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Le père Dor, Toussaint (Gazette de Charleroi, 29 octobre 1919)(Belgicapress)

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Le père Dor, Toussaint (Gazette de Charleroi, 29 octobre 1919)(Belgicapress)

    LE PERE DOR. – Une opération générale pour les vivants et les morts, suivie d'une instruction, sera faite à l'Ecole Morale, samedi, jour de la Toussaint, à 11 h. du matin, à Uccle.

Gazette de Charleroi, 29 octobre 1919 (source : Belgicapress)

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Le culte Doriste, droit de réponse (Le Messager de Bruxelles, 6 juin 1916)(Belgicapress)

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Le culte Doriste, droit de réponse (Le Messager de Bruxelles, 6 juin 1916)(Belgicapress)La Vie en Province

(Reproduction interdite.)

CHARLEROI
(De notre correspondant particulier.)
Le culte Doriste

    Nous recevons la lettre suivante que nous insérons très volontiers, ainsi que le désire notre correspondant :
                                                     Roux, le 8 juin 1916.
                     Monsieur le Directeur,
    Je lis dans le n° du 28 mai de votre estimable journal un article intitulé : « Le Culte Doriste ».
    Je regrette vivement que votre correspondant ait été si mal renseigné sur ma manière de procéder.
    1° Je dois vous dire qu'il n'existe pas « de Doriste », ni par conséquent de « Dorisme », car à l'Ecole Morale, si elle est réellement de morale, il ne peut y être question d'aucune religion, d'aucune secte, d'aucun parti, d'aucune société, ni rien qui puisse porter un nom. Autrement, pas de libre arbitre.
    La mission du Père Dor, Professeur de l'Ecole Morale, est d'inculquer dans l'esprit des masses cette idée qu'un seul remède peut sauver l'homme : « L'amour de soi-même, c'est-à-dire l'amour de la perfection ». Tous ceux qui le consultent sont instruits sur la cause de leurs maladies, de leurs malheurs, de leurs misères. Alors, ils se guérissent, ils sont contents, ils sont satisfaits, s'ils veulent changer de conduite.
    Donc, comprenez que je détruis le fanatisme, pour le remplacer par la Volonté. Ceux qui m'écoutent deviennent adeptes du culte de la liberté, de la solidarité et de la fraternité universelle. Par là, l'homme ne rejette plus sur ses semblables la cause de ses adversités et ne se révolte plus contre eux en les accusant d'être injustes ; non, il comprend que tout ce qui lui arrive n'est que la conséquence de ses mauvais principes : vices, passions, égoïsme, hypocrisie et le mensonge.
    Je détruis aussi la méthode des thaumaturges, des guérisseurs, en faisant comprendre que leurs principes ne sont basés que sur « la foi », fluide stérile qui laisse l'homme aveugle, ce qui l'empêche de sortir des ténèbres où il est plongé par ses imperfections ;
    2° Je quitterai Roux le 19 octobre prochain pour continuer mon œuvre à Uccle-St-Job, rue du Moulin, où j'aurai l'avantage d'habiter un lieu plus favorable à ma santé, qui commence à s'ébranler. Seulement, contrairement à ce que vous me dites, le Père ne quitte pas Roux plus riche qu'il n'y est venu. (Voir biographie dans son livre « Christ parle à nouveau ». Je vends publiquement ma propriété, évaluée à 55,000 francs, avec l'intention de prélever sur le prix une somme de 16,000 francs qui est réservée à payer le reste de ma nouvelle installation ; quant au surplus des 16,000 francs, j'en ferai don à l'Ecole des Estropiés de Charleroi, que je considère comme la plus belle institution du monde. Il faut noter que le surplus des 16,000 francs a été déposé, par les visiteurs, dans un tronc placé dans le but de faire construire la vaste salle appelée l'Ecole Morale. On pourra peut-être s'étonner que l'Ecole d'Uccle sera quatre fois plus petite que celle de Roux, mais vu que je ne donne plus d'instructions les dimanches, dont celle-ci était destinée à ce sujet, une plus grande serait inutile.
    Veuillez, Monsieur le Directeur, etc.
                                                 (sig.) Pierre DOR, dit le Père.

Le Messager de Bruxelles, 6 juin 1916 (source : Belgicapress)

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Le culte Doriste (Le Messager de Bruxelles, 28 mai 1916)(Belgicapress)

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Le culte Doriste (Le Messager de Bruxelles, 28 mai 1916)(Belgicapress)La Vie en Province
(Reproduction interdite.)

CHARLEROI
(De notre correspondant particulier.)
Le culte Doriste

    Nous avons annoncé récemment que Pierre Dor, fondateur de l'Ecole Morale à Roux et communément appelé « Le père Dor », se trouvait inculpé d'avoir exercé l'art illégal de guérir.
    Depuis, à plusieurs reprises, le mystique personnage a été entendu par M. le juge d'instruction Lucien Van Damme, chargé d'instruire à sa charge qui l'a confronté avec plusieurs néophytes fréquentant assidûment l'Ecole Morale de Roux et de nombreux malades qui avaient recours à ses conseils.
    Hier matin, l'instruction étant terminée, quelques centaines d'adeptes du fondateur du culte Doriste avaient improvisa une manifestation de sympathie envers leur « Dieu », à qui ils ont voué un culte profond ; les femmes étaient les plus exaltées et témoignaient bruyamment leur conviction et leur foi en le « saint homme ». Le Père Dor défila en ville couvert de fleurs, suivit de ses prosélytes et d'une foule de curieux que ce spectacle amusait. La police eut fort à faire.
    Le Père Dor, qui était venu à Roux il y a 6 ans fonder l'Ecole Morale, y a amassé, semble-t-il, une somme assez rondelette avec laquelle il compte poursuivre l'œuvre entreprise. A cet effet, il vient de louer, rue du Moulin, à Uccle-St-Job, près de Bruxelles, une gentille maisonnette où il compte, à partir du mois prochain, recevoir ses prosélytes. Sa propriété à Roux, qui est évaluée à 55,000 fr., est mise en vente publique. Il est à noter qu'au moment de son arrivée et de son installation à Roux, Pierre Dor ne possédait pas un sou vaillant, nous assure-t-on.
    « Aurea mediocritas ! »
    Contrairement à ce que d'aucuns affirment, Pierre Dor n'est pas un défroqué. Il n'a jamais endossé la soutane, ni fait partie d'aucune communauté religieuse à quelque titre que ce soit. C'est un ancien artisan, innovateur !

