s'intitule : « Antoine le Guérisseur et l'antoinisme, d'après des documents inédits », par Pierre Debouxhtay (lib. Fernand Gothier, à Liége) : c'est l'étude très fouillée d'un phénomène religieux qui, dans la Belgique d'il y a trente ans, fit grand bruit, et dont vingt-sept temples en Belgique, quinze en France, attestent le rayonnement. L'autre a pour titre : « La physionomie d'une voyante » ; il est signé Jean des Rochères (éditions du Foyer, à Paris). La « voyante », c'est sainte Bernadette : Jean des Rochères dessine avec amour la mystique figure ; et tout en même temps sa dialectique très précise déduit, du portrait même qu'il nous donne, certaines conséquences apologétiques. Si vous songer à ce que fut Bernadette, si vous vous rappelez la ténacité avec laquelle les partisans de l'antoinisme fermèrent leurs oreilles aux condamnations prononcées par l'Eglise, et si vous réfléchissez que l'un et l'autre thème nous mettent en contact avec la notion de miracle, vous constaterez sans doute que le hasard qui sous mes yeux les juxtapose ne laissent pas d'être suggestif. Une lumière fit jaillir du rapprochement de ces deux livres, comme de certaines suggestions d'idées.
    En fait, rien n'est plus intéressant comme confrontation entre le chapitre de M. Pierre Debouxhtay sur les « guérisons et autres faits paranormaux » attestés par les historiens de l’antoinisme, et le chapitre de M. Jean des Rochères, qui a pour titre : La valeur apologétique des miracles de Lourdes ».
    Deux religions sont en présence : la chrétienne et l'antoiniste. Deux catégories de guérisons « curieuses et instantanées » – pour reprendre les mots de la revue spirite de Liége : « Messager » – se présentent à notre étude. La religion antoiniste, d'après M. Debouxhtay, considéra longtemps que le recours au contrôle de la science « constituerait un obstacle à la foi », – à cette foi qui chez les patients est nécessaire pour conquérir la guérison. Un jour pourtant, nous dit-il, « les antoinistes se décidèrent à faire constater certaines guérisons « miraculeuses ». C'était en 1910, lorsqu'ils s'efforcèrent d'obtenir pour leur culte la reconnaissance légale. A la requête adressée au Ministre, les adeptes joignirent des certificats, dont quelques-uns contrôlés par les médecins eux-mêmes. En quoi consistait ce contrôle des médecins ? Il nous est malheureusement impossible de le dire, ces certificats n'ayant pas été conservés dans les archives du ministère. L'abbé Bourguet, curé de Saint-Antoine, à Liége, dont le presbytère était voisin du temple antoiniste de Hors-Château, pouvait d'autre part écrire, dans la brochure qu'il publiait vers la fin de la Grande Guerre : « On ne saurait trop le dire : il n'existe aucun cas de guérison bien caractérisée d'une maladie organique à l'actif de Louis Antoine » ; et M. Debouxhtay, tout en ajoutant très loyalement la liste des guérisons, telle qu'elle fut publiée dans les diverses livraisons du périodique antoiniste l'« Unitif » entre 1911 et 1914, croit devoir mettre en relief cette remarque de M. l'abbé Bourguet. Se tournant vers Lourdes, M. Debouxhtay aperçoit à côté de la Grotte, « un bureau de constatation où des savants compétents peuvent soumettre à un examen minutieux les malades, avant et après la guérison » ; il observe qu'à Jemeppe, où le Père Antoine exerçait son office de guérisseur, un tel bureau n'existait pas.
    Il y a sur le bureau de Lourdes dans le livre de M. Jean des Rochères, quelques lignes bien significatives de M le chanoine Bertrin : « Le Bureau des constatations devient, par prudence, de plus en plus difficile. C'est de plus en plus, par exemple, qu'il écarte les guérisons des maladies nerveuses, l'origine de ces maladies pouvant prêter au doute... Evidemment ce n'est pas le nombre des maladies nerveuses qui a fléchi, ni apparemment celui des guérisons dont elles sont l'objet. C'est la manière d'enregistrer ces guérisons suspectes qui est devenue de plus en plus rigoureuse et sagement défiante. Et déjà, il y a plus de quarante ans, le docteur Boissarie se montrait, à Lourdes, spécialement préoccupé « de ne pas assimiler aux miracles certaines guérisons, surprenantes peut-être, mais que les médecins voient partout se réaliser dans les hôpitaux ou ailleurs, sans l'intervention d'aucune cause surnaturelle. »
    M. Jean des Rochères, commentant ces paroles, déclare avec insistance que « l'atmosphère de certains pèlerinages dans telles conditions données, peut être, pour des névroses sans lésion organique, le choc bienfaisant, capable de provoquer l'amélioration de l'état morbide ou même sa totale disparition », et qu'on ne peut, en pareils cas, parler de miracles. Et cette réserve initiale accroît l'autorité des pages où M. Jean des Rochères souligne la portée surnaturelle des guérisons des maladies organiques, et des guérisons des tumeurs ou des plaies, et la valeur des méthodes par lesquelles à Lourdes ces miracles sont constatés. Comment lui refuserait-on, même, le droit d'affirmer que de tels miracles, obtenus plus de soixante-dix ans durant, à la suite des visions de Bernadette, suffiraient à prouver la sincérité de la sainte et la réalité de ses visions ?
    Celle qui, dans sa prière à Jésus, s'intitulait « la pauvre mendiante » fut la confidente et l'auxiliaire terrestre de cette initiative d'au delà qui, d'année en année, dans la piscine et dans le triomphal cortège qui porte l'Hostie, multiplie les grâces merveilleuses : la gratitude chrétienne va vers Bernadette, après s'être agenouillée devant celle dont elle fut la messagère. Mais l'Eglise veille rigoureusement au contrôle scientifique des faits de Lourdes : elle ne redoute pas, elle, comme l'antoinisme a paru le redouter, que l'intervention vigilante de la science médicale soit un obstacle aux guérisons ; elle lui fait appel, au contraire, pour donner à la gratitude des fidèles une robuste assise et lui imprimer un nouvel élan.
                                        Georges GOYAU,
                                   de l'Académie Française.