Le Messager de Bruxelles, 28 mai 1916 (source : Belgicapress)


   Cet article sera l’objet d’un droit de réponse du Père Dor.

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L'Affaire Dor (Le Journal de Charleroi, 9 janvier 1920)(Belgicapress)

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L'Affaire Dor (Le Journal de Charleroi, 9 janvier 1920)(Belgicapress)Tribunaux

Tribunal correctionnel de Charleroi

Audience du 8 janvier 1920.

    L'AFFAIRE DOR. – Pierre Dor a intenté un procès contre le sieur Pestiaux, imprimeur de la « Région ». L'affaire qui devait venir à l'audience de ce jour est remise au 6 février.

Le Journal de Charleroi, 9 janvier 1920 (source : Belgicapress)

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L'Affaire Dor (Le Journal de Charleroi, 5 mars 1920)(Belgicapress)

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L'Affaire Dor (Le Journal de Charleroi, 5 mars 1920)(Belgicapress)Tribunaux
Tribunal correctionnel de Charleroi
Audience du 4 mars 1920.
L'AFFAIRE DOR

    On se souvient que cette affaire, dans laquelle est en cause l'ex-éditeur de la « Région » Pestiaux, contre Pierre Dor, fut remise pour entendre l'avis du procureur du Roi.
    La parole est à Me Feron, substitut. Il résume l'article incriminé de la « Région » et le trouve injurieux pour Dor. Celui-ci, dans son droit de réponse dit : « Votre article contient des choses vraies, mais ce que vous alléguez à mon égard, est faux. »
    Cette réponse constitue bien un droit de réponse à l'article.
    Rien, dans cette lettre, n'outrepasse les droits. Quant aux tiers, il estime que, somme toute, les personnes citées ne sont pas des tiers. Des magistrats, hommes publics, y sont cités.
    Faut-il considérer Alceste comme un tiers ? Non ! puisque c'est un homme public, puisque journaliste. Et puis, du moment que le droit de réponse n'est pas injurieux pour les tiers, on doit l'insérer. Me Lefevre, défenseur de Pestiaux, riposte :
    Les termes dans lesquels Alceste est cité, ne sont pas des plus élogieux. Son article était reproduit très inexactement et Alceste n'aurait pas manqué de protester.
    Me Lebeau est aussi cité et en des termes très élogieux. Il n'aurait certainement pas laissé passer ce passage sans protestation.
    Le tribunal décide de prononcer le jugement samedi prochain.

Le Journal de Charleroi, 5 mars 1920 (source : Belgicapress)

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La mort tragique d'une fillette à Montegnée (La Wallonie, 24 & 25 novembre 1930)(Belgicapress)

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    Pierre Debouxhtay évoque cette tragique histoire dans son chapitre Louis Antoine, prophète.

 

La mort tragique d'une fillette à Montegnée p.1 (La Wallonie, 24 novembre 1930)(Belgicapress)La mort tragique d'une fillette à Montegnée (La Wallonie, 24 novembre 1930)(Belgicapress)La mort tragique et mystérieuse d'une fillette à Montegnée

On retrouve son cadavre dans un puits profond de 6 mètres 50, situé dans une cave

    M. Hans, commissaire de police à Montegnée, a avisé le Parquet, dimanche matin, d'un événement tragique qui s'est passé dans la nuit ou samedi soir, à Montegnée.
    Il s'agit de la mort dramatique, et dont les circonstances restent obscures, d'une fillette âgée de 14 ans, Rosine Pér.... demeurant avec ses parents rue d'Angleur, 31, à Montegnée.

DISPARUE !

    Le père, M. Pér.... et son épouse travaillent tous deux au charbonnage. La fillette d'habitude restait à la maison et s'occupait du ménage.
    Samedi, à la soirée, en rentrant chez lui, M. Pér... n'y trouva pas son enfant.
    Il s'informa et fit part de son inquiétude à son beau-frère, M. Marcel Jeusette, âgé de 73 ans et demeurant également à Montegnée, rue Voie des Veaux, n. 51.

DES IDEES NOIRES ?

    Ce dernier narra alors au père Pér... des faits assez étranges.
    Dans l'après-midi, raconta-t-il, sa nièce était venue le trouver chez lui. Elle paraissait mal à l'aise. A plusieurs reprises, elle aurait manifesté l'ennui de vivre, au point d'aller même jusqu'à solliciter la clef de la cave pour s'y aller noyer.
    Dans cette cave se trouve, en effet, un puits profond de 6 m. 50 et contenant une hauteur d'eau de 2 m. 50.
    L'oncle aurait naturellement refusé et rendu quelque courage à l'enfant, laquelle s'en serait allée reprendre ses occupations ménagères.

VAINES RECHERCHES

    M. Pér..., au retour de son épouse, l'avisa de la disparition de leur fille et lui fit part du récit inquiétant fait par l'oncle Jeusette.
    La famille avisa M. Hans, commissaire de police et, d'accord avec elle, entreprit des recherches à Montegnée même et dans les communes voisines On ne put trouver nul indice.

L'INTERVENTION DU « PERE ANTOINE » ??

    La famille Pér... a des confessions philosophiques. Elle est ralliée à la confession du « Père Antoine ».
    Ce fut la mémoire de celui-ci que M. Pér... invoqua.
    C'est ainsi, affirma-t-il peu après au commissaire de police, qu'il eut la vision de son enfant dans le puits de la maison Jeusette.