La Libre Belgique, 26 novembre 1934 (source : Belgicapress)

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Un drame à Dison (Vers l'Avenirs, 19 juin 1920)(Belgicapress)

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Un drame à Dison (Vers l'Avenirs, 19 juin 1920)(Belgicapress)

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La mort de M. Antoine, dit le Guérisseur (Le Patriote, 30 juin 1912)(Belgicapress)

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La mort de M. Antoine, dit le Guérisseur (Le Patriote, 30 juin 1912)(Belgicapress)

La mort de M. Antoine,
                             dit le Guérisseur.

    On nous écrit, jeudi soir :
    Nous nous sommes rendus à Jemeppe, la grande localité industrielle qui s'étend le long de la Meuse entre le fleuve et la montagne vis-à-vis de Seraing. Une grande animation y régnait. Tous les trams venant de Liége arrivaient bondés et la circulation augmentait sans cesse dès qu'on approchait de la station qui se trouve sur la ligne de Liége à Huy. C'est au delà de la gare et du passage à niveau que se trouve le temple antoiniste, ou le Père, pour employer l'expression courante là-bas, est exposé. Tout le long du chemin, des camelots vendent des cartes postales illustrées représentant M. Antoine en buste.
    Il a absolument la tête d'un pope et c'est évidemment son séjour en Russie – nous le signalerons tantôt – qui lui aura donné l'idée de se ménager cet extérieur. Les cheveux longs, un peu ondulés, blanchissent assez fortement, séparés au milieu de la tête par une raie et tombant sur les épaules. La barbe, les moustaches cachent complètement le bas du visage. La barbe est taillée en gros favoris que relient les poils du menton. Elle ne pend pas sur la poitrine et est coupée en carré à la ligne des épaules. Il porte une soutanelle étroitement fermée jusqu'au cou par une rangée de petits boutons.
    Mais la foule au milieu de laquelle circulent une nuée d'estropiés et de mendiants, hommes et femmes se pressent autour du temple englobé au milieu de petites habitations proprettes qui sont la propriété du défunt. Le temple a l'architecture d'une chapelle, avec un clocheton terminé par un paratonnerre. On entre par une porte donnant sur une ruelle montante. Très haut, encastrée dans la muraille de briques, une pierre bleue portant ces mots : « 1905. Les Vignerons du Seigneur ». Les Vignerons du Seigneur était le titre que portait la société spirite, fondée par M. Antoine à ses débuts.
    Il faut attendre son tour, on ne laisse pénétrer que par groupes. Le public est surtout composé de curieux. Un assez grand nombre de femmes sont vêtues de deuil ; il faut noter qu'il est de tradition dans le pays que lorsque l'on va voir un mort, on s'habille autant que possible en noir.
    Nous pénétrons enfin. L'intérieur ressemble à une sorte de grand hall. Il est éclaire au fond et vers la façade par des fenêtres en ogive et sur les côtés par des panneaux de verre mat au milieu desquels se détache une espèce de roue aux rayons de couleurs différentes. De trois côtés à hauteur d'un premier étage, courent des galeries où des chaises sont empilées. Tout le long des murs : des porte-manteaux. Au fond de l'édifice, la tribune constituée par une galerie aussi, a mais plus basse et à claire voie qui communique avec les appartements de M. Antoine d'où il sortait car il ne mettait pas le pied sur le pavé du temple. Au milieu de cette galerie pend un écusson noir où brille un arbre en métal argenté portant au milieu des branches les mots : « culte antoiniste » et en-dessous cette inscription : « L'arbre de la science de la vue du mal ». (sic)
    Derrière la galerie-tribune, un immense tableau noir, annonçant qu'il y a séance tous Les dimanches à 10 heures et relatant quelques considérations d'ordre moral. De la voûte tombent des lampes électriques.
    C'est au milieu de ce froid décor que repose le corps. Il est étendu sur une chaise longue drapée de noir et un léger voile le recouvre. Il est revêtu de sa soutanelle. La figure est cireuse, les joues un peu creusées et c'est le dernier jour où l'on pourra le voir paraît-il, car la décomposition se fait sentir. Les bras sont placés le long du corps et les mains longues, presque bleues déjà, reposent ouvertes sur les genoux. Les pieds sont chaussés et montrent la semelle des souliers.
    Autour et par gradation, quelques lauriers en boule. Pas un cierge, pas une fleur. Devant le corps, un guéridon avec un plateau où de rares personnes déposent leur carte. Des adeptes – des étrangers – dans le costume spécial des Antoinistes, la longue redingote noire fermée jusqu'au menton par la rangée des petits boutons, veillent debout le cadavre, avec quelques dames portant le grand deuil, moins le voile.
    La foule stationne quelques instants. Il y a des femmes d'ouvriers portant des jeunes enfants qui se mettent à pleurer. C'est alors un moment de désarroi et un subalterne vêtu comme un domestique de grande maison, cravate blanche, frac de drap bleu avec grands boutons de métal, intervient.
    Nous sortons par la porte de la façade principale s'ouvrant sur une autre rue. Dans le temple même, une fontaine avec trois gobelets d'étain retenus par une chaînette appelle encore notre attention. Plusieurs visiteurs y sont occupés. Nous lisons sur une plaque d'émail cet avis : « Cette fontaine n'a d'autre destination que de désaltérer ceux qui viennent dans ce temple. En faire un autre usage est un manque de foi qui porterait plutôt obstacle à la guérison. Votre foi en l'opération du Père, seule, vous guérira ».
    M. Antoine, en tant que « guérisseur », avait eu quelques mésaventures au tribunal de Liége, à propos de l'exercice illégal de l'art de la médecine, il était devenu prudent.
    Enfin nous sommes dehors. La façade du temple est quelconque de ce côté. Un grand pignon de pierres sur lequel s'ouvrent à droite et à gauche de la porte et au-dessus trois étroites fenêtres ogivales et deux lucarnes. En-dessous de la corniche les mots : « Culte Antoiniste ».
    Nous nous rendons alors, au coin des deux rues, au bureau du culte où nous sommes reçus par des dames adeptes. C'est un bureau ordinaire, meublé de chêne et qui semble bien organisé. Il y a machine à écrire, étalage de brochures. On nous présente l'enseignement révélé par « Antoine le généreux », car c'est ce nom que les adeptes du défunt lui donnèrent à dater du jour où il leur dit qu'il leur transmettrait son pouvoir. Il a jugé mieux de leurs préférer sa femme. Le volume coûte 2 fr. 50.
    On nous dit les derniers moments. Lundi matin, M. Antoine se sentait très faible. Il voulut néanmoins paraître, mais il ne sut pas étendre les bras et c'est Mme Antoine qui dut le remplacer. Il s'est « désincarné », dans la nuit. Ce mot dans la langue antoiniste veut dire mourir.
    Il avait 66 ans. Antoine était son nom et Louis son prénom. C'était un ouvrier, né à Mons-Crotteux, un village des environs, de parents pauvres. Il était le cadet de sa famille qui comptait 11 enfants. II débuta à 12 ans dans la mine, accompagnant son père et un frère qui étaient également mineurs. Ne voulant plus descendre dans la fosse, il devint ouvrier métallurgiste.