LE PUITS TRAGIQUE

    Sur cette indication venue de l'au-delà, on s'en fut à nouveau rue Voie des Veaux.
    Mais la porte de la cave était fermée à clef, depuis le moment où M. Jeusette – d'après ses déclarations – avait, par prudence, retiré la clef.
    Il paraissait donc impossible que l'enfant ait pu s'introduire là.
    La famille renonça donc, sur le moment, à son idée.
    Cependant, vers minuit, les recherches restant toujours vaines, M. Pér..., poussé par un obscur instinct, revint rue Voie des Veaux, descendit à la cave avec son épouse et son beau-frère et se mit en devoir de sonder le puits.

ON RETIRE LE CADAVRE

    La sonde révéla la présence d'un corps humain !
    Il n'y avait plus de doutes.
    Tandis que des assistants couraient prévenir M. Hans, commissaire de police, la famille s'efforçait de ramener le corps du fond du puits.
    Elle y parvint, non sans peine. Halé par une corde, attaché à un croc, le cadavre de la jeune Rosine apparut.
    M. Hans, survenant peu après, fit des constatations assez troublantes.
    Le cadavre ne portait pas de traces apparentes de violence, mais du sang s'était échappé de l'oreille en un mince filet rouge qui soulignait la pâleur du visage.
    Cette hémorragie paraissant indiquer la fracture du crâne, M. Hans manda un médecin qui réserva son diagnostic.
    Seul, un examen complet, par le médecin légiste, pouvait donc déterminer les circonstances exactes de la mort.
    M. Hans prévint le Parquet et chercha à établir un second fait absolument obscur : à savoir comment la gamine avait pu pénétrer dans la cave, la porte en étant fermée.
    Faute d'une autre, il fallut bien admettre qu'elle s'y était introduite par le soupirail.
    Cependant, celui-ci est en pente droite et se termine par un boyau cylindrique très étroit.
    Pour s'y introduire, l'enfant aura da se livrer à de véritables acrobaties.

LA PETITE ETAIT MALADE ?

    M. Hans poursuivant son enquête, apprit de Mme Pér… que sa fillette paraissait malade. Depuis quelque temps, elle se plaignait fréquemment du ventre.
    Ce serait donc parce qu'elle souffrait que Rosine Pér... aurait mis fin à ses jours dans les circonstances dramatiques que nous venons de relater.
    L'instruction du Parquet le déterminera sans doute.

DESCENTE DE PARQUET

    Le Parquet a fait une descente, dimanche après-midi.
    Il était représenté par M. Laurent, juge d'instruction ; M. Constant, substitut du procureur du roi, et MM. Gilles et Leroy.
    Les magistrats ont décidé que l'autopsie du cadavre de la fillette n'aurait lieu que lundi matin. – P. A.

La Wallonie, 24 novembre 1930 (source : Belgicapress)

 

La mort tragique d'une fillette à Montegnée (La Wallonie, 24 & 25 novembre 1930)(Belgicapress)

La mort tragique d'une fillette à Montegnée

LE PARQUET CONCLUT A UNE MORT NATURELLE PAR SUICIDE

    Après une rapide enquête, le Parquet a renoncé à l'autopsie du cadavre de la petite Rosine Pér...
    Le corps, en conséquence, a été rendu à la famille, les magistrats ayant admis l'hypothèse du suicide.

La Wallonie, 25 novembre 1930 (source : Belgicapress)

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La Meuse, 29 avril 1907, matin (source : Belgicapress)

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Felix Dengis (La Meuse, 29 avril 1907, matin)(Belgicapress)CHRONIQUE JUDICIAIRE

COUR D'ASSISES
LE DRAME DE CHOKIER
UN MARI QUI JETTE SA FEMME DANS LA MEUSE

L'Audience de samedi après-midi

    La plaidoirie de M. Pety de Thozée terminée, le président interpelle Dengis, qui déclare n'avoir rien à ajouter pour sa défense.
    Les débats sont clos.

LES QUESTIONS

    M. le président donne lecture des questions que le jury a à résoudre.
    Ces questions sont au nombre de deux. Les voici :
    1o Dengis est-il coupable d'avoir, le 20 novembre, à Flémalle, volontairement, et, avec intention de donner la mort, commis un homicide sur la personne de Ferdinande Humblet, son épouse ?
    2o Circonstance aggravante : l'homicide a-t-il été commis avec préméditation ?
    Le jury entre dans la salle des délibérations à 4 h. 1/2.

LE VERDICT

    La délibération a duré 20 minutes.
    A 4 h. 50, le coup de sonnette.
    Le jury rentre en séance.
    Sa réponse est affirmative sur la première question, négative sur la seconde.
    Dengis est en conséquence déclaré coupable d'homicide volontaire, mais sans préméditation.

L'ARRET

    Le MINISTERE PUBLIC réclame l'application de la loi, avec admission de circonstances atténuantes basée sur la responsabilité limitée de l'accusé.
    Me PETY DE THOZEE se joint à cette demande.
    Dengis, à la question du président, répond : « Je demande pardon pour mes pauvres petits enfants. »
    Des sanglots éclatent dans l'auditoire, où se trouvent plusieurs parents de Dengis.
    La Cour se retire pour délibérer. A 5 h. 25 m., elle rentre en audience et rapporte un arrêt qui accorde à Dengis le bénéfice des circonstances atténuantes résultant de l'état de surexcitation dans lequel il se trouvait au moment des faits et qui diminue un peu sa responsabilité.

CONDAMNATION

    Elle le condamne à QUINZE ANS DE TRAVAUX FORCES.
   
C'est le minimum de la peine auquel la Cour pouvait descendre.