    A 24 ans, il quitta la Belgique pour aller travailler en Allemagne où il séjourna pendant 5 ans. Deux ans plus tard, il va en Russie, non loin de Varsovie et y accomplit un nouveau terme de 5 années, puis il s'installa définitivement en Belgique, à Jemeppe. Dans l'intervalle de son séjour en Allemagne, il était revenu au pays pour se marier. Il eut un fils qui mourut à l'âge de 20 ans. Pendant leur séjour à l'étranger les époux Antoine avaient amassé une petite fortune qu'ils convertirent en partie en immeubles.
    M. Antoine a toujours vécu très simplement et très sobrement. Il était végétarien et ne prenait ni viande, ni œufs, ni beurre, ni lait, rien qui provint de l'animal.
    Il professa la religion catholique jusqu'à l'âge de 42 ans, puis il s'appliqua à la pratique du spiritisme et continua jusqu'en 1906, date à laquelle il créa « le nouveau spiritualisme ».
    M. Antoine savait à peine lire et écrire. Nous eussions voulu rencontrer Mme Antoine, mais notre demande souleva des hésitations et nous n'insistâmes pas.
   – Ce n'est pas qu'elle soit si affectée, nous dit-on, elle comprend sa mission, mais...
    Mme Antoine a six ans de moins que son mari. Elle a les cheveux blancs. Sa figure, autant que nous ayons pu en juger par un portrait, est intelligente. Elle porte naturellement l'uniforme antoiniste : une sorte de long peignoir avec manches largement évasées et sur les cheveux un bonnet en crêpe tuyauté.
    Nous avons dit que M. Antoine débuta dans sa carrière de « guérisseur » par le spiritisme. Il fonda à Jemeppe le cercle des « Vignerons du Seigneur » dont l'inscription reste encastrée dans le mur extérieur de son temple. Mais il se fatigua bientôt de causer avec les morts et annonça par prospectus qu'on trouverait chez lui, le soulagement de toutes les afflictions morales et physiques. Il renonça aux évocations et se fit excommunier par les véritables spirites.
    Les clients ne manquèrent pas, mais s'étant aperçu que pour attirer la confiance il fallait droguer, il porta son dévolu sur une spécialité pharmaceutique qui si elle ne faisait pas de bien ne pouvait faire de mal et délivra des prescriptions fixant la dose à prendre suivant les individus. La justice intervint et le « guérisseur » fut condamné à deux fois 26 francs d'amende.
    Il abandonna la spécialité en question et fit annoncer qu'il avait le pouvoir de magnétiser l'eau qu'on lui apportait. De tous côtés, on accourut chez lui avec flacons et bouteilles, dans lesquelles il envoyait avec force gesticulations une soi-disant charge de fluide qui devait amener la guérison de toutes les maladies.
    Mais à tous ces exercices, M. Antoine se fatiguait. Il distribua alors des petits papiers qui avaient prétendument la propriété de magnétiser un verre d'eau. On les emportait et l'opération se faisait à domicile.
    Entretemps, le « guérisseur », avait élaboré une théorie vague de la Foi et des fluides. Le nouveau culte cherchait à se lancer. M. Antoine distinguait les bons et les mauvais fluides et maniait les bons pour guérir les personnes qui avaient la foi, foi en ses théories nouvelles bien entendu. Il fit alors l'imposition des mains, ce qu'on a appelé des passes individuelles. Les séances dominicales sont fondées et des disciples s'amènent.
    Cela devient encore une fois, trop fatiguant. M. Antoine avait construit son temple et il trouva les passes collectives, C'était la dernière manière et voici comment un assistant raconte la scène.
    C'est dimanche. Il est 10 heures. Les fidèles et les curieux occupent les bancs du temple, face à la tribune. Au pied de celle-ci assis à une table, se trouve un adepte. Il se lève :
    – Notre bon Père va venir. Avant d'opérer, il se recueille dans la prière. Respectez ce moment solennel. Ranimez votre foi, car tous ceux qui ont de la foi seront guéris ou soulagés. »
    Une porte s'ouvre sur le palier où se trouve la tribune. M. Antoine sort de ses appartements, l'air inspiré ; son regard est perdu dans l'au-delà. Il élève majestueusement les mains, étend les bras, remue les doigts pour laisser écouler sur l'assistance, tout le fluide qu'il a emmagasiné. Il ferme les yeux et rentre lentement sans avoir prononcé une parole.
    L'adepte se lève de nouveau :
    – L'opération est terminée. Les personnes qui ont la foi sont guéries ou soulagées. »
    La séance est finie et l'on fait entrer d'autres spectateurs pour la réédition de la même cérémonie (à la ligne). Comment expliquer l'affluence !
    Des malades qui se sont adressés inutilement aux médecins et auxquels le moindre espoir fait tenter l'expérience !
    Une réclame intensive qui s'étend aux villes d'eaux étrangères où l'on va chercher à recouvrer la santé !
    La presse antireligieuse raillant Lourdes mais vantant les prétendues guérisons du spirite jemeppois.
    Les médecins sont écartés du lit des Antoinistes. Consulter un médecin est pour eux, un manque de foi. Combien de fois cette crédulité a-t-elle entrainé la mort.
    La doctrine antoiniste est un tissu d'incohérences, de contradictions, de divagations, etc. Il n'y a pour lui aucune différence entre le bien et le mal. « Ne croyons pas en Dieu, dit-il, dans un chapitre de sa révélation, dictée à un sténographe, n'espérons jamais rien de lui, sachons que nous sommes Dieu nous-mêmes ».
    Nous avons quitté cet endroit pris d'une immense pitié pour de telles aberrations. Répétons que la saine population des bords de la Meuse, ne s'est pas laissée prendre dans les filets de l'antoinisme. On nous l'a répété encore tout le long du chemin :
    – Ici, Antoine n'est pas connu. Tous ceux qui vont chez lui ne sont pas du pays. Il aura beaucoup de monde à son enterrement. On annonce des milliers de personnes. Tant mieux, cela fait aller le commerce.
    La semaine prochaine Antoine sera déjà entré dans l'oubli et d'ici à peu de temps, il est probable que l'antoinisme l'y suivra.
    M. Antoine avait fait quelquefois annoncer sa fin prochaine.
    Les malades s'empressaient d'accourir, mais M. Antoine ne mourait pas. Cette fois, il n'a pas informé qu'il allait quitter sérieusement cette terre.
    Un jour un de ses adeptes lui avait demandé :
    – Maître, que deviendront vos disciples quand l'humanité vous aura perdu ?
    M. Antoine répliqua :
    – La mort, c'est la vie, elle ne peut m'éloigner de vous, elle ne m'empêchera pas d'approcher tous ceux qui ont confiance en moi, au contraire.
    Avant de mourir, M. Antoine avait pris ses mesures comme nous l'apprend l'avis de faire part de son décès :
                         Frère,
    Le conseil d'administration du Culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui, mardi matin, 25 juin. Avant de quitter son corps Il tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère Le remplacera dans sa mission, qu'Elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé. Le Père sera toujours avec nous. Mère montera à la tribune pour les opérations générales, les quatre premiers jours de la semaine à dix heures.
    L'enterrement du Père aura lieu dimanche prochain 30 juin à 3 heures.