La Meuse, 29 avril 1907, matin (source : Belgicapress)

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La Meuse, 27 avril 1907, matin (source : Belgicapress)

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Felix Dengis (La Meuse, 27 avril 1907, matin)(Belgicapress)COUR D'ASSISES
LE DRAME DE CHOKIER
UN MARI QUI JETTE SA FEMME DANS LA MEUSE

Audience de vendredi
(Suite, voir « La Meuse » rose d'hier soir)

LE REQUISITOIRE

    La parole est donnée à M. Bodeux, substitut du Procureur Général.
    Je simplifierai le débat autant qu'on peut le faire. Je crois que la vérité ne se trouve pas dans les menus détails. Le fait principal est à considérer. Dengis a jeté sa femme à l'eau. C'est de ce fait criminel qu'il ne faut pas s'écarter. La défense me rendra la justice que j'ai été aussi modéré que possible.
    Les relations entre la victime et Van Goethem je ne les discuterai pas. Cependant, elles n'ont été établies par aucun témoin. Ceux-ci ne sont venus rapporter que des propos de forfanterie de Van Goethem, et rien que cela.
    Quelque chose rend cette affaire mystérieuse. C'est l'attitude de Dengis avant le crime. Il va en Hollande, raconte-t-il. Il le fait dire par son fils. N'est-ce pas qu'à ce moment il a un sinistre projet à exécuter ?
    Une lettre a été produite, mais elle a besoin d'une seconde lettre pour avoir sa valeur. Or, elle n'est pas reproduite. Personne ne l'a vue. Il a fallu tout le dévouement d'une mère pour venir ce matin déclarer l'avoir vue. Cette lettre n'a jamais existé. Dengis l'eut conservé, comme il conservait l'autre.
    Il n'y a eu qu'une lettre, celle qu'il produit, et qu'il a fait écrire à sa femme. Les termes eux-mêmes le disent : « La lettre que je vous dicte », y est-il dit.
    Le mystère, la défense ne l'éclaircira pas. Je veux cependant être bon prince. Je veux bien admettre que cette lettre a existé et que c'est elle qui a déchainé la fureur de Dengis.
    Alors, que peut-on invoquer en faveur de l'accusé. La première question est celle-ci ? Dengis était-il sain d'esprit au moment où il a jeté sa femme à l'eau.
    Le jury a à exercer un acte de défense sociale. Il n'y a pas infraction. Si le fait a été posé en état de démence. Rapportons-nous-en à cet égard au rapport que les médecins aliénistes, MM. Francotte et Bidlot, ont déposé relativement à Dengis. Ces deux spécialistes ont examiné le dossier, ont interrogé fréquemment Dengis. Ils ont examiné le passé de l'accusé. Ce sont eux qui ont signalé certaines tares et signalé le rapport des médecins militaires à Malines. Ils ont interrogé les parents de Dengis. Et ils ont après tant de scrupules, déclaré que l'accusé n'était pas atteint d'aliénation mentale.
    Vous avez en outre pu apprécier l'attitude habile, constamment logique avec elle-même.
    Quel est l'homme qui n'a pas quelque tare, quelque grain de folie ?
    Le médecin aliéniste est toujours enclin à voir partout des défectuosités au point de vue mental.
    M. le médecin principal Bosmans a déclaré lui-même que Dengis était rentré dans la vie normale.
    Ce qui me prouve la responsabilité de Dengis, c'est la persistance du remords. Il va à droite, il va à gauche, mais toujours ramené au bord de la Meuse où il a jeté sa femme. Quand il rentre dans la vie ordinaire, il se masque, il invente des histoires de fuite. Quand il rentre en lui-même, il se met à pleurer.
    Et après avoir tenté de jeter Van Goethem à la Meuse, il vient se constituer prisonnier à la gendarmerie de Tilleur.
    Et, en entrant, il prononce la parole la plus profonde de cette affaire : « Quand on a commis un crime, on finit toujours par être découvert. »
    La défense pourra invoquer la scène de la morgue.
    Comment a-t-il eu ce courage de venir la nuit ouvrir le cercueil où repose sa victime ?
    Le coupable est ramené par une force invincible vers l'endroit du crime et vers sa victime. C'est une curiosité malsaine qui le pousse. Ici il y a même une raison spéciale. La victime n'a-t-elle pu se sauver, s'accrocher à une barque, gagner la berge. Car il s'était enfui, le crime perpétré. Alors il voulait savoir si ce cadavre était bien celui de sa femme. Puis se sentant traqué, sachant la police à sa recherche il s'est décidé à se rendre.
    Le jury n'hésitera pas à sanctionner les conclusions des médecins aliénistes, et à déclarer Dengis responsable du crime qu'il a commis.
    Mais n'a-t-il pas, au moment du fait, été poussé par une force à laquelle il n'a pu résister ? N'y a-t-il pas eu contrainte morale ? Rien de cela n'existe. Il y avait pour Dengis danger imminent, auquel il ne pouvait se soustraire.
    Dengis voyant ses soupçons confirmés par la lettre – si nous admettons l'existence de la lettre de rendez-vous écrite par sa femme – il a dû être violemment secoué. S'il s'était porté à ce moment à des violences, il n'aurait pas eu une excuse, mais tout au moins des circonstances atténuantes. Mais il n'en a rien été. D'ailleurs jamais la colère n'a été admise par le législateur comme une cause de justification.
    La préméditation de commettre ce crime est établie, soit que l'on conteste, soit même que l'on admette l'existence de la lettre de rendez-vous. Dengis découvre la lettre à midi. Il forme à ce moment le projet de tuer sa femme. Il attend plusieurs heures. Il amène sa femme le long de la Meuse, en pleine nuit, à un endroit désert. Sa déclaration à la gendarmerie de Tilleur ne laisse aucun doute. Il a signé l'aveu de la préméditation. Il a dit : « C'est dans ce but que je suis allé à Jemeppe. » « C'est à ce moment que j'ai découvert la lettre que j'ai décidé de tuer ma femme. »
    Au juge d'instruction, il dit : « Il n'y avait aucune discussion avec ma femme. Tout à coup je l'ai poussé à l'eau. »
    C'est encore bien, l'exécution d'un projet prémédité. Il a placé sa femme du côté de la Meuse. Il ajoute : « Personne n'a pu entendre. » Ce n'est que plus tard qu'il prétend qu'il y aurait eu une discussion.
    S'il y avait eu vertige, il ne se souviendrait de rien. Un nuage aurait tout obscurci, la discussion, et le fait de jeter la malheureuse à l'eau. Il est allé à Jemeppe, à Seraing, il a circulé pendant plusieurs heures. Il était calme. Il a pu méditer, calculer, organiser le crime.
    Dengis a surpris sa femme en flagrant délit de correspondance amoureuse. Il a les aveux de sa femme. Celle-ci lui a demandé pardon. Les époux se sont réconciliés. Il pouvait sortir autrement de la situation. La mort de cette femme n'était cependant qu'une demi-vengeance. Il se rend à Charleroi, il voit Van Goethem, il parvient à l'amener à Engis, à l'endroit où il a jeté sa femme. Et ceci démontre bien dans ce cas comme dans l'autre la résolution antérieure exigée par la préméditation.
    Ce réquisitoire, d'une extrême, sobriété, d'une grande modération, d'un ordre et d'une remarquable méthode, a produit grand effet.

LA DEFENSE

    Me FOLLET, premier défenseur de Dengis, a pris la parole.
    Personne ne viendra-t-il pleurer sur le cadavre de cette femme inconnue retirée le 20 novembre des eaux de la Meuse ? Personne. Si. Un homme traversera le champ des morts, viendra pleurer et prier. Puis quand on descendait le corps dans la terre, il se constituait prisonnier. Et cependant il avait fait tout pour être heureux. Le juge d'instruction, les médecins légistes, les gendarmes ne peuvent s'empêcher d'être émus. A toutes les pages du dossier, ils constatent : « L'inculpé pleure. » On pourrait inscrire sur ce dossier le calvaire de Dengis.
    Dengis connaissait depuis son enfance Ferdinande Humblet. Les maisons des parents étaient voisines. Dengis resta prisonnier de son cœur et de son devoir, quand survint une paternité.
    Me Follet retrace la vie de l'accusé, ses amours avec Ferdinande Humblet, son service militaire, sa sensibilité extrême qui le fit mettre en observation à l'hôpital, où on le déclara irresponsable. Puis le mariage d'abord heureux, où surgit bientôt un nuage. On accuse sa femme d'avoir des relations avec un autre homme. Il interroge, il s'inquiète, il pardonne.
    Alors Dengis quitte ce pays, où sa confiance n'existe plus. Il part pour Charleroi. Il veut s'en aller seul, mais deux jours après, il écrit à sa femme de venir le rejoindre. Et une accalmie se produit dans le ménage. Excellent ouvrier, Dengis gagnera largement sa vie. Il prit cependant des logeurs. Parmi eux figura Van Goethem. L'intimité s'établit entre lui et Ferdinande Humblet.
    Van Goethem se vante à tous de sa bonne fortune. Il la crie même au mari. Une scène ignoble se passe même.
    Dengis s'avoua vaincu une fois de plus devant les affirmations de sa femme. Il fut cependant convenu que Van Goethem quitterait la maison après le règlement de la quinzaine.
    Le mari était la risée et le jouet de l'amant qui lui avait tout volé. Oui, Dengis à un jour souffleté Van Goethem. La justice veut le poursuivre. Mais le jury dira avec nous qu'il a eu raison.
    Enfin Van Goethem quitte la maison. Cependant tenaillé par de nouveaux soupçons, Dengis décide de s'éloigner et de partir pour la Hollande. Le 17 novembre, le ménage arrive à Chokier, pour aller de la chercher du travail en Hollande. Dengis, toujours en proie à ses soupçons écrit à celui qu'il considère comme l'ancien amant de sa femme, le supplie de le laisser dorénavant tranquille, sinon il le menace.
    Le 30 novembre, Dengis, qui a déjà tant supplié, tant pardonné, apprend que sa femme écrit une lettre. Ferdinande nie. Le mari cherche. Il découvre la lettre enfouie dans les couvertures du lit, la lettre, sur l'enveloppe de laquelle il découvre le nom de Van Goethem.
    Il descend dîner sans soulever une querelle. Puis il remonte lire cette lettre où sa femme écrit des déclarations passionnées à son amant. Elle l'appelle son cher adoré, elle annonce qu'elle s'enfuira, le plus tôt possible, et ira le rejoindre pour ne plus le quitter.
    Et cet homme pardonne encore, mais à une condition, c'est qu'elle écrira à Van Goethem pour lui fixer un rendez-vous, à laquelle il se rendra avec elle. Cette lettre est écrite.
    Les époux sont d'accord. Ils vont à Jemeppe et à Seraing, font des achats et, enfin, décident de regagner Chokier à pied. Dengis revient sur l'incident de la lettre. Sa femme refuse de l'accompagner au rendez-vous donné à Van Goethem. Elle refuse de mettre la lettre à la poste.
    Dengis supplie, évoque les enfants. Rien n'y fait.
    « Je ne m'embarrasse ni de toi ni de tes enfants », répond cette mère.
    A cette révélation, Dengis perd la notion des choses.
    Il a tout fait, il a pleuré, il a pardonné. C'est en vain. « Tiens, tu ne me tromperas plus ! » Et, d'un mouvement, il pousse sa femme dans la Meuse, qui roule ses flots dans la nuit... Le grand cri et le drame est fini !
    Dengis pleure l'unique amour de sa vie.
    L'audience est levée à 6 heures, à la demande de Me FOLLET, qui est fatigué.
    Il continuera ce matin.
    Le verdict sera prononcé vraisemblablement vers 1 heure.

La Meuse, 27 avril 1907, matin (source : Belgicapress)

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La Meuse, 26 avril 1907, soir (source : Belgicapress)

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Felix Dengis (La Meuse, 26 avril 1907, soir)(Belgicapress)COUR D'ASSISES

LE DRAME DE CHOKIER

UN MARI QUI JETTE SA FEMME DANS LA MEUSE

    La population de Jemeppe et de Chokier se passionne pour l'épilogue de ce drame sombre, un des plus poignants que nous ayons vu se dérouler devant les assises depuis plusieurs années. Aussi les habitants de ces villages ont-ils envahi dès l'ouverture des portes l'enceinte réservée au public. Il y règne un véritable entassement.
    Ce drame et les scènes tragiques auxquelles il a donné lieu soulève les questions de responsabilité les plus intéressantes.
    Un certain nombre de témoins ne sont cités que pour l'audience de cette après-midi. L'affaire ne sera donc terminée probablement que demain soir.
    Félix Dengis conserve la même attitude lassée, même apparence indifférente que la veille. La tête baissée, il regarde cependant en dessous tous les témoins qui défilent.
    Parfois, il se cache la figure dans son mouchoir.