    Comme il est dit, il n'y aura donc rien de changé. M. Antoine mort est remplacé par Mme Antoine.
    M. Antoine était donc peu connu à Jemeppe et dans les environs. Il ne sortait plus depuis plusieurs années et ses adeptes ne se recrutaient pas dans la contrée, mais dans le Centre et le Borinage notamment, à Bruxelles même, où existe dans une rue du quartier Louise, in temple antoiniste, présidé par un officier retraité, en France, en Allemagne et jusqu'en Autriche.

Le Patriote, 30 juin 1912 (source : Belgicapress)

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Chronique judiciaire - Crédulité (La Meuse, 10 septembre 1922)(Belgicapress)

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Chronique judiciaire - Crédulité (La Meuse, 10 septembre 1922)(Belgicapress)

CHRONIQUE JUDICIAIRE

CREDULITE

   – On se trouve devant un monument de crédulité, disait M. le substitut Coart en son réquisitoire. On connaissait les esprits frappeurs. Il s'agit ici d'esprits tapeurs !
    Le 30 juillet, Mme Marguerite R..., épouse L..., et sa sœur, Mme Marie R..., d'Ans, allant faire une course à Mons-Crotteux, rencontrèrent une femme inconnue qui les aborda et leur demanda un renseignement. Après les avoir dévisagées, elle dit à brûle-pourpoint à l'une d'elles :
    – Vous êtes malade.
    – Oui, répondit Mme Marie R...
    – Si vous voulez, dans trois semaines vous serez guérie, riposta l'inconnue.
    Mme L... intervint pour dire qu'elle avait un petit-fils également malade depuis près de trois ans et qu'elle serait heureuse si on pouvait lui rendre la santé.
    La femme promit aussi de le guérir.
    Elle donna son adresse par écrit. C'était Marie G..., veuve P..., 59 ans, ménagère, à Jemeppe. Elle fixa rendez-vous chez elle pour le vendredi suivant (parce que, – affirmait-elle, – le vendredi était le meilleur jour !).
    Les deux sœurs s'y rendirent. La guérisseuse s'était fait apporter une chemise de l'enfant, afin de se rendre compte de quels mauvais esprits « le travaillaient ».
    Cette femme leur avait parlé du père Antoine, de spiritisme. Elle annonçait qu'elle dirait des prières, qu'elle ferait une neuvaine. Elle racontait également d'étonnantes guérisons obtenues par son intervention.
    Marie G... dit aux visiteurs que ce serait elle qui se rendrait chez elles le lundi suivant.
    On devait, au cours de cette visite, lui remettre une somme de 90 francs : une des dames, 50 francs ; l'autre, 40 francs.
    Elle apporta, dans ce but, deux enveloppes, sur lesquelles elle avait inscrit les sommes à y déposer. L'argent fut inséré dans les enveloppes.
    Puis, en présence des dames R..., du père et de la mère de l'enfant malade, la guérisseuse commença ses opérations.
    Après avoir écarté les assistants, car, disait-elle, les esprits devaient l'entourer, elle intercala les enveloppes dans un grand livre de prières, où elles disparaissaient complètement, puis s'absorba dans ses méditations et ses prières. A plusieurs reprises, elle tourna les feuillets du livre. La cérémonie terminée, elle plaça les enveloppes sous un pot à fleurs, défendit d'y toucher et annonça qu'elle viendrait les reprendre elle-même pour continuer les opérations et chasser définitivement les esprits. Elle avait, d'ailleurs, annoncé que « l'affaire marchait bien ».