Les témoins

    On reprend l'audition des témoins. Ce sont les témoins cités à la demande de la défense.
    Plusieurs d'entre eux viennent déposer de faits et de racontars sans intérêt pour le public.
    Certains de ces témoins, avec la prudence campagnarde, ne veulent absolument rien dire. Ils ne connaissent même pas l'accusé, bien qu'il eût habité à côté de leur maison.
    Et ils le déclarent avant même que le président ne leur ait demandé leurs nom et prénoms ! Il n'y a pas moyen de les faire sortir d'une formule plus que vague. Beaucoup ne veulent même pas regarder l'accusé. Il faut que le président insiste pour qu'ils tournent la tête de ce côté !
    Ou bien, pour satisfaire tout le monde, d'autres déclarent : « Le mari était un brave homme, la femme était une brave femme ! »
    Ce sont, en effet, surtout des témoins de moralité que toutes ces personnes.
    Les renseignements fournis sur l'accusé sont favorables. Le ménage paraissait uni.
    M. Léon SCOHIER, porion marqueur de Marcinelle, a eu sous ses ordres Félix Dengis. Un jour, il est entré dans son bureau, la hache à la main. Il a dit : « Il faut qu'un de nous meurt ! » Il a cependant déposé sa hache. Je lui fait son compte et lui ai dit de s'adresser à l'ingénieur.
    Il a ajouté : « Je reviendrai si je ne suis pas payé ! » Il a fait des excuses dans la suite.
    LE PRESIDENT. Oui. Mais cela vous a fait tellement d'impression au moment même que vous avez porté plainte.
    LE TEMOIN. Oui.
    M. LE PRESIDENT. Et il y a eu des poursuites correctionnelles ? Et Dengis a été condamné ?
    LE TEMOIN. Oui
    Me PETY DE THOZEE. Après cela, il a été néanmoins repris par le charbonnage. Et l'accusé n'a plus eu que de bons rapports avec le porion.
    Alfred CHAINIEUX est un neveu de l'accusé. Il a écrit à une autre tante une lettre dans laquelle il annonçait la disparition de sa tante, Ferdinande Humblet, qui devait être partie avec un amant.
    Or, cette lettre a été écrite à la demande et à l'instigation de l'accusé.
    Jean-Baptiste DENGIS est trop jeune pour prêter serment. C'est également un neveu de l'accusé. C'est chez ses parents, à Chokier, que l'accusé, sa femme et ses enfants sont venus s'installer au mois de novembre pendant 15 jours.
    Sa tante Ferdinande Humblet a disparu après sept ou huit jours.
    Le dernier jour, vers midi, elle lui a demandé « une cenne » pour aller acheter du papier. C'est une des fillettes de sa tante qui a été chercher ce papier. C'était lui qui avait indiqué où on en vendait.
    Il n'y est pas allé lui-même parce qu'il avait mal à la jambe. La petite a rapporté une feuille et une enveloppe. La feuille était blanche et l'enveloppe était bleue, et très grande.
    Le Président insiste beaucoup sur ces détails et lui exhibe une petite enveloppe blanche. L'enfant déclare que ce n'est pas celle-là.
    Or, c'est cette petite enveloppe que l'accusé déclare avoir saisi dans le lit, et qui contenait la lettre de sa femme à Van Goethem.
    LE PRESIDENT. Vous entendez, Dengis ?
    L'ACCUSE. L'enfant se trompe ou ne se souvient pas.
    Le juge d'instruction, rappelé, déclare que l'enfant lui a toujours fait exactement la même déposition.
    LE TEMOIN ajoute qu'un peu après on est allé acheter une autre feuille de papier. Son oncle – l'accusé – et sa femme sont allés faire la lettre en haut.
    Son oncle a dit à sa femme : « Eh bien ! va-t-on faire la lettre ? » Et ils sont montés dans leur chambre.
    Le petit déclare qu'il n'a pas vu le papier à lettre acheté en second lieu.
    Emile DENGIS, mineur à Chokier, est le frère de l'accusé. Il est entendu en vertu du pouvoir discrétionnaire du président et sans prêter serment.
    Le ménage de l'accusé est arrivé en novembre – le 16 – venant de Marcinelle. L'accusé disait que son mobilier était expédié pour la Hollande.
    Il disait qu'il quittait Charleroi parce que sa femme avait des amants. Le lundi 19 novembre, Dengis est parti avec son fils aîné. Il avait dit qu'il allait chercher de l'ouvrage et une maison en Hollande. Il n'est rentré que le mardi, vers midi, et est sorti avec sa femme pour aller acheter des robes pour les enfants, annonçant que, le lendemain, ils partaient pour la Hollande.
    Rien d'extraordinaire n'avait été remarqué au moment de leur départ. Félix Dengis est rentré seul vers une heure du matin. La femme du témoin s'est levée pour lui ouvrir. Elle lui a dit en venant le rejoindre : « Ton frère m'a montré une lettre que ma sœur écrivait à un amant. Van Goethem. Voilà ce que c'est de ta sœur. »
    Le lendemain, l'accusé a raconté que sa femme s'était sauvée pendant qu'il était entré dans un magasin de tabac.
    L'accusé n'a pas montré la lettre que sa femme avait écrite, sur son instigation, et donnant rendez-vous à Van Goethem. On a cependant parlé de lettre.
    Les jours suivants, son frère a fait diverses démarches, demandant qu'on recherchât sa femme. Il racontait la fuite de sa femme et s'en plaignait. Des disputes éclataient parfois dans le ménage de mon frère et de sa femme Ferdinande Humblet. Son mari trouvait qu'elle dépensait trop d'argent. Des scènes de violence ont eu lieu à diverses reprises.