    Une des dames R... eut, néanmoins, des soupçons. Certains gestes de la guérisseuse lui avaient paru suspects lorsqu'elle feuilletait le livre de prières.
    Mais sa sœur lui présenta de sévères observations quand elle manifesta ses soupçons et lui dit :
    – Vous êtes une sotte !...
    Toujours est-il que les soupçons étaient éveillés et que l'on toucha aux deux enveloppes, que chacune en reporta une chez soi, qu'on les examina à la lumière pour en découvrir le contenu.
    Marie G... ne s'étant pas présentée au jour fixé par elle, on les ouvrit. Etait-ce cette main sacrilège portée sur les enveloppes qui rompit le charme ? Etait-ce une juste punition des esprits irrités ? Toujours est-il que, dans les enveloppes, on trouva un morceau de journal, au lieu des billets de banque !...
    Les gens mal intentionnés prétendent que Marie G... avait, en lisant dans le livre, en feuilletant les pages, en s'absorbant dans ses méditations, substitué deux autres enveloppes aux enveloppes contenant l'argent.
    – C'étaient les honoraires des esprits !... estime le ministère public, M. le substitut Coart.
    Nous allions oublier de dire que Marie G... avait écrit aux R... deux lettres. Dans l'une, elle estimait que la chemise – avec trous – de l'enfant qu'on lui avait confiée était insuffisante. Et elle réclamait 20 francs.
    Les esprits ne voulaient pas se laisser expulser et réclamaient un petit supplément !...
    Dans la seconde lettre, Marie G... écrivait que « l'ouvrage était fort, qu'il y avait deux esprit, à combattre ». Elle annonçait sa visite avec un jour de retard. Elle arriva, en effet. Une des dames R... lui conta qu'elle avait disposé des 50 francs à l'insu de son mari, que celui-ci était très mécontent, etc.
    Marie G... le prit de haut. Elle restitua aussitôt les 50 francs, mais elle ajouta qu'elle ne s'occuperait plus d'elle, la vit-elle mourir devant elle.
    Elle annonça qu'elle reviendrait le lendemain.
    Mais le charme était rompu. La police avait été prévenue, et, lorsque Marie G... se présenta, elle fut mise en état d'arrestation.
    Elle tenta de déchirer les enveloppes contenant les morceaux de journaux. Le policier fut obligé de lui saisir le poignet pour l'en empêcher.
    Marie G... dénie tout cela. Les 90 francs lui ont été remis, non pas sur sa promesse de chasser les esprits et de guérir les malades, mais en prêt pour acheter un poêle. Elle a remboursé 50 francs le lendemain du jour convenu et se rendait chez R... pour rembourser le solde, soit 40 francs, lorsque la police est intervenue.
    Cette version est controuvée par cette circonstance que, lorsqu'elle fut arrêtée, elle n'était porteuse que de quelques francs.
    Il a été également question d'une corde à cinq nœuds que la prévenue avait donnée à la mère de l'enfant malade et qu'elle devait se passer autour du corps.
    Le ministère public a rappelé que Marie G... avait eu une existence bien remplie. Depuis la loi d'amnistie, elle a déjà été condamnée deux fois.
    Me Mourquin a présenté la défense de la prévenue. Il a plaidé que Marie G... avait agi de bonne foi, avec une conviction profonde en l'efficacité des moyens employés.
    Le Tribunal – juge unique, M. Goossens – a estimé que l'escroquerie était établie. Il a condamné la prévenue à trois mois de prison et à 300 francs d'amende.

La Meuse, 10 septembre 1922 (source : Belgicapress)

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