    Le témoin croyait absolument à la version donnée par son frère à la disparition de Ferdinande Humblet avec un amant.
    Quand il a appris, le 13 décembre, qu'un cadavre de femme venait d'être repêché à Jemeppe, il s'est rendu au cimetière et a déclaré qu'il croyait bien que c'était sa belle-sœur.
    Son frère – l'accusé – n'est pas venu chez lui ce jour-là.
    La veille – avant de partir pour Charleroi – il était venu chez le témoin apporter sa montre, sa pipe et trente francs.
    Le lendemain 14 décembre soir, Félix Dengis est venu amener sa fille dans le corridor d'une maison voisine. Le 15 il allait se constituer prisonnier.
    La déposition d'Emile Dengis s'éternise, à propos de divers incidents, d'allées et venues de l'accusé. Une appréciation du témoin ayant dit que son frère était capable de tuer sa femme et des motifs de cette appréciation a failli amener un incident. Le Président a refusé de poser une question. Me Pety a déposé des conclusions. Puis tout s'est arrangé.
    Mme EMILE DENGIS est la femme du précédent témoin et en même temps la sœur de la victime.
    Sa sœur, Ferdinande Humblet, était mécontente de quitter Charleroi. Le mardi 20 novembre, le témoin n'était pas à la maison quand l'accusé est rentré vers midi et quart.
    Quand elle est rentrée, elle n'a rien remarqué d'anormal.
    Après avoir dîné, Félix Dengis a dit à sa femme : « Nous irons faire cette lettre là. » Et il a pris sur un meuble une feuille de papier et une enveloppe qu'il avait fait chercher un peu avant le dîner par une de ses fillettes. L'enveloppe était petite et blanche.
    Auparavant, le fils du témoin avait prêté « une cenne » à sa tante Ferdinande pour aller chercher déjà une feuille de papier et une enveloppe.
    Les époux Emile Dengis sont restés 12 ou 15 minutes dans leur chambre. Ils paraissaient tout à fait d'accord. Ils ont ensuite dit qu'ils allaient sortir pour acheter des robes aux enfants.
    Le mari, pendant que sa femme s'habillait, a montré dans sa poche l'extrémité d'une lettre. C'était l'enveloppe blanche. Il y avait une adresse inscrite sur cette enveloppe, mais le témoin n'a pu la lire. Il disait que son fils ainé était resté en Hollande où, affirmait-il faussement il était allé la veille pour louer une maison et décharger son mobilier.
    Félix Dengis est rentré seul vers une heure du matin. Il a dit : « Ferdinande est-elle rentrée ? » Le témoin a demandé : « Où est-elle ? » – Voilà une lettre qu'elle a écrit, répondit-il. Et il montra une enveloppe qui devrait être celle qu'il avait en poche en sortant. Il a raconté alors que sa femme s'était enfuie ; qu'il avait trouvé cette lettre dans un lit ; qu'il ne l'avait pas montrée à 2 heures avant de partir à la demande de sa femme elle-même qui, disait-elle, aurait été honteuse.
    Deux jours après, la sœur demanda : « N'est-ce pas vous qui l'avez fait écrire ? »
    – Non. Celle-là était une lettre de rendez-vous à Van Goethem, où je serais allé, répondit-il. Il n'a pas montré cette lettre.
    LE PRESIDENT. – Dengis, pourquoi ne la montriez-vous pas ?
    L'ACCUSE. – Parce que je l'avais déjà déposée dans un tiroir, et que je n'avais pas besoin de la porter dans ma poche.
    Mme DENGIS. – L'accusé se montrait furieux du départ de sa femme. « Je lui casserai les deux jambes, disait-il, si je la rencontre. »
    La victime se plaignait beaucoup de son mari. Elle raconta à sa sœur que quelques jours avant leur départ de Marcinelle, son mari lui avait posé le revolver sur la poitrine. Cette querelle était basée encore sur des motifs de jalousie.
    Jean-Joseph DENGIS, maçon, Grâce-Berleur, est le père de l'accusé. Celui-ci a eu une méningite à l'âge de 17 ans. A la suite de cette maladie, son caractère s'est complétement modifié. Pour la moindre contrariété, il se mettait en colère. Il fallait avoir beaucoup de patience avec lui.
    Mme Antoinette DONY, épouse Dengis, à Grâce-Berleur, mère de l'accusé, dépose ensuite sur divers incidents.
    Elle dit qu'elle a rangé des papiers se trouvant dans un tiroir. Or, elle y a vu la lettre écrite par Ferdinande Humblet à Van Goethem. Elle ne l'avait pas dit jusqu'ici parce qu'elle ne s'était jamais trouvée dans de semblables circonstances. La lettre commençait ainsi :
    « Mon très cher Ferdinand. Je vous écris quelques mots de lettre pour vous faire venir vendredi à la gare de Flémalle. Je vous aime trop, etc. »
    Quand j'ai eu lu cela, je n'ai pas continué. J'étais bouleversée.
    LE PRESIDENT. Vous n'avez dit cela ni à la police ni au juge d'instruction.
    LE TEMOIN. C'est exact. Je ne l'avais pas dit parce que j'avais brûlé cette lettre.
    Des frères, des belles-sœurs, des neveux de l'accusé continuent à défiler. Plusieurs reviennent sur des incidents, des relations qu'ils soutiennent avoir existé entre Van Goethem et la victime. On a ainsi entendu dix Dengis !
    Tous ces témoins, sauf, pendant quelques secondes, la mère, déposent avec un calme, un impassibilité déconcertants.
    Il reste quelques témoins à entendre.
    Le réquisitoire sera prononcé cette après-midi.

AUDIENCE DE L'APRES-MIDI

    La Cour reprend audience à 3 heures.
    L'audition des neuf derniers témoins ne prend que peu de temps.
    M. CORILLON Constant, garde champêtre à Chokier, a reçu la visite de l'accusé qui lui a dit que sa femme s'était enfuie avec un amant, et qui lui demandait le moyen de la faire revenir.
    M. HERBILLON Alfred, à La Malieue, a connu Ferdinande Humblet avant son mariage.
    Il l'a courtisée pendant quelques mois. Il nie avoir eu des relations avec elle après son mariage. Il a reçu le 17 novembre 1906 une lettre de menaces de Dengis, prétendant qu'il était l'amant de sa femme. Il a porté plainte contre Dengis.
    Mme CHAINEUX, aux Awirs, est la belle-sœur de l'accusé. Ferdinande Humblet lui a raconté que son mari l'avait menacé de la tuer si elle ne le suivait pas en Hollande. Elle lui a dit aussi un autre soir que si ce n'était pas pour ses enfants elle s'en irait si loin qu'on n'entendrait plus parler d'elle.
    Après la disparition de sa femme, elle s'est rendue chez le spirite Antoine, de Jemeppe, demander où était sa sœur. Antoine lui a dit de lui envoyer plutôt le mari de la disparue. Elle a transmis cette demande à l'accusé, qui est allé à son tour chez Antoine.
    Mme LOUIS RALET, à Chokier, a entendu dans la soirée du 13 décembre du bruit dans le corridor de sa maison. Elle est allée voir. C'était la fillette de l'accusé que celui-ci avait amené, et qui s'était éloigné. Mme Ralet a logé l'enfant et a été la conduire le lendemain matin, chez sa tante.
    M. WISEUR, maréchal des logis à Charleroi. Van Goethem lui a dit qu'il était amoureux de l'épouse Dengis ; qu'il l'avait déjà embrassée ; qu'il n'avait pas eu de relations avec elle ; que d'ailleurs s'il en avait eu, il ne le dirait pas, parce que personne ne les avait vu.
    CHAPELIER Alexis gendarme à Flémalle-Grande, a été chargé ce matin de certains devoirs par le président, en vertu de son pouvoir discrétionnaire.
    Il vient en rendre compte. Il s'est rendu chez M. Baudinet, papetier à Chokier, pour demander si on se rappelait avoir vendu du papier, dans le courant de novembre. Mme Baudinet dit avoir vendu à deux reprises au petit garçon de l'accusé du papier à lettres. Elle ne peut affirmer qu'elles étaient les enveloppes.
    Or, c'est ce point des enveloppes qu'il eût été intéressant d'éclairer.

La Meuse, 26 avril 1907, soir (source : Belgicapress)

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La Meuse, 25 avril 1907, matin (source : Belgicapress)

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Felix Dengis (La Meuse, 25 avril 1907, matin)(Belgicapress)COUR D'ASSISES

LE DRAME DE CHOKIER

Un mari qui jette sa femme dans la Meuse

    Ce matin commencent devant la Cour d'assises les débats de l'affaire Dengis Félix, âgé de 35 ans, houilleur, accusé d'assassinat sur la personne de son épouse Ferdinande Humblet.
    Cette fois, ce n'est pas le revolver qui a été appelé à jouer son terrible rôle dans ce drame. Dengis a précipité sa femme dans les flots de la Meuse. La scène tragique s'est déroulée entre Jemeppe et Chokier, dans l'obscurité de la nuit.
    Les époux, bien qu'originaires de La Mallieue et des environs, habitèrent Marcinelle jusqu'au 17 novembre 1906. Ce jour-là, ils arrivèrent, accompagnés de leurs quatre enfants, à Chokier, chez Emile Dengis, frère de l'accusé. Leur séjour, disaient-ils, devait être de très courte durée. Ils allaient s'installer à Maestricht.
    Le 20 novembre, vers 2 h. 1/2 de l'après-midi, Félix Dengis et sa femme quittèrent la maison de leur frère pour se rendre à Jemeppe faire des provisions. Le mari rentra seul vers une heure du matin. Sa belle-sœur lui ayant demandé ou était sa femme, il répondit qu'elle était partie et alla se coucher.
    Le lendemain matin, il partit en disant qu'il retournait à Marcinelle. Il emmena deux de ses enfants, qu'il conduisit chez une autre parente.
    Le 13 décembre, un cadavre de femme était découvert dans la Meuse au quai des Carmes, à Jemeppe. Ce cadavre fut reconnu pour être celui de l'épouse de Félix Dengis.
    L'autopsie, ordonnée par le parquet, fut pratiquée le 14 décembre, à la morgue de Jemeppe, située dans le cimetière. La nuit suivante, on s'introduisit, à l'aide d'effraction, dans ce bâtiment, on ouvrit le cercueil et on découvrit le cadavre de l'épouse Dengis.
    Le lendemain, 15 décembre, dans la matinée, Félix Dengis se constituait prisonnier à la gendarmerie de Tilleur. Il avouait que c'était lui qui avait précipité sa femme dans la Meuse, la nuit du 20 au 21 novembre, en revenant de Jemeppe. C'était au cours d'une dispute que la colère l'avait emporté.
    Cette dispute avait pour cause la jalousie du mari, qui accusait sa femme de se méconduire. La mésintelligence avait surgi depuis assez longtemps déjà à ce propos dans le ménage. Il soutient que le 20 novembre il avait découvert une lettre que sa femme adressait à un amoureux, lettre dans laquelle elle annonçait son retour.
    Dengis ajouta qu'il avait fait écrire par sa femme une autre lettre pour donner rendez-vous à cet amoureux. A ce rendez-vous, ce serait lui, Dengis, qui voulait s'y rendre.
    L'accusé avoua également que c'était lui qui s'était introduit à la morgue de Jemeppe pour revoir le corps de sa victime.
    Dengis sera défendu par Mes Pety de Thozée et Follet.
    Au banc de l'accusation se trouvera M. Bodeur, substitut du procureur général, qui siégera pour la première fois à la Cour d'assises.
    Les débats dureront jusqu'à samedi soir. La question de la responsabilité de Dengis au point de vue mental sera longuement examinée. L'accusé aurait déjà antérieurement donné des preuves de faiblesse intellectuelle. Une septantaine de témoins sont cités.

La Meuse, 25 avril 1907, matin (source : Belgicapress)

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